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La Mairie de Paris interdit une « atteinte grave à la sécurité publique » sur la place Polonceau

  • La Mairie de Paris refuse un permis de construire au 6 rue Polonceau au motif qu’en présence d’anciennes carrières en sous-sol, « le projet est susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique ».
  • Ou comment la carrière du 6 rue Polonceau risque de compromettre celle du TEP Goutte d’Or situé dans le même périmètre.
  • Et celle des autres trafics qui, sur la place Polonceau notamment,  spolient depuis 30 ans le cœur de la Goutte d’Or en permanente rénovation urbaine.

« Un immeuble situé à la fois dans une zone d’anciennes carrières et dans le périmètre de recherche de poches de dissolution du gypse antéludien » (Mairie de Paris, Direction de l’Urbanisme, arrêté de refus de permis de construire du 30 décembre 2019). Illustration : extrait de la demande de permis (le cercle rouge est sur l’original, il désigne en son centre le 6 rue Polonceau).

La demande de permis de construire déposée le 5 septembre 2019 porte sur la rénovation de l’immeuble situé au 6 rue Polonceau. Aucune démolition ni reconstruction n’est prévue, donc apparemment aucun travail sur les fondations de la construction existante ne serait engagé. Mais l’IGC (Inspection Générale des Carrières) est systématiquement consultée dans cette zone et, « faute d’éléments suffisamment précis sur l’état du sous-sol pour garantir la stabilité et la mise en sécurité des personnes », elle a rendu un avis défavorable en date du 24 septembre 2019, entrainant un refus du permis en date du 30 décembre 2019.

La syntaxe de l’IGC est aussi fragile que le sous-sol qu’elle voudrait décrire. Il manque sans doute les mots de l’immeuble après stabilité dès lors qu’on voit mal ce service de la Mairie de Paris se préoccuper de « la stabilité des personnes », – d’autant que l’ancien Café du Stade, dont on nous assure qu’il exploitait une licence IV, est aujourd’hui fermé. Il s’agit donc de distinguer la stabilité de l’immeuble d’une part, et la mise en sécurité des personnes, d’autre part, ce qui n’est pas plus rassurant en soi car, si le propos consiste à dire que les personnes doivent être mises en sécurité, c’est qu’elles ne l’étaient pas. Sinon on lirait : « sécurité des personnes » au lieu de « mise en sécurité des personnes ».

Pour éviter la constitution de nouvelles poches de dissolution grammaticale, nous corrigerons donc la formulation de l’IGC pour lui donner sa réalité :

  • C’est ainsi « faute d’éléments suffisamment précis sur l’état du sous-sol pour garantir la stabilité de l’immeuble et la sécurité des personnes » que l’Inspection Générale des Carrières a émis un avis défavorable et que la Mairie de Paris a rejeté la demande de permis de construire en concluant de cet avis que « le projet est donc susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique ».

Il peut paraître étonnant qu’un immeuble dont la demande d’autorisation d’urbanisme du 5 septembre 2019 indique que la façade sur rue a été ravalée il y a cinq ans (certes « pas dans les règles de l’art », précise le pétitionnaire) ne soit devenu que tout récemment dangereux pour les personnes. Il serait d’ailleurs encore occupé aujourd’hui et les diverses vignettes consultables sur Googlemap le montrent habité jusqu’en juin 2016 en tout cas, avec jardinières fleuries en 2015 et échafaudage (de ravalement ou de travaux intérieurs ?) en avril 2018.

Image Akelius et A&B Architectes. Extrait de la demande de permis.

Il n’appartient pas au blog de se pencher sur les tenants et aboutissants d’une opération immobilière privée, d’autant que l’avis défavorable de l’IGC n’est pas définitif.  Son texte précise en effet que, « si le pétitionnaire souhaite persister dans son projet, l’IGC suggère qu’il fasse procéder à une reconnaissance de sol », dont les résultats pourraient conduire à une levée de l’avis défavorable (donc à un avis favorable, NDLR pour celles et ceux d’entre nous qui peinent à s’y retrouver dans les « avis favorables avec réserves » qui sont « réputés défavorables jusqu’à la levée des réserves » ici pour mémoire).

Le sous-sol du TEP Goutte d’Or

C’est davantage dans la comparaison des avis de l’IGC sur le projet du 6 rue Polonceau, d’une part, et sur le projet bien connu de nos lecteurs consistant à reprendre le TEP Goutte d’Or situé juste en face, d’autre part (projet ô combien public quant à lui), que pourrait se situer l’intérêt du dossier aux yeux d’habitants ou collectifs d’habitants attentifs aux diverses demandes de permis de démolir et construire dont la rénovation programmée du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or est et sera l’objet au cours des prochains mois.

À cet égard, le premier des permis accordé sur le TEP Goutte d’Or en même temps qu’était refusé celui du 6 rue Polonceau est un permis de démolir certains des éléments du complexe à requalifier, notamment les escaliers conduisant de la rue de la Goutte d’Or à l’entrée du gymnase et une partie du TEP lui-même (voir ci-contre la bien nommée « emprise de démolition » sur l’illustration issue du dossier d’instruction). On objectera à cette tentative de comparaison le fait que le TEP Goutte d’Or et les escaliers Boris Vian ne touchent pas au sous-sol. Soit, mais le projet de « travaux sur structures existantes » développé sur le 6 rue Polonceau n’y touche pas davantage. Et le fait que le dossier du TEP Goutte d’Or contient lui aussi un avis de l’IGC conduit naturellement à la comparaison. L’avis donné aura pour le moins une valeur indicative quant à son sous-sol.

Or, les deux avis de l’IGC portent littéralement le même texte introductif quant au terrain sur lequel les opérations auront lieu :

  • « Le projet est situé sur un terrain inclus dans un périmètre de risque défini (…). D’après les documents de l’IGC (Atlas 28-36), le projet est situé dans un périmètre de recherche des poches de dissolution du gypse antéludien, jusqu’au toit du Calcaire Grossier, estimé à une profondeur d’environ 75 mètres ».

Puis ils s’affinent : le 6 rue Polonceau est en effet « situé à proximité d’une ancienne carrière à ciel ouvert de gypse, avec un épaisseur de remblais d’environ 5,40 à 10,00 mètres », alors que le TEP est « en totalité au-dessus d’une ancienne carrière à ciel ouvert de gypse, avec une épaisseur de remblais d’environ 6 mètres » (Avis IGC pour le 6 rue Polonceau, Avis IGC pour le TEP Goutte d’Or, soulignements ajoutés).

Pour un profane, le TEP pourrait apparaitre comme davantage fragilisé par le sous-sol mais, là encore, l’objection se fait entendre : on a déjà creusé trois étages de parking à cet endroit, donc les poches de dissolution du gypse antéludien et autres toits de calcaires grossiers n’ont plus de secrets pour nous, – et nos travaux resteront en surface (sauf si le projet d’installer une fourrière en lieu et place de l’ancien parking se concrétise, comme le bruit persiste à en courrir).

Panneau bientôt affiché entre le 6 rue Polonceau et le TEP Goutte d’Or sans qu’on sache si le principe de précaution y retrouvera les siens (Photo CGO, ailleurs, janvier 2020).

Nous laisserons ces analyses aux études qui ne manqueront pas d’être diligentées dans le cadre, notamment, des recours déposés contre le permis de démolir les escaliers Boris Vian et le tarmac du TEP et contre la délibération du Conseil de Paris qui prétend pouvoir autoriser le déclassement de la rue Boris Vian (sur ces deux recours, voir notre page Défense du quartier).

Quelle sécurité publique ?

La carrière de « Tous mobilisés » (n’)a (pas) fait long feu sur la place Polonceau. 

Ici, nous nous limitons à mettre en lumière – et le mot prend tout son sens quand on sait que cette partie du quartier est régulièrement plongée dans l’obscurité (sinon dans les ténèbres qui ont inspiré les vœux du blog) – la franchise avec laquelle la Mairie de Paris s’exprime quand il s’agit du sous-sol de la Goutte d’Or. Les riverains ne comptent plus, en effet, les évènements qu’ils vivent en surface de ce même territoire bien connu pour ses poches souterraines de dissolution du gypse antéludien, évènements dont ils pensaient qu’ils étaient eux aussi « susceptibles de porter gravement atteinte à la sécurité publique » et qu’ils signalaient donc régulièrement aux autorités qu’ils avaient reçues sur place le 27 mars 2018.

Ils n’ont eu pour toute ‘réponse’ que la construction approximative d’un improbable totem de bric et de broc où s’afficherait quelques jours le programme municipal de « Tous mobilisés » et la pose d’une caméra (souvent plongée elle aussi dans les ténèbres ambiants). Or, sachant que le Ludien est un âge géologique qui date d’une quarantaine de millions d’années avant l’ère chrétienne et qu’en conséquence, voire a fortiori, le gypse antéludien était donc déjà là lors de la première réhabilitation de la Goutte d’Or et de son classement en zone urbaine sensible au début des années 1980, les habitants de ce quartier historique bien avant d’être institutionnellement ‘populaire’ étaient en droit de penser que la sécurité publique avait déjà été portée atteinte, pour le dire comme ne manquerait pas de l’écrire la Direction des Affaires culturelles dans le moule littéraire de son inoubliable tirade sur « le ré-enchentement de la place Polonceau » (voir notre billet du 10 septembre 2018 et notre vidéo « La Goutte d’Or, 35 ans de rénovation urbaine »).

Vers un sauvetage
du 1 rue de la Charbonnière ?

On se souvient que la démolition du 1 rue de la Charbonnière avait ému, hélas trop tardivement, les riverains et les réseaux sociaux en juillet 2019.

Une enquête de Cavé Goutte d’Or avait alors révélé l’absence apparente, si l’on peut dire, du permis de démolir, qui parait en effet comme aller de soi, inclus  dans le « permis de construire après démolition totale » délivré le 26 mars 2019 (voir notre billet du 11 septembre 2019). Or, la demande de permis de construire, initialement déposée trois ans plus tôt, le 30 mars 2016, avait d’abord été rejetée suite à un avis défavorable de l’IGC, suivez son regard, avant d’être accordée le 26 mars 2019.

Peut-être conviendrait-t-il de remettre au jour cet avis de l’IGC et le rejet de la Mairie qui l’avait suivi. D’autant que l’immeuble n’est toujours pas démoli et que le permis de construire accordé le 26 mars 2019 est actuellement l’objet d’une demande de permis modificatif. La modification semble être ‘de façade’ (« Modification des façades sur rue et jardin et de l’aménagement intérieur du commerce, déplacement des panneaux solaires en toiture et rectification des surfaces de plancher »), mais il faut peut-être creuser un peu, comme on dit à l’IGC.

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Imminence

Le 360 tous azimuts

  • Désigné par Télérama comme « l’un des 30 lieux culturels qui vont faire bouger le Grand Paris en 2020 », le 360 Paris Music Factory a reçu vendredi un nouveau groupe des forces vives de la Goutte d’Or.

Saïd Assadi présente à ses hôtes l’escalier du 360 Paris Music Factory, majestueux en effet.

Saïd Assadi et son équipe avaient récemment reçu plusieurs associations du quartier pour un magistral tour d’horizon des caves au rooftop de ce lieu déjà emblématique de la Goutte d’Or non municipalisée (notre billet du 26 novembre 2019). Projet privé en effet, peu soutenu par la Mairie de Paris, davantage accompagné par celle du 18e nous dit-on, notamment par son adjointe à la Culture Carine Rolland, la  future « pépinière de création et de diffusion dédiée à l’innovation musicale et l’inclusion sociale » poursuit sa fidèle ouverture sur le quartier en prévision de sa prochaine ouverture au public.

Au fil des voix
le 20 janvier 2020

Ce vendredi  20 décembre 2019, lendemain d’une Saint Urbain orpheline de toute installation de Cavé Goutte d’Or (la dernière était consacrée aux premiers rushes de sa petite vidéo sur « 35 ans de rénovation urbaine », celle-ci le fut à la rédaction des recours administratifs qu’impose le forcing municipal sur le projet Polonceau), quelques commerçants voisins, créateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, cavistes et autres faiseurs de villes (architectes, urbanistes, agents immobiliers) retardaient la levée de leurs rideaux pour partager avec le 360 un petit-déjeuner annonciateur des afters promis au quartier dans la décennie qui approche.

À J-12 de l’année faste annoncée par Télérama et à un mois pile de l’inauguration du Festival Au Fil des voix, le 20 janvier prochain, le 360 ouvrait encore un peu plus ses portes et, en suivant vendredi le maître des lieux Saïd Assadi, sa directrice Elisa Monschau, son directeur de salle Loïs Ognar, son restaurateur Sylvain et une équipe de communication aussi sympathique qu’efficace, les envoyés spéciaux du blog ont pu toucher de près l’imminence de l’ouverture.

Reportage

La directrice Elisa Monschau présente les bureaux en 5e étage. À gauche dans l’encadrement de la porte : Loïs Ognar, directeur du restaurant et de la salle de spectacle. À droite : les représentantes de l’Union des commerçants de La Chapelle Goutte d’Or et de la Bibliothèque Goutte d’Or en smart prise de notes.

Éclaircie pour l’occasion.

En fond d’image, la désormais célèbre Tour de Babel de la Goutte d’Or n’est toujours pas à vendre, semblent regretter certains visiteurs. Voir notre brève en page Humeur.

Sur un petit nuage. Au premier plan, de dos, Elisa Monschau et Loïs Ognar, respectivement directrice du 360 et directeur du restaurant et de la salle de spectacle.

20 janvier-7 février 2020
Sauvez les dates

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Défaite

La Mairie de Paris perd son allié Vert sur la requalification de la Goutte d’Or

  • L’exécutif parisien avait déjà perdu l’enquête publique, doublement ‘réservée’ sur son projet de requalification de l’îlot Polonceau. Le jusqu’au boutisme aveugle de sa majorité PS-PC-FG emporte l’alliance de gouvernement avec EEVL qui résiste avec force et brio à un aménagement urbain controversé.
  • Une résistance qui recueille le soutien affirmé de LFI en l’absence notoire de 100% Paris et des futurs LAREM, le groupe Génération.s se rangeant pour sa part à la majorité municipale en place.
  • Retour aux années 1980 ?

Retour aux années 1980. Plus fort encore que les retraites, le projet de ‘renouvellement urbain’ de la Goutte d’Or serait une machine à remonter l’en même temps (Photo: Alain Juppé, rue de la Goutte d’Or déjà en renouvellement, D.R.).

Les « quartiers populaires » ont vu leurs oreilles siffler ce mercredi 11 décembre 2019 dans un hémicycle clairsemé qu’a légitimement mis à l’index la maire adjointe aux dits quartiers en Politique de la ville dans un tweet doucement ravageur.

Le blog a suivi étapes par étapes les laborieuses tentatives de la Municipalité de faire passer la délibération DU 245 qui prétend constater la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur à son avis favorable sur les déclassements de voirie préalables à la mise en place du projet de recouvrir la Goutte d’Or des années 1980 par une Goutte d’Or 2020 du même tonneau.

« Les réserves émises par le commissaire enquêteur ne sont pas levées » (Sandrine Mees, Conseillère de Paris EELV, élue référente du Conseil de quartier Goutte d’Or, Conseil de Paris du 11 décembre 2019, vidéo du conseil à partir de 05:55:00)

L’action de camouflage l’emporterait ainsi sur l’action de réparation. C’est bien sur cela que compte une municipalité pressée et étriquée, que son allié Vert vient pourtant renvoyer à la réalité :

  • « Le groupe écologiste avait déposé un vœu au conseil d’arrondissement d’octobre dernier afin d’alerter sur la nécessité de prolonger la concertation jusqu’en février 2020 avant de prendre la décision de déclasser les emprises concernées. Ce vœu avait été voté à l’unanimité mais n’a pas été respecté. À notre sens, les réserves émises par le commissaire enquêteur ne sont pas levées et la délibération arrive prématurément », explique Sandrine Mees dans un propos global, intelligent et parfaitement délivré au Conseil de Paris le 11 décembre 2019 (05:55:00 de la vidéo du Conseil de Paris).

Exit, par cette sentence, les rodomontades du maire en exercice et de son adjoint à l’Urbanisme, qui assurent à qui veut les entendre que tout va bien, que tout le monde est d’accord avec eux et que ça suffit comme ça. Exit l’argument fragile d’une contestation qui serait menée par une seule association, argument fragile qu’en bon petit soldat, le général en chef des projets NPNRU ne manquera pourtant pas de reprendre à son compte dans le propos sans conviction qu’il délivrera pour sa part à ses collègues. Selon le compliment qu’a récité avec peine Jacques Baudrier devant le Conseil de Paris du 11 décembre 2019, Cavé Goutte d’Or serait en effet « a priori un des seuls acteurs associatifs à s’opposer au projet ».

Les Z’a priori des Grands projets
sur les quartiers zonés

L’expression a priori compte quand on sait que le patron des grands projets ANRU de la capitale a remercié nommément, en ouverture de son propos, les deux fabricants locaux de consensus que sont Maya Akkari et Michel Neyreneuf, adjoints au maire du 18e chargés respectivement de la Politique de la ville et de l’Urbanisme, qui ont co-construit un comité de suivi parallèle pour mieux saucissonner le projet et le quartier (voir notre billet du 11 novembre 2019 : « Détournement »).

« Les dysfonctionnements sont avérés » (Jacques Baudrier, conseiller délégué chargé des questions relatives aux constructions publiques, aux grands projets de renouvellement urbain et à l’architecture, Conseil de Paris du 11 décembre 2019, vidéo du conseil à partir de 06:04:00).

Fort faible de ce type d’a priori, Jacques Baudrier poursuivra d’ailleurs en prétendant que Cavé Goutte d’Or aurait « proposé un projet qu’elle appelle ‘Le Manifeste’, qui n’est pas un projet mais de grandes orientations (…) ». En réalité, Cavé Goutte d’Or mais pas que, Cavé Goutte d’Or et ASA-PNE (autre acteur à être « un des seuls à s’opposer au projet », selon la comptine gouvernementale) ont officiellement transmis à la Ville, non pas un Manifeste (au demeurant signé par plus de 150 habitants et commerçants du quartier et quelques associations non des moindres parmi lesquelles le Conseil citoyen de Paris 18, partenaire officiel de la Politique de la ville), mais bien les notes et esquisses que l’Atelier urbain de la Goutte d’Or avait rassemblées depuis le lancement de son manifeste, destiné – lui – à obtenir de la Ville un temps d’arrêt, un moratoire actif pour repenser le projet à la lumière des réelles besoins des habitants.

« Repousser le projet serait perdre les garanties que les subventions de l’ANRU et de la Région soient maintenues » (Éric Lejoindre, maire pressé du 18e arrondissement, Conseil de Paris du 11 décembre 2019, vidéo du conseil à partir de 05:48:00).

Confondre le Manifeste de l’Atelier urbain de la Goutte d’Or et les Notes et esquisses que cet atelier a remises à Anne Hidalgo le 31 octobre 2019 dit combien l’élu maîtrise mal le dossier dont, pourtant, il est le porteur principal et même le rapporteur. Prompt à l’approximation quand il s’agit de compter ses troupes, le conseiller délégué auprès de l’adjoint d’Anne Hidalgo à l’Urbanisme, chargé des questions relatives aux constructions publiques, aux grands projets de renouvellement urbain et à l’architecture insistera en revanche, comme Éric Lejoindre, sur le risque de perdre les fonds de l’ANRU que ferait prétendument courir la réflexion demandée :

  • « Repousser le projet serait perdre la garantie que les subventions de l’ANRU et de la Région soient maintenues », déclare Éric Lejoindre. Ce serait même « retarder l’ensemble de la Convention de renouvellement ANRU que le Conseil vient de voter », renchérit appauvrit Jacques Baudrier sans que rien ne vienne établir que le soutien de l’ANRU serait conditionné à un projet donné pour une période donnée (suivre les interventions sur le vidéo du conseil).

Rue Boris Vian. Affichage associatif.

L’argument financier appauvrit en effet plus encore la position de la Mairie. Éric Lejoindre et Jacques Baudrier avaient même fait, peu avant le vote de la délibération du Conseil de Paris, le déplacement sur zone à l’occasion du quatrième comité de suivi sur le projet officiel que la Ville impose à la Goutte d’Or.

Histoire de mettre la pression sur le coût de l’opération (10,78 M€HT) et la contribution de l’ANRU (1,75 M€HT) dont le gouvernement municipal en place laisse entendre, sans l’étayer, qu’elle pourrait être retirée si le quartier n’achetait pas le projet officiel. Quid alors de réduire le projet officiel de 1,75 M€HT plutôt que se plier au projet officiel ?, demande le quartier, par exemple en ne déplaçant pas l’escalier Boris Vian dont l’idée est au cœur du déclassement contesté de voirie :

  • « Cette délibération n’a pas qu’un objectif technique. Elle conditionne et elle inclut les axes principaux du projet de requalification de la rue Boris Vian et de la rue de la Goutte d’Or », avertit Sandrine Mees, « et le projet de réalignement de l’escalier n’a pas été réintroduit dans la concertation, alors que des associations le demandaient expressément ».

Et l’élue de poursuivre : « Peut-être qu’une partie des problèmes recensés (sécurité, propreté, dégradation du bâti, difficultés extrêmes des commerçants, ambiance hostile aux femmes) sont liés à des choix architecturaux des années ’80 qui ne respectaient ni l’aspect faubourien du quartier, ni le besoin d’un environnement de qualité. Mais ils ne sont pas dus qu’à cela. Des colonnades, il y en a dans bien d’autres endroits à Paris, sans que cela pose problème. D’autres causes et d’autres solutions auraient mérité d’être explorées ».

« L’urbanise de la peur »

Sur la précipitation dont la Mairie assure qu’elle répond à une demande du quartier, Sandrine Mees rappelle avec force que le scénario de 2016 sur lequel se sont greffés sans aucune imagination les architectes de 2018 revenait à « faire de l’urbanisme une sorte de roue de secours au service de l’ordre public en berne » :

  • « Cela a abouti à la proposition de réduire la surface du TEP, et à prévoir le déplacement d’un escalier, opération très onéreuse. Ce projet a semblé à l’époque une sorte de planche de salut qui permettrait de régler les problèmes du secteur ».

« La Ville décrète que les réserves sont levées. Cette délibération est un déni démocratique », Danielle Simonnet, élue LFI non inscrite, Conseil de Paris du 11 décembre 2019, vidéo du conseil à partir de 05:59:50).

« Cette hypothèse, qui proposait des solutions pharaoniques à des problèmes réels, a été reprise sans être remise en question », constate-t-elle. « Les habitants se sont retrouvés devant le fait accompli. Et cet urbanisme de la peur, coûteux, compliqué et dépassé, n’a pas pu être transformé en propositions plus simples et plus globales (…) ».

« En tant qu’écologistes, nous ne pouvons plus concevoir aujourd’hui que l’urbanisme soit pensé comme une réponse aux problèmes sociaux et aux problèmes de sécurité. À ce compte, il faudrait déplacer bien des escaliers de Paris. La méthode la plus constructive nous semble de revenir aux besoins des habitants (…) ».

« Planter en pleine terre, créer un poste de jardinier de quartier, proposer des installations sportives de plain-pied, conserver l’ouverture existante sur le ciel, renforcer la présence des plantations : tout cela a été balayé au nom d’hypothèses gravées dans le marbre ».

Et de conclure : « Nous pensons que des financements seraient mieux engagés à travers le développement d’emplois dans la propreté, le jardinage, la prévention, l’ouverture de créneaux de pratique sportive libre, la rénovation du gymnase. En bref, vous l’aurez compris, en tant qu’écologistes, c’est le projet, sa méthode, et sa philosophie elle-même, qui nous rebutent. Pour ces raisons, nous voterons contre cette délibération » (Lire le texte complet).

C’est donc bien une victoire étriquée, étrillée, à la Pyrrhus que remporte la Mairie. Une victoire provisoire aussi, car la délibération est susceptible de recours et ne tiendra sans doute pas la route devant le juge administratif, même au prix (surtout au prix) d’un déclassement anticipé de voirie.

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Mésusages

Un « vœu de l’exécutif » court-circuite la délibération du Conseil de Paris relative au projet de requalification de l’îlot Polonceau

  • En réalité, le « vœu de l’exécutif » proposé en catastrophe lundi matin semble vouloir sauver la délibération 2019 DU 245 en prévenant le risque d’un vote contre par l’opposition et les alliés Verts de la majorité qui estimeraient que les réserves du commissaire enquêteur ne peuvent être levées en l’état, contrairement à ce que voudrait leur faire voter l’exécutif.
  • C’est donc bien la délibération que le vœu tente de paralyser en empêchant les élus de constater que ce qu’on leur demande d’entériner n’est pas réalisé.
  • Toujours avec un coup d’avance, ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or avaient déposé durant le week-end une note sur l’impossibilité de voter régulièrement, avec ou sans vœux édulcorant, la délibération litigieuse.
  • Le blog publie cette note très synthétique de deux feuillets qui mérite la lecture des élus comme des habitants et commerçants du quartier, d’autant que « le vœu de l’exécutif » met à contribution « les associations locales » et autres « collectifs associatifs ».

De tout cela, il ne sera pas question ou pas seulement ce jeudi 12 décembre à La Manufacture (photo CGO), lors de la première réunion publique de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, dont l’objectif est la mise en mouvement de la construction commune d’une vision d’avenir du quartier avec et par ses habitants. 

Le vœu déposé lundi matin insiste sur la concertation à poursuivre et semble même accueillir les notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or comme un projet à étudier, considérant en effet « l’étude des deux projet dits ‘alternatifs’ adressés à la direction de l’Urbanisme par (L’Atelier urbain) et par l’agence d’architectes Atelier 26 », mais il ne prend pas en compte le fait que la délibération arrive trop tôt et ne respecte pas le délai de fin février 2020 fixé par le Commissaire enquêteur pour la concertation à poursuivre.

Le texte du vœu de l’exécutif regorge de références aux habitants et associations locales et on sait que la Mairie du 18e prétend qu’elle peut s’appuyer sur un soutien massif pour imposer le projet officiel et la levée des réserves qui, pour l’instant, ne peut être sérieusement constatée.

Pour jouer la carte du soutien massif des associations locales, la Mairie du 18e se fonde notamment sur un document sans valeur probante qui restitue une enquête parallèle menée en marge des comités de suivi officiels et reposant sur un double morcellement : le morcellement du projet architectural et le morcellement du tissu associatif. Les deux morcellements paraissent pourtant vains :

  • En dépit de la mise en garde expresse du commissaire enquêteur qui souligne que, « sous peine de reproduire les erreurs du passé, il est inutile d’agir dans la précipitation », la Mairie du 18e évoque en effet un « calendrier contraint » et tente de faire adopter le projet par morceaux, privant le quartier d’une analyse sérieuse et vraiment réparatrice de la précédente opération. Or, aucune contrainte réelle ne justifie cette précipitation, notamment aucune condition financière dès lors que le morcellement du projet en augmente le coût, la contribution NPNRU (1,75 M€ sur 12,53 M€) n’étant pour sa part pas liée à l’acceptation du projet actuel.
  • La méthode de concertation parallèle choisie, consistant à consulter chaque association individuellement sur chaque morceau du projet séparément revient, pour sa part, à jouer les associations les unes contre les autres, voire à jouer les associations contre les habitants, prenant le risque de fragiliser le tissu associatif en le faisant apparaître comme un élément paralysant, – en raison notamment de la quantité de promesses, souvent contradictoires, que la municipalité d’arrondissement a faites ou laisser faire.

> La note remise aux élus le 7 décembre 2019.
> Le vœu de l’exécutif rattaché au projet de délibération 2019 DU 245.
> Le projet de délibération 2019 DU 245.
> Le Conseil de Paris en direct.

Sortie par le haut, La Manufacture, 12 décembre 2019, 18h30-21h. (Photo CGO).

Pour mémoire, c’est dans ce contexte que L’Atelier urbain de la Goutte d’Or présente ses premiers travaux le jeudi 12 décembre 2019, de 18 h 30 à 21 heures à la Manufacture (8 rue Myrha). Si l’actualité la plus immédiate semble vouloir accompagner l’évènement, L’Atelier urbain de la Goutte d’Or ne se laissera pas enfermer dans un rôle de comité de suivi et prendra le soin de mettre l’accent sur l’idée directrice de sa création, qui est la construction commune d’une vision d’avenir du quartier avec et par ses habitants. Comme le rappelle l’Association pour le Suivi de l’Aménagement Paris Nord-Est dans une récente rubrique de son blog, L’Atelier urbain souhaite mobiliser les habitants de la Goutte d’Or autour de la production commune d’une vision partagée de l’évolution de leur quartier (lien sur le blog d’ASA-PNE).

Lors de la première réunion publique, le 12 décembre, seront exposés les enjeux de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, sa méthode, et la perspective des trois ateliers thématiques qui suivront en janvier et février prochains sur l’espace public et la nature en ville, les services et le commerce, la culture et le patrimoine. Une réunion finale sera programmée ensuite pour débattre et valider les conclusions de ce travail qui se terminera en mars/avril 2020 par la présentation d’une synthèse remise à la Municipalité.

Agendas croisés

Si l’Urbanisme et son cortège de délibérations, déclarations préalables, permis de démolir ou de construire, comités de suivis et autres concertations ne sera pas, tant s’en faut, le thème privilégié, ce jeudi 12 décembre à La Manufacture, les petits points d’étape que demeurent l’opposition éventuelle au permis de démolir (20 décembre 2019) ou l’opposition éventuelle à la délibération DU 245 (10-12 février 2020) se rappelleront en leur temps aux agendas respectifs des habitants, commerçants et associations qui voudraient y participer.

Inscription à l’Atelier du 12 décembre :
atelierurbaindelagouttedor@laposte.net

(Les inscriptions déposées jusqu’ici sur les adresses mail d’ASA-PNE, La Table ouverte, Cavé Goutte d’Or ou par tout autre moyen ont bien été enregistrées).

*

Ce mardi soir, la discussion annoncée dans notre dernière newsletter sur le sujet des Coop d’habitat est maintenue à La Base, 31 rue Bichat (75010). Renseignements ici.

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Pactole

À qui profite l’îlot trésor ?

  • Qui donc a intérêt à mettre « la bagatelle d’un demi-milliard d’euros » (Le Parisien) dans « ces quartiers déshérités, mal fichus (…) ces îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics » (Jacques Baudrier) ?

À côté de la fameuse délibération censée autoriser la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au projet de privatisation de la rue Boris Vian (ici pour mémoire), sera soumise aux élus parisiens une délibération de plus grande envergure encore, celle qui consiste à autoriser la maire de Paris à signer la convention pluriannuelle de financement du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Il s’agit de la délibération 2019 DU 249 DDCT dont l’exposé des motifs ne compote pas moins de 14 pages (le projet de délibération, l’exposé des motifs).

C’est du lourd et Le Parisien du 2 décembre 2019 ne se le fait pas dire :

  • « Une délibération comme celle-là, on en vote une tous les quinze ans : c’est un très gros truc », a prévenu Jacques Baudrier, conseiller (PC) délégué aux grands projets de renouvellement urbain à l’Hôtel de Ville, dans un entretien accordé au journal qui, du coup, titre sur « un pactole de 550 millions d’euros pour rénover quatre quartiers populaires ».

Les quartiers populaires ont bon dos. Les lecteurs du blog de Cavé Goutte d’Or savent que la formule aussi a bon dos pour qualifier les quartiers prioritaires, en difficultés installées depuis une trentaine d’années pour la plupart d’entre eux.

Limitons-nous ici à la Goutte d’Or et à l’opération dite « Boris Vian » qui va toucher sa part de la manne (la manne, souvenons-nous, qui n’émane pas des mânes de Boris Vian dont le maire du 18e arrondissement a récemment cru pouvoir se moquer devant ses collègues du Conseil d’arrondissement [notre humeur du 1er décembre]). Non, la manne de l’ANRU et même du NPNRU : « Le prochain Conseil de Paris validera la semaine prochaine le financement de quatre grosses opérations de rénovation urbaine dans les 18e, 19e et 20e arrondissements », poursuit Le Parisien.

Celle du 18e concerne l’îlot Boris Via, Polonceau, Goutte d’Or (pages 2-3, 10, 14) :

Exposé des motifs, page 10. N.B. Si la demande de subvention (1,75 M€ sur 11,98 dont 1,2 de la Région IDF [cf. pages 11-12 du même texte] est validée, le projet ne l’est toujours pas).

Ces îlots responsables
d’avoir dysfonctionné

« On n’a pas été chiche pour investir dans ces quartiers populaires, se félicite Jacques Baudrier dans Le Parisien. Avec les projets financés, on aura fini de traiter tous ces quartiers déshérités, mal fichus où les habitants ont le nez sur le périphérique. Des îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics ».

Une autre responsabilité est possible (ici l’étude de Violette Roland parue dans le bulletin de SOS Paris n° 100, pages 1920).

Ce seraient ainsi les îlots qui ont dysfonctionné, les îlots qui sont responsables, ironise une tweeto en réponse à Jacques Baudrier, suggérant que « la rénovation urbaine de quelques ‘îlots’ du Nord-Est parisien n’effacera pas ici les manquements de la Ville en matière de propreté, tranquillité, sécurité », – nous ajouterons les manquements en matière d’urbanisme et d’architecture car si les îlots devaient « générer des nuisances, de l’insécurité, des trafics », ce serait aussi beaucoup parce qu’on a détruit sciemment l’âme et l’histoire d’un quartier (ici pour mémoire) et que, à la place des « espaces urbains d’intérêt élevé » identifiés par François Loyer dans son étude pour l’APUR parue en 1982 (ici pour mémoire), on a construit pauvrement, sciemment aussi puisqu’on en a même fait le leitmotiv de l’urbanisme de la Goutte d’Or depuis 1993 :  « Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (prêt locatif aidé). or, ce qui priait est que ce quartier reste un quartier populaire » (ici pour mémoire).

C’est sur le fondement, ma foi, de cette absurde sentence que, loin de la première urbanisation du quartier, des premiers lotissements de la seconde moitié du 19e siècle, loin du soin apporté à l’habitat pourtant modeste et ‘populaire’ lui aussi de l’époque, salué par le même François Loyer dans le livre La Goutte d’Or, Faubourg de Paris paru en 1988 (les bâtisseurs d’alors avaient fait si bien avec si peu, écrivait en substance l’auteur de l’étude précitée de l’APUR), l’urbanisation estampillée sociale des années 1980, 1990, 2000 a plongé le quartier dans un mouvement de renouvellement perpétuel.

En cela, les deux délibérations offrent un saisissant télescopage que nous examinerons d’ici le Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains, sachant que l’avenir de celle qui voudrait lever les réserves du commissaire enquêteur se jouera en partie ce soir, 4 décembre, lors d’un quatrième comité de suivi en prévision duquel les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or ont demandé officiellement à la Mairie du 18e :

  • « de communiquer, tant à l’attention de l’ensemble des participants au comité de suivi qu’à celle des élus invités à débattre du projet de délibération, les réponses au questionnaire qui a pu être soumis aux associations et/ou habitants consultés en marge du comité de suivi et tout autre élément susceptible d’établir les adhésions majoritaires au projet de la Ville, telles qu’elles ont été évoquées aux Conseils d’arrondissement des 4 et 25 novembre 2019 » (Voir la demande de documents).

Lire aussi, en page Défense du quartier : « Un COSUI fermé  sur lui-même ? »

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Antinomie

Les Verts s’abstiennent de préserver leur vœu

  • Les alliés de gouvernement des Mairies de Paris et du 18e contestent mollement au Conseil d’arrondissement du 25 novembre une délibération qui anéantit pourtant le vœu qu’ils avaient fait voter vaillamment au Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019.
  • Qu’aurait donc été la froide colère exprimée par Éric Lejoindre s’ils avaient voté contre la délibération litigieuse ?
  • Réponse au Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains.

Le périmètre d’intervention des Verts influencera-t-il le périmètre d’intervention des démolisseurs/reconstructeurs du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or ? Illustration : extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les ajouts de couleurs et les légendes sont de la SPL). Agrandir.

L’exercice était difficile et nous devons saluer la prouesse de Sandrine Mees qui, le 4 novembre 2019, demandait à la Ville de « confirmer que les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prise en compte » (lire le vœu) et, le 25 novembre 2019, s’abstenait de voter pour (donc s’abstenait en même temps de voter contre) la délibération 2019 DU 245 qui prétend pouvoir lever avant terme les réserves du commissaire enquêteur et confirme, au contraire du vœu des Verts, que la Ville n’a aucune intention de prendre en compte les conclusions du rapport d’enquête.

« Pas prêt à voter pour »

L’allié de gouvernement dont on pouvait penser que, depuis le 4 novembre 2019, il était prêt à voter contre une délibération qui s’opposerait si frontalement à son vœu, a fait savoir, le 21 novembre, qu’il n’était « pas prêt »,« pas prêt à voter pour », d’où l’abstention censée le conduire à proposer des amendements d’ici au Conseil de Paris qui reprendra l’examen et le vote de cette délibération lors de sa session du 9 au 11 décembre prochains (vidéo du conseil du 25 novembre, minutes 2:30 et suivantes) .

« Emprise démolition », extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL).

Optimiste de nature, Cavé Goutte d’Or préfère se pencher sur les deux semaines qui suivent le Conseil d’arrondissement du 25 novembre que sur les trois semaines qui l’ont précédé, attendre les amendements annoncés par les Verts au projet de délibération en cause, et travailler à convaincre les élus au Conseil de Paris de l’illégalité du processus qui consiste à dévaloriser l’enquête publique au motif que son auteur n’aurait pas fait ce qu’on lui demandait (« Il a été plus loin », assure Michel Neyreneuf au Conseil d’arrondissement) et s’appuyer sur des concertations menées en catimini pour valoriser le projet contesté de la Ville de Paris (« S’il avait vu toutes les associations que Maya Akkari et moi avons rencontrées dans le cadre de ce suivi (parallèle au comité de suivi, NDLR), il n’aurait pas dit la même chose », poursuit le patron de l’Urbanisme du 18e encore en fonction (aux commandes ?) pour quelques mois.

Pendant la concertation, la démolition continue (et inversement). Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Répétés depuis la rentrée de septembre, depuis que Cavé Goutte d’Or a dévoilé les conclusions de l’enquête et les réserves du commissaire enquêteur dans un billet faisant état d’un « sérieux revers pour l’Urbanisme parisien », celui-ci (l’Urbanisme) s’applique à atténuer celui-là (le revers) dans une entreprise qui confine au forcing et s’éloigne toujours davantage du sérieux.

Car, sans même considérer ici le besoin absolu d’une nouvelle réflexion fondamentale sur ce projet, un besoin qui exige du courage politique, la délibération qui voudrait faire entériner par le Conseil de Paris la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au terme de prétendues concertations confidentielles, cette délibération ne saurait sérieusement prospérer. Au-delà du vote de décembre prochain, dont on espère qu’il arrêtera net un processus manifestement mal engagé, la délibération est susceptible d’encourir la censure du Tribunal administratif, tant en ce qu’elle écarte sans le dire les conclusions du commissaire enquêteur (prétendre les avoir respectées n’est pas la même chose, en droit, que les écarter), qu’en ce qu’elle dit s’appuyer sur des éléments non attestés.

Démocratie précipitative

Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Les confidences qu’auraient recueillies les adjoints du 18e chargés de l’Urbanisme et de la Politique de la ville au cours d’une opération conduite en marge des comités de suivi officiels demeurent en effet inconnues du public, des associations et habitants du quartier qui sont censés les avoir exprimées et, a fortiori, des élus, tant au Conseil d’arrondissement qu’au Conseil de Paris. Or, comme plusieurs autres éléments manquant à l’appréciation des élus et donc à la validité de leurs votes, les résultats de ces consultations confidentielles sont au cœur des décisions qu’aurait prises le maire du 18e dans ce qui est présenté comme ses « arbitrages ».

Tant au Conseil du 4 novembre qu’à celui du 25, Michel Neyreneuf et Éric Lejoindre font en effet état de ces conversations intimes pour affirmer que tel élément de leur projet est « grosso modo consensuel à 95 % », que tel autre l’est « aussi à peu près à 95 % », qu’un troisième réunit « une approbation autour de 80 % », un quatrième « un consensus assez total » alors qu’un dernier pour la route est « aussi quelque chose qui remporte absolument le consensus », seul restant en débat, selon ces consensuels édiles, « l’espace créé devant le gymnase », – créé par quoi ? par le déclassement (ce qui justifie d’autant le rejet de la délibération qui prétend autoriser le déclassement, comme le préconisent les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or dans les observations qu’elles ont adressées aux élus du 18e en prévision du vote du 25 novembre 2019 [chiffre 2, pages 3 et 4 des observations]).

La place Polonceau a bon dos. Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les légendes et marques rouges [ciré du passant non compris] sont de la SPL). Agrandir l’image.

Ces expressions incroyablement imprécises (comme le sont parfois les indications figurant au permis de démolir, qui confondent la rue de la Goutte d’Or et la place Polonceau [photo ci-contre]) sont toutes tirées du compte rendu officiel du Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019 (voir ici, pages 78-80 [79]).

Il n’a ainsi même pas été jugé utile d’atténuer l’approximation orale dans le compte rendu écrit du Conseil du 4 novembre et ce sont ces « grosso modo » et autres « à peu près » qui, au final, emportent l’adhésion du maire d’arrondissement lorsque, dans une tout aussi incroyable diatribe contre ses collègues opposants lors du Conseil du 25 novembre, il prétend pouvoir évoquer « des sujets sur lesquels quasiment tout le monde est d’accord », faire état d’un « portage très majoritaire des habitants et des associations sur ce projet », et appeler en conséquence ses pairs à la « responsabilité politique » : « C’est un peu facile de suivre tout le temps le sens du vent et de foncer sur ce qu’on considère être des mobilisations », lance-t-il à l’attention notoire de ses alliés Verts qui viennent en effet de se dire « sensibles aux mobilisations » (en l’occurrence la mobilisation réussie de la Goutte verte le 24 novembre 2019) pour s’abstenir (voir ci-dessous et en page Humeur notre billet « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian »).

Chiche !

Si responsabilité politique il y a, transparence sur les concertations secrètes il doit y avoir. Or, malgré la demande qui a été faite dans ce sens par les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or, conviées le 22 novembre dernier par le Cabinet de Jean-Louis Missika et à son initiative, à une énième présentation à sens unique du projet de la Ville, les questionnaires secrets le sont restés jusqu’ici.

Ils doivent aujourd’hui être produits publiquement et les deux associations en font la demande formelle au Maire du 18e afin qu’ils puissent être connus avant le prochain comité de suivi du 4 décembre 2019, discutés ouvertement ce soir-là et, une fois ainsi avalisés, introduits dans la délibération qui sera soumise au Conseil de Paris du 9 au 11 décembre. À ce stade, la délibération ne repose que sur les « à peu près 95 % » de Michel Neyreneuf, « à peu près » qui conduisent l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement à conclure lui-même, dans une formule incertaine : « Nous pensons que nous avons répondu à la réserve du commissaire-enquêteur en dégageant un consensus sur cette partie du projet » (Compte rendu du CA du 4 novembre 2019, pages 78-80 [79]).

Un projet « grosso modo consensuel à 95 % ». Ici, une partie des 5 % grosso modo opposés au projet qui le disent en fanfare lors d’un évènement organisé le 24 novembre 2019 par le Jardin Goutte verte* (Photo CGO).

Penser n’est pas suffisant. La Mairie du 18e doit établir – au sens juridique de prouver – les majorités sur lesquelles elle prétend pouvoir entraîner le Conseil de Paris dans une délibération qui, quelles que soient au surplus le résultat des délicates pesées d’intérêts, ne respecte ni les réserves du commissaire enquêteur quant à la durée de la concertation globale, fixée de novembre à février 2020, ni, à ce titre, le vœu des Verts qu’elle a adopté à l’unanimité et qui demande « que la Ville confirme que les deux réserves exprimées dans les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prises en compte ; que la concertation, ainsi que cela est suggéré dans le rapport, inclue l’étude des projets alternatifs ; que la concertation soit prolongée, avec l’objectif d’aboutir à un consensus, de novembre 2019 à février 2020 ».

La Goutte verte recevait sous le panneau du premier permis de démolir accordé dans ce dossier (Photo CGO, 24 novembre 2019).

  • Lire en page Humeur du blog : « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian ». Dans une froide colère suscitée par l’abstention des Verts et l’opposition de 100% Paris, le maire du 18e qui se dit « épuisé par cette façon de faire de la politique » (« pas épuisé par le fait d’être maire », précise-t-il tout de suite : « J’ai bien l’intention [sic] que ça continue encore un peu »), se lâche sur les préoccupations de la famille de Boris Vian et de la presse durant les huit dernières années.

* On rappelle que La Goutte verte est signataire du Manifeste de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or qui demande un moratoire aux projets d’urbanisme contestés, comme le sont plus de cent cinquante habitants à ce jour, une dizaine d’associations et le Conseil citoyen de Paris 18 qui, pour sa part, est légalement chargé de « favoriser l’expression de la parole des habitants des quartiers, notamment ceux qui sont éloignés des processus traditionnels de participation, ainsi que la prise en compte de leur expertise d’usage dans le cadre de la politique de la ville » (cf. site officiel des Conseils citoyens).

Sauvez la date !

12 décembre 2019, 18 h 30-21 h
Présentation publique de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or
et débat autour des projets d’urbanisme en cours dans le quartier

La Manufacture, 8 rue Myrha (75018)

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Tours d’horizons

Covisibilité historique en chantier

  • En attendant l’emballage de Saint Bernard par Christo, le futur monument historique du 360 Paris Music Factory se dévoile par petites touches.
  • Visite de voisinage.

La flèche de l’église Saint Bernard en travaux de restauration vue du 360 Paris Music Factory’s panoramic rooftop (Photo CGO, 26 novembre 2019).

Le patron d’Accords croisés Saïd Assadi, fondateur du 360 Paris Music Factory, recevait quelques voisins ce mardi 26 novembre pour une visite de l’établissement qui ouvrira ses portes au public fin janvier 2020. Reportage en forme de teasing.

Saïd Assadi entouré de représentants des associations, collectifs ou entreprises culturelles ADOS, EGDO, Espace jeune, Esprit d’ébène, 4C, La Table ouverte, Paris Goutte d’Or, Cavé Goutte d’Or, Commerçants de la Chapelle Goutte d’Or, La Manufacture de la Goutte d’Or,… (Photos CGO).

Escalier monumental et balcon extérieur en entre-sol.

Façade voisine prématurément vieillie et belle échappée sur square Léon.

Salle modulable. Ci-dessus, les sièges forment paroi en fond de salle, libérant le sol (photo CGO). Ci-dessous, les sièges sont déployés pour accueillir le public (photo Le 360).

Sièges déployés (photo Le 360 Paris Music Factory).

Sièges repliés en fond de salle (photo CGO, 26 novembre 2019). Une idée astucieuse pour écarter les murs du Gymnase Goutte d’Or de la rue Boris Vian ?

Le bâtiment en coupe (Source : Le 360)

Café restaurant au rez-de-chaussée. Un programme impressionnant de cuisines du monde ouvert sur le quartier.

Bravo l’archi !

Merci à Saïd Assadi pour cette visite. Bienvenue au 360 Paris Music Factory. Bravo à toute l’équipe, bonne chance pour les derniers préparatifs.

Pour mémoire : notre billet du 31 mars 2015 sur « une entreprise privée au cœur d’un quartier municipalisé ».

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