Passe-droit

Alexandre Benalla n’aurait pas été invité au « Copil » Boris Vian/Arcades Goutte d’Or

  • La commission d’enquête appelée à étudier le rôle du conseiller du président de la République devra s’interroger sur son absence à la réunion de travail du 10 juillet 2018 sur le quartier de la Goutte d’Or alors qu’il possédait un badge à cet effet.
  • Absence d’autant plus étrange que le tweet du conseiller de Paris Jacques Baudrier annonçant une « bonne réunion de travail » le 10 juillet 2018 aurait été posté le 9 juillet 2018.
  • Sinon, la Cohérie Boris Vian et les associations Paris-Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or, à l’origine de la récente mobilisation municipale pour le secteur, n’ont pas été invitées non plus.

Y a-t-il un copil dans l’avion ? Capture d’écran du tweet de Jacques Baudrier du 9 juillet 2018.

Comme le souligne Action Barbès dans un retweet ou contre-tweet de celui de Jacques Baudrier, « les riverains attendent avec impatience ce réaménagement, une réhabilitation qu’ils espèrent qualitativement à la hauteur de leurs attentes ». Et l’association phare des 9, 10 et 18ème arrondissements d’ajouter : « Nous serons donc très attentifs à la présentation de ce projet ».

Soit. Mais précisément, la réunion dont se vante Jacques Baudrier s’est tenue sans les principaux intéressés, ce qui n’est pas un gage de grande transparence.

Cet entre-soi du conseiller de Paris PCF, délégué auprès de l’adjoint à l’Urbanisme, chargé des questions relatives à l’Architecture, aux Constructions publiques et aux Grands projets de renouvellement urbain (GPRU), absent malgré toutes ces fonctions de la réunion du 25 mai 2018 à laquelle la Cohérie Boris Vian et les associations Paris-Goutte d’Or et Cavé Goutte d’Or étaient en revanche très présentes (lire ici pour mémoire), est d’autant plus étrange qu’Anne Hidalgo avait été dûment informée qu’un comité de suivi – un shadow copil ? – avait été formé pour suivre le travail promis.

Le système EDL (on fait en cachette et on informe après) aurait-il déteint sur la gestion du projet de requalification du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or ? La commission Benalla se perd en conjectures.

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Dessous des sous

Fresque, totem, coût de « Tous mobilisés » : le silence des Services

  • Dans un partage bien rôdé des rôles, les EDL du 18e et le secrétariat général de la Ville maitrisent de concert le block out de l’information sur les dépenses somptuaires de leur mobilisation tardive.
  • Les producteurs et les prestataires de services se partagent la manne sociale.
  • Voyage dans les coulisses du budget participatif pour quartiers Z.

22.500 € pour une fresque sur un mur de la place Polonceau moins de deux ans avant la destruction du mur ?… 3.000 € pour un totem d’information au milieu de cette place au moment où elle se voit réinvestie par l’occupation positive des riverains contre les divers deals qui la squattaient sous l’œil absent des édiles ?… 16.000 € pour des « prestations en stratégie et accompagnement de la concertation », des « temps de rencontres » et autres « marches exploratoires » sur les maux du quartier ?…

À fonds perdus ?

Nos lecteurs ont suivi la tentative des Services de la Ville de Paris de s’approprier l’espace public à coup d’opérations non concertées de récupération du mouvement spontané créé autour des pétitions d’habitants et de commerçants qui ont circulé cet hiver et ont été remises aux élus locaux, municipaux et nationaux, aux maires, au préfet et commissaire réunis sur la place Polonceau le 27 mars 2018 (lire nos billets : Pétitions, « Tous mobilisés », Maltraitance, Mob’lib’).

Devant le succès de la mobilisation civique, les Mairies de Paris et du 18e arrondissement ont organisé une contre-mobilisation qu’elles ont appelée… mobilisation : « Tous mobilisés pour notre quartier », dit le slogan de la Ville avec un usage heurté (pour ne pas dire emprunté) du pronom nous si l’on considère que l’objectif est de « construire avec vous les solutions pour améliorer votre quartier ».

Le blog a déjà détourné le détournement de la Ville et de la Mairie du 18e avec le montage faisant apparaitre le célèbre recruteur étoilé aux côtés de l’invitation des édiles et exposé les tentatives des riverains de contrôler l’opération « Tous mobilisés », tant dans ses orientations que dans son coût. En vain jusqu’ici car le secrétariat général de la Ville de Paris et les équipes de développement local se renvoient la balle et opposent aux associations le « secret en matière industrielle et commerciale » qui, assurent-ils, protégerait les prestataires (voir ici). Laissant ainsi sans réponse les demandes d’information des habitants, les Services suivent leur rythme et leurs instructions : « Afin de continuer à améliorer le cadre de vie à la Goutte d’Or, la Ville de Paris et la Mairie du 18e vous convient à une réunion de travail », raconte ainsi le carton d’invitation que tout le monde s’arrache entre deux matchs de coupe du monde.

Agrandir. On observe que le début de la consultation est antidaté et qu’il ne saurait y avoir « près de 101 contributions ». Le chiffre de 101 est trop précis pour être être présenté comme approximatif. Mais l’équipage de « Tous mobilisés » n’est plus à cela près.

Habitués au système D des quartiers Z (les quartiers zonés dont Cavé Goutte d’Or demande le dé-zonage à chaque élection), les habitants poursuivent leur enquête parallèle sans pour l’instant saisir la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs).

Silence, ça tourne

La fresque monumentale de Takek Benaoum produite par Quai 36 sur le pignon surplombant le patio de l’Institut des Cultures d’Islam au 19 rue Léon (photo CGO, juillet 2018).

Les prestataires eux-mêmes restent silencieux. Ainsi en est-il de la société Quai 36 à qui la Ville a notamment confié la production de la fresque qui surplombe l’ICI historique (le premier local de l’Institut des cultures d’Islam an 19 rue Léon).

Sans doute pour de bonnes raisons (beauté du travail, rapport qualité/prix, efficacité sociale, bonnes retombées médiatiques), Quai 36 s’est vue confier quelques mois plus tard la production de la fresque de la place Polonceau, qu’elle aurait au demeurant à son tour confiée au même artiste que celle de la rue Léon, artiste dont, par recoupement, on peut assurer qu’il ne perçoit qu’une part très limitée des 22.500 € devisé au budget participatif, environ 20 %. Si l’artiste devait en effet recevoir 4.500 € (nos informations tournent plutôt autour de 3.500 €), la somme de 18.000 € couvrirait les frais et honoraires de production dont on ne doute pas que le montant ne serait « pas non plus communicable en ce qu’il reflète la stratégie commerciale de l’entreprise opérant dans ce secteur d’activité et qu’il est susceptible, ainsi, de porter atteinte au secret commercial », comme l’écrivait à l’association Paris Goutte d’Or Madame Véronique Lecomte, chargée de mission espaces verts, nature et faune en Ville, agriculture urbaine et affaires funéraires, dans un mail du 1er juin 2018 (lire ici).

La plaque sur la façade extérieure du 19 rue Léon. Agrandir l’image.

Quai 36, dont le site présente l’action dans le 18e arrondissement et à la Gare du Nord, ne confirme ni n’infirme rien. Tout au plus a-t-on appris, de l’artiste lui-même, qu’il n’avait été appelé pour la mission Polonceau que tout récemment, comme si les premières recherches de Cavé Goutte d’Or sur les dessous de la fresque avaient accéléré un mouvement d’autant plus étrange qu’il serait bien tardif et incompatible avec la requalification générale de l’espace concerné.

Fresque pour rien ?

Il apparait en effet que l’idée d’une fresque sur la place Polonceau, qui n’est mentionnée nulle part dans le projet de requalification présenté officiellement en scénario privilégié le 26 novembre 2016 et en scénario retenu le 25 mai 2018 (et pour cause puisque le mur sur lequel la fresque serait apposée tombera quelques mois plus tard dans la restructuration) n’est sortie des cartons de « Tous mobilisés » que début juin 2018, provoquant même l’étrange soutien du directeur adjoint du cabinet de la maire de Paris qui, dans un courrier à la Cohérie Boris Vian, annonce à cet endroit « la réalisation d’une fresque artistique en septembre / octobre 2017 ». Le lapsus du millésime 2017 contre 2018 indique combien le projet a pris du retard ou de l’avance, selon qu’on considère la promesse d’Éric Lejoindre de livrer la requalification Boris Vian/Arcades Goutte d’Or sans fresque avant la fin de la mandature en mai 2020 ou l’engagement pris le 25 mai dernier de commencer les premiers travaux ce cette requalification toujours sans fresque durant les derniers mois de la mandature. En tout cas, l’intrusion de la fresque Polonceau dans le projet de restructuration du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or ne semble pas troubler que les riverains.

On doit s’étonner aussi de l’absence d’appel d’offres et du recours au budget participatif pour la financer et, plus encore, pour la faire passer comme issue d’un vote démocratique qui s’imposerait en dépit du bon sens et des circonstances qui ont modifié la situation depuis 2016. Personne jusqu’ici, ni au secrétariat général de la Ville, ni aux EDL, ni au cabinet de la maire, ni auprès de Quai 36 ne souhaite expliquer sur le choix de Quai 36 sans concurrence et sur le montage financier qui aboutit à gonfler le budget participatif de 450 % : le budget est en effet passé de 5.000 € dans la présentation initiale du projet par un riverain en 2016 (on retrouve dans le chiffre de 5.000 € les 3.500 € environ pour l’artiste et les 1.500 € pour les plantations qui faisaient également partie du projet initial) à 22.500 € dans sa présentation finale après étude des Services de la Ville. L’augmentation est d’autant plus étrange qu’elle n’est pas le fait du proposant, qui a été exclu de toutes les démarches de réalisation après la victoire de son projet.

Les prestataires assurent que c’est normal et là est peut-être la piste d’une nouvelle enquête, le budget participatif apparaissant ici couvrir et  démocratiser des projets préétablis confiés à des entreprises présélectionnées en amont. À suivre.

  • Les EDL expliquent à l’artiste le vote improvisé sur ses deux esquisses. Au centre de l’image, une urne. À la caméra, la chef de projet de Quai 36. Photo CGO 1er juillet 2018.

    Démocratie en trompe l’œil – Dans le souci de revêtir cette opération des oripeaux de la transparence, la sévère Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires de la Mairie de Paris a chargé ses équipes de développement local de la difficile mission de l’habiller d’un voile démocratique. Profitant de l’installation tout aussi contestée d’un totem d’affichage informatif (dont le coût reste également inconnu) sur la place Polonceau, l’équipage de développement local du 18e arrondissement a ainsi déposé le 1er juillet 2018 rien moins qu’une urne censée permettre aux passants de choisir les motifs et les coloris de la fresque (lire en page HUMEUR du blog : « Les urnes toutes mobilisées »).

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Biodiversité

Pendant que Nicolas Hulot « déclare la guerre au béton »…

  • …la bétonisation de la Goutte d’Or continue.
  • Au moment précis où le ministre de la Transition écologique et solidaire détaille les 90 mesures de son plan de biodiversité, l’association Cavé Goutte d’Or publie une partie du mémoire récapitulatif qu’elle a déposé le 8 juin 2018 devant le Tribunal administratif dans le dossier qui l’oppose au projet du célèbre architecte et urbaniste Bruno Fortier pour la Sefri-Cime Promotion.  

Les journaux ont tous bétonné ce matin du 4 juillet 2018. © Image Europe 1.

Le dernier gros chantier en date dans la Goutte d’Or aux prises depuis près de 40 ans avec la rénovation urbaine se situe à l’angle des rues Cavé et Stephenson dans le 18e arrondissement de Paris. Il précède de quelques mois la requalification imposée aux premiers éléments livrés au début des années 1990, qu’il convient en effet de retravailler aujourd’hui, tant le secteur des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or a été mal pensé et mal construit sous l’ère Jospin-Juppé (notre billet du 1er juin 2018).

Au 25 rue Stephenson, là où se trouvait jadis un bel immeuble de la seconde moitié du 19e siècle dont la Cour d’appel de Paris a salué la prestance après qu’il a été démoli sous les coups de la SEMAVIP et de la Mairie du 18e (lire ici pour mémoire), est actuellement en construction un gros immeuble de béton estampillé « logements sociaux ».

Jusqu’où se niche la com’ des bétonneurs (2 rue Cavé, 18 mai 2017).

Le blog reviendra cet été sur les aspects controversés du projet, les erreurs reconnues des premières moutures (le permis initial a déjà fait l’objet de deux permis modificatifs dit de régularisation), la paralysie infligée par la Ville et le promoteur immobilier à la procédure administrative engagée par Cavé Goutte d’Or devant le Tribunal administratif. Pour accompagner les 90 mesures de Nicolas Hulot, il ne publie dans un premier temps que le résumé d’un des moyens développés, relatif à ce que l’association requérante estime constituer une violation de l’article UG.13 du règlement PLU de Paris dont le texte dispose, dans sa version en vigueur au moment de l’octroi du permis de construire :

  • « Afin de préserver le paysage urbain parisien, d’améliorer la qualité de vie des  habitants, de sauvegarder et développer le biotope, il  convient d’apporter un soin tout  particulier au traitement des espaces libres de constructions et aux plantations.
    Pour assurer la qualité paysagère et écologique des espaces végétalisés, une attention  particulière doit  être apportée à leur surface, leur configuration (géométrie, localisation sur le terrain, limitation du fractionnement), le traitement de leur sol, la qualité de la terre, les conditions de développement de  leurs  plantations ».

Or, dans sa défense, le promoteur expose :

  • « Il suffit qu’un espace soit ‘‘libre de construction en élévation’’ pour constituer un ‘‘espace libre’’ au sens de l’article UG.13. (…) Toutes autres considérations invoquées par la requérante (pénombre, enclavement, etc.) sont parfaitement inopérantes, ce qui suffit à les disqualifier sans même qu’il soit besoin d’examiner leur bien-fondé ».

L’ancienne parcelle de la Goutte verte réduite abattue en pleine terre. Agrandir l’image.

Produisant plusieurs documents desquels il ressort que le projet Fortier/Vega-Sanchez pour les promoteurs Foncière Logement/Sefri-Cime Promotion limite les espaces libres au-delà du concevable, l’association estime que « l’esprit et la lettre de l’article UG.13 devaient conduire le pétitionnaire à concevoir un projet réservant un espace libre au sol et en pleine terre d’une plus grande surface et doté d’une implantation et d’une géométrie offrant les conditions d’ensoleillement et de sol en pleine terre nécessaires au développement effectif  d’une végétation pérenne ».

La SEMAVIP en renfort

À l’appui de cette affirmation, l’association requérante a déposé un extrait d’une lettre d’informations émanant de la Mairie de Paris et des différents responsables de l’opération de réaménagement urbain du quartier diffusée en juin 2015, soit exactement au moment où le permis de construire querellé était instruit par les services de l’urbanisme de la Ville de Paris.

« 12 ans d’action à Château Rouge », Lettre d’information n° 15 (juin 2015) émise par la Mairie de Paris, la Mairie du 18e arrondissement, l’ANRU et la SEMAVIP.

Le document diffusé comporte un plan des différentes opérations en cours sur lequel figure le projet querellé qui est représenté (ci-dessus à gauche) comme devant être dotée d’une vaste cour arborée. Le texte figurant à droite de l’extrait ci-dessus est de Monsieur Daniel Vaillant, alors maire en exercice du 18e arrondissement de Paris (voir la page).

Ce document d’information insiste sur la nécessité de développer des cours intérieures plantées de qualité lors des projets de construction de nouveaux immeubles.

La différence entre cette présentation des objectifs de l’opération de démolition/ reconstruction de l’immeuble existant à l’angle des rues Stephenson et Cavé et la réalité ressortant des plans du dossier du permis de construire est saisissante et met une nouvelle fois en évidence la grave erreur d’appréciation qui a prévalu lors de l’instruction de ce dossier quant à ce qui devait être exigé en termes d’espaces libres et de végétalisation.

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Vœux pieux

Anne Hidalgo : « ‘Tous mobilisés’ toujours sous les applaudissements collectifs »

  • Dépourvue de confrères avisés (ou simplement présents aux réunions), la journaliste de France culture qui la reçoit en studio laisse la maire de Paris assurer que « chaque réunion sur Château Rouge et la Goutte d’Or s’est toujours terminée par des applaudissements collectifs ».

Les correspondants de Cavé Goutte d’Or n’ont sans doute pas assisté à toutes les réunions tenues par Anne Hidalgo autour du dispositif « Tous mobilisés », la dernière marotte mascotte que la Politique de la ville tente laborieusement de vendre (et à quel prix ? demandent les habitants toujours plus insistants) dans les quartiers défavorisés de la capitale.

Mais par recoupements et les retours de plusieurs de ces réunions sur les réseaux sociaux, par expérience aussi pour avoir assisté à celle du 14 juin à la Mairie du 18e, l’association peut affirmer que la déclaration d’Anne Hidalgo sur ce point se situe entre, au mieux : le wishfull thinking, et au pire : le fake news.

Si la séance du 14 juin 2018 ne s’est assurément pas conclue sous les sifflets, la maire de Paris et l’aréopage qui l’assistait ce soir-là s’étant montrés très aimables et patients, son déroulement a néanmoins mis au grand jour des carences de méthode et de principe qu’il eût été indécent d’applaudir.

On peut lire à cet égard le billet posté sur le blog le 19 juin 2018 : « Anne Hidalgo désenchantée par l’accueil réservé à son opération ‘Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud’ ».

La maire fait du Macron sans le texte

Lors du Magazine de la rédaction, que France culture a eu la gentillesse de programmer vendredi à 17 heures au moment où s’ouvraient les Fêtes de la Goutte d’Or tout en réussissant à ne pas en parler et à ne pas interroger la maire de Paris sur les coupes budgétaires infligées cette année aux organisateurs de La Goutte d’Or en fête, institution de 33 ans, et sur les dépenses somptuaires engagées en revanche pour payer une agence d’urbanisme, une association de mobilier urbain et une fresque sur la place Polonceau, Madame Hidalgo a soutenu la thèse du « pognon de dingue » sans utiliser la délicate expression du président de la République :

  • « Si on regarde les dispositifs, les outils, les moyens, les quartiers de la Chapelle, de la Goutte d’Or et de Barbès sont les quartiers dans lesquels on met beaucoup de moyens, assure Anne Hidalgo, beaucoup plus de moyens que dans d’autres quartiers. C’est un choix délibéré, sauf que ça ne se voit pas ».

Et la maire de poursuivre : « Si le résultat n’est pas visible et si les gens nous disent ‘À quoi ça sert puisqu’on ne voit pas de résultat’, il faut inverser et partir du quartier », – pas au sens de le quitter, bien sûr, comme le suggère presque la Une de Télérama ce week-end, mais au sens de le mettre au point de départ de la réflexion. D’où l’invention de « Tous mobilisés » que la maire présente comme une recherche de nouveaux interlocuteurs.

Contourner les associations

La « méthode nouvelle » que revendique la maire de Paris est en effet très explicitement présentée comme une recherche de nouveaux acteurs, et en réalité d’acteurs tout court, monsieur-et-madame-tout-le-monde que l’agence Ville ouverte et l’association Extra-Muros sont sans doute censées débusquer autour de leurs « marches exploratoires » et panneaux d’informations en kit de récupération.

 « Les marches exploratoires sont parfois perçues comme une insulte », ose la journaliste de France culture. Que nenni, rétorque la maire de Paris qui évoque le concept de « démocratie collaborative » en lieu et place de celui de « démocratie participative » qu’elle a longuement soutenu dans le cadre du budget du même nom, autant de slogans trahissant ce qu’une habitante du quartier depuis une quarantaine d’années appelle « démocratie approximative ».

  •  « Cette méthode nouvelle, qui est une méthode plus pragmatique, part beaucoup plus des acteurs, et pas des acteurs institutionnels parce qu’il y a aussi de l’institutionnalisation dans l’univers des associations ».

Il y a dans ce propos une réponse directe aux associations qui se sont adressées le 20 juin 2018 à la maire de Paris pour précisément contester la méthode de « Tous mobilisés » (lire ici) ; et un blanc-seing donné au Secrétariat général de la Ville de Paris comme aux équipes de développement local dans leur politique de black-out de l’information sur les décisions prises et leurs coûts.

Le mobilier urbain réservé aux quartiers maltraités (ici au carrefour des rues des Gardes et de la Goutte d’Or).

On a pu lire en effet récemment sous la plume du Secrétariat général de la Ville de Paris que le mémoire technique de l’agence Ville ouverte n’était « pas communicable en ce qu’il est en totalité couvert par le secret en matière industrielle et commerciale » (voir notre billet du 29 juin 2018).

Et, si les animateurs des EDL qui ont courageusement affronté la critique de leur totem sur la place Polonceau vendredi (voir « La Goutte d’Or Sud en goguette »), ils ont assuré avec humour que « tout est carré ». À entendre les EDL vendredi sur site mais sous réserve des réponses écrites sollicitées, une ligne budgétaire spécifique serait ouverte avec Extra-Muros et, pour évaluer le coût des prestations de cette association avec laquelle les services de la Ville semblent donc être en relation contractuelle installée, on peut se référer au devis qui avait été proposé à La Table ouverte lorsqu’elle animait la pétanque de la friche située au carrefour des rues Myrah et Léon.  Les places assises étaient chères si l’on en croit le projet alors présenté par Extra-Muros.

Au-delà même des prix confortables pratiqués, on peut se demander si monsieur-et-madame-tout-le-monde seraient finalement plus dociles que les associations dans leurs relations avec les agences et artisans sociaux. Le reportage de terrain sur lequel s’appuie par endroits la Magazine de la rédaction de France culture suit en effet un instant une ‘marche exploratoire’ de l’agence Ville ouverte dans laquelle on entend un habitant exprimer son désarroi devant les créations d’Extra-Muros consistant, par exemple, à utiliser des palettes de chantier ou de marché pour faire des bancs, – un peu comme l’avaient fait naguère les animateurs de la délicieuse « friche en cloque » avec la complicité active de la SEMAVIP (acteur institutionnel du quartier s’il en est) ou le font encore, dans une étrange impunité, l’association Les Magnolias sur le flanc de l’église Saint Bernard qui, il est vrai, en a vu d’autres avec, par exemple, l’extension de l’école Saint Bernard et les containers Trilib’.

Lire notre enquête dans la page « Développement local » du blog à la date du 6 octobre 2014. Le temps passe, les palettes restent.

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Incruste

L’opération d’emplâtrage « Tous mobilisés » s’impose au programme de la Goutte d’Or en fête et tente de ramasser la mise

  • Comment le budget difficilement bouclé d’une fête de quartier devenue une institution pâtit des priorités insensées de la Ville qui dépense près de 45.000 € pour des marches exploratoires sur le secteur sinistré Boris Vian/Arcades Goutte d’Or, une fresque et un totem sur la place Polonceau.

À gauche la tirelire de La Goutte d’Or en Fête pour pallier les coupes budgétaires. À droite, la campagne de recueil de fonds engagée sur divers supports, dont helloasso.

Les habitants du quartier à l’origine des pétitions remises, place Polonceau, aux autorités municipales et nationales le 27 mars 2018, pétitions qui ont vu une mobilisation certaine de la Ville et de l’État pour la Goutte d’Or et la Chapelle que le mensuel Le 18e du mois n’a pas hésité à qualifier de « quartiers maltraités », tentent depuis plusieurs semaines de connaître les dessous des projets de « marches exploratoires », « temps de rencontre » et autres « animations des espaces publics », notamment sur la place Polonceau où est prévue la pose, en septembre prochain, d’une fresque pour un coût de 22.500 € et la construction, ce week-end, d’un panneau d’information ou totem dont le coût n’a pas été communiqué en dépit de plusieurs demandes.

Les 22.500 € étant passés à 25.000 selon une déclaration du Secrétariat général de la Ville de Paris (qui a peut-être évoqué cette somme à la louche, tant qu’à faire, en réponse à la question téléphonique de Cavé Goutte d’Or), le prix d’un totem confié à l’association Extra-Muros pouvant être estimé à « au moins 3.000 € » selon un animateur aguerri du quartier, et le coût de l’opération globale « Tous mobilisés » s’élevant à 16.000 € pour le minimum qu’a pu en savoir Paris-Goutte d’Or, c’est bien une somme de près de 45.000 € qui est ainsi en question et, pour le dire en termes romains, « soumise à la question » tant il est vrai que les autorités municipales paraissent torturées par l’exercice de simple démocratie que leur imposent depuis quelques mois les riverains de la place Polonceau, cette place qui n’existe pas encore sur les cartes mais qui est investie comme lieu de débats publics depuis le 27 mars 2018.

Le mouvement du 27 mars

Nos lecteurs savent qu’à la suite du 27 mars 2018, les autorités ont beaucoup visité le quartier pour lequel elles avaient, concomitamment aux pétitions, lancé l’opération dite initialement « Tous mobilisés pour la place Polonceau ». La cérémonie de remise des pétitions, que le blog avait annoncée comme un « exercice de démocratie directe en plein air » sous le titre de Lansdgemeinde et qui se révéla bien tel, même et d’autant plus sous la pluie (« La Goutte d’Or invente le signing in the rain »), fut suivie de la prise de la rue Boris Vian à l’occasion de la dernière Saint Boris qui devait voir l’écrivain musicien laisser pour quelques jours sa plaque de rue à la maire de Paris (lire notamment ici et ici).

Le nom de Boris Vian, l’investissement de sa famille aux côtés des habitants depuis six ans, et une large couverture de presse entraînèrent l’attention de la maire de Paris qui annonça au Figaro, pas même d’abord au quartier, qu’elle règlerait la question avant la fin mai. Ce qui se traduisit par une réunion de haut vol le 25 mai 2018 dans le bureau de la secrétaire générale de la Ville de Paris, « seconde patronne de la capitale » à en croire Les Échos. Cavé Goutte d’Or, qui y participait avec la Cohérie Boris Vian et Paris-Goutte dOr, a rapporté le contenu de cette réunion le 1er juin sous le titre interrogatif : « La Mairie de Paris en mode ‘Tous mobilisés’ pour sauver la rue Boris Vian ? ».

Peu avant, le maire du 18e avait ouvert (très discrètement) les portes de la Place Jules-Joffrin pour le lancement de l’opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud ». À cette occasion, le président de Paris-Goutte d’Or Patrick Gosset avait interrogé la représentante du secrétariat général de la Ville Laurence Girard sur le coût de « Tous mobilisés » et, demeurant sans réponse, il avait confirmé sa requête par écrit le 8 mai 2018.

Le logo de l’agence Ville ouverte n’est pas couvert pas le secret en matière industrielle et commerciale.

Quelques ponts plus tard, la secrétaire générale adjointe de la Ville de Paris, chargée de mission espaces verts, nature et faune en Ville, agriculture urbaine et affaires funéraires, lui communiqua quelques éléments contractuels et financiers, à l’exclusion notable du « mémoire technique du titulaire du marché (Ville Ouverte) » dont Madame Girard explique qu’il « n’est pas communicable en ce qu’il est en totalité couvert par le secret en matière industrielle et commerciale ». Et la secrétaire générale adjointe de poursuivre : « Concernant le bordereau des prix unitaires, celui-ci n’est pas non plus communicable en ce qu’il reflète la stratégie commerciale de l’entreprise opérant dans ce secteur d’activité et qu’il est susceptible, ainsi, de porter atteinte au secret commercial ».

La profession de foi de l’agence Ville ouverte n’est pas non plus couverte par le secret évoqué par le Secrétariat général de la Ville de Paris.

En fin de comptes, si l’on peut dire, « l’élément de coût que je peux porter à votre connaissance est celui de l’opération globale ‘Tous mobilisés’ qui s’élève à 16.000 € portant sur des prestations en stratégie et accompagnement de la concertation et sur l’organisation (préparation, logistique, animation) de plusieurs temps de rencontres auxquels vous avez pu participer ».

Un coup peut en cacher un autre

Le coup de « Tous mobilisés » est donc bien plus visible que son coût et on se réjouit déjà des explications d’Éric Lejoindre qui ne manquera pas de « tordre le cou aux idées fausses », comme il avait estimé devoir le faire (en ces termes) sans pouvoir le faire en ne répondant pas à une question orale de son opposition au Conseil d’arrondissement le 22 mai 2018 (lire notre billet : « Éric Lejoindre remet son métier sur l’ouvrage »).

Le totem d’Extra-Muros.

En attendant, Cavé Goutte d’Or a tenté récemment d’obtenir des précisions du Secrétariat général de la Ville de Paris et de la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires quant au totem d’Extra-Muros (dont la fabrication et la pose sur la place Polonceau doit, après une première tentative reportée pour cause d’orage, faire le bonheur des habitants du quartier les 29 et 30 juin dans le cadre de la Goutte d’Or en fête qui n’en peut mais) et quant à la fresque présentée comme l’exécution d’un projet voté au budget participatif de 2016 quand bien même l’auteur du projet n’est au courant de rien (lire ici pour mémoire).

Les réponses sont parfaitement insatisfaisantes, s’il peut y avoir une quelconque forme de perfection dans l’esquive :

  • Ni le Secrétariat général, ni les EDL (petit nom de la sévère appellation « Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires ») n’ont donné de précisions quant aux coûts de ces opérations, aux décisions prises en amont, au statut de ces décisions, aux autorisations d’utilisation de l’espace public qu’elles impliquent, à la consultation des habitants, aux appels d’offre et autres éléments susceptibles de pouvoir être contrôlés par les administrés (et par l’administration elle-même puisque aussi bien nous n’avons aucune trace de ses décisions propres, évidemment toutes susceptibles de recours).

Les EDL, certes parfois un peu chahutées dans les pages du blog, n’ont même pas répondu à l’un des lièvres soulevés par Cavé Goutte d’Or sur la précipitation de l’introduction des projets de totem et de fresque dans le programme de la Goutte d’Or en fête qui évoque en effet rien moins qu’un « vote » à deux moments différents selon le support qui prétend annoncer la consultation des habitants à moins une : « Venez voter pour votre esquisse préférée en présence de l’artiste ».

Votre esquive préférée

Plusieurs actions sont en cours pour contester, au besoin judiciairement, les opérations menées en catimini par la Ville de Paris manifestement aux abois.

En attendant, Cavé Goutte d’Or n’a qu’un message à l’esprit : Faites de la Goutte d’Or la Goutte d’Or en fête. S’il n’en sort pas encore totalement, le quartier termine en effet une séquence difficile dont nous avons tenté de rendre compte dans ces pages comme nous tenons de diffuser ci-dessous quelques-unes des activités réparatrices qui nous sont proches, et annonciatrices de jours meilleurs qui le sont toutes.

> Vendredi 29 juin, les commerces en fête inaugurent la manifestation sous l’égide de la toute jeune Union des Commerçants La Chapelle-Goutte d’Or, qui s’associe à la Goutte d’Or en Fête pour animer la placette Polonceau :
– Plancha à partir de 19 heures ;
– Le Café d’Or (4 rue de la Goutte d’Or) proposera un menu à 5€ avec sandwich-merguez, taboulé et boisson ;
– Le Melting-Pot (1 rue de Jessaint) propose une terrasse étendue et une pizza spéciale Fête de la Goutte d’Or à 10€ ;
– Le restaurant À la Goutte d’Or (41 rue de la Goutte d’Or) propose un couscous spécial Fête à 10€ et exposition de photos issues du livre La Goutte d’Or, faubourg de Paris ;
– Portes-ouvertes au Brasseur de la Goutte d’Or ;
– Soirée animée sur la place à l’angle de la rue des Gardes et de la rue de la Goutte d’Or avec la Brasserie de la Goutte d’Or et le restaurant À la Goutte d’Or : à 19h concert de musique brésilienne avec Marcià De Carvalho.

> Le programme officiel.

> Hors programme : Samedi 30 juin à 18 heures, place Polonceau – Discussion sur l’opération « Tous mobilisés » et présentation du scénario retenu pour la requalification du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or et représentation d’un café sur la place. Vote pour votre esquive préférée, proposé par Paris-Goutte d’Or, Cavé Goutte d’Or, l’Union des commerçants La Chapelle-Goutte d’Or, les initiateurs des pétitions du 27 mars 2018 en marge du prétendu « vote pour votre esquisse préférée » annoncé par la Direction de la Démocratie, des Citoyens et du Territoire.

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Action de grâce

Les petits plats dans les grands

  • Ce dimanche 24 juin, à l’issue d’une « messe d’action de grâce pour l’année pastorale », l’école Saint Bernard dont la construction récente d’une extension nargue l’église Saint Bernard monument historique invitait les paroissiens à un pique-nique partagé dans la cour de l’école (ou ce qui reste de cette cour qui devait être un espace libre protégé).
  • On ignore si le curé portait une veste à la Melania Trump : « I really don’t care. Do you ? ».
  • En tout cas, le diocèse de Paris se moque bien de cet imbroglio qui permet, grâce à l’intervention active de la Mairie du 18e, que l’appendice architectural d’une école catholique porte atteinte à un édifice catholique classé MH : le secrétariat de l’archevêque de Paris n’a en effet pas hésité à envoyer un courrier à l’une des victimes de l’OGEC constructeur contre remboursement des frais de port. Une action de grâce avant la lettre !

Sur les grilles de l’église Saint Bernard monument historique.

Nos lecteurs se souviennent que plusieurs riverains de l’école et de l’église Saint Bernard, au cœur de la Goutte d’Or, avaient tenté d’empêcher la construction de l’appendice sans âme que l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie a construit dans la cour de l’école, à deux pas de l’église classée Monument historique, lui infligeant une atteinte durable (la nouvelle construction n’aura pas la longévité de l’ancienne).

Comme l’a rappelé SOS Paris dans son message du 26 mai 2018 à l’occasion du vide grenier de Paris-Goutte d’Or sur le parvis du monument historique, ils ont perdu le référé déposé devant le TGI de Paris et se sont vu poursuivre par l’OGEC qui, pour récupérer un article 700 de 3.000 € auquel il pouvait renoncer, n’a pas hésité à augmenter cette somme de 2.000 € d’intérêts et de frais d’huissiers, allant jusqu’à saisir le compte en banque de l’un d’entre eux alors qu’il avait lui-même payé sa quote-part et que les deux tiers de la dette avaient été versés au gestionnaire de l’école (commandement de payer et saisie).

L’une des requérantes victimes de l’OGEC, de son architecture anxiogène et de ses poursuites agressives s’est vu récemment retourner les 100 € qu’elle avait envoyés à l’archevêque pour payer une partie de sa quote-part et lui expliquer son désarroi, deux billets de 50 € glissés dans une lettre qui disait notamment :

  • « Je fais partie des 13 personnes qui ont fait une action en justice contre la nouvelle construction de l’école Saint Bernard dont l’architecture ne correspond pas au quartier et qui porte atteinte à l’église Saint Bernard que je connais depuis toujours. J’y ai été baptisée en 1984, je suis membre de la paroisse, j’ai participé au JMJ de 1997 à l’époque du père Marcel en tenant la permanence téléphonique au presbytère rue Saint-Luc, et au 150e anniversaire en 2011. Je connais aussi très bien l’école Saint Bernard, où j’ai été surveillante salariée de l’OGEC pendant environ 5 ans dans les années 1990 et où j’ai donné des cours bénévoles de théâtre pour la classe d’adaptation Je connais Madame De Bonneuil et lui envoie une copie de cette lettre. Je suis étonnée que la direction de l’école réclame le montant de l’indemnité qu’elle pourrait ne pas réclamer (…) » (lire ici pour mémoire).

Et cette paroissienne de l’église, ancienne salariée de l’école, de poursuivre sur des considérations personnelles très touchantes dans lesquelles elle dit « envoyer 100 € », ne pouvant pas plus pour l’instant.

Alors que le directeur diocésain de l’Enseignement catholique lui répondait sèchement (lire ici), le secrétariat de l’archevêque était pour sa part chargé de lui renvoyer les cent euros au motif que « nous ne pouvons interférer en aucune manière dans la procédure en cours ». De fait, la procédure était terminée depuis longtemps, et l’exécution du jugement était bouclée elle aussi puisque l’huissier venait d’opérer une saisie bancaire à l’encontre d’un autre riverain victime de l’organisme de gestion de l’enseignement catholique.

Le diocèse pouvait donc parfaitement suggérer à l’OGEC de se montrer moins agressif avec les riverains de son école qui représentaient assurément un courant de pensée partagé par plusieurs habitants de la Goutte d’Or et bien au-delà si l’on en juge par les réactions suscitées face à son projet architecturale d’extension. La méthode que le secrétariat de l’archevêque a choisie pour retourner les 100 € qui lui avaient été envoyés semble d’ailleurs indiquer que ce n’est pas tant qu’il « ne pouvait en aucune manière interférer dans la procédure en cours », mais surtout que la paroissienne, déjà victime des architectes et des huissiers de l’OGEC, devait encore être punie d’avoir osé envoyer deux billets de 50 € à l’archevêque : le coût de leur renvoi lui serait ainsi facturé. C’est du moins ce qui semble ressortir du célèbre cachet-de-la-poste-qui-fait-foi :

LRAR n° 1A13940848199 du diocèse de Paris.

« Cet envoi vous sera remis contre paiement de la somme de 4,91 € » (encadré en bas à gauche de l’avis de passage pour le LRAR n° 1A13940848199 du diocèse de Paris). Il semble manquer deux centimes à la demande de remboursement, option offerte par La Poste pour les valeurs déclarées.

Le secrétariat de l’archevêque ne pouvait mieux « interférer dans la procédure », comme il s’en défend et fût-elle terminée pour ce qui concerne sa correspondante, qu’en lui faisant payer les frais de port de sa réponse. De même, le responsable de l’enseignement diocésain ne pouvait mieux, comme on l’a vu déjà dans un précédant billet, conforter les requérants dans leurs dénonciations d’un permis mal instruit et accordé pour de mauvaises raisons qu’en invoquant l’état de délabrement de l’école pour en justifier la demande (lire notre billet « En défendant (trop) l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, le diocèse de Paris met en lumière le conflit d’intérêts à l’origine du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard ».

Comme l’a en effet souligné par ailleurs le requérant qui a vu son compte bancaire saisi par l’OGEC : « (…) Il n’est pas nécessaire de déformer la réalité : personne ne s’est jamais opposé aux travaux de modernisation ou d’agrandissement de l’école Saint-Bernard, et ce n’est pas de notre faute si elle ne respectait pas les normes en vigueur et se retrouvait dans un état qui pouvait motiver sa fermeture. Nous n’avons pas attaqué le projet de travaux, mais le projet architectural, qui avait déjà été, comme vous le savez, récusé par le maire de Paris lorsqu’il avait refusé d’accorder le permis de construire. Votre réaction me conforte définitivement dans l’idée que nous avions raison de réagir, même si aujourd’hui vous nous le faites payer, en appliquant avec brutalité la loi du plus fort ».

Lancée sur le parvis de l’église Saint Bernard le 27 mai, la cagnotte de SOS Paris pour la défense du patrimoine de la Goutte d’Or s’est prolongée lors des Portes ouvertes des ateliers d’artistes du quartier du 8 au 11 juin. On la trouvera lors de diverses manifestations de la Goutte d’Or en fête du 29 juin au 1er juillet et elle restera ouverte jusqu’aux Journées du patrimoine des 15 et 16 septembre (voir aussi nos reportages sur la page Vie du quartier).

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« Z, il est vivant »

Retour sur l’appel à la normalité des « Quartiers Z »

  • À l’occasion de la fête de la musique et en attendant la fête de la Goutte d’Or, le blog revient sur ces inégalités de traitement qui affectent les quartiers en zones urbaines sensibles, zones de sécurité prioritaire, ZAC, ZUP, ZUS, ZSP et autres « choses qui commencent par z ».
  • Et complète dans une nouvelle page Vie de quartier ses reportages photographiques du Vide grenier et des Portes ouvertes, accompagnés par la cagnotte de SOS Paris pour le patrimoine de la Goutte d’Or.

Durant la rencontre d’Anne Hidalgo avec les forces vives du quartier, le 14 juin à la Mairie du 18e, et pour souligner le caractère normal des aspirations des habitants de la Goutte d’Or – qu’on peut décliner ici en évoquant une propreté normale, une sécurité normale, une vie, une culture et une architecture normales, un urbanisme normal, une attention municipale normale –, le vice-président d’Action Barbès a mis le droit … le doigt sur la faille inhérente au zonage. Cette faille est l’anormalité, – avec un a privatif, privatif de normalité.

« Grande D’Jam ouverte pour la fête de la musique devant l’Échomusée » ce soir 21 juin 2018 (page FB de l’Échomusée).

Dans cet entre-deux-fêtes (voir ci-contre), nous ne nous risquerons pas à évoquer la normalité sous l’angle du « caractère de ce qui est normal » (CNRTL/CNRS), ni même à revendiquer la Goutte d’Or comme un quartier ‘normal’, mais souhaitons relever le caractère de l’entreprise même de zonage, mot lié à l’urbanisme dont l’objet est d’« établir et déterminer des zones » (CNRTL/CNRS). Il nous vient de l’anglo-américain zoning qui désigne une conception d’urbanisme élaborée à Boston en 1911, poursuit le dictionnaire qui cite Le Corbusier et son souci bien connu de l’ordre : « Le zonage, en tenant compte des fonctions-clefs (habiter, travailler, se récréer) mettra de l’ordre dans le territoire urbain ».

Fonctions clefs

En 1984, le Dictionnaire des néologismes officiels Franterm définit le zonage comme « la réglementation organisant la répartition d’un territoire en zones et fixant pour chacune d’elles le genre et les conditions de l’utilisation du sol ». Le PLU de Paris est un « plan local d’urbanisme » fait de zones, la « zone urbaine générale » (étrangement désignée UG et non ZUG) concernant la majeure partie du territoire parisien, zones urbaines sensibles et zones de sécurité prioritaires comprises.

La Ville de Paris présente son PLU comme « à la fois un document stratégique, qui définit les orientations générales d’aménagement et d’urbanisme pour les 15 années à venir, et un document réglementaire, qui régit l’évolution des parcelles notamment à travers l’instruction des permis de construire, d’aménager, de démolir ou des déclarations préalables. C’est en quelque sorte un ‘projet de ville’, fixant les orientations et les règles sur lesquelles se fondent les décisions publiques et privées en matière d’urbanisme » (source).

Il arrive qu’à l’intérieur de la zone urbaine générale, des quartiers soient défavorisés, mais ce n’est pas ‘réglementaire’, au sens où ça n’appartient pas au règlement mais au préjugé, au parti pris. C’est ainsi par exemple que la Mairie de Paris et les promoteurs immobiliers qui sévissent dans la Goutte d’Or se servent du zonage spécial venant de la politique de la ville pour maltraiter le quartier, lui infliger une architecture et un urbanisme qui n’a rien à voir avec lui – quartier – mais tout à voir avec les particularités de son zonage : zone urbaine sensible, zone de sécurité prioritaire. Les tribunaux administratifs que Cavé Goutte d’Or tente de rendre attentifs aux effets de ce dé-zonage (sortie de la norme) n’ont pas encore saisi les méfaits du zonage qui, à leur décharge, est toujours présenté positivement, en faveur des habitants qui mériteraient, dans la perspective du zonage qui leur est « établi et déterminé », une attention plus grande que les autres, moins normale.

D’où le recours au principe d’égalité devant la loi et son corollaire hélas, la rupture d’égalité devant la charge publique, invoquée avec succès par l’association La Vie Dejean contre laquelle néanmoins continuent de se battre les promoteurs de l’hyper-sécurité et de l’hyper-propreté que la Ville et la Préfecture organisent pour les z’hyper-quartiers en z’hyper-difficultés et z’hyper-zonés.

Un quartier fresque normal

Dans le mouvement de vigilance mis en place autour des pétitions du 27 mars 2018 et du projet de requalification du secteur Boris Vian/Goutte d’Or/Polonceau, les habitants suivent avec la plus grande attention l’évolution du projet « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud », dont nous avons noté ici qu’il suscitait une résistance certaine (lire notre billet : « Anne Hidalgo désenchantée », beaucoup lu et partagé sur les réseaux sociaux). Parmi leurs préoccupations, l’avenir de la place Polonceau étrangement promise à une fresque de 22.500 € qui devrait voir le jour en septembre prochain alors que les premiers coups de pioche de la restructuration de la place sont annoncés (promis eux aussi) pour le début de l’année 2020, soit vingt mois plus tard.  Une fresque éphémère à 1.125 € le mois (un smic de dingue !), c’est normal ? (À suivre).

  • Voir aussi nos Reportages photos en ligne sur le Vide grenier de Paris Goutte d’Or du 27 mai sur les Portes ouvertes des 8-10 juin 2018.

Pour les plus jeunes d’entre nous, « Z » est un film de Costa-Gavras sorti en 1969. L’origine du titre « Ζ » vient de la lettre grecque zêta, initiale du mot grec ancien « ζῇ / zi », qui signifie « il vit » ou « il est vivant ». On s’en inspire ici pour renvoyer une image vivante des « quartiers Z ».

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