« Z, il est vivant »

Retour sur l’appel à la normalité des « Quartiers Z »

  • À l’occasion de la fête de la musique et en attendant la fête de la Goutte d’Or, le blog revient sur ces inégalités de traitement qui affectent les quartiers en zones urbaines sensibles, zones de sécurité prioritaire, ZAC, ZUP, ZUS, ZSP et autres « choses qui commencent par z ».
  • Et complète dans une nouvelle page Vie de quartier ses reportages photographiques du Vide grenier et des Portes ouvertes, accompagnés par la cagnotte de SOS Paris pour le patrimoine de la Goutte d’Or.

Durant la rencontre d’Anne Hidalgo avec les forces vives du quartier, le 14 juin à la Mairie du 18e, et pour souligner le caractère normal des aspirations des habitants de la Goutte d’Or – qu’on peut décliner ici en évoquant une propreté normale, une sécurité normale, une vie, une culture et une architecture normales, un urbanisme normal, une attention municipale normale –, le vice-président d’Action Barbès a mis le droit … le doigt sur la faille inhérente au zonage. Cette faille est l’anormalité, – avec un a privatif, privatif de normalité.

« Grande D’Jam ouverte pour la fête de la musique devant l’Échomusée » ce soir 21 juin 2018 (page FB de l’Échomusée).

Dans cet entre-deux-fêtes (voir ci-contre), nous ne nous risquerons pas à évoquer la normalité sous l’angle du « caractère de ce qui est normal » (CNRTL/CNRS), ni même à revendiquer la Goutte d’Or comme un quartier ‘normal’, mais souhaitons relever le caractère de l’entreprise même de zonage, mot lié à l’urbanisme dont l’objet est d’« établir et déterminer des zones » (CNRTL/CNRS). Il nous vient de l’anglo-américain zoning qui désigne une conception d’urbanisme élaborée à Boston en 1911, poursuit le dictionnaire qui cite Le Corbusier et son souci bien connu de l’ordre : « Le zonage, en tenant compte des fonctions-clefs (habiter, travailler, se récréer) mettra de l’ordre dans le territoire urbain ».

Fonctions clefs

En 1984, le Dictionnaire des néologismes officiels Franterm définit le zonage comme « la réglementation organisant la répartition d’un territoire en zones et fixant pour chacune d’elles le genre et les conditions de l’utilisation du sol ». Le PLU de Paris est un « plan local d’urbanisme » fait de zones, la « zone urbaine générale » (étrangement désignée UG et non ZUG) concernant la majeure partie du territoire parisien, zones urbaines sensibles et zones de sécurité prioritaires comprises.

La Ville de Paris présente son PLU comme « à la fois un document stratégique, qui définit les orientations générales d’aménagement et d’urbanisme pour les 15 années à venir, et un document réglementaire, qui régit l’évolution des parcelles notamment à travers l’instruction des permis de construire, d’aménager, de démolir ou des déclarations préalables. C’est en quelque sorte un ‘projet de ville’, fixant les orientations et les règles sur lesquelles se fondent les décisions publiques et privées en matière d’urbanisme » (source).

Il arrive qu’à l’intérieur de la zone urbaine générale, des quartiers soient défavorisés, mais ce n’est pas ‘réglementaire’, au sens où ça n’appartient pas au règlement mais au préjugé, au parti pris. C’est ainsi par exemple que la Mairie de Paris et les promoteurs immobiliers qui sévissent dans la Goutte d’Or se servent du zonage spécial venant de la politique de la ville pour maltraiter le quartier, lui infliger une architecture et un urbanisme qui n’a rien à voir avec lui – quartier – mais tout à voir avec les particularités de son zonage : zone urbaine sensible, zone de sécurité prioritaire. Les tribunaux administratifs que Cavé Goutte d’Or tente de rendre attentifs aux effets de ce dé-zonage (sortie de la norme) n’ont pas encore saisi les méfaits du zonage qui, à leur décharge, est toujours présenté positivement, en faveur des habitants qui mériteraient, dans la perspective du zonage qui leur est « établi et déterminé », une attention plus grande que les autres, moins normale.

D’où le recours au principe d’égalité devant la loi et son corollaire hélas, la rupture d’égalité devant la charge publique, invoquée avec succès par l’association La Vie Dejean contre laquelle néanmoins continuent de se battre les promoteurs de l’hyper-sécurité et de l’hyper-propreté que la Ville et la Préfecture organisent pour les z’hyper-quartiers en z’hyper-difficultés et z’hyper-zonés.

Un quartier fresque normal

Dans le mouvement de vigilance mis en place autour des pétitions du 27 mars 2018 et du projet de requalification du secteur Boris Vian/Goutte d’Or/Polonceau, les habitants suivent avec la plus grande attention l’évolution du projet « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud », dont nous avons noté ici qu’il suscitait une résistance certaine (lire notre billet : « Anne Hidalgo désenchantée », beaucoup lu et partagé sur les réseaux sociaux). Parmi leurs préoccupations, l’avenir de la place Polonceau étrangement promise à une fresque de 22.500 € qui devrait voir le jour en septembre prochain alors que les premiers coups de pioche de la restructuration de la place sont annoncés (promis eux aussi) pour le début de l’année 2020, soit vingt mois plus tard.  Une fresque éphémère à 1.125 € le mois (un smic de dingue !), c’est normal ? (À suivre).

  • Voir aussi nos Reportages photos en ligne sur le Vide grenier de Paris Goutte d’Or du 27 mai sur les Portes ouvertes des 8-10 juin 2018.

Pour les plus jeunes d’entre nous, « Z » est un film de Costa-Gavras sorti en 1969. L’origine du titre « Ζ » vient de la lettre grecque zêta, initiale du mot grec ancien « ζῇ / zi », qui signifie « il vit » ou « il est vivant ». On s’en inspire ici pour renvoyer une image vivante des « quartiers Z ».

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Mob’lib’

Anne Hidalgo désenchantée par l’accueil réservé à son opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud »

  • « C’était mieux à Château rouge », « va falloir travailler avant ma prochaine visite », dit en substance la maire de Paris à un public plus prompt à critiquer  les erreurs structurelles dont souffre le quartier depuis près de 40 ans qu’à étudier le diamètre des nouvelles poubelles de rue.
  • La Goutte d’Or était sans doute déjà trop mobilisée pour répondre aux critères étriqués de « Tous mobilisés ».

La maire de Paris, qui n’avait pas manqué de venir spontanément donner le départ du cross de la Goutte d’Or dix jours plus tôt (« un #cross très sportif et très festif » poste-t-elle le jour-même sur son compte Facebook), a renouvelé l’exercice, très sportif en effet, du contact avec les habitants de ce quartier récemment présenté comme « maltraité » par Le 18e du mois de mai 2018, qui remet le couteau dans la plaie dans son édition de juin : « Exit Boris Vian et… quelles suites ? » (Lire le titre/Acheter le journal).

« Tous mobilisés », Mairie du 18e, 14 juin 2018.

Très sportif mais moins festif, pour le coup : peu de selfies, en effet, ce jeudi 14 juin dans la salle des mariages de la Mairie du 18ème et beaucoup de doléances à l’encontre de la gestion du quartier, remontant à une quarantaine d’années pour certains des intervenants qui ont évoqué « un problème structurel » et remis en cause l’urbanisme et l’habitat autant que les questions de propreté et de sécurité qui, pour être très exacerbées actuellement, sont sans doute plus conjoncturelles et, en tout état de cause, liées par un rapport certain de causalité aux erreurs historiques dans l’aménagement du quartier, telles que les dénonce la pétition toujours en ligne lancée cet hiver sur change.org.

  •  « Les immeubles qui ont été construits dans les années 1990 sont une catastrophe », confirme une habitante de la Villa Poissonnière, rare partie sauvegardée des « espaces urbains de qualité élevée » qui avaient été recensés à la fin des années 1970 par l’Atelier parisien d’urbanisme, un ‘machin’ dont Anne Hidalgo sera la présidente du conseil d’administration au cours de la seconde mandature Delanoë. Ils consacrent « un échec flagrant en matière de mixité », les pieds d’immeubles sont « immondes », rien ne « donne envie d’être dans ce quartier vilain ».

La charge était forte et remettait en perspectives les propos de la maire de Paris qui appelait au contraire les habitants de la Goutte d’Or à être fiers de leur quartier, un quartier qu’elle présente comme  « emblématique », « historique », « connu dans le monde entier », un quartier au « potentiel énorme ».

L’esquive à Lejoindre

32 rue des Gardes livré en 2003.

Cette charge, le maire d’arrondissement Éric Lejoindre tenta à nouveau de l’écarter avec l’argument qui voudrait que : 1) ce n’était pas nous, c’était Juppé ; et 2) les leçons ont été tirées, – argument à double détente que nous avons déjà combattu dans ces pages en rappelant : 1) que la destruction du quartier est l’œuvre de la droite et de la gauche réunies, la droite à la Ville, la gauche à l’État et que c’est Lionel Jospin, alors député de la Goutte d’Or, secrétaire général du Parti socialiste, et non Alain  Juppé, qui, en juin 1984, a éconduit une délégation de l’association Paris-Goutte d’Or qui lui demandait d’intercéder en faveur du sauvetage du quartier (lire ici) ; et 2) la rénovation du Nord ne rattrape pas le désastre du sud, plusieurs immeubles livrés dans les années 2000 dans les rues Laghouat, Léon, Myrha ayant le même caractère anxiogène que ceux de la Goutte d’Or Sud et étant aujourd’hui dans un état de décrépitude avancé. Sans compter les projets tout neufs qui ont vu le jour en 2017, comme l’extension de l’école Saint Bernard qui consacre le mépris de l’équipe actuellement aux responsabilités pour l’unique monument historique de la Goutte d’Or qu’est l’église Saint Bernard (Lire notre billet du 13 juin 2018 : « Lejoindre remet son métier sur l’ouvrage »).

Éric Lejoindre : « Nous avons tiré les leçons de la Goutte d’Or Sud ». Ici le 45bis rue Myrha livré en 2004.

Résultat : les mesures qui auraient dû être proposées par les équipes de « Tous mobilisés » ne le purent pas en raison de l’orientation prise par les débats, remettant en cause des décennies de zonage d’exception (zones urbaines sensibles, zones de sécurité prioritaire, « tous ces trucs qui commencent par Z », selon le mot du représentant d’Action Barbès), la méthodologie (critiquée d’emblée par représentant de Paris-Goutte d’Or) et une attitude dans la méthodologie qui pouvait être perçue comme de la malveillance, selon un autre intervenant.

Nous dirons plutôt négligence, inattention, maladresse – comme dans cette réponse de la commissaire à l’inquiétude d’un intervenant de voir des policiers inexpérimentés, à peine sortis de l’école (de police certes), venir en renfort dans le quartier : « Ne vous inquiétez pas, en six mois, à la Goutte d’Or, les nouveaux deviennent des anciens ») – ou inadéquation, inadéquation de projet autant que de méthode.

Au-delà en effet de la méthodologie (« la méthodo », dira Éric Lejoindre dans un langage d’initiés que trahit aussi le titre « Les objectifs du copil » pour « comité de pilotage » en page 2 du document remis aux participants), l’objectif même de l’opération est en cause. Et cela se traduit dans la déception d’Anne Hidalgo : « Ce n’est pas aussi efficace que ‘Tous mobilisés pour Château-Rouge’ », conclut-elle le 14 juin en référence à l’expérience qu’elle a récemment menée à quelques rues de là, lançant encore, plus par dépit que par défi, des slogans aussi étranges que « Je peux débloquer des trucs plus rapidement », « Je vous demande de m’utiliser intelligemment ».

Vers un shadow cabinet

À la question improbable « Y a-t-il un copil dans l’avion ? » semble répondre le sentiment de beaucoup d’habitants de la Goutte d’Or que les Mairies de Paris et du 18e arrondissement, dont tous reconnaissent en même temps qu’elles sont confrontées à une situation particulièrement difficile, n’en ont pas pris la mesure, et que la démarche « Tous mobilisés » – démarche exploratoire s’il en est – ne peut remplir les fonctions qui lui sont attribuées. Et là est sans doute l’ultime et première question : quelles sont ces fonctions ?

Elles doivent, à nos yeux, incorporer la sortie du dispositif « Z », pour l’appeler comme l’a joliment fait Action Barbès, sortie que le blog a proposée expressément lors des élections municipales de 2014 et législatives de 2017.

Pour accompagner le mouvement, un groupe de suivi est en phase de constitution. Une première consultation a été lancée le 14 juin, peu avant la réunion en Mairie, à l’attention du secrétariat général de la Ville de Paris, des EDL et de l’association Extra-muros. Elle porte notamment sur les opérations et le coût des opérations en cours sur la place Polonceau (fabrication d’un totem annulée pour cause d’orage, reportée du 11 au 30 juin 2018) où une fresque devrait être apposée prochainement pour un coût de 22.500 € (lire la consultation, lire le totem renvoyé, lire l’article sur la fresque Polonceau).  Aucune réponse n’avait été reçue au moment de poster ce billet. À suivre.

  • Lire aussi, à l’occasion du 3e anniversaire du classement de l’église Saint Bernard,  l’intervention de Cavé Goutte d’Or auprès de Véronique Levieux, adjointe d’Anne Hidalgo chargée du Patrimoine, pour demander la signalisation MH de l’édifice et le déplacement des containers Trilib’ dans ses abords protégés (notre billet du 18 juin 2018).
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Labyrinthe

Cavé Goutte d’Or demande que l’église Saint Bernard soit signalée Monument historique

  • À l’occasion du 3e anniversaire du classement de l’église Saint Bernard, l’association de défense du patrimoine architectural et culturel de la Goutte d’Or demande à la Ville de signaler officiellement le monument et de déplacer les containers Trilib disposés dans ses abords.

18 juin 2015-18 juin 2018 : l’anniversaire de ce 18 juin-là est marqué aujourd’hui par une demande officielle que l’association à l’origine du classement de l’église Saint Bernard adresse à la Ville de Paris, propriétaire de l’édifice, aux fins de le voir signaler comme monument historique.

Le logo officiel inspiré du labyrinthe de la cathédrale de Reims.

Ouverte au propriétaire et au gestionnaire de l’édifice classé, la procédure est simple et on peut s’étonner qu’elle n’ait pas encore été diligentée par les services compétents de la Mairie, auxquels l’association envoie le fac-similé d’un bulletin de commande pré-rempli de trois plaques qui pourront être apposées l’une sur la grille de l’entrée principale donnant sur le parvis, une autre à l’entrée latérale de la rue Saint Bruno en face de l’école Saint Bernard (dont les élèves connaitront ainsi le statut de l’édifice auquel l’extension de leur école porte une atteinte avérée bien qu’encore non confirmée par toutes les instances susceptibles de le faire), et une troisième à l’angle de l’église avec les rues Saint Luc et Saint Mathieu afin de protéger les perspectives monumentales et prévenir toute opération immobilière du type de celle que l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie a menée avec l’appui récemment confirmé du diocèse de Paris, lui-même soutenu dans cette opération par la Mairie du 18e arrondissement.

Projet de bon de commande pré-rempli par les soins de Cavé Goutte d’Or à compléter par les services de la Mairie de Paris. Agrandir l’image.

On se souvient que, depuis les lois des 9 décembre 1905 et 2 janvier 1907, les édifices cultuels catholiques construits avant 1905 sont restés propriétés de l’État, des départements ou des communes sur lesquels ils avaient été érigés et sont « affectés gratuitement aux diocèses qui en reçoivent l’utilisation exclusive et perpétuelle » (voir le site de l’Observatoire du patrimoine religieux qui recense l’église Saint Bernard comme propriété de la Mairie de Paris).

Mise à jour

Extrait de l’arrêté ministériel du 18 juin 2015 portant classement de l’église Saint Bernard. Agrandir l’image. Lire l’arrêté.

À l’initiative de l’association Cavé Goutte d’Or, l’édifice est protégé depuis le 26 novembre 2012 par un arrêté préfectoral d’inscription au titre des monuments historiques. Le classement est intervenu peu après par un arrêté ministériel du 18 juin 2015. La demande de signalement que l’association formule à l’occasion du troisième anniversaire de ce classement porte également sur la mise à jour des fiches officielles dédiées : on constate en effet que, si Wikipédia est parfaitement à jour en communiquant l’état des lieux de 2015 paru au Journal officiel, les sites spécialisés en sont étrangement restés à l’arrêté d’inscription du 26 novembre 2012 et n’indiquent pas le classement du 18 juin 2015. Il en est ainsi de l’Observatoire du patrimoine religieux précité, de la base de données Mérimée dépendant du ministère de la Culture, ou du site Monumentum qui « reprend la liste officielle des monuments historiques français, qu’ils soient classés ou inscrits et propose leur localisation précise sur un système de cartes, photos aériennes et images satellites ».

Cavé Goutte d’Or demande ainsi à Madame Véronique Levieux, adjointe de la maire de Paris chargée du Patrimoine, de commander les plaques signalétiques et de solliciter les mises à jour qui s’imposent afin de garantir la meilleure information possible des habitants du quartier et de ses visiteurs, en même temps que la meilleure protection possible du bâtiment, toujours très aléatoire en raison de l’inattention forcenée de la Mairie du 18e arrondissement à son encontre. On se souvient en effet que la Place Jules Joffrin a fait des pieds et des mains pour que soit autorisé le projet d’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard en dépit de la protection due au monument historique et des tentatives répétées de ses alliés Verts aux fins de protéger « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » recensé par l’Atelier parisien d’urbanisme (lire notamment notre billet du 26 mai 2018 : « En défendant (trop) l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, le diocèse de Paris met en lumière le conflit d’intérêts à l’origine du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard »).

Pour Véronique Levieux, ce 18 juin 2018 est le premier anniversaire du classement de l’église Saint Bernard, elle-même premier (et encore seul) monument historique classé dans le quartier (sans méconnaître que l’orgue de l’église est lui aussi classé MH au titre d’objet). Madame Levieux a en effet été élue adjointe au Patrimoine le 6 octobre 2017 et n’a repris qu’alors la mission jusque-là confiée au premier adjoint Bruno Julliard, longtemps « chargé de la Culture, du patrimoine, des métiers d’art, des relations avec les arrondissements et de la nuit », adjoint trop chargé peut-être qui ne garde aujourd’hui que la Culture et les relations avec les arrondissements (lien).

Du Patrimoine à la requalification
du secteur Boris Vian/Goutte d’Or Sud

Si le ministère de la nuit n’en est pas pour autant vacant auprès de la maire de Paris (qui a en la personne de Frédéric Hocquard un adjoint plus sobrement « chargé de la Vie nocturne et de l’économie culturelle »), le blog salue en la nouvelle adjointe au Patrimoine la déléguée de la Mairie auprès de la SOREQA (Société de requalification des quartiers anciens) et au conseil d’administration de la SemPariSeine, société d’économie mixte (SEM) qui se présente comme « prête à relever les défis du renouvellement urbain » et a – de ce fait, dit-on – été choisie pour diriger la requalification du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or (lire ici pour mémoire). Selon Anne Hidalgo en effet, qui l’a récemment écrit à la Cohérie Boris Vian, PariSeine est « un aménageur spécialisé dans les opérations complexes ».

Certes, Véronique Levieux n’a hélas plus beaucoup de ‘patrimoine’ (au sens du code du même nom) à protéger dans ce secteur (que la Ville et l’État ont décidé ensemble de détruire en 1982), mais elle pourra assurer la plus grande vigilance de la Mairie à ce qu’il en reste et à ce qu’il convient de faire pour en créer. Cavé Goutte d’Or l’associe donc d’ores et déjà à ses tentatives d’éviter que le quartier ne souffre pas plus longtemps des agressions culturelles et patrimoniales qui lui ont été infligées au cours des trente dernières années de renouvellement urbain.

Photo CGO 17 juin 2018.

Parallèlement, l’association demande le déplacement des deux conteneurs Trilib des rues Saint Luc et Jean-François Lépine qui, en étant situés dans le champ de visibilité du monument historique, en affectent gravement, comme l’extension de l’école Saint Bernard, les perspectives monumentales :

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Rue Anne Hidalgo

Lejoindre remet son métier sur l’ouvrage

  • Dans un lapsus difficile, le maire du 18e arrondissement inverse les termes de la célèbre maxime issue de L’Art poétique.
  • Tant va la cruche à Boileau qu’à la fin elle se casse avec Boris Vian, a-t-il dû penser.

Éric Lejoindre, réponse à la question orale du conseiller de Paris Christian Honoré, vidéo du conseil d’arrondissement du 22 mai 2018.

« Il faut parfois remettre le métier sur l’ouvrage et régler le problème », a consenti Éric Lejoindre devant son Conseil d’arrondissement le 22 mai dernier.

Dans un de ces longs monologues dont il a le secret, Éric Lejoindre tentait d’apporter en neuf minutes trente une réponse à la question du conseiller de Paris Christian Honoré qui lui demandait, en moins de deux minutes et demie : « Comment en est-on arrivé là ? ». Là, c’est-à-dire à la décision de la famille Boris Vian de retirer l’autorisation donnée jadis pour désigner du nom de l’écrivain musicien la voie qui sépare le complexe immobilier de Paris Habitat entre les rues de Polonceau et de Chartres/Charbonnière via celle de la Goutte d’Or (lire notre billet du 2 mai 2018 : « La rue Boris Vian quitte la Goutte d’Or »). Là, c’est-à-dire à ce que les habitants du quartier réunis dans une dernière Saint Boris, le 2 mai 2018, appellent symboliquement « rue Anne Hidalgo » l’ex-rue Boris Vian (lire notre billet du 3 mai 2018 : « Les anciens escaliers Boris Vian à l’ère de la post-rénovation urbain »).

Noyage

Les habitués le disent et le regrettent : Éric Lejoindre parle beaucoup, il prend longuement la parole et le risque de noyer son auditoire. En l’occurrence, dans ces longues minutes qu’il faut écouter pour comprendre le mécanisme, le maire du 18e arrondissement annonce d’emblée que la question de son collègue de l’opposition va « (lui) permettre de tordre le cou à un certain nombre d’idées fausses », sans qu’aucune de ces prétendues idées prétendument fausses ne soient recensées par la suite. Le message tient en effet en quelques idées siennes (qui ne sont donc sans doute pas les ‘idées fausses’ auxquelles il voudrait ‘tordre le cou’) :
« On ne fait pas avancer les dossiers en faisant des coups politiques », lance-t-il à l’attention de ses collègues de l’opposition, des associations du quartier et de la famille Boris Vian (minute 3:03 de la vidéo), famille dont la simple évocation de la décision lui fait lever les yeux au ciel (minute 0:14) ;
« Nous n’étions pas aux responsabilités lors de l’opération Goutte d’Or Sud, c’était Alain Juppé » (minute 3:43) ;
« S’il y a bien la  démonstration qu’on peut faire des erreurs en matière d’urbanisme, alors très clairement celle-là (cette opération) en est une » (minute 3:54) ;
« Nous avons tiré les leçons de cet échec » (4:17).

Et de conclure : « Les travaux vont débuter j’espère en 2019 et ce dossier long et compliqué sera réglé durant cette mandature par l’équipe que j’ai la chance et l’honneur de conduire » (11:30).

Quelles que puissent être les « idées fausses » auxquelles Éric Lejoindre entendait « tordre le coup », deux en tous cas peuvent être signalées comme telles – fausses – dans  celles qu’il a avancées devant le conseil d’arrondissement du 22 mai : celle qui voudrait que le PS n’était pas aux responsabilités durant l’opération Goutte d’Or Sud, d’une part, et celle qui voudrait que l’équipe Delanoë, Vaillant et Lejoindre aurait « tiré les leçons » de l’opération Goutte d’Or Sud pour l’opération Château Rouge, d’autre part.

Jospin aux commandes

Sur la première, si Daniel Vaillant est en effet arrivé à la Mairie du 18e en 1995, un an après la livraison de la barre d’immeuble de Paris-Habitat traversée par l’escalier de la rue Boris Vian, Lionel Jospin était aux commandes en qualité de député de la circonscription depuis juin 1981. Daniel Vaillant était son suppléant. Et les décisions de démolir la Goutte d’Or étaient communes à l’État et à la Ville, Jospin et Chirac l’ayant rappelé si besoin dans leur célèbre débat télévisé du 2 mai 1995 (notre billet du 14 février 2012). Lorsque Éric Lejoindre évoque les tentatives de l’association Paris-Goutte d’Or d’empêcher le massacre du quartier dans les années 1980, il omet donc de dire que l’un de ses interlocuteurs était Lionel Jospin, député de la Goutte d’Or et de La Chapelle, qui dirigeait en même temps le parti socialiste, rue de Solférino. C’est peu de dire qu’il était « aux responsabilités » lorsqu’il a décidé de laisser le rapport de l’APUR qui préconisait la sauvegarde du quartier se faire écarter par le projet de démolition / reconstruction qui a donné ce qu’il faut aujourd’hui corriger.

Autre nuance à l’esquive : c’est en 1993, un an avant la livraison des escaliers Boris Vian (en construction en arrière-plan de sa déclaration), que le militant associatif Michel Neyreneuf, qui rejoindra plus tard l’équipe dirigeante de la Mairie, inventa la politique du non-effort architectural au motif que la Goutte d’Or n’avait pas de quoi se le payer :

Pour tout l’or d’une goutte (extrait du film de Sami Sarkis). Les escaliers Boris Vian en arrière plan.

Bien que non encarté, ni aux côtés de Juppé ni aux côtés de Jospin, l’homme est  « aux responsabilités » – c’est hélas le moins qu’on puisse dire – depuis près de trente ans, « inamovible adjoint » comme le pose un habitant du quartier dans l’étude très documentée sur le 5 rue de Chartres récemment accueillie dans notre page Études (lire : « Ici, la Mairie de Paris construit votre avenir »).

Quant à Éric Lejoindre lui-même, qui se vante très vite d’avoir tiré les leçons de la Goutte d’Or Sud, on lui doit plusieurs avis favorables signés de sa main dans plusieurs dossiers de permis de construire qui ont été invalidés ou passablement corrigés par des permis modificatifs qui disaient combien le permis initial visé était irrégulier. Le cas s’est produit aux 22-24 rue Cavé, 5-7 rue Myrha, 25 rue Stephenson, sans compter le soutien du maire du 18e au permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard sur l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno dont l’ancien maire Daniel Vaillant avait pu dire, devant le conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011 :

  • « Je connais des projets privés sur le secteur qui me consternent, notamment des extensions de l’école (Saint Bernard). Heureusement que nous sommes là pour signifier qu’il n’est pas possible d’enlaidir un secteur qui a été complètement remis en valeur ».

L’Art poétique

Dans pareil contexte, ne pouvait que se glisser le malheureux lapsus : « Oui, nous nous sommes engagés à retravailler sur la rue de la Goutte d’Or, sur les arcades de la Goutte d’Or, sur la placette Polonceau, et sur le passage Boris Vian », devait déclarer Éric Lejoindre. « Parce que c’est comme ça, et parce qu’il faut parfois remettre le métier sur l’ouvrage et régler le problème » (minute 5:05 de la vidéo).

Pour le texte original de Boileau : @lalettre.com.

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Climato-sceptique

Le « moment de convivialité » organisé par « Tous mobilisés » tombe à l’eau

  • L’orage du 11 juin 2018 aura eu raison de « l’atelier d’échanges en vue de l’aménagement temporaire de la placette Polonceau ».

Pour mémoire (agrandir).

Les organisateurs de la réception du 27 mars 2018 sur la place Polonceau, auteurs et signataires des pétitions remises ce jour-là aux autorités municipales et nationales qui avaient fait le déplacement, attendaient de pied ferme les équipes dites de développement local qui devaient, ce lundi 11 juin 2018, « animer la place » autour de son « aménagement temporaire ».

Lire notre billet du 28 mars 2018 : « La Goutte d’Or invente le signing in the rain« .

Ils n’avaient pas peur de la pluie annoncée, eux qui avaient affronté les frimas du 27 mars dans un moment naturellement convivial : lire notre billet « La Goutte d’Or invente le signing in the rain ».

Il n’en serait pas de même des aimables organisateurs des ateliers de convivialité :

  • « L’évènement prévu dans le cadre de ‘Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud’, sur la placette Polonceau de 17h à 19h, a dû être annulé à la dernière minute en raison des conditions météorologiques annoncées », indiquaient en effet les EDL (équipes de développement local) dans un mail de 18h32, soit à 28 minutes chrono de la fin de l’opération annulée.

Pour une annulation de « dernière minute », en raison qui plus est de conditions météorologiques « annoncées », c’était bien en effet une annulation de dernière minute qui donnait une impression de bricolage, au demeurant maître mot de l’opération.

Totem masqué

Plusieurs riverains et associations de quartier s’étaient pourtant mobilisés, comme les y enjoignaient le slogan des EDL, et avaient préparé un accueil chaleureux aux organisateurs de ce qui était annoncé comme « la construction d’un totem d’information ».

Cavé Goutte d’Or souhaitait profiter de l’évènement pour enquêter sur le coût de l’opération « Tous mobilisés », dans le prolongement de la question que Paris Goutte d’Or avait posée sur ce point à la représentante du Secrétariat général de la Ville de Paris lors du lancement de l’opération à la Mairie du 18e arrondissement le 19 avril 2018, question renouvelée par mail le 8 mai 2018.

Une première réponse écrite a été apportée le 1er juin. S’il apparait que les conditions financières de l’opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud », dont le « titulaire du marché » est l’agence Ville ouverte, sont confidentielles, protégées par « le secret en matière industrielle et commerciale », indique le Secrétariat général de la Ville de Paris, il est néanmoins précisé que « l’opération globale ‘Tous mobilisés’ » (dont un reliquat couvrirait l’opération Château Rouge) s’élève à 16.000 € pour « des prestations en stratégie et accompagnement de la concertation et sur l’organisation (préparation, logistique, animation) de plusieurs temps de rencontres (avec les habitants du quartier) ». L’atelier de convivialité du 11 juin aurait, pour sa part, été sous-traité à l’association Extra-Muros, dont le site indique qu’elle « développe des actions de sensibilisation à la valeur des matériaux mis au rebut, notamment les déchets de bois, par une transformation (ré)créative en mobilier et accessoires durables et utiles » :

  • « Par ses activités participatives et éducatives, l’association vise également à agir sur le cadre de vie dans les quartiers populaires, à générer de la mixité et du lien social et à agir sur l’insertion professionnelle de publics sensibles », précise Extra-Muros dont on se disait aussi (lien).

Cavé Goutte d’Or s’est entretenu le 12 juin avec le Secrétariat général de la Ville de Paris, Extra-Muros et les EDL pour tenter de cerner les divers mandats confiés par la Ville et comprendre l’utilité de cet activisme finalement très peu mobilisateur, marqué du sceau du « bricolage » en effet (Extra-Muros évoque les ateliers annulés comme un moment de « bricolage avec les habitants et les gens qui passent ») et du « camouflage » selon ce qu’en dit l’association Action Barbès, qui suit plusieurs interventions sur les 9e, 10e et 18e arrondissements de Paris (lire le compte rendu d’Action Barbès du 6 juin 2018 sur les ateliers « Tous mobilisés » du 23 mai).

Chacune des institutions approchées par téléphone le 12 juin reviendra vers nous avec de plus amples informations sur les objectifs et les coûts des opérations mais, d’ores et déjà, le Secrétariat général de la Ville de Paris a pu nous renseigner sur la fameuse fresque annoncée sur la place Polonceau. Même s’il paraît récupéré par « Tous mobilisés », il s’agit d’un projet indépendant de l’activisme municipal issu des pétitions du 27 mars 2018 puisqu’il est lié au budget participatif 2016 et répond au souci d’« embellir, fleurir et sécuriser le passage des habitants et habitantes de la place en contre-bas du gymnase de la Goutte d’Or, de la rue Polonceau et de la rue de la Goutte d’Or ».

Outre la pose de grandes jardinières (déjà effectuée), le projet prévoyait de « peindre le mur en contre bas du Gymnase (aujourd’hui gris, triste et sale), par un street-artiste du quartier comme par exemple Monsieur Chat ». De relativement modeste pour un coût initial de 5.000 €, le projet a ensuite été estimé à 22.500 € alors même que « l’installation de grandes jardinières est en cours depuis juin 2016 grâce à l’implication du conseil de quartier et des habitants », dit sa présentation en septembre 2016.

Un M. CHAT place Polonceau ?

Le projet est passé avec 586 votes et sera ainsi réalisé en dépit de sa démolition annoncée puisque aussi bien il servira à recouvrir un mur, certes gris, triste et sale, mais appelé à disparaître dans le projet de requalification de l’ensemble du secteur, tel qu’il a été retenu par la Ville de Paris, selon ce qu’en ont dit les diverses directions réunies le 25 mai 2018 par la secrétaire générale en présence de la présidente de la Cohérie Boris Vian (lire notre billet : « La Mairie de Paris en mode ‘Tous mobilisés’ pour sauver la rue Boris Vian ? »).

M. Chat sur l’affiche de l’exposition Chris Marker à la Cinémathèque.

Nous n’avons pas pu obtenir de renseignements sur le thème de la fresque et son auteur et il semble bien que les 586 votants du projet l’aient choisi sans cette précision. Tout au plus, le secrétariat général de la Ville de Paris annonce-t-il une consultation du quartier lors de la toute prochaine fête de la Goutte d’Or (le blog y revient en page friches) et l’auteur du projet évoque-t-il un M. CHAT, ce qui, au moment où se déroule à la cinémathèque une exposition en hommage à Chris Marker, laissera peut-être à cet artiste neuchâtelois ami du quartier  la possibilité de concocter une œuvre éphémère en attendant les travaux de 2020. L’occasion peut-être pour M. CHAT de faire une transition entre son œuvre datée de 2017 pour la ville de Boudry (où il naquit, comme Marat) et le premier coup de pioche qui doit permettre à la rue Anne Hidalgo de redevenir rue Boris Vian. À suivre miaulement.

Un M. CHAT dédié à la commune suisse de Boudry (et à son code postal 2017), préfiguration d’un 75018 sur la placette Polonceau ?

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Portes ouvertes et d’Or

SOS Paris accompagne la cagnotte ambulante pour le patrimoine de la Goutte d’Or à l’occasion des Portes d’Or

L’illustration du billet de SOS Paris posté le 8 juin 2018 à l’ouverture de la 9e édition d’artistes de la Goutte d’Or.

On se souvient que l’association parisienne qui s’est donné pour objet « la défense du patrimoine architectural et du cadre de vie » soutient le combat des habitants de la Goutte d’Or pour la sauvegarde de l’église Saint Bernard, unique monument historique du quartier, hélas peu respecté (le monument) par les autorités nationales et municipales elles-mêmes. Nos lecteurs savent combien en effet l’architecte des bâtiments de France (échelon national) et les Mairies de Paris et du 18e arrondissement (échelon municipal) rivalisent dans l’agression contre le monument historique, tantôt passivement en omettant sa présence, tantôt activement en autorisant dans ses abords des projets qui lui portent atteinte.

L’un d’entre eux, sur le seuil du monument historique, est le projet architectural d’extension de l’école Saint Bernard. Un projet qui n’aurait jamais dû quitter l’agence d’architecte qui l’a conçu ou, en tout cas, le bureau des services instructeurs de la Mairie de Paris qui l’a autorisé au troisième coup, après deux échecs qui révélaient son inadéquation au quartier et au monument historique protégé et le manque d’attention des promoteurs et de l’ABF.

On se souvient aussi des mots prononcés à l’égard de ce projet devant le conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011 par Daniel Vaillant, alors maire du 18e :

  • « Je connais des projets privés sur le secteur qui me consternent, notamment des extensions de l’école (Saint Bernard). Heureusement que nous sommes là pour signifier qu’il n’est pas possible d’enlaidir un secteur qui a été complètement remis en valeur ».

Conflit d’intérêts publics

Le projet a été autorisé néanmoins. Cavé Goutte d’Or a querellé les permis successifs qui ont abouti à cette construction et SOS Paris s’est jointe à la procédure administrative engagée, déposant un mémoire au soutien de l’appel formé par Cavé Goutte d’Or contre le jugement administratif de première instance (lire ici). L’appel a été récemment rejeté par la Cour administrative de Paris dont l’arrêt est à l’étude. D’ores et déjà, une demande d’enquête sur les conditions d’octroi du permis et l’intervention massive de la Mairie du 18e en faveur du projet est en préparation (lire ici).

Car, comme les mémoires d’appel de SOS Paris et Cavé Goutte d’Or l’ont souligné, il est probable que l’octroi du permis repose sur un conflit d’intérêts publics :

  • « Les pièces du dossier établissent l’existence d’un conflit d’intérêts publics entre, d’un côté, le respect de l’arrêté du 14 mars 2012 toujours en vigueur, la protection des abords d’un monument historique et d’un « espace urbain d’intérêt exceptionnel » reconnu comme tel par une institution municipale, régionale et étatique comme l’APUR et, de l’autre, le soutien démesuré des autorités du 18e arrondissement et de la Mairie de Paris, à un projet à caractère privé au nom, principalement, de la sécurité défaillante du bâtiment existant ».
  • « Le soutien apporté avec insistance au permis par la municipalité au motif de la mise aux normes laisse planer le doute sur l’instruction et l’autorisation qui auraient été appelées à venir cacher, par un permis de construire, la défaillance de l’autorité administrative à faire respecter l’entretien et la mise aux normes ».

Trouble illicite

SOS Paris soutient aujourd’hui les riverains qui, dans une procédure indépendante de l’action de Cavé Goutte d’Or devant la justice administrative, avaient tenté d’invoquer au civil « le trouble manifestement illicite » consistant, pour l’OGEC Saint Bernard Saint Marie, à construire l’extension de l’école Saint Bernard en dépit des appels en cours.

Certes, l’appel de Cavé Goutte d’Or n’était pas suspensif du permis de construire, comme ne l’était pas non plus le recours de première instance. Mais, selon les riverains requérants au civil, la construction s’opposait à l’arrêté toujours en vigueur qui avait précédemment interdit le projet en raison de l’atteinte qu’il portait aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard.

Comme l’a posé SOS Paris dans son communiqué du 25 mai dernier (lire en page Défense du quartier à la date du 26 mai 2018 et sur le compte facebook de SOS Paris), « ils ont perdu » :

  • « Ils ont perdu et ont été condamnés solidairement à un article 700 de 3.000 €. Depuis, et alors que les riverains, pour la plupart artistes, artisans ou commerçants du quartier, réunissaient tant bien que mal les 3.000 € dus et en avaient versé les deux tiers en avril dernier, l’organisme diocésain qui gère l’école Saint Bernard se montre particulièrement zélé pour récupérer cette somme, ses intérêts et les frais de l’huissier qu’il a estimé devoir engager pour faire exécuter la décision. Les propositions d’échéancier ont été refusées et l’huissier multiplie les pressions contre les débiteurs : il vient ainsi de saisir, sans aucun préavis, le compte bancaire d’un des 13 riverains, pourtant en règle avec sa quote-part » (la suite ici).

Et SOS Paris d’ouvrir une cagnotte pour aider les riverains à faire face à ce voisin plus zélé à rentrer dans son malheureux article 700 qu’à protéger le patrimoine national qu’il a sous les yeux, au point que Cavé Goutte d’Or avait écrit, lors des premières interventions d’huissier à l’automne 2017, qu’il leur infligeait une « double peine » (notre billet du 18 décembre 2017) :

  • « À l’occasion du vide grenier organisé sur le parvis de l’église Saint Bernard ce dimanche 27 mai 2018, SOS Paris appelle à la création d’un tronc commun pour aider, par la brocante ou les dons, les riverains de l’église Saint Bernard et, plus largement, les habitants de la Goutte d’Or à faire face aux bétonneurs et à leurs huissiers ».

Ce week-end, SOS Paris déplace sa « cagnotte ambulante », comme elle l’appelle et sensibilise les visiteurs de la 9ème éditions des Portes d’Or, portes ouvertes des ateliers d’artistes de la Goutte d’Or. Dans le billet reproduit ci-dessus, posté vendredi soir à l’inauguration de la manifestation, elle les invite à soutenir les riverains de l’église Saint Bernard.

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2020 déjà

La Mairie de Paris en mode ‘Tous mobilisés’ pour sauver la rue Boris Vian ?

  • Compte rendu informel, forcément partiel, de la séance de travail convoquée par le Secrétariat Général de la Ville de Paris le 25 mai 2018 suite à la dernière Saint Boris du 2 mai 2018.

Facsimilé de la page de couverture du document diffusé par la Mairie de Paris le 25 mai 2018. Lire le document ici.

Suite à la décision de la Cohérie Boris Vian du 2 mai 2018 de retirer l’autorisation donnée pour la désignation en 1992 d’une « Rue Boris Vian » dans le quartier de la Goutte d’Or, décision prise au terme de six années d’échanges avec les maires de Paris et du 18ème arrondissement, annoncée à Madame Anne Hidalgo par lettre du 30 novembre 2017 et communiquée au Conseil de Paris à l’ouverture de sa session du 2 mai 2018, la Secrétaire générale de la Mairie de Paris a réuni à l’Hôtel de Ville, le vendredi 25 mai 2018, les acteurs majeurs de ce qui fut présenté ce jour-là comme la « requalification de la rue Boris Vian » et la « revitalisation commerciale de la rue de la Goutte d’Or ».

Une dizaine de personnes représentant à un niveau élevé le cabinet d’Anne Hidalgo, les directions les plus concernées comme celles de la Propreté, de l’Urbanisme, de la Construction publique et de l’Architecture, de l’Attractivité économique, ou encore les équipes de développement local (EDL) attachées à la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires, ont ainsi pu échanger pendant deux heures avec la Cohérie Boris Vian représentée par Nicole Bertolt, et les associations Paris Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or, représentées respectivement par Patrick Gosset et Olivier Russbach, sur l’état d’avancement du projet préparé en 2014 et 2015 et présenté officiellement aux habitants du quartier comme « scénario privilégié » le 22 novembre 2016 (Liste des participants).

Madame la Secrétaire générale de la Ville de Paris Aurélie Robineau-Israël ouvrit la séance en invitant les participants à se présenter brièvement et, intervenant au nom de la Cohérie Boris Vian, Madame Nicole Bertolt rappela les circonstances dans lesquelles Ursula Kübler-Vian avait souscrit avec reconnaissance et enthousiasme, dans les années 1990, à l’idée que le nom de Boris Vian soit associé au quartier historique de la Goutte d’Or et, plus encore, à sa réhabilitation ; et les circonstances dans lesquelles elle-même, vingt ans plus tard, devait rencontrer les habitants autour du projet de Cavé Goutte d’Or consistant à demander l’entretien de cette rue et sa nouvelle réhabilitation.

Après une intervention fort aimable et bienvenue de Xavier Vuillaume, directeur-adjoint du cabinet de la maire de Paris qui présenta les excuses de Madame Hidalgo pour le retard pris dans l’évolution du dossier et la communication, les participants entrèrent dans l’examen du projet qui, de « scénario privilégié » en novembre 2016, était passé à « scénario retenu » dans le document officiel remis le 25 mai 2018.

L’élément principal du scénario de novembre 2016 demeure le déplacement latéral de l’escalier dans sa partie haute (pages 3 et 4) et, du côté de la Cohérie Boris Vian et des associations du quartier présentes le 25 mai, on devait s’étonner qu’en 18 mois, l’étude des « contraintes techniques » (pages 5 et 6) soit encore à l’ordre du jour du « calendrier prévisionnel » (page 7) qui fixe le « début des travaux » à « début 2020 » (date à laquelle il fut initialement annoncé qu’ils seraient livrés) : deux débuts pour une fin ainsi reportée de 18 mois, les 18 mois qui séparent le scénario privilégié du scénario retenu (qui est le même).

D’où le sentiment de déjà vu exprimé d’emblée par Cavé Goutte d’Or lors de la réunion du 25 mai, l’association observant qu’entre « scénario retenu » et permis délivré, devaient encore se passer plusieurs mois, limités à une douzaine (automne 2018-automne 2019) dans le calendrier prévisionnel qui ne comprend aucun temps pour la réflexion avec les riverains et usagers en amont du permis et pour les éventuels recours de tiers en aval alors que, dans sa partie nord, le projet sera en co-visibilité avec l’église Saint-Bernard, dont la Ville ne peut plus ignorer qu’il s’agit d’un monument historique classé.

Le calendrier prévisionnel indique en effet que les études techniques seront « rendues fin septembre 2018 » et que, durant l’été 2018, la Société publique locale Paris Seine, nouvelle maître d’ouvrage représentée par sa présidente lors de la réunion du 25 mai, aura pour mission de lancer la consultation de maîtrise d’œuvre, c’est-à-dire l’appel d’offre aux architectes, étape importante à laquelle le quartier au sens large (riverains, usagers, associations, commerçants) devra être associé afin de pouvoir participer au choix des projets d’architecte. À cet égard, l’assemblée fut invitée à se souvenir que, dans les années 1980, le projet de réaménagement de ce secteur avait été mené à l’encontre de la volonté exprimée des habitants (alors déjà représentés par Paris-Goutte d’Or), à l’encontre de l’alerte des experts (historiens, architectes, urbanistes) et au mépris d’une étude de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) qui préconisait la réhabilitation de rues entières identifiées comme « espaces urbains d’intérêt élevé » parfois « d’intérêt exceptionnel ».

Il ne saurait en être ainsi avec le projet de requalification présenté ce 25 mai 2018, demandait-on du côté des habitants, assurait-on du côté de la Ville.

Un scénario sous contrôle

La vigilance serait d’autant plus nécessaire qu’en 1993, au moment de la construction du secteur actuellement en requalification, le « renoncement à un effort architectural » avait été érigé en dogme par le militant associatif qui deviendra plus tard responsable de l’Urbanisme du 18e arrondissement et que, le 25 mai au Secrétariat Général de la Ville de paris, la présidente de la SEM Paris Seine, aménageur désigné pour mener l’opération, a qualifié par deux fois d’« élégante » la palissade cache-misère recouverte d’une fresque sur une partie des arcades de la rue de La Goutte d’Or.

Quand la direction du patrimoine et de l’architecture « embellit le cadre de vie » de la Goutte d’Or (Work in progress, octobre 2017). Agrandir l’image.

Un temps dit « de concertation » devra donc être instauré, idéalement dans le but de prévenir tout recours postérieur à l’instruction et à l’octroi des autorisations d’urbanisme. Un mouvement civique s’est en effet développé récemment dans la Goutte d’Or. Aux côtés d’une pétition réunissant 250 commerçants soutenus  par une vingtaine d’associations ou institutions (parmi lesquelles la Cohérie Boris Vian, Paris-Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or), une pétition d’habitants signée par 1.800 personnes en quelques semaines a identifié, entre autres, les « erreurs historiques dans l’aménagement et la gestion du quartier, notamment depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980 », et estimé qu’il était « urgent de corriger le tir ». Les deux pétitions ont été remises aux autorités municipales et étatiques le 27 mars 2018 et le mouvement ne cesse de s’étendre autour de ce qui peut être qualifié de réappropriation de l’espace public par les habitants et les commerçants du quartier.

La nouvelle rue Boris Vian

Quand les embellissements de la direction du patrimoine et de l’architecture servent de support à la réappropriation de l’espace public par les habitants (Reportage « C’était hier », 3 mai 2018).

Un mouvement urbain peut s’ensuivre, un comité de pilotage être mis en place et accompagner le projet de requalification dans la perspective d’un premier coup de pioche en mars 2020, soit pour le centenaire de la naissance de Boris Vian, – une perspective qui pourrait laisser à penser que la Cohérie Boris Vian redonnerait à un projet neuf son autorisation d’antan.

Dès les premières présentations du projet scénarisé par l’agence Feraru, en octobre 2015, Nicole Bertolt, qui raconte avec enthousiasme à l’assistance les origines d’une rue Boris Vian en escaliers (pendant de la rue Pierre Dac, également en escaliers entre les rues Caulaincourt et Lamarck), avait noté la tentative de la Mairie du 18e d’appeler « passage Boris Vian » ce qui, légalement, était bien une « rue Boris Vian », et suggéré qu’on pouvait sortir de l’éventuel dilemme en l’appelant traverse.

Sur le TEP Goutte d’Or/Boris Vian, travail sous la pluie le 6 octobre 2015. De gauche à droite : l’équipe d’architectes, Cavé Goutte d’Or, Action Barbès, Les Enfants de la Goutte d’Or, les EDL,la direction de l’Urbanisme la Cohérie Boris Vian (notre billet : Chemins de traverse). Agrandir l’image (©AAF).

En clin d’œil, le cas échéant, aux paroles de « Rue Traversière », une traverse verra peut-être le jour. Pour cela, il convient sans doute de débrancher l’opération « Tous mobilisés », dont les associations Paris-Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or ont souligné de concert, vendredi 25 mai, le caractère inutile, quand ce n’est condescendant : Patrick Gosset et Olivier Russbach ont en effet évoqué le ‘choc culturel’ entre la marche exploratoire organisée (précisément le 2 mai 2018) par la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires dans le contexte de l’opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or », d’une part, et la Saint Boris organisée par Paris-Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or, d’autre part, la première prétendant « explorer » les dysfonctionnements urbains que la seconde met en lumière tous les 2 mai depuis plusieurs années.

La distance à prendre avec une opération tendant à «cibler les problèmes et trouver des solutions adaptées» s’impose du fait même de l’objectif qui, à force d’être présenté en ces termes, révèle un défaut de maîtrise de problèmes déjà largement identifiés. Au point qu’il est probable, devaient suggérer les associations, que le retard accumulé par le projet de requalification soit dû à la procrastination.

Si les invités ont bien sûr salué le principe même d’une réunion de travail organisée, à un haut niveau, par la Mairie de Paris dans les trois semaines qui ont suivi la décision de la Cohérie Boris Vian de retirer son autorisation à la désignation de la rue du nom de l’écrivain, ils ont également mis en lumière la nécessité qu’une réelle prise de conscience de l’urgence anime désormais la Ville de Paris. Or, le dossier remis le 25 mai 2018 place l’opération « Tous mobilisés pour notre quartier » en tête des « interventions à court terme » (pages 9 à 11), faisant ainsi une large place à un provisoire qui peut durer et à l’agitation qui peut confiner à la précipitation quand  ce n’est à la mise en danger par panique et défaut de connaissance du terrain.

Voie de fait
et d’effractions

La 24 mai 2018 à l’aube, à l’emplacement exact du mot DIAGNOSTIC sur le projet 2016, la SAEMES expulse ses locataires de box.

Il ne conviendrait pas, en effet, que l’attention soudainement renforcée de la Mairie de Paris au secteur Goutte d’Or/Boris Vian laissé longtemps en jachère entraîne des actes inappropriés et probablement illégaux comme l’évacuation des réserves de commerçants qui eut lieu la veille de la séance à l’Hôtel de Ville, au petit matin du jeudi 24 mai 2018 sous l’égide de la SAEMES. La responsable du parking de la rue de la Goutte d’Or serait en effet à l’origine d’une expulsion destructrice qui a donné lieu à un dépôt de plainte pour, notamment, violation de domicile et destruction de biens, les box et alvéoles détruits étant l’objet de baux en bonne et due forme. Cet évènement, aux conséquences duquel Mme Bertolt, MM. Gosset et Russbach avaient assisté par coïncidence la veille, fut signalé durant la séance du 25 mai, Patrick Gosset évoquant « des méthodes de voyous », le maire du 18e indiquant qu’il ferait une enquête. Mentionné en page 13 du document remis (« Fermeture définitive de la porte d’accès aux réserves des commerçants »), cet acte reflète, de la part des acteurs installés dans l’îlot, un sentiment de panique inquiétant qui semble s’inscrire dans la fuite en avant que consacre l’opération « Tous mobilisés ».

Assurément moins graves que l’effraction signalée ici, les activités de « remise en peinture » et de « réalisation d’une fresque artistique » évoquées sur la même page 13 du document du 25 mai 2018 trahissent une même agitation et doivent, selon les associations présentes, être suspendues en ce qu’elles viennent très précisément consacrer le type d’actions jugées avilissantes par les habitants du quartier qui croulent sous les projets de « réalisations artistiques en lien avec les riverains » alors qu’ils n’obtiennent pas la requalification nécessaire, annoncée et sans cesse reportée.

Le calendrier qui nous sépare de « début 2020 pour le début des travaux » (page 7) est déjà très serré et il ne convient sans doute pas de perdre de l’énergie, du temps et de l’argent dans l’aménagement par définition provisoire de la Placette Polonceau, dont le document remis prévoit facticement le « comblement du renfoncement avec déplacement de la porte et réalisation d’une fresque artistique en septembre/octobre 2018 » (page 13 du document remis le 25 mai), ou dans « l’expérimentation d’un lieu de convivialité au milieu du marché Barbès » (page 20), expérimentation elle-même sans doute très conviviale mais dont on peut penser qu’elle a été ajoutée au projet pour ‘faire nombre’.

La petit carré jaune sous le métro entre le Centre Barbara et la Bibliothèque Goutte d’Or appelé à devenir « expérimentation d’un lieu de convivialité au milieu du marché Barbès » ? (agrandir l’image).

Quant à la « placette Polonceau » – qui depuis l’évènement du 27 mars 2018 semble prendre de plus en plus naturellement le rôle de forum de la Goutte d’Or, place de ralliement et de débat public (au point que l’opération « Tous mobilisés » l’investisse elle-même pour y planifier « un moment de convivialité » le 11 juin prochain) – il est en revanche « scénarisé » dans le projet retenu d’y installer quelque chose comme une ouverture verrée en demi-rotonde qu’on verrait bien accueillir un café avec terrasse, un espace public vraiment public qui, en vis-à-vis complémentaire du Chien de la Lune, du Melting Pot et des autres commerces, ouvrira naturellement le quartier sur et à ses habitants et visiteurs.

Suivi et pilotage

Le dernier avatar de l’opération « Tous mobilisés » (agrandir l’image).

Au moment où nous écrivons ce compte rendu informel, les Mairies de Paris et du 18e invitent en effet le quartier à « un moment de convivialité » destiné à « la construction de mobiliers » et à un « atelier d’échanges en vue de l’aménagement temporaire de la placette Polonceau » le 11 juin 2018 de 17 h à 20 h. En introduction, on peut lire :

  • « Des réaménagements sont prévus sur le secteur Polonceau/Goutte d’Or sud dans les prochaines années. Dès maintenant, comment animer, embellir et aménager la placette Polonceau ? »

Par son caractère indéfini (« Des réaménagements sont prévus dans les prochaines années »), cette invitation trahit la légèreté avec laquelle la question de la requalification du secteur Boris Vian/Goutte d’Or est encore perçue et traitée selon qu’on évoque le scénario retenu dans le flou de la construction-conviviale-de-mobilier-urbain-en-ateliers-d’animation ou dans le bureau de la secrétaire générale de la Ville (où un réaménagement est décidé dans un calendrier donné).

En écho à la question déjà posée par Patrick Gosset à la secrétaire générale adjointe de la Ville de Paris, Madame Laurence Girard, lors du lancement de l’opération « Tous mobilisés » le 19 avril 2018 à la Mairie du 18e  arrondissement, question à laquelle il n’a pas reçu de réponse à ce jour, le coût des opérations d’animation et de colmatage provisoire a également été évoqué le 25 mai en Mairie centrale.

D’ores et déjà, et dans l’attente de connaître ce coût, d’une part, et de pouvoir prendre connaissance du budget dont il fut annoncé qu’il avait été voté par le Conseil de Paris de décembre 2017, d’autre part, il peut être utile de réfléchir aux moyens de consacrer dès aujourd’hui les fonds réservés aux animations artistiques et aux ateliers conviviaux au travail opérationnel à entreprendre pour le chantier et à l’aide susceptible d’être apportée aux commerçants qui devraient se déplacer ou fermer temporairement leurs locaux durant les travaux.

Vers une lettre de Madame Hidalgo
à la Cohérie Boris Vian ?

L’exposition Boris Vian /En avant la musique ! du 16 juin au 2 septembre 2018 à la Fondation Jan Michalski.

La séance se termine par l’annonce d’une lettre à venir de la maire de Paris qui devrait répondre à celle de la Cohérie Boris Vian du 30 novembre 2017 et confirmer le caractère engageant du projet présenté le 25 mai 2018, projet dont les diverses directions de la Ville de Paris présentes affirment d’ores et déjà qu’il est public et peut être présenté officiellement sur le terrain.

*

L’idée d’une seconde réunion dans six mois (donc fin novembre 2018) est également actée. Comme en écho à la double rencontre annuelle instaurée par Cavé Goutte d’Or les 2 mai (Saint Boris) et 30 novembre (date anniversaire de l’arrêté municipal donnant son nom à la rue Boris Vian), le Secrétariat général de la Ville de Paris et la Cohérie Boris Vian s’apprêtent ainsi à entrer dans un processus de suivi dont Cavé Goutte d’Or a proposé en mars dernier qu’il soit réapproprié par les habitants du quartier, elle-même passant le témoin comme l’explique son programme 2018 :

  • « Le maître mot pour 2018 est transition : transition douce et passage de témoin. Parallèlement à la poursuite des dossiers en cour(s), Cavé Goutte d’Or fera en 2018 le bilan de 7 années d’études et d’actions sur l’urbanisme du quartier et restituera ses dossiers dans le projet de voir les habitants se les approprier ».

Cavé Goutte d’Or propose ainsi qu’un comité de suivi soit mis en place avec un interlocuteur unique de chaque côté (Ville de Paris, Cohérie Boris Vian, Quartier). Ce groupe de pilotage pourrait être présenté aux habitants du quartier lors de l’animation programmée en off du « moment de convivialité » préconisé par « Tous mobilisés » le 11 juin 2018 entre 17 h et 20 h.

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