Mésusages

Un « vœu de l’exécutif » court-circuite la délibération du Conseil de Paris relative au projet de requalification de l’îlot Polonceau

  • En réalité, le « vœu de l’exécutif » proposé en catastrophe lundi matin semble vouloir sauver la délibération 2019 DU 245 en prévenant le risque d’un vote contre par l’opposition et les alliés Verts de la majorité qui estimeraient que les réserves du commissaire enquêteur ne peuvent être levées en l’état, contrairement à ce que voudrait leur faire voter l’exécutif.
  • C’est donc bien la délibération que le vœu tente de paralyser en empêchant les élus de constater que ce qu’on leur demande d’entériner n’est pas réalisé.
  • Toujours avec un coup d’avance, ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or avaient déposé durant le week-end une note sur l’impossibilité de voter régulièrement, avec ou sans vœux édulcorant, la délibération litigieuse.
  • Le blog publie cette note très synthétique de deux feuillets qui mérite la lecture des élus comme des habitants et commerçants du quartier, d’autant que « le vœu de l’exécutif » met à contribution « les associations locales » et autres « collectifs associatifs ».

De tout cela, il ne sera pas question ou pas seulement ce jeudi 12 décembre à La Manufacture (photo CGO), lors de la première réunion publique de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, dont l’objectif est la mise en mouvement de la construction commune d’une vision d’avenir du quartier avec et par ses habitants. 

Le vœu déposé lundi matin insiste sur la concertation à poursuivre et semble même accueillir les notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or comme un projet à étudier, considérant en effet « l’étude des deux projet dits ‘alternatifs’ adressés à la direction de l’Urbanisme par (L’Atelier urbain) et par l’agence d’architectes Atelier 26 », mais il ne prend pas en compte le fait que la délibération arrive trop tôt et ne respecte pas le délai de fin février 2020 fixé par le Commissaire enquêteur pour la concertation à poursuivre.

Le texte du vœu de l’exécutif regorge de références aux habitants et associations locales et on sait que la Mairie du 18e prétend qu’elle peut s’appuyer sur un soutien massif pour imposer le projet officiel et la levée des réserves qui, pour l’instant, ne peut être sérieusement constatée.

Pour jouer la carte du soutien massif des associations locales, la Mairie du 18e se fonde notamment sur un document sans valeur probante qui restitue une enquête parallèle menée en marge des comités de suivi officiels et reposant sur un double morcellement : le morcellement du projet architectural et le morcellement du tissu associatif. Les deux morcellements paraissent pourtant vains :

  • En dépit de la mise en garde expresse du commissaire enquêteur qui souligne que, « sous peine de reproduire les erreurs du passé, il est inutile d’agir dans la précipitation », la Mairie du 18e évoque en effet un « calendrier contraint » et tente de faire adopter le projet par morceaux, privant le quartier d’une analyse sérieuse et vraiment réparatrice de la précédente opération. Or, aucune contrainte réelle ne justifie cette précipitation, notamment aucune condition financière dès lors que le morcellement du projet en augmente le coût, la contribution NPNRU (1,75 M€ sur 12,53 M€) n’étant pour sa part pas liée à l’acceptation du projet actuel.
  • La méthode de concertation parallèle choisie, consistant à consulter chaque association individuellement sur chaque morceau du projet séparément revient, pour sa part, à jouer les associations les unes contre les autres, voire à jouer les associations contre les habitants, prenant le risque de fragiliser le tissu associatif en le faisant apparaître comme un élément paralysant, – en raison notamment de la quantité de promesses, souvent contradictoires, que la municipalité d’arrondissement a faites ou laisser faire.

> La note remise aux élus le 7 décembre 2019.
> Le vœu de l’exécutif rattaché au projet de délibération 2019 DU 245.
> Le projet de délibération 2019 DU 245.
> Le Conseil de Paris en direct.

Sortie par le haut, La Manufacture, 12 décembre 2019, 18h30-21h. (Photo CGO).

Pour mémoire, c’est dans ce contexte que L’Atelier urbain de la Goutte d’Or présente ses premiers travaux le jeudi 12 décembre 2019, de 18 h 30 à 21 heures à la Manufacture (8 rue Myrha). Si l’actualité la plus immédiate semble vouloir accompagner l’évènement, L’Atelier urbain de la Goutte d’Or ne se laissera pas enfermer dans un rôle de comité de suivi et prendra le soin de mettre l’accent sur l’idée directrice de sa création, qui est la construction commune d’une vision d’avenir du quartier avec et par ses habitants. Comme le rappelle l’Association pour le Suivi de l’Aménagement Paris Nord-Est dans une récente rubrique de son blog, L’Atelier urbain souhaite mobiliser les habitants de la Goutte d’Or autour de la production commune d’une vision partagée de l’évolution de leur quartier (lien sur le blog d’ASA-PNE).

Lors de la première réunion publique, le 12 décembre, seront exposés les enjeux de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, sa méthode, et la perspective des trois ateliers thématiques qui suivront en janvier et février prochains sur l’espace public et la nature en ville, les services et le commerce, la culture et le patrimoine. Une réunion finale sera programmée ensuite pour débattre et valider les conclusions de ce travail qui se terminera en mars/avril 2020 par la présentation d’une synthèse remise à la Municipalité.

Agendas croisés

Si l’Urbanisme et son cortège de délibérations, déclarations préalables, permis de démolir ou de construire, comités de suivis et autres concertations ne sera pas, tant s’en faut, le thème privilégié, ce jeudi 12 décembre à La Manufacture, les petits points d’étape que demeurent l’opposition éventuelle au permis de démolir (20 décembre 2019) ou l’opposition éventuelle à la délibération DU 245 (10-12 février 2020) se rappelleront en leur temps aux agendas respectifs des habitants, commerçants et associations qui voudraient y participer.

Inscription à l’Atelier du 12 décembre :
atelierurbaindelagouttedor@laposte.net

(Les inscriptions déposées jusqu’ici sur les adresses mail d’ASA-PNE, La Table ouverte, Cavé Goutte d’Or ou par tout autre moyen ont bien été enregistrées).

*

Ce mardi soir, la discussion annoncée dans notre dernière newsletter sur le sujet des Coop d’habitat est maintenue à La Base, 31 rue Bichat (75010). Renseignements ici.

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Pactole

À qui profite l’îlot trésor ?

  • Qui donc a intérêt à mettre « la bagatelle d’un demi-milliard d’euros » (Le Parisien) dans « ces quartiers déshérités, mal fichus (…) ces îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics » (Jacques Baudrier) ?

À côté de la fameuse délibération censée autoriser la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au projet de privatisation de la rue Boris Vian (ici pour mémoire), sera soumise aux élus parisiens une délibération de plus grande envergure encore, celle qui consiste à autoriser la maire de Paris à signer la convention pluriannuelle de financement du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Il s’agit de la délibération 2019 DU 249 DDCT dont l’exposé des motifs ne compote pas moins de 14 pages (le projet de délibération, l’exposé des motifs).

C’est du lourd et Le Parisien du 2 décembre 2019 ne se le fait pas dire :

  • « Une délibération comme celle-là, on en vote une tous les quinze ans : c’est un très gros truc », a prévenu Jacques Baudrier, conseiller (PC) délégué aux grands projets de renouvellement urbain à l’Hôtel de Ville, dans un entretien accordé au journal qui, du coup, titre sur « un pactole de 550 millions d’euros pour rénover quatre quartiers populaires ».

Les quartiers populaires ont bon dos. Les lecteurs du blog de Cavé Goutte d’Or savent que la formule aussi a bon dos pour qualifier les quartiers prioritaires, en difficultés installées depuis une trentaine d’années pour la plupart d’entre eux.

Limitons-nous ici à la Goutte d’Or et à l’opération dite « Boris Vian » qui va toucher sa part de la manne (la manne, souvenons-nous, qui n’émane pas des mânes de Boris Vian dont le maire du 18e arrondissement a récemment cru pouvoir se moquer devant ses collègues du Conseil d’arrondissement [notre humeur du 1er décembre]). Non, la manne de l’ANRU et même du NPNRU : « Le prochain Conseil de Paris validera la semaine prochaine le financement de quatre grosses opérations de rénovation urbaine dans les 18e, 19e et 20e arrondissements », poursuit Le Parisien.

Celle du 18e concerne l’îlot Boris Via, Polonceau, Goutte d’Or (pages 2-3, 10, 14) :

Exposé des motifs, page 10. N.B. Si la demande de subvention (1,75 M€ sur 11,98 dont 1,2 de la Région IDF [cf. pages 11-12 du même texte] est validée, le projet ne l’est toujours pas).

Ces îlots responsables
d’avoir dysfonctionné

« On n’a pas été chiche pour investir dans ces quartiers populaires, se félicite Jacques Baudrier dans Le Parisien. Avec les projets financés, on aura fini de traiter tous ces quartiers déshérités, mal fichus où les habitants ont le nez sur le périphérique. Des îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics ».

Une autre responsabilité est possible (ici l’étude de Violette Roland parue dans le bulletin de SOS Paris n° 100, pages 1920).

Ce seraient ainsi les îlots qui ont dysfonctionné, les îlots qui sont responsables, ironise une tweeto en réponse à Jacques Baudrier, suggérant que « la rénovation urbaine de quelques ‘îlots’ du Nord-Est parisien n’effacera pas ici les manquements de la Ville en matière de propreté, tranquillité, sécurité », – nous ajouterons les manquements en matière d’urbanisme et d’architecture car si les îlots devaient « générer des nuisances, de l’insécurité, des trafics », ce serait aussi beaucoup parce qu’on a détruit sciemment l’âme et l’histoire d’un quartier (ici pour mémoire) et que, à la place des « espaces urbains d’intérêt élevé » identifiés par François Loyer dans son étude pour l’APUR parue en 1982 (ici pour mémoire), on a construit pauvrement, sciemment aussi puisqu’on en a même fait le leitmotiv de l’urbanisme de la Goutte d’Or depuis 1993 :  « Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (prêt locatif aidé). or, ce qui priait est que ce quartier reste un quartier populaire » (ici pour mémoire).

C’est sur le fondement, ma foi, de cette absurde sentence que, loin de la première urbanisation du quartier, des premiers lotissements de la seconde moitié du 19e siècle, loin du soin apporté à l’habitat pourtant modeste et ‘populaire’ lui aussi de l’époque, salué par le même François Loyer dans le livre La Goutte d’Or, Faubourg de Paris paru en 1988 (les bâtisseurs d’alors avaient fait si bien avec si peu, écrivait en substance l’auteur de l’étude précitée de l’APUR), l’urbanisation estampillée sociale des années 1980, 1990, 2000 a plongé le quartier dans un mouvement de renouvellement perpétuel.

En cela, les deux délibérations offrent un saisissant télescopage que nous examinerons d’ici le Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains, sachant que l’avenir de celle qui voudrait lever les réserves du commissaire enquêteur se jouera en partie ce soir, 4 décembre, lors d’un quatrième comité de suivi en prévision duquel les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or ont demandé officiellement à la Mairie du 18e :

  • « de communiquer, tant à l’attention de l’ensemble des participants au comité de suivi qu’à celle des élus invités à débattre du projet de délibération, les réponses au questionnaire qui a pu être soumis aux associations et/ou habitants consultés en marge du comité de suivi et tout autre élément susceptible d’établir les adhésions majoritaires au projet de la Ville, telles qu’elles ont été évoquées aux Conseils d’arrondissement des 4 et 25 novembre 2019 » (Voir la demande de documents).

Lire aussi, en page Défense du quartier : « Un COSUI fermé  sur lui-même ? »

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Antinomie

Les Verts s’abstiennent de préserver leur vœu

  • Les alliés de gouvernement des Mairies de Paris et du 18e contestent mollement au Conseil d’arrondissement du 25 novembre une délibération qui anéantit pourtant le vœu qu’ils avaient fait voter vaillamment au Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019.
  • Qu’aurait donc été la froide colère exprimée par Éric Lejoindre s’ils avaient voté contre la délibération litigieuse ?
  • Réponse au Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains.

Le périmètre d’intervention des Verts influencera-t-il le périmètre d’intervention des démolisseurs/reconstructeurs du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or ? Illustration : extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les ajouts de couleurs et les légendes sont de la SPL). Agrandir.

L’exercice était difficile et nous devons saluer la prouesse de Sandrine Mees qui, le 4 novembre 2019, demandait à la Ville de « confirmer que les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prise en compte » (lire le vœu) et, le 25 novembre 2019, s’abstenait de voter pour (donc s’abstenait en même temps de voter contre) la délibération 2019 DU 245 qui prétend pouvoir lever avant terme les réserves du commissaire enquêteur et confirme, au contraire du vœu des Verts, que la Ville n’a aucune intention de prendre en compte les conclusions du rapport d’enquête.

« Pas prêt à voter pour »

L’allié de gouvernement dont on pouvait penser que, depuis le 4 novembre 2019, il était prêt à voter contre une délibération qui s’opposerait si frontalement à son vœu, a fait savoir, le 21 novembre, qu’il n’était « pas prêt »,« pas prêt à voter pour », d’où l’abstention censée le conduire à proposer des amendements d’ici au Conseil de Paris qui reprendra l’examen et le vote de cette délibération lors de sa session du 9 au 11 décembre prochains (vidéo du conseil du 25 novembre, minutes 2:30 et suivantes) .

« Emprise démolition », extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL).

Optimiste de nature, Cavé Goutte d’Or préfère se pencher sur les deux semaines qui suivent le Conseil d’arrondissement du 25 novembre que sur les trois semaines qui l’ont précédé, attendre les amendements annoncés par les Verts au projet de délibération en cause, et travailler à convaincre les élus au Conseil de Paris de l’illégalité du processus qui consiste à dévaloriser l’enquête publique au motif que son auteur n’aurait pas fait ce qu’on lui demandait (« Il a été plus loin », assure Michel Neyreneuf au Conseil d’arrondissement) et s’appuyer sur des concertations menées en catimini pour valoriser le projet contesté de la Ville de Paris (« S’il avait vu toutes les associations que Maya Akkari et moi avons rencontrées dans le cadre de ce suivi (parallèle au comité de suivi, NDLR), il n’aurait pas dit la même chose », poursuit le patron de l’Urbanisme du 18e encore en fonction (aux commandes ?) pour quelques mois.

Pendant la concertation, la démolition continue (et inversement). Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Répétés depuis la rentrée de septembre, depuis que Cavé Goutte d’Or a dévoilé les conclusions de l’enquête et les réserves du commissaire enquêteur dans un billet faisant état d’un « sérieux revers pour l’Urbanisme parisien », celui-ci (l’Urbanisme) s’applique à atténuer celui-là (le revers) dans une entreprise qui confine au forcing et s’éloigne toujours davantage du sérieux.

Car, sans même considérer ici le besoin absolu d’une nouvelle réflexion fondamentale sur ce projet, un besoin qui exige du courage politique, la délibération qui voudrait faire entériner par le Conseil de Paris la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au terme de prétendues concertations confidentielles, cette délibération ne saurait sérieusement prospérer. Au-delà du vote de décembre prochain, dont on espère qu’il arrêtera net un processus manifestement mal engagé, la délibération est susceptible d’encourir la censure du Tribunal administratif, tant en ce qu’elle écarte sans le dire les conclusions du commissaire enquêteur (prétendre les avoir respectées n’est pas la même chose, en droit, que les écarter), qu’en ce qu’elle dit s’appuyer sur des éléments non attestés.

Démocratie précipitative

Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Les confidences qu’auraient recueillies les adjoints du 18e chargés de l’Urbanisme et de la Politique de la ville au cours d’une opération conduite en marge des comités de suivi officiels demeurent en effet inconnues du public, des associations et habitants du quartier qui sont censés les avoir exprimées et, a fortiori, des élus, tant au Conseil d’arrondissement qu’au Conseil de Paris. Or, comme plusieurs autres éléments manquant à l’appréciation des élus et donc à la validité de leurs votes, les résultats de ces consultations confidentielles sont au cœur des décisions qu’aurait prises le maire du 18e dans ce qui est présenté comme ses « arbitrages ».

Tant au Conseil du 4 novembre qu’à celui du 25, Michel Neyreneuf et Éric Lejoindre font en effet état de ces conversations intimes pour affirmer que tel élément de leur projet est « grosso modo consensuel à 95 % », que tel autre l’est « aussi à peu près à 95 % », qu’un troisième réunit « une approbation autour de 80 % », un quatrième « un consensus assez total » alors qu’un dernier pour la route est « aussi quelque chose qui remporte absolument le consensus », seul restant en débat, selon ces consensuels édiles, « l’espace créé devant le gymnase », – créé par quoi ? par le déclassement (ce qui justifie d’autant le rejet de la délibération qui prétend autoriser le déclassement, comme le préconisent les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or dans les observations qu’elles ont adressées aux élus du 18e en prévision du vote du 25 novembre 2019 [chiffre 2, pages 3 et 4 des observations]).

La place Polonceau a bon dos. Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les légendes et marques rouges [ciré du passant non compris] sont de la SPL). Agrandir l’image.

Ces expressions incroyablement imprécises (comme le sont parfois les indications figurant au permis de démolir, qui confondent la rue de la Goutte d’Or et la place Polonceau [photo ci-contre]) sont toutes tirées du compte rendu officiel du Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019 (voir ici, pages 78-80 [79]).

Il n’a ainsi même pas été jugé utile d’atténuer l’approximation orale dans le compte rendu écrit du Conseil du 4 novembre et ce sont ces « grosso modo » et autres « à peu près » qui, au final, emportent l’adhésion du maire d’arrondissement lorsque, dans une tout aussi incroyable diatribe contre ses collègues opposants lors du Conseil du 25 novembre, il prétend pouvoir évoquer « des sujets sur lesquels quasiment tout le monde est d’accord », faire état d’un « portage très majoritaire des habitants et des associations sur ce projet », et appeler en conséquence ses pairs à la « responsabilité politique » : « C’est un peu facile de suivre tout le temps le sens du vent et de foncer sur ce qu’on considère être des mobilisations », lance-t-il à l’attention notoire de ses alliés Verts qui viennent en effet de se dire « sensibles aux mobilisations » (en l’occurrence la mobilisation réussie de la Goutte verte le 24 novembre 2019) pour s’abstenir (voir ci-dessous et en page Humeur notre billet « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian »).

Chiche !

Si responsabilité politique il y a, transparence sur les concertations secrètes il doit y avoir. Or, malgré la demande qui a été faite dans ce sens par les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or, conviées le 22 novembre dernier par le Cabinet de Jean-Louis Missika et à son initiative, à une énième présentation à sens unique du projet de la Ville, les questionnaires secrets le sont restés jusqu’ici.

Ils doivent aujourd’hui être produits publiquement et les deux associations en font la demande formelle au Maire du 18e afin qu’ils puissent être connus avant le prochain comité de suivi du 4 décembre 2019, discutés ouvertement ce soir-là et, une fois ainsi avalisés, introduits dans la délibération qui sera soumise au Conseil de Paris du 9 au 11 décembre. À ce stade, la délibération ne repose que sur les « à peu près 95 % » de Michel Neyreneuf, « à peu près » qui conduisent l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement à conclure lui-même, dans une formule incertaine : « Nous pensons que nous avons répondu à la réserve du commissaire-enquêteur en dégageant un consensus sur cette partie du projet » (Compte rendu du CA du 4 novembre 2019, pages 78-80 [79]).

Un projet « grosso modo consensuel à 95 % ». Ici, une partie des 5 % grosso modo opposés au projet qui le disent en fanfare lors d’un évènement organisé le 24 novembre 2019 par le Jardin Goutte verte* (Photo CGO).

Penser n’est pas suffisant. La Mairie du 18e doit établir – au sens juridique de prouver – les majorités sur lesquelles elle prétend pouvoir entraîner le Conseil de Paris dans une délibération qui, quelles que soient au surplus le résultat des délicates pesées d’intérêts, ne respecte ni les réserves du commissaire enquêteur quant à la durée de la concertation globale, fixée de novembre à février 2020, ni, à ce titre, le vœu des Verts qu’elle a adopté à l’unanimité et qui demande « que la Ville confirme que les deux réserves exprimées dans les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prises en compte ; que la concertation, ainsi que cela est suggéré dans le rapport, inclue l’étude des projets alternatifs ; que la concertation soit prolongée, avec l’objectif d’aboutir à un consensus, de novembre 2019 à février 2020 ».

La Goutte verte recevait sous le panneau du premier permis de démolir accordé dans ce dossier (Photo CGO, 24 novembre 2019).

  • Lire en page Humeur du blog : « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian ». Dans une froide colère suscitée par l’abstention des Verts et l’opposition de 100% Paris, le maire du 18e qui se dit « épuisé par cette façon de faire de la politique » (« pas épuisé par le fait d’être maire », précise-t-il tout de suite : « J’ai bien l’intention [sic] que ça continue encore un peu »), se lâche sur les préoccupations de la famille de Boris Vian et de la presse durant les huit dernières années.

* On rappelle que La Goutte verte est signataire du Manifeste de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or qui demande un moratoire aux projets d’urbanisme contestés, comme le sont plus de cent cinquante habitants à ce jour, une dizaine d’associations et le Conseil citoyen de Paris 18 qui, pour sa part, est légalement chargé de « favoriser l’expression de la parole des habitants des quartiers, notamment ceux qui sont éloignés des processus traditionnels de participation, ainsi que la prise en compte de leur expertise d’usage dans le cadre de la politique de la ville » (cf. site officiel des Conseils citoyens).

Sauvez la date !

12 décembre 2019, 18 h 30-21 h
Présentation publique de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or
et débat autour des projets d’urbanisme en cours dans le quartier

La Manufacture, 8 rue Myrha (75018)

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Tours d’horizons

Covisibilité historique en chantier

  • En attendant l’emballage de Saint Bernard par Christo, le futur monument historique du 360 Paris Music Factory se dévoile par petites touches.
  • Visite de voisinage.

La flèche de l’église Saint Bernard en travaux de restauration vue du 360 Paris Music Factory’s panoramic rooftop (Photo CGO, 26 novembre 2019).

Le patron d’Accords croisés Saïd Assadi, fondateur du 360 Paris Music Factory, recevait quelques voisins ce mardi 26 novembre pour une visite de l’établissement qui ouvrira ses portes au public fin janvier 2020. Reportage en forme de teasing.

Saïd Assadi entouré de représentants des associations, collectifs ou entreprises culturelles ADOS, EGDO, Espace jeune, Esprit d’ébène, 4C, La Table ouverte, Paris Goutte d’Or, Cavé Goutte d’Or, Commerçants de la Chapelle Goutte d’Or, La Manufacture de la Goutte d’Or,… (Photos CGO).

Escalier monumental et balcon extérieur en entre-sol.

Façade voisine prématurément vieillie et belle échappée sur square Léon.

Salle modulable. Ci-dessus, les sièges forment paroi en fond de salle, libérant le sol (photo CGO). Ci-dessous, les sièges sont déployés pour accueillir le public (photo Le 360).

Sièges déployés (photo Le 360 Paris Music Factory).

Sièges repliés en fond de salle (photo CGO, 26 novembre 2019). Une idée astucieuse pour écarter les murs du Gymnase Goutte d’Or de la rue Boris Vian ?

Le bâtiment en coupe (Source : Le 360)

Café restaurant au rez-de-chaussée. Un programme impressionnant de cuisines du monde ouvert sur le quartier.

Bravo l’archi !

Merci à Saïd Assadi pour cette visite. Bienvenue au 360 Paris Music Factory. Bravo à toute l’équipe, bonne chance pour les derniers préparatifs.

Pour mémoire : notre billet du 31 mars 2015 sur « une entreprise privée au cœur d’un quartier municipalisé ».

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Vite fait

L’improbable délibération du Conseil de Paris qui voudrait précipiter la Goutte d’Or dans un renouvellement urbain mal ficelé

  • En prévision du  Conseil de Paris du 9 au 11 décembre prochains, le Conseil du 18e arrondissement est invité à voter ce soir 25 novembre 2019 une délibération qui prétend pouvoir lever les réserves du commissaire enquêteur et autoriser la privatisation de la rue Boris Vian avant la fin de la concertation prévue de novembre 2019 à février 2020.
  • Les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or ont adressé aux élus du 18e une note développant le caractère prématuré d’une telle délibération et proposant de la rejeter.

« Tour des lois », « tour des nombres », « tour des temps ». Sur le chemin de la Direction de l’Urbanisme voisine, sous les auspices de la BNF-Site François Mitterrand, Paris, août 2019 (photo CGO).

Pour ce soir :

> Le projet de délibération.
> L’exposé des motifs.
> Les observations d’ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or.

> Le conseil d’arrondissement en direct.
> L’ordre du jour du 25 novembre 2019.

Pour mémoire :

> Le soutien du Conseil citoyen de Paris 18 à la une du site CCP18 :

  • « Considérant que tout projet de rénovation urbaine doit impérativement s’inscrire dans une vision plus large du quartier et être élaboré avec la participation et le respect de ses habitants, le CCP18 soutient l’initiative portée par les associations Cavé Goutte d’Or et ASA PNE de créer un atelier urbain pour recevoir les propositions des habitants, commerçants et associations et réaliser une synthèse de ce travail d’ici le 2 mai 2020 suite aux réserves émises par le commissaire enquêteur ».

> Les propositions de la Goutte verte :

> La présentation de l’Atelier urbain de la Goutte d’Or, jeudi 12 décembre 2019, de 18 h 30 à 21 h (suivre la préparation sur le blog). Attention, des annonces sont parues ici et là pour le 5/12 ou le 19/12 : ce sera bien le 12/12.

La délib’ en roue lib’

Compte tenu de la précipitation induite par le projet de délibération soumis au Conseil d’arrondissement de ce lundi 25 novembre 2019, le blog reviendra dans la semaine sur la manifestation de la Goutte verte de ce dimanche 24 novembre 2019.

La Goutte verte en fanfare sur site le 24 novembre 2019.

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Atelier(s)

L’esplanade Boris Vian se dessine au pluriel

  • Les architectes de l’Atelier Vingt-Six complètent leur projet, la Goutte verte signe le Manifeste et commente les notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or…
  • … et le Beaujolais nouveau arrive aux Mah boules et au Chien de la lune.
  • Ambiances.

Les schémas de l’agence d’architecture(s) Atelier Vingt-Six adressés cette semaine à la Mairie de Paris en complément au dossier présenté le 20 mai 2019 au premier comité de suivi (source : Atelier Vingt-Six).

En ce troisième jeudi de novembre, traditionnel rendez-vous fixé par le Journal officiel du 5 novembre 1985, la commercialisation des vins à appellation d’origine est autorisée (y compris à la Goutte d’Or) « sous réserve qu’ils aient une acidité volatile inférieure à 0,6 grammes par litre ». Il faut bien des réserves pour que les choses se fassent, et le quartier de la Goutte d’Or (qu’on ne saurait qualifier ou enfermer sous le seul vocable de ‘volatile inférieure’) sait ce qu’il doit aux réserves, – en l’occurrence aux réserves qu’a émises le commissaire enquêteur chargé par la maire de Paris d’étudier la question de la privatisation controversée de la rue Boris Vian et autres emprises (ici pour mémoire).

Ces réserves sont en effet venues confirmer, s’il en était besoin, qu’aucune concertation sérieuse n’avait eu lieu sur le projet de requalification urbaine du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, que les projets distincts du projet officiel devaient être examinés, et qu’il convenait donc d’accorder un sursis à la Goutte d’Or Sud pour se voir une nouvelle fois meurtrie par un urbanisme mal pensé, mal ficelé, mal fagoté.

Nouvelle concertation

On connait la suite : né des carences de la concertation et, donc, des carences du projet officiel de la Ville de Paris, L’Atelier urbain de la Goutte d’Or a proposé un moratoire correspondant au temps d’étude et de réflexion souhaité par le commissaire enquêteur. Même si elle n’a reçu jusqu’ici aucune réponse officielle (ses initiateurs sont invités demain 22 novembre à l’Hôtel de Ville, peut-être pour en débattre), la proposition de moratoire et le Manifeste qui la porte, aujourd’hui signé par plus de 160 personnes, suscite l’intérêt du quartier, et au-delà. Après le Conseil citoyen de Paris 18 qui a signé le Manifeste et annoncé « soutenir la mise en place de l’Atelier urbain de la Goutte d’Or pour animer et  recevoir les propositions des habitants, commerçants et associations et réaliser une synthèse de ce travail d’ici le 2 mai 2020 », la Goutte verte – une des associations à la fois les plus nomades et les plus enracinées dans la Goutte d’Or – signe elle aussi le Manifeste et apporte sa contribution efficace aux notes et esquisses adressées à la maire de Paris le 31 octobre 2019 par L’Atelier urbain de la Goutte d’Or.

Dans le texte qui accompagne les croquis complémentaires au projet qu’il a déposé le 20 mai 2018 (en réalité le 2 mai 2018, mais la Mairie avait décliné l’invitation à la dernière Saint Boris), l’Atelier Vingt-Six indique que « la requalification de cet îlot doit également agir comme déclencheur pour les rues commerçantes avoisinantes, possédant un réel potentiel encore trop souvent inexploité » :

  • « Tant par son aspect central que par sa mixité (logements, commerces, équipements, marché…), cet îlot pourrait permettre de répondre aux nombreuses attentes et aux préoccupations des différents acteurs qui vivent cet espace », écrivent les architectes de la rue Cavé. « Par les rythmes des différentes séquences et une mixité programmatique riche (équipement sportif, commerces, jardins partagés, ateliers…) venant s’articuler au travers de parcours (circulations douces, ouvertures de vues, galeries…), cette proposition architecturale cherche à mettre en valeur le potentiel de cette place » (Source : Atelier Vingt-Six).

« Acupuncture urbaine »

« Dans un souci de respect des usagers et du contexte existant, l’application des principes d’acupuncture urbaine permettra une modification respectant un système de phasage, avec la volonté de conserver tant que possible le bâti et les structures existantes », poursuit l’Atelier Vingt-Six : « Il ne s’agit pas ici d’effectuer uniquement un travail d’ordre conceptuel ou théorique, mais également de proposer ou de mettre en évidence des solutions concrètes, pratiques et réalistes (à moyen et à long terme) pouvant servir aux différents acteurs du secteur, concernant la gestion de ces îlots à différentes échelles (ville, quartier, piéton…) ».

Pour sa part, la Goutte verte reprend les huit points des notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or et les commente en ces termes :

« 1/ Concernant le TEP La variante 1 semble très intéressante ; la variante 2 éventuellement : mais si on arrive à créer des ouvertures latérales suffisamment grandes pour permettre une luminosité de qualité ; la variante 3 ne nous plaît guère. Il y a là un espace sportif, il faut le maintenir en ces lieux.

(Sur la couverture), nous entendons les arguments des sportifs. Une couverture totale nous peine, mais nous souhaitons que le stade soit fréquenté. Existe-t-il des couvertures amovibles ? En même temps, d’autres terrains de la ville non couverts fonctionnent très bien (ne serait-ce qu’au square Léon, ainsi qu’au square Éole, le long du quai de Jemmapes, etc.).

« 2/ Concernant le réaménagement en jardin public de l’espace libéré au-dessus du parking Oui c’est une bonne idée. Mais quid d’une part réservée au jardinage ? Certes, les jardins partagés ne sont pas au goût de tous, mais ils ont une musique propre : l’invitation à participer, à découvrir la nature de façon active et pas seulement contemplative, cela génère du lien, de la discussion, des échanges… bien souvent inattendus.

« 3/ Abandon de tout projet de construction contre la façade actuelle du gymnase D’accord sans aucune réserve.

« 4/ Concernant la rue/le passage Boris Vian D’accord avec le fait qu’il ne faut pas le déplacer (option coûteuse et inutile), idée intéressante que de créer un maillage piéton.

« 5/ Concernant les pignons et façades Faire pousser du houblon sur la façade du 9 rue Polonceau (le houblon est une liane tonique, qui pousse à merveille dans le quartier, elle peut aller très haut, feuillage vert éclatant, etc.).

« 6/ Restructuration des commerces le long de la rue de la Goutte d’Or En phase avec le point de vue exprimé.

« 7/ OK. Que fait-on de la remarque des jeunes du quartier ? En substance: faites-nous une place, arrêtez de parachuter sur le quartier des projets extérieurs, donnez-nous une chance. Quid de créer une pépinière… d’entreprises ? et/ou un lieu qui fait de l’insertion par le travail ? (ex.: réparation d’ordinateurs, ou d’objets électroniques).

« 8/ (Restaurant sur la place) Tout dépend du type de restaurant proposé. Il nous semble important de ne pas déloger des habitants, des habitudes, celles par ex. des Chibanis. Ne pas exclure par les prix, donc à voir quel type de restaurant. Et pourquoi pas un café autogéré ? (cf. le « Bar commun » de la rue des Poissonniers… il semble que ce lieu crée du lien, et propose une programmation variée – bien plus diversifiée que nombre de lieux commerciaux. Un « bar commun » partagé avec l’association Home sweet mômes (potentielle bénéficiaire d’un des locaux créés sous le TEP) ? Que deviendraient les deux cafés chibanis ?

« Sinon, (quid) de mettre de l’eau sur la place : sous quelle forme? à voir… une fontaine classique ? un bassin avec de la végétation et pourquoi pas des poissons ? ou bien dans l’espace végétalisé dont vous parlez plus haut… sous forme de cascade ? de l’eau pour rafraîchir l’atmosphère, pour évoquer lointainement les lavoirs de l’ancien temps, parce que ça plaît aux enfants (lancer des cailloux dans l’eau…) il n’y a qu’à voir le bassin du square Éole, c’est une attraction), parce que les clapotis font une douce musique, etc. »

Save the date

Des notes et esquisses qui précèdent et des commentaires qu’elles suscitent, il sera débattu le jeudi 12 décembre 2019 entre 18 h 30 et 21 h. Suivre les blogs d’ASA-PNE et de Cavé Goutte d’Or pour ne rien rater de l’évènement.

Entretemps

Entretemps ou en même temps, le Beaujolais nouveau sera arrivé, et aura été accueilli au pied des futurs jardins Boris Vian. Beaujolais jazz au Chien de la lune (22 rue de Jessaint), Beaujolais pétanque aux Mah boules (14 rue de Jessaint).

Entre Le Chien de la lune et les Mah boules, la rue de Jessaint en Beaujolais nouveau, ce 21 novembre 2019.

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Requalification

La place Polonceau change de nom

  • Située entre les rues de la Goutte d’Or et Polonceau, la « place Polonceau », connue comme un haut lieu de deal à ciel ouvert, a acquis une renommée parallèle plus honorable grâce à la mobilisation civique des habitants depuis le 27 mars 2018, largement récupérée depuis, notamment par la Mairie de Paris et ses opérations de mobilisation fictive.
  • La voilà désormais nommée « place Cheikha Remitti », en hommage à la célèbre chanteuse de raï qui « animait les soirées des cafés communautaires de la Goutte d’Or », précise l’exposé des motifs de la délibération votée vendredi au Conseil de Paris.   

La ci-devant très citoyenne place Polonceau, désormais place Cheikha Remitti. Visuel doublement emprunté présentant avec difficulté l’improbable couverture du TEP Polonceau, d’une part, et emprunté au sens du copyright qui lui est dû au slides du projet officiel de la Ville de Paris, d’autre part, un projet dont Christophe Girard assure qu’il est toujours en concertation en vue d’en affiner la réflexion (lire le billet ci-dessous).

Le secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or a eu son quart d’heure de célébrité lors du Conseil de Paris, ce vendredi 15 novembre 2019 entre 9  h 30 et 9 h 45. Étrangement, ce regain d’attention n’était pas dû au projet de requalification urbaine qui est aujourd’hui en ballotage défavorable entre le commissaire enquêteur, qui demande quatre mois de concertation supplémentaire, la SPL Pariseine, qui tente de faire valoir un permis de démolir demandé et obtenu avant même l’ouverture de la nouvelle concertation, et la Ville de Paris qui en est à près de 800.000 € de dédommagements intempestifs pour résilier les baux aussi précocement que la SPL, encore elle, lance un appel d’offre pour assistance à maîtrise d’ouvrage (sur l’immaturité précoce du projet Pariseine, lire notre billet à paraître « Les dommages collatéraux de l’opération Polonceau »).

La prise de la place Polonceau par les habitants de la Goutte d’Or depuis le 27 mars 2018 et, ici, la création du Café Polonceau le 30 juin 2018.

Si, du côté de l’urbanisme sinistré à la Goutte d’Or, les jeux sont donc loin d’être faits (voir aussi notre billet du 11 novembre 2019 intitulé « Détournement »), force est d’observer que, du côté de sa vie culturelle foisonnante, la Goutte d’Or avait la main au dernier Conseil de Paris. Au point que Christophe Girard n’a manqué aucune des occasions qui lui étaient données, vendredi matin 15 novembre 2019, de célébrer un quartier tout à la fois populaire et prioritaire à travers les délibérations qui, dans un tourbillon culturel inédit, lui permirent de saluer tour à tour le Lavoir moderne parisien et la Compagnie Graines de soleil (délibération 2019 DAC 49), le Louxor (délibération 2019 DAC 631) et, avec Cheikha Remitti (délibération 2019 DU 134), la grande voix du raï dont il devait préciser qu’il s’agissait d’« une musique née à Oran, ville natale d’Yves Saint Laurent ».

On ne sait ce que venait faire la rime entre Oran et Saint Laurent dans le beau message de l’adjoint à la Culture d’Anne Hidalgo qui, après donc le LMP et le Louxor, rassembla tous les lieux culturels du cru pour saluer en son homologue Carine Rolland « l’exceptionnelle dynamique de ce quartier » et remercier l’adjointe du 18e à la Culture, récemment rapporteure de la délibération consistant à colorier les rues de la Goutte d’Or et de la Chapelle (ici pour mémoire), non sans se souvenir au passage du Centre Barbara « que nous avons créé lorsque j’étais l’adjoint de Bertrand Delanoë » et la Bibliothèque Goutte d’Or qui sont autant de « marqueurs forts d’une politique culturelle nécessaire et naturelle dans ce quartier populaire ».

Et Christophe Girard d’espérer un vote unanime pour attribuer le nom de Cheikha Remitti à « une emprise entre les rues de la Goutte d’Or et Polençon », comme devait lui faire dire un texte lu avec application (voir la vidéo de 00:29:00 à 00:39:00).

Antoine-Rémy Polonceau (1778-1847) et Camille Polonceau (1813-1859). Sources Wikipédia.

Les lecteurs du blog savent que les Polonceau sont deux (Antoine-Rémy le père et Camille le fils) et que la rue Polonceau les honore tous les deux. S’ils devaient penser que, dans son itinérance culturelle à la Goutte d’Or, Christophe Girard avait oublié d’évoquer l’ancienne rue Boris Vian, éphémère rue Anne Hidalgo en mai 2018, nous devrions leur dire qu’il n’en est rien. Destinataire en effet depuis le 31 octobre 2019, comme plusieurs de ses collègues, des Notes et esquisses de l’Atelier urbain de la Goutte d’Or en vue d’une étude alternative au projet officiel de requalification du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, l’adjoint d’Anne Hidalgo à la Culture a répondu le 14 novembre 2019 :

  • « Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à votre quartier et je suis moi-même très attentif à la situation que vous abordez. La Mairie du 18e mène actuellement une concertation sur le projet de requalification du secteur Boris Vian qui permettra d’affiner la réflexion sur ce sujet ».

Dont acte : selon l’homme dont on dit qu’il sera en bonne place sur la liste d’Éric Lejoindre aux (très) prochaines élections municipales, la Mairie du 18e mènerait donc encore, à la date du 14 novembre 2019, une concertation qui permettra d’affiner la réflexion sur le secteur Polonceau. Les propos de Michel Neyreneuf au Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019 étaient donc fictifs, destinés uniquement à endormir ses collègues. En attendant la vidéo officielle du conseil, nos lecteurs peuvent réentendre ces propos via l’enregistrement en provenance de la salle que nous avons diffusé le 11 novembre (notre billet, la vidéo).

Éric Lejoindre :
« Remettez-nous ça ! »

Cheikha Remitti (1923-2006). Sources Wikipédia.

Tout à la joie de voir cette malheureuse place Polonceau enfin nommée autrement que ne l’avaient fait les habitants du quartier en invitant les autorités préfectorales et municipales à venir y recevoir les pétitions du 27 mars 2018, le maire du 18e a rappelé à ses collègues du Conseil municipal que le nom de scène de Cheikha Remitti lui venait d’une l’expression bien connue des comptoirs :

  • « Remitti, ça veut dire ‘remettez’ », expliqua Éric Lejoindre. « C’est ce que disaient les gens dans les cafés de la Goutte d’Or en commandant une nouvelle tournée : ‘Remettez ! remettez ! remettez ! est devenu Remitti et c’est donc toute l’histoire de la Goutte d’Or qu’elle traduit et que son nom va traduire sur cette placette ».

Si Fadila Mehal, rapporteure de la délibération, et Christophe Girard, rapporteur de la deuxième Commission, ont préféré se souvenir de son rôle d’« ambassadrice internationale du raï » et de son « concert extraordinaire de 1994 à l’Institut du monde arabe », l’anecdote rapportée par Éric Lejoindre, au demeurant corroborée par le texte même de la délibération (« Son nom d’artiste proviendrait de l’expression ‘remettez’ employée pour offrir un verre », retient en effet l’exposé des motifs), nous rappelle aussi le célèbre Remettez de Boileau (dont le nom rappelle qu’il s’y connaissait en tournée générale) et que le maire du 18e cita à l’envers devant le Conseil d’arrondissement du 22 mai 2018 : de « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », Éric Lejoindre retint en effet dans un joli lapsus, déjà provoqué par le secteur Polonceau, qu’il convenait de « remettre le métier sur l’ouvrage » :

  • « Oui, nous nous sommes engagés à retravailler sur la rue de la Goutte d’Or, sur les arcades de la Goutte d’Or, sur la placette Polonceau, et sur le passage Boris Vian », devait-il déclarer. « Parce que c’est comme ça, et parce qu’il faut parfois remettre le métier sur l’ouvrage et régler le problème »  (notre billet du 13 juin 2018 et minute 5:05 de la vidéo du Conseil d’arrondissement).

Les intruses en concurrence

Dans son mot de bienvenue à Cheikha Remitti, le maire du 18e n’a pas manqué de saluer la « Marche exploratoire des femmes pour changer la Goutte d’Or » organisée en 2016 par l’équipe de Développement local en partenariat avec le Service Égalité Inclusion Intégration, l’association Paris Macadam et le collectif À places Égales, dont on peut voir une vidéo ici. Ce serait en effet « suite à un travail que nous avons fait, plusieurs années durant, avec un groupe de femmes de la Goutte d’Or qui souhaitaient que nous puissions travailler à la présence de noms féminins sur l’espace public » que la place Polonceau porte désormais le nom de Cheikha Remitti.

On ignore si la présence de noms féminins sur l’espace public suffira à encourager la présence de personnes féminines sur cet espace qui, entre la Goutte d’Or et la Chapelle, reste encore très masculin. C’était déjà le projet des « Intruses », installation en cours sous le métro aérien entre Barbès et La Chapelle, que de signaler par des photos de femmes en situation leur absence dans la vraie rue, – absence qui dure et perdure pendant l’installation. Et la malheureuse palissade de bois qui, dans un récent naguère, devait cacher les colonades de la rue de la Goutte d’Or avait le même objectif :

Lire sur le site de la Maire de Paris et notre brève du 26 mars 2018 – Tiré à part n° 2.

En tous les cas, nous signalons ici le courrier du 7 novembre dernier par lequel la directrice de Paris Macadam, l’une des associations  porteuses des marches exploratoires signataire du Manifeste de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or informe ce dernier qu’il convenait de « nommer la place Polonceau ‘place Marie Marvingt’, promesse faite par le maire en restitution des marches exploratoires des femmes, conduites par Paris Macadam ». Et Gertrude Dodart de conduire ses interlocuteurs sur le lien du site de la Mairie de Paris dédié à la marche exploratoire.

Cheikha Remitti ou Marie Marvingt (dont nous entretenait déjà l’artiste de la palissade) ? La chanteuse ou la pilote ? Entretemps, la Commission de dénomination des voies, places, espaces verts et équipements publics municipaux, qui s’est réunie le 15 avril 2019, aura donné un avis favorable sur le projet Cheikha Remitti, omettant apparemment d’en informer Paris Macadam, dont le message et le lien transmis offrent néanmoins un beau retour sur image. La marche de 2016 et sa restitution en présence d’Éric Lejoindre donne au maire du 18e arrondissement de Paris l’occasion de revendiquer la paternité de l’en même temps que semble lui avoir volé le président de la République. Nous sommes en 2016 en effet, en l’an moins un de l’ère Macron, et à la question de savoir s’il est possible de faire occuper par un commerce légal (en l’occurrence une terrasse de restaurant) un espace public occupé illicitement par les dealers, le maire du 18e répond :

  • « Juridiquement, c’est un peu compliqué mais, en même temps, disons que c’est sûrement possible. Ça s’étudie » (minute 07:35 de la vidéo).

On s’disait aussi.

*

Sur les sujets géographiquement très proches qui nous occupent :

  • Rénovation de la Goutte d’Or : Le commissaire enquêteur et les habitants une nouvelle fois ‘mis au rancart’ ?
  • Le Conseil de Paris au secours du Conseil du 18e arrondissement ? – Au moment où nous postions ce billet, nous n’avions pas eu connaissance des résultats du vœu qui devait être présenté au dernier Conseil de Paris par le Groupe 100% Paris concernant la requalification urbaine du secteur. Nous savions en revanche que, « suite à une erreur administrative », le vœu du Groupe EELV sur le même sujet, approuvé par le Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019, ne serait pas présenté au conseil de novembre mais le serait « à celui de décembre ». La question sera donc à nouveau débattue en hauts lieux, – quand bien même, en allant de l’avant avec un projet non concerté, la Ville de Paris, la Mairie du 18e et la SPL Pariseine s’écartent de concert du vœu des Verts qui a été approuvé au Conseil d’arrondissement du 4 novembre et est appelé à l’être encore au Conseil de Paris de décembre prochain.

À paraître cette semaine :

  • Les dommages collatéraux de l’opération Polonceau – Notre enquête se poursuit sur une délibération étrangement absente des radars et des écrans du dernier Conseil de Paris, portant sur une (nouvelle) indemnité de départ anticipé d’un des espaces commerciaux sous le TEP Polonceau.
  • Les commentaires et propositions de la Goutte verte suite aux Notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or en vue d’une étude alternative au projet de requalification du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or (ici pour mémoire).
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