Embargo

Lafarge contournerait-il l’embargo syrien sur les Champs ?

  • Les reportages en boucle des chaînes bouclées offrent ce midi la vision de touristes « pas rassurés » par les cimetières les cimentières de Lafarge qui tournent à plein régime derrière les caméras.
  • La Goutte d’Or se souvient que, sur ses terres, les cimetières les cimentières sont roses pour faire joli.
  • Ce qu’auraient vu avant tout le monde les docteurs de la Geographical Review qui comparaient la Goutte d’Or et les Champs Élysées avant qu’Anne Hidalgo ne déclare que « Paris, c’est le 16e et la Goutte d’Or ».

BFM Paris, Capture d’écran, 30 novembre 2018, 14:02 (photo CGO).

On lit dans la postface du livre de photos Paris Goutte d’Or (cf. « Ces clichés qui nous regardent ») une appréciation universitaire sur la différence entre les Champs Élysées et « le quartier aux 30 ethnies », comme le présente l’éditeur Loco des clichés d’Elena Perlino :

  • « Pour nombre de Français et de touristes en France, une avenue comme les Champs-Élysées symbolise de façon iconique l’identité française. Mais ce type de lieux ne parle pas vraiment aux immigrés vivant en France. Pour eux, ce sont les quartiers comme la Goutte d’Or qui représentent leur Paris, celui qui attire les visiteurs du monde entier » (page 190).

La preuve : à la Goutte d’Or (ici sur l’angle des rues Cavé et Stephenson où l’urbaniste Bruno Fortier et le promoteur immobilier Sefri-Cime Promotion dénaturent le quartier avec la complicité de la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris, soutenue hélas par le Tribunal administratif), les cimentières sont coloriées en rose et le font savoir.

Angle des rues Cavé et Stephenson, 18 mai 2017 (photo CGO).

Publicités
Publié dans Articles | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Vade mecum

Itinérance culturelle en Goutte d’Or

  • Des clichés du livre Paris Goutte d’Or à la magnifique exposition « Les maîtres de l’imaginaire » chez Les Libraires associés en passant par le Beaujolais nouveau jazzy du Chien de la Lune, l’accrochage de « Chantiers » aux 26 Chaises, le concert de Malcom McCallum au 34, et bientôt la libération du François Morellet de l’ICI-Léon et une nouvelle projection du film « Les Ambassadeurs », libre de la tentative de récupération à laquelle se sont livrés les mouvements ZSP-18 et Paris-Luttes-info…
  • Riche programme.

André François, dessin rescapé de l’incendie de l’atelier de l’artiste (Les Maîtres de l’Imaginaire, Les Libraires associés, Exposition ouverte jusqu’au 19 janvier 2019).

On connait tous la semaine des quatre jeudis. En novembre, la semaine du 3ème jeudi est depuis 33 ans celle du Beaujolais nouveau qui, par décret du 29 octobre 1985 relatif à la commercialisation des vins à appellation d’origine, ne peut être consommé – expédié dit le décret ! – qu’« à partir du troisième jeudi du mois de novembre », qui cette année tombait le 15. Le jeudi 15 novembre donc, le chemin était balisé qui conduirait le correspondant du blog de la Salle Barbara aux Libraires associés en passant par Le Chien de la Lune. Et quel chemin !

Paris Goutte d’Or en clichés

Notre blogueur en reportage sur le livre Paris Goutte d’Or lors de son lancement au Centre Barbara le 15 novembre dernier avait rendez-vous sur place avec trois figures de la vie sociale du quartier, membres historiques de l’association Paris Goutte d’Or (étrangère au livre homonyme) et de La Table ouverte.

Lancement de « Paris Goutte d’Or, le livre », Salle Barbara, 15 novembre 2018 (photo CGO).

Devant la projection en boucle des photographies sur grand écran, il leur apparut que le livre cédait particulièrement aux clichés sur le caractère ‘exotique’ du quartier. Un double défaut de représentation sautait aux yeux : les habitants du quartier réunis autour du verre de lancement n’étaient pas représentés dans les clichés du livre et, inversement, les habitants représentés sur les clichés de « Paris Goutte d’Or, le livre » n’étaient pas représentés dans la salle, où se pressait une population très uniforme et monoculture (Lire notre recension en page HUMEUR du blog).

Quittant l’aréopage censé présenter sinon représenter « le brassage multiethnique où, sur quelques rues, se côtoient plus de trente ethnies différentes, musulmanes et non-musulmanes » (comme le dit la publicité unanime de l’ouvrage), et s’interrogeant sur ce qu’il convenait d’entendre par « ethnies musulmanes et non musulmanes », nos compères s’en allèrent d’un pas fraternels explorer les maîtres de l’imaginaire rassemblés chez Les Libraires associés.

Les Maîtres de l’Imaginaire en originaux

Superbe exposition en sous-sol du magnifique espace des Libraires associés, rue Pierre L’Ermite, exposition saluée notamment sur le blog Lu Cie & Co auquel nous cédons ici la plume : « Quel bonheur d’avoir enfin pu découvrir ‘en vrai’ les originaux réunis par Etienne Delessert et la fondation suisse Les Maîtres de l’imaginaire! Ils avaient été présentés pour la première fois à Strasbourg en mars dernier. Les voilà à Paris pour deux mois dans l’exquise cave voûtée des Libraires associés, du côté de Barbès (3 rue Pierre l’Ermite, 75018) ». « Du côté de Barbès », comme quoi la richesse du quartier est avérée ! « En tout, ce sont quatre-vingts œuvres originales dues à trente grands illustrateurs qui attendent le visiteur, aux cimaises et dans des vitrines, complétées de notices et, chaque fois que possible, des albums où elles apparaissent, disponibles en librairie ou pépites introuvables. Quelles merveilles! Cette juxtaposition d’illustrations exceptionnelles et un accrochage judicieux permettent de s’en mettre plein les mirettes, d’approcher le nez de ces fabuleux originaux, de découvrir de près le travail de ces immenses artistes. Les reproductions, c’est bien, les originaux, c’est mieux! »

Les mirettes, donc, pleines de cet imaginaire maître, les visiteurs pouvaient ensuite satisfaire leurs papilles en dégustant deux grands vins du Valais offerts par l’attachée culturelle de l’Ambassade de Suisse. L’exposition inaugurale s’était tenue à Strasbourg et, après la Goutte d’Or, elle se déplacera à Bologne avant de rejoindre la Haute École Pédagogique du canton de Vaud (HEP/Vaud). Le quartier monde tient son rang.

« Just Enough is Plenty », illustration de Seymour Chwast pour un conte de Hanukha de Barbara Diamond Goldin (photo CGO, 15 novembre 2018).

Le Chien de la Lune en musique

Jérôme Etcheberry, Félix Hunot et Raphaël Dever au Chien de la Lune, 15 novembre 2018 (photo CGO).

Après la Dôle valaisanne des Libraires associés (bis), le Beaujolais nouveau accompagnerait les tapas du Chien de la Lune qui, pour ce 3ème jeudi de novembre, avait invité Jérôme Etcheberry, connu pour être à la fois « l’un des meilleurs de l’univers du jazz Mainstream et aussi un gars du quartier », rappelaient les hôtes de la soirée.

Le gars du quartier se produisait en trio ce soir-là avec Félix Hunot à la guitare et Raphaël Dever à la contrebasse. À l’excellente table déjà saluée sur le blog, s’ajoutent désormais les excellentes tapas du Chien de la Lune, qui permettent de boire un verre au bar avec vue sur la place Polonceau, chère à Cavé Goutte d’Or, – un must.

Autre musicien et gars du quartier s’il en est, Malcolm McCallum était en New Falk Blues Live ce dernier samedi et, s’il ne put saluer McCallum en live au 34, notre blogueur itinérant eut les meilleurs échos de son concert.

Reprenant la route de ses vernissages, le correspondant de Cavé Goutte d’Or fut conduit sur le bel accrochage de photos de Véronique Lalot aux 26 Chaises (49 rue Polonceau). Sous le titre CHANTIERS tout en majuscules, l’artiste offre à voir une sélection de photos de la transformation de l’American Center construit par Frank Gehry à Bercy en Cinémathèque française, – un chantier majeur qu’elle suivit de 2003 à 2005 (exposition ouverte sur rendez-vous).

La cinémathèque en chantiers

 « Cette série d’images nous ramènerait […] à la frontière entre béton et cinéma », écrit l’historien de l’architecture Gwenaël Delhumeau. « Elles pourraient constituer le support d’une rencontre structurelle entre ces deux univers, traçant le cadre d’un espace qui donne à voir le temps. La photographe Véronique Lalot était en effet chargée de couvrir, dans l’espace et le temps, l’évolution d’un formidable chantier où le bâtiment de l’American Center, livré en 1993 par l’architecte californien Frank Gehry, se transformait en Cinémathèque française. Reconversion délicate et restructuration lourde, ce projet de réhabilitation était emmené par les architectes de l’Atelier de l’île […]. L’intervention est singulière, il s’agit en effet d’un bâtiment récent, véritable patrimoine de l’architecture contemporaine. Elle est aussi un défi tant la complexité de cet ouvrage conçu tout en béton y est poussée. […] ».

Vernissage de l’exposition CHANTIERS de Véronique Lalot, Les 26 Chaises, 16 novembre 2018.

Les parqueteurs lunaires de Véronique Lalot (ou raboteurs de parquets des temps modernes).

Le camouflé de l’ICI

Entrainé par la richesse culturelle de cette mi-novembre, notre blogueur ne pouvait résister à un passage à l’ICI-Léon, établissement culturel de la Ville de Paris où, naguère, Danièle Atala lui fit découvrir une œuvre de François Morellet (1926-2016), plasticien mondialement reconnu, souvent salué par la Ville de Paris et dont le site de l’ICI lui-même écrivait qu’il était le « principal représentant de l’abstraction géométrique aujourd’hui ».

Le François Morellet de l’ICI-Léon (photo CGO, 2013).

L’œuvre qui est actuellement conservée (?) derrière une palissade est qualifiée d’« installation inédite » dans les archives de l’Institut des cultures d’islam, archives qui signalent que le travail de François Morellet « s’inspire notamment de l’Alhambra »,-  « (monument espagnol majeur de l’architecture islamique) », précisait entre parenthèses la présentation de l’exposition « Islam(s) d’Europe » sur le site de l’ICI (septembre 2010).

Ainsi donc, la Ville de Paris cacherait au public d’un de ses établissements culturels dans la Goutte d’Or l’œuvre d’un plasticien qui fut exposé majestueusement sur les façades du Louvre Saint Honoré de 2013 à 2016, comme le blog l’avait déjà signalé en 2013 (notre billet du 28 novembre 2013). Sans même passer par l’étymologie qui n’y serait apparemment pour rien, le camouflage du François Morellet de l’ICI finit par devenir un camouflet pour la mémoire de l’artiste, pour la Ville et sa DAC, pour les habitants du quartier auxquels on signale volontiers (et à juste titre) la présence de la fresque monumentale de Tarek Benaoum dans les lieux mais pas l’installation plus discrète de François Morellet.

Certes, diront peut-être les services culturels de la Ville, l’ICI-Léon est un édifice précaire appelé à être très prochainement démoli et reconstruit. Que deviendra alors l’œuvre qu’il cache en ses murs (sur ses murs) ? La Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris est invitée par Cavé Goutte d’Or à se pencher sur la restitution du Morellet de l’ICI, – restitution au sens de remise au jour, remise à la vue des habitants de la Goutte d’Or. On devine déjà le projet d’Extramuros de transférer le Morellet de l’ICI sur la place Polonceau et de l’exposer derrière une vitre blindée en remplacement de l’improbable fresque de Quai-36 au statut toujours « reprogrammé » sur cet espace protégé (notre billet du 26 octobre 2018).

« Les Ambassadeurs » en ambassadeurs libres

Sur le mur du restaurant de la Goutte d’Or le 24 novembre 2018 (photo CGO). La Ville aurait pourtant demandé l’enlèvement de ces affiches dès le 17 octobre, à la veille de la projection du film à la Salle Saint Bruno (voir notre billet du 18 octobre 2018).

Last but not least de cette 3ème semaine de novembre devenue quinzaine, Cavé Goutte d’Or apprend avec plaisir que le film « Les Ambassadeurs » de Naceur Ktari, qui s’était littéralement fait hacker par Paris Luttes Info et la Zone de Solidarité Populaire du 18ème, pourrait être l’objet d’une nouvelle projection.

Suite à notre billet du 18 octobre 2018 relatant la mésaventure du quartier qui se réveillait au son d’un crime raciste qu’on aurait cru commis la veille, plusieurs voix se sont élevées contre cette récupération tapageuse et ont demandé une projection libre. Entrainant contre son gré l’association « Les Enfants de la Goutte d’Or » à la veille de son quarantième anniversaire, Paris Luttes Info et la Zone de Solidarité Populaire du 18ème (qui avait déjà piqué l’acronyme ZSP de la première Zone de Sécurité Prioritaire installée par Manuel Valls en août 2012 devant l’Olympic) voulaient eux aussi, à l’instar de Loco et comme pour fermer la boucle, voir « Paris Goutte d’Or » (version livre) à leurs portes, la Goutte d’Or à leurs bourses, et faire de la Goutte d’Or (comme le font ses démolisseurs / bâtisseurs  depuis près de 40 ans) leurs fonds de commerces pluriels.

L’idée d’une nouvelle projection, libre de la publicité faite à celle du 18 octobre, se développe depuis. L’occasion rêvée pour nos excellents confrères de Goutte d’Or et vous, journal officiel de la vie associative officielle de la Goutte d’Or, qui avaient confondu le film « Les Ambassadeurs » et le célèbre tableau éponyme de Hans Holbein le Jeune sans que personne ne le signale (toute confusion est bonne à prendre) ni ne le corrige (voir ici pour mémoire). Côté « Paris Goutte d’Or », on apprend que l’association qui porte ce nom depuis le début des années 1980 a décidé de l’enregistrer. Histoire de n’avoir pas à préciser, comme dans les génériques de film, que « toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite », – avertissement qui fait hélas défaut au livre Paris Goutte d’Or (Lire en page HUMEUR du blog : « Ces clichés qui nous regardent »).

Rue de la Goutte d’Or (24 novembre 2018). Ces clichés qui nous regardent.

  • Au moment où nous postons ce billet est diffusée sur France culture une émission sur l’histoire de la Goutte d’Or, présentée par Alexandre Frondizi qui s’entretient avec Emmanuel Laurentin (La Fabrique de l’histoire) de sa thèse intitulée « Paris au‑delà de Paris : urbanisation et révolution dans l’outre‑octroi populaire, 1789‑1860 » (Lien de l’émission). Nous y reviendrons dans un prochain billet.
Publié dans Articles, Défense du quartier | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Nomos

La Vie Dejean ouvre la voix des quartiers en Politique de la ville

  • Après le Tribunal administratif le 24 mai 2016 et la Cour administrative d’appel le 18 avril 2017, le Conseil d’État donne à nouveau raison, ce 9 novembre 2018, à l’association La Vie Dejean qui lutte depuis cinq ans contre les carences de la Ville et de l’État dans leur mission de sécurité et de tranquillité publiques.
  • C’est donc bien « la voix des quartiers » qui est ouverte par La Vie Dejean, la voie du droit l’ayant été depuis l’origine de ce procès exemplaire du bon usage de la loi et révélateur du mépris de la Ville et de l’État pour leurs « zones urbaines sensibles ».
  • À 15 jours du délai de pourvoi contre le jugement accordant à la Mairie de Paris, à Sefri-Cime Promotion et à l’urbaniste Bruno Fortier un blanc-seing pour l’une des dernières agressions en date du quartier, Cavé Goutte d’Or salue d’autant plus le travail de La Vie Dejean qu’elle tente elle-même de faire valoir la rupture caractérisée du principe constitutionnel d’égalité devant la loi dans le mal-traitement infligé à la Goutte d’Or par l’Urbanisme parisien.

À l’audience du 13 septembre 2018 devant le tribunal administratif de Paris, Monsieur de Souza Dias, rapporteur public dans le procès que Cavé Goutte d’Or y menait alors contre la Mairie de Paris et le constructeur Sefri-Cime Promotion, s’est presque étranglé à l’idée que l’association puisse évoquer à l’encontre du permis de construire un moyen tiré de la rupture d’égalité devant la loi et les charges publiques. L’association, qui a recouru jusqu’ici contre une dizaine de décisions d’urbanisme bâclées et partisanes, assorties d’avis d’ABF fantaisistes quand ce n’est simplement invalidés par le tribunal (lire ici pour mémoire) ou retoqués dans l’attente de permis modificatifs (lire ici pour mémoire), évoquait en effet, entre autres nombreux moyens, l’inégalité de traitement et d’attention dont la Goutte d’Or était la victime.

Quand bien même Cavé Goutte d’Or a toujours évoqué à l’appui de ce moyen la théologie misérabiliste de la Mairie du 18e qui, sous l’égide du militant associatif Michel Neyreneuf devenu son adjoint à l’Urbanisme, a mis en place l’idée d’un type d’immeuble correspondant au « type de population » du quartier et instauré le « renoncement à un effort architectural important » au nom des plafonds financiers appliqués aux logements sociaux, les tribunaux ont toujours écarté le moyen tiré du principe constitutionnel de l’égalité devant la loi et les charges publiques. Dans le recours contre le projet de Bruno Fortier, fleuron d’une architecturale sociale sur-densifiée construit à l’arrache par Sefri-Cime Promotion sur l’angle des rues Cavé et Stephenson, le tribunal administratif a même prétendu pouvoir retenir que l’association se serait « bornée à soutenir » que l’instruction des demandes de permis de construire dans le 18e arrondissement était constitutive de cette rupture d’égalité sans l’établir (considérant 28, page 11 du jugement du 27 septembre 2018).

Or, l’association se référait notamment à la jurisprudence La Vie Dejean, aujourd’hui confirmée par le Conseil d’État. Sans doute le contexte était-il différent et les droits applicables également – code général des collectivités territoriales pour l’un, code de l’urbanisme pour l’autre – mais rien, dans la comparaison proposée par Cavé Goutte d’Or avec le cas bien connu ici de La Vie Dejean et la production devant le TA de pièces comme l’article du 18e du mois faisant état de quartiers maltraités ou la pétition d’habitants qui a mobilisé la Ville et la Préfecture de Paris autour du désastre des permis de construire accordés à l’opération Goutte d’Or sud, ne justifiait que soit écarté à la légère un moyen dûment évoqué et assorti de pièces solides, fussent-elles inhabituelles.

L’ironie du rapporteur public confinera à l’ire tout court lorsqu’il devra proposer au tribunal administratif de n’apporter aucune considération aux moyens de Cavé Goutte d’Or tirés de l’échec de l’opération de réhabilitation du quartier dans les années 1980 (pourtant dû déjà à des permis de construire mal instruits) ou de la discrimination dénoncée de toutes parts, comme l’établissait la une du 18e du mois de mai 2018 produite par l’association, en parfaite conscience du caractère à la fois judicieux et inopérant de cette production :

La Une du 18e du mois de mai 2018.

De fait, le considérant du tribunal prétextant que Cavé Goutte d’Or se serait « bornée à soutenir » l’inégalité devant la loi sans l’établir (vs a tenté sans succès de l’établir) est lui-même inopérant et s’autodétruit à la lecture approfondie du jugement qui, dans un autre attendu de même défausse, affirme que « si la requérante soutient que la parcelle du terrain développe plus de 30 mètres de linéaire sur la rue Cavé, les plans versés au dossier ne l’établissent pas » (considérant 17, page 8 du jugement du 27 septembre 2018), alors qu’au contraire, les plans établissent ce fait au-delà de tout doute (voir illustration ci-dessous).

Sous la pastille bleue ajoutée par nos soins, on lit que, contrairement aux allégations du Tribunal administratif, les plans versés au dossier établissent parfaitement ce que Cavé Goutte d’Or soutient : « La parcelle du terrain développe plus de 30 m de linéaire sur la rue Cavé ». Agrandir l’image.

Vers une remise en cause profonde
de la gestion du 18e Est

Le rapporteur public du dossier Sefri-Cime Promotion n’habite sans doute pas la Goutte d’Or, à la différence du rapporteur public du dossier de La Vie Dejean qui, devant la Cour administrative d’appel, avait indiqué sans réserve qu’il « habitait dans le 18e arrondissement » et ne pouvait « que confirmer les affirmations de l’association ». 

Cette seule circonstance – habiter le 18e et le dire, dire en conséquence qu’il ne pouvait que confirmer la situation dénoncée par La Vie Dejean – devait d’ailleurs susciter, chez le préfet de police, la tentative de faire déclarer l’arrêt de la cour irrégulier, tentative balayée en quelques lignes par le Conseil d’État dans son arrêt du 9 novembre :

  • « Considérant que la seule circonstance que, dans les conclusions qu’il a prononcées devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public a indiqué avoir personnellement constaté la situation dégradée du secteur piétonnier concerné par le litige et a critiqué cette situation en termes sévères n’implique pas, contrairement à ce que soutient le préfet de police, que l’arrêt attaqué ait été rendu dans des conditions irrégulières ».

L’affirmation de la réalité n’est donc pas punie. Transposée aux décisions d’urbanisme querellées devant la justice administrative, la réalité veut d’ailleurs que la maire de Paris elle-même, même si elle n’habite la Goutte d’Or, connait parfaitement le désastre des opérations de réhabilitation du quartier. Elle qui avait déjà poussé Daniel Vaillant à la sortie en 2014, assassina en effet les équipes municipales qui ont saccagé la Goutte d’Or  en dénonçant récemment auprès du premier ministre Édouard Philippe « la dégradation de l’environnement urbain dans la Goutte d’Or » entre 1988 et 2008 :

  • En datant de 1988 à 2008 « la dégradation de l’environnement urbain » qu’elle dénonce dans une lettre d’avril 2018 à Édouard Philippe, Anne Hidalgo désigne clairement Lionel Jospin, Alain Juppé, Daniel Vaillant, Michel Neyreneuf, Bertrand Delanoë et elle-même en sa qualité de première adjointe de 2001 à 2014 comme responsables de la rénovation dégradante du célèbre quartier du 18e arrondissement de Paris (lire notre billet du 3 septembre 2018).

Sur ses comptes tweeter et facebook, la Vie Dejean évoque à raison sa victoire contre « la carence fautive sans la gestion du quartier » et se dit « heureuse car ce jugement donne une arme juridique à tous ceux qui souffrent des inégalités de traitement des territoires ».

Lors des premiers jugements en faveur de la Vie Dejean, les services municipaux et préfectoraux avaient pris ombrage de décisions mettant en avant la notion de carence et on peut les suivre dans une défense qui fait remonter aux élus les carences premières qui sont principalement, selon nous, d’ordre socio-politique. Au moment où, à la Chapelle, Marx-Dormoy, Polonceau, Château Rouge, les riverains se battent pour une reconnaissance de leurs droits à l’égalité de traitement, la décision du Conseil d’État se lit en effet comme une cinglante remise en cause de la gestion municipale du quartier depuis 1980, droite et gauche ainsi confondues, – sinon en excuses, assurément en médiocrité et négligence. Et ce ne sont pas les projets prétendument ‘citoyens’ consistant à « colorier les trottoirs de la Goutte d’Or » ou à « ré-enchanter la place Polonceau » qui permettront de ré-enraciner le nomos dans la terre du quartier.

Restitution

Ce que La Vie Dejean met en lumière avec efficacité depuis cinq ans est la mission de la Ville et de l’État, telle qu’elle ressort du code des collectivités territoriales, notamment de ses articles L.2212-2 et L.2512-13 (voir le jugement de première instance du 24 mai 2016). Les experts ont pu voir dans cette entreprise l’ébauche d’une « justice spatiale » :

« Pour tout bon connaisseur du terrain et de la géographie sociale française, le concept de ‘justice spatiale’, débarrassé de son carcan marxisant universitaire, paraît mieux adapté que celui de ‘mixité sociale’ pour orienter les politiques publiques », poursuivait Laurent Chalard :

  • « Il ne cherche pas à modifier le peuplement d’un territoire pour lui faire acquérir un idéal de profil social moyen, politique dont la mise en place généralisée s’avère illusoire, mais uniquement à s’assurer que la qualité des services publics (sécurité, enseignement, santé…) soit la même quels que soient le niveau de richesse et l’origine ethnique des habitants du quartier en question, dans l’optique de permettre à chaque individu d’une agglomération importante de disposer d’un minimum d’égalité des chances », précisait-il.

À la « demande de justice spatiale » identifiée par le géographe, nous ajouterons la tentative des habitants de se réapproprier la loi et la pratique du droit. Si le projet peut paraître fastidieux, il est souhaitable en effet que les habitants s’approprient ce type d’action pour lutter contre le misérabilisme qui guide encore une grande partie des interventions prétendument ‘sociales’ des élus des quartiers en Politique de la ville et des associations instituées à leurs côtés.

S’approprier le droit pour mieux en bien user implique de se débarrasser du sentiment d’impuissance face à la loi (ou pire : de désintérêt face à son [in]application). C’est le mieux qu’on puisse souhaiter à ce que la Ville appelle « les quartiers » et, à lire les premiers commentaires de soutien au récent succès de La Vie Dejean, il semble que ce souhait est raisonnable.

Publié dans Articles | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Trois en un

Tir groupé sur la place Polonceau

  • Le « nettoyage participatif » du 20 octobre annulé sans explication
  • La fresque à 22.500 € « reprogrammée »
  • Le bistrot Polonceau entr’ouvert par l’opération Boris Vian.

La Mairie de Paris joue de malchance avec la place Polonceau, sur laquelle elle semble avoir perdu pas mal d’autorité et de crédibilité au cours des trente dernières années de réhabilitation de la Goutte d’Or Sud. Dernier incident connu, l’annulation sans explication officielle du « nettoyage participatif » auquel avaient été conviés les riverains samedi dernier 20 octobre.

Du balais !?

Le secret qui entoure cette annulation est d’autant plus étrange que l’opération avait été annoncée avec force publicité par la Mairie du 18e arrondissement. Depuis samedi, Cavé Goutte d’Or a tenté de joindre les responsables de la Propreté du 18e, sans succès. Mails, messages téléphoniques, messages gazouillis, rien n’y fait.

Apparemment, Gilles Ménède avait programmé plusieurs opérations du même type le même jour (capture d’écran @GillesMenede). Agrandir l’image.

L’association s’est ainsi rapprochée des commerçants qui ont vécu la débandade des services, vers 9 heures du matin, une demi-heure avant le rendez-vous fixé à 9 heures 30. Selon les informations recueillies sur le terrain, les nettoyeurs officiels avaient commencé d’installer un stand et quelques balais lorsqu’ils se virent interrogés par un jeune homme sur l’objet de l’opération. « On vient vous expliquer comment nettoyer la place », auraient-ils énoncé en substance. Le jeune homme était seul, la Mairie formait une équipe d’une dizaine de personnes autour du maire adjoint du 18e arrondissement Gilles Ménède, chargé de la Propreté, de la Voirie et des Déplacements. Celui-ci est resté quelques temps avec son interlocuteur matinal, mais les services sont partis – vexés ou apeurés, la version officielle le dira peut-être un jour – et, à l’heure du « rendez-vous citoyen » (qu’on écrit ici « Rendez-vous, citoyens ! »), la place Polonceau était vide de participatifs, les riverains et associations qui venaient suivre l’évènement n’y ont rencontré que les habitués du samedi matin, jour du marché, jour de la bourse. Ils ont pris acte d’une opération annulée et attendent, depuis, les explications républicaines qui s’imposent.

Quai-36 décalé ou recalé ?

Les esquisses de Quai-36 soumises au « vote » des EDL le 1er juillet 2018.

L’opération fresque qui devait se dérouler sur la même place du 10 au 28 septembre derniers subira-t-elle le même sort ? Aussi arrogante que les services de la Propreté dans les leçons de nettoyage de la rue auxquelles ils prétendaient inviter les habitants qui souffrent en premier lieu de la confiscation de l’espace public, la direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris avait infligé au quartier un texte misérable prétendant lui « rendre hommage » par une fresque à 22.500 € (dont 3 à 4.000 € seulement pour l’artiste selon notre enquête), – œuvre appelée à être détruite dix-huit mois plus tard dans le travail de reconquête de la place Polonceau par l’opération de requalification du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or. Nos lecteurs connaissent bien le projet économiquement et politiquement désastreux consistant à apposer une fresque hors de prix sur un mur qui ne la supportera que dix-huit mois en mentant aux riverains sur les origines de cette très coûteuse opération.

  • Ils se souviennent des mots avec lesquels la direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris prétendait vouloir « apporter couleurs et poésie aux habitants et aux riverains », et de la déconnexion abyssale avec la réalité, qui lui faisait écrire : « Le résultat donnera une place éclatante et chaleureuse, pleine de nuance et de possibles, afin d’y restaurer de la convivialité et de la sécurité et de rendre hommage aux habitants (du) quartier avec une œuvre qui leur ressemble et les rassemble » (notre billet du 10 septembre 2018).

Or, dans les «actions à court terme » évoquées au point 9 du compte rendu du Comité de pilotage réuni le 19 septembre 2018 autour du projet « Goutte d’Or Sud » du NPNRU (Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain), on peut lire : « Reprogrammation en cours du chantier de la fresque issue du BP ».

Le terme de « reprogrammation » est assurément ambigu, mais l’expression « issue du BP » tendant à faire croire que le projet a été voté par le budget participatif (BP pour les intimes), comme le raconte le journal M18 de septembre, est pour sa part carrément mensongère. Dans une note à diffusion restreinte en prévision d’un recours contre l’arrêté du 8 août 2018 autorisant la fresque litigieuse, Cavé Goutte d’Or a démontré que le projet de Quai-36 n’était pas au programme du budget participatif dont la Mairie prétend qu’il est issu. Il y aurait donc fraude dans le texte même de la Déclaration préalable de la direction des Affaires culturelles de Paris, – déclaration préalable sur laquelle repose l’arrêté qui serait ainsi entaché de nullité, sachant qu’il n’est d’ailleurs toujours pas affiché sur le terrain (où le jeune homme qui a fait fuir les services de la Propreté le 20 octobre dernier aura peut-être empêché qu’il le soit).

Devant l’incertitude de cette « reprogrammation », Cavé Goutte d’Or propose à la direction des Affaires culturelles de renoncer purement et simplement à ce projet, auquel Paris-Goutte d’Or a d’ailleurs proposé une alternative dans un courrier qui n’a reçu à ce jour aucune réponse (le projet de l’association Paris-Goutte d’Or).

Le Café Polonceau

Le bistrot Polonceau à l’agenda du projet Boris Vian (compte rendu du Copil du 19 septembre 2018).

Si la fresque bat de l’aile, le bistrot qui se profile depuis quelques mois sur la place Polonceau a semble-t-il, pour sa part, réuni quelques voix. Le même document du Copil du 19 septembre fait état de « la construction d’un petit bâtiment sur la placette Polonceau » en ajoutant une parenthèse encore interrogative évoquant un possible bistrot à cet endroit.

On sait ici que les commerçants et les riverains ont pris date l’été dernier en jetant les bases du « Café Polonceau ». Donc chiche ! On pourra bientôt lire, sur la terrasse du bistrot Polonceau, le journal qu’on aura acheté sans heurts chez Samir Lebcher, le kiosquier de Barbès dont le blog d’Action Barbès nous apprend qu’il a rouvert.

L’inauguration du Café Polonceau le 1er juillet 2018.

Copil ou face ?

Le compte rendu du Copil du 19 septembre 2018 est riche d’enseignements. D’abord en ce que la réunion a eu lieu à l’insu des riverains, habitants ou commerçants qui sont à la base de la reprise du projet. À l’insu également de la Cohérie Boris Vian et des associations qui, avec elle, ont mené la Mairie de Paris à organiser la séance de travail du 25 mai 2018 (voir ici pour mémoire).

Comme dans les années 1980 qui ont vu la Goutte d’Or historique détruite sous les yeux de ses habitants, il semble que la Ville entende mener seule l’opération, ne consulter personne et présenter ‘démocratiquement’ un projet qui aura été ficelé en catimini, – un peu comme les bien nommées équipes de développement local avaient prétendu organiser un vote pour faire passer la pilule de la fresque à 22.500 € au pied (au nez et à la barbe) de leur totem à 3.000 € (voir ici pour mémoire). Cela sans qu’aucune réponse ne soit jamais communiquée aux questionnements des associations quant au coût des opérations liées à « Tous mobilisés ici et là ».

Le compte rendu du Copil de septembre annonce une  « réunion publique » pour l’automne 2018, mi-novembre fut-il précisé, réunion qui s’inscrit sans en prendre conscience dans l’esprit de celle qui eut lieu le 22 novembre 2016. À cette date en effet fut présenté un projet ne laissant aucune place à la concertation mais, surtout, du « scénario privilégié » de novembre 2016 devait naître un « scénario retenu » le 25 mai 2018. Si les mots comptent, le scénario avait changé de statut entre novembre 2016 et juin 2018. Or, tel qu’il ressort de l’extrait bistrot ci-dessus, le compte rendu du Copil du 19 septembre 2018 présente les projets retenus le 25 mai 2018 comme l’ayant été déjà en novembre 2016.

La plus grande vigilance sera donc de rigueur pour les cessions dites de « concertation » et de « dialogue avec les habitants et acteurs locaux », pour l’« enquête publique relative au déclassement de l’espace public » (déclassement de l’espace public ?) ou encore l’« échange autour de l’intervention artistique » (intervention artistique ?). Pour ce qui est du « dialogue avec les commerçants » prévu pour fin 2018, il semble que certains aient déjà reçu un avis de non prolongation de bail. Le comblement des Arcades de la rue de la Goutte d’Or implique peut-être une offre de relogement sous celles de la rue de Rivoli, comme ne le pressentaient pas les experts qui n’avaient pas été consultés dans les années 1980.

Publié dans Articles | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Deux moi ?

Jours tranquilles à Barbès

  • Au moment où le cinéaste Cédric Klapisch tourne entre le pont de Jessaint, la rue Myrha et la rue Léon ce qui deviendra peut-être le film « Deux moi », une association qui revendique le sigle ZSP de la « Zone de sécurité prioritaire » qu’est la Goutte d’Or depuis six ans pour se désigner « Zone de solidarité populaire » couvre les murs du quartier d’un affichage intensif au bandeau  « Crime raciste à la Goutte d’Or ! » pour annoncer la projection du film « Les Ambassadeurs » de 1975-77.
  • Le marché sauvage des mercredis et samedis sur le carrefour des rues de Jessaint et de Tombouctou n’est pas déprogrammé pour autant.

L’équipe du tournage de Cédric Klapisch, Pont de Jessaint, 15-17 octobre 2018 (photo VDB).

Affichage, rue Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO). Agrandir l’image.

L’histoire retiendra peut-être du mercredi 17 octobre 2018 qu’il aura été « un mercredi de plus », comme le suggère une de ses chroniques d’habitants, un jour de marché officiel aux abords duquel la police fait la course aux marchés sauvages qui se répandent toujours plus dans le quartier où, selon la maire de Paris, des « réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs » provoquent « la spirale dans laquelle (les mineurs marocains) sombrent sous l’emprise de délinquants majeurs implantés de plus longue date et qui les exploitent ».

Anne Hidalgo inscrit cette analyse (ici partagée avec le premier ministre Édouard Philippe) dans celle de l’association Trajectoires à laquelle la Mairie de Paris a confié une étude qui souligne « l’attraction » que présente la Goutte d’Or en raison des « opportunités économiques » pour le moins parallèles offertes, Barbès étant désigné dans l’étude de Trajectoires de « quartier où la vente de drogues et de cigarettes de contrebande est très présente », comme l’a rappelé avec humour le groupe de street-art omerta project.

Lire ou relire sur le blog :
Marlboro, ce n’était donc pas Gabelotaud
Hidalgo dénonce la « dégradation de l’environnement urbain »
Trajectoire : « Le quartier où il est très facile de revendre les produits volés ».

Affichage, angle Myrha/Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO).

Désaffichage, rue Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO).

Au moment où, entre l’église Saint Bernard et le secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or, se jouait, un jour une scène du prochain Klapisch, le lendemain la scène des marchands à la sauvette refoulés de la rue de Tombouctou sur la place Polonceau, scène bien connue celle-là des riverains très proches du Marché Dejean, les services du nettoyage de la Ville enlevaient, rue Léon, les affiches dont le passant pressé n’aurait gardé en tête que « Crime raciste à la Goutte d’Or ! ».

Quoi ! Où ? Quand ?
Hier ? Demain ?

« On a reçu l’ordre de les enlever », énoncèrent-ils à l’attention du correspondant de Cavé Goutte d’Or en reportage sur l’affiche et il est vrai que Les Enfants de la Goutte d’Or devenus grands et ZSP-18 pour « zone de solidarité populaire » n’avaient pas fait dans la légèreté pour inviter les habitats du quartier à voir ou revoir un film que Le Monde diplomatique avait présenté, à l’époque de sa sortie, comme « une œuvre de réflexion sur les rouages du mépris » :

  • « La rue, l’école, le chantier, l’immeuble, le bistrot, autant de lieux où les regards, les paroles, les gestes, témoignent d’une méfiance, d’un mépris, d’une crainte qui tissent lentement l’image du froid racisme quotidien », écrivait Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de juin 1976.
  • « Crime raciste à la Goutte d’Or ! » titreraient quarante-deux ans plus tard les Enfants de la Goutte d’Or et ZSP-18 relayées par Paris-Luttes-info avec les hashtags « extrême-droite », « anti-racisme », « violences policières », « 18e arrondissement ».

Comme pour ajouter à ces hashtags, le journal officiel associatif Goutte d’Or et vous renvoie toute éventuelle interrogation sur « Les Ambassadeurs » au célèbre tableau éponyme de Hans Holbein le Jeune.

Goutte d’Or et vous, capture d’écran, 17-18 octobre 2018. Le lien indiqué pour le synopsis du film de Naceur Ktari (1975-77) renvoie sur le tableau de Hans Holbein le Jeune (1533). Agrandir l’image.

Les 2 moi de Klapisch
(et de la Goutte d’Or)

Sur le tournage de Cédric Klapisch, Pont de Jessaint, octobre 2018 (photo VDB).

Si le travail de Cédric Klapisch dans la Goutte d’Or devait être lié au tournage de « Deux moi », qui a commencé début octobre selon Allociné, le quartier y retrouvera peut-être les siens. Selon nos correspondants sur place, il semblerait que l’équipe tourne aujourd’hui 18 octobre au large du café de l’Olympic, bien connu de nos lecteurs.

*

  • À suivre, samedi 20 octobre 2018 dans la matinée : la Mairie de Paris toute à son affaire organise un « nettoyage participatif de la place Polonceau ». Avant même d’annoncer officiellement qu’elle renoncerait à son idée folle de fresque à 22.500 € (*), produite par Quai-36 sur un mur de la place Polonceau appelé à être absorbé dans la requalification globale du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or, la Mairie investit une nouvelle fois la place dont les habitants et commerçants du quartier ont fait un forum critique (séance du 27 mars 2018, séance du 30 juin 2018).

Image Mairie de Paris 18.

(*) Sur l’idée folle de la fresque de Quai-36, lire ou relire nos billets Fiction juridique et Code couleur.

Publié dans Articles | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

ZAD Lachaise

Les opposants au projet de bétonnage de l’ancien TEP Ménilmontant se sont réunis samedi entre le Père Lachaise et la friche à défendre

  • Vers le renforcement de la fédération des oppositions parisiennes à la politique de destruction des espaces verts de la capitale lancée par FNE-Paris à la Goutte d’Or le 19 décembre dernier.
  • Cavé Goutte d’Or y voit le prélude à la constitution d’un arc mobilisateur de La Goutte d’Or au Père Lachaise déjà signalé dans un rapport l’APUR en 2007.
  • L’association lance sa restitution des procès menés sur la Goutte d’Or de 2011 à 2018 et invite FNE à prendre, dans le cadre de ses visites de terrain, la relève des traditionnelles Saint Boris, rue Boris Vian le 2 mai 2019.

Stand de l’association Lachaise en action, 6 octobre 2018.

Plusieurs des participants réunis le 19 décembre dernier au cœur de la Goutte d’Or pour la Saint Urbain 2017 (lire ici pour mémoire) se retrouvaient ce samedi 6 octobre 2018 entre le cimetière du Père Lachaise et l’ancien TEP du boulevard de Ménilmontant, friche occupée jusqu’à la fin du mois par la Base filante.

Visite guidée sur la friche de l’ancien TEP.

Le fil conducteur est l’association Paris Nature Environnement, qui a pris entre-temps le nom de France Nature Environnement-Paris et a pour ambition de fédérer les associations parisiennes de défense de l’environnement et d’organiser « un cycle régulier de visites évènementielles sur le terrain pour donner à voir en quoi, concrètement, la politique d’aménagement urbain conduite par la municipalité est, dans les faits, à rebours des discours et des attentes de notre époque ». Les lecteurs du blog connaissent les liens que FNE-Paris entretient avec l’Est du 18e arrondissement, via notamment les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or, l’une et l’autre représentées à son conseil d’administration, qui ont organisé au cours des derniers mois la Saint Urbain de l’Échomusée, les ateliers de travail au Bar commun le 31 janvier 2018 et à la Maison verte le 29 septembre dernier.

Cet Est du 18e est devenu Est de Paris ce week-end avec l’évènement rappelant l’opposition des riverains, des associations et des politiques au projet de construction sur l’espace vert que constituait le TEP de Ménilmontant, au cœur d’une parcelle de 11 000 m2 que la Ville et Paris-Habitat veulent combler par la construction d’un immeuble de quatre-vingt-trois logements sociaux sur neuf étages, d’un gymnase avec terrain de basket sur le toit et d’un une déchetterie en sous-sols.

Plusieurs élus EELV, LAREM, Agir,… se pressaient au rendez-vous de FNE-Paris autour de Lachaise en action, SOS Paris, Monts 14, Respiration 15, Erlanger Environnement École pour demain (A3E), …

 

 

 

 

 

Les Verts très remontés contre le projet. De gauche à droite : Jacques Boutault (maire EELV du 2e arrondissement), David Belliard (président du Groupe des écologistes au Conseil de Paris), Joëlle Morel (élue EELV du 11e arrondissement).

L’arc Goutte d’Or-
Père Lachaise

Anne Kerouedan (École Erlanger), Patrice Maire (Monts 14) Davie Belliard (EELV Paris).

Dans un rapport de synthèse sur le logement insalubre, paru en 2007, l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR)  identifiait un « arc allant de la Goutte d’Or au Père Lachaise » :

  • « La grande majorité des 1020 immeubles recensés se trouve concentrée dans les cinq arrondissements du quart nord-est parisien. Les 10e, 11e, 18e, 19e et 20e arrondissements rassemblent en effet 85 % de l’effectif, soit 864 immeubles. Les deux arrondissements les plus concernés sont le 18e (285 immeubles) et le 20e arrondissement (218 immeubles) qui regroupent à eux deux près de la moitié du parc des immeubles dégradés. Les principales concentrations d’immeubles dégradés semblent s’organiser autour d’un arc allant de La Goutte d’Or au cimetière du Père Lachaise, en reprenant sensiblement le tracé de l’ancienne barrière des Fermiers Généraux (…) » (rapport de l’APUR, pages 3-4).

Cet arc se reconstitue aujourd’hui dans de nouvelles perspectives. Avec en mains le dernier jugement du Tribunal administratif de Paris dans le dossier d’opposition au très bétonné bâtiment dessiné par Bruno Fortier pour Sefri-Cime Promotion, projet censé corriger « les concentrations d’immeubles dégradés dans la Goutte d’Or », Cavé Goutte d’Or a jeté discrètement les bases de sa restitution et de sa contribution au fonds de documentation destiné aux associations qui s’apprêtent, en point d’orgue de leur travail, préparent la remise en cause des modifications du PLU de 2016.

Plusieurs élus EELV, LAREM, Agir,… se pressaient au rendez-vous de FNE-Paris autour de Lachaise en action, SOS Paris, Monts 14, Respiration 15, Préservation de la rue Erlanger, … Reportage photographique CGO.

Saint Boris 2019 ?

Les visites sur les terrains d’opérations immobilières que prévoit d’organiser régulièrement FNE-Paris conduiront-elles les associations parisiennes de défense de l’environnement à visiter le chantier de requalification du secteur Boris Vian / Arcades Goutte d’Or ? Pourquoi pas le 2 mai 2019, histoire d’accélérer le réaménagement urbain et de lancer, après Cavé Goutte d’Or qui a fait sa dernière aux côtés de Paris Goutte d’Or le 2 mai 2018, un nouveau cycle des célèbres Saint Boris. Histoire aussi de fermer la boucle, ou tendre l’arc. Save the date !

Publié dans Articles | Tagué , | Laisser un commentaire

Patchwork

Boris Vian, le président, et « l’écume des jours »

  • Le président de la République évoque « le goût pour l’écume des jours » devant le Conseil constitutionnel.

© Photographie empruntée à la page d’accueil du site borisvian.org. Merci.

Dans le discours qu’il a prononcé le 4 octobre 2018 devant le Conseil constitutionnel, le président de la République n’a pas manqué de saluer le 60e anniversaire de la Constitution qui fonde la Ve  République en indiquant notamment qu’il savait « les tempêtes et les avanies que notre époque réserve à ses dirigeants politiques et particulièrement au premier d’entre eux ».

C’est alors que lui est venu à l’esprit « l’écume des jours » et, plus précisément, « le goût pour l’écume des jours » :

  • « L’impatience et l’exigence, la tyrannie de l’immédiat, le règne de l’image et le goût pour l’écume des jours n’aident pas forcément à mener une action sereine pour qui céderait à cette tyrannie mais aucun président de la Ve République n’en a été préservé jusqu’au général de Gaulle lui-même ».

« L’écume des jours » n’est assurément pas qu’un roman et, dans le discours présidentiel, l’écume s’entend d’abord de cette « sorte de mousse blanchâtre qui se forme à la surface des liquides agités, chauffés, ou en fermentation », définition de Littré reprise par le CNRTL qui la présente à son tour comme l’« amas de mousse d’apparence blanchâtre plus ou moins impur, qui se forme à la surface d’un liquide agité, chauffé ou en fermentation ».

Les mots clés sont donc « liquide, liquide agité, chauffé, ou en fermentation » et les usages retenus par les deux dictionnaires cités sont souvent métaphoriques et poétiques : ainsi de « la rive au loin (qui) gémit blanchissante d’écume » (Racine, 1674), de « la mer blanchie d’écume » (Boileau, 1694), de « Vénus née de l’écume des flots » (Chateaubriand, 1810), des « petites bulles de foudre (qui) éclataient dans l’écume des nuages » (Giono, 1935) ou de « l’écume des jours » (Boris Vian, 1947).

L’écume de la rénovation urbaine

Dans la Goutte d’Or, et singulièrement la rue Boris Vian et ses abords (qui viennent de se faire une nouvelle fois agresser par une ligne du budget participatif leur infligeant le coloriage des trottoirs pour « égayer le quartier » : lire notre billet du 4 octobre 2018), les « liquides agités, chauffés ou en fermentation » qui ‘font écume’ jusqu’à bientôt ‘faire révolte’ relèvent de la requalification urbaine, long processus probablement mis en cause par la politique des petits pas de la Mairie de Paris.

Il est probable, en effet, que la Mairie de Paris tente de court-circuiter le programme de requalification d’importance qu’elle a pourtant présenté comme « retenu » le 25 mai 2018 dans le bureau et sous les auspices de la Secrétaire générale de la Ville de Paris en faisant ensuite ‘voter’ ou passer pour ‘votés’ au budget participatif des projets contraires au programme de rénovation urbaine et le contrariant :
–  contraires au programme de rénovation urbaine en ce qu’ils offrent à la Ville une possibilité de donner un coup de peinture à la Goutte d’Or Sud plutôt qu’appréhender la requalification globale de l’opération des années 1990,
contrariant le programme de rénovation urbaine en ce que les projets qui auraient été ‘votés’ au budget participatif  risqueraient de s’imposer au scénario retenu par le biais du droit moral des artistes choisis pour les fresques et œuvres de street-art (lire notre billet du 4 octobre).

L’écume politique

Par télescopage entre le discours du président de la République et la parution du texte d’un architecte urbain paru le même 4 octobre 2018 dans Libération, est ajoutée à l’écume urbaine celle du travail acharné des associations de défense de l’environnement qui luttent contre la bétonisation d’aujourd’hui dont la Ville, dans vingt ans, proposera au budget participatif d’atténuer les effets en lui donnant de la couleur :

  • « Au-delà du rapport de Roland Castro qui défend le ‘travail de poète urbain’, mieux vaut revendiquer le retour de la responsabilité politique pour définir les principes d’une ville différente et non pas idéale, une cité d’inclusion plutôt que d’exclusion », lance Guy Burgel, professeur de géographie urbaine à l’université de Paris-Nanterre (Libération du 4 octobre 2018).

Après une évocation sévère des projets « Réinventer Paris » que nous avons récemment dénoncés sur le blog via ses avatars « Réinventer la Seine » et autres « Ré-enchanter la Goutte d’Or et la Chapelle » (notre billet du 20 septembre 2018), l’auteur pose le constat de la démission du politique : « Face à cette puissance de l’argent », écrit Guy Burgel, « la contestation des associations, le recours aux tribunaux administratifs, voire les résistances ou les violences des zadistes, peuvent sembler dérisoires, et surtout signent la démission, inexcusable, du pouvoir politique ».

L’écume administrative

À son modeste niveau, l’association Cavé Goutte d’Or a contribué pendant les sept dernières années à la résistance évoquée par le professeur de géographie urbaine, tentant jusque tout récemment, dans sa contestation du projet de Bruno Fortier pour Sefri-Cime Promotion devant  le tribunal administratif de Paris (lire son mémoire récapitulatif du 8 juin 2018), de dénoncer l’exclusion urbaine dont était victime la Goutte d’Or depuis sa ‘rénovation’ des années 1980-90. En vain puisque, sur la base des violentes conclusions à charge du rapporteur public – qui « ne souhaite pas les communiquer » (du jamais vu depuis sept ans, tous les rapporteurs publics ayant toujours communiqué leurs conclusions à l’association) -, le Tribunal administratif vient de rejeter la demande de Cavé Goutte d’Or dans un verdict appliqué suivant la défense de la Ville et du promoteur immobilier, écartant les moyens soulevés par l’association, adaptant au besoin les plans de l’immeuble (lisant 4 mètres là où ceux-ci écrivent 3,83 mètres [point II.7 de notre récapitulatif, considérants 13-14 du jugement]), ne relevant pas que les multiples erreurs de l’ABF sur le quartier (pourtant qualifiées de « bourdes » par le président du tribunal à l’audience du 13 septembre 2018) justifiaient que l’association s’inquiète de son analyse superficielle du dossier, écartant le seul doute qu’aurait éventuellement consenti le rapporteur public concernant la nullité du deuxième permis de construire modificatif obtenu par Sefri-Cime, auquel l’ABF avait donné son aval après l’octroi du permis (ce qui signifie inversement que l’administration avait octroyé le permis en zone MH avant l’aval de l’ABF) au motif qu’il l’avait déjà donné dans le premier permis modificatif.

Comment l’association se serait « bornée à soutenir la rupture d’égalité sans l’établir » (extrait de son mémoire récapitulatif, pages 17-18). La comparaison avec le cas bien connu ici de La Vie Dejean et la production en pièces 44 et 45 de l’article du 18e du mois faisant état de quartiers maltraités et de la pétition d’habitants qui a mobilisé la Ville et la Préfecture de Paris autour du désastre des permis de construire accordés à l’opération Goutte d’Or sud ont suscité chez le rapporteur public un sentiment partagé entre agacement et incrédulité. S’il est vrai que le moyen n’est pas très urbaniste, il est assurément urbain, et la jurisprudence le prendra lentement en compte. Anne Hidalgo elle-même a dénoncé récemment « la dégradation de l’environnement urbain dans la Goutte d’Or ».

Les conclusions absentes du rapporteur public.

Cavé Goutte d’Or ne manquera pas de revenir sur ce jugement, sachant qu’elle avait annoncé que, dès qu’il serait rendu, elle procéderait à la restitution / démonstration de son travail et de ses sept années d’étude et d’action devant les instances judiciaires et administratives.

Ménilmontant, 6 octobre 2018, 17 heures

Restitution aux fins de démonstration des limites de la justice judiciaire et administrative devant le Plan local d’urbanisme ; restitution aux fins d’étude synthétique et comparative dans la perspective de créer un fonds de recherche et d’analyse commun aux associations ; mise à disposition venant boucler le travail, ou en tout cas cette partie du travail de Cavé Goutte d’Or d’ici la fin de l’année, – une restitution qu’elle lance à l’occasion de la manifestation organisée par ses amis de France Nature Environnement, SOS Paris, Respiration 15, Lachaise en action, Les Amis de la Terre et autres ce samedi 6 octobre 2018 à 17 heures sur le stade de Ménilmontant (lire le communiqué des associations).

Par télescopage encore avec le discours du président, l’article de Libération, la notification du jugement Sefri-Cime, nous vient en effet cette semaine le communiqué des associations qui affirme : « Comme jamais auparavant, les associations parisiennes de défense de l’environnement sont contraintes de livrer bataille contre la municipalité jusque devant les tribunaux ».

*

  • Rien à voir, mais encore – Notre ami Gaël Coto a assuré cet été le montage du film d’après le poème de Boris Vian : « Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale ».
Publié dans Articles | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire