Balle dans le pied

En défendant (trop) l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, le diocèse de Paris met en lumière le conflit d’intérêts à l’origine du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard

  • La demande d’enquête sur les conditions d’octroi du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard se voit légitimée par le directeur diocésain de l’Enseignement catholique de Paris

Joli tag sur les murs de l’école publique de la rue Cavé (Photo CGO, mai 2018).

L’un des moyens défendus par Cavé Goutte d’Or dans sa contestation du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard visait la confusion créée par l’administration de l’école et la Mairie du 18e arrondissement de Paris quant à la vétusté des locaux et leur indispensable mise aux normes, d’une part, et la construction de son extension dans la cour de l’école, d’autre part.

Alors que la nécessaire mise aux normes de l’école Saint Bernard ne pouvait être contestée (bien que la responsabilité du défaut d’entretien incombe à l’administration de l’école et celle de son éventuelle fermeture pour mise aux normes aux services compétents de la Mairie), l’extension dans la cour de l’école (d’abord refusée par la Ville) portait atteinte à l’église Saint Bernard, monument historique immédiatement voisin.

Un conflit d’intérêts publics était en jeu. Cavé Goutte d’Or l’a développé abondamment, sans succès jusqu’ici.

Dans un mémoire du 24 octobre 2016, l’association prenait appui – moins paradoxalement qu’il n’y paraît – sur la défense de l’OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique) pour souligner ce conflit d’intérêts :

« Sous le titre de ‘Rappel des faits’, l’OGEC intervenant en qualité de bénéficiaire du permis de construire querellé s’applique principalement, sinon exclusivement, à souligner que son projet d’extension d’une école s’inscrit dans une obligation de réhabiliter un édifice qu’il qualifie lui-même de ‘largement vétuste’ ne remplissant pas, depuis plusieurs années, les conditions nécessaires à sa destination, notamment en matière de sécurité, longuement négligée tant par l’organisme chargé de la gestion de l’école diocésaine concernée que par la Ville de Paris qui a laissé perdurer une situation qui, toujours dans les termes de l’OGEC lui-même, ‘ne respecte ni les normes d’accessibilité (pour) handicapés, ni les normes les plus élémentaires de sécurité incendie’, soulignant en forme de mea culpa la ‘non-conformité des dégagements nécessaires à l’évacuation des locaux en cas d’incendie’ ».

À en croire l’OGEC, « l’école Saint Bernard aurait dû être fermée pour raisons sanitaires », concluait Cavé Goutte d’Or.

Si la dernière étape en date de la contestation portée par Cavé Goutte d’Or devant le Tribunal administratif de Paris rejette l’appel formé par l’association contre le jugement du Tribunal administratif du 7 avril 2016, les positions prises par l’archevêché de Paris dans le contexte d’autres actions contre le projet architectural d’extension de l’école Saint Bernard, menées par d’autres requérants devant la justice civile viennent confirmer le conflit d’intérêts soulevé par Cavé Goutte d’Or devant la justice administrative.

Dans un clin d’œil inattendu à la Saint Boris que célèbre chaque année l’association, la Cour administrative d’appel a en effet rendu son arrêt le 2 mai 2018 après un report de cinq semaines du délibéré initialement fixé au 29 mars 2018. Le blog reviendra plus tard sur les développements de ce jugement, actuellement à l’étude en prévision d’un éventuel pourvoi. D’ores et déjà, on peut observer que la prolongation du délibéré aura permis aux juges d’apprécier (au sens neutre du terme) la qualité des mémoires produits par l’association, tant en première instance qu’en appel, et que la Cour a fait le choix de ne pas traiter du tout l’exception d’illégalité soulevée par Cavé Goutte d’Or sur le fondement d’une classification irrégulière dans le PLU (plan local d’urbanisme) de la parcelle sur laquelle a été construite l’école.

Aujourd’hui, alors que la procédure de contestation du permis de construire marque un temps d’arrêt lié aux possibles pourvois contre la dernière décision en date, le diocèse de Paris vient confirmer le conflit d’intérêts soulevé devant la Cour et alimenter la demande d’enquête sur les conditions d’octroi du permis de construire.

Un permis de construire
tombé du ciel

Pendant la construction litigieuse.

En répondant en effet aux riverains qui ont mené un autre combat que celui de Cavé Goutte d’Or, portant le litige au niveau de l’exécution du permis de construire devant le Tribunal de grande instance de Paris (alors que Cavé Goutte d’Or contestait la délivrance du permis, non son exécution, devant le Tribunal administratif), le directeur diocésain de l’Enseignement catholique de Paris confirme qu’avant d’être autorisée à construire son extension sur le seuil de l’église Saint Bernard, l’école Saint Bernard était « condamnée à la fermeture à court terme ».     

Cavé Goutte d’Or a déjà relaté sur son blog que les treize riverains qui avaient ouvert la voie du procès civil contre le projet de l’OGEC avaient été condamnés à verser à ce dernier une somme de 3.000 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile, somme que l’OGEC avait chargé un huissier de recouvrer (voir notre billet « Double peine » du 18 décembre 2017).

Par divers biais, les requérants ont sollicité la bienveillance de l’Archevêché de Paris quant au paiement de cet article 700 et c’est dans ce contexte que l’archevêché apporte sa pierre, si l’on peut dire, à la thèse du conflit d’intérêts publics.

Dans sa lettre à l’archevêque Michel Aupetit, l’une des requérantes auprès du Tribunal de grande instance de Paris rappelle avec émotion ses liens avec l’école et l’église Saint Bernard :

  • « Je fais partie des 13 personnes qui ont fait une action en justice contre la nouvelle construction de l’école Saint Bernard dont l’architecture ne correspond pas au quartier et qui porte atteinte à l’église Saint Bernard que je connais depuis toujours. J’y ai été baptisée en 1984, je suis membre de la paroisse, j’ai participé au JMJ de 1997 à l’époque du père Marcel en tenant la permanence téléphonique au presbytère rue Saint-Luc, et au 150e anniversaire en 2011. Je connais aussi très bien l’école Saint Bernard, où j’ai été surveillante salariée de l’OGEC pendant environ 5 ans dans les années 1990 et où j’ai donné des cours bénévoles de théâtre pour la classe d’adaptation Je connais Madame De Bonneuil et lui envoie une copie de cette lettre. Je suis étonnée que la direction de l’école réclame le montant de l’indemnité qu’elle pourrait ne pas réclamer (…) ».

Et cette paroissienne de l’église, ancienne salariée de l’école, de poursuivre sur des considérations personnelles très touchantes dans lesquelles elle dit « envoyer 100 € », ne pouvant pas plus pour l’instant.

Avec une charité modérée, le directeur diocésain de l’Enseignement catholique la renvoie à sa connaissance des lieux et c’est précisément en évoquant ces lieux qu’il met en lumière le conflit d’intérêts publics :

  • « Habitante du quartier et ancien membre du personnel de Saint Bernard, vous connaissez bien cette école et le service qu’elle rend dans le quartier. Vous connaissez aussi les contraintes et la vétusté de ses locaux qui la condamnaient à la fermeture à court terme ».

Quant à l’action judiciaire menée, « outre le préjudice financier certain, cela a fait courir à l’école le risque de disparaître », assure Monsieur Jean-François Canteneur qui, dans un autre courrier à d’autres requérants qui avaient interpelé l’archevêque de Paris se présente comme « son délégué auprès des établissements scolaires catholiques ». « La justice ne vous ayant pas donné raison, vous avez aujourd’hui à assumer solidairement votre part des conséquences de cette procédure », conclut le directeur diocésain de l’Enseignement catholique sans mesurer combien il omet – lui – d’assumer (au besoin solidairement avec les services compétents de la Ville) sa part des conséquences de la carence à vérifier l’entretien et l’état de l’école avant qu’elle ne soit au bord de la disparition.

Le même argument d’une école jouant sa survie avec le permis de construire litigieux est répété dans les diverses interventions de Monsieur Canteneur.

Durcissement

Quelques mois plus tôt, dans une lettre du 30 janvier 2018 à cinq autres riverains opposés à la construction de l’école qui demandaient à l’archevêque d’intercéder auprès de l’OGEC pour le faire « renoncer aux saisies », le même directeur diocésain laissait comme une porte ouverte à un abandon amiable d’une pénalité qui n’était pas une amende : « J’évoquerai bien entendu votre demande avec la directrice et président du conseil d’administration, qui agissent avec droiture et pour le bien commun », écrivait en effet Monsieur Canteneur en réponde au plaidoyer reçu qui, déjà, offrait au diocèse une sortie par le haut de cette affaire :

  • « En dépit d’un jugement qui ne nous parait pas avoir répondu à la question posée, nous avons renoncé à faire appel mais, de son côté, l’OGEC a cru devoir faire exécuter ce jugement et, notamment, réclamer l’indemnité de 3.000 € que lui a allouée le tribunal au titre de l’article 700 du code de procédure civile », posaient les riverains. « Cette somme n’est pas une amende et ne correspond pas à des dommages et intérêts que l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie aurait obtenus dans le cadre d’une procédure qui aurait été jugée irréfléchie ou abusive, bien au contraire comme l’illustrent notamment les échos associatifs précités. Compte tenu des objectifs et de la légitimité de notre action, compte tenu aussi des rapports de voisinage qui nous animent et que nous sommes appelés à entretenir, l’OGEC pouvait ainsi s’abstenir de réclamer cette somme et de la faire, au surplus, augmenter des intérêts et frais de l’huissier qu’il a jugé opportun de mandater aux fins de saisie-vente (…) ».

Et le directeur diocésain de l’enseignement catholique de répéter : « Comme vous le savez, devant la vétusté de ses locaux et pour faire face aux obligations nouvelles, l’école Saint Bernard-Sainte Marie a dû mener une importante rénovation de son immobilier. Le projet était très conséquent pour une petite école en milieu populaire et sans aucune subvention publique ».

Saisie bancaire

Les gestionnaires de la petite école en milieu urbain se seront, depuis, révélés intransigeants et, « agissant avec droiture et pour le bien commun », comme Monsieur Canteneur semble s’en porter garant, ils ont chargé leurs huissiers de ne pas faire de quartier. L’un des treize riverains vient en effet de voir son compte bancaire saisi de 2.074,94 €, solde de l’opération qui aurait pu s’appeler « Sauver l’église Saint Bernard des agressions de l’école Saint Bernard ».

Dieu merci, si l’on peut dire, les associations de défense du patrimoine et du cadre de vie se mobilisent. Dans un communiqué rendu public le 25 mai 2018, l’association SOS Paris annonce son soutien aux défenseurs du patrimoine de la Goutte d’Or et lance un appel à l’aide financière. L’association sera présente au vide grenier du 27 mai sur le parvis de l’église (lire son communiqué).

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Maltraitance

Le 18e du mois trouve le mot juste

  • « Populaires », « sensibles », « difficiles », « en renouvellement urbain » ?… Et si « les quartiers », comme on les appelle aussi, étaient tout simplement « maltraités » ?
  • Au moment où le président de la République expose ce qu’il retient du Rapport Borloo, le numéro actuellement en vente du 18e du mois consacre une enquête sérieuse à ce qu’il présente comme « un ras-le-bol mué en pétitions signées massivement par les habitants et les commerçants ».
  • Et d’interroger : « Comment en est-on arrivé là ? ».

En deux pages denses sans photo, avec une simple et efficace illustration de Séverine Bourguignon évoquant des habitants agrippés à une lance d’incendie qu’ils espèrent extinctrice (mais il peut sembler aussi que ce soit la lance d’incendie qui s’agrippe aux habitants), Le 18e du mois actuellement en vente dans les kiosques et boutiques du quartier raconte « l’histoire d’une colère ».

© Séverine Bourguignon, Le 18e du mois, mai 2018.

Le mensuel donne la parole aux initiateurs des pétitions remises le 27 mars dernier aux autorités municipales et étatiques (Lan Anh Vu Hong qui a lancé sur internet la pétition d’habitants signées par près de 1.800 personnes en quelques semaines et le libraire Jacques Desse qui  a réuni 250 commerçants de La Chapelle, Marx-Dormoy, La Goutte d’Or dans la seconde, soutenue par une vingtaine d’associations du quartier), à Sonia Bouzellatat, présidente de la toute jeune Union des commerçants née de l’actuelle mobilisation, à Patrick Gosset, président de Paris-Goutte d’Or qui avait rythmé son discours du 27 mars de « ras-le-bol » et conclu par l’exigence « que notre quartier soit considéré comme n’importe quel autre quartier ».

« Un sentiment d’injustice très fort »

Lire l’article complet dans Le 18e du mois actuellement en vente.

Par respect du contradictoire, Le 18e du mois donne aussi la parole à Sylvie Haggaï, animatrice de la Compagnie Gaby Sourire qui, sous le titre « Pourquoi je n’ai pas signé », explique que « ce n’est pas parce (qu’elle) estime que tout va bien ». Selon Mme Haggaï, les deux pétitions seraient nées « d’initiatives individuelles, de textes rédigés de leurs côtés par leurs auteurs et proposés ensuite aux signataires ». Elle craint de « voir apparaître des gens avec lesquels, très vite, ça dérape » et pour lesquels il s’agirait « d’abord de préserver leur patrimoine ». Or, pour qui a suivi le processus (au demeurant parfaitement relaté par Le 18e du mois), il s’est au contraire créé un vrai mouvement autour d’une vraie vie de quartier, d’un constat commun. Les textes ont circulé, les habitants se sont rencontrés, ont discuté et ne cessent de le faire depuis : le quartier vit pour de vrai et, comme le pose d’ailleurs Sylvie Haggaï :

  • « C’est un fait, il y a un sentiment d’injustice très fort dans le quartier : on y tolère ce qu’on ne tolère pas ailleurs».  

Pour ce qui est de l’idée que « préserver son patrimoine » serait comme naturellement sources de « dérapages », on veut croire qu’elle reflète une vision gauchissante (du verbe gauchir) étrangère à la Compagnie Gaby Sourire, qu’on a saluée ici lorsqu’elle mettait Koltès à la rue, et avec lui Rimbaud et Genet (notre billet de juillet 2015 en page Défense du quartier), au nom d’un patrimoine culturel que le quartier aurait eu intérêt à défendre avant qu’on ne le rase impunément dans les années 1980 lorsqu’il devint « zone urbaine sensible ».

Pas plus que l’APUR n’a dérapé en recensant dans les années 1970 les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » de la Goutte d’Or parties du patrimoine de ses habitants, les signataires des pétitions de mars 2018 ne dérapent en regrettant les « erreurs historiques (qui) ont été faites dans l’aménagement et la gestion du quartier (ce, notamment depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980) ». Le photographe Jean-Claude Larrieu, qui vivait dans les bâtiments que la Mairie de Paris a démolis pour y construire le TEP Goutte d’Or bordé par la délicieuse rue Boris Vian ne dérapait pas davantage lorsqu’il créait chez lui ce qui deviendra l’exposition « Les années Goutte d’Or 1977-1987 » (ici pour mémoire).

Sur les toits du 16 rue de la Goutte d’Or, 22 juin 1983 (Photo de Jean-Claude Larrieu. Merci à l’auteur et à la Galerie Patrick Gutknecht).

Dans son reportage, Le 18e du mois fait également écho à la position du maire d’arrondissement Éric Lejoindre qui « fort de l’importante mobilisation locale », précise le journal, « a alerté le Premier ministre le 3 avril 2018 sur l’urgence d’une intervention  étatique en direction des jeunes mineurs étrangers ». Connaissant ses classiques (Le 18e du mois avait présenté l’action de la Cohérie Boris Vian dans son numéro de février 2013 déjà), le mensuel associatif fut le premier à évoquer l’éventualité que le 2 mai 2018 soit la « dernière Saint Boris à la Goutte d’Or » (ici pour mémoire).

Lire l’article complet dans Le 18e du mois actuellement en vente.

« Le sentiment d’impunité est tel »

Comme en écho à la directrice de la Compagnie Gaby Sourire, le maire adjoint à l’Urbanisme, au Logement et aux Grands projets de renouvellement urbain devait poser publiquement, lors de la réunion du 19 avril 2018 consacrée par la Mairie du 18e à la mise en place de l’opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or », que l’impunité (ou le sentiment d’impunité) était une marque du quartier : « Lorsqu’on arrive dans ce quartier, le sentiment d’impunité est tel », lança Michel Neyreneuf, qu’on peine à remonter la pente ou à infléchir le mouvement…, aura-t-il sans doute conclu, notre correspondant sur place ne pouvant capter la seconde partie de la proposition tant la première était stupéfiante.

Goutte d’Or 1977-1982 : Des espaces urbains d’intérêt élevé et exceptionnel (François Loyer pour l’APUR).

Cavé Goutte d’Or tenta en effet de ‘rebondir’ sur cette incroyable incise du patron de l’Urbanisme pour suggérer que l’Urbanisme était précisément le cadre de l’impunité ambiante : son sol, ses murs, son toit, ses fondations,… Tant de décisions depuis 1982, depuis la mise à l’écart du rapport de l’APUR qui exigeait la protection de rues entières alors qualifiées d’« espaces urbains d’intérêt élevé », certains éléments en étant même estampillés par l’APUR comme «d’intérêt exceptionnel»… depuis l’alerte des experts qui, en 1984, se sont adressés à la Commission d’enquête publique alors en place pour les avertir des dangers du plan Goutte d’Or Sud… et aujourd’hui encore dans les constructions récentes des rues Cavé, Saint Bruno/Pierre L’Ermite, Affre/Myrha…, tant de décisions sont marquées du sceau de l’impunité qu’on peut assurément parler de « sentiment ».

Car comme le pose parfaitement le patron de l’Urbanisme, aux manettes depuis une quinzaine d’années, ce n’est finalement pas tant l’impunité que le sentiment d’impunité qui sévit en matière d’urbanisme dans la Goutte d’Or : toutes les autorisations d’urbanisme que Cavé Goutte d’Or a querellées durant les six dernières années – qu’il s’agisse de permis de démolir (22-24 rue Cavé, 25 rue Stephenson, angle Myrha/Affre, 83bis Philippe de Girard) ou de permis de construire (22-24 rue Cavé, 25 rue Stephenson, angle Myrha/Affre, angle Pierre L’Ermite/Saint Bruno) – ont en effet révélé une tentative générale de fraude, – et nous disons bien tentative générale, une tentative qui suffit à faire naître et durer le sentiment, le climat :

  • Les fausses carrières de la SEMAVIP sur lesquelles reposaient, si l’on peut dire, les permis de démolir accordés rivalisent avec la façon dont la démolisseuse de la Goutte d’Or a fait de l’entrisme dans les copropriétés qu’elle a empêchées activement d’être entretenues, les conduisant ainsi à la démolition forcée d’un immeuble, par exemple celui du 25 rue Stephenson dont le maire de Paris lui-même ne voulait pas la démolition et dont la Cour d’appel de Paris reconnaîtra ensuite la qualité (ici pour mémoire) ; ou la façon dont elle et la RIVP à sa suite ont traité le Café de l’Univers au 20 rue des Poissonniers (enquête exclusive à suivre sur le blog dès juin).
  • Le bel immeuble d’époque Restauration du 83bis rue Philippe de Girard a fait l’objet de mensonge sur ses qualités architecturales au plus haut niveau de la municipalité (ici pour mémoire).
  • Le 24 rue Cavé a été démoli vite fait juste avant l’audience de référé qui demandait qu’il ne le soit pas. La SEMAVIP devait produire à l’audience un constat d’huissier signifiant au juge qu’il arrivait trop tard : l’immeuble avait été démoli la veille ou l’avant-veille (ici pour mémoire).

Le célèbre CROUS de la rue Cavé régularisé partiellement et par étapes.

Cavé Goutte d’Or n’a certes pas encore gagné tous les procès engagés, mais chacune de ses actions a révélé des mensonges, des faux, des passe-droits, des fraudes corrigées en cours de route par des permis modificatifs (deux sur le CROUS de la rue Cavé, trois sur l’angle Myrha/Affre, deux sur l’actuelle construction catastrophique de l’angle Cavé/Stephenson), permis modificatifs et correctifs qui, sans les actions de l’association, n’auraient pas vu le jour, ce qui dit que les promoteurs immobiliers et la direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris sont prêts à surfer sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler un sentiment d’impunité, plus encore : « un tel sentiment d’impunité ». Cela sans compter les signalements au directeur de l’Urbanisme pour exécution irrégulière de permis restés longtemps eux-mêmes irréguliers (la fenêtre du pignon du CROUS, ci-dessus) ou le forcing politique de la Mairie du 18e en faveur de l’extension de l’école Saint Bernard au détriment de l’église Saint Bernard.

Vers une enquête administrative

Vers une enquête administrative sur les conditions d’octroi du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard.

La dernière étape en date de la contestation de l’immeuble construit par le diocèse de Paris avec la bénédiction de la Mairie du 18e sur le seuil de l’église Saint Bernard monument historique a vu le permis de construire querellé par les associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris être confirmé récemment par la Cour administrative d’appel de Paris. Entre le pourvoi actuellement à l’étude et la consécration de l’édifice lors des prochaines journées du patrimoine, une demande d’enquête administrative sera lancée ces jours-ci sur les conditions dans lesquelles la Mairie du 18e arrondissement, et notoirement le maire adjoint à l’Urbanisme regrettant le « sentiment d’impunité » qui sévit dans le quartier, ont activement empêché, de 2012 à 2016, la création au PLU d’un espace libre protégé sur la parcelle du diocèse, créant une exception d’illégalité que Cavé Goutte d’Or et SOS Paris ont soulevée et qui, à ce jour, n’a pas été jugée. À suivre.

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C’était hier

Les anciens escaliers Boris Vian à l’ère de la post-rénovation urbaine

  • Les escaliers de l’ex-rue Boris Vian accueillaient, hier soir, la dernière Saint Boris.
  • Après la remise des pétitions du 27 mars 2018, c’est la deuxième grande manifestation du quartier qui reprend son histoire et sa vie en mains.

Sur les anciens escaliers Boris Vian, les initiateurs de la pétition Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle réunis autour des associations Cavé Goutte d’Or et Paris Goutte d’Or, 2 mai 2018 (Photo CGO).

À gauche : angle Goutte d’Or/ex-Boris Vian. À droite : angle Polonceau/ex-Boris Vian. Le texte affiché sur le carrelage noir est celui de la nécro chronologie de la rénovation urbaine (1981-2018).

Saint Boris 2018
Reportage photographique*

 

 

 

 

 

 

Sur la fresque-cache-misère, l’hommage de la rue Boris Vian à la maire de Paris et les visuels du « scénario privilégié » présenté aux habitants le 22 novembre 2016.

* Reportage photographique en attendant de revenir sur le fond de l’histoire. Nos billets du 26 mars 2018 : « La Goutte d’Or invente le signing in the rain« , du 30 avril 2018 : « Éric Lejoindre : Mes promesses électorakes ne passeront pas par moi » et du 2 mai 2018 : « La rue Boris Vian quitte la Goutte d’Or ». Attention cependant car, comme le disait Boris Vian : « Les articles de fond ne remontent jamais à la surface » (merci Sonia).

Lendemain de Saint Boris

  • Très tôt ce 3 mai 2018, les nettoyeurs de la Propreté de Paris enlevaient les graffitis sur le Boulevard de la Chapelle.
  • À voir s’ils pousseront un peu plus haut vers la rue de la Goutte d’Or et l’ancienne rue Boris Vian.

Boulevard de la Chapelle, 3 mai 2018, 7 heures (Photo PAH).

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Gâchis

La rue Boris Vian quitte la Goutte d’Or

  • La famille de Boris Vian soutient depuis 1992 la réhabilitation de la Goutte d’Or. Elle fut enthousiaste à l’idée qu’une nouvelle rue porte le nom de l’écrivain et donna son accord à cet effet.
  • Depuis 2012, elle soutient les habitants du quartier dans leurs demandes répétées d’entretien de la rue et de requalification du secteur, déjà très dégradé moins de vingt ans après sa réhabilitation bâclée.
  • Suite à de nombreuses démarches infructueuses auprès de Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant, Éric Lejoindre et Anne Hidalgo, la Cohérie Boris Vian a informé ce matin le Conseil de Paris du retrait de son autorisation. C’est probablement la première fois dans l’histoire de Paris qu’une telle démarche est entreprise.

La rue Boris Vian telle que créée en 1992 par l’opération dite de « réhabilitation de la Goutte d’Or », non entretenue, non réhabilitée, diagnostiquée maintes fois objet d’une requalification reportée. Photo Agence d’architectes AAFeraru.

Au fil de deux rendez-vous annuels que nos lecteurs ont pu suivre depuis six ans chaque 30 novembre (date anniversaire de l’arrêté municipal dénommant la Rue Boris Vian) et chaque 2 mai (Saint-Boris), la Cohérie Boris Vian a accompagné, stimulé et encouragé les tentatives des habitants du quartier d’obtenir de la Mairie l’entretien et la rénovation urbaine du secteur des Arcades de la Goutte d’Or, traversées par la désormais rue sans nom qu’était la rue Boris Vian elle-même maintenue par la Ville dans un état sans nom depuis plusieurs années.

© Le 18e du mois, février 2013 (Merci à la rédaction. Le n° de mai est actuellement en vente)

Enthousiaste en 1992 que le nom de l’écrivain soit donné à une nouvelle rue d’un quartier en pleine réhabilitation, la famille de Boris Vian n’a ménagé aucun effort pour alerter la municipalité de l’état de délabrement dans lequel était laissé le secteur à peine vingt ans après sa réhabilitation menée à l’encontre des avis et alertes d’experts en urbanisme, architecture et histoire, parmi lesquels l’architecte Maurice Culot, l’historien François Loyer (lire l’avis des experts et la chronologie de la réhabilitation [1981-2018]).

Sa décision de retrait fait suite à six ans de démarches et contacts personnels entrepris de 2012 à 2018 par la Cohérie Boris Vian auprès des maires Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant, Éric Lejoindre, Anne Hidalgo*, à de multiples échanges avec les autorités municipales et à ses rencontres régulières avec les habitants sur place aux fins de voir le secteur sérieusement et efficacement entretenu et requalifié.

« Madame la Maire, je vous fais
une dernière lettre »

Dans une dernière tentative, le 30 novembre 2017, la Cohérie Boris Vian a invité la Maire de Paris Anne Hidalgo à la rencontrer sur place et l’a informée qu’elle serait contrainte de retirer l’autorisation donnée en 1992 si, le 2 mai 2018, elle n’avait pas reçu la garantie ferme et formelle que la requalification serait livrée, comme annoncé, avant la fin de la mandature en mai 2020.

Restant sans réponse malgré plusieurs rappels ces derniers mois, ces derniers jours encore, la Cohérie Boris Vian a donc transmis ce matin, 2 mai 2018, sa décision de retrait au Conseil de Paris à qui il appartient désormais, en application de l’article L.2121-29 du code général des collectivités territoriales, de délibérer sur le changement de nom qui pourra suivre.

« D’infinies richesses
en partage »

Le hasard du calendrier veut que le Conseil de Paris siégeant en formation de Conseil municipal et départemental inaugure, ce matin, sa session des 2, 3 et 4 mai 2018 par une communication de Monsieur Bruno Julliard, premier adjoint, chargé de la Culture, prononcée au titre des « Dossiers prioritaires », consacrée à la politique culturelle de la Ville de Paris sous le titre « Les arts et la culture à Paris : d’infinies richesses en partage ».

Dans le quartier de la Goutte d’Or, qui s’apprête à honorer Boris Vian dans une dernière Saint Boris ce 2 mai 2018, on veut croire que l’écrivain et musicien enverra quelques notes d’espoir aux habitants, maintiendra une petite musique rebelle pour rappeler que 2020 n’est pas seulement la date annoncée d’une requalification urbaine, mais aussi celle du centenaire de sa naissance, dont la Cohérie Boris Vian a envoyé tout récemment, en avant-première, le programme à Cavé Goutte d’Or, qui le partage avec ses lecteurs (lire ici et ci-dessus). On peut suivre ce programme et les évènements annonciateurs du Centenaire de la naissance de Boris Vian sur le site borisvian.org.

D’ores et déjà, et à l’initiative d’habitants et d’associations du quartier, un hommage à Boris Vian sera rendu ce 2 mai 2018 dans sa rue à partir de 18 h 30. Les auteurs et signataires des pétitions de commerçants et d’habitants demandant une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier se réuniront une dernière fois autour des plans de rénovation qui sont à l’étude depuis 2014, ont été partagés tout au long de 2015, présentés officiellement au public par la Mairie en novembre 2016 en vue de travaux de requalification qui seraient exécutés durant la mandature, soit avant mai 2020. Ces projets sont aujourd’hui paralysés et remplacés par des « marches exploratoires » et autres animations censées « identifier les problèmes du quartier »… Dans un flyer distribué ces jours-ci, la Mairie de Paris et la Mairie du 18e arrondissement en appellent en effet une énième fois aux « habitants, commerçants et usagers du quartier pour cibler les problèmes et trouver des solutions adaptées ».

Lire l’article du toujours bien renseigné 18e du mois (mai 2018).

*Lettre de la Cohérie Boris Vian à Bertrand Delanoë (novembre 2012) Lettre de Daniel Vaillant à la Cohérie Boris Vian (décembre 2013) Lettre de la Cohérie Boris Vian à Éric Lejoindre (mai 2016) Lettre de la Cohérie Boris Vian à Anne Hidalgo (novembre 2017). Chronologie de la réhabilitation (1981-2018).

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Dissonance

Éric Lejoindre : Mes promesses électorales ne passeront pas par moi !

  • Le 19 avril dernier en sa Mairie, le successeur de Daniel Vaillant déclarait ne pas se souvenir que la requalification du secteur Arcades Goutte d’Or/rue Boris Vian avait été annoncée pour mai 2020.
  • Nos lecteurs attentifs nous rappellent que cela faisait expressément partie de son programme électoral.

Dans la zone grise en bas à droite, on lit : « Réfection des arcades de la rue de la Goutte d’Or et de la rue Boris Vian ». Programme électoral 2014-2020 d’Éric Lejoindre, candidat à la Mairie du 18e arrondissement de Paris, mars 2014 (cliquer pour agrandir l’image).

Nos lecteurs se souviennent que le maire du 18e arrondissement, interrogé sur l’opération de requalification du secteur Arcades Goutte d’Or/Rue Boris Vian lors du lancement de son « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or », le 19 avril dernier,  peinait à évoquer cette opération comme ayant fait l’objet d’un engagement quant à sa date de livraison.

À l’ère de la post-vérité et de la chasse aux fake-news, notre billet du 24 avril s’appliqua ainsi à rappeler que la date de mai 2020 correspondant à la fin de la mandature 2014-2020 avait été annoncée par Colombe Brossel, adjointe à la maire de Paris chargée notamment de la Politique de la ville, et Jacques Baudrier, chargé des questions relatives aux constructions publiques, aux grands projets de renouvellement urbain et à l’architecture. Cela en présence d’Éric Lejoindre et lors de la présentation officielle de cette opération au public le 26 novembre 2016.

La fin de la mandature 2014-2020 fut confirmée par Colombe Brossel qui, dans un entretien avec les initiateurs de la pétition Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle, devait assurer en février 2018, cette fois-ci en présence d’Aymeric Thini-Villerel, représentant le cabinet d’Éric Lejoindre, que le projet serait « livré en temps et en heure » et que des concertations avec les riverains auraient lieu, elles aussi, « en temps et en heure » (Compte rendu de l’entretien).

Profession : de foi

Il y a plus car, depuis, quelques lecteurs avertis du blog nous rappellent que cette date est aussi celle qu’on pouvait lire dans le programme électoral du candidat Lejoindre en mars 2014.

Les documentalistes de Cavé Goutte d’Or n’ont pas tardé à retrouver le document « Une équipe, un projet pour le 18e » publié sous le label « Paris qui ose » et les noms d’Éric Lejoindre et Anne Hidalgo.  Il s’agit d’un dossier de 20 pages de format A4 dont la lecture est rajeunissante. Outre la carte reproduite en tête de ce billet, qui met « la réfection des arcades de la rue de la Goutte d’Or et de la rue Boris Vian » au rang de « ce que nous ferons » dans la mandature « 2014-2020 », on y lit en page 8, sous le titre « 2014-2020 Nos projets » celui de « requalification urbaine des arcades de la rue de la Goutte d’Or et de la rue Boris Vian » avec la précision suivante : « Nous soumettrons à la concertation les conclusions de l’étude urbaine en cours et nous réaliserons le projet retenu ».

Déjà présenté sur le blog le 30 novembre 2014 (cf. « Après l’église Saint Bernard classée MH, la rue Boris Vian classée ANRU ? »), le texte est repris en page 14 (fiche quartier). « Ce que nous  ferons : Requalification urbaine des arcades de la rue de la Goutte d’Or et de la rue Boris Vian ».

On retient de cette profession de foi qu’en mars 2014, « l’étude urbaine en cours » était  par définition en cours. Que viendraient ainsi faire aujourd’hui les éclaireurs de l’opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or » qui prétendent organiser une énième « marche exploratoire » ce mercredi 2 mai 2018 pour « cibler les problèmes et trouver des solutions adaptées » ?

2014-2020

Dans le contrat proposé aux électeurs par Anne Hidalgo et Éric Lejoindre, les expressions « nous ferons » et « nous réaliserons » valent clairement pour la période 2014-2020 rappelée à chaque page du codicille, et pas en petits caractères. Certes, il y a des aléas. Par exemple, la construction de l’ICI 2 à l’angle des rues Polonceau et des Poissonniers figure aussi dans les « nous ferons » de 2014-2020 et fut abandonnée néanmoins. Mais il n’est pas erroné de déduire de ce programme qu’Éric Lejoindre s’est engagé pour « faire la requalification urbaine Goutte d’Or/Boris Vian » en 2020 avant même que Colombe Brossel et Jacques Baudrier ne rappellent cette promesse lors de la réunion du 22 novembre 2016. Son propos du 19 avril dernier relevait donc d’une forme de défausse.

Capture d’écran, 4 octobre 2014. Voir notre billet du 30 novembre 2014.

On peut ajouter que, dans le cadre du programme électoral Hidalgo/Lejoindre, le travail préparatoire et la concertation ont eu lieu en 2014 et 2015, avant leur restitution lors de la présentation publique du 22 novembre 2016 :

  • Le 4 octobre 2014, en effet, la Ville de Paris lançait un appel d’offre pour la « réalisation d’une étude urbaine de l’espace public constitué du passage Boris Vian et des arcades de la rue de la Goutte d’Or visant à analyser le site et ses éléments structurants et à faire des propositions d’aménagement permettant sa revalorisation et la résolution des difficultés constatées en matière d’usages et de fonctionnement » (lien). Les difficultés sont « constatées » et n’ont donc a priori plus à l’être par on ne sait quel nouveau dispositif (dé)mobilisateur.
  • L’invitation des EDL, octobre 2015.

    Les 6 et 8 octobre 2015, les EDL (équipes de développement local), bras armé de la Politique de la ville, consultaient et concertaient de toutes parts. Elles entendaient notamment La Cohérie Boris Vian et plusieurs associations du quartier autour de la présentation des études de l’agence d’architectes AAFeraru en présence de la direction de l’Urbanisme (voir ici et ici).

La « marche exploratoire » du 2 mai 2018 n’a donc plus rien à explorer et le dispositif « Tous mobilisés » annonce au contraire la retraite de la Politique de la ville, à laquelle le rapport Borloo présenté le 26 avril dernier a hélas, lui aussi, donné un petit air d’énième « marche exploratoire » (extraits).

Devant cette situation, et à la suggestion des initiateurs de la pétition Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle, il est apparu nécessaire à Cavé Goutte d’Or de présenter une très brève chronologie des étapes majeures de l’interminable rénovation de la Goutte d’Or de 1981 (publication de l’étude de François Loyer pour l’APUR) à aujourd’hui (« Tous mobilisés pour la Goutte d’Or »). On peut lire cette chronologie ici et sur la page régulièrement mise à jour de la pétition sur change.org.

J-2
Le off de la marche exploratoire du 2 mai 2018

Le bruit court qu’à l’initiative d’habitants et d’associations du quartier, la rue Boris Vian serait le théâtre, ce mercredi 2 mai 2018, d’une éventuelle dernière Saint Boris. Les auteurs et signataires des pétitions de commerçants et d’habitants demandant une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier se réuniront en effet autour des plans de rénovation qui sont à l’étude depuis 2014, ont été partagés tout au long de 2015, présentés officiellement au public par la Mairie en novembre 2016 en vue de travaux de requalification qui seraient exécutés durant la mandature, soit avant mai 2020. Le site qui héberge la pétition annonce cet évènement, dont Le 18e du mois (de mai 2018), déjà en kiosque, laisse également entendre qu’il pourrait avoir lieu et que les associations Paris-Goutte d’Or, pionnière des tentatives de préserver le quartier de sa destruction, et Cavé Goutte d’Or, qui accompagne la Cohérie Boris Vian depuis 2012 dans sa tentative de réhabilitation du secteur, auraient semble-t-il décidé de rejoindre.

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Plan Borloo

En avril, la rénovation urbaine ne se découvre pas d’un fil

  • À la réception du plan Borloo pour les quartiers prioritaires, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé ce matin qu’un « plan de mobilisation » serait dévoilé en mai.
  • Après « Tous mobilisés pour Château Rouge », « Tous mobilisés pour Polonceau », « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or », « Tous mobilisés pour les mineurs marocains », les quartiers Est du 18e s’installent dans la mobilisation de tous.

Le blog a rappelé avant-hier, à huit jours du rapport attendu de la Maire de Paris sur la requalification du secteur Arcades Goutte d’Or/Rue Boris Vian, la succession des projets de renouvellement urbain qui ont accablé depuis plus de 30 ans le quartier de la Goutte d’Or, détruit sous les auspices de sa rénovation dans les années 1980.

Nos lecteurs ont ainsi pu se remémorer les étapes qui, de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) au Programme national et Nouveau programme national de renouvellement urbain (PNRU et NPNRU) en passant par le Grand projet de renouvellement urbain (GPRU), font miroiter un avenir meilleur aux quartiers Est du 18e. dont la Mairie d’arrondissement a trop rapidement vanté la métamorphose au nom de la seule résorption de l’habitat insalubre (J-8).

De son côté, Jean-Louis Borloo a à peine eu le temps de digérer l’enquête de Cavé Goutte d’Or (travail documentaire salué sur les comptes facebook et tweeter de l’association), qu’il est venu en personne annoncer sur le perron de Matignon rien moins que « la relance de la rénovation urbaine ».

Comme s’il répondait aux appels répétés des habitants du quartier quant à l’avenir du secteur Arcades Goutte d’Or/Rue Boris Vian (« au cœur de la Goutte d’Or », dit le site de la Mairie de Paris, au cœur de l’échec de la ‘réhabilitation’ du quartier, disent ses habitants), l’ancien ministre de la cohésion sociale a martelé : « Il faut des programmes extrêmement clairs, avec des responsables ».

Clarté et responsabilité

Avec une telle demande de « programmes extrêmement clairs », Jean-Louis Borloo s’inscrit à l’opposé des déclarations fuyantes émises le 19 avril dernier par la Mairie du 18e qui, en dépit du programme extrêmement clair pour la requalification annoncée publiquement au quartier le 22 novembre 2016 (voir la présentation détaillée d’Action Barbès, pour mémoire), évoquait l’absence d’engagement ferme (promesse électorale pourtant puisque articulée sur la fin de la mandature) et un projet finalement  « pas si simple » (lire notre compte rendu).

Quant aux « responsables » qu’il serait nécessaire, selon Jean-Louis Borloo, de placer à la tête de ces « projets extrêmement clairs », on les cherchera en vain dans les nombreuses bonnes volontés qui travaillent sur ces questions et qu’on rencontre toujours avec plaisir dans les services et dans chacune des réunions de « suivi » des multiples projets à la fois globaux et morcelés, qui se chevauchent quand ils ne se contredisent.

On ne les trouvera guère plus en hauts lieux : si Jean-Louis Borloo devait en effet rappeler que c’était à la demande du président de la République et de Jacques Mézard, actuel ministre de la Cohésion des territoires, qu’il avait rédigé son étude et à eux qu’il revenait, en conséquence, d’y donner suite, on observe que l’absence de Jacques Mézard et de son secrétaire d’État Julien Denormandie avait été notée par les initiateurs de la pétition d’habitants remise aux autorités le 27 mars dernier :

« (…) Nous avons apprécié la présence nombreuse des autorités publiques interpellées (et d’autres) et leur écoute attentive, malgré l’absence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, celle du ministre de la cohésion des territoires Jacques Mézard et du secrétaire d’État rattaché à son cabinet, Julien Denormandie. Madame la maire Anne Hidalgo ne s’était pas déplacée, mais nous avait adressé un courrier qui nous a été remis par Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement, accompagné de plusieurs adjoint(e)s (…)  » (Lire le compte rendu sur le site de la pétition).

Peut-être les ministres seront-ils aux États-généraux de la Politique de la ville, cet après-midi, comme l’annonce le programme prévisionnel. À suivre.

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J-8

ANRU, GPRU, PNRU, NPNRU,… la rue Boris Vian envahie par les projets de rénovation urbaine

  • De l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) au Programme national et Nouveau programme national de renouvellement urbain (PNRU et NPNRU) en passant par le Grand projet de renouvellement urbain (GPRU), le secteur Arcades Gouttes d’Or/rue Boris Vian sombre sous les « rénovations » et « renouvellements » qui le minent depuis 30 ans.  
  • Alors que la Cohérie Boris Vian, qui soutient le quartier dans ses tentatives de requalification urbaine, s’apprête à retirer l’autorisation qu’elle a donnée en 1992 pour que la rue porte le nom de l’écrivain, la Mairie du 18e contredit la Mairie centrale quant au respect des délais.

Malgré une communication étrangement limitée, la réunion de travail organisée en catimini le 19 avril 2018 par la Mairie du 18e a rassemblé les forces vives du quartier : les associations historiques Paris-Goutte d’Or et Action Barbès étaient représentées en force, la toute jeune Union des Commerçants de La Chapelle-Goutte d’Or, la Goutte verte, la Salle Saint Bruno et Cavé Goutte d’Or étaient là aussi ; les initiateurs des pétitions remises aux autorités municipales et étatiques lors d’une cérémonie sur « la place Polonceau » le 27 mars dernier rappelaient leur combat et ses développements.

De la place Polonceau au Quai d’Orsay

Dans les tweets et retweets qu’il a suscités, notre billet d’annonce du 19 avril – le jour-même de la réunion en Mairie en effet car nous n’en fûmes, comme beaucoup, que très tardivement informés – a soulevé l’étonnement de voir le Maire du 18e lancer un dispositif « Tous mobilisés » pour la seule Goutte d’Or (et même pour le seul « quartier Polonceau » selon les termes d’Éric Lejoindre) alors que les problèmes qu’il voudrait voir ainsi abordés concernent tous ses quartiers Est.

  • « Peut-être faudrait-il être ‘Tous mobilisés pour le nord du 18e Goutte d’or, Barbès, Château Rouge, Place de la Chapelle, Marcadet, Marx Dormoy, Porte de la Chapelle, Pajol….’ Les problèmes d’occupation d’espace public sont partout », suggérait SOS La Chapelle dans un tweet beaucoup aimé et retweeté.
  • « Pas sûr que @mairie18paris soit vraiment au courant que #lachapelle fait partie de son arrondissement », répliquait un internaute.

Les sigles qui forment le titre de ce billet sont là pour rappeler la dimension nationale des problèmes que rencontrent les quartiers Est du 18e arrondissement et le dispositif « Tous mobilisés (…) pour l’espace public à Polonceau » paraissait bien dérisoire, ce 19 avril, lorsque l’assistance se vit remettre la copie d’une lettre que la maire de Paris adressait, le même jour, au premier ministre Édouard Philippe pour lui rappeler qu’il en allait, pour ce qui concerne en tout cas les enfants marocains en errance dans la Goutte d’Or, de sa mission et de celle des affaires étrangères.

Mais avant de voir le Quai d’Orsay s’installer sur « la placette Polonceau » (dont l’ANRU annonce la rénovation de façon renouvelée), force est de rappeler les engagements pris par la municipalité quant au calendrier de la requalification du secteur.

Printemps 2020

Interrogés sur ce point lors de la réunion du 19 avril, Éric Lejoindre et Michel Neyreneuf peinèrent à admettre qu’un quelconque engagement sur la question eût été émis : « En tout cas pas par moi », dira élégamment le maire du 18e en laissant ainsi à Colombe Brossel, absente, la responsabilité du calendrier. Ce qui tombe bien puisque Colombe Brossel a déjà confirmé la date du printemps 2020 dans un entretien avec une délégation de signataires de la pétition Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle : « Le projet sera livré en temps et en heure et des concertations avec les riverains auront lieu, elles aussi, en temps et en heure », indiquait en effet l’adjointe d’Anne Hidalgo le 6 mars 2018 (lire le compte-rendu ici).

Il ressort d’ailleurs de tous les recoupements possibles que la date de « mai 2020 » est bien celle annoncée par la Mairie pour la livraison du projet. Cette date fut notée par Cavé Goutte d’Or sur son blog le 28 novembre 2016, quelques jours après son annonce par Colombe Brossel :

  • « L’assistance a salué les efforts que la Ville de Paris s’apprête à entreprendre sur le secteur avec un calendrier en trois temps – immédiatement pour l’entretien et les réparations urgentes nécessaires, dès le prochain conseil de Paris pour les décisions et le budget, avant la fin de la mandature en 2020 pour la réalisation des travaux » (lien).

Elle fut corroborée par Action Barbès le lendemain, 29 novembre 2016 :

  • « Colombe Brossel reprend la parole pour souligner qu’avec l’ANRU, on est dans le moyen terme, à cause des études à mener, des permis de construire à déposer,  à obtenir…. , à la louche on arrive à la fin de la mandature… » (lien).

Le billet d’Action Barbès est illustré d’un cliché de l’estrade sur laquelle avaient pris place, de droite à gauche : Michel Neyreneuf et Éric Lejoindre (qui ne se souviennent d’aucune date), Colombe Brossel (qui a annoncée la date de 2020) et Jacques Baudrier (qui l’a confirmée), ce dernier étant chargé des questions relatives aux constructions publiques, aux grands projets de renouvellement urbain et à l’architecture.

Le visuel surplombant la représentation municipale le soir du 22 novembre 2016, repris pour et illustrer ce billet, rappelle au besoin le titre de la présentation : « Choix d’un scénario privilégié ».

À cet égard, si les plans présentés ce soir-là par l’agence d’architectes A AFeraru étaient naturellement ceux d’un projet, laissant la Ville libre des appels d’offres à lancer et des contrats de maîtrise d’œuvre à mettre en place, un engagement était assurément pris par la Mairie de Paris auprès des habitants, pour ne pas dire des électeurs puisque aussi bien, selon la formule que retient Action Barbès, le projet était présenté comme pouvant être réalisé « à la louche à la fin de la mandature ».

Un encadrement solennel

La date de 2020 répond aussi au terme même du contrat quinquennal dans lequel s’inscrit le soin apporté par l’État et la Ville au quartier de la Goutte d’Or, déjà mis à mal par sa destruction décidée au mépris des études d’experts et d’un projet de l’APUR qui en proposaient la rénovation fine au début des années 1980.

Dans son avant-propos, le contrat de ville parisien 2015-2020 pose en effet : « La lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme, l’égalité entre les femmes et les hommes, la participation des habitants et la mobilisation en faveur des valeurs républicaines et de la laïcité sont des principes intangibles qui guident l’ensemble de nos politiques publiques.  Notre  intervention  dans  les quartiers populaires sera fidèle à ces principes. Une nouvelle  page  de  la  République  s’écrit depuis le 11 janvier 2015 ».

Le Contrat de ville parisien sur lequel repose la requalification de la Goutte d’Or poursuit : « La mobilisation citoyenne après les attentats qui ont visé le cœur des valeurs républicaines est porteuse d’une exigence vis-à-vis de l’ensemble de la société, et singulièrement des pouvoirs et services publics. Accompagner le besoin de cohésion sociale, de fraternité, de promotion de la citoyenneté et des valeurs républicaines qui s’exprime dans le pays, telle est notre mission. Dialoguer, encore et toujours avec les habitants, et apporter aux acteurs du lien social les outils dont ils ont besoin pour échanger librement, en particulier avec la jeunesse et les populations les plus fragiles, telle est notre méthode ».

« Une exigence singulière
vis-à-vis des pouvoirs publics »

Dans son préambule, le contrat de ville parisien 2015-2020 indique encore :

  • « Avec le contrat de Ville parisien 2015-2020, l’État, la Ville et l’ensemble des partenaires signataires se fixent des objectifs ambitieux d’intervention dans les quartiers populaires parisiens jusqu’en 2020. En effet, seule une action déterminée en faveur des quartiers qui en ont le plus besoin permet à la solidarité territoriale de s’exprimer pleinement et au pacte républicain de prendre tout son sens.
    L’État, dans la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine (dite loi VECU), a formalisé la volonté de la Nation de concentrer les moyens pour garantir l’égalité, la justice sociale et l’émancipation de tous. Pour la première fois, les crédits dédiés à la politique de la Ville viendront appuyer une mobilisation sans précédent des crédits de droit commun ».  

La réunion publique du 22 novembre 2016 fut officialisée sur le site de Mairie de Paris : le citoyen parisien sait ainsi qu’une étude urbaine a été officiellement menée et  officiellement présentée au quartier et sur le site « Imaginons Paris ». Il sait ou peut savoir, par des sites sérieux et reconnus comme tels (cf. Le 18e du Mois de novembre 2016), que des engagements ont été pris pour le printemps 2020.

L’étude d’AAFeraru est disponible et approfondie (lien). Les visuels en ont encore été présentés au quartier lors de la dernière Saint Boris du 2 mai 2017, en présence notamment des architectes de l’agence, d’Action Barbès, de SOS Paris, de l’élue référente pour le quartier (lien).

Le dispositif « Tous mobilisés » lancé le 19 avril pour la Goutte d’Or Sud (à moins que ce ne soit pour Polonceau) ne saurait ignorer ces engagements et ce calendrier. Or, en proposant de recouvrir le désastre de palissades et de fresques (dont l’une à venir très précisément sur la place Polonceau que le projet d’AAFeraru destine à un bar en rotonde [image]), ou d’organiser des promenades urbaines, des animations – parfois avilissantes, craignait à bon droit un intervenant – agrémentées de « concertations citoyennes », ce dispositif s’écarte activement de l’exigence de civisme et de responsabilité posée par le contrat de ville. Il s’en écarte d’autant plus activement qu’il est prétend répondre à l’urgence qui conduit la maire de Paris à alerter le premier ministre.

Le texte de « Tous mobilisés »

« Construire une vision »

« Aujourd’hui, l’opération ‘Tous Mobilisés pour notre quartier’ est lancée sur le secteur de la Goutte d’Or Sud – Polonceau, quartier dense, animé, au cœur de phénomènes multiples et complexes qui nécessitent une mobilisation renforcée. Il s’agit de construire avec vous les solutions pour améliorer votre quartier. (…) Il s’agit dans un premier temps d’identifier les problèmes et les possibilités d’amélioration du quartier afin de construire ensemble une vision partagée de la vie de la Goutte d’Or Sud et de faire ensuite des propositions pour améliorer la vie du quartier en remédiant aux difficultés rencontrées et en développant les avantages du quartier (…) Il s’agit de définir de manière collective des priorités sur les solutions proposées. Il s’agit pour les riverains, les associations, les commerçants, les services techniques de la Ville de Paris et les acteurs institutionnels de réaliser les actions identifiées comme nécessaires à l’amélioration des conditions de vie du quartier. Cette étape débutera dès la mi-juin, se poursuivra tous l’été avec les personnes souhaitant s’investir pour le quartier et sera suivie dans le temps pour une réalisation complète des actions choisies » (lire ici).

Nos lecteurs savent que la Politique de la ville tient ses états généraux ce jeudi 26 avril 2018, autre « mobilisation générale » annoncée qui devait avoir lieu le 12 avril mais fut reportée pour cause d’agendas contrariés (aucune autre raison ne fut proposée contre celle que nous avons suggérée), et ceux d’entre eux qui suivent cette mobilisation-là apprennent qu’un programme encore prévisionnel le 20 avril prévoit des « mots d’accueil de la Ville » à 14 heures et une « conclusion de Jean-Louis Borloo » à 17 h 30. Trois heures trente dont on se réjouit néanmoins de connaître le résultat.

Ce sera juste avant le 2 mai et, de toutes les « mobilisations » annoncées ici, celle de la Cohérie Boris Vian sera-t-elle la seule qui tienne ses engagements ? Aux dernières nouvelles, Sandrine Mees, l’élue EELV référente du quartier, annonçait qu’elle cherchait le compte rendu du Conseil de Paris de janvier 2017 qui devait voter le financement du projet de requalification urbaine et la Cohérie Boris Vian confirmait qu’elle renoncerait à laisser le nom de l’écrivain à la rue si elle n’avait pas reçu les garanties sollicitées (depuis 6 ans).

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