Justice XXI

TEP Goutte d’Or : Vers une médiation sous l’égide du Tribunal administratif ?

  • Estimant que le litige noué autour du déclassement de la rue Boris Vian et du TEP de la Goutte d’Or est susceptible de résolution amiable, les requérants ont proposé au Tribunal administratif d’organiser une médiation avec la Ville de Paris.
  • Évoquant dans leur mémoire au TA la critique de l’association Action Barbès qui regrette « une concertation déconcertante » sur « un projet déconcertant », ils souhaitent que le Conseil citoyen soit invité à intervenir à la médiation et puisse occuper sa place au sein de la Politique de la ville et des décisions ANRU.

Signalétique de voirie au pied de l’escalier haut de l’ancienne rue Boris Vian (Photo CGO, 14 novembre 2020)

Sous le titre « Favoriser les modes alternatifs de règlement des différends », l’article 5 de la loi du 18 novembre 2016 dite « de modernisation de la justice du XXIe siècle » introduit la médiation dans le code de justice administrative.

Sur le site du Conseil d’État, la médiation est présentée comme « un processus structuré par lequel les parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leur litige, avec l’aide d’un tiers, le médiateur » (lien).

Le processus est encore récent mais suffisamment engagé pour que le Conseil d’État ait organisé, il y a près d’un an, le 18 décembre 2019, les premières assises nationales de la médiation administrative. Comme il l’indique sur son site, qui en publie les actes, « cet événement, qui a réuni près de 300 participants malgré les difficultés de transport, a confirmé l’intérêt que suscite aujourd’hui la médiation dans le règlement des litiges administratifs » (lien).

Dans les Actes des premières assises nationales de la médiation administrative, on peut lire que « l’urbanisme est une des matières qui marche le mieux en médiation. Ça a été une surprise pour nous, mais on comprend bien finalement car, comme en matière de marchés publics ou de fonction publique, il y a là aussi une question de lien social à entretenir entre deux parties qui doivent continuer à vivre ensemble » (cf. « La médiation dans les litiges d’urbanisme et d’environnement », Actes des assises, cinquième Table ronde, pages 98-108 [98]).

La lettre type adressée par le Greffe du Tribunal administratif de Paris aux requérants pour accuser réception de leur recours indique désormais :

  • « (…) Même après l’introduction d’un recours devant le juge administratif, vous pouvez vous entendre avec la partie adverse pour recourir à une médiation. Vous pouvez demander à la juridiction de l’organiser. La  procédure  contentieuse  sera  suspendue  tout  le  temps  de  la  médiation.  Si  celle-ci échoue, la procédure contentieuse reprendra son cours, sans que puissent être invoqués devant le juge les échanges intervenus au cours de la médiation ».

Sur la base des nouveaux articles L. 213‐1 à L. 213‐10 du code de justice administrative, les habitants qui, soucieux que les travaux nécessaires autour du TEP Goutte d’Or n’entraînent pas de nouvelles agressions au paysage urbain, et pas non plus une perte d’usage du TEP, ont estimé que leurs griefs contre le projet de la Ville pouvaient être soumis à un médiateur. Ils ont ainsi demandé à la présidente de la section du Tribunal administratif de Paris où sont enregistrées les requêtes concernant ce dossier de bien vouloir examiner l’opportunité d’une médiation et, le cas échéant, de recueillir l’accord de toutes les parties à cette fin.

Des carences de la concertation
à l’espoir de la médiation

Sans doute peut-on penser, comme on le lit également dans les Actes des premières assises nationales de la médiation administrative, que « si la concertation et la consultation du public se sont faites de manière convenable, en amont, il n’y a plus vraiment lieu à médiation en aval » (page 103). Les travaux menés en décembre 2019 sous l’égide du Conseil d’État ont d’ailleurs  permis de déceler « une crise de l’enquête publique » (page 108).

Dans leur demande au Tribunal administratif de Paris, les requérants évoquent à cet égard la critique formulée par l’association Action Barbès concernant les carences du projet et de la concertation :

  • « (…) Très active dans les relations entre la Ville et le quartier, rompue à l’exercice de la concertation en sa qualité d’initiatrice notamment du projet de promenade urbaine entre Barbès et Stalingrad, active également au sein du comité de voisinage de la ZSP 10-18 qu’elle présente comme ‘un rendez-vous régulier pour faire le point sur les opérations de police et de la BPSP, et faire remonter les observations et les suggestions des associations de riverains’, (l’association Action Barbès) a publié le 26 octobre 2020 une analyse faisant état d’« une concertation déconcertante » pour « un projet déconcertant », s’interrogeant en fin d’analyse sur la possibilité que la précipitation des dernières semaines et l’annonce de l’ouverture du chantier aient pour but de « couper court à toute forme de contestation, faute de vraie concertation » (Pièce 6 – Action Barbès, ‘Rénovation du secteur Boris Vian-Goutte d’Or: La concertation en échec’) ».

Plus loin, les requérants évoque les travaux du Conseil citoyen de Paris 18 et estiment que « son intervention à la médiation qui pourrait intervenir sera bénéfique à toutes les parties » :

  • « Il apparait qu’en plus des associations d’habitants qui se sont prononcées hors procédure sur les carences de la délibération et du permis querellés (comme on l’a vu par exemple de l’association Action Barbès ci-dessus), le Conseil citoyen du 18e arrondissement de Paris s’est montré préoccupé par ces carences dans plusieurs interventions au cours des trois dernières années.
    Sachant que les conseils citoyens, institués par la loi du 21 février 2014 sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine, mis en place dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, comme c’est le cas du quartier de la Goutte d’Or, ont pour objet de favoriser l’expression de la parole des habitants et participent à toutes les instances de pilotage du contrat de ville, ‘y compris celles relatives aux projets de renouvellement urbain (article 7 de la loi)’, le Conseil citoyen de Paris 18 a un intérêt avéré aux questions soulevées par les deux instances examinées ici et à leur issue amiable »

> Lire une présentation de la demande de médiation sur la page TEP Goutte d’Or dédiée aux recours sur le projet de renouvellement urbain du secteur Polonceau Goutte d’Or.

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Effet toboggan

Complément d’enquête sur le projet « Votre quartier se transforme! »

  • Amputé d’un cinquième de sa surface et flanqué d’un parc de jeux pour enfants, le TEP Goutte d’Or pourrait perdre le statut au nom duquel il aurait été enregistré.
  • Brandis comme les mannes justifiant de s’embarquer dans un projet mal ficelé et non concerté, les 3 millions d’euros de l’ANRU et de la Région sont en réalité affectés pour deux tiers à des projets qui ne sont pas ou plus liés à la rénovation du TEP, des locaux sous colonnade et de l’ancienne rue Boris Vian.

Comme une préfiguration (pré-vision) des futurs escaliers Boris Vian-Polonceau-Goutte d’Or, les escaliers Fleury-Goutte d’Or-Barbara actuellement fermés au public pour risque de mésusage* (photo CGO 6 novembre 2020 [zoom ici]).

Annoncé avec emphase par la Municipalité, le chantier devait soi-disant être lancé le 26 octobre 2020 (cf. « Les travaux démarrent ! »). Ce qu’Anne-Claire Boux ne savait pas, ou pas encore, lorsqu’elle laissait les habitants réunis le 9 octobre 2020 au Gymnase de la Goutte d’Or penser qu’il pourrait en être autrement (cf. « Les Verts à moitié vides et à moitié vides »).

Si, avec plus de 15 jours de retard sur le poing d’exclamation du maire, les travaux sur le TEP Goutte d’Or devaient commencer demain, comme les barrières posées hier incitent à le penser, ce serait à cause de l’ANRU et de la Région qui, à en croire également l’adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville, priveraient le projet de leurs participations financières respectives de 1,75 M€ et de 1,2 M€ (sur 13,73 millions d’euros).

Qu’à cela ne tienne, répondait en substance l’assistance nombreuse du 9 octobre 2020 qui, faute de concertation sérieuse, découvrait le projet ce soir-là : « On a assez avec 10,78 M€ pour faire mieux que ce qui est proposé pour 13,73 M€ », l’un des habitants regrettant même l’arrière-goût de chantage qu’on pouvait déceler dans la proposition de la maire adjointe.

Le coup des trois millions
à trois bandes

Depuis cet échange, Cavé Goutte d’Or a mené une enquête approfondie sur le budget de l’opération et les fameux 3 millions qui seraient perdus si elle ne démarrait pas tout de suite. L’association s’est notamment procuré le détail des onze lignes budgétaires retenues pour la Goutte d’Or dans la « convention pluriannuelle de renouvellement urbain du NPNRU parisien (18e, 19e et 20e arrondissements) », signée par la maire de Paris sur autorisation du Conseil de Paris du 11 décembre 2019.

Sans ergoter ici (on verra la question ailleurs et plus tard) sur l’utilité et le bon usage des postes budgétaires relatifs à la « concertation » dont on sait qu’elle n’a pas sérieusement eu lieu (375.000 € HT dont 163.500 pour l’ANRU) et à l’« étude externe sur le potentiel de transformation des parkings en sous-sol de la Goutte d’Or », une étude qu’on souhaiterait interne, tant qu’à faire (180.000 € HT dont 90.000 pour l’ANRU), on doit constater que certains postes concernent des travaux qui n’ont rien à voir avec le projet de réaménagement du TEP, tel que ce projet est circonscrit dans toutes les présentations, notoirement dans le dernier flyer de la Mairie intitulé « Réaménagement de la rue Boris Vian, de la place Remitti et des arcades de la rue de la Goutte d’Or, couverture et rénovation du terrain de sport » (voir notre présentation et analyse de ce dépliant ici).

Sur le montant de 1.751.181 € représentant le co-financement de l’ANRU à l’opération, une somme de 1.008.067 € ne concerne pas la zone décrite, ni le périmètre du permis de construire aujourd’hui contesté. Près d’un million d’euros en effet (927.963 € exactement) sont alloués à ce qu’il est convenu d’appeler la « résidentialisation » de 170 logements et divers lieux sur les rues Polonceau, de la Goutte d’Or, et de Chartres, tous hors site TEP/Boris Vian. Près de 30.00 € (29.079 exactement) sont destinés à la « restructuration d’un parking pour changement d’usage au 33 rue Polonceau », soit à la hauteur du jardin de L’Univert, donc passablement éloigné du projet débattu ; et un peu plus de 50.000 € (51.015 exactement) doivent aider à la « revalorisation de deux commerces aux 24 et 26 rue de la Goutte d’Or », correspondant aux anciens locaux de Paris Macadam et à l’actuel boutique d’opticien, à l’angle de la rue des Gardes, donc à l’extrémité opposée de l’ilot concerné.

Ne reste donc bien, de la subvention de 1,75 M€ de l’ANRU, que 743.114 € pour le projet dont la Mairie assure qu’il dépend de cette subvention. Outre les deux postes précités sur la concertation et l’avenir des parkings souterrains, l’ANRU ne cofinance en réalité que l’« aménagement du passage Boris Vian », donc le déplacement latéral de la partie haute de l’ancienne rue Boris Vian, pour 301.645 € sur 3.078.394 € et la couverture du TEP (187.974 € sur 1.929.263 €).

Pour ce qui est de la subvention de 1,2 M€ allouée par la Région Île de France, dont il est dit qu’elle serait le cas échéant entrainée dans la perte de celle de l’ANRU, elle est également sujette à caution, si l’on ose dire dans le contexte.

Les célèbres colonnailles de la Goutte d’Or. Coût du comblement prévu: 200.669 € dont 140.468 € à la charge de l’ANRU (Photo CGO 6 novembre 2020).

Correspondant à la contribution de la Région pour le secteur qui nous occupe, la somme de 1,2 M€ couvre deux postes du budget présenté dans la convention pluriannuelle : le poste désigné comme « requalification des arcades de la rue de la Goutte d’Or », à hauteur de 140.468 € sur 200.669 €, et le poste désigné comme « construction d’un bâtiment à vocation économique de proximité », à hauteur de 1.059.532 € sur 1.799.416 €. Or, ce dernier poste correspond au fameux « bâtiment zéro » qui serait construit sur l’ancien tracé de la rue Boris Vian, auquel la Ville aurait renoncé et dont il conviendrait alors, pour le moins, de ne pas présenter aux habitants l’économie comme une perte éventuelle.

L’argument des trois millions qui seraient perdus pour le projet alors que, pour plus de deux tiers, ils ne sont pas ou plus destinés au projet, doit donc être rejeté.

Le TEP disqualifié
par son éventuelle couverture

Pour ce qui est du TEP (« terrain d’éducation physique ») qui perdrait son usage au prétexte d’augmenter sa capacité d’utilisation, un habitant du quartier intervenu le 9 octobre a incité Cavé Goutte d’Or à examiner la question du changement de destination que pourrait subir cet équipement public une fois amputé d’un bon cinquième de sa surface et flanqué de jeux d’enfants risquant d’en limiter l’usage.

« Votre quartier se transforme! ». Dépliant publicitaire de l’opération (Ville de Paris, Mairie du 18e et Spl Pariseine, octobre 2020).

Résultat encore provisoire : Dans le recensement officiel des équipements sportifs, et sous les numéros d’inscription respectifs de 142396, 142397, 142398, on trouve, sous le nom de « Centre sportif de la Goutte d’Or », les 3 équipements bien connus du voisinage que sont le « gymnase de type C », la « salle polyvalente » et le « TEP/Tennis ». Le site Sport en France confirme en présentant ce qu’il appelle lui aussi le « Centre sportif de la Goutte d’Or » dans lequel il compte les trois équipements distincts : le gymnase, la salle polyvalente et le TEP (lien ici).

Le site de la Mairie de Paris distingue, pour sa part, ce qu’il appelle « stades » de ce qu’il appelle « terrains de sports » et qualifie ceux-ci comme « permettant la pratique libre de multiples sports » (lien ici). Il en compte trois dans le 18e arrondissement, dont celui de la Goutte d’Or (voir capture d’écran).

Sans apparemment déroger au statut du TEP, l’aménageur bénéficiaire du permis de construire maintient un « terrain de sport » (voir extrait de sa notice), mais, dans sa publicité frivole destinée aux habitants (« Votre quartier se transforme ! »), il vend et vante « un terrain d’éducation physique pour le sport et les loisirs » :

  • « Le projet offre de nouveaux usages au terrain de sport. Il mixera pratiques sportives et espace de loisirs pour les familles en proposant un terrain multisports couvert pour la pratique du football, du basket et du handball et un terrain d’aventure pour les plus jeunes » (sources).

Or, selon nos premières investigations, la suppression totale ou partielle d’un équipement sportif dont le financement a été assuré par une ou des personnes morales de droit public est sujette, comme la modification de son affectation, à une autorisation, elle-même subordonnée à la condition que l’équipement supprimé ou modifié soit remplacé par un équipement équivalent, – par exemple dans les sous-sols de Drouot Montmartre comme il a été proposé à la Mairie l’hiver dernier (ici pour mémoire).

En concertation avec elles-mêmes, les Mairies de Paris et du 18e auraient-elle oublié de joindre au permis de démolir et au permis de construire les autorisations nécessaires en la matière ? À suivre.

*

*Escaliers Barbara – Régulièrement squattés par les élèves de l’école d’architecture de la Goutte d’Or, dont les professeurs ont conçu, dans les années 1990, l’un des quartiers phares de l’urbanisme ensauvageant, les escaliers du centre Fleury-Goutte d’Or-Barbara sont actuellement interdits à la station assise. Le temps, dit-on, de faire comprendre aux usagers qu’il ne convenait pas de donner des coups de talons dans les parois vitrées de l’édifice avant de déguerpir vers les hauts de la Goutte d’Or au premier car de police municipale venu. Contrairement à ce qui pourrait paraitre au premier abord, le panneau d’interdiction est écrit dans toutes les langues du canton, mais les versions destinées aux ressortissants danois et chaux-de-fonniers (respectivement compatriotes d’Hamlet et de Le Corbusier) apparaissent en petits caractères beiges sur fond blanc, – comme dans les contrats d’assurances pour bris de glaces.

Le TEP Goutte d’Or à la page. L’association Cavé Goutte d’Or et un habitant du 2 rue Saint Luc ont déposé, le 20 octobre 2020, un recours de droit administratif en excès de pouvoir contre le permis de construire accordé le 19 août 2020 à la Société Pariseine. Cette procédure fera l’objet d’une chronique régulière sur le blog. Cavé Goutte d’Or n’étant pas seule requérante, le blog réserve une page dédiée à cette chronique, séparée de sa rédaction qui n’engage ainsi pas les requérants et autres intervenants à la procédure. Voir la page TEP Goutte d’Or.

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Les libraires ad Myrhables

Jamais seul au seuil de La Régulière

  • La célèbre librairie de la rue Myrha reste ouverte en in and out*.
  • Cavé Goutte d’Or y a trouvé récemment L’architecture mobile de Yona Friedman et La théorie du tube de dentifrice de Peter Singer.

L’architecture mobile de Yona Friedman (1923-2020) est paru en août 2020 aux éditions de L’Éclat. La Théorie du tube de dentifrice de Peter Singer est paru en mai 2018 aux éditions Goutte d’Or. Agrandir.

Les deux livres étaient en stock, le premier (éditions de l’Éclat 2020) était en présentation sur le comptoir et le second (éditions Goutte d’Or 2018) a été trouvé en un clin d’œil dans les rayons il y a quelques jours, lors d’une des plus récentes séquences de travail de l’association dans l’atelier de lecture qui donne magistralement sur les rues Myrha et des Gardes.

Un lieu qui fait lien

Au cœur de La Régulière re-bientôt, au seuil de La Régulière d’ici-là, Cavé Goutte d’Or invite ses amis à partager leurs lectures durant les prochaines semaines.

> L’architecture mobile sur le site des éditions de l’Éclat.
> Yona Friedman (1923-2020).
> Théorie du tube de dentifrice sur le site des éditions Goutte d’Or.
> Présentation sur Youtube.
> Lien sur Le Point, via La Coopmune de Paris qui nous a fait découvrir l’ouvrage.

Mise à jour du 3 novembre 2020

*ou click and collect (le blogmaster a parfois de ces côtés vieux jeu!)
France Culture accueillait ce matin 3 novembre 2020 le quartier de la Goutte d’Or et son association de commerçants dans un reportage sur le petit commerce live (notre tweet ci-dessous): 

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Splash Info

L’ancienne rue Boris Vian en bande dessinée

  • Dans un flyer à six volets, l’exécutif parisien exécute en toute transparence le quartier dont la Mairie estime qu’il n’avait pas été assez détruit lors de sa première rénovation.
  • Arrogance et mépris vont naturellement de pair dans cette coproduction Ville de Paris, Mairie du 18e et Spl PariSeine qui joue du vous et du nous pour mieux cacher les eux qui font le leurre de l’opération.

Image Ville de Paris, Mairie du 18e, Spl PariSeine (page 4 du flyer).

Dans notre surtitre Splash Info, splash est une onomatopée d’origine anglaise qui « mime le bruit d’un objet rencontrant un liquide », explique Wikipédia. Elle est parfois traduite en français par plouf, poursuit le dictionnaire en ligne. Nous garderons splash qui rend mieux que plouf l’expression « Flash Info » que les démolisseurs de la Goutte d’Or utilisent désormais pour raconter leur dernière tentative de mainmise sur le quartier.

Après avoir reçu le flash-info du 16 octobre 2020 indiquant avec force exclamation « Les travaux commencent ! » (ici pour mémoire), les habitants de la Goutte d’Or devraient ainsi « s’inscrire au Flash Info chantier pour suivre toute l’actualité du projet en faisant une demande sur chantier.gouttedor.borisvian@pariseine.fr ».

Éclaboussures

Page de garde du flyer (détail). Page entière.

Splash rend aussi mieux que plouf l’idée d’éclaboussures récupérée par le jargon informatique qui parle de splash screen, littéralement « écran d’éclaboussures » traduit en français par « page de garde », « écran fugitif » ou « fenêtre d’attente ». Les communicants de la Mairie choisiront ce qu’ils préfèrent.

Pour notre part, nous partageons dans ce premier splash info un rapide examen sémantique et politique du dépliant qui annonce : « Votre quartier se transforme ! », avec le même point d’exclamation qui suivait « Les travaux démarrent ! » (Les Verts auront au moins réussi, dans cette aventure qui marque du sceau du renoncement les 100 jours de leurs adjoints à la Mairie du 18e [le 21 octobre 2020], à faire que les points d’exclamation soient recyclés).

Le vous et le nous du leurre – La difficulté du pouvoir municipal à distinguer le nous du vous avait  été signalée sur le blog en janvier 2019 lorsqu’il s’était agi de présenter l’un des nombreux splash screens (ou écrans fugitifs, donc) concoctés pour la Goutte d’Or Sud (ici pour mémoire). Nous n’y revenons que pour souligner la disparition de la locution « avec vous » encore présente en 2019 dans les slides de « Tous mobilisés ». « Votre quartier »… « se transforme »… et « la concertation se poursuivra »… sans vous, souligne un de nos fidèles lecteurs : sans le mot vous qui ne se trouve en effet que dans l’expression « inscrivez-vous au Flash Info chantier » (étrangement sans le point d’exclamation qui suit d’ordinaire le mode impératif et que les communicants municipaux réservent manifestement à leurs affects qu’ils voudraient nôtres):

  • « Le point d’exclamation exprime la surprise, la joie, la crainte, l’émerveillement, la colère, l’ordre, etc. Il a une valeur affective que n’ont pas les autres signes de ponctuation, et son emploi est souvent facultatif : il dépend avant tout de la volonté de l’auteur », rappelle un cordial manuel de grammaire en ligne).

Page 2 du flyer (extrait). Page entière.

Opération Goutte d’Or Sud-II – Ni vous, ni nous, ni eux dans l’assertion selon laquelle « la Goutte d’Or Sud entre dans une deuxième phase de transformation ». Ce serait donc le quartier lui-même, tout seul, qui entrerait, quarante ans plus tard, dans on ne sait quoi.

« Un nouveau souffle en rénovant et en embellissant l’espace public » – Les communicants municipaux n’en manquent pas, de souffle, pour présenter sous l’angle de l’embellissement un travail bâclé qui s’affiche comme ne visant qu’à cacher les erreurs de l’opération Goutte d’Or Sud-I (1980-2020), erreurs déjà camouflées par l’abusage du mot « mésusages ».

Page 3 du flyer (extrait). Page entière.

« Une architecture ouverte sur le quartier et privilégiant la langue de bois le bois » – S’inscrivant fièrement, comme on vient de le voir, dans la lignée de l’opération Goutte d’Or Sud-I, l’opération Goutte d’Or Sud-II méconnait avec la même fierté le patrimoine historique et architectural détruit sur lequel elle vient inscrire sa médiocrité. Pas même le sens de la réparation, seulement celui de la surenchère. Et ce serait « pour conserver la luminosité du quartier » (non mais !?) qu’elle prétendrait maintenir « un éclairement naturel » sur le TEP qu’elle ne se contente pas de couvrir.

« Un terrain d’aventure pour les plus jeunes » – L’opération Goutte d’Or Sud-II ne se contente pas, en effet, de couvrir le TEP. Elle l’ampute et en brise l’usage premier. Avec elle, le TEP serait réduit d’un quart pour laisser place à l’escalier déplacé, et occupé sur un autre quart par des toboggans pour enfants, ce qui est sympathique mais pas l’objet d’un TEP. « Les habitants de la Goutte d’Or sont de grands enfants », continue sans doute de penser le jeune Éric Lejoindre, dont nous avons déjà dit sur ce blog qu’il n’avait que quatre ans au moment où fut prise la décision de démolir la Goutte d’Or (1984).

  • D’où peut-être l’insistance du maire du 18e à devenir le père de l’opération Goutte d’Or Sud-II : ce serait lui, en effet, qui tient le plus à l’opération à en croire certains Verts qui tentent d’excuser d’expliquer leur renoncement en racontant qu’Éric Lejoindre a systématiquement bloqué toute tentative de concertation publique : « Il veut son escalier », résume un élu EELV au Conseil de Paris.

Les escaliers Éric Lejoindre

On sait que l’ancienne rue Boris Vian, qui a perdu la légitimité de son appellation le 2 mai 2018 (ici pour mémoire), avait été brièvement nommée « rue Anne Hidalgo » le même 2 mai, avant-dernière Saint Boris célébrée par Cavé Goutte d’Or et ses nombreux amis.

Comme nous l’écrivions alors, « c’était hier ». Aujourd’hui, on peut donc parler des escaliers Éric Lejoindre, du nom du maire récemment réélu dans les cinq bureaux de votes de la Goutte d’Or Sud par 1.447 votants sur 1.955, confortable majorité d’une importante minorité: on se souvient en effet que 33,7 % des électeurs inscrits dans le 18e se sont déplacés le 28 juin 2020 (ici pour mémoire).

Notre  billet du 22 juillet 2020: « La Goutte d’Or municipalisée a sévèrement rejeté les urnes municipales » (Sources: VisuCity.com).

« Des commerces revalorisés » – Rien n’est vraiment prévu pour les commerces dans le projet municipal qui fait au contraire la part belle aux locaux associatifs (nous y reviendrons) et prétend « renforcer (sic) l’attractivité (sic) » du secteur « grâce à une offre commercial diversifiée » alors qu’il enfonce le quartier dans la municipalisation à outrance dont il souffre, les dernières élections municipales illustrant l’échec de la politique menée sur la Goutte d’Or (voir image ci-contre: les rares votants de la Goutte d’Or Sud au deuxième tour, et les encore plus rares votants pour la liste d’Éric Lejoindre devront-ils s’inscrire à l’avance pour le toboggan du « terrain d’aventure » ou « votre espace jeunes » dont on annonce à l’avance le retour au grand dam des riverains, page 5 du flyer).

« Plus de loisirs » – Qu’on l’entende comme une punition parentale ou médicale de type « plus de télé », « plus de dessert », « plus de beurre », ou comme un slogan publicitaire qui ferait miroiter « davantage de loisir », ce que voudraient sans doute qu’on entende les communicants municipaux, l’expression « plus de loisirs » prête à sourire. Il n’y a en effet, de longue date, plus aucun loisir dans le secteur, pas même celui d’aller au Leader, brûlé par inadvertance en février 2019, à ce jour non remplacé (à peine fut-il libéré, la semaine dernière, de ses stocks et des rats qui l’avaient envahi).

  • Et ce n’est pas l’idée absurde de rogner le TEP pour y flanquer « un espace de loisirs pour les familles » ou « un terrain d’aventure pour les plus jeunes » qui rendra l’opération Goutte d’Or Sud-II plus aimable.

D’autant que « les plus jeunes », pour le dire comme le splash-info de la Mairie, ne manquent pas de « terrains d’aventure » dans le secteur : à un jet de pierres de l’actuel TEP Goutte d’Or, la partie Sud-Est du square Léon est réservée aux très jeunes qui, une fois qu’ils ont peu grandi, trouvent à l’angle Nord-Ouest du square et dans la bien nommée rue des Gardes de quoi s’ébattre avec des capsules rigolotes. Les plus âgés des plus jeunes trouvent également un « terrain d’aventure » en contre-bas de l’actuel TEP et du futur toboggan d’Éric Lejoindre, sur la place Polonceau où ils jouent au guet en attendant de pouvoir jouer aux autres aventures que leur réserve le quartier depuis les années 1980.

Pendant les travaux,
la sécurité continue

Dans le prolongement de leurs « échanges constructifs » salués sur leurs comptes tweeter respectifs, Nicolas Nordman, Éric Lejoindre, Alexandra Cordebard et Action Barbès (respectivement maire adjoint d’Anne Hidalgo, chargé de la prévention, de la sécurité et de la police municipale, maire du 18e, maire du 10e, et association Loi 1901 « qui a pour objectif d’améliorer le cadre de vie aux confins des 9e, 10e et 18e arrondissements de Paris ») auraient proposé d’assurer aussi la tranquillité publique sur le secteur Polonceau, Goutte d’Or, tant qu’à faire.

Cela que les travaux commencent, comme l’annoncent bruyamment les démolisseurs, ou qu’ils soient reportés, comme le demandent plus discrètement plusieurs habitants du quartier dans l’attente de voir respectées les conclusions de l’enquête publique diligentée en juin 2019 par la maire de Paris.

L’opposition aux permis aussi

Quelle que soit donc la légalité du permis de démolir et du permis de construire, l’un et l’autre objets de recours devant le Tribunal administratif de Paris, et de la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 qui pense avoir régulièrement levé les réserves issues de l’enquête publique et régulièrement constaté le déclassement de l’ancienne rue Boris Vian, une délibération elle-même portée devant le Tribunal administratif de Paris, les habitants du quartier peuvent être rassurés sur « l’agir fortement en faveur de la tranquillité publique ».

Les covisibilités multiples entre l’église Saint Bernard, monument historique classé, et l’opération Goutte d’Or Sud signalées au Tribunal administratif par les requérants qui l’ont saisi le 20 octobre 2020.

Et si, à eux quatre, Nicolas Nordman, Éric Lejoindre, Alexandra Cordebard et Action Barbès ne réussissent pas à ramener l’ordre sur le secteur, autant suspendre les travaux censés le ramener. Et réfléchir enfin sérieusement à cette opération.

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Point d’exclamation

« Les travaux démarrent ! »

  • Les Mairies de Paris et du 18e n’ont pas tardé à annoncer que leurs alliés Verts avaient trahi leur engagement électoral sur la Goutte d’Or.
  • Elles l’ont fait avec un point d’exclamation à « démarrent ! » qui traduit un sentiment de victoire (comme on parle de sentiment d’insécurité ou d’impression de beau temps*).
  • Victoire à la Pyrrhus car, quelle que soit la date de son éventuel démarrage, l’opération Goutte d’Or Sud 2020 est déjà marquée par la volonté désespérée et désespérante de la Municipalité en place de faire pire que ses prédécesseurs lors de l’opération Goutte d’Or Sud 1980.
  • Avec les mêmes trahisons, mensonges et échecs annoncés. Les mêmes erreurs de priorités que n’ont pas manqué de souligner les nombreux participants très remontés contre un projet qui a perdu toute forme de crédibilité, d’actualité, de légitimité.  

Flash-info de la Mairie posté le vendredi 16 octobre 2020 à 15h45. Lire le texte complet avec le programme des travaux.

S’appuyant sur la petite trentaine d’associations municipalisées qui forment le socle de leur politique prétendument consensuelle dans la Goutte d’Or (associations très présentes mais très taisantes lors de la « réunion publique d’information » du 9 octobre au Gymnase de la Goutte d’Or) et sur le renoncement politique des Verts à poursuivre la concertation concernant le projet de rénovation urbaine du secteur Polonceau-Boris Vian-Goutte d’Or, les Mairies de Paris et du 18e poursuivent leur fuite en avant.

La réunion dite « d’information » tenue le 9 octobre 2020 avait pourtant mis tous les feux à l’orange, le rouge étant réservé ce soir-là à la colère des nombreux habitants devant un aréopage d’élus mal préparés leur racontant de gros mensonges sur le ton des fausses confidences.

Anne-Claire Boux funambule

À trois reprises (la troisième suscitant hélas le courroux de notre correspondant dans la salle qui le regrette), l’élue du 18e Anne-Claire Boux, numéro 2 de la liste d’Éric Lejoindre au deuxième tour des Municipales, aujourd’hui adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville, a développé l’idée selon laquelle :

  • 1) « Nous sommes là ce soir pour décider si on lance les travaux »…
  • 2) …« sachant que, si on ne les lance pas, la contribution de l’ANRU (1,75 M€ sur 12,53 M€ ndlr) sera perdue et ira sur un autre projet ailleurs en France ».

On savait que la devise de Paris invitait à la navigation courageuse. Pas au point de mener sans ambages les piétons en bateau (texte figurant sur un panneau de travaux, rue du Poteau).

Les deux assertions sont erronées. Elles purent néanmoins être assénées trois fois, trois fois avec le même sourire emprunté, trois fois avec le même aplomb feint, trois fois avec la même impossibilité de contradiction puisque les règles inventées par Maya Akkari, adjointe à la Politique de ville dans le 18e, chargée d’animer la séance, imposaient une stricte parité homme femme et interdisaient à toute personne qui avait déjà parlé de re-parler si d’autres qui n’avaient pas parlé demandaient la parole, quitte à la susciter des nombreux autres représentants institutionnels dans la salle: ainsi des élus ou fonctionnaires qui intervenaient (sans limites de temps ni de genre quant à eux), invités à faire la claque, à défaut de bise, à la Municipalité.

L’insistance d’Anne-Claire Boux à faire ou laisser croire aux habitants qui participaient le 9 octobre 2020 à ce qui était présenté comme une réunion « d’information » (ni de concertation ni, encore moins, de décision) qu’ils pourraient décider ne pas lancer des travaux dont le permis était fièrement affiché à l’entrée de la salle relevait, au choix de l’intéressée et du public, de la méconnaissance du dossier, de l’impréparation, ou de l’imposture. Dans son intervention, Cavé Goutte d’Or se contenta d’évoquer l’erreur sur la personne en ces termes :

  • Aussi nombreux et engagés soient-ils ce soir-là, les participants n’avaient aucun pouvoir décisionnel sur un permis de construire accordé par la maire de Paris le 19 août 2020, susceptible de recours jusqu’au 19 octobre 2020 (neuf jours après la réunion d’information). Seule la Ville pouvait, à ce stade, retirer son permis ou le suspendre. À défaut, seul le Tribunal administratif pourrait, s’il en était saisi, annuler le permis.

La trahison des Verts

Les travaux pouvaient donc être lancés (et le seraient, ô combien ! du moins si l’on en croit le flash-info fanfaron de la Mairie) quelle que puisse être l’improbable réponse à l’imprudente question de l’adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville : « Est-ce qu’on va de l’avant ? ». Comme en témoigne au besoin l’annonce de leur lancement une semaine plus tard, avec un calendrier précis diffusé le 16 octobre 2020 sur le même réseau d’information de la Mairie du 18e, l’idée d’Anne-Claire Boux qu’il pût en être autrement était faite pour faire pschitt ! Ou pour briser l’élan d’une carrière politique naissante.

Il ne sera en effet pas facile à la jeune élue du 18e de remonter la pente glissante que lui a savonnée Éric Lejoindre en se faisant porter pâle à la soirée du 9 octobre 2020. Car c’est manifestement au pied levé qu’Anne-Claire Boux a remplacé le maire du 18e qui, comme l’avait deviné la veille le collectif ONJM (ici), était bel et bien absent le 9 octobre. Et c’est manifestement faute d’information précise sur le programme (pourtant commun) de son allié de gouvernement quant au lancement très proche des travaux qu’elle a pu s’enfermer dans un récit trompé et trompeur sur leur éventuel report pour concertation.

Droits verrouillés. D.R.

Cela dit, Anne-Claire Boux et les Verts en général connaissent parfaitement le dossier et les positions prises avant le premier tour des Municipales par les prédécesseurs de l’équipe actuelle, Sandrine Mees en tête lors de sa brillante intervention devant le conseil de Paris du 11 décembre 2019.

C’est donc en parfaite connaissance de cause qu’ils se sont rendus, le 9 octobre 2020, à leurs alliés qui demeurent manifestement leurs patrons. Le deuxième volet du message d’Anne-Claire Boux, celui qui aurait trait à la prétendue perte de la subvention de l’ANRU si le projet n’était pas lancé tel que la Ville le voulait, il s’apparente à une forme de chantage qu’un membre du collectif Saint Luc, issu d’habitants du 2 rue Saint Luc, illustra parfaitement dans un propos ouvert qui laisse bon espoir aux habitants du quartier sur les luttes à venir pour sa préservation.

Mario Gonzalez, sed lez

Pile Dalloz. Face Gonzalez. D.R.

Comme en contrepoint au discours lénifiant de sa collègue Verte, le nouvel adjoint PS à l’Urbanisme dans le 18e arrondissement, dont la réunion publique d’information du 9 octobre 2020 était le baptême du feu es-qualités, raconta pour sa part que tout avait été concerté, que tout le monde était d’accord avec tout et que tout était prêt pour affronter l’adversité éventuelle des recours.

Même s’il estima devoir choisir le ton de la diatribe violente contre les habitants qui ne seraient pas d’accord avec le projet et choisiraient la voie du recours, ce serait en effet un discours aussi erroné que celui de sa collègue Anne-Claire Boux que Mario Gonzalez tiendrait à l’assistance qui n’en demandait pas tant, davantage préoccupée qu’elle était par les défaillances de la Municipalité en matière de sécurité et de qualité de vie. Sautillant et virevoltant entre les slides de son powerpoint et les critiques sur la délinquance, le jeune homme eut beaucoup à cœur, et presque à point, de fustiger les prétendus « recours sur recours » qu’aurait suscité le projet alors qu’aucun n’avait, à ce jour, été déposé contre le permis de construire. On aurait attendu plus de respect du juge et du contradictoire de cet élu PS qui prenait par ailleurs soin de se présenter à l’assistance comme avocat dans le civil.

Vers le contradictoire

Comme le dit le Flash-info de la Mairie (qui utilise en bas de page un étrange logo où il est probable que Boris Vian ne se retrouve pas plus que dans le titre « Réaménagement Boris Vian », mais c’est une autre histoire): « des informations complémentaires arriveront très prochainement ». Et il est probable que Cavé Goutte d’Or, entre autres, participe à ces très prochaines informations complémentaires. À suivre.

*Voir notre billet du 4 septembre 2020: Vers une class action?

> Lire en page humeur : Les Verts à moitié vides et à moitié vides.

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Jamais trop tard

Une Goutte d’Or informée en vaut deux

  • La Mairie du 18e tente de doubler ses malheureux scores de mars et juin en invitant les rares habitants de la Goutte d’Or qui ont participé aux dernières municipales* à une « réunion publique d’information » sur le projet de requalification de la Goutte d’Or Sud.
  • En prévision de cette réunion d’information qui semble sérieusement écarter la promesse électorale des Verts qui annonçaient une reprise de la concertation, le blog de Cavé Goutte d’Or fournit à ses lecteurs quelques éléments qui peuvent également avoir valeur… d’information.

Les contours du projet (extrait du dossier de permis de construire).

Pour l’occasion, on pardonnera au blogmaster de séquencer son propos en cinq points

1) Les réserves du commissaire enquêteur n’ont pas été levées.
2) Le déclassement de la rue Boris Vian n’a en conséquence pas été acté régulièrement.
3) La délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 est contestée devant le Tribunal administratif.
4) Les autorisations d’urbanisme sont elles aussi objets de recours administratifs gracieux et contentieux.
5) Les réseaux sociaux traduisent la désinformation dont souffre le quartier sur ce projet en particulier et les questions d’urbanisme en général.

*

1) La levée des réserves – On se souvient que, le projet de requalification impliquant la privatisation de certaines emprises du domaine public, notamment les espaces sous colonnade de la rue de la Goutte d’Or et le tronçon haut de la rue Boris Vian qui doit être déplacé latéralement, la maire de Paris a diligenté une enquête publique préalable à la décision de déclassement.

L’enquête publique s’est tenue en juin et juillet 2019 et a donné lieu à un rapport du commissaire enquêteur déposé le 25 juillet 2019, rendu public un mois plus tard. De même qu’elle avait contribué à l’enquête en déposant un mémoire circonstancié intégralement cité dans le rapport, l’association Cavé Goutte d’Or a présenté et commenté les conclusions du rapport sur les pages de son blog dès le 2 septembre 2019.

Lire aussi: Sérieux revers pour l’urbanisme parisien sur la prétendue opération Boris Vian

On sait ainsi que le commissaire enquêteur a émis deux réserves à l’avis favorable qu’il donnerait au déclassement de la rue Boris Vian, la forme du conditionnel au verbe donner venant du fait que l’avis favorable est « réputé défavorable jusqu’à la levée des réserves ». Les réserves impliquaient (1) que les projets alternatifs qui semblaient exister soient examinés dans la mesure où ils étaient présentés à la Mairie avant la fin d’octobre 2019 et (2) que la Ville de Paris organise ensuite une concertation et un dialogue supplémentaires de novembre 2019 à février 2020 et obtienne, avant de publier un arrêté de déclassement, une approbation si possible majoritaire des parties concernées, habitants, riverains, associations.

Le constat de la levée des réserves appartient au Conseil municipal. Or le Conseil municipal ne s’est pas prononcé sur la levée des réserves. La délibération qui lui a été soumise le 11 décembre 2019 porte sur le déclassement, non sur la levée des réserves qui n’y est qu’implicite alors qu’elle doit être explicite.

Ces éléments très techniques sont développés dans un recours au Tribunal administratif déposé le 24 août 2020 par Cavé Goutte d’Or. De manière plus prosaïque, les élus ont confirmé que la levée des réserves n’était pas réalisée lorsque le Conseil municipal a été appelé à se prononcer sur le déclassement. Il en était ainsi de la conseillère EELV Sandrine Mees (« À notre sens,  les  réserves  émises  par  le  commissaire  enquêteur  ne  sont  pas levées et la délibération arrive prématurément ») et, plus étrangement, du conseiller PC Jacques Baudrier, porteur de la délibération litigieuse qui déclara lors de la séance du 11 décembre 2019 : « Les réserves sont ou seront levées pour l’obtention du permis de construire ». Entendez : si elles ne le sont aujourd’hui, elles le seront en temps utiles.

Lire aussi: La Mairie de Paris perd son allié Vert sur la requalification de la Goutte d’Or

2) Le déclassement du domaine public – Faute de levée des réserves antérieure à la décision de classement, celle-ci n’a pas eu lieu régulièrement. Si les conclusions du commissaire enquêteur sont défavorables à l’opération projetée (ce qui est le cas – il le rappelle lui-même dans son rapport – de conclusions favorables avec réserves, réputées défavorables jusqu’à la levée des réserves), le Conseil municipal est appelé à émettre son avis par une délibération motivée. La levée des réserves étant seule à pouvoir rendre à nouveau favorables des conclusions réputées défavorables tant que les réserves ne sont pas levées, l’avis du Conseil municipal sur la levée des réserves du commissaire enquêteur devait être sollicité séparément de son avis sur le déclassement.

3) La saisine du tribunal administratif – Le recours de Cavé Goutte d’Or a été enregistré au greffe du Tribunal administratif de Paris le 24 août 2020. À notre connaissance, la Ville n’avait pas déposé de mémoire en défense le 6 octobre 2020, date à laquelle sa Mairie du 18e arrondissement invitait les habitants à une « réunion publique d’information » sur le projet qui, sans déclassement préalable du domaine public, ne peut en aucun cas prospérer.

4) Les autorisations d’urbanisme bien mal acquises – Déposées, instruites et parfois accordées avant même le vote du conseil municipal du 11 décembre 2019, les demandes d’autorisations qui ont suscité le permis de démolir du 21 octobre 2019 et de construire du 19 août 2020 souffrent de la précipitation qui a marqué les étapes de la procédures administrative rappelées brièvement ci-dessus.

Un premier permis de démolir avait en effet été accordé à la société ParisSeine le 21 octobre 2019, près de deux mois avant que le Conseil municipal ne soit appelé, de manière irrégulière selon nous, à constater la levée des réserves et voter le déclassement. Même si ce vote avait eu lieu régulièrement, il n’aurait eu lieu que le 11 décembre 2019. En conséquence, la Ville de Paris a, en tout état de cause, disposé prématurément du domaine public en autorisant PariSeine, en octobre 2019, à modifier les espaces qui ne seraient déclassés (le seraient-ils régulièrement) qu’en décembre 2019. Un recours contre ce permis est pendant devant le Tribunal administratif de Paris depuis le 9 juillet 2020. À notre connaissance, ni la Ville de Paris ni sa société d’aménagement n’avaient déposé de mémoire en défense le 6 octobre 2020, date à laquelle la Mairie du 18e arrondissement invite les habitants à une « réunion publique d’information ».

Il en est de même du permis de construire accordé le 19 août 2020 suite à une instruction entamée bien avant le déclassement (toujours contesté) du 11 décembre 2019. PariSeine a en effet déposé sa demande de permis de construire le 2 octobre 2019, avant même le délai au 30 octobre donné par le commissaire enquêteur pour le dépôt des projets alternatifs à examiner. La Ville a lancé ses consultations dans la foulée, le 10 octobre 2019 (voir facsimilé d’une réponse positive de la Préfecture) et la Mairie du 18e arrondissement a donné son aval le 7 novembre 2019, avant que la question des réserves et du classement ne passe devant le Conseil de Paris (ici).

5) Les réseaux sociaux – Les associations Goutte d’Or et vous et Action Barbès sont parmi les rares à avoir relayé, comme nous au pied de notre billet du 6 octobre sur l’esthétique, l’invitation de la Mairie du 18, Action Barbès précisant « espérer qu’à l’issue de cette réunion on disposera enfin d’éléments concrets et d’un calendrier prévisionnel pour ce projet » (lien). C’est faire abstraction des débats encore en cours (dans tous les sens du terme), des contestations, des projets alternatifs et c’est hélas ce que traduit la conversation suscitée sur Tweeter où la même association recueille quelques opinions, dont celles des traditionnels bateleurs qui, à force de faire dans la défense autoproclamée du citoyen prétendument abandonné, finiraient par priver ce dernier de toute réflexion et de ses droits eux-mêmes:

  • Alors en effet qu’une tweeto évoque, résignée, « la douce glissade de la concertation vers l’information ou comment plumer la poule sans la faire crier » (ici), un autre décrète, censeur: « La densification via la surélévation du gymnase, c’est déjà décidé par la Mairie et jamais rien ne la fera revenir en arrière » (ici). On peut voir dans ce propos une version en miroir du célèbre « renoncement à l’effort architectural » fondé sur le « type de population » qui a fait les beaux jours des destructeurs du quartier pendant les quarante dernières années (ici).

* Cf. « La Goutte d’Or municipalisée a sévèrement rejeté les urnes municipales » (notre billet du 22 juillet 2020).

*

Salut à Claudie Carayon

Claudie Carayon nous a quittés le 3 octobre 2020 à Albi où seront célébrées ses obsèques ce vendredi 9 octobre à 15 heures. L’hôte des célèbres « 26 Chaises », où ont été vernies tant d’expositions, organisés tant d’évènements du quartier, était connue pour sa grande culture, sa générosité et son action au sein de plusieurs associations, dont Paris Goutte d’Or, dès sa création au début des années 1980. Elle a participé à la vidéo de Cavé Goutte d’Or sur « 35 ans de rénovation urbaine », dont est extraite l’image ci-dessus. Dans le décor de l’ancien restaurant « À la Goutte d’Or », Claudie lisait avec humour et ironie la notice de présentation de la Direction  des affaires culturelles de la Ville de Paris jointe à la déclaration préalable en vue d’une fresque sur la place Polonceau, fresque qu’on distingue sur l’image. Un hommage lui sera rendu dans le quartier prochainement. Cavé Goutte d’Or présente ses condoléances à sa famille et ses nombreux amis.

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Même pas peur

Hidalgo s’attaque à « l’esthétique de Paris »

  • À l’image de Donald Trump qui aurait « beaucoup appris sur le Covid en en faisant l’expérience lui-même », Anne Hidalgo aurait-elle beaucoup appris sur l’esthétique en suivant les campagnes « Embellir Paris » qui ont égrené son premier mandat ?
  • Au point d’ouvrir, à l’orée du second, ce que le Monde appelle déjà « un grand débat sur l’esthétique de Paris ».

Photo D.R.

Grâce à la politique destructrice qui, sous couvert de résorption de l’habitat insalubre, a permis la démolition de son patrimoine historique et architectural dans les années 1980, la Goutte d’Or a connu son grand débat sur l’esthétique bien avant qu’Anne Hidalgo ne tente (entre deux conférences de presse sur la fermeture des bars pour cause de Covid) de mettre la question dans la tête de ses administrés qui, déjà, étaient invités à co-réviser le PLU d’ici au 17 octobre 2020.

Vidéo citoyenne sur le site de la Mairie de Paris. Le récit de l’étudiant en théâtre qui explique le projet mérite l’écoute attentive du citoyen participatif.

À l’image, peut-être, du  grand débat d’Emmanuel Macron (notre contribution du 8 avril 2019), dont on parle encore moins que du plan Borloo (d’Emmanuel Macron aussi si l’on en croit les 75% qu’il en aurait réalisés depuis qu’il l’a écarté [notre billet du 4 octobre 2020 sur le séparatisme urbaniste]), après les multiples projets du prétendu « Budget participatif », dont plusieurs violent ouvertement le PLU existant et les règles d’urbanisme en matière d’autorisations de construire, de démolir ou d’aménager n’importe quoi, et l’ouverture d’une plateforme participative sur la révision citoyenne du PLU censée dessiner le Paris de 2030, voilà donc que l’équipe municipale à peine réélue souhaiterait convoquer spécialistes et citoyens à la coconstruction d’un « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » (Le Monde du 5 octobre 2020) , « un manifeste qui s’appliquera à tous les aménagements et mobiliers urbains dès septembre 2021 » (BFMTV, 6 octobre 2020).

Stop ou encore ?

Cette énième invitation citoyenne tombe assurément mal, au moment où les célèbres zincs qui ont tant fait pour l’image de Paris (sans parler pompeusement de son esthétique) sont fermés au public mais, pas plus qu’il n’a raté l’étrange évocation de l’urbanisme dans le discours du président de la République sur le séparatisme, le blog de Cavé Goutte d’Or ne saurait raté l’irruption de l’esthétique dans le programme de la maire de Paris, l’un et l’autre (le président et la maire) semblant rivaliser dans l’entassement des grands débats.

Photo D.R.

Car, comme nos lecteurs le savent hélas bien, la Goutte d’Or a cheminé au cours des quarante dernières années aux côtés du binôme « urbanisme/esthétisme » que lui ont concocté, déjà, l’Élysée et l’Hôtel de Ville (à l’époque François Mitterrand et Jacques Chirac, Lionel Jospin et Alain Juppé).

C’est dès 1993 en effet que la Goutte d’Or a été appelée, au nom d’une appréhension asociale du logement social, d’une conception étriquée des quartiers populaires, à « mettre l’esthétique au rencart » (et Dieu sait combien l’expression elle-même manque d’esthétique). Il s’agissait alors de faire des économies et, tout en prétendant ne pas céder sur le politique au sens faible (tenir contre la Ville et la Préfecture), on cèderait sur le politique au sens fort (notre billet du 14 février 2012). Au risque de creuser encore un sillon qui finirait (qui finira peut-être) par enterrer le message de Cavé Goutte d’Or, il faut rappeler que ce renoncement est daté du moment où les associations du quartier, à la tête desquelles Paris-Goutte d’Or, initialement créée pour empêcher sa destruction, ont dévié de ce but pour au contraire en accompagner la destruction à compter de 1993. Le tournant est expliqué par son président d’alors, devenu ensuite et pour longtemps l’adjoint au maire du 18e  arrondissement chargé de l’Urbanisme, du Logement et de l’Architecture :

  • « Entre 1984 et 1993, on est passé d’une logique de lutte à une logique de partenariat. Est-ce que ça veut dire qu’on a mis au rancart un certain nombre de revendications ? Non. Il y a des choses qu’on a mises au rancart, c’est vrai », concède-t-il en cherchant ses mots, « mais pas forcément pour des raisons euh…, j’allais dire euh…, justement euh…, d’essayer euh… de faire euh… d’être bien avec la Ville ou la Préfecture ou avec qui vous voulez. Ce qu’on a mis au rancart, c’est les questions architecturales, c’est-à-dire les questions esthétiques grosso modo (…). Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (Prêts locatifs aidés). Or, parmi nos revendications (les revendications de l’association Paris-Goutte d’Or), celle qui primait est que le quartier reste un quartier populaire » (écouter sur youtube).

Le quartier populaire de la Goutte d’Or, qui traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile (notre billet « Vers une class action? »), se retrouvera-t-il, ou trouvera-t-il une place dans le grand débat sur l’esthétique ? dans la révision du PLU ? dans les projets de verdissement auquel il est invité (par exemple demain à Le Poulpe) ? …

La nature reprend ses droits ? Ou comment le Jardin L’Univert s’applique à réparer la démolition/reconstruction de la Goutte d’Or (CGO, septembre 2020).

  • Dernière minute – Au moment où nous mettons ce billet en ligne, nous apprenons que la Mairie du 18e organise ce vendredi 9 octobre une « réunion publique d’information » concernant le réaménagement du secteur Boris Vian, Polonceau, Goutte d’Or. Les très élus Verts à la Mairie du 18(ils sont treize en effet) n’auraient donc pas réussi à relancer la concertation qu’ils avaient annoncée dans leur programme de deuxième tour, il est vrai plus mollement qu’ils avaient dénoncé son absence (l’absence de concertation) lors du vote de la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 (ici pour mémoire). Le blog revient très vite sur cette réunion d’information et les recours (il y en a plusieurs en effet) qui semblent gêner la Ville de Paris et PariSeine dans leur malheureuse tentative de contribuer à l’esthétique de Paris.
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Quartiers

Le séparatisme urbaniste mis en lumière

  • L’unique occurrence du mot ‘urbanisme’ dans le discours d’Emmanuel Macron du 2 octobre 2020 n’a bien sûr pas échappé à Cavé Goutte d’Or.
  • Pas plus que la double évocation de l’ANRU et le salut emprunté (c’est le mot) à Jean-Louis Borloo.

Cavé Goutte d’Or offre l’apéro (dans le respect des horaires et gestes barrières en vigueur au moment M) aux trois premiers lecteurs du blog qui trouveront (ou sauront) où a été prise cette photographie (qui n’est pas un montage).

Très vite après avoir posé que « le premier axe de ce réveil, de ce patriotisme républicain sur ce sujet que j’appelle de mes vœux » serait « d’abord un ensemble de mesures d’ordre public et de neutralité du service public, qui constituent des réponses immédiates, fermes à des situations constatées, connues, contraires à nos principes », le président de la République a évoqué côtes à côtes « beaucoup de sujets relevant du domaine médical, relevant de l’urbanisme » :

  • « Nous aurons sur beaucoup de sujets relevant du domaine médical, relevant de l’urbanisme des décisions très concrètes qui seront portées par ce texte de loi mais qui correspondent là aussi à des situations observées qui contreviennent qui à l’ordre public, qui à l’égalité femmes hommes et qu’il est important de régler avec beaucoup de calme là aussi, de respect, de pragmatisme ».

L’annonce intervient dans le corps du discours qui porte sur « la neutralité des services publics et le maintien de l’ordre public », deux objectifs aujourd’hui manifestement non réunis, selon le président qui, s’il semble développer ce qui relèverait du domaine médical en désignant la contravention à l’égalité femmes hommes, ne semble pas développer ce qui relèverait du domaine de l’urbanisme.

Du moins pas ici, pas dans le premier axe où le président ne semble pas vouloir dire que l’urbanisme contrevient à l’ordre public, ou que les services publics (la direction de l’urbanisme par exemple, les architectes des bâtiments de France) ne font pas preuve de neutralité républicaine entre les quartiers.

Une référence subliminale ?

« Au sein de nombreux services publics exercés par des entreprises », poursuit le président de la République, « en particulier les transports en commun, nous avons aussi vu ces dernières années se multiplier les dérives. Elles choquent et souvent elles sont constatées avec une forme d’impuissance parce qu’il y a un contournement de la loi ».

Les exemples donnés portent sur « des contrôleurs qui refusent à des femmes l’accès aux bus en raison de leur tenue (…) ; des demandes de port de signes ostentatoires d’agents dans le cadre de leurs missions », nullement sur les signes de séparatisme que les habitants de la Goutte d’Or, pour ne considérer qu’eux ici, auront pu observer dans les déclarations de tel adjoint à l’urbanisme :

de tel avocat de promoteur immobilier construisant des logements sociaux sur une parcelle acquise à l’euro symbolique :

ou de tel fonctionnaire municipal qui, vendant un projet de fresque à 22.500 € sur la place Polonceau qui n’en demandait pas tant, écrivait goulûment :

  • « Le résultat donnera une place éclatante et chaleureuse, pleine de nuance et de possibles, afin d’y restaurer de la convivialité et de la sécurité et de rendre hommage aux habitants du quartier avec une œuvre qui leur ressemble et les rassemble » (Direction des affaires culturelles de la Mairie de Paris).

Les préjugés séparatistes qui sont à la base de la politique de l’urbanisme et du logement dans le quartier de la Goutte d’Or depuis les années 1980 ont été désignés comme « erreurs historiques » dans une pétition dite « Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle » qui a recueilli, durant l’hiver 2017-2018, la signature de près de 2.000 habitants du quartier demandant aux plus hautes autorités de la Ville de Paris et de l’État français « qu’une réflexion de fond soit relancée en impliquant les pouvoirs publics, la Mairie, les associations, les commerçants et les habitants du quartier. Nous pensons que des erreurs historiques ont été faites dans l’aménagement et la gestion du quartier (ce, notamment depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980), et qu’il est urgent de corriger le tir » (Pétition « Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle » remise aux autorités destinataires le 27 mars 2018).

Ces éléments ont été transmis au président de la République par Cavé Goutte d’Or dans le cadre de la contribution de l’association au Grand débat national organisé au printemps 2019.

Il reste que l’urbanisme concerne l’ordonnancement des espaces urbains, qu’il est, au sens large, « l’ensemble des sciences, des techniques et des arts relatifs à l’organisation et à l’aménagement des espaces urbains, en vue d’assurer le bien-être de l’homme et d’améliorer les rapports sociaux en préservant l’environnement » et, au sens juridique, « l’ensemble des règlements permettant aux pouvoirs publics de contrôler l’utilisation du sol en milieu urbain » (CNRTL du CNRS). Il n’est sans doute pas du même ordre que l’égalité des sexes dans les hôpitaux, les salles de sports, les transports. Et s’il est assurément l’objet de pressions, les pressions ne sont pas de celles qui s’exercent sur la constitution des menus de cantines scolaires ou, plus largement, l’instruction à domicile.

On attend donc le 9 décembre prochain pour en savoir davantage sur « les sujets relevant de l’urbanisme » qui demandent « des décisions très concrètes qui seront portées par ce texte de loi ».

L’ANRU plus qu’hier
et moins que demain

Pour ce qui est de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), elle a été évoquée par Emmanuel Macron au chapitre cinq du discours, celui qui présente les éléments consistant à faire aimer la République :

  • « S’il faut faire craindre la République en appliquant ses règles sans faiblesse et redonner force à la loi, s’il faut reconquérir sur des axes essentiels que j’ai évoqués, il faut aussi la faire aimer à nouveau en démontrant qu’elle peut permettre à chacun de construire sa vie ».

Dans le projet de loi du président de la République, l’ANRU est un outil de conquête ou de reconquête pour conquérir ou reconquérir les cœurs à prendre ou retrouver : « faire aimer », « reconquérir et dire : ‘La République doit revenir’ ». La décision d’allouer 10 milliards d’euros supplémentaires à l’ANRU est une composante de cette reconquête, indique le président qui, plus loin, évoque encore « un investissement supplémentaire dans l’ANRU ».

On sait que la Goutte d’Or est particulièrement concernée par l’ANRU, dont la manne a récemment été brandie comme preuve d’amour au quartier par quelques élus prétextant qu’il fallait profiter de ses sous pour construire n’importe quoi sur le TEP de la Goutte d’Or et la rue Boris Vian (débats au Conseil municipal et encadré ci-contre).

On sait aussi que Cavé Goutte d’Or a démontré, jusqu’ici sans être contredite, que les liens entre les fonds de l’ANRU et le projet de PariSeine étaient fictifs et que la mention insistante de l’éventuelle perte de ce soutien (1,75 M€HT sur 10,78 M€HT) relevait de l’intimidation peu glorieuse.

Quant au malheureux plan Borloo remis le 26 avril 2018 à Édouard Philippe (ici pour mémoire) et dont, à en croire Emmanuel Macron, « plus des trois quarts des idées ont été mises en œuvre », il n’est donc plus d’une actualité telle qu’il soit un des éléments de la future loi.

  • Verbatim – Les extraits du discours d’Emmanuel Macron viennent du site de l’Élysée (qui indique néanmoins que « seul le prononcé fait foi »).
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Précipitation tranquille

Les Verts demandent un moratoire sur le temps qui passe

  • Le conseil fédéral d’EELV accélère le mouvement du temps en fêtant les 100 jours de ses maires avec plus de deux semaines d’avance.
  • En même temps si l’on peut dire, les Verts du 18e tardent à répondre aux questions de Cavé Goutte d’Or sur leur position face à l’attitude de leurs alliés de gouvernement dans l’affaire dite de la requalification de la Goutte d’Or Sud.   

Quel que soit le point de départ retenu (date du deuxième tour des municipales ou date de l’élection du maire par les conseils municipaux), il semblait difficile, le 19 septembre 2020, de comptabiliser cent jours d’activité pour les maires Verts issus des élections du 28 juin 2020. Même en ne considérant que trois mois pour faire rond (100 jours moins 10 jours en moyenne), les maires de Strasbourg, de Grenoble, de Bordeaux et de Lyon, pour ne considérer qu’eux, sont en fonction depuis les 28 juin à Strasbourg, 3 juillet à Grenoble et Bordeaux, et 4 juillet 2020 à Lyon (cf. fiches Wikipédia respectives).

Ce qui porte les trois mois d’exercice de chacun aux 28 septembre, 3 ou 4 octobre 2020 et leurs cent jours au 8, 13 ou 14 octobre respectivement.

Les bons comptes
font les bons Amish

Le 19 septembre 2020, lorsque Julien Bayou s’adressait à ses camarades à coups répétés de « Chers Amish » (rendons ce bon mot à César), l’élection municipale datait donc de 83 jours et les maires verts qui en sont issus comptaient 83 jours (Strasbourg), 80 jours (Grenoble et Bordeaux), 79 jours (Lyon) d’exercice. Sauf erreur ou omission.

À ce compte-là, on peut légitimement se demander à quelle date seront célébrés ce que la langue médiatique appelle « les un an » de cette prise de fonction.

Mais d’ores et déjà, et pour rester dans les limites de la Goutte d’Or, et même de la seule Goutte d’Or sud, les riverains du futur complexe dessiné en filets ajourés et pointillés blancs ci-dessous s’inquiètent de voir la société PariSeine sur les starting-blocks alors que les Verts du 18e ne se sont toujours pas prononcés sur le coup, voire l’éventuel mauvais coup, qu’aurait porté leurs anciens et toujours très actuels alliés de la majorité PS-PC à l’accord de gouvernement passé dans l’entre-2-tours.

On rappelle à cet égard:
– qu’un permis de construire a été accordé à PariSeine le 19 août 2020 sans qu’aucun des recours pendants contre le permis préalable de démolir du 21 octobre 2019 et la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 n’ait été purgé;

Projet de PariSeine sur le TEP Goutte d’Or et la rue Boris Vian. Extrait du dossier de permis de construire (voir notre billet du 2 septembre 2020).

– que, lors des débats et du vote du 11 décembre 2019, les Verts s’étaient magistralement opposés à cette délibération (ici pour mémoire), une délibération dont Cavé Goutte d’Or soutient désormais l’illégalité devant le Tribunal administratif de Paris;
– que la campagne de premier tour des Verts les avait conduits sur les lieux dont le commissaire enquêteur n’avait pas validé le projet de déclassement (ici pour mémoire);

– que, dans le cadre de leurs négociations avec Paris en commun en prévision du deuxième tour des élections municipales, les Verts ont persisté, bien que plus timidement qu’en décembre 2019, dans leur demande de concertation sur le projet de requalification de la Goutte d’Or sud (cf. notre billet du 24 juin 2020: « Les Verts fondus dans le paysage commun de Paris en commun? »);
– que le permis du 19 août 2020 a été accordé par la maire de Paris sans la moindre concertation promise à ses alliés Verts (cf. notre billet du 2 septembre 2020: « PariSeine zone à Polonceau »);
– que Cavé Goutte a invité EELV à s’exprimer sur cette situation et qu’EELV a annoncé une position pour la mi-septembre (cf. notre billet du 12 septembre 2020: « OPA »);
– que les Mairies de Paris et du 18e s’agitent beaucoup, ces jours-ci, pour liquider les derniers obstacles qui les empêchent de « mener à bien », si l’on peut dire, le projet de requalification de la Goutte d’Or sud (ultime étape de la disqualification de l’urbanisation du secteur) : les deux Mairies auraient même offert à la Goutte verte une partie de la rue Saint Luc pour y déployer ses palettes dès le 5 octobre prochain (voir notre billet: « La Goutte verte bientôt sous le contrôle de l’ABF? »);
– que si les Verts du 18e veulent manifester la force de leur soutien critique à l’équipe municipale en place avant les vrais 100 jours de leurs collègues maires, il ne leur en reste que très peu pour le faire. D’autant que bientôt tombera la nuit blanche (programmée pour le 3 octobre).

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La vie en rose

Entre insécurité persistante et rénovation urbaine chronique, la Goutte d’Or s’offre un temps de répit

  • Cavé Goutte d’Or salue la courageuse initiative de l’« Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or », qui propose deux vendredis éphémères d’animation du quartier, les 18 et 25 septembre de 16h à 21h sur la place dite du faux commissariat du 34 rue de la Goutte d’Or, que l’AUCCGO appelle pour le coup « place des Gardes »…
  • … Et la non moins courageuse entreprise de Dån Tiån (« océan d’énergie »), qui a récemment installé un « espace vivant de bien-être » au beau milieu de la rue Affre.

Un « océan d’énergie » au 8ter rue Affre, ancien emplacement d’Adonde (Photo CGO, 10 septembre 2020).

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