Vedette américaine

Les coulisses de Paris Goutte d’Or, le livre

  • L’ouvrage de photographies qui porte le nom d’une association historique du quartier sans en être l’émanation repose sur une étude sociologique nord-américaine orientée dont Cavé Goutte d’Or s’est procuré l’original, certains de ses lecteurs espérant qu’elle n’était que « mal écrite » ou « mal traduite ».
  • Le texte intégral en anglais de « Ethnic Place Identity Within a Parisian Neighborhood » (2011/2014) confirme les préjugés socio-politiques que la photographe Elena Perlino a demandé aux auteurs l’autorisation de publier en marge (en support ?) de ses clichés.

Barbès-Rochechouart, été 2018 (D.R.).

Le blog de Cavé Goutte d’Or a évoqué récemment le livre de photographies d’Elena Perlino intitulé Paris Goutte d’Or (éditions Loco, Paris, 19 €).

Une première accroche en page Articles du blog regrettait un point de vue par trop ‘cliché’ du quartier en soulignant « un double défaut de représentation » : « Les habitants du quartier réunis autour du verre de lancement n’étaient pas représentés dans les clichés du livre et, inversement, les habitants représentés sur les clichés de Paris Goutte d’Or, le livre n’étaient pas représentés dans la salle, où se pressait une population très uniforme et monoculture » (cf. « Itinérance culturelle en Goutte d’Or » / 29 novembre 2018, nous revenons plus bas sur le mot monoculture qu’une lectrice a transformé en monoculturel pour nous le reprocher).

L’ouvrage était ensuite critiqué en page Humeur du blog à travers le texte de deux chercheurs en géographie et géopolitique publié aux États-Unis en 2011, venant ici comme en appui aux photos, et l’entretien de la journaliste Édith Canestrier avec la géographe Marie Chabrol sur la résistance de la Goutte d’Or à sa gentrification. (cf. « Ces clichés qui nous regardent » / 29 novembre 2018).

Les deux billets ont été signalés sur facebook et sur tweeter dès leur parution. Ils ont suscité, entre autres, un échange avec les auteurs de l’étude nord-américaine et deux réactions assez vives, l’une de l’auteur principale du livre, la photographe Elena Perlino, l’autre de la journaliste Édith Canestrier dont l’entretien avec Marie Chabrol diffusé sous forme d’extraits par Loco est lisible en entier ici.

Un petit retour – nous ne dirons pas sur image car ce n’est pas l’œuvre artistique qui est en jeu mais son orientation et/ou son prérequis géo-sociopolitique – s’impose donc afin que le fond du dossier soit connu de nos lecteurs et des habitants du quartier pris pour cible(s) – les habitants ? le quartier ? – puisque aussi bien ils sont censés être au cœur autant des photographies de Perlino que des textes de Kaplan et Recoquillon ou de Canestrier et Chabrol.

Y a pas photo

Rue Marx Dormoy, Paris, France (novembre 2018).

La sociologue Charlotte Recoquillon, coauteur de l’étude nord-américaine publiée « à la demande d’Elena Perlino », a immédiatement posté sur tweeter un lien ‘donnant’ si l’on peut dire sur l’article complet en anglais, lien proposant diverses formules de lecture limitée dans le temps pour 6 ou 15 dollars et une version pdf pour 38 $ (soit un peu moins de  deux exemplaires du livre d’Elena Perlino, vendu en effet à 19 € pièce). À la demande de Cavé Goutte d’Or, Charlotte Recoquillon nous l’a gracieusement adressé par la suite afin que nous puissions travailler sur l’original. Édith Canestrier, qui elle-même prenait quelque distance avec cette étude, évoquait en effet l’idée qu’elle pourrait avoir été simplement mal écrite ou mal traduite :

  • « Je ne suis pas fan du texte du chercheur américain que je trouve mal écrit (ou mal traduit), et surtout l’éditeur a usé du procédé qui est le vôtre, sortant des bouts de texte sans véritable lien les uns avec les autres ».

La journaliste regrettait en effet « la pratique consistant à sortir une phrase ou deux d’un texte sans aller plus loin dans la critique ». L’œuvre de Perlino étant limitée aux photographies, la critique jugée trop courte est celle que nous formulons contre le texte des universitaires. Or, si le texte offert en marge des photos d’Elena Perlino est en effet une succession d’extraits (ce qui n’empêche ni la lecture ni le commentaire), l’étude de Kaplan et Recoquillon est un travail scientifique de 19 pages écrites serrées, avec de nombreuses notes se référant à une bibliographie de 36 ouvrages de collègues universitaires (dont Marie Chabrol) ou articles de presse : il ne saurait trouver plus de place sur un blog associatif que celle qui lui a été donnée par la lumière jetée sur les deux passages ci-dessous retenus par Cavé Goutte d’Or, dont nous avons au demeurant pu vérifier qu’ils étaient révélateurs de l’étude, d’une part, et rigoureusement traduits de l’américain au français, d’autre part :

« Un quartier d’ivrognes et de criminels »…

– « La Goutte d’Or a toujours eu la réputation d’un quartier ouvrier. Depuis le XIXe siècle (cf. L’Assommoir d’Émile  Zola), il est vu comme un quartier défavorisé, grouillants d’ivrognes et de criminels » (page 187 des extraits parus en français).

Au secours ! (D.R.).

« The Goutte d’Or always had a reputation as a working-class neighborhood. From the 19th century (as captured by Emile Zola’s realist novel L’Assommoir), the Goutte d’Or became fixed in the Parisian imagination as an impoverished place, teeming with criminality and inebriety » (pages 38-39 du texte original en anglais).

… « où toutes les librairies sont musulmanes
et toutes le boucheries halal »

– « L’islam est tellement présent à la Goutte d’Or que toutes les librairies y sont musulmanes, vendant principalement des corans et d’autres textes religieux, et toutes les boucheries sont halal » (page 189 des extraits).

« Such is the presence of Islam in the Goutte d’Or that every bookstore is an Islamic bookstore, selling mostly Korans and other religious texts, and all butcheries are halal » (page 44 du texte original).

La seule erreur entre dans la version française des passages que nous avions relevés dans notre billet du 29 novembre est une erreur de référence, non de traduction. Un passage des extraits en français renvoie au livre de Breitman et Culot (La Goutte d’Or, Faubourg de Paris, 1988) alors que, dans la version anglaise de l’étude, il renvoie au livre de Golding (La Goutte d’Or, Quartier de France : La mixité au quotidien, 2006). Nous l’avions deviné en doutant spontanément que le livre de Breitman et Culot puisse contenir le passage qu’il était censé contenir.

*

Nous reviendrons sur cet article,  qui insiste sur la pauvreté du quartier, présentée comme une donnée d’origine perpétuelle alors que les historiens en présentent au contraire le lotissement comme riche, inventif, et porteur d’un avenir patrimonial qui a été détruit activement par la politique de zonage mise en place dans les années 1980, hélas poursuivie aujourd’hui.

L’étude utilise d’ailleurs une terminologie qui nous permettra de suggérer que la Goutte d’Or n’est pas « un quartier pauvre »,  mais un quartier « appauvri » (impoverished, écrivent nos auteurs), qu’il a été et, à maints égards, continue d’être méticuleusement appauvri par le prétendu renouvellement urbain qui le maintient sous chape, sous contrôle. Dans l’entreprise de Cavé Goutte d’Or qui consiste dès maintenant à restituer son travail de sept années (ici pour mémoire), il s’agira d’encourager le quartier à étudier davantage le discours qui se tient sur lui, à la Mairie comme dans les facultés. Dans les salles de production comme dans celles de rédaction. Nous devrons ainsi étudier les motivations actives ou les négligences (actives aussi) qui ont conduit les auteurs de cette étude en particulier à ne pas voir la diversité du quartier en 2011 (leur travail de terrain) et en 2014 (la publication de leur étude), à ignorer, pour n’évoquer que « toutes les librairies » qu’ils prétendent présenter, des lieux comme « Chez les libraires associés », aujourd’hui incontournables, mais déjà là en 2011, installés depuis 2006 au 3 rue Pierre L’Ermite.

Pourquoi la Goutte d’Or suscite-t-elle tant de recherches biaisées sur les soi-disant « traumatic histories » qui, dans la foulée de Fox News et ses No Go Zones, avaient déjà fasciné la productrice de Cocoon, sur ce qu’elle appelait « le site traumatisé de la Goutte d’Or » ? Le choix de publier en 2014 seulement une étude effectuée en 2011 aura-t-il été influencé par la manifestation de juillet 2014 dans la Goutte d’Or (notre billet du 20 juillet 2014) ?

Pour l’heure, c’est l’introduction de cette étude sur la gentrification dans le livre de photographies d’Elena Perlino qui mérite à nos yeux d’être mise en lumière. L’étude de Kaplan et Recoquillon ne saurait en effet être critiquée au sens universitaire du terme par une association dont les membres n’ont aucune qualité pour ce faire, et d’ailleurs aucune prétention à s’ériger en juges de ce travail. Notre propos est ailleurs : il consiste à observer les contre-vérités factuelles que l’étude rapporte d’un « travail de terrain effectué en 2011 », selon ce qu’en écrit Charlotte Recoquillon à Cavé Goutte d’Or, et de nous interroger sur la volonté de la photographe de diffuser ces contre-vérités à l’appui (à quoi d’autre ?) se son travail en 2018 :

  • « Je vous joins les deux articles publiés avec David Kaplan résultant d’un travail de terrain effectué en 2011. Nous nous sommes surtout intéressés à la question des commerces. Il n’y a pas de traduction française, ces articles ont initialement été pensés pour des revues scientifiques américaines. Pour information, Elena Perlino nous a demandé l’autorisation de reproduire des extraits de cet article (NDLR : le deuxième, publié dans l’ouvrage Paris Goutte d’Or) mais nous n’avons pas eu de rôle éditorial dans le choix des extraits ou leur place dans son livre ».

Premiers regards froids sur cette information : 1) L’étude publiée par Loco à Paris en octobre 2018 a elle-même été publiée quatre ans plus tôt aux États-Unis ; 2) Elle repose sur un travail de terrain encore plus ancien, qui date de sept ans ; 3) Elle est « pensée pour des revues scientifiques américaines » ; 4) C’est la photographe qui a « demandé l’autorisation (d’en) reproduire des extraits ».

Elena Perlino a beau jeu de nous tancer (« Un article sur un livre photographique, qui ne parle même pas des images, il faut le faire », écrit-elle à Cavé Goutte d’Or), tant on peut en réalité s’étonner du choix qu’elle a fait de ce texte très daté (2011/ 2014) et très orienté (« pensé pour des revues scientifiques américaines ») pour ‘illustrer’ en 2018 les images dont elle-même assure qu’elles sont le fruit d’une immersion de trois ans dans le quartier (remontant donc à 2015). «  Être critique c’est bien », poursuit-elle, « mais il faut des arguments et de la compétence en la matière aussi. Depuis quand juge-t-on un livre à l’aune d’un vernissage ? J’attends des arguments pertinents : le risque, sinon, est d’être non pas critique, mais réducteur ».

Trois ans, trois mois et trois jours
ou les risques de la
monoculture

Les « trois ans d’immersion » qu’elle a passés à la Goutte d’Or sont un leitmotiv pour l’auteur, l’éditeur et les publicitaires du livre dont aucun ne semble mesurer combien,  après trois ans, Elena Perlino, sauf le respect de son regard et de son art, rapporte une vision classique que la plupart des journalistes retiennent de ce quartier en trois heures.

Et c’est bien le risque de ce que nous avons appelé « monoculture » et non « mono-culturel » comme on aimerait nous le reprocher : « J’étais présente au vernissage du livre au centre Barbara dont, bien entendu, vous critiquez la présence ‘mono culturelle’, comme vous dites. Quelle horrible expression ! », pense en effet pouvoir écrire Édith Canestrier qui se dit « assez outrée par la manière que vous avez de ‘descendre’ ce travail ».

Problème : le blog (qui relatait une visite au lancement du livre) n’a pas évoqué une « présence mono-culturelle » dans la salle Barbara mais regretté que « les habitants du quartier réunis autour du verre de lancement n’étaient pas représentés dans les clichés du livre et, inversement, les habitants représentés sur les clichés de Paris Goutte d’Or, le livre n’étaient pas représentés dans la salle, où se pressait une population très uniforme et monoculture ».

« Population monoculture » se voulait plus subtil que ne le serait « populations mono-culturelle ». Le mot voulait souligner l’aspect « culture d’une seule plante », la plante étant en l’occurrence le caractère ‘exotique’ du quartier, le mot ‘exotique’ étant quant à lui signalé par des guillemets de distanciation conduisant à lire « prétendument exotique ».

Pour ce qui est du mot « exotique » dont l’usage pourtant distancié par Cavé Goutte d’Or est reproché au premier degré par Perlino et Canestrier, on en trouve trois occurrences dans l’article universitaire qui l’associe à « l’immigration Nord-Africaine des années 1960 (qui) a installé la Goutte d’Or comme un lieu exotique dans l’imagination française » (page 40), aux variétés de « tissus exotiques et colorés » des boutiques de la rue Myrha (page 45) ou encore aux « épiceries exotiques » de la rue Poulet (page 34).

Le célèbre guide Le routard 2018-19 évoque encore le mot en association avec le café de l’ICI-Léon tenu par La Table ouverte. Le mot « ethnie » et ses dérivés – et surtout les statistiques ethniques, dont l’usage est moins ‘encadré’ aux États-Unis qu’il ne l’est en France (ici pour mémoire), encadrement dont se plaignent d’ailleurs les auteurs en note (page 49) – est utilisé à 26 reprises.

Attention, la vidéo va suivre, annonce l’éditeur.

Publicités
Publié dans Articles | Tagué , , | Laisser un commentaire

Concertation ?

La Mairie du 18e chahutée sur son projet d’aménagement des rues Myrha et Léon

  • « Décevant », « timide », « manque d’ambition »…
  • Même les micros étaient défaillants lors de la soi-disant « réunion publique de concertation ».

Le grand flou était-il organisé pour que rien ne passe sur ce projet ? Comme au poker l’abattage, il faut dévoiler pour voir.

Les forces vives du quartier étaient invitées à prendre connaissance des aménagements à venir des rues Myrha et Léon avec quelques incidences sur les rues Cavé et des Gardes.

Forces vives assurément, mais confrontées à ce qui pouvait à maints égards apparaître comme une farce vive. Retenu ailleurs, le maire Éric Lejoindre s’était fait excuser. Il n’a rien perdu. En dépit de l’aimable propos d’ouverture de Sandrine Mees, élue EELV référente du conseil de quartier Château Rouge-Goutte d’Or qui remercia les organisateurs d’avoir organisé avec une ironie non feinte sur le retard à présenter ce projet au public, la cérémonie tourna vite à une très ennuyeuse parade de trottoir venant s’ajouter aux différents projets déjà en cours qui ont récemment sollicité et obtenu les ‘votes’ citoyens du budget participatif.

Surgissant de l’obscurité, la page de couverture du document que seuls les officiels avaient le droit d’avoir en mains. « La diffusion en est prévue la semaine prochaine », a déclaré un organisateur à Cavé Goutte d’Or qui demandait à consulter le document.

C’est ainsi à juste titre que le patron de l’Échomusée s’étonna de voir que le projet présenté au peuple de la Goutte d’Or ce lundi 10 décembre 2018, jour du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, ne tenait pas le moindre compte du projet « Apaiser la rue Cavé », dont il était l’un des porteurs et qui fut ‘voté’ par 876 ‘votants’ au titre du budget participatif de 2017.

Lundi 10 décembre 2018, 19h51, Saïd Assadi s’apprête à laisser la parole au président de la République dont le portrait veillait sur la séance (photo).

Aujourd’hui, selon le site de suivi des projets ‘votés’ (on se souvient que la fresque de la place Polonceau ne l’a jamais été), le projet de placette devant l’Échomusée serait toujours au stade des « études et conception », la « réalisation des travaux » étant prévue pour mars 2019 après le « lancement des procédures » en janvier 2019.

À juste titre aussi qu’un riverain de la rue Affre regretta, dans la seule intervention qui avait été applaudie par la salle lorsque nous la quittions à 20 heures, l’absence d’arbres ou de bacs à fleurs sur le projet en effet un peu gris de la municipalité, – gris ou « timide » comme le dira Saïd Assadi, porteur du projet du futur 360 Paris Music Factory en construction sur le carrefour Myrha-Léon, carrefour qui prendrait presque une allure circulaire de ce voisinage musical : une sorte de rondpoint surélevé serait en effet aménagé pour arrondir les angles de ce célèbre lieu jadis honni des nettoyeurs de la Ville de Paris (cf. notre billet du 2 septembre 2012 et la lettre de la Direction de la Propreté et de l’Eau du 24 août 2012 à Cavé Goutte d’Or).

À l’image probablement de la pauvreté du projet qui déçoit Action Barbès, la pauvreté de la technique rendait l’exercice particulièrement méprisant pour les riverains qui avaient fait le voyage. Les micros ne fonctionnant pas ou mal ne réussirent pas à remplacer l’inacceptable défaut de documents communiqués en amont ou, au moins, durant et pour la séance de prétendue concertation.

Suivi difficile.

Quand bien même chaque intervenant sur la scène possédait un plan des projets, la salle était en effet réduite à le suivre sur l’écran, avec beaucoup de difficultés compte tenu du son entravé par les micros et du ton que prenait l’échange parfois un peu vif et très clos entre les officiels de l’estrade et ceux du premier rang. À un moment, on crut entendre des propos sur la rue Affré et la rue Cave, dont on ignore s’ils reflétaient la méconnaissance du quartier par le locuteur ou la qualité des micros qui seraient montés à contre-courant dans les aigus. C’est bien en effet des rues Cavé (aigu) et Affre (sans aigu) qu’il s’agit, et non l’inverse.

Le projet venu du public d’installer une terrasse devant le restaurant « les Trois frères » s’impose, bien sûr, et on s’en réjouit. Une terrasse arborée qui ferait pièce à la tentative de jardinage occupant actuellement l’espace public (?) devant la maison du droit, à l’instar hélas de que qui est autorisé sur les trottoirs de la rue Saint Bruno.

Jeudi 13 décembre, 18 h 30
Sauvez la date ! sauvez le quartier !

Prochaine concertation offerte par la Mairie du 18e, du moins veut-on croire cette fois-ci dans le terme de concertation, celle du jeudi 13 décembre sur la requalification du secteur Boris Vian-Arcades Goutte d’Or. À suivre d’autant plus que la Mairie de Paris et celle du 18e ont pris jusqu’ici le soin d’exclure les riverains pourtant invités à la présentation du 25 mai dernier et assurés à cette occasion d’un suivi partagé aux fins de concertation réelle. Ni Paris Goutte d’Or, ni Cavé Goutte d’Or, ni surtout la Cohérie Boris Vian, tous les trois pourtant seuls réels moteurs de la réunion tenue le 25 mai 2018 dans le bureau de la Secrétaire générale de la Ville de Paris (voir le compte rendu que nous en avons diffusé ici) n’ont été conviés au soi-disant « comité de pilotage » du projet. Laissons ici la parole au conseil citoyen, qui s’est plaint sévèrement d’avoir lui aussi, malgré sa présence citoyenne, été écarté des débats :

  • « Un comité de pilotage sur les projets de renouvellement urbain des Portes du 18ème et de la Goutte d’or a été organisé par la Mairie d’arrondissement le mercredi 19 septembre, en présence de partenaires du Contrat de ville dont le Conseil Citoyen du 18ème. Nous avons proposé aux participants de communiquer nos questions, qui par faute de temps n’ont pas pu être posées, afin de nous faire l’écho le plus fidèle de leurs réponses au lecteur de notre site. Nous comptions communiquer dessus. Les élus, services techniques et représentants de la Préfecture ont unanimement accepté d’y répondre avant les vacances de la Toussaint. À ce jour (21 novembre 2018), toujours aucun retour ».

Rendez-vous le 13 décembre 2018 en Mairie du 18e, salle des fêtes, 18h30. Cette fois-ci, le projet est diffusé à l’avance.

Publié dans Articles | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Révolution tranquille

8 décembre : Gilets jaunes et Portes d’Or

  • À la veille d’une semaine historique dans la Goutte d’Or, qui verra son gouvernement venir enfin à la rencontre de ses habitants sur les grands projets de rénovation urbaine, les artistes du quartier ouvrent leurs ateliers sur deux week-ends.
  • Entre les deux, le maire du 18e aura en effet ouvert les portes de l’École élémentaire Cavé et de la Salle des fêtes de sa Mairie pour deux séances d’information sur les points chauds de l’urbanisme meurtri du secteur en zone urbaine sensible depuis plus de trente ans.
  • En point d’orgue, le samedi 15 décembre, les arcades de la Goutte d’Or prendront un air de fête inédit sous l’égide de son association des commerçants.

Affiche Bruno Hermet et Bruno Pascal (détail). Voir l’affiche entière.

Pas moins de deux week-ends seront nécessaires à l’exposition de Noël des Portes d’Or pour encadrer les portes ouvertes par la Mairie du 18e sur l’aménagement des rues Léon et Myrha, le lundi 10 à l’École Cavé, et la requalification du secteur Boris Vian-Arcades Goutte d’Or, le jeudi 13 à la Salle de fêtes de la Place Jules Joffrin.

Cavé Goutte d’Or salue et invite à suivre les trois évènements.

À nos agendas

30 artistes en 6 lieux d’exposition
pour les Portes d’Or

Nos lecteurs avaient suivi les Portes d’Or d’été et les artistes qui avaient ouvert leurs ateliers en juin dernier (notre billet du 9 juin 2018). Dans le prolongement de sa cagnotte du patrimoine ouverte à l’occasion du vide grenier de Paris Goutte d’Or (l’association, pas le livre), SOS Paris avait accompagné l’évènement en rappelant le patrimoine artistique de la Goutte d’Or et s’était même introduit dans l’église Saint Bernard, monument historique protégé grâce à l’intervention de Cavé Goutte d’Or en 2011 qui accueillait plusieurs ateliers d’artistes et une installation monumentale de Bruno Hermet (image ci-contre/Lire sur le blog).

Le programme des deux week-ends à venir ne passe pas par l’église Saint Bernard mais six lieux d’exposition accueilleront la trentaine d’artistes du quartier qui participent aux Portes d’Or d’hiver.

Pour en savoir plus sur les artistes, les lieux, les horaires.

1 maire, 2 adjoints et 1 élue référente
pour l’aménagement des rues Myrha et Léon…

Le blog a annoncé brièvement, dans son billet du 5 décembre, que le maire du 18e arrondissement Éric Lejoindre, accompagné de Sandrine Mees, élue EELV référente du conseil de quartier Château Rouge-Goutte d’Or et de ses adjoints Gilles Ménède (consulté en vain par Cavé Goutte d’Or sur l’opération Polonceau du 20 octobre) et Jean-Philippe Daviaud, chargé de la vie associative, de l’Europe, de la démocratie locale et de la participation citoyenne, se produiraient à l’École élémentaire du 11 rue Cavé le 10 décembre prochain à partir de 18 h 30. Qu’on se le dise ! Il s’agira d’une « réunion publique de concertation portant sur l’aménagement des rues Myrha (entre Poissonniers et Stephenson) et Léon (entre Cavé et Doudeauville) ».

Comme déjà signalé avec regret, aucun projet n’est communiqué et les habitants ne peuvent donc pas se préparer à ce qui reste cependant une concertation.

…et les rues Cavé et Affre ?

L’angle des rues Cavé et Affre.

On ignore si, à l’issue de la réunion de concertation, l’équipe municipale s’invitera au « Soleil d’Oran », le café qui jouxte l’école élémentaire Cavé et occupe les quatre angles des rues Cavé et Affre au grand dam des habitants du carrefour comme l’a souligné l’association Action Barbès dans un post du 16 septembre 2018 indiquant qu’elle avait soulevé la question en hauts lieux le 11 septembre 2018. Action Barbès assistait ce jour-là, au commissariat du 19e arrondissement, à la réunion du comité de suivi de la ZSP « Barbès-Chapelle-Lariboisière » : « Côté police, étaient présents le commissaire divisionnaire Rigon, les commissaires du 10e et du 18e arrondissements et les responsables de secteur de la ZSp ; côté ville, Sarah Proust, adjointe au maire du 18e arrondissement, qui suit pas le menu les activités de la ZSP », indiquait Action Barbès sur son blog en précisant avoir :

  • « déploré que perdurent des situations pourtant connues depuis longtemps des autorités, et laissent les habitants dans la perplexité la plus totale face à ce qui peut sembler être une forme d’impunité dont semblent bénéficier certains, à l’instar de cette association cultuelle qui transforme tous les dimanches le parvis de Saint-Bernard en parking ou encore tel café rue Cavé dont la clientèle s’éparpille tout autour et occupe les trottoirs créant une gêne incontestable pour les riverains » (le blog d’Action Barbès, 16 septembre 2018).

Jusqu’ici … Tout va bien ?

L’établissement anciennement dénommé « Le tout va bien » (il est vrai que c’était à l’époque où Lionel Jospin occupait le carrefour suivant, devenu une adresse de création tout en dentelles), un « Tout va bien » brièvement dédié à une improbable entreprise de sushis, est aujourd’hui la seule salle de jeux du quartier dotée d’une terrasse ambulante à quatre angles, se prolongeant en effet sur les rues Affre et Cavé, occupant les trottoirs, les barrières, les potelets et même le perron de l’École élémentaire où le maire recevra les riverains lundi.

Au détour d’une promenade de Jacky Libaud, France inter aurait même récemment suggéré à propos de l’ex-Tout va bien : « Là-bas, y a un café qui a été ouvert en 1948 par un juif algérien, ‘Le Soleil d’Oran’, où l’après-midi, des vieux juifs et des vieux musulmans viennent jouer aux dominos. C’est ça la Goutte d’Or, un doux mélange de gens de toutes sortes, venus de partout et de toutes origines sociales » (ou quand la balade devient ballade).

On peut ajouter que « Le Soleil d’Oran » est exploité sous la tutelle du ministère des Finances par le biais de la DNID, Direction nationale d’intervention domaniale, curateur de la succession vacante propriétaire des murs. Aux dernières informations transmises par les riverains, la Préfecture aurait été informée que la DNID pouvait, au titre de curateur, devoir engager sa responsabilité et celle de l’État dans le maintien des nuisances signalées.

1 maire, 3 adjoints et un conseiller grands travaux
pour le secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or

Il faut au moins la salle des fêtes de la Mairie pour accueillir la réunion dite d’information sur le point le plus chaud du quartier en termes d’urbanisme raté, – et raté avec application puisque soutenu au nom de la « mise au rencart de l’esthétique » et du « renoncement tout effort architectural », comme l’avait posé en 1993 Michel Neyreneuf, passé hélas de la protection militante du quartier à son urbanisation institutionnelle.

L’échec est tel que de « Requalification de la rue Boris Vian et revitalisation commerciale de la rue de la Goutte d’Or », le projet est devenu « Transformation du quartier », le quartier lui-même devenant « Goutte d’Or Sud-Polonceau », soit très précisément l’ensemble de constructions que la caméra de Sami Sarkis saisit en arrière-plan des propos également très saisis du futur adjoint à l’Urbanisme sur l’extrait du film « Pour tout l’or d’une goutte » (1993).

Pour tout l’or d’une goutte (extrait du film de Sami Sarkis). Les escaliers Boris Vian en arrière plan..

En prélude à la réunion du 13 décembre 2018, qui semble être plus d’information que de concertation (le mot paraît réservé à l’aménagement du square Léon et à la « Maison des projets » fléchée sur l’invitation), on observe que le calendrier des opérations se déplace à nouveau sur la fin 2019 plutôt que la fin 2018 et que n’est pas vraiment assuré le premier coup de pioche espéré par la Cohérie Boris Vian pour le centenaire, en mars 2020, de la naissance de l’écrivain et musicien dont la rue est au cœur du dispositif, cohérie qui elle-même est, avec Cavé Goutte d’Or, au cœur de l’intervention municipale et étatique actuelle.

Les coulisses du Grand projet

Sans entrer plus avant dans le projet qui sera présenté le 13 décembre en Mairie et débriefé entre le 15 sous les arcades et le 19 à l’occasion de la dernière Saint Urbain de Cavé Goutte d’Or, on retient d’ores et déjà :

Nicole Bertolt (Cohérie Boris Vian) et Rachid Arar (La Table ouverte) devant la prochaine ré-ouverture du passage entre le square Léon et la rue Boris Vian (30 novembre 2012).

La réouverture de l’accès du square Léon sur les rues Saint-Luc, Polonceau et Boris Vian : excellente nouvelle qui ouvre la perspective de celle que nous pourrons avoir sur l’église Saint Bernard, monument historique récemment mis à mal par la construction de l’école qui lui avait pourtant donné son nom.
– L’abandon du projet de fresque à 22.500 € : non moins bonne nouvelle pour ce projet dont Cavé Goutte d’Or avait révélé l’existence, puis l’illégalité, enfin l’irrégularité et l’amorce d’abandon. Il serait passé du statut de « reprogrammé » au statut de remplacé. Sans le dire, la municipalité mange son chapeau (et fait économiser 22.500 € qu’on espère voir transférés fissa aux associations du quartier). Selon le compte rendu de la réunion de Paris Goutte d’Or du 27 octobre 2018, la première adjointe au maire du 18e, par ailleurs chargée de la Culture et du Patrimoine, avait assuré Patrick Gosset que « le projet est tout-à-fait légitime car il a été voté en l’état au Budget participatif par près de 700 personnes ». « Il va être difficile de le modifier », avait même indiqué Carine Rolland au président de Paris Goutte d’Or qui, le 16 septembre, avait lancé le contre-projet de mur d’informations associatives et culturelles.
« Encore raté ! » aura pensé Carine Rolland. Sans consulter la première adjointe, le programme du 13 décembre annonce en effet qu’en lieu et place de ce projet « tout-à-fait légitime », « une fresque sera réalisée par les habitants du quartier ». Exit donc la fresque légitime prétendument votée. Mais quelle autre fresque ? Réalisée par quels habitants ? On remplacerait ainsi une décision non votée au budget participatif par une décision du prince de la rue, encore moins votée ? On appelle les gilets pour dé-corseter tout ça ?
– La couverture du TEP : Le blog donnera prochainement, sur ce point, la parole à la Goutte verte qui a diffusé récemment une contreproposition digne d’attention.
– L’édicule en bout de paquebot sur la place Polonceau n’est plus estampillé « Bistot ? » comme il l’était dans le projet de septembre dernier, mais simplement « nouvelle construction ». À suivre avec vigilance par les pionniers du Café Polonceau.

Last but not least, le programme du 13 décembre annonce « l’accompagnement de l’association des commerçants dans son projet d’animation commerciale pour les fêtes de fin d’années ». Selon la jeune association qui s’est fait connaître lors de la cérémonie de remise des pétitions, le 27 mars sur la place Polonceau (lire ici pour mémoire), c’est une belle réussite qui doit se traduire par l’animation de la rue de la Goutte d’Or, notamment dans son tronçon arcades le samedi 15 décembre prochain. Le programme détaillé suit.

Publié dans Articles | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Fake news

M18 en (nouveau) flag’ d’infox

  • Pour la deuxième fois en deux numéros, le journal municipal M18 trompe ses lecteurs : alors qu’il annonçait faussement dans son n° 22 (septembre-octobre 2018) que la fresque aujourd’hui reprogrammée de la place Polonceau avait été votée au budget participatif 2016, il relate faussement dans son n° 23 (novembre-décembre 2018) une opération de nettoyage qui aurait eu lieu « le 20 octobre 2018 autour de la rue Polonceau ».

Gilles Ménède (à gauche), adjoint au maire du 18e chargé de la Propreté, sur un cliché paru dans M18 (n° 23, novembre-décembre 2018, page 17). Agrandir l’image.

Nos lecteurs se souviennent que l’opération du 20 octobre 2018 sur la place Polonceau avait fait Pschitt ! ou, comme le propose plus prosaïquement  le « Copil » de l’opération Goutte d’Or Sud en évoquant la fresque à 22.500 € qui devait ‘orner’ un mur de la même place, qu’elle avait, elle aussi, dû être « reprogrammée ».

Annoncé avec emphase, le « grand nettoyage participatif » qui devait avoir lieu « le samedi 20 octobre dès 9 h 30 à la Goutte d’Or, sur la placette Polonceau » avait en effet été interrompu avant qu’il ne commence vraiment : loin de la jolie photo censée l’illustrer sur M18, la seule photographie connue de l’évènement montre un barnum très provisoire puisqu’à 9 h 30, ne restait plus sur les lieux, selon le récit qu’on a pu avoir de la débandade, que Gilles Ménède, adjoint au maire du 18e arrondissement chargé de la Propreté, de la Voirie et des Déplacements en discussion avec un jeune homme (lire notre tentative de reportage du 26 octobre 2018).

Nettoyage par le vide
(d’info)

Le mystère reste complet sur les raisons du repli et on s’étonne d’autant plus de la couverture trompeuse que prétend donner le journal municipal à cette opération ratée. On en saura peut-être davantage lorsque le maire, dont nos amis de l’Union des commerçants de la Chapelle-Goutte d’Or annonce qu’il va à la rencontre des commerçants de La Chapelle ce mercredi 5 décembre 2018 dans l’après-midi, passera rue Polonceau, où l’AUCCG envisage de l’inviter prochainement. Suivre l’AUCCG qui suivra la visite.

Bis repetita placette

Pour ce qui est de la précédente infox de M18 déjà signalée sur le blog (voir ci-dessous), Cavé Goutte d’Or confirme que le récit mis en place par les Mairies de Paris et du 18e arrondissement concernant la fresque à 22.500 € qu’elles souhaitent imposer à la place Polonceau en prétendant pouvoir lier ce projet au budget participatif 2016 est un récit fabriqué pour les besoins de la cause. Selon l’association, cette fausse présentation, reprise les yeux fermés par la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris dans sa Déclaration préalable de travaux du 14 juin 2018, entache d’irrégularité l’autorisation administrative donnée le 8 août 2018, – une autorisation d’ailleurs toujours pas affichée (voir nos billets : « Fiction juridique » et « Stop ou encore »).

Vers une rencontre
avec Gilles Ménède ?

Au moment où nous postons ce billet, nous apprenons que Gilles Ménède, consulté en vain par Cavé Goutte d’Or sur l’opération Polonceau du 20 octobre, sera à l’École élémentaire du 11 rue Cavé le 10 décembre prochain à partir de 18 h 30 pour une réunion dont il partage l’affiche avec Éric Lejoindre et Sandrine Mees, respectivement maire du 18e arrondissement et élue EELV référente du conseil de quartier Château Rouge – Goutte d’Or. L’objet de la réunion serait la présentation du projet d’aménagement des rues Myrha et Léon. Il s’agit d’une « réunion publique de concertation portant sur l’aménagement des rues Myrha (entre Poissonniers et Stephenson) et Léon (entre Cavé et Doudeauville) », précise la municipalité. Aucun projet n’est communiqué et les habitants ne peuvent donc guère se préparer en amont aux questions qu’ils seront invités à poser : « Les équipes de la Direction de la Voirie et des Déplacements seront présentes pour vous présenter le projet d’aménagement et répondre à vos questions », est-il en effet ajouté.

*

L’information concertante se bouscule en cette fin d’année. Une réunion serait même programmée le 13 décembre sur l’aménagement du secteur Boris Vian/arcades Goutte d’Or. Nous vérifions l’information et y revenons dans les jours qui viennent.

  • Évènements du 5 au 18 décembre Formation-action sur le PLU autour de France Nature Environnement-Paris / Paris s’engage / Alexandre Frondizi et les origines de la Goutte d’Or / Elena Perlino signe son Paris Goutte d’Or à La Régulière / Luc Dognin et Akira Kugimachi en vernissage à la Galerie Pierre-Yves Caër /  Morjane Tenere en concert au Chien de la Lune / les projets d’aménagement des rues Myrha et Léon à l’École élémentaire du 11 rue Cavé / l’information « sur le quartier de la Goutte d’Or » (secteur Boris Vian/arcades Gouttes d’Or ?) à la salle des fêtes de la Mairie du 18e / le Noël des commerçants organisé par l’AUCCG / … Lire en page Défense du quartier.
  • et le 19 ?
Publié dans Articles | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Embargo

Lafarge contournerait-il l’embargo syrien sur les Champs ?

  • Les reportages en boucle des chaînes bouclées offrent ce midi la vision de touristes « pas rassurés » par les cimetières les cimentières de Lafarge qui tournent à plein régime derrière les caméras.
  • La Goutte d’Or se souvient que, sur ses terres, les cimetières les cimentières sont roses pour faire joli.
  • Ce qu’auraient vu avant tout le monde les docteurs de la Geographical Review qui comparaient la Goutte d’Or et les Champs Élysées avant qu’Anne Hidalgo ne déclare que « Paris, c’est le 16e et la Goutte d’Or ».

BFM Paris, Capture d’écran, 30 novembre 2018, 14:02 (photo CGO).

On lit dans la postface du livre de photos Paris Goutte d’Or (cf. « Ces clichés qui nous regardent ») une appréciation universitaire sur la différence entre les Champs Élysées et « le quartier aux 30 ethnies », comme le présente l’éditeur Loco des clichés d’Elena Perlino :

  • « Pour nombre de Français et de touristes en France, une avenue comme les Champs-Élysées symbolise de façon iconique l’identité française. Mais ce type de lieux ne parle pas vraiment aux immigrés vivant en France. Pour eux, ce sont les quartiers comme la Goutte d’Or qui représentent leur Paris, celui qui attire les visiteurs du monde entier » (page 190).

La preuve : à la Goutte d’Or (ici sur l’angle des rues Cavé et Stephenson où l’urbaniste Bruno Fortier et le promoteur immobilier Sefri-Cime Promotion dénaturent le quartier avec la complicité de la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris, soutenue hélas par le Tribunal administratif), les cimentières sont coloriées en rose et le font savoir.

Angle des rues Cavé et Stephenson, 18 mai 2017 (photo CGO).

Publié dans Articles | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Vade mecum

Itinérance culturelle en Goutte d’Or

  • Des clichés du livre Paris Goutte d’Or à la magnifique exposition « Les maîtres de l’imaginaire » chez Les Libraires associés en passant par le Beaujolais nouveau jazzy du Chien de la Lune, l’accrochage de « Chantiers » aux 26 Chaises, le concert de Malcom McCallum au 34, et bientôt la libération du François Morellet de l’ICI-Léon et une nouvelle projection du film « Les Ambassadeurs », libre de la tentative de récupération à laquelle se sont livrés les mouvements ZSP-18 et Paris-Luttes-info…
  • Riche programme.

André François, dessin rescapé de l’incendie de l’atelier de l’artiste (Les Maîtres de l’Imaginaire, Les Libraires associés, Exposition ouverte jusqu’au 19 janvier 2019).

On connait tous la semaine des quatre jeudis. En novembre, la semaine du 3ème jeudi est depuis 33 ans celle du Beaujolais nouveau qui, par décret du 29 octobre 1985 relatif à la commercialisation des vins à appellation d’origine, ne peut être consommé – expédié dit le décret ! – qu’« à partir du troisième jeudi du mois de novembre », qui cette année tombait le 15. Le jeudi 15 novembre donc, le chemin était balisé qui conduirait le correspondant du blog de la Salle Barbara aux Libraires associés en passant par Le Chien de la Lune. Et quel chemin !

Paris Goutte d’Or en clichés

Notre blogueur en reportage sur le livre Paris Goutte d’Or lors de son lancement au Centre Barbara le 15 novembre dernier avait rendez-vous sur place avec trois figures de la vie sociale du quartier, membres historiques de l’association Paris Goutte d’Or (étrangère au livre homonyme) et de La Table ouverte.

Lancement de « Paris Goutte d’Or, le livre », Salle Barbara, 15 novembre 2018 (photo CGO).

Devant la projection en boucle des photographies sur grand écran, il leur apparut que le livre cédait particulièrement aux clichés sur le caractère ‘exotique’ du quartier. Un double défaut de représentation sautait aux yeux : les habitants du quartier réunis autour du verre de lancement n’étaient pas représentés dans les clichés du livre et, inversement, les habitants représentés sur les clichés de « Paris Goutte d’Or, le livre » n’étaient pas représentés dans la salle, où se pressait une population très uniforme et monoculture (Lire notre recension en page HUMEUR du blog).

Quittant l’aréopage censé présenter sinon représenter « le brassage multiethnique où, sur quelques rues, se côtoient plus de trente ethnies différentes, musulmanes et non-musulmanes » (comme le dit la publicité unanime de l’ouvrage), et s’interrogeant sur ce qu’il convenait d’entendre par « ethnies musulmanes et non musulmanes », nos compères s’en allèrent d’un pas fraternels explorer les maîtres de l’imaginaire rassemblés chez Les Libraires associés.

Les Maîtres de l’Imaginaire en originaux

Superbe exposition en sous-sol du magnifique espace des Libraires associés, rue Pierre L’Ermite, exposition saluée notamment sur le blog Lu Cie & Co auquel nous cédons ici la plume : « Quel bonheur d’avoir enfin pu découvrir ‘en vrai’ les originaux réunis par Etienne Delessert et la fondation suisse Les Maîtres de l’imaginaire! Ils avaient été présentés pour la première fois à Strasbourg en mars dernier. Les voilà à Paris pour deux mois dans l’exquise cave voûtée des Libraires associés, du côté de Barbès (3 rue Pierre l’Ermite, 75018) ». « Du côté de Barbès », comme quoi la richesse du quartier est avérée ! « En tout, ce sont quatre-vingts œuvres originales dues à trente grands illustrateurs qui attendent le visiteur, aux cimaises et dans des vitrines, complétées de notices et, chaque fois que possible, des albums où elles apparaissent, disponibles en librairie ou pépites introuvables. Quelles merveilles! Cette juxtaposition d’illustrations exceptionnelles et un accrochage judicieux permettent de s’en mettre plein les mirettes, d’approcher le nez de ces fabuleux originaux, de découvrir de près le travail de ces immenses artistes. Les reproductions, c’est bien, les originaux, c’est mieux! »

Les mirettes, donc, pleines de cet imaginaire maître, les visiteurs pouvaient ensuite satisfaire leurs papilles en dégustant deux grands vins du Valais offerts par l’attachée culturelle de l’Ambassade de Suisse. L’exposition inaugurale s’était tenue à Strasbourg et, après la Goutte d’Or, elle se déplacera à Bologne avant de rejoindre la Haute École Pédagogique du canton de Vaud (HEP/Vaud). Le quartier monde tient son rang.

« Just Enough is Plenty », illustration de Seymour Chwast pour un conte de Hanukha de Barbara Diamond Goldin (photo CGO, 15 novembre 2018).

Le Chien de la Lune en musique

Jérôme Etcheberry, Félix Hunot et Raphaël Dever au Chien de la Lune, 15 novembre 2018 (photo CGO).

Après la Dôle valaisanne des Libraires associés (bis), le Beaujolais nouveau accompagnerait les tapas du Chien de la Lune qui, pour ce 3ème jeudi de novembre, avait invité Jérôme Etcheberry, connu pour être à la fois « l’un des meilleurs de l’univers du jazz Mainstream et aussi un gars du quartier », rappelaient les hôtes de la soirée.

Le gars du quartier se produisait en trio ce soir-là avec Félix Hunot à la guitare et Raphaël Dever à la contrebasse. À l’excellente table déjà saluée sur le blog, s’ajoutent désormais les excellentes tapas du Chien de la Lune, qui permettent de boire un verre au bar avec vue sur la place Polonceau, chère à Cavé Goutte d’Or, – un must.

Autre musicien et gars du quartier s’il en est, Malcolm McCallum était en New Falk Blues Live ce dernier samedi et, s’il ne put saluer McCallum en live au 34, notre blogueur itinérant eut les meilleurs échos de son concert.

Reprenant la route de ses vernissages, le correspondant de Cavé Goutte d’Or fut conduit sur le bel accrochage de photos de Véronique Lalot aux 26 Chaises (49 rue Polonceau). Sous le titre CHANTIERS tout en majuscules, l’artiste offre à voir une sélection de photos de la transformation de l’American Center construit par Frank Gehry à Bercy en Cinémathèque française, – un chantier majeur qu’elle suivit de 2003 à 2005 (exposition ouverte sur rendez-vous).

La cinémathèque en chantiers

 « Cette série d’images nous ramènerait […] à la frontière entre béton et cinéma », écrit l’historien de l’architecture Gwenaël Delhumeau. « Elles pourraient constituer le support d’une rencontre structurelle entre ces deux univers, traçant le cadre d’un espace qui donne à voir le temps. La photographe Véronique Lalot était en effet chargée de couvrir, dans l’espace et le temps, l’évolution d’un formidable chantier où le bâtiment de l’American Center, livré en 1993 par l’architecte californien Frank Gehry, se transformait en Cinémathèque française. Reconversion délicate et restructuration lourde, ce projet de réhabilitation était emmené par les architectes de l’Atelier de l’île […]. L’intervention est singulière, il s’agit en effet d’un bâtiment récent, véritable patrimoine de l’architecture contemporaine. Elle est aussi un défi tant la complexité de cet ouvrage conçu tout en béton y est poussée. […] ».

Vernissage de l’exposition CHANTIERS de Véronique Lalot, Les 26 Chaises, 16 novembre 2018.

Les parqueteurs lunaires de Véronique Lalot (ou raboteurs de parquets des temps modernes).

Le camouflé de l’ICI

Entrainé par la richesse culturelle de cette mi-novembre, notre blogueur ne pouvait résister à un passage à l’ICI-Léon, établissement culturel de la Ville de Paris où, naguère, Danièle Atala lui fit découvrir une œuvre de François Morellet (1926-2016), plasticien mondialement reconnu, souvent salué par la Ville de Paris et dont le site de l’ICI lui-même écrivait qu’il était le « principal représentant de l’abstraction géométrique aujourd’hui ».

Le François Morellet de l’ICI-Léon (photo CGO, 2013).

L’œuvre qui est actuellement conservée (?) derrière une palissade est qualifiée d’« installation inédite » dans les archives de l’Institut des cultures d’islam, archives qui signalent que le travail de François Morellet « s’inspire notamment de l’Alhambra »,-  « (monument espagnol majeur de l’architecture islamique) », précisait entre parenthèses la présentation de l’exposition « Islam(s) d’Europe » sur le site de l’ICI (septembre 2010).

Ainsi donc, la Ville de Paris cacherait au public d’un de ses établissements culturels dans la Goutte d’Or l’œuvre d’un plasticien qui fut exposé majestueusement sur les façades du Louvre Saint Honoré de 2013 à 2016, comme le blog l’avait déjà signalé en 2013 (notre billet du 28 novembre 2013). Sans même passer par l’étymologie qui n’y serait apparemment pour rien, le camouflage du François Morellet de l’ICI finit par devenir un camouflet pour la mémoire de l’artiste, pour la Ville et sa DAC, pour les habitants du quartier auxquels on signale volontiers (et à juste titre) la présence de la fresque monumentale de Tarek Benaoum dans les lieux mais pas l’installation plus discrète de François Morellet.

Certes, diront peut-être les services culturels de la Ville, l’ICI-Léon est un édifice précaire appelé à être très prochainement démoli et reconstruit. Que deviendra alors l’œuvre qu’il cache en ses murs (sur ses murs) ? La Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris est invitée par Cavé Goutte d’Or à se pencher sur la restitution du Morellet de l’ICI, – restitution au sens de remise au jour, remise à la vue des habitants de la Goutte d’Or. On devine déjà le projet d’Extramuros de transférer le Morellet de l’ICI sur la place Polonceau et de l’exposer derrière une vitre blindée en remplacement de l’improbable fresque de Quai-36 au statut toujours « reprogrammé » sur cet espace protégé (notre billet du 26 octobre 2018).

« Les Ambassadeurs » en ambassadeurs libres

Sur le mur du restaurant de la Goutte d’Or le 24 novembre 2018 (photo CGO). La Ville aurait pourtant demandé l’enlèvement de ces affiches dès le 17 octobre, à la veille de la projection du film à la Salle Saint Bruno (voir notre billet du 18 octobre 2018).

Last but not least de cette 3ème semaine de novembre devenue quinzaine, Cavé Goutte d’Or apprend avec plaisir que le film « Les Ambassadeurs » de Naceur Ktari, qui s’était littéralement fait hacker par Paris Luttes Info et la Zone de Solidarité Populaire du 18ème, pourrait être l’objet d’une nouvelle projection.

Suite à notre billet du 18 octobre 2018 relatant la mésaventure du quartier qui se réveillait au son d’un crime raciste qu’on aurait cru commis la veille, plusieurs voix se sont élevées contre cette récupération tapageuse et ont demandé une projection libre. Entrainant contre son gré l’association « Les Enfants de la Goutte d’Or » à la veille de son quarantième anniversaire, Paris Luttes Info et la Zone de Solidarité Populaire du 18ème (qui avait déjà piqué l’acronyme ZSP de la première Zone de Sécurité Prioritaire installée par Manuel Valls en août 2012 devant l’Olympic) voulaient eux aussi, à l’instar de Loco et comme pour fermer la boucle, voir « Paris Goutte d’Or » (version livre) à leurs portes, la Goutte d’Or à leurs bourses, et faire de la Goutte d’Or (comme le font ses démolisseurs / bâtisseurs  depuis près de 40 ans) leurs fonds de commerces pluriels.

L’idée d’une nouvelle projection, libre de la publicité faite à celle du 18 octobre, se développe depuis. L’occasion rêvée pour nos excellents confrères de Goutte d’Or et vous, journal officiel de la vie associative officielle de la Goutte d’Or, qui avaient confondu le film « Les Ambassadeurs » et le célèbre tableau éponyme de Hans Holbein le Jeune sans que personne ne le signale (toute confusion est bonne à prendre) ni ne le corrige (voir ici pour mémoire). Côté « Paris Goutte d’Or », on apprend que l’association qui porte ce nom depuis le début des années 1980 a décidé de l’enregistrer. Histoire de n’avoir pas à préciser, comme dans les génériques de film, que « toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite », – avertissement qui fait hélas défaut au livre Paris Goutte d’Or (Lire en page HUMEUR du blog : « Ces clichés qui nous regardent »).

Rue de la Goutte d’Or (24 novembre 2018). Ces clichés qui nous regardent.

  • Au moment où nous postons ce billet est diffusée sur France culture une émission sur l’histoire de la Goutte d’Or, présentée par Alexandre Frondizi qui s’entretient avec Emmanuel Laurentin (La Fabrique de l’histoire) de sa thèse intitulée « Paris au‑delà de Paris : urbanisation et révolution dans l’outre‑octroi populaire, 1789‑1860 » (Lien de l’émission). Nous y reviendrons dans un prochain billet.
Publié dans Articles, Défense du quartier | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Nomos

La Vie Dejean ouvre la voix des quartiers en Politique de la ville

  • Après le Tribunal administratif le 24 mai 2016 et la Cour administrative d’appel le 18 avril 2017, le Conseil d’État donne à nouveau raison, ce 9 novembre 2018, à l’association La Vie Dejean qui lutte depuis cinq ans contre les carences de la Ville et de l’État dans leur mission de sécurité et de tranquillité publiques.
  • C’est donc bien « la voix des quartiers » qui est ouverte par La Vie Dejean, la voie du droit l’ayant été depuis l’origine de ce procès exemplaire du bon usage de la loi et révélateur du mépris de la Ville et de l’État pour leurs « zones urbaines sensibles ».
  • À 15 jours du délai de pourvoi contre le jugement accordant à la Mairie de Paris, à Sefri-Cime Promotion et à l’urbaniste Bruno Fortier un blanc-seing pour l’une des dernières agressions en date du quartier, Cavé Goutte d’Or salue d’autant plus le travail de La Vie Dejean qu’elle tente elle-même de faire valoir la rupture caractérisée du principe constitutionnel d’égalité devant la loi dans le mal-traitement infligé à la Goutte d’Or par l’Urbanisme parisien.

À l’audience du 13 septembre 2018 devant le tribunal administratif de Paris, Monsieur de Souza Dias, rapporteur public dans le procès que Cavé Goutte d’Or y menait alors contre la Mairie de Paris et le constructeur Sefri-Cime Promotion, s’est presque étranglé à l’idée que l’association puisse évoquer à l’encontre du permis de construire un moyen tiré de la rupture d’égalité devant la loi et les charges publiques. L’association, qui a recouru jusqu’ici contre une dizaine de décisions d’urbanisme bâclées et partisanes, assorties d’avis d’ABF fantaisistes quand ce n’est simplement invalidés par le tribunal (lire ici pour mémoire) ou retoqués dans l’attente de permis modificatifs (lire ici pour mémoire), évoquait en effet, entre autres nombreux moyens, l’inégalité de traitement et d’attention dont la Goutte d’Or était la victime.

Quand bien même Cavé Goutte d’Or a toujours évoqué à l’appui de ce moyen la théologie misérabiliste de la Mairie du 18e qui, sous l’égide du militant associatif Michel Neyreneuf devenu son adjoint à l’Urbanisme, a mis en place l’idée d’un type d’immeuble correspondant au « type de population » du quartier et instauré le « renoncement à un effort architectural important » au nom des plafonds financiers appliqués aux logements sociaux, les tribunaux ont toujours écarté le moyen tiré du principe constitutionnel de l’égalité devant la loi et les charges publiques. Dans le recours contre le projet de Bruno Fortier, fleuron d’une architecturale sociale sur-densifiée construit à l’arrache par Sefri-Cime Promotion sur l’angle des rues Cavé et Stephenson, le tribunal administratif a même prétendu pouvoir retenir que l’association se serait « bornée à soutenir » que l’instruction des demandes de permis de construire dans le 18e arrondissement était constitutive de cette rupture d’égalité sans l’établir (considérant 28, page 11 du jugement du 27 septembre 2018).

Or, l’association se référait notamment à la jurisprudence La Vie Dejean, aujourd’hui confirmée par le Conseil d’État. Sans doute le contexte était-il différent et les droits applicables également – code général des collectivités territoriales pour l’un, code de l’urbanisme pour l’autre – mais rien, dans la comparaison proposée par Cavé Goutte d’Or avec le cas bien connu ici de La Vie Dejean et la production devant le TA de pièces comme l’article du 18e du mois faisant état de quartiers maltraités ou la pétition d’habitants qui a mobilisé la Ville et la Préfecture de Paris autour du désastre des permis de construire accordés à l’opération Goutte d’Or sud, ne justifiait que soit écarté à la légère un moyen dûment évoqué et assorti de pièces solides, fussent-elles inhabituelles.

L’ironie du rapporteur public confinera à l’ire tout court lorsqu’il devra proposer au tribunal administratif de n’apporter aucune considération aux moyens de Cavé Goutte d’Or tirés de l’échec de l’opération de réhabilitation du quartier dans les années 1980 (pourtant dû déjà à des permis de construire mal instruits) ou de la discrimination dénoncée de toutes parts, comme l’établissait la une du 18e du mois de mai 2018 produite par l’association, en parfaite conscience du caractère à la fois judicieux et inopérant de cette production :

La Une du 18e du mois de mai 2018.

De fait, le considérant du tribunal prétextant que Cavé Goutte d’Or se serait « bornée à soutenir » l’inégalité devant la loi sans l’établir (vs a tenté sans succès de l’établir) est lui-même inopérant et s’autodétruit à la lecture approfondie du jugement qui, dans un autre attendu de même défausse, affirme que « si la requérante soutient que la parcelle du terrain développe plus de 30 mètres de linéaire sur la rue Cavé, les plans versés au dossier ne l’établissent pas » (considérant 17, page 8 du jugement du 27 septembre 2018), alors qu’au contraire, les plans établissent ce fait au-delà de tout doute (voir illustration ci-dessous).

Sous la pastille bleue ajoutée par nos soins, on lit que, contrairement aux allégations du Tribunal administratif, les plans versés au dossier établissent parfaitement ce que Cavé Goutte d’Or soutient : « La parcelle du terrain développe plus de 30 m de linéaire sur la rue Cavé ». Agrandir l’image.

Vers une remise en cause profonde
de la gestion du 18e Est

Le rapporteur public du dossier Sefri-Cime Promotion n’habite sans doute pas la Goutte d’Or, à la différence du rapporteur public du dossier de La Vie Dejean qui, devant la Cour administrative d’appel, avait indiqué sans réserve qu’il « habitait dans le 18e arrondissement » et ne pouvait « que confirmer les affirmations de l’association ». 

Cette seule circonstance – habiter le 18e et le dire, dire en conséquence qu’il ne pouvait que confirmer la situation dénoncée par La Vie Dejean – devait d’ailleurs susciter, chez le préfet de police, la tentative de faire déclarer l’arrêt de la cour irrégulier, tentative balayée en quelques lignes par le Conseil d’État dans son arrêt du 9 novembre :

  • « Considérant que la seule circonstance que, dans les conclusions qu’il a prononcées devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public a indiqué avoir personnellement constaté la situation dégradée du secteur piétonnier concerné par le litige et a critiqué cette situation en termes sévères n’implique pas, contrairement à ce que soutient le préfet de police, que l’arrêt attaqué ait été rendu dans des conditions irrégulières ».

L’affirmation de la réalité n’est donc pas punie. Transposée aux décisions d’urbanisme querellées devant la justice administrative, la réalité veut d’ailleurs que la maire de Paris elle-même, même si elle n’habite la Goutte d’Or, connait parfaitement le désastre des opérations de réhabilitation du quartier. Elle qui avait déjà poussé Daniel Vaillant à la sortie en 2014, assassina en effet les équipes municipales qui ont saccagé la Goutte d’Or  en dénonçant récemment auprès du premier ministre Édouard Philippe « la dégradation de l’environnement urbain dans la Goutte d’Or » entre 1988 et 2008 :

  • En datant de 1988 à 2008 « la dégradation de l’environnement urbain » qu’elle dénonce dans une lettre d’avril 2018 à Édouard Philippe, Anne Hidalgo désigne clairement Lionel Jospin, Alain Juppé, Daniel Vaillant, Michel Neyreneuf, Bertrand Delanoë et elle-même en sa qualité de première adjointe de 2001 à 2014 comme responsables de la rénovation dégradante du célèbre quartier du 18e arrondissement de Paris (lire notre billet du 3 septembre 2018).

Sur ses comptes tweeter et facebook, la Vie Dejean évoque à raison sa victoire contre « la carence fautive sans la gestion du quartier » et se dit « heureuse car ce jugement donne une arme juridique à tous ceux qui souffrent des inégalités de traitement des territoires ».

Lors des premiers jugements en faveur de la Vie Dejean, les services municipaux et préfectoraux avaient pris ombrage de décisions mettant en avant la notion de carence et on peut les suivre dans une défense qui fait remonter aux élus les carences premières qui sont principalement, selon nous, d’ordre socio-politique. Au moment où, à la Chapelle, Marx-Dormoy, Polonceau, Château Rouge, les riverains se battent pour une reconnaissance de leurs droits à l’égalité de traitement, la décision du Conseil d’État se lit en effet comme une cinglante remise en cause de la gestion municipale du quartier depuis 1980, droite et gauche ainsi confondues, – sinon en excuses, assurément en médiocrité et négligence. Et ce ne sont pas les projets prétendument ‘citoyens’ consistant à « colorier les trottoirs de la Goutte d’Or » ou à « ré-enchanter la place Polonceau » qui permettront de ré-enraciner le nomos dans la terre du quartier.

Restitution

Ce que La Vie Dejean met en lumière avec efficacité depuis cinq ans est la mission de la Ville et de l’État, telle qu’elle ressort du code des collectivités territoriales, notamment de ses articles L.2212-2 et L.2512-13 (voir le jugement de première instance du 24 mai 2016). Les experts ont pu voir dans cette entreprise l’ébauche d’une « justice spatiale » :

« Pour tout bon connaisseur du terrain et de la géographie sociale française, le concept de ‘justice spatiale’, débarrassé de son carcan marxisant universitaire, paraît mieux adapté que celui de ‘mixité sociale’ pour orienter les politiques publiques », poursuivait Laurent Chalard :

  • « Il ne cherche pas à modifier le peuplement d’un territoire pour lui faire acquérir un idéal de profil social moyen, politique dont la mise en place généralisée s’avère illusoire, mais uniquement à s’assurer que la qualité des services publics (sécurité, enseignement, santé…) soit la même quels que soient le niveau de richesse et l’origine ethnique des habitants du quartier en question, dans l’optique de permettre à chaque individu d’une agglomération importante de disposer d’un minimum d’égalité des chances », précisait-il.

À la « demande de justice spatiale » identifiée par le géographe, nous ajouterons la tentative des habitants de se réapproprier la loi et la pratique du droit. Si le projet peut paraître fastidieux, il est souhaitable en effet que les habitants s’approprient ce type d’action pour lutter contre le misérabilisme qui guide encore une grande partie des interventions prétendument ‘sociales’ des élus des quartiers en Politique de la ville et des associations instituées à leurs côtés.

S’approprier le droit pour mieux en bien user implique de se débarrasser du sentiment d’impuissance face à la loi (ou pire : de désintérêt face à son [in]application). C’est le mieux qu’on puisse souhaiter à ce que la Ville appelle « les quartiers » et, à lire les premiers commentaires de soutien au récent succès de La Vie Dejean, il semble que ce souhait est raisonnable.

Publié dans Articles | Tagué , , , , | Laisser un commentaire