Marlboro

Ce n’était donc pas Gabelotaud

  • Le bruit courut un instant que l’adjointe au maire du 18e arrondissement, chargée du commerce, également adjointe à la maire de Paris chargée des politiques de l’emploi, avait fait coup double en mettant une carotte de buraliste au pied du métro Barbès-Rochechouart : lutter contre la contrebande de cigarettes qui sévit à cet endroit au vu et au su des élus depuis plusieurs années et donner un espoir d’emploi aux désœuvrés qui vivent de ce trafic.
  • Mais ce n’était pas elle : l’action a été revendiquée par le groupe de street-art omerta.project sur Instagram.
  • Ville ouverte, Quai-36, Extramuros, les EDL et autres très couteux intervenants financés par la Mairie sur le quartier n’avaient pas pensé à un aussi joli coup.

Le Parisien du 20 septembre 2018. © Photo Fred Dugit.

La carotte a animé toute les conversations du quartier, le samedi 15 septembre dernier, jour de marché. Elle a réjoui les participants à la belle fête de La Table ouverte et Paris Goutte d’Or le lendemain, et ravi la vedette à la fameuse fresque très contestée de la place Polonceau, confiée par la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris à l’agence Quai-36 pour un budget prétendument participatif de 22.500 €. Elle a tourné sur twitter toute la semaine.

Et quand une carotte tourne, le bâton n’est pas loin. Le groupe de street-art omerta.project a revendiqué l’action en diffusant jeudi une vidéo de l’installation.

Le coup était en effet une réussite et disait tout en une image, un bel haïku. Au point qu’un « journaliste au service web vidéo de BFM TV » (c’est ainsi qu’il se présente) a reconnu sa sidération : « Je voudrais savoir quel est le but de votre action », demande-t-il sans rire à omerta.project dont le profil sur Instagram révèle le mot d’ordre : « Punch first, ask questions later ».

TimeOut Paris aurait été le premier à lever le voile le 20 septembre à 13 heures, vite suivi par Le Parisien du même jour, à qui nous empruntons en titre la très belle photo de Fred Dugit. Le Figaro suivait le lendemain, Lumières de la ville le 24.

  • « Un collectif de street-art serait à l’origine de l’installation de la carotte de buraliste, au beau milieu des vendeurs de cigarettes à la sauvette de Barbès », écrivait Le Parisien, ajoutant : « Sans doute pour faire allusion aux incessantes vente de cigarettes de contrebande faites ici même quotidiennement ». Sans doute.

Dans les services d’Afaf Gabelotaud, on se perd encore en conjectures. À suivre donc.

Dans les services d’Afaf Gabelotaud, on se perd encore en conjectures.

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« Cher Édouard »

La Goutte d’Or fait l’article

  • Quatre papiers en moins de 24 heures racontent dans Libération et Le Parisien « les vies brisées des enfants marocains de la Goutte d’Or », « le témoignage désabusé d’un policier de terrain », le quotidien des « commerçants et riverains qui n’en peuvent plus » et de ces jeunes qui « sont des gosses pas des voyous ».
  • Interpelé par la maire de Paris, le premier ministre reste de marbre. Le totem de la place Polonceau aussi. Et Ian Brossat poursuit les séances de dédicace de son « Airbnb brûle-t-il ? »

Revue de presse

Libération, 19 septembre, 20h26 (« Du Maroc à Paris : Les vies brisées des enfants de la Goutte d’Or ») / Le Parisien, 20 septembre, 17h34 (« À Paris, l’insoluble question des enfants des rues ») / Le Parisien, 20 septembre, 17h39 (« Enfants des rues à Paris : le témoignage désabusé d’un policier de terrain ») / Le Parisien, 20 septembre 19h28 (« Mineurs isolés à Paris : ‘Ce sont des gosses, pas des voyous’… ».

 

 

 

 

 

 

N.B. L’équipe du blog n’a pas pu lire tous les articles. Ceux du Parisien ne sont pas tous en accès libre.

Facsimilé d’une lettre d’Anne Hidalgo à Édouard Philippe remise aux habitants du quartier de la Goutte d’Or lors de la présentation du programme « Tous mobilisés » à la Mairie du 18e arrondissement le 19 avril 2018. Version pdf de la lettre. Selon Libération, Anne Hidalgo aurait écrit une nouvelle fois au chef du gouvernement le 17 juillet 2018 et la réponse serait toujours « en cours de rédaction ». Lire sur le blog : Dérèglement.

  • Lire aussi sur le blog :

– 3 septembre : Anne Hidalgo dénonce « la dégradation de l’environnement urbain » dans la Goutte d’Or et désigne les responsables.
– 5 septembre : Le cri d’alarme d’Airbnb à la Chapelle.
– 7 septembre : Stop ou encore. Un budget participatif en trompe l’œil.

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Lapsus urbain

Le Monde invente « l’urnanisme » pour évoquer l’urbanisme parisien

  • Dérivé du mot « nanisme », lui-même dérivé de « nain », le néologisme du Monde pourrait vouloir qualifier, par antiphrase, la mégalomanie de l’urbanisme parisien qui veut « réinventer Paris ».
  • Sauf à ce que le lapsus vienne d’autres mots en -nanisme (il semble que Jean-Louis Missika lui-même en pouffe à l’avance), la légende de la photo du Monde fait sourire dans les coulisses du Pavillon de l’Arsenal où se déroule ce soir la cérémonie des Onans de l’urnanisme.

Le Monde du 19 septembre 2018. Capture d’écran (20 septembre 2018). La coquille est-elle vide ? Voir la page-titre complète du Monde. © Joël Saget/AFP.

« Réinventer Paris » ? Selon Le Monde, « la municipalité devait tirer, jeudi 20 septembre, un bilan satisfait de l’opération ». Et pour cause : « Sur les vingt-deux lauréats (de Réinventer Paris) annoncés en février 2016, dix chantiers sont déjà en cours, deux autres projets se sont vus délivrer un permis de construire. Pour les dix autres, l’instruction du permis par les services de la Ville est en cours. Deux ou trois font l’objet de discussions plus compliquées. Mais aucun projet n’est abandonné ni bloqué par des recours », indique le quotidien dans son édition du 19 septembre.

« Pour Paris, c’est miraculeux ! », aurait souri Jean-Louis Missika, « adjoint d’Anne Hidalgo à l’urnanisme », donc, poste occupé par la maire actuelle de 2008 à 2014. Les associations de riverains sourient sans doute moins, notamment celles qui, dans les quartiers en Politique de la ville, se battent contre les projets réinventant et réenchantant plus discrètement quand ce n’est dans l’anonymat ou le secret comme à la Goutte d’Or où la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris lance l’idée de « réenchanter la place Polonceau » sans le moindre panneau d’affichage de son autorisation pourtant légalement sujette à recours (lire notre billet du 10 septembre : « Fiction juridique »).

Ré-enchanter, ré-inventer,
ré-création

Inspirées des publicités du Club Méditerranée qui avait créé « le concept ‘Être re’ » à la fin des années 1990 pour y renoncer en 2003, les campagnes municipales parisiennes consistant à ré-inventer et ré-enchanter n’ont pas encore trouver comment simplement re-construire la Goutte d’Or démolie par la Ville et l’État dans les années 1980, que déjà les communicants accrédités à la Politique de la ville prétendent « rendre hommage au quartier et à ses habitants » en commanditant une fresque à 22.500 € pour orner provisoirement un mur qui sera démoli dans 18 ou 20 mois (lire notre billet du 7 septembre : « Un budget participatif en trompe l’œil »).

Extrait de la Déclaration préalable de travaux déposée par la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris (voir sur le blog/agrandir l’image).

La méthode ré-inventer (et il en est de même de la méthode ré-enchanter) « accorde une prime parfois agaçante aux effets de manche et aux phénomènes de mode », consent Le Monde : « On n’a jamais vu autant de façades végétales, de potagers urbains, d’espaces de coworking –, mais c’est une petite révolution », ajoute-t-il, sans enquêter suffisamment sur le dévoiement du règlement du PLU de Paris que ces « phénomènes de mode » suscitent.

Selon l’article du Monde, « la puissance de la Ville de Paris, l’attractivité de son marché immobilier, lui permettent largement d’imposer ses conditions aux promoteurs ». Dont acte, répliquent les associations qui, devant les juridictions administratives parisiennes, doivent se battre contre deux adversaires, la Ville et le promoteur auquel elle a « imposé ses conditions ». Ainsi en est-il, par exemple, pour nous limiter ici aux Grands projets souvent présentés sur ce blog, des chantiers de Paris-Habitat, de Batigère, de Sefri-Cime, du Diocèse de Paris, aujourd’hui plus modestement du producteur de Street Art Quai-36 ou du fabricant de mobilier urbain Extramuros, – autant de promoteurs auxquels la Ville a « imposé ses conditions ».

« La municipalité a d’ailleurs effectué tout un travail juridique pour traduire les engagements dans des clauses du contrat de vente du foncier », poursuit Le Monde : c’est ainsi que Sefri-Cime Promotion, par exemple, s’est fait offrir pour l’euro symbolique la parcelle de l’angle des rues Cavé et Stephenson, angle qui devait être protégé selon une étude de l’ANRU de 1982 qu’on a pu lire au Pavillon de l’Arsenal en 2016 encore (lire notre billet du 15 septembre : « Le cadeau de l’urbaniste Bruno Fortier au patrimoine de la Goutte d’Or »).

« Réinventer la Seine » : le contre-poing
paru dans les Échos

À l’avant-veille du raout de ce 20 septembre 2018 au Pavillon de l’Arsenal était sévèrement critiqué, dans une tribune parue dans Les Échos du 18 septembre 2018, un projet architectural pensé dans le contexte de « Réinventer la Seine », mouvement affluent de « Réinventer Paris ».

« Réinventer la Seine » est le nom d’un « appel à projets lancé au printemps 2016 sur 35 sites qui s’égrènent au bord de l’eau entre Paris et le Havre », explique en effet la Ville de Paris sur la section « services et infos pratiques/urbanisme » du site paris.fr.

L’un d’entre eux, déjà présenté parmi les « lauréats » sur le site dédié, a pour objet de construire un complexe immobilier sur les espaces publics situés autour de la station de métro Quai de la Rapée, à l’endroit où le canal  Saint Martin débouche sur la Seine, les boulevard Bourdon et de la Bastille sur le Pont Morland, lieu connu sous le nom de place Mazas à l’entrée du port de l’Arsenal.

Avec tous les éléments de langage convenus, le projet se présente comme ayant :

  • « l’ambition de faire de la Place Mazas un ‘lieu pour tous, pensé par tous’. La programmation équilibrée et mixte propose des fonctions résidentielles, culturelles, et productives. Elle prend place au sein d’un bâtiment de co-living R+7 situé à l’angle quai de la Rapée / pont d’Austerlitz et d’un bâtiment R+3 accueillant diverses fonctions (co-working, fablab, salle de spectacle) ».

Or, selon les auteurs de la tribune parue dans Les Échos, le projet dit « Place Mazas » est « situé sur une croisée urbaine stratégique, au débouché du canal Saint-Martin sur la Seine (et) porte directement atteinte aux corridors de ventilation que constitue cette configuration et donc à la santé des habitants ». « La construction d’un bâtiment d’habitation de sept étages et d’un second de trois étages perpendiculaires au port de l’Arsenal, créent par l’avancée de l’alignement des immeubles vers le fleuve, un goulot d’étranglement pour le flux d’air drainé par la Seine », expliquent-ils.

« Ce couloir de ventilation secondaire, axé sur le bassin de l’Arsenal, aligné sur la direction des vents dominants (sud sud-ouest et nord nord-est), face au Jardin des Plantes qui constitue une respiration bienvenue se trouvera quant à lui obstrué alors qu’il permet d’aérer des quartiers parmi les plus denses de la capitale », poursuit la tribune qui se veut très pédagogue contre ce projet que, dans un bel intertitre, Les Échos appelle joliment : « Un projet à contre-courant ». On en vient à espérer que les experts occupent enfin les panneaux de la municipalité intitulés sommairement « Paris respire », panneaux qui, à la Goutte d’Or, sont parfois détournés (voir ci-dessous).

À l’angle des rues Myrha et Poissonniers, Paris ne respire pas, disent des Gaulois récalcitrants.

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Sérieux grief

« Approximations et erreurs trop nombreuses »

  • Les causes officielles du départ de Bruno Julliard remettent-elles en question les autorisations d’urbanisme signées par la maire de Paris et contestées de diverses parts devant les juridictions administratives ?
  • Cavé Goutte d’Or propose la relecture de ses plus récents billets à la lumière de l’appréciation du premier adjoint démissionnaire.

Le vis-à-vis des agents de la Direction de l’Urbanisme parisien. Vue de l’intérieur du PASU (Pôle Accueil et Service à l’Usager), 6 promenade Claude Levi-Strauss – 75013 Paris (Photo CGO).

Le grief d’« approximations et erreurs trop nombreuses » fait à la maire de Paris par le premier adjoint démissionnaire Bruno Julliard dans son entretien au Monde du 17 septembre 2018 est au cœur de la contestation des autorisations d’urbanisme données sous les auspices d’Anne Hidalgo, d’abord à la tête de l’Urbanisme parisien de 2008 à 2014, et à la tête de la Mairie de Paris depuis 2014.

L’architecte est dans l’escalier (chantier Cavé/Stephenson, mars 2018). Agrandir l’image (Photo CGO).

Lire ou relire :

Le cadeau de l’urbaniste Bruno Fortier au patrimoine de la Goutte d’Or
Dans un vibrant plaidoyer pour la Ville de Paris, le rapporteur public a défendu devant le TA le projet immobilier sur-densifiant l’une des plus belles parcelles du quartier.

La Mairie de Paris autorise la Mairie de Paris à « ré-enchanter la place Polonceau »
Une fiction juridique présentée par la Direction des Affaires culturelles au nom de la maire de Paris.

Anne Hidalgo dénonce « la dégradation de l’environnement urbain » dans la Goutte d’Or et désigne les responsables
La « dégradation de l’environnement urbain » posée comme partie des difficultés rencontrées actuellement à la Goutte d’Or

Le dessous des sous
Approximations et erreurs de « Tous mobilisés » entretenues par le secret des services.

Biodiversité béton
Pendant que « Nicolas Hulot déclare la guerre au béton » (les journaux, juillet 2018), la maire de Paris déclare la guerre aux associations de défense de l’environnement qui luttent contre ses permis de sur-bétonner et sur-densifier la capitale.

Appel à la mutualisation des forces

Cavé Goutte d’Or, qui poursuit jusqu’à la prochaine Saint Urbain du 19 décembre 2018, son entreprise de restitution de sept années d’études et procédures devant le Tribunal administratif, relance l’idée d’une mutualisation des expertises, compétences et forces qui pourraient rassembler les expériences des associations actives en matière de défense de l’environnement et de la ville, et analyser de manière synthétique et transversale les décisions de l’administration parisienne et de la juridiction administrative parisienne au regard, notamment, du règlement du PLU de Paris.

Contacts et propositions à la rédaction du blog qui transmettra.

« Approximations et erreurs trop nombreuses » (chantier Cavé/Stephenson, juillet 2018).

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Journées du patrimoine

Le cadeau de l’urbaniste Bruno Fortier au patrimoine de la Goutte d’Or

  • Le célèbre architecte lauréat du Grand prix de l’urbanisme 2002 signe sur l’angle des rues Cavé et Stephenson un des derniers projets infligés à la Goutte d’Or dans le cadre de son interminable destruction.
  • Le hasard du calendrier fait que le Tribunal administratif de Paris tenait ce jeudi 13 septembre, avant-veille des Journées européennes du patrimoine dédiées à « l’Art du partage », l’audience publique de la contestation du permis de construire portée par Cavé Goutte d’Or.
  • Dans un vibrant plaidoyer pour la Ville de Paris et le promoteur immobilier, le rapporteur public a défendu ce nouveau joyau architectural sur-densifiant l’une des plus belles parcelles du quartier, offerte à Sefri-Cime pour l’euro symbolique.

En co-visibilité avec l’église Saint Bernard, seul monument historique de la Goutte d’Or, l’immeuble de l’angle Cavé/Stephenson pris de haut (Photo CGO, 2 septembre 2018).

Bruno Fortier, présenté comme un « architecte urbaniste renommé » sur le site de la Cité internationale universitaire de Paris qui l’a d’ailleurs chargé de la maîtrise d’œuvre de l’aménagement de la Cité,  s’était déplacé en personne pour présenter son projet de logements sociaux à l’angle des rues Cavé et Stephenson le 12 février 2014 à la salle Saint Bruno sous les auspices de l’association Foncière Logement, pressentie pour la maîtrise d’œuvre d’une opération immobilière très prometteuse, la parcelle étant cédée par la SEMAVIP pour un euro symbolique.

La FL a ensuite sous-traité le dossier à la Société Sefri-Cime Promotion, qui a géré le chantier en cow-boy, générant plusieurs plaintes du voisinage, comme le blog l’exposera dans un prochain reportage.

À l’occasion des Journées du patrimoine, le blog souhaite partager – puisque tel en est le thème cette année – partager avec ses lecteurs une réflexion avant/après à travers la photographie du paysage urbain marqué par l’intervention de Bruno Fortier sur les ruines des anciennes plumasseries Loddé, élégant immeuble de la moitié du XIXe siècle salué par l’architecte des bâtiments de France, élégant immeuble dont Bertrand Delanoë assurait le Conseil de Paris que la démolition n’était « pas souhaitée » mais que Daniel Vaillant et Michel Neyreneuf démoliront néanmoins. Élégant immeuble que Cavé Goutte d’Or avait tenté de préserver en 2011 et dont la Cour d’appel de Paris avait reconnu les qualités architecturales dans un hommage posthume du 31 janvier 2013.

L’îlot Cavé-Stephenson-Myrha-Affre (juillet 2018).

Et partager également, en en rendant très brièvement et provisoirement compte, la dernière étape en date de la procédure engagée par Cavé Goutte d’Or contre la Ville de Paris. Après une précédente diffusion partielle de ses moyens, le 4 juillet dernier en écho à la mise en garde de Nicolas Hulot contre la bétonisation de la ville, l’association publie ici son mémoire récapitulatif du 8 juin 2018 auquel le rapporteur public devait dédier, le 13 septembre dernier, de longues, très longues conclusions orales, – des conclusions qu’il qualifia lui-même d’« interminables », comme pour s’en excuser avant que le président du tribunal n’accorde la parole à l’association Cavé Goutte d’Or et à la société Sefri-Cime pour de très brèves observations de quatre minutes chacune.

Vue et points de vue
devant le Tribunal administratif de Paris

Cavé Goutte d’Or a annoncé la diffusion prochaine, sous forme de restitution critique synthétique, de  l’ensemble des procédures menées au cours des sept dernières années contre les décisions d’urbanisme qui ont fini de démolir le quartier saccagé par trente années de prétendue réhabilitation. La publication de son mémoire récapitulant  l’opposition portée au projet de Bruno Fortier ne se veut aujourd’hui qu’une modeste contribution provisoire à la défense du patrimoine que, selon elle, l’édifice de l’urbaniste contribue pour sa part à annihiler.

En proposant une photographie prise du même lieu en 2001 et en 2018, l’association n’entend pas démontrer (ni même proposer) que « c’était mieux avant », mais interroger les services compétents de la Mairie de Paris sur l’adéquation du projet qu’ils ont autorisé avec le bâti existant, en l’occurrence un îlot majeur de la Goutte d’Or, dont les deux angles Stephenson/Myrha et Stephenson/Cavé sont recensés par l’Atelier parisien d’urbanisme comme formant un « espace urbain d’intérêt élevé », îlot qui présentait en hauteur une unité de toitures que vient sérieusement briser l’immeuble de Bruno Fortier.

L’îlot et ses angles Stephenson/Cavé et Stephenson/Myrha au cœur d’un « espace urbain d’intérêt élevé ». Planche extraite de l’étude de François Loyer pour l’APUR (1982).

Rien de tout cela, dira le rapporteur public en égrenant avec un agacement non feint et encore moins caché les dix moyens principaux retenus par l’association dans son mémoire récapitulatif du 8 juin dernier.

Manifestement fâché par une procédure trop longue à ses yeux, dont il prétend pouvoir imputer la faute à l’association requérante, le rapporteur public omet activement de considérer que la Ville et le promoteur immobilier ont de concert entrepris de la prolonger indument à coups répétés de permis modificatifs estimés fictifs par Cavé Goutte d’Or. Comme il ressort des pages 2 et 3 de son mémoire récapitulatif, l’association s’est plainte à chaque étape de la prolongation artificielle de la procédure, en en dénonçant les effets manifestement recherchés : l’enrôlement de la cause à l’audience du Tribunal administratif une fois l’immeuble sous toit.

Nul doute que le Tribunal ne suivra pas le rapporteur sur ce point, pourtant fondateur de son courroux, pas davantage que sur son étrange tentative de valider l’un des permis modificatifs accordé par la Ville à Sefri-Cime en dépit de l’absence d’avis conforme de l’ABF (point III.2 pages 18-19 du mémoire récapitulatif de Cavé Goutte d’Or) : « L’ABF avait déjà donné son avis conforme au premier permis modificatif, il n’avait donc pas besoin de le donner au second », devait suggérer en substance le rapporteur public qui proposera un même type de démonstration concernant la largeur des vues des pièces enfermées dans la cour intérieure de l’immeuble de Bruno Fortier : « L’article UG 8.1.1° du règlement du PLU de Paris fixe à 4 mètres au minimum la largeur d’une baie éclairant une pièce principale, mais cela ne vaut que pour les fenêtres en vis-à-vis d’un immeuble voisin, pas pour celles donnant sur la même parcelle », distinction que rien ne permet dans le règlement du PLU dont l’article UG 8.1.1° indique que le ‘point de vue’ est celui de l’habitant de la pièce à éclairer, non de l’immeuble voisin (point II.7, pages 12-13 du mémoire récapitulatif de Cavé Goutte d’Or), ou encore l’emprise de l’immeuble sur une plus longue façade dans la rue Cavé que dans la rue Stephenson, – ce qui ne serait, selon le rapporteur public, « pas établi ».

La parcelle et ses deux emprises respectives sur les rues Cavé et Stephenson (pour mémoire). Extrait de « 12 ans d’action à Château Rouge », Lettre d’information n° 15 (juin 2015) émise par la Mairie de Paris, la Mairie du 18e, l’ANRU et la SEMAVIP (voir notre billet Biodiversité du 4 juillet 2018).

L’affaire a été mise en délibéré au 25 septembre 2018.

Rentrée chaude 

  • Le hasard du calendrier voulait également que l’affaire dite du 25 rue Stephenson soit entendue par le Tribunal administratif au moment où la SemPariSeine recevait les candidatures à la maîtrise d’œuvre  du projet de requalification des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or, requalification obtenue de haute lutte par Cavé Goutte d’Or et la Cohérie Boris Vian au terme de six ans de combat commun pour que la Ville de Paris prenne en considération l’échec de la rénovation de la Goutte d’Or Sud dans les années 1990 seulement. Les candidatures à la maîtrise d’œuvre devaient en effet être déposées jusqu’au lundi 10 septembre 2018 avant midi (Lire en page Défense du quartier notre billet « L’été Boris Vian »).
  • Le décalage du rapporteur public avec la réalité du dossier est trahi ici par le dénigrement avec lequel il a demandé au tribunal d’écarter les moyens et les pièces du dossier liés à cette étape historique de l’urbanisme parisien (Lire notre billet du 3 septembre 2018 : « Anne Hidalgo dénonce ‘la dégradation de l’environnement urbain’ dans la Goutte d’Or et désigne les responsables »).
  • Du Vide Grenier aux Journées du patrimoine.

    Le 10 septembre 2018 devaient également commencer les travaux d’aménagement du mur de la place Polonceau sur lequel la Ville de Paris prétend pouvoir autoriser la construction contestée d’une fresque à 22.500 € (Lire notre billet du 10 septembre 2018 : « Fiction juridique ») et dès lundi, notre enquête sur la Déclaration préalable déposée par la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris.

  • Les 15 et 16 septembre 2018, durant les Journées du patrimoine, la cagnotte lancée en mai dernier par SOS Paris et Cavé Goutte d’Or pour le patrimoine de la Goutte d’Or se prolonge. Plusieurs lieux du quartier tiennent une tire-lire ouverte à disposition des visiteurs.  Voir l’affiche.
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Fiction juridique

La Mairie de Paris autorise la Mairie de Paris à « ré-enchanter la place Polonceau »

  • La création de la célèbre fresque à 22.500 € sur la place Polonceau a été autorisée en catimini au cœur de l’été.
  • Bénéficiaire de l’autorisation d’urbanisme, la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris n’a toujours pas affiché l’arrêté du 8 août 2018, ce qui reporte d’autant le délai de recours des tiers et le début des travaux, annoncé pour ce 10 septembre 2018.
  • Cavé Goutte d’Or poursuit son enquête sur les petits arrangements de la Mairie de Paris avec elle-même.

Projet de fresque à 22.500 € imposé par la Mairie de Paris à la Goutte d’Or (extrait de la Déclaration préalable de travaux déposée le 14 juin 2018, capture d’écran).

L’association Cavé Goutte d’Or a écrit ce matin 10 septembre 2018 à Madame Claire Germain, Directrice de la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris (DAC) une lettre concernant le célèbre projet de fresque sur la place Polonceau.

Selon une information brièvement apposée la semaine dernière sur le totem de la place, confirmée ce matin auprès de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris, la DAC est en effet le maître d’ouvrage de travaux consistant à « créer une fresque de street art sur le mur du 2 au 10 rue Polonceau ».

Une déclaration préalable de travaux (DP) a été déposée le 14 juin 2018 et un arrêté d’autorisation a été rendu le 8 août 2018 (lire la DP, lire l’arrêté). Plus d’un mois après, cet arrêté n’est toujours pas affiché sur le terrain contrairement aux dispositions de l’article R.424-15 du code de l’urbanisme qui stipule qu’il doit l’être « dès la notification de l’arrêté (…) », c’est-à-dire en l’occurrence dès le 8 août comme en atteste l’arrêté lui-même que s’est procuré Cavé Goutte d’Or.

Catimini prolongé

De la mairie à la mairie en passant par la maire. Une opération rondement menée. Lire l’arrêté. Agrandir l’image.

L’affichage consiste en un panneau dédié dont les dimensions et le contenu sont fixés par le code de l’Urbanisme.

Il ne saurait donc nullement être remplacé par une affiche auto-promotionnelle du type de celle qui orna brièvement la place début septembre, fût-elle apposée sur un totem également auto-promotionnel, partie du mobilier urbain trash que la Ville de Paris a récemment imposé aux riverains et usagers de la place Polonceau dans le cadre de son programme de « ré-enchantement ». Cet affichage doit indiquer notamment les possibilités de recours des tiers, étant entendu que « le permis n’est définitif qu’en l’absence de recours ».

Or, en l’espèce, les travaux en question, présentés de façon rapide et erronée comme le résultat d’un vote du budget participatif 2016, sont au contraire largement contestés par les riverains et plusieurs associations du quartier, notamment en ce qu’ils remettent en cause les travaux de plus grande envergure consistant dans la requalification du secteur délimité par les rues Polonceau, de la Goutte d’Or et Boris Vian, tels qu’ils ont été retenus et exposés officiellement par la Mairie de Paris aux habitants du quartier et à la famille de Boris Vian le 25 mai 2018 dans le bureau et en présence de Madame la Secrétaire générale de le Ville de Paris (lire ici pour mémoire).

Sachant par ailleurs que la contestation des aménagements litigieux a été publiquement portée, à plusieurs reprises et de diverses parts, auprès de la Mairie de Paris, de la Mairie du 18e arrondissement, de leurs services respectifs et de la société productrice Quai 36, le dépôt confidentiel de la déclaration préalable à la mi-juin (avant le vote du 1er juillet censé refléter l’opinion du quartier !), son instruction au cœur de l’été, la prise d’un arrêté le 8 août et l’absence persistante de tout affichage légal sur le terrain plus d’un mois après, trahissent une précipitation qui peut apparaitre comme une tentative de mise des riverains et usagers devant le fait accompli.

Enjeu

Dans un billet récent du blog, l’association Cavé Goutte d’Or a écrit :

  • « Cette fresque et la dépense qu’elle implique sont en contradiction avec le projet qui consiste à requalifier l’ensemble de l’îlot Goutte d’Or/Boris Vian tel qu’il a été retenu officiellement par la Mairie et présenté aux diverses Directions chargées de le suivre, à la Cohérie Boris Vian et aux associations représentant les riverains. Selon ce projet de requalification, le mur sur lequel devrait prendre place la fresque de Quai 36 sera démoli au printemps 2020, ce qui implique une dépense de 22.500 € pour un ’embellissement’ de dix-huit mois (1.250 € par mois) ».

Précédemment, l’association avait communiqué sur ses tentatives, restées vaines jusqu’ici, d’obtenir des autorités municipales les renseignements sollicités par plusieurs associations du quartier sur le coût des opérations liées au dispositif « Tous mobilisés » sur la place Polonceau (lire ici pour mémoire).

La Ville, de son côté, avance masquée en mettant en lumière un projet lié au street art, a priori difficilement contestable. D’autant plus qu’à lire la notice déposée à l’appui de sa Déclaration préalable de travaux, la fresque aurait pour objectif le « ré-enchantement » d’une place qui, selon la Mairie qui a pensé et construit cette place dans les années 1990 après avoir, de concert avec l’État, détruit le quartier dans les années 1980, « peut être perçue comme anxiogène et porteuse d’un sentiment d’insécurité auprès des résidents et des passants » (presque mot pour mot ce que disaient les experts qui la mettaient en garde en 1984).

Mais il est probable que la Mairie de Paris se soit elle-même piégée dans ce projet dont l’objectif, ajoute-t-elle dans sa notice, serait « d’apporter couleurs et poésie aux habitants et aux riverains » : « Le résultat donnera une place éclatante et chaleureuse, pleine de nuance et de possibles, afin d’y restaurer de la convivialité et de la sécurité et de rendre hommage aux habitants (du) quartier avec une œuvre qui leur ressemble et les rassemble ».    

En effet, la Mairie s’est aussi engagée à requalifier l’ensemble du secteur dans un travail qui, selon le scénario retenu, doit emporter le mur concerné. L’œuvre censée « rendre hommage aux habitants du quartier » ne peut qu’être éphémère, ce qui est le véritable point de contestation des habitants, qui ne s’en prennent ni au street art, ni encore moins à l’artiste, tout au plus à la maison de production qui rafle la mise du budget passé de 5.000 € à 22.500 € (*une enquête est en cours sur les conditions d’attribution du marché à Quai 36). Ce qui est en jeu, ce que les habitants dénoncent est une nouvelle mauvaise gestion de l’urbanisme de leur quartier déjà sacrifié sur ce terrain précisément, une dépense inutile et le risque qu’un litige autour du droit moral soit brandi au moment où l’œuvre sera détruite pour laisser place au projet véritablement rénovateur à venir.

Sur ce visuel de l’agence d’architectes Feraru, les habitants ont construit et investi l’image d’un café terrasse en demi rotonde, qu’ils ont installé avec succès le 30 juin 2018. Agrandir l’image.

Des précautions ont-elles été prises sur ce point ? Loin d’être théorique, la question se pose avec la fresque monumentale créée au début des années 1990 sur les pignons des 11 et 13 rue Saint Luc donnant sur le square Léon.

Or, pour cette fresque-là, la Ville reste aujourd’hui muette sur les autorisations données à l’époque sans que les propriétaires des immeubles concernés n’aient jamais été consultés. Elle a notamment laissé la copropriété du 13 rue Saint Luc affronter seule la question du droit moral de l’auteur et toutes les conséquences de ce qui ne s’appelait pas encore le « ré-enchantement du square Léon » (lire ici pour mémoire).

*

Étant entendu que plusieurs conditions légales, notamment liées aux dispositions de l’article A.424-8 du code de l’Urbanisme, ne sont pas réunies à ce jour, les travaux en vue de la création de la fresque de « Tous mobilisés » ne peuvent commencer selon l’association, qui a en conséquence prié la directrice de la DAC de bien vouloir s’assurer qu’ils ne le soient pas.

*Vers une saisine de la CADA ?

La CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs) peut être saisie des demandes répétées des associations qui ont sollicité du Secrétariat général de la Ville de Paris et/ou de la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires que ces institutions communiquent les pièces que, jusqu’ici, elles refusent activement de communiquer. Il est vrai que cela implique une action qui sort de l’aimable « concertation » que ces institutions prétendent avoir instaurée avec leurs opérations de ré-enchantement. Une saisine de la CADA peut, en conséquence, être perçue comme agressive par les institutions concernées, mais la rétention d’informations qu’elles imposent et l’attitude paternaliste qu’elles affichent si franchement à l’égard à l’encontre du quartier ne sont-elles pas un condensé de longue et persistante agression ? Saisir la Commission d’accès aux documents administratifs.

Dans leur compte-rendu de la séance de restitution du 12 juillet 2018 (disponible ici, page 3), les agentes de « Tous mobilisés » reconnaissent que fut dûment contestée la légitimité des participants (une trentaine, comme le pose le CR) à décider de quoi que ce soit, ou à voter pour les vagues propositions (une centaine) égrenées au cours de la prétendue consultation menée par de prétendus prestataires dont les contrats seraient protégés par le secret commercial.

Avec une grande franchise aussi, le compte rendu informe que la proposition d’« organiser Paris Plage sur la place Polonceau n’est pas retenue ». Il n’en serait pas de même du projet d’anamorphose sur les escaliers Boris Vian que nous ne manquerons pas de suivre attentivement, des fois qu’il y aurait là une autre tentative de désarmorphoser la requalification générale du secteur Boris Vian/Polonceau.

Entre-temps, Cavé Goutte d’Or – dont l’objectif 2018 est de partager plus encore ses actions à caractère juridique pour les rendre accessibles à tous (lire son PV d’AG ici) – propose aux habitants et associations du quartier de réfléchir à l’opportunité de poser sérieusement la question de la légitimité et de la légalité des travaux de « Tous mobilisés ». Le cas de la fresque de la place Polonceau est d’école.

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Stop ou encore ?

Le Budget participatif en trompe l’œil

  • Ce serait « grâce au Budget participatif » que Paris a pu, cet été, offrir aux Parisiennes et aux Parisiens… aux Parisiens d’immondes vespasiennes sur lesquelles le monde entier s’est penché en riant.
  • À la Goutte d’Or, un détournement du budget participatif 2016 impose à un quartier parmi les moins favorisés de Paris une fresque à 22.500 € sur un mur qui sera détruit dans un an et demi.
  • Autour de l’église Saint Bernard monument historique, trois projets inscrits au budget participatif tentent de camoufler la destruction du patrimoine à laquelle se livrent les Mairies de Paris et du 18e dans ce quartier.
  • Tel est le contexte dans lequel la Mairie appelle une nouvelle fois au soi-disant vote citoyen, festif, solidaire et convivial.

On en rit jaune mais, avant qu’ils ne deviennent la risée de tous et soient vandalisés comme le rapporte Le Parisien du 5 septembre 2018, les piss’lib’ étaient présentés, au siège de la Mairie de Paris, comme de joyeuses « pissotières écolos », dont on assurait qu’elles « fleurissent dans Paris ». Le « dispositif » était destiné aux zones « fortement encombrées », expliquait sans rire le site dédié de la Mairie, le projet lui-même faisant état en 2016 de quartiers « ciblés ».

Ce « surprenant dispositif » aurait été le résultat d’un besoin pressant de « renforcer l’offre de toilettes publiques à Paris », expression qui venait confirmer que la loi de l’offre et de la demande est elle-même une loi naturelle.

Les Parisiens ne pouvaient ignorer le projet puisqu’il avait été annoncé, expliqué, illustré par une photographie ne cachant rien et laissant même percevoir un Parisien courageux assis à un jet de pierre de l’utilisateur virtuel de l’urinoir. À moins qu’il ne s’agisse du porteur du projet qui le tenait bien sanglé dans le dos (sources Budget participatif  2016). L’un des textes publiés sur le site du Budget participatif 2016 au soutien de l’uritrottoir présentait « une solution écologique pour recycler l’urine en matière fertilisante phosphorée », ajoutait que le projet visait plutôt un public masculin en évoquant « des sanisettes publiques, principalement pour hommes et également, dans la mesure du réalisable et des possibles, des équipements destinés au public féminin ».

Le projet ne serait donc qu’à moitié réalisé, comme l’observait une internaute en 2016 sur le site du Budget participatif : « Pour que cette démarche soit égalitaire, là où seuls des urinoirs seraient installés, il faudrait les assortir d’un distributeur gratuit de pisse-debout en carton, afin que les femmes aussi puisse se soulager. Sans cela ce serait discriminant, d’autant plus considérant qu’il est plus difficile pour elles de se soulager à la sauvage » (sources Budget participatif 2016).

À la Goutte d’Or, c’est « à la sauvage » aussi que le Budget participatif 2016 débouche, si l’on peut dire, sur une fresque dont le coût exorbitant de 22.500 € est dû aux intermédiaires qui se sont insérés dans le projet initial, dont l’auteur a pour sa part été écarté au profit (et quel profit !) d’une maison de production chargée d’en assurer la réalisation.

Dans « Le Dessous des sous », le blog a évoqué en juillet dernier la fresque encore virtuelle de la place Polonceau et le système des prestataires amis de la Ville de Paris qui récupèrent les projets, en augmentent le budget, choisissent secrètement les auteurs ou artisans, organisent un vote fictif pour simuler une entreprise légale.

Budget participatif bananier

Si les habitants du quartier n’ont pas réussi à obtenir les informations sollicitées auprès du Secrétariat général de la Ville, de l’EDL (Équipe de développement local) et de l’agence de production Quai 36 quant à la destination des 22.500 € finalement alloués au projet qui avait été présenté avec un budget initial de 5.000 €, il convient de saluer la franchise des EDL qui, dans leur compte rendu de la séance de restitution du 13 juillet 2018, ont reconnu qu’une partie de l’assistance avait, dans les pas de Cavé Goutte d’Or, contesté la légitimité des prétendues décisions pouvant émaner des prétendus votes organisés autour de ces projets.

Toute autre est, en plus haut lieu, la position de la Mairie du 18e qui, en page 4 de son journal, annonce à propos de la fresque Polonceau : « Vous l’avez voté au budget participatif, c’est en cours » :

Or cette fresque et la dépense qu’elle implique sont en contradiction avec le projet qui consiste à requalifier l’ensemble de l’îlot Goutte d’Or/Boris Vian tel qu’il a été retenu officiellement par la Mairie et présenté aux diverses Directions chargées de le suivre, à la Cohérie Boris Vian et aux associations représentant les riverains. Selon ce projet de requalification, le mur sur lequel devrait prendre place la fresque de Quai 36 sera démoli au printemps 2020, ce qui implique une dépense de 22.500 € pour un « embellissement » de dix-huit mois (1.250 € par mois).

  • Sinon, estiment les associations, si le mur reste et sa fresque avec, c’est que le projet présenté le 25 mai 2018 sous les auspices de la Secrétaire générale de la Ville de Paris n’était qu’un énième mensonge, une énième parade de la Mairie pour redonner (provisoirement) le nom de rue Boris Vian à ce qui fut quelques jours la rue Anne Hidalgo, – et risque de rester dans les mémoires comme une impasse.

Le projet de fresque sur la place Polonceau n’aurait en outre pas été l’objet d’une autorisation de la Direction de l’Urbanisme alors qu’il implique naturellement un changement de façade exigeant, pour le moins, une déclaration préalable de travaux (*).

Lépine dans le pied

Pour ce qui est des abords de l’église Saint Bernard, deux projets soumis au « vote » de cette année sont rassemblés sous le titre « Mettons en valeur l’église Saint-Bernard ! » (on apprécie le mode impératif censé exprimer un ordre, un conseil, une recommandation quand toute la politique de la Mairie de Paris et du 18e a consisté jusqu’à aujourd’hui à enlaidir le secteur).

Le premier des deux projets reprend l’idée d’éclairage de l’église soutenue par Action Barbès en 2016 et 2017 ; le second propose de rénover le pont Jean-François Lépine, d’embellir ainsi l’accès à l’église Saint-Bernard depuis la rue Marx Dormoy et de « valoriser l’une des plus belles perspectives sur ce monument parmi les plus anciens et pittoresques du quartier de la Goutte d’Or ». Le collectif Lépine Saint Bernard auteur du projet ne relève pas que, pour « pittoresque » qu’il lui apparaisse, l’édifice est aussi  classé au titre des monuments historiques, ce que rappelle sommairement  la présentation commune des deux projets par l’équipe dite de co-construction travaillant en amont du « vote » :

  • « L’église Saint-Bernard de la Chapelle est un monument historique du quartier de la Goutte d’Or. Ce projet propose d’agir sur l’éclairage de l’église et sur l’embellissement de son accès par Marx Dormoy ». Nous précisons ici que l’église Saint Bernard n’est pas « un monument historique du quartier », mais le seul (comme le fait valoir correctement la présentation du projet d’Action Barbès).

Les perspectives

Pour ce qui est des perspectives, on salue le souci des concepteurs du projet de préserver celles qui seraient offertes depuis Marx Dormoy tout en rappelant le combat que Cavé Goutte d’Or a longuement mené contre la Ville de Paris et sa décision d’autoriser le projet d’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil du monument historique, à l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, projet d’abord interdit par le maire de Paris Bertrand Delanoë au motif, précisément, qu’il portait atteinte aux « perspectives monumentales » qu’on avait de la rue Pierre L’Ermite sur l’église depuis plus d’un siècle et demi.

Les perspectives sur l’église Saint Bernard depuis le pont Jean-François Lépine (à préserver surtout en hiver).

Les perspectives sur l’église Saint Bernard depuis la rue Pierre L’Ermite (1860[1874]-2018).

Enfin, dans la disponibilité soudaine de la Ville de Paris à mettre en valeur l’église Saint Bernard, on peut s’interroger sur le devenir d’un des projets soumis au budget participatif 2017 consistant à aménager les pourtours de l’église Saint Bernard, projet lauréat en 2017 qui n’aurait pas encore fait l’objet de mise en œuvre.

(*) Correctif du 10/9/18 : Une autorisation a été accordée le 8 août 2018 mais, en infraction avec le code de l’Urbanisme (article R*424-15), l’autorisation n’est pas affichée sur le terrain, d’où notre proposition exprimée au conditionnel (lire notre billet du 10 septembre 2018).

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