Sachez croiser

Avec Lionel Jospin et Alain Juppé, c’est un peu de la Goutte d’Or qui quitte et rejoint le Conseil constitutionnel

  • Au moment où l’un des quartiers les plus pauvres et discriminés de Paris va encore moins bien qu’à l’époque où Alain Juppé et Lionel Jospin présidaient à ses destinées dans les années 1980, le premier remplace le second dans l’instance suprême appelée à juger de questions aussi importantes que l’inégalité devant la loi ou la carence fautive.

Deux des hommes d’État les plus célèbres de France qui ont largement construit leur carrière nationale à partir de la très modeste Goutte d’Or, demeurée quant à elle en zone difficilement sensible malgré une telle renommée, se croiseront donc, le mois prochain, au Conseil constitutionnel.

Au moment où Lionel Jospin quitte les sages, Alain Juppé les rejoint. La Maison Google a tout compris qui, si vous l’interrogez ce 14 février 2019 sur « Lionel Jospin Conseil constitutionnel », vous répond « Alain Juppé nommé au Conseil constitutionnel », – cela en 32 secondes chrono avec un petit cœur qui unit les deux O de Google et vous souhaite la Saint-Valentin au passage (capture d’écran). Le Journal du dimanche ajoute à l’ironie en confiant à Daniel Vaillant – pardon, à Gaël Vaillant – le soin de nous dire que se serait « à la surprise générale » que se fera le passage de témoin entre les deux anciens hommes forts de la Goutte d’Or, l’un et l’autre plus connus il est vrai pour leurs fonctions respectives de premier ministre de Jacques Chirac : « C’est donc un ancien Premier ministre de Jacques Chirac qui remplacera un ancien Premier ministre de Jacques Chirac au Conseil constitutionnel », écrit Gaël Vaillant dans le JDD du 14 février 2019.

Extrait du blog Juppé 2022 (?) – https://juppe2022.wordpress.com/blog/

À la Une de Paris Montmartre
entre Michou en Jean Jaurès

Au risque de rappeler à nos lecteurs des choses qu’ils ont déjà vues ou lues sur le blog,  nous signalons :
– la destruction de la Goutte d’Or au début des années 1980, telle que l’a racontée Violette Roland dans un article paru dans le N° 100 du bulletin de SOS Paris ;
– le fameux débat entre Jacques Chirac et Lionel Jospin : notre billet du 14 février 2012 « Cohabitation précoce à la Goutte d’Or » (un septennat aujourd’hui-même) ;
– les années Goutte d’Or d’Alain Juppé sur le site étrangement nommé « Juppé 2022 », d’où est tirée cette Une de Paris Montmartre non datée, où le futur sage Alain Juppé cohabite avec, notamment, Jean Jaurès (citation en haut à droite) et Michou (en bas à gauche).

Alain Juppé en style T-shirt Bezbar rue de la Goutte d’Or le 8 août 1989 (vidéo : source ina). Notre billet du 21 novembre 2014.

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Raccourci

Le Parisien très court dans sa mini-brève sur l’incendie de la rue Anne Hidalgo

  • Connues pour être le repère des urbanistes qui ont détruit sciemment le quartier et ne cachent pas leur désir de le maintenir en état de friche ou fresque, les arcades de la rue de la Goutte d’Or sont qualifiées par le quotidien de « repère des jeunes migrants mineurs venus du Maroc ».
  • Abri peut-être, squat sans doute, – mais « repère » !?
  • Et la Ville de Paris prendrait « l’affaire au sérieux ».
  • Et le quartier ne serait qu’« ému » de tout cela.

Le Parisien, 12 février 2019, capture d’écran.

Les extensions facebook et tweeter du blog de Cavé Goutte d’Or ont annoncé lundi  l’incendie qui avait ravagé, la veille à 1 h 30 du matin, les frigos et la zone de stockage du Leader Price de la rue de La Goutte d’Or (et ne dites pas : « On est mal, patron », ça c’est la pub de Lidl).

Depuis, quelques élus se seraient pressés sur les lieux du sinistre et des « associatifs », pour reprendre l’étrange vocable du Parisien du 12 février 2019 (capture ci-dessus), auraient estimé que « la Ville prend l’affaire au sérieux ».

Le bandeau du 13 rue Cavé jadis (et encore plus jadis).

Dans le quartier, est apprécié et reconnu le travail de Colombe Brossel, qui avait ses habitudes (et même sa permanence et sa plaque) au 13 de la rue Cavé (bientôt apaisée ?) et qui se démène tous azimuts dans ses fonctions actuelles de maire-adjointe à la Sécurité, à la Prévention, aux Quartiers populaires et à l’Intégration, – ce qui est en effet beaucoup (fiche Hôtel de Ville). Mais que « la Ville » es-qualités prenne l’affaire au sérieux est une autre chose. Et l’expression « prendre au sérieux » mérite elle-même réflexion quand on mesure que cela fait plus de trente ans que le quartier est livré (par l’État et la Ville) à tous les marchés qui lui donnent (au su de l’État et de la Ville) l’image déplorable relevée par l’étude de Trajectoires (demandée l’an dernier par la Ville et transmise à l’État).

Extrait de l’étude de l’association Trajectoires, page 7. Ce texte a été commandé et remis à la Mairie de Paris. Il a été ensuite transmis par un courrier d’Anne Hidalgo à Édouard Philippe du 5 avril 2018 (nos billets des 1er septembre 2018 et 3 septembre 2018).

Un peu plus de trente ans que la situation décrite par Trajectoires attire les nouveaux démolisseurs de la Goutte d’Or, et un peu plus de cinq ans, seulement cinq ans pourrait-on dire dans pareil contexte, que Daniel Vaillant a reconnu, dans une lettre du 13 décembre 2013 à la famille Boris Vian, que le secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or avait « très mal vieilli » et devait être requalifié :

  • « Dans le cadre des dispositifs ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), j’ai demandé que soit lancée une étude urbaine visant à proposer une requalification de la rue Boris Vian et de la partie sous arcade de la rue de la Goutte d’Or. Ces deux espaces publics ont effectivement très mal vieilli et nécessitent une rénovation. (…) Il reviendra à mon successeur de faire réaliser le projet qui sera retenu ».

Éric Lejoindre d’abord (le successeur de Daniel Vaillant à la Mairie du 18e), Anne Hidalgo ensuite (qui devait remplacer Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris en 2014), ont joué la montre en ne répondant pas ou très tardivement à la Cohérie Boris Vian qui demande la réhabilitation des lieux depuis 2011.

Pression de la rue

Ce n’est que sous la pression de la rue – de la rue Anne Hidalgo, il est vrai – que la Ville de Paris a bougé en invitant la Cohérie Boris Vian et les associations qui avaient débaptisé la rue dédiée à l’écrivain en la renommant symboliquement du nom de la maire de Paris à la présentation d’un « scénario retenu » qui devait calmer le jeu (voir le compte rendu de la réunion du 25 mai 2018 au Secrétariat général de la Ville de Paris). Le scénario demeurait très retenu, en effet, lors de la présentation laborieuse qui en fut faite le 13 décembre 2018 en Mairie du 18e (voir les grandes lignes). Les élus ne purent cacher qu’ils ne savaient rien ou presque de son évolution et Cavé Goutte d’Or dut rappeler que les décisions devaient être sanctionnées par des permis de construire.

L’incendie accélèrera-t-il la ‘rénovation’ ? La ralentira-t-il ? L’enterrera-t-il ? Dans sa trop brève de lundi, Le Parisien n’a pas (et ne s’est pas) posé la question. Pourtant, avant même le sinistre, le quartier s’interrogeait déjà sur l’activisme tardif de la Mairie qui annonce elle-même que les choses sérieuses n’auront lieu qu’à partir du printemps 2020, donc durant une éventuelle seconde mandature de la maire qui – ô paradoxe ! –  demandera alors qu’on rebaptise la rue Anne Hidalgo du nom de Boris Vian.

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Cash misère

Rénovation urbaine de la Goutte d’Or : pas de fumée sans feu

  • « C’est la rue Anne Hidalgo qui a brûlé », lance un riverain qui se souvient du dernier happening organisé le 2 mai 2018 par les habitants sur le carrefour Boris Vian/Arcades Goutte d’Or (et des multiples avertissements lancés sur les risques de feu de la fresque cache-misère devenue squat).
  • Tel le mur de protection de la Tour Eiffel, qui n’a pas tenu face aux assauts du week-end, la palissade coloriée qui devait « embellir le cadre de vie » de la Goutte d’Or n’a pas résisté à l’incurie de la Ville et de l’État qui, depuis plus de 30 ans, ‘embellissent’, ‘aménagent’, ‘rénovent’ ou ‘réhabilitent’ ce quartier n’importe comment.
  • Aux dernières nouvelles, les multiples chantiers d’oasis urbaines, de promenades urbaines, placettes réenchantées, boulevards civilisés, trottoirs coloriés et autres improbables apaisements de rues se poursuivent, tentant désespérément de masquer le mal-vivre du quartier et, peut-être, l’absence de véritable politique urbaine.

2 mai 2018 – 10 février 2019. La « rue Anne Hidalgo » renait de ses cendres.

À gauche sur ce montage photographique, l’éphémère « rue Anne Hidalgo » souligne le désarroi des riverains de la rue Boris Vian devant les rénovations urbaines qu’ils subissent (nos billets des 2 mai et 3 mai 2018). À droite, la rue Boris Vian, devenue elle-même éphémère dans la nuit du 9 au 10 février 2019, comme en avertissaient les experts en 1984, souligne le désarroi de la Mairie devant une Goutte d’Or Sud qui confirme qu’elle a décidément « très mal vieilli », comme le posait Daniel Vaillant lui-même à la famille Boris Vian en 2013.

Y a-t-il une politique urbaine
derrière les promenades urbaines ?

Interpellation populaire de la Mairie de Paris sur la future « promenade urbaine » de Barbès à Stalingrad.

Sur le ton pseudo-populaire du « C’est quoi ça ? » censé traduire la façon dont les gens parlent, la Mairie de Paris explique à ses quartiers ce qu’elle fait de leur paysage urbain. La Goutte d’Or et la Chapelle sont à cet égard servies, si l’on peut dire, tant les chantiers d’enchantement (quand ce ne sont les ré-chantiers de ré-enchantement) se bousculent les palettes dans ces zones en rénovation urbaine depuis trente ans.

Invitation ce soir 12 février, 19 h, Mairie du 10e.

En amont de la présentation de la « Promenade urbaine » qui reliera bientôt Barbès à Stalingrad, ce mardi 12 février 2019 en la Mairie du 10e arrondissement, il a semblé utile au blog de Cavé Goutte d’Or de recenser quelques-uns des multiples projets d’oasis, de placettes, de promenades, de trottoirs coloriés et autres improbables apaisements de rues qui tentent désespérément de masquer le mal-vivre de ces deux quartiers longtemps maltraités par l’urbanisme prétendument social et sensible qui leur est imposé.

Si l’on doit saluer la ténacité d’Action Barbès, à l’origine du projet qui sera présenté ce soir en Mairie du 10e et de la Cohérie Boris Vian, à l’origine de celui de requalification des arcades qui le fut le 13 décembre dernier en Mairie du 18e, force est d’observer que la quantité de projets parallèles que la Ville de Paris met en place directement dans ses prétendues « oasis » en zones urbaines perdues ou indirectement en soutenant de prétendus « votes » du budget participatif vient brouiller la rénovation qu’elle s’applique à mener.

Plus encore qu’ils ne se plaignent d’avoir à se frayer un chemin entre les palissades des chantiers qui se suivent dans le temps et dans l’espace, comme l’évoque le Parisien du 4 février 2019, les habitants s’interrogent sur l’organisation brouillonne de cette rénovation en mille-feuilles.

« Emplâtres et désolations »

Dans un propos que nous n’oserons qualifier d’incendiaire, diffusé hier après le sinistre qui a ravagé le Leader Price et la rue Anne Hidalgo dans tout ce que ce label avait de symbolique depuis le 2 mai 2018, un riverain qui nous a autorisé à reprendre son texte écrit notamment : « Ce n’est pas un hasard si l’endroit qui a brûlé est très précisément celui où il y a quelques mois nous avions posé la plaque ‘rue Anne Hidalgo’, pour dénoncer les inconséquences de la Mairie ».

  • « (…) Cet incendie n’est que l’étape du jour d’un scandale qui se continue depuis trente ans : la Mairie de Paris a imposé la destruction complète de la rue de la Goutte d’Or(*), et la construction de cette colonnade dont tout le monde à l’époque disait que c’était une folie. L’échec étant patent et cinglant, il faut rénover la rénovation, à coup de millions d’euros, mais la mairie patauge. En attendant, on nous installe cette piteuse palissade aux atours ‘art de rue’. Cet emplâtre sur une jambe de bois crée lui-même des problèmes, que la mairie s’avère incapable de régler : depuis un mois elle n’a pas su envoyer une équipe pour clouer deux planches et condamner l’accès. Maintenant il va falloir gérer les conséquences de l’incendie, qui sont lourdes. Il n’est pas du tout sûr que le supermarché rouvre et nous allons avoir droit à un spectacle supplémentaire de désolation, qui va contribuer à plomber un peu plus le secteur. En attendant les travaux promis, pour bientôt, ou pas… (…) ».

Une fois rappelé que la Mairie de Paris n’a pas imposé seule la destruction de la Goutte d’Or, qui est le fait d’une action politique conjointe la Mairie de Paris et de l’État (époque Chirac/Tibéri et Mitterrand/Jospin), l’auteur du texte diffusé hier signale avec justesse les effets de cette politique ravageuse faite d’« emplâtres » qui se chevauchent et de « désolations » qui se suivent.

Il se garde, en même temps, d’attaquer personnellement les élus, – dont nous-mêmes soulignons régulièrement ici que tous n’étaient pas aux commandes à toutes les étapes des rénovations qui se sont suivies -, et il faut en effet aujourd’hui aider les élus plus que les accabler, les aider notamment à sortir de l’ornière qui les pousse à penser, non sans une certaine condescendance, en termes de métamorphoses plastiques.

La présentation mirobolante (par la Mairie de Paris) de la fresque qui a brûlé dans la nuit du 9 au 10 février 2019 (notre billet du 26 mars 2018, page humeur, version pdf).

Autre figure du quartier qui nous autorise également à faire état de son courrier, le patron de la Table ouverte s’est adressé hier à Colombe Brossel en même temps qu’à Cavé Goutte d’Or (avec qui il a participé au désenclavement de la rue Boris Vian dès les premières interventions de la famille de l’écrivain en 2012, rappelle-t-il). Rachid Arar salue « la tâche difficile » de la maire adjointe et évoque les responsabilités partagées : « Il faut absolument mettre l’État face à ses responsabilités dans les quartiers et informer sans cesse les habitants des responsabilités des uns et des autres : États, Ville et habitants », écrit-il. « Faisons en sorte d’impliquer les jeunes du quartier dans des vraies missions professionnelles en imposant aux sociétés qui prennent les marchés publics d’en restituer 5% aux petites structures locales pour insertion professionnelle », ajoute-t-il en proposant « d’être plus exigeants sur les résultats des actions menées en termes de prévention et de sécurité ».

Mille-feuilles urbain

Fond de carte emprunté à Mappy. Voir ci-dessous le renvoi des chiffres aux chantiers en cours.

1. « Oasis urbaine La Chapelle » : Budget participatif 2016 (1.121 voix, 1.500.000 €) ; Site de la Mairie de Paris ; Le Parisien du 14 janvier 2019.
2. Carrefour Chapelle, Tombouctou, Maubeuge, Chartre : « C’est quoi ce chantier ? ».
3. « Promenade urbaine Barbès-Stalingrad » : Présentation publique le 12 février 2019 à 19 h en Mairie du 10e arrondissement ; présentation d’Action Barbès du 13 décembre 2018 ; notre billet du 23 décembre 2013.
4. « Requalification arcades Goutte d’Or/rue Boris Vian » : Présentation publique le 13 décembre 2018 en Mairie du 18e ; compte-rendu de la présentation du scénario retenu le 25 mai 2018.
5. « Ré-enchantement de la place Polonceau » : Déclaration préalable de travaux de la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris ; notre billet du 10septembre 2018 ; le texte de ka DAC.
6-9. « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle » : Quatre projets réunis au Budget participatif 2018 (1.566 voix et 100.000 €) ; notre billet du 4 octobre 2018 :
– 6.
« Rénover le TEP Goutte d’Or en prenant des couleurs flashy » (syntaxe d’origine respectée, 1/4 de 1.566 voix et de 100.000 € ) ;
– 7. « De la couleur sur le sol de la rue de la Goutte d’Or » (projet empiétant sur la requalification du secteur Boris Vian/Arcades Gouttes d’Or néanmoins soutenu par la Mairie dans le cadre du Budget participatif 2018, 1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €) ;
– 8. « De la couleur dans notre quartier » (1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €) ;
– 9. « Un espace dédié au street art au sol à l’angle Pajol-Kablé » (1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €).
10. Rénovation du square Léon : Retour sur concertation.
11. Aménagement des pourtours de l’église Saint Bernard : Budget participatif 2017, (1.013 voix ; 590.000 €) : en stand by ; notre billet du 30 septembre 2017 ;
12. Apaiser la rue Cavé : Budget participatif 2017 (876 voix, 590.000 €) ; livraison annoncée pour juin 2019 ; sans doute incohérent avec le réaménagement de la rue Léon (voir chiffre 14) ;   notre billet du 30 décembre 2017.
13. Rue-Jardin Richomme
 : Budget participatif 2017 (925 voix, 450.000 €), sans doute incohérent avec le réaménagement de la rue Léon (voir chiffre 14).
14. Aménagement des rues Myrha et Léon : Le site de la Mairie ; notre billet du 13 décembre 2018.
15. Château Rouge Respire 
: Selon Action Barbès, « ce n’est toujours pas ça ».

À suivre!

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Dernière chance

Marche exploratoire de 11 associations de la Chapelle et la Goutte d’Or à l’Hôtel-de-Ville de Paris

  • « Crise aiguë depuis 4 ans, résultats tangibles avant fin 2019 » : aux mauvais esprits qui pourraient voir dans les mots du premier-adjoint Emmanuel Grégoire un comput couvrant opportunément le premier mandat d’Anne Hidalgo à la tête de la Mairie de Paris en en annonçant un second qui ira mieux, les onze associations de La Chapelle et La Goutte d’Or invitées à « un moment de rencontre et d’échange » à l’Hôtel-de-Ville le 1er février 2019 semblent vouloir opposer le temps de la dernière chance.
  • Pas de nouvelle plateforme ni de nouveaux dispositifs, pas de nouvelles réunions, marches exploratoires ou autres modules participatifs, mais des actes déterminés pour un retour au droit.
  • Selon Cavé Goutte d’Or, la « carence fautive » est à nouveau en jeu.

Calendrier grégorien (de Emmanuel Grégoire 1er adjoint, Hôtel de Ville de Paris, 1er février 2019).

Emmanuel Grégoire et Colombe Brossel, Hôtel de Ville, 1er février 2019 (photo empruntée au compte tweeter de La Vie Dejean).

Il est probable que, vendredi à l’Hôtel-de-Ville, la maire de Paris a une nouvelle fois fait acte de candidature pour un deuxième mandat à la tête de la capitale. En prenant qui plus est à nouveau la difficulté des quartiers Est de la capitale comme terrain de communication. Alors qu’elle avait elle-même fait le premier pas à l’occasion de ce qu’elle devait appeler (sans en mesurer l’ironie) une « marche exploratoire » dans la Goutte d’Or le 19 janvier dernier (voir notre billet « Anne Hidalgo : La Goutte d’Or, c’est maintenant ? »), c’est à son premier-adjoint Emmanuel Grégoire que reviendrait le soin d’engager la deuxième étape du processus en recevant les onze associations signataires d’une lettre ouverte adressée à la maire de Paris, au premier-ministre, aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, au procureur et au préfet de police.

Presque un an après les deux pétitions de riverains et de commerçants qui avaient été remises solennellement aux mêmes destinataires, le 27 mars 2018 sur la place Polonceau (voir ici pour mémoire), M. Grégoire a ainsi été investi, annoncera-t-il ce 1er février 2019, d’une mission consistant notamment à « installer un cadre de travail pérenne » et à « obtenir des résultats tangibles avant fin 2019 ».

Huit mois après la séance censée avoir relancé, dans le bureau magnifique et sous les auspices prometteurs de la secrétaire générale de la Ville de Paris, le projet de requalification de la Goutte d’Or Sud autour de la rue Boris Vian qui venait d’être ‘débaptisée’ à l’initiative de la Cohérie Boris Vian pour cause, déjà, de carence dans le traitement du quartier (voir ici pour mémoire), M. Grégoire s’appuierait par deux fois sur les « moyens colossaux » mis sur le quartier.

Un pognon de dingue colossal

Dans ce qui risqua un instant de devenir, par le ton agacé du premier-adjoint, une prise à partie de l’association « Demain La Chapelle » (qui regrettait que la réunion ne se tienne pas dans le 18e arrondissement), M Grégoire devait déclarer que c’était faire un mauvais procès à la Mairie de Paris que de suggérer qu’elle se tenait éloignée du terrain :

  • « La situation, nous la connaissons d’autant mieux que nous y mettons des moyens colossaux », assura-t-il peu après avoir évoqué, déjà, les « investissements colossaux » faits notamment en matière de rénovation urbaine et « l’obligation de résultat » qu’une telle intensité de moyens finirait par induire.

Or, s’il y a en effet quelque chose de l’ordre du ‘pognon de dingue’ dans la colossitude avec laquelle Emmanuel Grégoire évoque des investissements aussi énormes que vains, il convient probablement de réviser l’approche des  problèmes en termes de retour sur investissement et, devant l’échec, d’appréhender la question sous l’angle de l’efficacité des moyens mis en œuvre plus que sous l’angle de l’égrenage répété de leur multiplication. Inutile, à force, d’énumérer les actions ne changeant rien. Devant « l’exaspération qui est la vôtre », pour reprendre encore l’adresse d’Emmanuel Grégoire à ses invités, « exaspération étayée et bien connue » précise-t-il (dont acte), il convient de reconsidérer la destination des investissements.

Quitte à faire – comme on sait le faire – de sérieuses coupes au budget participatif dont un prétendu ‘vote’ récent voudrait que l’on coloriât les rues de la Chapelle et de la Goutte d’Or pour « égayer » ces quartiers maltraités (voir ci-dessous).

Au moment où le budget participatif 2019 tire ses dernières cartouches (dernier jour aujourd’hui), où celui de 2016 et sa soi-disant fresque ‘votée’ a été mis en déroute par les riverains attentifs (ici pour mémoire), où ceux de 2017 et 2018 sur les abords de l’église Saint Bernard et la rue Cavé apaisée sont fondus dans les réaménagements de rues, il est temps d’appréhender sérieusement les vraies questions qu’affrontent les habitants de la Goutte d’Or et la Chapelle.

Carence fautive

À défaut, proposa Cavé Goutte d’Or à l’assistance, une nouvelle page du procès fait à la Ville et à l’État pour discrimination, inégalité devant la charge publique, carence fautive risque de s’écrire, – risque car on peut l’éviter (et ces procédures sont d’autant plus couteuses et longues que la Ville et l’État les prolongent). La Vie Dejean a ouvert la voie de la procédure (en épuisant les trois instances administratives que sont le Tribunal, la Cour d’appel et le Conseil d’État) et forcé la voix des quartiers en Politique de la ville en obtenant en novembre dernier la condamnation de la Ville de Paris et de l’État pour carence fautive dans l’exercice de leurs missions de protection de la sécurité et de la tranquillité, et de maintien de la salubrité (voir notre billet du 11 novembre 2018).

Malgré le soutien inattendu (et peut-être involontaire) d’Anne Hidalgo, Cavé Goutte d’Or n’a pas encore réussi à faire valoir le concept de carence fautive en matière d’urbanisme mais s’y applique (désormais plus par l’étude, la communication et le conseil que par l’action directe), de grandes organisations rassemblées sous le label « L’affaire du siècle » s’y sont engagées en matière d’environnement avec le soutien de plus de deux millions de personnes, et derrière la demande d’égalité de territoire du Collectif Marcadet se profile le grief potentiellement judiciaire de l’inégalité de traitement.

En proposant de « se retrouver une fois par mois » (« une fois tous les deux mois », tempéra La Vie Dejean), il n’est pas certain qu’Emmanuel Grégoire ait mesuré le niveau et le besoin d’action plus que de rendez-vous pour de ce qu’il appelle l’« exaspération étayée » des associations qu’il recevait le 1er février. D’autant qu’étayée peut vouloir dire soutenue au sens d’argumentée comme soutenue au sens où le ferait l’étai qu’on placerait pour éviter un effondrement (voir l’illustration bien connue ci-dessus).

Réseau 10-18

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Exploration

Anne Hidalgo : « La Goutte d’Or, c’est maintenant ? »

  • La maire de Paris a testé, samedi 19 janvier, une éventuelle campagne pour sa réélection en 2020 sur les terres parisiennes les plus résistantes au dispositif « Tous mobilisés » qu’elle décline à Château-Rouge, à Polonceau, à la Goutte d’Or, à la Chapelle, à l’envi…

Samedi 19 janvier 2019 : Anne Hidalgo quitte le Café Néon pour La Fine Épicerie de l’angle Doudeauville/Stephenson avant d’entamer une « marche exploratoire » dans la partie de la Goutte d’Or la moins problématique. Photo BB pour Cavé Goutte d’Or.

Les lecteurs du blog avaient quitté Anne Hidalgo sur la note désenchantée de son meeting raté du 14 juin 2018 en Mairie du 18e arrondissement. Après les pétitions du 27 mars 2018 et le coup de semonce du 2 mai 2018 provoqué par le retrait de l’autorisation de la famille Boris Vian  d’utiliser le nom de l’écrivain pour la rue qui traverse la Goutte d’Or Sud, ils l’avaient suivie dans sa tentative de sauver la rue Boris Vian en réunissant tous ses services autour de la famille de l’écrivain et des associations du quartier le 27 mai 2018.

Ils avaient encore accompagné la maire de Paris dans son soutien au cross de la Goutte d’Or le 3 juin 2018 et son fameux « Paris c’est le 16e et la Goutte d’Or » lancé désespérément sur les ondes de France culture le 30 juin 2018, pour la retrouver K.O. debout à la rentrée après le jugement du Conseil d’État confirmant la condamnation de la Ville de Paris pour carence fautive en matière de sécurité et propreté suite au procès lancé cinq ans plus tôt par La Vie Dejean. C’était beaucoup pour une année, et ce n’est pas sans une certaine admiration devant la ténacité de Madame Hidalgo à mobiliser la Goutte d’Or contre elle-même qu’une petite troupe d’habitants du quartier l’a suivie ce samedi 19 janvier 2019 dans un périple sans danger qui l’a conduite du « Café Néon » à « Château-Rouge Respire » en passant par les lieux les plus emblématiques de la start-up Goutte d’Or.

La maire de Paris au Café Néon (photos BB)…

… et à La Fine Épicerie de la Goutte d’Or (Photo empruntée au compte tweeter d’Anne Hidalgo).

Happy few en Happy land

Car le terrain était très balisé. Un brunch studieux au Café Néon (que Cavé Goutte d’Or avait visité dans des conditions plus intimes le 24 décembre dernier) offrit aux associations majeures du quartier la possibilité d’échanger en direct avec Anne Hidalgo et sa garde rapprochée : Action Barbès annoncerait ainsi, le samedi même, avoir obtenu le soutien de la maire à sa demande de révision du plan de circulation dans le quartier et La Vie Dejean, qui ironiserait sur « une promenade exploratoire dans des rues exceptionnellement propres », évoquerait, dès samedi également, la possibilité d’une extension notable du périmètre « Paris Respire ».

19 janvier 2019, La Fine Épicerie (photo CGO).

Pour les associations plus modestes, dont Cavé Goutte d’Or et le Collectif Marcardet qui cheminèrent ensemble aux côtés de l’attachée de la Mairie au quartier de la Goutte d’Or, étrangement pas informée en interne de la marche exploratoire du 19 janvier, et pour les quelques rares riverains qui auraient rejoint l’escouade municipale, la rencontre au Café Néon et la promenade qui suivit ont été l’opportunité d’échanges sympathiques et fructueux avec les élus, conseillers, militants, membres du conseil de quartier et autres engagés manifestement heureux d’échanger leurs vœux sous d’agréables auspices. C’est ainsi que Cavé Goutte d’Or, qui a annoncé dans son PV d’AG 2018 et son programme 2019 vouloir quitter le terrain de l’action pour se consacrer à la restitution et à l’analyse de ses sept années d’études et de tribunaux administratifs, a accompagné la déambulation en voisin, observateur attentif recueillant quelques photos et cartes de visites, apprenant non sans en sourire que certains élus et riverains pourtant très engagés sur le quartier n’avaient eu connaissance de l’évènement qu’à travers le billet du blog qui en avait donné la veille l’horaire et l’itinéraire. Comme quoi il reste utile de s’y abonner (abonnement gratuit ici).

Selon un élu qui connait le quartier comme sa poche (c’est peu de le dire), les services de sécurité de la Mairie de Paris s’étaient même montrés inquiets de voir le blog diffuser une information jusque-là restée presque intime et énumérer les lieux où la maire ne passerait pas, – ce qui revenait en effet à désigner, en creux, les endroits chauds du quartier. De là à ce que soit lancée l’opération « Tous mobilisés pour le blog de Cavé Goutte d’Or », il n’y a que la petite balade à laquelle il convie ci-dessous ses fidèles lecteurs et futurs abonnés.

Tour d’horizon à l’angle du 360

Au pied du 360, sur le plus célèbre rond-point de la Goutte d’Or (photo CGO / agrandir l’image).

Devant le futur Studio 360 (voir ci-contre), le maire du 18e semble montrer du doigt le square Léon, hors-circuit de la marche exploratoire. À moins qu’il ne désigne les malfaçons de l’immeuble de l’angle Léon/Myrha qui dégouline de partout quelques années seulement après sa livraison en 2011 (voir ci-dessous).

En tous les cas, il y a là une  démonstration par l’absurde de l’incongruité du message récité mécaniquement par Éric Lejoindre qui, à chaque réunion sur le quartier, estime que les immeubles construits et livrés dans le cadre de l’opération dite « Château-Rouge » (années 2000/2010) sont de meilleure qualité que ceux qui l’ont été dans le cadre de l’opération dite « Goutte d’Or Sud » (1980/1990), actuellement en requalification autour des rues Boris Vian, Polonceau et de la Goutte d’Or. Il n’en est rien, comme l’indique le montage photographique ci-dessous montrant Anne Hidalgo, Éric Lejoindre et la troupe en exploration devant les deux immeubles qui se font face sur le carrefour Léon/Myrha, donc devant la façade noircie du 33 rue Myrha/6 rue Léon.

Montage de deux photos CGO (19 janvier 2019). Voir les originaux de la partie gauche et de la partie droite du montage. Des coulures noires apparurent sur tout l’immeuble quelques semaines après sa livraison en 2011. Ci-dessous, les mêmes coulures noires sont visibles sur la photo du même immeuble diffusée sur le compte tweeter du maire du 18e (19 janvier 2019).

Le même immeuble, les mêmes coulures sur la façade rue Myrha (photo Googlemap, avril 2018).

Devant ces images, le maire du 18e persistera-t-il, de réunions en réunions sur le mal-être du quartier, à affirmer que la municipalité et ses promoteurs immobiliers ont tiré les leçons  du désastre architectural programmé de la Goutte d’Or Sud ?

Les promoteurs immobiliers (ici la Foncière Logement qui est sur le point de livrer aux édiles son œuvre de l’angle Cavé/Stephenson) se réjouissent déjà des travaux qu’ils pourront entreprendre dans les années 2030 pour réparer et requalifier tout ça. La question de l’urbanisme de la Goutte d’Or aura entretemps été l’objet d’une contribution de Cavé Goutte d’Or au Grand débat national. À suivre cette semaine sur le blog.

Bilan d’étape à « La Régulière »

La façade nord du 43 rue Myrha à l’angle de la rue des Gardes, livré en mars 2011, façade dans laquelle se reflètent les immeubles voisins (photo CGO 16 juin 2018/agrandir l’image).

Du 33 au 43, peu de différences dans la conception et l’architecture des deux immeubles d’angle, ainsi que nous l’avions déjà regretté (voir notre billet « Pierres angulaires » du 10 août 2013).

Comme le montre ici la photographie de la façade au-dessus de la vitrine de « La Régulière », bel espace littéraire et convivial au 43 de la rue Myrha, l’immeuble n’a assurément pas, en dépit des allégations du maire actuel Éric Lejoindre, mieux vieilli que n’a « très mal vieilli » ceux de la Goutte d’Or Sud selon les mots de son prédécesseur Daniel Vaillant (sa lettre du 6 décembre 2013 à la Cohérie Boris Vian). Le 43 rue Myrha (sept ans d’âge) a en réalité subi le même traitement que son presque jumeau d’angle du 33 rue Myrha et le même défaut d’attention que, jadis, les immeubles des rues de la Goutte d’Or et des Gardes. Les deux institutions du quartier que sont devenues en peu de temps, par la qualité de leur travail et de leur accueil, la boulangerie Tembely au 33 et la libraire « La Régulière » au 43 sont ainsi livrées à la même enseigne de la Foncière logement et de l’architecte Fondamental (c’est son nom).

On attend les procès en malfaçon qui précéderont les requalifications fort onéreuses du type de celle actuellement en cours dans la Goutte d’Or Sud, où l’État et la Ville s’apprêtent à engloutir de nouveaux moyens et de nouveaux partenaires de l’ANRU.

À l’intérieur du bâtiment, « La Régulière » reçoit chaleureusement et, en bonne et efficace librairie indépendante, commande en quelques jours les livres qu’elle n’aurait pas en stock.

Halte spéciale à l’ancien siège des EDL

En sortant de « La Régulière », la petite troupe emprunta la rue Myrha alors qu’elle était attendue sur la rue de Suez.

Bouleversement d’itinéraire dont on ignore à ce jour les conséquences, côté Suez , mais qui permit à la maire de Paris de rencontrer une des particularités dont la Goutte d’Or semble avoir le secret : une barrière de potelets dont Action Barbès fit « un conte à dormir debout » en avril dernier. Samedi, le conte fit sourire le maire du 18e mais inquiéta la maire de Paris qui, sur la photo ci-après, semble avoir entrepris de photographier les potelets (à moins qu’elle ne soit en train d’appeler ses services pour les enlever). À suivre.

19 janvier 2019 (photo CGO).

Salut à « Le Myrha »

Après le Café Néon, la Fine Épicerie, la boulangerie Tembely et La Régulière,  « le Myrha » – cantine bio qui fut un succès avant même d’ouvrir – était comme naturellement au menu de l’escapade municipale : ni les potelets des EDL juste avant, ni le Café de l’Univers juste après (un univers longtemps convoité par la Ville puis attaqué sévèrement par la RIVP dans une tentative manifeste de le faire sombrer [voir ici]), ni le Café social (fermé !) ne rivaliseraient avec « Le Myrha » pour boucler la boucle avant Dejean, – « Le Myrha » qui présente en outre l’avantage d’être l’assise commerciale ou pied d’immeuble d’une des rares réussites architecturales des opérations d’urbanisme dans la Goutte d’Or, élégante proue blanche qui semble défier l’iceberg du « Paris Respire » tagué sur son flanc (voir notre billet du 20 septembre 2018).

« Le Myrha ». Au premier plan à droite, Paris Goutte d’Or et l’Union des commerçants de la Chapelle et la Goutte d’Or en conversation avec Colombe Brossel, maire adjointe chargée notamment de la Sécurité et des Quartiers populaires (photo CGO, 19 janvier 2019).

L’Univers (vite fait).

Le Café social (fermé).

Du Bazar Dejean au Titanic…

Il fallait oser et Hidalgo osa. N’avait-elle pas lancé sa précédente campagne avec le slogan « Oser Paris » ? La maire de Paris devait ainsi terminer sa « promenade exploratoire » sur les lieux de la « carence fautive » que lui reprochent successivement le Tribunal administratif, la Cour administrative d’appel et le Conseil d’État, à elle et à la Préfecture de Paris, en matière de salubrité et de sécurité d’un quartier qu’elle s’est appliquée, pendant toute la durée de la procédure, à recouvrir du voile de « Paris Respire ».

Paris respire à Château Rouge le 19 janvier 2019. Photo empruntée au compte tweeter d’Anne Hidalgo (lire l’ensemble des conversations diffusées sur la promenade exploratoire de la maire de Paris à la Goutte d’Or).

Comme en point d’orgue à cette « exploration » (Anne Hidalgo affirme elle-même venir régulièrement dans ce quartier qui demeure « maltraité » selon les termes du 18e du mois et ne peut donc sans doute pas parler d’exploration à chaque fois), la maire de Paris affronta ainsi un secteur ‘nettoyé’ avant sa visite.

… Nec mergitur

Une fois immortalisé sur son compte tweeter le panneau « Paris respire » (ici non tagué), restera ce moment de débat – de grand débat ? – sous les enseignes « Bazar Dejean » et « Le Titanic ». En extrapolant la célèbre devise de Paris, nous dirons que la municipalité battue devant le Conseil d’État ne sombre pas devant le Titanic.

19 janvier 2019 (photo CGO).

19 janvier 2019 (photo CGO).

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Acte X

Hidalgo ouvre un rond-point à la Goutte d’Or

  • En concurrence avec les Gilets jaunes (et en même temps) le Grand débat, la maire de Paris fait son marché à la Goutte d’Or, ce samedi 19 janvier.
  • Cavé Goutte d’Or s’est procuré l’itinéraire de cette « marche exploratoire » qui évite tous les points chauds, – à commencer par l’angle des rues Cavé et Stephenson, où l’un des plus violents fleurons de l’immobilier municipal restera ainsi à l’écart de l’exploration.

Support carte : Mappy.com / Tracé bleu : Mairie de Paris / Points rouges et pastilles ajoutées : Cavé Goutte d’Or (18 janvier 2019). Voir le renvoi des chiffres ci-dessous (point rond n’est pas rond point).

En bleu sur cette carte, l’itinéraire de la maire de Paris qui a annoncé dans un communiqué du 17 janvier 2019 qu’elle ferait, ce samedi 19 janvier entre 11 heures et 12 heures 30, une « marche exploratoire afin de voir les résultats des actions engagées depuis novembre 2017, et d’échanger avec (les habitants) sur les actions envisagées pour 2019 ». L’association La Vie Dejean avait annoncé l’évènement dès le 15 janvier, indiquant sur son compte tweeter qu’elle aurait « des choses à lui dire ».

Les échanges entre La Vie Dejean et la Mairie de Paris sont bien connus : on a déjà salué ici le succès de la procédure portée par la première contre la seconde et l’apport de ce travail au quartier (voir notre billet du 11 novembre 2018) ; on salue aujourd’hui le fairplay de Madame Hidalgo qui n’hésite pas à terminer sa « marche exploratoire » sur les terres de l’association qui a remporté cette victoire devant le Conseil d’État. Il est vrai qu’elle avait déjà « pris acte » de sa défaite dans un communiqué long et laborieux qui tentait de présenter le combat de La Vie Dejean comme dépassé et la décision du Conseil d’État comme le résultat tardif d’une procédure ancienne qui n’avait plus lieu d’être puisque tout était désormais sous contrôle dans Château Rouge.

La méthode est la même dans la défense d’Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement qui tente de faire passer les réalisations de l’urbanisme des décennies 2000 et 2010 sur le nord de la Goutte d’Or (rues Cavé-Léon-Myrha-Doudeauville) comme ayant bénéficié (et tenu compte) de l’expérience désastreuse de l’opération dite « Goutte d’Or Sud » menée dans les décennies précédentes. L’une des prochaines restitutions annoncées de Cavé Goutte d’Or déconstruira très précisément cette analyse et démontrera, au contraire, l’absence d’attention portée à plusieurs des projets immobiliers livrés depuis 2010, ceux restant à livrer aux deux angles de l’îlot Myrha/Affre (Batigère) et Cavé/Stephenson (Sefri-Cime) étant particulièrement en cause.

« À la Goutte d’Or Nord, on fait mieux qu’à la Goutte d’Or Sud », Éric Lejoindre, maire du 18ème  arrondissement de Paris. Vue de l’immeuble de Bruno Fortier pour Sefri-Cime prise de la rue Stephenson (crédit RF). Pour une vue du même immeuble prise de la rue Cavé (crédit BB), cliquer ici (attention à vos droits, vos doigts).

À part le temps de contrition sur la rue Dejean, et le temps (qu’on devine à l’avance délicieux au Café Néon et à l’épicerie fine d’à côté, dûment répertoriés dans le programme officiel), l’itinéraire de la « marche exploratoire » de samedi évite soigneusement les points chauds que nous avons placés de mémoire sur la carte par de petits points ronds.

Point rond
n’est pas rond point

Ainsi en sera-t-il de la place de Chapelle qui ouvre sur le marché sauvage de la rue Marx-Dormoy dont les riverains proposent sans rigoler l’achat de gilets oranges de sauvetage (1) ; des marchés sauvages et itinérants qui prennent place, le samedi notamment, sur le pont et la rue de Jessaint (2) ; de la place Polonceau qui accueillit la première grande manifestation des habitants et commerçants du quartier le 27 mars 2018, il y aura très bientôt un an, place aujourd’hui marquée par la tentative de la Ville de récupérer la mobilisation populaire par d’obscures opérations de communication qui, de totems mal fagotés en fosses fresques et autres vrais coloriages de rues, renforcent toutes le malaise ressenti (3) ; de la rue Affre qui, derrière des rénovations négligées, peine à (re)trouver le calme (4) ; des abords de l’église Saint Bernard monument historique souillés (les abords) par, notamment, les containers de déchets dont la Mairie de Paris les a flanqués (5) ; des fresques du square Léon dont les origines légales et les autorisations qui auraient d’urbanisme été données à l’époque de leur réalisation demeurent tues (6) ; du café Le Soleil d’Oran (7) qui tient les murs du carrefour avec le soutien de Bercy, la Direction nationale d’intervention domaniale (DNID) étant le propriétaire tutélaire des murs dont l’exploitation crée de considérables troubles de voisinage dans un axe déjà difficile (notre billet du 7 décembre 2018/extrait ; du violent immeuble de l’urbaniste Bruno Fortier à l’angle des rues Cavé et Stephenson (8) ; de la vaine tentative de Batigère de faire mieux à l’angle opposé – on devine que le bâtiment d’angle sera, ce samedi, dans l’ombre de la restauration du 5 rue Myrha (9) ; de l’œuvre de François Morellet cachée aux habitants de la Goutte d’Or par la palissade que lui impose depuis plusieurs années l’Institut des Cultures d’Islam, établissement culturel de la Ville de Paris (10) ; des jours de souffrance, longue et chère souffrance que la Résidence Doudeauville (qui abrite Drouot-Montmartre) impose depuis plusieurs années à la copropriété voisine du 46 rue des Poissonniers : un gouffre économique et juridique maintenu dans une impasse opposant justice civile et justice administrative (11),… le point 12 sur la carte marquant le marché Dejean (que Madame Hidalgo n’évite donc pas) et ses problèmes propres et récurrents.

Bonne marche, Madame la maire. Aucun rond-point dans les parages immédiats (lire à cet égard l’excellente note d’Action Barbès demandant une révision du plan de circulation dans la Goutte d’Or).

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Réparation

Aider le « Grand débat » à quitter l’ornière des « États généraux de la Politique de la ville » et autres  dispositifs de type « Tous mobilisés »

  • Marquée par une perte de contact avec la vie réelle des quartiers et une légèreté dans le travail d’écoute et de réparation attendu, l’opération « Tous mobilisés » qui se décline à l’envi sur Château-Rouge, la Goutte d’Or, Barbès, Polonceau, la Chapelle et autres « quartiers maltraités » (Le 18ème du mois) reproduit – et donc aggrave – les dysfonctionnements politiques qu’elle prétend traiter.
  • S’il le peut encore, le Grand débat national doit quitter le terrain de la Politique de la ville et des territoires, en échec depuis plus de trente ans.
  • Le ton de la lettre du président de la République, qui hésite entre le vous et le nous au bénéfice du flou, est-il de bon augure ?

Facsimilé de la couverture du Rapport Borloo présenté au Premier ministre français il y a moins de neuf mois, le 26 mai 2018. Voir la couverture entière. Lire le rapport.

L’autre soir, dans ce qu’il pensait être une boutade, notre bon Bert, à qui le blog de Cavé Goutte d’Or pique régulièrement quelques bons mots, évoquait le remplacement de Chantal Jouanno à la tête du « Grand débat » par Jean-Louis Borloo. Il voulait rigoler, non pas de Jean-Louis Borloo bien sûr, mais de l’idée que cet improbable remplacement pouvait, d’un seul nom d’un seul, mettre en lumière la probable vacuité de l’exercice si le pilotage en était confié – comme le dernier plan-plan sur les quartiers – à l’ancien ministre de la Ville. (Rien à voir avec la personne, tout avec le mécanisme).

C’était sans compter sur l’éditorial du très sérieux Hervé Gatteno qui, dimanche matin sur Europe 1, lançait la même idée sans rigoler. Certes, le directeur de la rédaction du Journal du dimanche ajoutait François Hollande comme personnalité de rechange, avouant que ce pourrait « avoir l’air d’une blague » (« comme toujours avec François Hollande », précisait-il). Mais ce ne l’était pas et le journaliste, qui ne voyait guère d’autres personnes répondant aux critères de « hauteur de vue, d’expérience, de stature, d’autorité, d’indépendance » qu’il posait à son pronostic, marquait même du sceau de l’audace, toujours sans rigoler, la nomination de François Hollande à la tête du Grand débat (écouter l’édito). Il est vrai que les journalistes sont également mis en débat par le mouvement actuel de distanciation politique. Le patron du JDD aurait ainsi bien pu souffler à l’oreille du président le nom de Michel Onfray comme patron de l’exercice démocratique, Michel Onfray qu’il n’aura pas manqué de croiser dans les couloirs d’Europe 1 ce dimanche matin.

Le très romain philosophe était en effet l’invité de la station quelques minutes plus tard et expliquait que, sauf à trouver un tribun de la plèbe pour faire entendre les « Gilets jaunes », les résultats du « Grand débat » finiraient « à la poubelle comme tous les rapports » (inclus donc le dernier en date de Jean-Louis Borloo ?).

Votre nous
et notre vous

On ignore si un tribun de la plèbe saurait trouver son chemin dans les textes patriciens à restituer au peuple, et vice versa, tant les scribes sont en peine avec les pronoms. Tout lecteur un peu attentif des textes du dispositif « Tous mobilisés » aura rencontré cette difficulté de l’élu et de son équipe de développement local à évoquer « notre quartier » ou « votre quartier ». « Tous mobilisés pour notre quartier », dit en général le slogan titre qui n’émane pourtant pas du nous censé se mobiliser et se veut donc une injonction au peuple plus qu’un mot d’ordre amical. Et la plume vire d’ailleurs très vite au vous.

Site de la Mairie de Paris (avril 2018). Agrandir l’image.

Dans le dispositif « Tous mobilisés pour notre quartier », il s’agit donc bien, en réalité, de « construire avec vous les solutions pour améliorer votre quartier ». Vous et nous ne sommes pas un. Même les moteurs de recherche s’emballent quand on leur pose la question :

Google, capture d’écran, 14 janvier 2019.

« Être votre députée, c’est aussi œuvrer pour nos quartiers populaires », assurait encore l’adjointe d’Anne Hidalgo à nos quartiers populaires, Colombe Brossel, dans son flyer de campagne pour les législatives de juin 2017 et, dans sa lettre aux Français du 13 janvier 2019, le président de la République n’évite pas mieux l’écueil  lorsqu’il énonce que « certains d’entre nous sont aujourd’hui insatisfaits ou en colère ».

Restitution

Le maître mot sera-t-il celui de restitution ? Cavé Goutte d’Or l’avait choisi comme terme programmatique de son année 2018, que l’association pensait pouvoir consacrer à une seule action, l’action de restituer celles qu’elle avait menées au cours des sept années précédentes, – bilan qu’elle espérait pédagogique d’un septennat d’allers et retours entre la Direction de l’Urbanisme et le Tribunal administratif. En raison d’une actualité judiciaire chargée (certains de ses combats les plus emblématiques ne se sont achevés [en termes de justice administrative] qu’en juillet et novembre 2018), le projet en fut reporté d’un an et, après avoir accompagné les mouvements sociaux de la Goutte d’Or du printemps dernier, qui n’ont suscité qu’une contre-mobilisation passive (on a pu dire poussive) dont la maire de Paris elle-même se dit désenchantée, le blog doit lancer, en janvier 2019, la série des retours annoncés :

Sur la page de couverture du Rapport Borloo, la dernière case de la série de clichés illustrant le vivre ensemble et le vivre en grand est laissée libre, comme si l’auteur avait voulu laisser au lecteur la possibilité de la remplir.

  • Retour sur l’opération Goutte d’Or Sud (dont Daniel Vaillant lui-même pouvait impunément assurer qu’elle avait « très mal vieilli ») ; retour sur l’opération Château Rouge (dont Éric Lejoindre, premier-adjoint et successeur de Daniel Vaillant à la Mairie du 18e, prétend impunément qu’elle a « su tirer les conséquences de la précédente ») ; retour sur plusieurs des décisions du Tribunal administratif qui ont avalisé des infractions au PLU et entériné l’idée qu’on peut impunément démolir ou construire n’importe quoi à la Goutte d’Or, sur les architectes des bâtiments de France qui se sont impunément succédé dans l’entreprise de destruction d’un quartier par ses démolitions et ses reconstructions sans contrôle (voir à cet égard la toute récente réaction de La Tribune de l’Art) ; sur la compromission de la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris qui s’est impunément engagée dans le mensonge et le mépris pour tenter d’imposer aux habitants de la Goutte d’Or le « ré-enchantement de la place Polonceau » au nom d’un prétendu ‘vote’ finalement caché sous le tapis ; sur la notion de « carence fautive » retenue par les juges administratifs en matière de droit à la sécurité et à la propreté dans l’affaire portée par l’association La Vie Dejean, défendue sur le terrain du droit de l’environnement par les associations de « L’affaire du siècle », écartée encore en matière de droit de l’urbanisme ; sur le projet de requalification du secteur Goutte d’Or/Boris Vian, promis à la concertation grâce à la famille Boris Vian et à la mobilisation du quartier mais déjà enfermé dans la nasse de la contre-mobilisation de… « Tous mobilisés ».

En dépit de ce tableau apparemment très noir, et comme stimulé par le défi d’éviter au « Grand débat » le risque de s’enfermer dans le carcan de « Tous mobilisés », Cavé Goutte d’Or maintient son programme et la publication à venir de ces restitutions en forme de retours, entreprise modeste de transmission d’outils qu’elle espère voir le quartier s’approprier désormais.

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