Architecture

« Learning from Paris made Washington outstanding among American cities »

  • L’ouvrage Paris on the Potomac et le Magazine de la Ville de Paris à l’ère du plan climat quelques instants ensemble à l’ombre d’un chêne franco-américain*.

Improbable télescopage ?

* « En pleine terre, le chêne ? », demande le préposé au PLU.

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«Tous mobilisés»

La Mairie du 18ème rejoint la convergence des luttes

  • Dans un mail en circulation très restreinte, le maire du 18ème arrondissement de Paris invite ses administrés à une réunion publique qui se tiendra ce soir 19 avril 2018 pour « un dialogue en vue d’une concertation destinée à l’amélioration du cadre de vie ».
  • Le programme serait donc lui-même très restreint.

Dans un mail du 11 avril 2018 que les associations les plus installées du quartier ont eu de la peine à se procurer, Éric Lejoindre a invité les habitants de ses quartiers défavorisés à une réunion publique qui, si elle ne mentionne pas les pétitions qui lui ont été remises solennellement quinze jours plus tôt, le 27 mars 2018 sur la place Polonceau (lire notre billet du 28 mars 2018), en est clairement une (bien modeste) conséquence.

Le maire du 18ème arrondissement de Paris va jusqu’à inventer « le quartier Polonceau » pour ne pas parler des quartiers de la Goutte d’Or, la Chapelle, Barbès et Marx-Dormoy qui l’ont interpellé (entre maints autres responsables de l’Urbanisme, de l’Intérieur, de la Politique de la ville et/ou de la Sécurité publique).

Le mail du maire

« Afin d’améliorer le cadre de vie dans le quartier Polonceau, qui rencontre de nombreuses nuisances, nous souhaitons mon équipe et moi-même, en lien étroit avec la Ville de Paris, engager une réflexion sur les aménagements visant à prévenir les occupations illégales et à faciliter l’action des services de la Ville (propreté, sécurité, etc.).
Pour être efficace, ce travail doit s’appuyer sur un dialogue entre les habitants et les commerçants du quartier et reposer sur une méthode qui nous permette de tester plusieurs solutions.
Nous pourrons nous appuyer notamment sur les expérimentations menées dans d’autres quartiers, comme celui de Château Rouge sur lequel nous avons engagé une démarche similaire en décembre dernier.
Cette démarche collective vise à une amélioration durable de l’espace public à Polonceau ».

Sachant que Château Rouge est éloigné d’un jet de pierre de « Polonceau », le maire se réfère au dispositif précédemment mis en place à Château Rouge, qui est présenté en ces termes sur le site de sa Mairie :

« Le 13 février (2018), le comité de pilotage de la démarche « Tous mobilisés pour notre quartier » à Château Rouge s’est tenu à la Mairie du 18e en présence d’Anne Hidalgo, maire de Paris et d’Éric Lejoindre, maire du 18e. Cette démarche collective amorcée en fin d’année 2017 vise à une amélioration durable de l’espace public à Château Rouge.
Cette réunion faisait suite à la concertation organisée le 6 février avec les habitants et commerçants des rues Dejean, Poulet et des Poissonniers pour approfondir et prioriser les actions à mener à partir des 49 propositions recueillies auprès des riverains du quartier. Dès aujourd’hui et jusqu’à l’été 2018, ces actions concrètes pour aller vers un espace public apaisé seront mises en œuvre ».

Sous le titre « Poursuivre le dialogue collectif pour la suite du programme d’action », on peut lire sur le site de la Mairie du 18e que « le dialogue avec les habitants et commerçants du quartier Château Rouge continuera d’être mené au cours des semaines à venir pour construire collectivement la suite des actions. Un groupe de travail constitué des habitants et commerçants de la rue Dejean sera réuni en mars. La réflexion sur la végétalisation du quartier sera aussi poursuivie ».

Mobilisation au carré (blanc)

Les dispositifs ont l’ambition de « construire les solutions face aux nombreuses problématiques rencontrées au cours des derniers mois, notamment en matière d’espace public » (Goutte d’Or) et « mettre en œuvre des actions concrètes pour aller vers un espace public apaisé » (Château Rouge).

On ne peut mieux poser (sans néanmoins le faire officiellement) l’échec des projets dits de ‘réhabilitation’ de ces quartiers. De réunions qui s’appuient sur le dialogue en concertations qui s’expérimentent l’une l’autre, l’été s’annonce chaud à « Polonceau ».

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Agendas contrariés

Les états généraux de la Politique de la ville ne feront pas d’ombre à l’entretien du président de la République sur TF1

  • On ignore si Jean-Pierre Pernaut devait lancer les « états généraux de la Politique de la ville », ce jeudi 12 avril 2018 à 13 heures, et en aurait été empêché pour cause de force majeure, mais il s’avère que cet évènement-là, en tout cas, a été reporté de 15 jours. 
  • Colombe Brossel accuse le coup, elle qui faisait du 12 avril la date d’un cap. Que dis-je d’un cap ? – d’un roc, d’un pic, d’une péninsule !

(…)

La Cohérie Boris Vian, pour sa part, garde le cap du 2 mai 2018 pour les états généraux l’état général du secteur Arcades Goutte d’Or/rue Boris Vian. À J-20 ce 12 avril 2018, on rappelle que la famille de l’écrivain et musicien demande à la Ville de Paris le respect de sa mémoire et du quartier en assurant l’entretien d’un espace auquel elle a accepté que soit donné le nom de Boris Vian en 1992. Le 30 novembre dernier, après plusieurs interventions que nos lecteurs ont pu suivre sur le blog et sur la page facebook rue Boris Vian, elle a indiqué à la maire de Paris qu’elle retirerait l’autorisation donnée si elle n’obtenait pas, avant le 2 mai 2018, « la garantie expresse et ferme (des travaux annoncés), avec un calendrier précis et définitif des projets autorisés et commandés en vue de la requalification de la rue Boris Vian » (lire ici).

Sur la base, déjà, d’un cap proposé par Colombe Brossel le 26 novembre 2016, les travaux de refonte complète du secteur, tels qu’ils étaient alors présentés au Centre Barbara par l’équipe de l’agence d’architectes AAFerraru sous l’égide des deux Mairies de Paris et du 18e, devraient en effet être entamés aujourd’hui pour pouvoir être livrés, comme promis, en mai 2020.

Pour mémoire :
> Les projets de l’équipe AAFeraru présentés les 6 et 8 octobre 2015 en présence de Nicole Bertolt, de la Cohérie Boris Vian, et d’Agnès Fourment-Beau, architecte responsable du projet à la Mairie de Paris.
> La réunion du 26 novembre 2016 à la salle Barbara.
> La nouvelle présentation du projet sur le TEP le 2 mai 2017.
> La confirmation du calendrier par Colombe Brossel aux initiateurs des pétitions transmises le 27 mars 2018.

Or, dans la lettre que les deux maires ont remise aux habitants et commerçants du quartier le 27 mars 2018, rien n’est écrit sur cette requalification annoncée comme lourde (« Nous sommes là pour étudier un projet à grand budget qui doit réparer les erreurs d’il y a à peine trente ans », disait-on le 26 novembre 2016 au Centre Barbara) et il y a fort à penser que la Cohérie Boris Vian doive en prendre son parti.

Entre deux maires

Boris Vian, 1958 (D.R.).

Le quartier aussi d’ailleurs, si l’on en croit l’interpellation de Patrick Gosset le 27 mars. Alors en effet que, dans leur lettre, les deux maires ne disent pas un mot sur cette partie du désastre (pas plus qu’ils n’abordent ce que les pétitionnaires désignent comme « les erreurs historiques qui ont été faites dans l’aménagement et la gestion du quartier depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980 »), le président de Paris-Goutte d’Or évoquait expressément la rue Boris Vian et le risque de la voir, elle aussi, quitter le quartier :

  • « Que doit-on penser quand la famille Boris Vian, vu l’état de dégradation du passage qui porte son nom, est prête à engager une procédure pour faire retirer ce nom ? Comment voulez-vous que nous réagissions quand on nous explique que le quartier est à l’image de ses habitants ? » (Cf. Prise de parole de Paris-Goutte d’Or du 27 mars 2018).

Réponse le 2 mai 2018. Ou, juste avant, le 26 avril 2018, à l’occasion (reportée) des états généraux de la Politique de la ville ?

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Peau de chagrin

L’espace public encore réduit entre Barbès et la Goutte d’Or

  • Après les arcades de la Goutte d’Or fermées par une palissade pour cause d’occupation indue, l’Espace Jeune des mêmes arcades fermé pour « empêcher son occupation par les dealers », le jardin Bashung fermé, la rue Boris Vian proposée elle aussi à la fermeture la nuit pour en éviter « les usages détournés », la RATP annonce qu’elle ferme l’accès Guy Patin du métro Barbès les jours de marché parce qu’elle ne peut plus y assurer la sécurité.
  • Alors que l’Urbanisme du 18e ne craint pas de lancer ses « grands projets » dans ce contexte, l’association Paris-Goutte d’Or s’oppose à cette nouvelle démission.

Lettre d’information n° 1 lancée le 29 mars 2018 par la Mairie du 18e.

Après s’être réunis avec succès le 27 mars lors de la remise des pétitions qui mobilisent depuis plusieurs mois les quartiers de Barbès, La Goutte d’Or, La Chapelle (lire ici), les habitants se sont vus confrontés, dès le lendemain, à une nouvelle atteinte à leur espace public. Le 28 mars au matin, la RATP fermait en effet l’entrée Guy Patin du métro Barbès, la seule au demeurant qui respecte l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, afin d’empêcher son occupation par les vendeurs à la sauvette.

Photo J.C. 28 mars 2018.

Le surlendemain 29 mars, la Mairie lançait le N° 1 d’une lettre d’information consacrée à ses « grands projets urbains » : on ne pouvait mieux, en trois jours, illustrer le décalage qui marque l’urbanisme de la Goutte d’Or depuis plus de trente ans, – depuis qu’a été prise, aux plus hauts niveaux de l’État et de la Ville, la décision de détruire le quartier que l’Atelier parisien d’urbanisme proposait au contraire de restaurer (lire à ce sujet).

Paris-Goutte d’Or – qui déjà s’opposait à la destruction du quartier dans les années 1980 – a manifesté son opposition mercredi 4 avril et affiché un message indiquant que ses habitants  « n’acceptent plus que l’espace public soit interdit sous prétexte d’une mauvaise utilisation ».

Photo CGO 4 avril 2018 (Lire le texte de Paris-Goutte d’Or).

Action Barbès, qui évoque régulièrement la question, a signalé cette fermeture sauvage le même jour (son blog du 4 avril 2018) et, en signe de solidarité, les Gouttes d’Or de la Mode et du Design auraient proposé de déplacer l’évènement qui se déroule ce week-end à deux pas de la station Guy Patin de la rue des Gardes à la place Dauphine, dans l’arrière-cour du Palais de justice.

Crédit image : France bleu qui a consacré un article et un son à la question des « mineurs isolés » sur laquelle nous reviendrons bientôt.

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Pétitions

La Goutte d’Or invente le signing in the rain

  • Les pétitions des habitants et commerçants de la Goutte d’Or, la Chapelle, Marx Dormoy ont été remises solennellement à leurs destinataires sous la pluie et les applaudissements d’un public très mobilisé et très motivé.
  • Entre la démission ce matin du maire EELV de Sevran dénonçant le mépris de l’État pour les banlieues, la relance programmée à quinzaine de la Politique de la ville et le délibéré de la Cour administrative d’appel attendu demain pour rouvrir le débat sur l’urbanisme anxiogène de la Goutte d’Or, les quartiers Est du 18e jouent leur propre petite musique.

Un habitant de la Goutte d’Or (ici joué par Gene Kelly) en équilibre entre Zone Urbaine Sensible depuis 1984 et Zone de Sécurité Prioritaire depuis 2012. Crédit image : Singing in the rain, Youtube.

Mardi 27 mars 2018, 19 heures : le quartier se presse autour des initiateurs des pétitions à l’endroit même où auraient été commises, selon eux, « des erreurs historiques dans l’aménagement du quartier ».

Comme dans la version originale de Singing in the rain, la police surveillait hier l’opération « signing in the rain ».

D.R.

Cavé Goutte d’Or annonçait « un exercice de démocratie directe en plein air » (Lire notre billet Landsgemeinde). Merci à Bertrand pour les photos ci-dessus.

Le « Ras le bol » de Paris Goutte d’Or

Une « réflexion de fond à relancer »

Le tweet de la députée Obono

La réponse des maires de Paris et du 18e
aux pétitions des commerçants et des habitants

Le « dispositif Tous mobilisés pour la Goutte d’Or »

Un nouveau dispositif !? L’habitant de la ZUS et ZSP (toujours joué par Gene Kelly) se protège à l’avance. Crédit image : Singing in the rain, youtube.

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Landsgemeinde

Exercice de démocratie directe en plein air à la Goutte d’Or

  • Ce mardi 27 mars 2018 à 19 heures, « les quartiers » du 18e reçoivent en public et en plein air leurs élus, les maires de Paris et darrondissement, les adjointes et les adjoints à la Politique de la ville, le préfet de Police, le procureur, la commissaire, les ministres des Territoires et de la Politique de la ville,…
  • Du moins les ont-ils invités à venir recevoir solennellement, en mains propres, au cœur de la Goutte d’Or, les deux pétitions qui ont rassemblé en quelques semaines près de 1.800 signataires pour celle des habitants en faveur d’une « solution durable pour la sécurité et la salubrité » et plus de 250 pour celle des commerçants soutenus par une quinzaine d’associations.
  • Rendez-vous à 19 heures sur la place Polonceau.

Pastille bleue : « Place Polonceau » (fond de carte : PLU de Paris).

L’exercice de démocratie directe est déjà une réussite. En quelques semaines, les habitants des quartiers Goutte d’Or / Barbès / Château Rouge / La Chapelle / Marx-Dormoy se sont mobilisés autour des graves problèmes d’insécurité et d’insalubrité accumulés dans ces quartiers au cours des trente dernières années qui devaient, au contraire, leur apporter le soutien de la « Politique de la ville » et l’assurance de la « sécurité prioritaire ».

Un succès populaire face à un échec avéré dont les auteurs des pétitions n’ont pas écarté les racines, parmi lesquelles ils désignent les « erreurs historiques » du début des années 1980 :

  • « Nous pensons que des erreurs historiques ont été faites dans l’aménagement et la gestion du quartier (ce, notamment depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980), et qu’il est urgent de corriger le tir. En 2012, la Goutte d’Or, déjà classée “zone urbaine sensible”, est devenue “zone de sécurité prioritaire” (ZSP). Quel bilan pour ce dispositif qui, malgré les moyens annoncés et déployés, a laissé s’installer les marchés volants et trafics sur le pont Jessaint et aux alentours du métro Barbès, les dépôts sauvages d’ordure dans la rue, et la situation sécuritaire déplorable que nous vivons aujourd’hui ? » (…)
  • « Déterminés à défendre la quiétude, la convivialité et la vie de nos quartiers, nous vous exhortons solennellement, en tant que représentants de la Ville et de l’État, à assumer la responsabilité qui incombe à vos mandats et fonctions respectifs, et à prendre les mesures nécessaires » (Texte de la pétition en ligne).

« Préserver l’avenir d’un quartier déjà très fragilisé est une nécessité et une obligation. À circonstances exceptionnelles, moyens exceptionnels », écrit le 23 mars 2018 un habitant de la Goutte d’Or sur le forum de mails quotidiens auquel participe jusqu’à la maire adjointe de Paris chargée de la Politique de la ville, Colombe Brossel, qui « remercie pour ces mails, devenus un échange collectif ».

« Merci pour vos alertes »

« Merci encore pour vos alertes et vos retours », écrit en effet Colombe Brossel le 22 mars : « Nous avons à nouveau, hier soir, évoqué la situation de votre quartier au Conseil de Paris, et rappelé les besoins urgents et légitimes qui sont les vôtres. En parallèle, nous nous mobilisons pour activer l’ensemble des leviers en faveur d’un apaisement de l’espace public, en concertation et avec vous. C’est le sens de la démarche  ‘Tous Mobilisés’ ».

La Ville se mobiliserait ainsi autour des habitants qui se mobilisent pour appeler la Ville (et l’État) à prendre leurs responsabilités. La Goutte d’Or serait à l’agenda de la Ville et de l’État ce que la Ville et l’État sont à l’agenda de la Goutte d’Or ? Comme dans les années 1970 lorsque fut prise (par la Ville et l’État de concert) la décision de détruire la Goutte d’Or ? On veut croire que non, et que la mobilisation actuelle permettra de réparer les dommages causés par la réhabilitation des années 1990.

  • « Nous sommes conscients de vos efforts », lit-on encore sous la plume d’un habitant, « mais tout reste à faire et à refaire, effectivement. On ose seulement espérer qu’il sera tenu compte des erreurs commises dans le passé, qui ont contribué à cette dégradation. Faute de quoi, c’est l’ensemble des quartiers populaires du nord-est parisien qui va sombrer, durablement ».

Premier bilan de cette mobilisation le 27 mars à 19 heures, une fois les pétitions solennellement remises à leurs destinataires. L’affluence du public et des autorités sera un premier signe.

Communiqué de Paris-Goutte d’Or :
« Vous avez été nombreux à vous mobiliser pour préserver la quiétude et la convivialité des quartiers Goutte d’Or / Barbès / Château Rouge / La Chapelle. Cette mobilisation est considérable: 250 signatures pour la pétition des commerçants, le soutien d’une quinzaine d’associations de quartier, et près de 1.800 sur la pétition ouverte à tous ! Nous avons invité les autorités destinataires de ces deux pétitions à une remise publique place Polonceau, le 27 mars à 19h. Venez nombreux pour montrer l’ampleur de la mobilisation et de notre solidarité ! Nous comptons sur votre présence ».

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J-40

L’état sans nom d’une rue qui le sera peut-être bientôt

  • Au 22 mars 2018, Anne Hidalgo n’avait toujours pas répondu à la Cohérie Boris Vian sur la requalification du secteur des Arcades de la Goutte d’Or englobant la rue Boris Vian.
  • Rue et Cohérie Boris Vian sont ainsi entrées dans la quarantaine de jours qui les sépare du 2 mai 2018, dernière Saint Boris annoncée.

Le point de départ de l’équipe AAFeraru (présentation publique des 6 et 8 octobre 2015).

On se souvient que, dans le texte de la pétition qui circule actuellement sur les quartiers de La Goutte d’Or, La Chapelle, Barbès et Marx-Dormoy, sont évoquées les « erreurs historiques » de l’opération de réhabilitation de la Goutte d’Or sud (la pétition en ligne ; notre billet du 2 février 2018).

La Une de 18 ensemble (avril 2011).

Sans aller jusqu’à parler d’erreurs historiques pour ce qu’il a longtemps salué comme « la métamorphose » de son quartier alors qu’il en détruisait l’âme, Daniel Vaillant avait lui-même parlé d’un secteur qui avait « très mal vieilli ». C’est ce qu’avait en effet reconnu  l’ancien maire du 18e dans un courrier à la Cohérie Boris Vian du 6 décembre 2013 en réponse à une lettre que la Cohérie avait écrite à Bertand Delanoë le 28 novembre 2012.

Depuis, la famille de Boris Vian a instauré deux rendez-vous annuels sur place, les 2 mai (Saint Boris) et 30 novembre (date anniversaire de l’arrêté municipal donnant le nom de Boris Vian à la rue) à l’occasion desquels elle rappelle sa demande que le secteur soit requalifié et entretenu. Cela sans succès réel, sans engagement concret.

Son avant-dernière tentative, dirigée le 2 mai 2016 vers Éric Lejoindre, successeur de Daniel Vaillant, avait entrainé – tardivement, le 22 novembre 2016 – une présentation des travaux de l’équipe AAFeraru au Centre Fleury Goutte d’Or Barbara. À cette occasion, la Mairie de Paris avait annoncé un projet qui serait mis sur les rails dès janvier 2017 et livré avant la fin de la mandature, soit avant mai 2020.

> Les projets de l’équipe AAFeraru présentés les 6 et 8 octobre 2015 en présence de Nicole Bertolt, de la Cohérie Boris Vian, et d’Agnès Fourment-Beau, architecte responsable du projet à la Mairie de Paris.
> La réunion du 26 novembre 2016 à la salle Barbara.
> La nouvelle présentation du projet sur le TEP le 2 mai 2017.

Les scénarios présentés par l’équipe AAFeraru sous l’égide de Colombe Brossel et Éric Lejoindre le 22 novembre 2016 à la Salle Barbara.

Un an plus tard, le 30 novembre 2017, devant l’absence de toute concrétisation du projet sur le terrain, devant même ce qui peut apparaitre comme son abandon discret derrière une palissade présentée comme un projet féministe (lire notre page Humeur), la Cohérie Boris Vian a informé la maire de Paris qu’elle retirerait l’autorisation d’utiliser le nom de l’écrivain et musicien si, au prochain 2 mai, elle n’avait pas reçu « la garantie expresse et ferme (du travail à venir), avec un calendrier précis et définitif des projets autorisés et commandés en vue de la requalification de la rue Boris Vian » (lire ici).

« En temps et en heure »

Sa demande a été relayée par les signataires de la pétition en faveur d’une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier. Ainsi, le 6 mars 2018, alors que la Cohérie Boris Vian restait sans réponse de Madame Hidalgo, son adjointe Colombe Brossel rassurait les pétitionnaires qui avaient eux aussi « évoqué le projet de requalification des arcades de la rue de la Goutte d’Or et des escaliers de la rue Boris Vian, dont la livraison est prévue en mai 2020, en demandant à être non seulement informés, mais également concertés sur le projet (…) ». Selon elle, « le projet suivait les étapes classiques avec un passage prévu devant l’agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en juin ; il serait livré en temps et en heure et des concertations avec les riverains auraient lieu, elles aussi, en temps et en heure » (lire le compte-rendu ici).

Le 13 mars 2018, les pétitionnaires interrogeaient à nouveau Anne Hidalgo, Éric Lejoindre et leurs adjoints respectifs :

  • « Quel est le calendrier précis du projet de requalification des arcades de la rue de la goutte d’or, au-delà du passage devant l’ANRU prévu en juin 2018 et de la livraison prévue en 2020 ? Pourriez-vous nous envoyer le planning indiquant les étapes majeures du projet, notamment : concertation avec les habitants, lancement de l’appel d’offres pour projets architecturaux, sélection du projet et ses modalités participatives, présentation du projet final, début des travaux ? »

Le 16 mars 2018, Monsieur Aymeric Thini-Villerel, chargé de mission Prévention et Tranquillité Publique au Cabinet d’Éric Lejoindre répondait par mail :

  • « (…) En ce qui concerne la requalification des arcades, je peux d’ores et déjà vous indiquer que le calendrier d’études et de chantier est en cours d’élaboration. Nous vous en donnerons les détails dès que possible. Une concertation a déjà eu lieu sur ce sujet et le prochain maitre d’œuvre en intégrera les conclusions ».

« Occupation positive
des espaces publics »

Le 22 mars 2018, Carine Tardy, cheffe de projet à la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires, rendait public le « compte-rendu de la réunion de concertation relative à l’occupation positive des espaces publics du sud de la Goutte d’Or qui s’est tenue le 12 février 2018 » (lire le document).

La Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires veut tout fermer (compte-rendu).

Intitulé « Synthèse des échanges et relevé de décision », ce compte-rendu retient notamment, dans ce qu’il appelle « Diagnostic » : « État dégradé des escaliers du passage Boris Vian » (page 2) et : « Occupation du passage Boris Vian en soirée et durant la nuit (ce qui) renforce le sentiment d’insécurité ainsi que l’insalubrité du passage » (page 4).

Parmi les multiples propositions censées pouvoir remédier à cette situation, il évoque le projet de « créer des espaces libres de musculation en plein air », celui de « prolonger la fresque rue de la Goutte d’Or afin qu’elle ferme l’accès au porche de l’espace jeune et en empêche l’occupation par les dealers », ou encore celui de « fermer la rue Boris Vian la nuit dans le but d’empêcher son occupation et les usages détournés ».

Que la fresque censée « redonner une place aux femme dans l’espace public » puisse être  prolongée afin qu’elle ferme un espace jeune que la Mairie n’arrive pas à désinvestir de ses dealers révèle une autre facette que la gentille intention d’investir les murs par des figures féminines (lire notre page Humeur). Au-delà de cette révélation, on peut sourire, hélas, à l’idée de constater que cela aurait aussi pour but d’« améliorer les dysfonctionnements » (on croit entendre notre jeune JAM évoquant le projet de « renouveler le carcan dans lequel il est installé »).

« Le but d’empêcher »

Terrible « relevé de décision » qui ferme et enferme tout pour empêcher les nuisances qui, déjà, enferment le quartier dans un aménagement urbain qu’on a voulu destructeur de l’histoire du quartier lorsque, dès les années 1980, le but express fut de le classer en zone urbaine sensible et d’empêcher le travail de restauration fine proposé par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) dans l’étude détaillée menée à la fin des années 1970 et souvent présentée dans les pages de ce blog (voir ici et l’étude ci-contre).

À lire le document de la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires, ce n’est qu’« à moyen terme », une fois mises en place toutes ces bonnes idées destinées à tout fermer, que serait mis en œuvre le programme de renouvellement urbain de la rue de la Goutte d’Or et du passage Boris Vian. Donc nullement « en temps et en heure ».

« La Mairie de Paris lance le dispositif Tous mobilisés pour la Goutte d’Or », dit-elle (on observe que la rue Boris Vian est indistinctement présentée par les autorités municipale comme un passage ou une rue).

  • Lire aussi, en page Humeur du blog : La palissade qui doit « redonner une place aux femmes dans l’espace public ».
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