ZIG ZAD ZUS

Dans le mouvement de Notre-Dame-des-Landes, le projet de rénovation de la Goutte d’Or est abandonné

  • Vers la création d’un collectif « Notre Dame de La Goutte d’Or » qui demanderait la requalification de la ZUS en ZAD ?

Les architectes sociaux font feu de tout bois.

Au moment où l’association Paris-Goutte d’Or (qui luttait déjà en 1982 contre le projet de rénovation de la Goutte d’Or en ce qu’il entrainait la destruction du quartier) réunissait avec succès, mardi soir 16 janvier 2018, un grand nombre de riverains autour d’un excellent repas au Chien de la Lune pour affronter in situ les difficultés actuelles du projet (lire sur le blog), la nouvelle de renoncer à la rénovation tombait sous le sens.

Dès lors que l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) d’envergure plus nationale risque de cacher cette nouvelle apparemment plus locale, le blog a décidé de simplement en évoquer ici les éléments majeurs, se réservant la possibilité d’y revenir dans un prochain billet.

D’ores et déjà, on peut saluer, en reprenant les termes entendus aujourd’hui à propos de NDDL, la « volonté d’apaisement » dans laquelle a été prise la décision de renoncer à la rénovation de la Goutte d’Or et saluer une « décision de raison dans un contexte local tendu », le quartier subissant actuellement sur les plans social et économique les conséquences de sa destruction dans les années 1980-1990 (Lire « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu de la Goutte d’Or a été volontairement détruit »).

Pour ce qui est des bailleurs sociaux, entrepreneurs sociaux et autres « squatteurs » de la ZUS qui  vivent du projet jamais abouti de rénovation de la Goutte d’Or depuis qu’elle a été classée en ZUS et ZSP, il aurait été décidé qu’ils ne seraient évacués qu’au printemps prochain, ce qui est peut-être une des raisons pour lesquelles les derniers aménageurs en date – le diocèse de Paris pour l’appendice de école Saint Bernard portant atteinte à l’église Saint Bernard, unique monument historique de la Goutte d’Or ; Batigère pour son édifice paradoxalement aussi massif qu’étriqué récemment validé par le Tribunal administratif (nous y revenons) ; Sefri-Cime et Foncière Logement pour le surdensificateur social de l’angle Cavé/Stephenson – accélèrent de mouvement de leurs constructions et détériorations du quartier.

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Utinam

CAVÉ PATROUILLAM !*

*Prends garde à la patrouille !

  • Comme pour défier le projet lauréat du budget participatif 2017 consistant à « Apaiser la rue Cavé », l’année 2018 s’est ouverte à la Goutte d’Or sur une intervention policière massive de près de trois heures à l’angle des rues Cavé et Saint Jérôme.
  • Les effectifs qui manquaient la veille à Champigny-sur-Marne auraient été bloqués entre le square Alain Bashung et la rue Boris Vian : toujours la faute aux artistes !
  • Les commerçants du secteur Alain Bashung – Boris Vian invitent le quartier à reprendre les rues qu’il avait abandonnées à la Politique de la ville.

Angle des rues Cavé et Saint Jérôme (Photo D.R. 2 janvier 2018).

Au moment où le blog divulguait les premiers éléments de langage d’un des projets lauréats du budget participatif 2017 consistant à « apaiser la rue Cavé » (voire notre billet « Microclimat »), les riverains de la rue étaient littéralement assignés à résidence pour ceux qui étaient chez eux, et privés du droit au retour pour ceux qui étaient sortis.

Un « rez-de-chaussée bunkerisé »
pris d’assaut ?

La permanence politique de Daniel Vaillant n’étant plus sur l’angle du 13 rue Cavé et le CROUS des n° 22/24 n’ayant jusqu’ici occupé que les services administratifs de la Ville (à l’exclusion de la mondaine et de la criminelle), les riverains privés de mouvement pendant quelques heures en ont conclu que la descente de police visait en réalité l’autre bout du transept de Saint Bernard (voir le plan cadastral ci-dessous). À l’opposé en effet de l’angle investi par les forces de police le 2 janvier, se situe le tristement célèbre projet architectural du Diocèse de Paris toujours contesté devant la Cour administrative d’appel par les associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris : or, ce projet est actuellement l’objet de sévères critiques sur les réseaux sociaux et d’une campagne de tags encore virtuels sur « le rez-de-chaussée bunkerisé de l’école Saint Bernard » que la police aurait pour mission de prévenir à tout prix (la campagne de tags, pas la bunkerisation de l’école).

En-haut sur le plan : intervention de police sur l’angle Cavé / Saint Jérôme. En-bas sur le plan : aucune intervention sur l’angle Saint Bruno / Pierre L’Ermite.

Transept Nord du monument historique vu depuis l’angle des rues Cavé et Saint Jérôme, investi provisoirement le 2 janvier 2018 par la police de proximité.

Transept sud du monument historique, perspective de l’église Saint Bernard spoliée par l’école Saint Bernard.

Les procédures toujours en cours (et même en cour d’appel) contre le projet architectural d’extension de l’école Saint Bernard

Les critiques du projet sur les réseaux sociaux

La reconquête du quartier par sa rue… 

Dans le prolongement des réunions de travail successives qui se sont tenues en décembre 2017 concernant la dégradation de la vie économique et sociale du quartier (lire notre billet du 17 décembre 2017 : « Mineurs isolés, majeurs en errance »), l’association Paris-Goutte d’Or, l’une des plus anciennes du quartier, née en 1982 du projet initial d’en empêcher la destruction (lire l’article de Violette Roland : « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu de la Goutte d’Or a été volontairement détruit »), a lancé l’idée d’inviter les habitants à en reprendre possession et à en soutenir les activités économiques. Première étape en ce début d’année : un repas dans les restaurants « Au Chien de la Lune » le mardi 16 janvier à 19 h 30 et « La Goutte d’Or » le jeudi 25 janvier à 19 h 30 (lire le détail le 12 janvier 2018 en page « Défense du quartier »).

… et par son économie

L’association Cavé Goutte d’Or (qui, du haut des 7 ans qu’elle vient de célébrer avec Paris Nature Environnement à L’Échomusée, est pour sa part l’une des petites dernières du quartier) salue l’idée de Paris-Goutte d’Or, dans laquelle elle veut percevoir le projet ou l’occasion de responsabiliser les habitants de la Goutte d’Or dans le fonctionnement économique de leur quartier.

La dimension économique ne saurait en effet pas être négligée. Elle  n’est pas forcément en opposition frontale avec les projets plus ‘sensibles’ nés du contexte de « zone urbaine sensible » dans lequel est enfermée la Goutte d’Or depuis 1984 : les deux peuvent cheminer ensemble si la Politique de la ville (zonage imposé et entravant) laisse la place à la ville et à ses habitants, à leurs initiatives, – débarrassées de la dimension ‘sensible’. À cet égard, la réunion tenue le 20 décembre 2017 sous l’égide des EDL (équipes de développement local) et de l’adjointe au maire chargée de la Politique de la ville – EDL et Politique de la ville souvent critiquées sur le blog (où elles ont même leurs pages dédiées) – était riche de constats et d’idées.

Sous le titre de « Mobilisation pour l’occupation positive des espaces publics du sud Goutte d’Or », la réunion avait pour objectif de « construire ensemble – dans un premier temps : associations et commerçants – des actions visant à se réapproprier de manière positive les espaces publics, à y changer les usages, dans le but d’améliorer l’image et les conditions de vie dans le quartier ». Appelant à une « perspective de solution » avant « l’animation de rues », le représentant de l’association des commerçants de la rue des Gardes (connue aussi sous le nom de rue de la mode) fut particulièrement convaincant dans sa démonstration quant à la nécessité de ne pas laisser prospérer plus longtemps dans le quartier une économie parallèle dont l’extension bien visible et bien connue (d’autres intervenants évoquant l’idée qu’on l’aurait même « laissé s’installer ») se fait au détriment de l’économie officielle, souvent soutenue et parfois subventionnée par la Ville, une économie viable qui ne demande qu’à s’étendre sur les richesses créatives présentes dans le quartier. Celles-ci n’ont-elles pas en effet été saluées il y a un an par l’équipe de CoSto (Connected Stores) ?

Une perspective de solution :
la fin de la Politique de la ville

À l’issue de cette réunion en effet très positive, on en arrive à penser qu’il suffirait de peu, de presque rien – d’un bon mot de Boris Vian, d’un bon accord d’Alain Bashung – pour que de bons constats ouvrent sur de bons projets. Que le square Alain Bashung et la rue Boris Vian délimitent aujourd’hui le quartier à « se réapproprier », que ces deux prestigieux auteurs et musiciens soient honorés à quelques mètres l’un de l’autre au cœur de la Goutte d’Or dont ils furent proches, relèvent peut-être du symptôme, ou du symbole, ou des deux.

Mais si « une perspective de solution » devait émerger des discussions denses de décembre sur l’état du quartier, elle comporterait assurément la fin de la Politique de la ville. Comme il ressort de son propre credo, lisible sur le site de la Mairie de Paris reproduit ci-dessous, la Politique de la ville (expression dans laquelle ville n’est pas Mairie) porte en effet en elle-même les germes d’une permanente impasse, d’autant plus permanente que les communicants ne se rendent pas même compte de l’aporie, contradiction insoluble dans le raisonnement qui voudrait que « la Politique de la ville œuvre pour assurer l’égalité » quand « les quartiers dits ‘Politique de la ville’ concentrent les inégalitaires sociales et urbaines » :

Site de la Mairie de Paris : Les quartiers populaires, capture d’écran du 11 janvier 2018.

Site de la Mairie de Paris : Les quartiers populaires (détail).

  • « Les inégalités sociales et urbaines se concentrent principalement dans les quartiers dits ‘politique de la ville’ (…). La politique de la ville œuvre pour assurer l’égalité entre les territoires et pour améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers populaires ».
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FNE-Paris

La Goutte d’Or met l’échologie à l’agenda de 2018

  • Comme en écho à notre « Make the Goutte d’Or Great Again », qui proposait une sortie de la « Politique de la ville » pour permettre au quartier de retrouver sa force et son rayonnement, les associations parisiennes de défense de l’environnement s’y sont rassemblées, le 19 décembre 2017, pour lancer « France Nature Environnement-Paris ».
  • Une Saint Urbain très prometteuse au cœur d’un quartier à l’urbanisme sinistré.

Nombreuse assistance à l’Échomusée le 19 décembre 2017.

Il fut un instant question d’organiser le lancement de France Nature Environnement-Paris sous les arcades de la Goutte d’Or, haut lieu de l’urbanisme ravageur mis en place en 1982 par les édiles qui ont tout misé sur la destruction du quartier pour mieux, pensaient-ils, le reconstruire (Lire « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu de la Goutte d’Or a été volontairement détruit » dans le N° 100 du Bulletin de SOS Paris [extrait pdf ici]).

Mais la Politique de la ville a vite mis le holà, et même le oh là là, à pareille entreprise. Déjà, il est vrai, la dernière Saint Boris du dernier 2 mai avait mis le quartier sens dessus dessous et inquiété la Ville devant le risque toujours plus avéré de voir la famille de Boris Vian retirer l’autorisation donnée en 1992 d’utiliser le nom de l’écrivain musicien pour la création d’une rue dans la nouvelle Goutte d’Or si celle-ci n’était pas sérieusement entretenue.

Plus sérieusement, l’Échomusée serait ainsi le lieu où il fallait être, le 19 décembre dernier, et où célébrer la 7e Saint Urbain de Cavé Goutte qui, défiant une nouvelle fois les noirs desseins de l’urbanisme local, passait la main et le flambeau à ses amis réunis sous l’égide de France Nature Environnement (FNE), dont la fédération d’Île de France jetait les bases de FNE-Paris.

En force

Les associations parisiennes de défense de l’environnement et du cadre de vie dont les représentants forment actuellement le conseil d’administration de Paris Nature Environnement – SOS Paris, France Nature Environnement-Île de France, ASA PNE (Association pour le Suivi de l’Aménagement de Paris Nord Est), Respiration Paris 15 et Cavé Goutte d’Or – avaient ainsi invité le Tout-Paris de l’environnement pour une Saint Urbain 2017 placée sous le projet d’un urbanisme à visage urbain.

Dans l’assistance , on comptait ainsi, outre les associations invitantes, elles-mêmes souvent fédératrices de combats divers, une cinquantaine de représentants d’associations parisiennes, parmi lesquelles ADA 13 (Association pour le développement et l’aménagement du 13e arrondissement), Monts 14 (Montparnasse, Montrouge, Montsouris), l’Association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris Historique, déjà très investie aux côtés de Cavé Goutte d’Or (voir ici, ici et ici), La Plateforme des associations parisiennes d’habitants (dont la vocation est l’amélioration du cadre de vie en matière d’urbanisme, d’espaces verts et de déplacements), Balades aux jardins (les oubliés nous pardonneront et auront droit à une page de rattrapage en janvier !).

Les agapes de FNE-Paris eurent également les honneurs de militants de longue date venus partager leurs expériences historiques dans les quartiers du Marais, de la Cité (autoroute Notre-Dame dans les années 1970, vitrification du parvis et du marché aux fleurs aujourd’hui), des anciennes Halles, et de Marc Ambroise-Rendu qui fit entrer l’écologie au journal Le Monde, dont il assura la rubrique «Environnement» de 1974 à 1981 et réalisa récemment avec Muriel Martin-Dupray pour FNE-Île de France une étude sur l’organisation des Jeux Olympiques 2024 à Paris.

Marc Ambroise-Rendu et Christine Nedelec.

Le Canard enchaîné, 22 novembre 2017 (lire l’article en pdf).

Le collectif « Non aux JO 2024 » était d’ailleurs lui-même présent le 19 décembre et Frédéric Vial expliqua à l’assistance le passage du collectif du non à une attention critique sur la « loi olympique », votée deux jours plus tard par l’Assemblée nationale. FNE-Île de France et SOS Paris n’avaient d’ailleurs elles-mêmes pas manqué, lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 28 novembre 2017, de mettre en garde les députés sur les divers aspects controversés de cette loi d’exception, également mise sous surveillance par Sites & Monuments, la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF) qui s’inquiète notamment des dérogations olympiennes aux lois en vigueur sur la publicité aux abords des monuments historiques quand ce n’est sur ces monuments (lire ici).

Du côté des élus, les Verts n’ont pas boudé l’évènement, qui étaient ce soir-là représentés par Sandrine Mees, conseillère de Paris, référente du quartier Goutte d’Or, Loic Lorenzini, adjoint au maire du 18e, chargé de l’économie culturelle, et Danielle Fournier, conseillère de Paris EELV jusqu’en 2014, correspondante du 18e du mois.

Agnès Lozet (Respiration Paris 15), Christine Nedelec (SOS Paris) et Muriel Martin-Dupray (FNE-IDF) accueillent Loïc Lorenzini (adjoint au maire EELV).

Vers l’échologie

Jean-Marc Bombeau.

Il n’en fallait pas davantage au maître des lieux Jean-Marc Bombeau pour suggérer que si l’on écrivait écologie avec un h, comme dans échomusée, le combat pour l’environnement entrerait dans une ère nouvelle, l’écho faisant appel au résonnement, aux vibrations, à la répercussion.

L’échologie, un projet d’avenir ? Les participants à la Saint Urbain de l’Échomusée ont d’ores et déjà été invités à poursuivre les contacts repris ou créés le 19 décembre 2017 à l’issue de l’assemblée de Paris Nature Environnement qui deviendra France Nature Environnement-Paris et les accueillera le 30 janvier 2018 à partir de 17 heures (gardez la date / lieu et ordre du jour à suivre).

Une suggestion de lecture en attendant :

Liaison, le magazine des associations de protection de l’environnement de l’Île-de-France, n° 179-180, Décembre 2017-Janvier 2018.

Sur la Saint Urbain du 19 décembre 2017, on pouvait lire, dès le lendemain matin, sur un site bien connu du quartier, le compte-rendu ci-dessous, assorti depuis de plusieurs réactions et commentaires :

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Microclimat

« Apaiser la rue Cavé » !?… Les premiers éléments de langage urbain dévoilés

  • L’un des projets lauréats du budget participatif 2017 a choisi pour slogan: « Apaiser la rue Cavé ».
  • Les habitants du quartier qui pensaient que la rue de Jessaint, le square Alain Bashung, la placette Polonceau, les Arcades de la Goutte d’Or, la rue Boris Vian, la rue Dejean ou encore la place Jules Joffrin avaient besoin d’apaisement en cette fin d’année 2017 doivent déjanter.
  • Et la rue Cavé est-elle vraiment à l’abri de la tempête sociale qui guette la Goutte d’Or ?

Appelé à désengorger le funiculaire de Montmartre et à désenclaver le quartier de La Chapelle, le futur téléphérique qui reliera les Bouffes du Nord au Sacré-Cœur suivra le tracé de la rue Cavé. Les premiers prototypes sont actuellement testés sur l’angle Cavé/Stephenson (notre illustration).

Interrogé par Cavé Goutte d’Or sur l’étrange nom « Apaiser la rue Cavé », l’un des porteurs du projet a indiqué que l’appellation avait été choisie par la Mairie, organisatrice du concours. À la réflexion, on peut comprendre que la Mairie de Paris, récemment entraînée par son OPH Paris Habitat sans une série de faux plans, non-exécutions de plans et autres difficultés lors de la construction laborieuse du CROUS de la rue Cavé, ait ressenti le besoin d’apaiser le secteur. Ce qui sera fait prochainement dans sa partie haute, le bas de la rue Cavé restant hélas aux prises avec l’un des fleurons de l’architecture asociale, la société Sefri-Cime y disputant son mépris pour le quartier avec la société Batigère qui partage le même îlot et le même souci de densifier à tout prix, – même à prix réduit si l’on considère que la SEMAVIP a vendu l’angle Cavé/Stephenson pour un euro symbolique à Sefri-Cime, qui exploite ainsi doublement le quartier.

Les abords de L’Échomusée

Nos lecteurs connaissent bien ce lieu, investi par Cavé Goutte d’Or lors de ses premières Journées du patrimoine en septembre 2011, et à nouveau avec les associations parisiennes de défense de l’environnement lors de la toute récente Saint Urbain du 19 décembre 2017 pour le lancement de FNE-Paris, section parisienne de France Nature Environnement.

Que du carrefour de l’Échomusée parte l’idée d’apaisement, même si le mot est saugrenu pour une rue qui n’en manque pas – le magazine M de Le Monde a même évoqué à propos du 15 rue Cavé « ce soin tranquille du 18e arrondissement » (voir ci-dessous) – ne surprendra personne puisque L’Échomusée porte en lui l’invitation à résonner/raisonner autrement. Les associations parisiennes de défense de l’environnement qui s’y sont réunies le 19 décembre n’ont peut-être pas jeté que les bases de FNE-Paris, mais aussi celles d’une écologie qui s’écrirait et se dirait désormais « échologie » (lire notre billet : La Goutte d’Or met l’échologie à l’agenda de 2018).

Le fragile et bien banal édifice qui abrite finalement le CROUS (pour combien de temps ?) repose sur un permis dont la validité a été longtemps contestée (et le serait encore à quelques égards, si le mot égards convenait dans le contexte de mépris du voisinage et du patrimoine qui a marqué ce projet depuis la démolition des anciennes maisons de village qui l’a précédé jusqu’aux tentatives de fraude qui en ont émaillé l’instruction et l’exécution). Validité contestée à juste titre puisque plusieurs actes notariés, permis modificatifs et interventions discrètes de la direction de l’Urbanisme sont venus ‘apaiser’ les angles.

Du moins la rue peut-elle saluer le fait que cette aventure urbaine ait entrainé la rénovation de son voisin de l’Est. Côté Ouest, si la baie controversée a retrouvé une apparence d’honnêteté (on verra la suite), on entend dans les salles de garde d’architectes de mauvaises langues affirmer que « les pignons du CROUS ont retrouvé une mine royale ».

« Les pignons du CROUS ont retrouvé une mine royale ».

Les belles frises du 24 rue Cavé, dont le Conseil d’arrondissement a enregistré qu’elles seraient restituées au quartier par la Mairie du 18e après la démolition contestée du bâtiment, vont-elles venir orner l’édifice du CROUS qui l’a si pauvrement remplacé ?

D’une permanence, l’autre

Photo Mairie du 18e.

En face du CROUS et dans un passé encore récent, le 13 de la rue Cavé accueillait la permanence de Daniel Vaillant, heureux sur le cliché ci-contre de la présenter à François Lamy, alors ministre de la Ville, auquel il venait de faire les honneurs de la Goutte verte (lire sur le blog).

Un temps partagés avec Colombe Brossel, aujourd’hui adjointe d’Anne Hidalgo à la Mairie de Paris, les locaux avaient auparavant accueilli Lionel Jospin : c’est là que Paris-Goutte d’Or tenta de mobiliser le député, alors premier secrétaire du Parti socialiste, pour empêcher la destruction de la Goutte d’Or Sud (Lire l’article de Violette Roland dans le Bulletin de SOS Paris de mai-juillet 2017).

Photo collection privée (DR).

Aujourd’hui, l’ancienne permanence politique est devenue l’écrin des travaux d’Hélène Mansiat et de Lilium.

L’atelier boutique Lilium (photo CGO, septembre 2016).

D’un atelier, l’autre

De la permanence désormais créative du 13 à l’atelier du 15, longtemps célèbre miroiterie du quartier, aujourd’hui atelier de couture salué par le magazine M du Monde, se dessine l’évolution de la rue :

  • « C’est une ancienne usine qui va en redevenir une, écrivait M à la veille de la Saint Urbain de l’Échomusée. On voit encore l’enseigne ‘miroiterie vitrerie’ au-dessus de la devanture du 15 rue Cavé. Mais dans ce coin tranquille du 18arrondissement de Paris, les machines verront désormais passer des métrages de tissus et des jeunes gens bien sapés. Stéphane Ashpool, créateur de la marque Pigalle Paris, lauréat du concours de l’Association nationale pour le développement des arts de la mode (Andam) en 2015, et son associé Adrien Haddad, ont prévu d’ouvrir début 2018 ce qu’ils ont appelé dans leur business plan un ‘atelier de création manuelle' ».

L’enseigne art-déco du 15 rue Cavé.

Graff (codé ?) apparu sur les petites maisons de la rue Cavé.

« Des jeunes gens bien sapés »… Les mots de M sont du baume au cœur des riverains, à qui ils peuvent aussi paraître bien dérisoires devant les difficultés que traversent et font traverser actuellement au quartier les enfants marocains qui occupent, en cette fin d’année, tous les esprits, toutes les attentions des associations, des autorités municipales, des travailleurs sociaux et des habitants (Lire, sur le blog d’Action Barbès, un compte rendu de la réunion publique organisée par la Mairie du 18e à la Salle Saint-Bruno le 6 décembre 2017 sur « Les mineurs isolés non accompagnés dans l’espace public et la situation dans le quartier de la Goutte d’Or » ; voir aussi notre billet  « Mineurs isolés, majeurs en errance » qui relaye le communiqué de Paris-Goutte d’Or sur la question et, plus largement, la succession d’échecs qui semblent accompagner les zonages du quartier en zone urbaine sensible [1984-2017] et zone de sécurité prioritaire [2012-2017]).

Sur le sujet de fond que révèle « les enfants des rues marocains qui se sont installés à Barbès », on lit avec intérêt les posts réguliers de Jacques Desse et les commentaires qu’ils suscitent sur son compte facebook (dernières conversations : 23 décembre 2017). Reprenant un de ses premiers posts sur le sujet, datant d’il y a dix mois, Jacques Desse écrit : « La différence c’est qu’aujourd’hui ils sont habillés de vêtements de marque (…) ».

Mais la question était parfaitement identifiée dans le post de février 2017 : « Le ‘gag’, si j’ose dire, c’est que beaucoup de gens retiendront sans doute de ce post ‘oulla ça craint de plus en plus Barbès’. Or ce n’est pas Barbès qui craint, c’est le monde et notre pays tels qu’ils glissent, silencieusement. C’est la mondialisation de la misère : la ‘tiers-mondialisation’, y compris au cœur des pays les plus favorisés. Le retour des ‘classes dangereuses’ côtoyant d’indécentes fortunes protégées par des gros bras ».

Zola sur ses terres ? pourrait ironiser un fataliste pressé : « Zola, Hugo, Dickens… Ce n’est pas le monde que nous avons connu, au XXe siècle dans les pays riches. Je ne vois pas quelle fatalité nous obligerait à y revenir », répond l’hôte de la conversation.

… dans « un quartier sans histoire » À moins que, du « quartier sans histoire » qu’ont volontairement fabriqué les démolisseurs de la Goutte d’Or ne puissent émerger que les fantômes de l’assommoir, comme s’en inquiète Violette Roland, ancienne habitante militante de la Goutte d’Or Sud, dans l’article ci-contre.

La palette
fait de la résistance

La végétalisation des Xérographes.

Entre « les jeunes gens bien sapés » que nous annonce le magazine M et les enfants marocains en guenilles de marques qui ne respectent même pas les quartiers en « Politique de la ville », la bonne vieille palette qui faisait naguère le bonheur des jardins partagés se frayera-t-elle le chemin d’une nouvelle jeunesse ? Le local des Xérographes, où Cavé Goutte d’Or a jadis invité Accords croisés à présenter le projet de construction de 360 Paris Music Factory (notre billet du 21 mars 2015), semble prêt à sauter vertement dans cette aventure : un permis de végétaliser l’espace public (à moins qu’il s’agisse d’un permis de modification de façade ?) serait à l’étude, – au grand étonnement des riverains qui pensaient en avoir fini avec le mobilier urbain de récupération dans un quartier qui gagnerait à sortir de l’ambiance chantier dans laquelle l’ont enfermé les trente dernières années de Politique de la ville.

Certes, la végétalisation de l’espace public répond à des critères et normes municipales qui, sans l’exiger, n’interdisent pas de maintenir le quartier sous une chape de self-déco misérabiliste :

  • « Installer une jardinière au coin de sa rue pour y faire pousser des tomates, investir un pied d’arbre pour y semer des fleurs, faire courir des plantes grimpantes sur un mur, transformer un potelet en installation végétale… Toutes ces interventions participent au projet global de végétalisation de la ville, et fleurissent ici et là dans Paris », peut-on lire sur le site de la Mairie de Paris, qui dédie une page au « permis de végétaliser ».

Permis de végétaliser au 42 rue Stephenson (image Google) (le permis).

Et le site d’inciter à l’usage maximal des vieilles planches. On sait que, dans le quartier, la Ville a le permis de végétaliser aussi facile que le permis de démolir et reconstruire : ainsi les quelques pots immortalisés par Google au 42 de la rue Stephenson (image) ont-ils obtenu le fameux sésame et la rue Saint Bruno, sur laquelle a récemment été autorisée une extension de l’école Saint Bernard  irrespectueuse du voisinage et du monument historique qui la jouxte (extension au demeurant toujours contestée devant la Cour administrative d’appel de Paris) a-t-elle vu prospérer, si l’on peut dire, des carrés de verdure dont on ne doute pas qu’ils ont également reçu le feu vert des Espaces verts.

Bacs à fleurets mouchetés

Le projet « Apaiser la rue Cavé » ne manque lui-même pas de prévoir la création d’une « placette végétalisée » à la hauteur de l’Échomusée et « la végétalisation de la rue consistant à mettre en place des bacs, dont l’entretien devra être assuré par un collectif d’habitants dans le cadre d’un permis de végétaliser ». Toujours à la pointe des ébats sociaux, le quartier sera ainsi à l’origine d’une jurisprudence qu’on attend avec intérêt : qui l’emportera de l’espace public (permis de végétaliser) et de l’espace privé (permis de modification de façade) ?

*

Et si tout ce foisonnement était dû au génie de l’homme Cavé, l’un des premiers à avoir misé sur le quartier et son lotissement ?

François Cavé
aux portes du Panthéon

    

À l’occasion de l’Assemblée générale de SOS Paris, qui se tenait dans les salons de la Mairie du 5e arrondissement de Paris, place du Panthéon, le 6 avril 2017, une conférence fut donnée par Jean-François Belhoste, historien du patrimoine et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, sur l’architecture industrielle de Paris. Agrémentée de diapositives, la conférence permit un beau rapprochement en instantané lorsque surgit, de face sur l’estrade du conférencier, le portrait de François Cavé tandis qu’à droite, l’assistance pouvait contempler le Panthéon. Le célèbre industriel inventeur qui avait ses ateliers dans le secteur de la rue qui porte aujourd’hui son nom se voyait ainsi  honoré avant l’heure, l’image de la rue Cavé elle-même donnant soudain sur l’édifice de « la Patrie reconnaissante ».

Une conférence qui pourrait être bientôt présentée rue Cavé.

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Interdit (suite)

Le très peu urbain dos rond de l’école Saint Bernard dénoncé hors les murs

  • Au moment où Cavé Goutte d’Or mettait en ligne son post sur « Défense d’afficher », tweeter lui signalait une conversation à laquelle le blog s’empresse de participer et faire participer ses lecteurs.
  • La contestation du permis devant la Cour administrative d’appel de Paris dépasse les frontières du quartier.
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Interdit

Le premier tag imaginaire sur l’extension de l’école Saint Bernard rappelle que tout est permis

  • Non encore sanctionnée par la Cour administrative d’appel de Paris, la façade sur rue de l’extension de l’école Saint Bernard offre une surface de mur plein en violation de l’article UG.11.1.4.1° du PLU de Paris.
  • Les graffeurs de la capitale cachent mal leur impatience.

Le rez-de-chaussée aveugle de l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard monument historique offert aux tags en violation du PLU.

Si la justice est de ce monde et si le Diocèse de Paris et son OGEC Saint Bernard Sainte Marie (OGEC valant pour «Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique») y sont soumis, il est probable que le choix architectural (et politique ? et social ?) de tourner le dos à la rue et au monument historique qui fait face à l’extension en leur présentant un rez-de chaussé entièrement aveugle sera sanctionné pour violation, notamment, de l’article UG 11.1.4.1° du Règlement du PLU de Paris, qui prescrit :

  • « Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possibles en évitant l’implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service…) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l’affichage ou la mise en œuvre de graffitis ».

Cavé Goutte d’Or a soulevé ce moyen, entre de nombreux autres, dans ses oppositions aux permis de construire que la Ville de Paris a accordés, l’un au Diocèse de Paris sur l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, l’autre au promoteur immobilier Batigère qui, sur l’angle Myrha/Affre, a également choisi l’option d’implanter des locaux aveugles en rez-de-chaussée sur rue, en l’occurrence en mitoyenneté du 28 rue Affre.

Interdit d’interdire

Dans son mémoire en défense complémentaire du 10 novembre 2017, la Ville évoque l’esprit de la prescription précitée du PLU pour mieux s’en affranchir : « Le projet (de Batigère) est tout à fait conforme à l’esprit de l’article UG 11.1.4 qui n’interdit pas les parties pleines mais incite à les limiter autant que possible », assure-t-elle.

Selon les échos qui sont parvenus à la rédaction du blog suite à l’audience du Tribunal administratif du 14 décembre dernier, à laquelle Batigère ne s’est pas présenté (voir : « Chaise vide au TA »), il semble que la rapporteur publique a défendu, elle aussi, la thèse du non interdit.

La règle qui veut que « les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l’affichage ou la mise en œuvre de graffitis » ne serait, à l’en croire, qu’une « préconisation ». Selon Cavé Goutte d’Or, il s’agit bien d’une obligation et, comme l’association l’a ‘préconisé’ dans ses dernières écritures sur le dossier Batigère, c’est bien en violation de l’article UG 11.1.4.1° du PLU que la façade du 30 rue Affre dans l’ancien parcellaire est entièrement murée, ne disposant d’aucune partie vitrée, allant ainsi largement au-delà de l’éventuelle tolérance que la Ville voudrait voir dans « l’incitation à limiter autant que possible les parties pleines ».  La partie pleine contre le 28 rue Affre occupe intégralement la façade pastichée du 30 rue Affre et est ainsi intégralement offerte à ce que la Ville elle-même n’hésite pas à qualifier d’« incivilités volontaires sur l’espace public » dont l’affichage et les graffitis constituent la majorité pour un coût estimé à 4,5 millions d’euros pour l’année 2014 selon un rapport de l’inspection générale de la Ville de Paris d’avril 2016.

Et l’association de produire devant le TA un extrait du rapport et un reportage photographique concernant quelques bâtiments livrés dans le cadre des opérations de requalification du quartier, dont certains sont la propriété de la Ville (extrait ci-dessous).

Délibéré au 28 décembre 2017.

Boulevard de la Chapelle, 16 novembre 2017 (Photo PAH).

Boulevard de la Chapelle, 16 novembre 2017 (Photo PAH).

L’exemple de Carcassonne

La Ville de Carcassonne a réclamé 9.000 € de frais de nettoyage au tagueur, également absent de l’audience (Photo DR Le Midi Libre).

Et celui de la rue Myrha

Rue Myrha (20 juillet 2017). Le tagueur court toujours. Voir notre billet du 17 septembre 2017.

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Double peine

L’OGEC Saint Bernard Sainte Marie envoie ses huissiers aux riverains qui ont contesté en justice la disgracieuse extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard

  • Rivalisant (chichement) avec ses collègues de l’école catholique Saint Stanislas de Toulouse qui envisagent de vendre la cour de l’école pour financer sa mise aux normes, l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, qui a bétonné la cour de la sienne pour les mêmes raisons en sacrifiant les perspectives monumentales offertes jusque-là sur l’église Saint Bernard, entend se faire – en plus – payer une somme de 3.000 € par les riverains au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
  • Le bruit court que certains d’entre eux envisagent de demander au Diocèse de Paris le remboursement de ce qu’ils considèrent comme indu.

Le commandement aux fins de saisie adressé par l’OGEC à l’un des treize riverains condamnés solidairement au paiement d’une somme de 3.000 € en principal « au titre des frais exposés et non compris dans les dépens » (article 700 du code de procédure civile).

C’est bien – parole d’huissier – en « agissant à la demande de  l’OGEC (Organisme de gestion de l’école diocésaine catholique St Bernard, Ste Marie », que le saint homme de loi s’est présenté, un matin de novembre 2017, au domicile d’un des treize riverains de l’école Saint Bernard qui avaient sollicité le TGI de Paris en décembre 2016 aux fins de voir interrompre les travaux entrepris sur le seuil de l’église Saint Bernard en infraction, soutenaient-ils, aux perspectives monumentales protégées par le PLU de Paris.

Saisissant

Bien qu’indépendantes et parfaitement distinctes de la procédure administrative engagée contre le projet d’extension de l’école Saint Bernard dans la cour de l’école depuis février 2014 par l’association Cavé Goutte d’Or, rejointe en avril 2017 par l’association SOS Paris devant la Cour administrative d’appel, les actions mettant en cause ce projet par d’autres moyens, d’autres personnes et d’autres procédures ont été suivies sur le blog.

  • Le 31 octobre 2016, nous rendions ainsi compte de l’intervention de quatre riverains de la rue Pierre L’Ermite qui saisissaient le directeur de l’Urbanisme de la contradiction entre les deux arrêtés sur le projet d’extension de l’école Saint Bernard, l’un de mars 2015 l’autorisant et l’autre de mars 2012, toujours en vigueur, interdisant la construction du projet au motif de son « atteinte aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard », devenue monument historique protégé depuis (lire ici).
  • Le 9 janvier 2017, nous rendions également compte de l’initiative de treize riverains de l’école et de l’église Saint Bernard qui entendaient porter l’atteinte faite par la première aux perspectives monumentales protégées de la seconde devant le juge des référés du TGI de Paris au titre du trouble manifestement illicite (lire ici).
  • Le 19 février 2017, nous communiquions et analysions l’ordonnance du juge des référés du 17 janvier 2017 qui rejetait la requête des riverains (lire en page Défense du quartier à la date du 19 février 2017).

Toujours en distinguant bien les diverses actions menées, de natures différentes, et les personnes agissantes (personnes morales devant le TA et la Cour administrative d’appel, personnes physiques devant le directeur de l’Urbanisme et le juge des référés), des lignes parallèles peuvent être tirées, des commentaires réunis sur l’ensemble des actions menées : Cavé Goutte d’Or ne s’est ainsi pas privée de critiquer l’ordonnance du juge des référés en évoquant l’évitement.

  • « En dépit de la ‘contestation sérieuse’ qui, aux termes de l’article 809 du code de procédure civile, n’empêche pas le juge des référés de ‘prescrire les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite’, celui-ci semble avoir donné force de chose jugée au jugement du Tribunal administratif quand bien même ce jugement est toujours contesté devant la Cour administrative d’appel », écrivions-nous ici (voir page Défense du quartier à la date du 19 février 2017).

Et de regretter :

  • « Pour ce faire, le juge civil a introduit la procédure administrative de Cavé Goutte d’Or (à laquelle les riverains ne sont pas parties) dans la procédure de référé des riverains (à laquelle Cavé Goutte d’Or n’est pas partie) et s’est alors littéralement abrité derrière la première pour ne pas juger la seconde ».

Double fragilité

L’ordonnance du TGI de Paris était donc fragile. Pensant pouvoir ou devoir la renforcer, l’OGEC a choisi de la fragiliser plus encore, et de fragiliser l’ensemble de son projet – pourtant déjà bien mis à mal par les critiques soutenues non seulement par Cavé Goutte d’Or mais aussi par SOS Paris, Action Barbès et plusieurs riverains du projet, dont certains réunis sous le nom d’Amis du Quartier Saint Bernard – en croyant devoir faire exécuter la condamnation des requérants à un article 700 de 3.000 €. Il faut rappeler à cet égard que les riverains qui ont agi au civil n’ont pas été condamnés à une amende payable à l’État ou à des dommages et intérêts qui pourraient être dus à la partie adverse dans une procédure en responsabilité : l’OGEC pouvait ainsi parfaitement s’abstenir de réclamer cette somme, – si modeste pour lui, si peu modeste pour les riverains.

L’objectif est donc bien de dissuader les habitants de la Goutte d’Or de toute action, de paralyser toute critique et, en cela, l’OGEC montre non seulement les mêmes dispositions que la Ville à l’égard à l’encontre du quartier qu’ils meurtrissent de concert (voir la défense de l’OGEC par la Ville devant la Cour administrative d’appel), la même politique guerrière du « pas de quartier » menée depuis 1980 contre celui de la Goutte d’Or, il  montre aussi sa faiblesse et celle de son projet.

Un projet dont on rappelle qu’il est toujours susceptible d’être annulé par la Cour administrative d’appel et toute instance supérieure, autre motif qui aurait pu susciter la retenue du gestionnaire de l’école Saint Bernard.

Le parallèle avec
l’école Saint Stanislas de Toulouse

Le Parisien, 4 novembre 2017. PHOTOPQR/LA DÉPÊCHE DU MIDI/FRÉDÉRIC CHARMEU

La décision de l’OGEC de récupérer par voie d’huissiers ses 3.000 € d’article 700 est intervenue en même temps qu’était commentée – ô combien ! – l’idée de l’archevêque de Toulouse de céder la cour de l’école Saint-Stanislas, établissement d’enseignement catholique sous contrat, pour y construire un hôtel de luxe. Les fonds réunis permettraient de financer les travaux de mise aux normes de l’école. Le cas de figure était proche de celui qui avait prévalu à Saint Bernard où, en raison d’une dégradation avérée des locaux existants, l’OGEC et la Mairie (tous deux responsables, l’un du défaut d’entretien, l’autre du défaut de mise en demeure du premier aux fins d’assurer l’entretien) se sont précipités dans un projet mal ficelé mais présenté par trois fois de manière identique en termes de gabarit et volumétrie, donc identiquement susceptible de « porter atteinte aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard », comme l’avait posé le maire en mars 2012.

À Toulouse, les parents d’élèves étaient « vent debout contre le projet », raconte France bleu Occitanie le 3 novembre 2017, « choqués et abasourdis » selon La Dépêche du 20 octobre 2017.

Beaux-Arts, H/S, été 2017. L’église Saint Bernard est à l’honneur dans l’article « Le néogothique retrouvé », par Isabelle Balandre et Florent Tesnier, pages 22-23

À Paris (du moins à La Goutte d’Or), les parents d’élèves se sont mobilisés pour le projet de l’OGEC. Et à voir, disaient-ils, si on osera venir démolir la moitié d’une école (lire ici pour mémoire).

L’hôtel de luxe dans la cour avec vue sur les salles de classe choquait davantage, à Toulouse, que ne choquerait, à la Goutte d’Or, l’occupation de la cour par un immeuble d’architecture médiocre sur pilotis avec vue sur le monument historique dont il privait le quartier des perspectives monumentales offertes depuis un siècle et demi.

On aurait pu souhaiter, pourtant, que la protection d’un monument historique dans un quartier où il n’y en a justement qu’un, serait une priorité ; sinon une priorité de l’OGEC, froid gestionnaire comme il le montre à nouveau aujourd’hui en cherchant sa cassette tous azimuts, du moins une priorité du Diocèse, présumé attentif à l’église classée sur le seuil de son école, et – en tout premier lieu – une priorité des parents d’élèves soucieux de l’enseignement culturel aussi.

Saint Bernard offrait, avant le massacre, ce petit air de cour paisible qu’offre encore « Saint Stan » à Toulouse (image Claire-Marie Dagonet pour France bleu).

Devant les nouvelles et les images de « Saint Stan » à Toulouse, la Goutte d’Or en vient à imaginer une manifestation de parents d’élèves de Saint Bernard devant le haut lieu de manifestation qu’est l’église Saint Bernard, à côté de la Salle Saint Bruno, haut lieu pour sa part de la vie associative institutionnelle de la Mairie du 18ème, – tout un programme !?

Lire aussi notre humeur du 18 décembre 2017 : La Salle Saint Bruno s’interroge-t-elle enfin sur la construction que lui a infligée l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie sur son flanc Ouest ?

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