Réseau 10/18

Emmanuel Grégoire prend la tête des quartiers populaires

  • L’homme fort de la Mairie de Paris propose un calendrier qu’on n’ose appeler grégorien pour faire faire à Anne Hidalgo en quelques mois ce qu’elle n’aurait pas su faire en cinq ans alors même qu’elle avait sous la main depuis le premier jour de sa mandature celui qui, avant de devenir son hyperactif premier adjoint, avait été son adjoint aux ressources humaines, aux services publics, à la modernisation de l’administration, au budget, au financement, à la transformation des politiques publiques, – c’est-à-dire à tout ce qu’il fallait.
  • « Au bout d’un moment, la maire elle a dit: ‘Ça suffit !’ », explique le premier adjoint à France 3 pour justifier un retard que l’opposition ne manque pas de souligner.
  • Les habitants, qui se demandent encore à partir de quand ça suffit, comptent les points et noircissent leurs agendas. Dans les traces des candidats aux prochaines Municipales qui se succèdent dans le quartier, le Tout Paris médiatique découvre en effet le Réseau 10/18.

Emmanuel Grégoire sur France 3 Paris-IDF le 15 avril 2019 : «Au bout d’un moment, la maire elle a dit: ‘Ça suffit !’» (minute 0:37 sur 4:31 de l’entretien sur France 3). Capture d’écran France 3-IDF.

Dès l’incendie de Notre-Dame éteint (« Après plusieurs heures d’inquiétudes, l’essentiel est debout. La superstructure est sauve, espérons que l’évaluation technique confirmera l’état général », tweete-t-il sobrement et efficacement mardi matin), Emmanuel Grégoire reprend le fil de sa présentation de lundi concernant les quartiers dits populaires de la capitale.

Certes, alors qu’il n’avait pas manqué la réouverture du kiosque de Barbès, le 26 février dernier (voir ici pour mémoire), Emmanuel Grégoire n’était pas à l’inauguration du comptoir du marché Barbès, où se pressaient en revanche, mercredi 17 avril 2019, Olivia Polski et Afaf Gabelotaud, adjointes d’Anne Hidalgo chargées respectivement du Commerce, de l’Artisanat, des Professions libérales et des Politiques de l’emploi, Paul Simondon, son adjoint à la Propreté, et Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement, tous enthousiastes à l’idée de ce « nouvel espace de convivialité » qu’ils ont salué sur tweeter en partageant les mêmes éléments de langage (voir reportage photographique et textuel sur notre page Vie du quartier).

Prenant quelques distances avec cette convivialité bon enfant qu’il retweeta néanmoins aimablement, le premier adjoint se souvint qu’il avait été chargé, en novembre dernier par Anne Hidalgo, d’une mission sur les quartiers populaires de la capitale et exposa donc le « plan d’action » né de six mois de réflexions et d’échanges, – réflexions et échanges auxquels les associations membres du Réseau 10/18 ont participé modestement, à leurs niveaux de terrains respectifs qui balaient presque toutes les rues du Nord du 10e et du Sud-Est du 18e. Suite à leur lettre ouverte de l’automne 2018, Emmanuel Grégoire les avaient en effet invitées d’abord à l’Hôtel-de-Ville le 1er février 2019 (voir ici pour mémoire) puis à la Mairie du 18e le 8 avril dernier. Entre-temps, les onze associations avaient communiqué diverses notes de travail, dont le lecteur trouvera les grandes lignes sur leurs sites, blogs, comptes tweeter ou facebook respectifs.

Des quartiers bien couverts pour l’été

Le « Plan d’action » dévoilé par M. Grégoire a été décliné lors de l’entretien de France 3 ainsi que dans les journaux majeurs de la capitale et du pays. On peut ainsi en prendre connaissance sur le site de France 3 et dans  Le Parisien, Le Monde, Le Figaro, Le Huffington Post.

Extrait du site de France 3 (lire: « en lien avec la Préfecture de Police de Paris »).

Les réactions du Réseau 10/18

Dans un communiqué publié le 17 avril 2019, le Réseau 10/18 a observé que « la grave dégradation de la situation dans nos quartiers ces dernières années (était) enfin reconnue par la municipalité ». Si certaines requêtes demeurent non traitées, le collectif estime que ce plan « constitue un engagement » (Lire le communiqué).

Reprenant le communiqué commun, les associations membres du Réseau 10/18 voient des « réponses apportées, d’autres en suspens », soulignent que « ce plan a valeur d’engagement » et se disent « vigilantes sur sa concrétisation et ses résultats » (voir les comptes tweeter des Riverains Lariboisière Gare du Nord, de Demain La Chapelle, de l’Union des commerçants de La Chapelle/Goutte d’Or et du Collectif Marcadet qui, la veille, demandait qui ferait du Nord-Est parisien un enjeu prioritaire des Municipales) :

Même vigilance du côté de La Vie Dejean, à la pointe du combat (qu’elle a gagné) contre la Ville et l’État afin de les faire respecter leurs obligations d’ordre public (ici pour mémoire). Dans un post sur sa page facebook, l’association SOS La Chapelle ironise, quant à elle, sur la magie des élections municipales à venir qui ferait émerger la soudaine possibilité de faire ce qu’il n’aurait pas été possible de faire avant et suggère à la Mairie de poursuivre l’exercice dans sa rubrique « encore un effort ».  

Les association du Réseau 10/18. Contact : reseau1018@gmail.com.

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Notre-Dame

Cavé Goutte d’Or accorde une trêve à l’Urbanisme parisien

  • Reportage hommage à Notre-Dame sur les Quais et participation aux réflexions sur la restauration en attendant la présentation des projets de réparation du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or le 2 mai 2019.
  • Tout en dépêchant ses correspondants à Saint Michel hier, Cavé Goutte d’Or prépare en effet le bilan d’un an de travail des opérateurs qui n’ont toujours pas convoqué l’« instance de dialogue » dont Anne Hidalgo annonçait la mise en place en juin 2018.

Photo CGO, 16 avril 2019.

Le drame de lundi, qui a vu la cathédrale Notre-Dame blessée au cœur et résister néanmoins, impose un temps d’arrêt aux divers combats menés contre l’Urbanisme parisien. Le blog reviendra ainsi très bientôt sur l’audience tenue vendredi au Tribunal administratif concernant la Tour Triangle, audience dont Le Parisien du 12 avril 2019 proposait une analyse mitigée en ces termes : « La Tour Triangle n’en est pas encore à trembler sur ses bases, dont la première pierre est toujours prévue en 2020, en lisière du parc des expositions de la porte de Versailles (XVe). Mais ses opposants donnent décidément du fil à retordre aux avocats de la SCI Tour Triangle et de la Ville de Paris, futur bailleur et grande défenderesse du projet conçu par Unibail-Rodemco ».

Grande défenderesse

CGO, 16 avril 2019.

Il manque un mot féminin au Parisien pour évoquer la Ville de Paris comme « défenseure » du projet (« défenseur » serait en effet un « substantif masculin ») car « défenderesse » (dont le masculin est « défendeur ») ne s’entend que dans le vocabulaire judiciaire pour qualifier une « personne contre laquelle est intentée une action en justice ». En l’occurrence, la défenseure est aussi défenderesse mais ce sont bien deux rôles différents ici attribués à la Ville de Paris selon qu’elle défend le projet de Tour Triangle ou qu’elle est appelée à la barre du Tribunal administratif pour répondre de cette défense, comme ce fut le cas à l’audience du vendredi 12 avril relatée par Le Parisien (délibéré à quinzaine).

Sur le front plus modeste de la Goutte d’Or, la Ville de Paris – longtemps défenderesse dans les dossiers SEMAVIP, Sefri-Cime, Paris Habitat, OGEC Saint Bernard, Batigère dont les jugements ont été livrés par Cavé Goutte d’Or à l’analyse du Grand débat national (voir ici) et dans les dossiers La Vie Dejean (voir ici) – devra bientôt défendre (au sens de défenseure) son projet de requalification des rues de la Goutte d’Or et Boris Vian, comme l’y ont invitée de concert, depuis sept ans, la Cohérie Boris Vian, Cavé Goutte d’Or, La Table ouverte, Paris Goutte d’Or et les habitants du quartier dont le patrimoine a été détruit par une décision commune de la Ville et de l’État dans les années 1980, – décision commune donc de la droite (qui était à l’Hôtel de Ville) et de la gauche (qui était à l’Élysée) comme on peut le lire en maints endroits sur le blog (voir notamment ici).

Parole à la défense

Défendre la Goutte d’Or Sud (notamment son secteur Boris Vian/Polonceau/Arcades Goutte d’Or), en réalité la réparer, corriger si possible les erreurs des années 1980 à 2018 (totem, fresque et autres avatars de l’opération « Tous mobilisés » ont en effet prolongé, en 2018, les erreurs culturelles des années 1980-2017), remédier à sa démolition par un travail fondamentalement réparateur, la Ville de Paris y avait donc été invitée pendant sept ans par la Cohérie Boris Vian autour de laquelle se réunissaient les habitants du quartier chaque 2 mai, jour de la Saint Boris (2012, le premier 2 mai).

La caméra de Cavé Goutte d’Or aux côtés de celles du monde entier (16 avril 2019).

2018 serait la dernière Saint Boris de la Goutte d’Or et l’histoire du Conseil de Paris retient que, ce jour-là, la famille Boris Vian a retiré officiellement l’autorisation d’utiliser le nom de l’écrivain, musicien, inventeur, docteur du Collège de ’Pataphysique, – autorisation qu’elle avait accordée en 1992 pour le voir donner à la rue qui le portera très vite à bout de bras, à bout de droits tant la dégradation des lieux fut rapide. Et le portera peut-être à nouveau en 2020 si entretemps est engagée la réparation nécessaire.

Sursis

Car, suite au retrait du 2 mai 2018, la Ville de Paris mobilisa un bref instant la plupart de ses directions, réunies le 25 mai à l’initiative de la maire pour planifier un temps de travail de 2018 à 2020 dont – calendrier oblige – le 2 mai 2019 serait le point central. Saurait-on, le 2 mai 2019, si l’engagement de voir requalifié le secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or serait respecté avec la garantie d’un travail effectivement entamé le 2 mai 2020 ? Dans la perspective d’une réponse à cette question, les acteurs et fidèles partenaires de la Saint Boris assureraient une nouvelle séquence – prolongation ou rattrapage – en 2019.

Mais le 2 mai 2019, la Ville ne sera pas prête à présenter son projet, pas prête à inaugurer l’« instance de dialogue » dont la maire de Paris avait promis, dans  une lettre à la présidente de la Cohérie Boris Vian du 6 juin 2018, « la mise en place dans les meilleurs délais » (lettre d’Anne Hidalgo à Nicole Bertolt).

Près d’un an plus tard, en l’absence de tout mouvement dans ce sens, et même devant la perspective de voir le projet confisqué par ses opérateurs ravis d’annoncer en solo sur tweeter des réunions de travail auxquelles la Cohérie Boris Vian et les associations du quartier n’étaient pas convoquées (voir ici), Cavé Goutte d’Or relança la maire de Paris dans une lettre du 31 mars 2019 qui suscita une réaction immédiate, – tardive mais immédiate, un brin paniquée tout en restant largement en deçà des attentes et des enjeux puisque la Ville prétend aujourd’hui reporter le 2 mai d’une semaine, comme l’ont proposé récemment l’adjoint au maire du 18e et la conseillère de la maire de Paris chargés de l’Urbanisme :

  • « Un Comité de suivi va être rapidement maintenant mis en place », propose en effet Michel Neyreneuf dans un mail du 1er avril 2019 dont le « rapidement maintenant » semble vouloir rivaliser avec le désormais célèbre « en même temps ». « Une première réunion va être fixée dans les jours à venir pour juste après les vacances de Pâques », poursuit l’adjoint connu de nos lecteurs pour être à l’origine, en 1993, du « renoncement à tout effort architectural » dans la Goutte d’Or si elle veut garder son « type de population » (voir et revoir ici).
  • Le comité de suivi ne pourra être réuni avant la mi-mai, confirme Marion Picard, conseillère Urbanisme et Aménagement au Cabinet de la maire de Paris, lors d’une réunion à l’Hôtel de Ville où l’association Cavé Goutte d’Or était conviée le 9 avril 2019 en présence de Pierre Delotte et Charles Lemonnier, représentants respectifs des adjoints à l’Urbanisme des Mairies de Paris et du 18e.

La Saint Boris n’étant susceptible d’aucun report possible, Cavé Goutte d’Or maintient son invitation pour le 2 mai 2019, adressée en ces termes le 31 mars à Madame Hidalgo :

  • « À notre modeste niveau, nous avons d’ores et déjà réuni notre propre comité de suivi de l’opération qui a décidé de refaire un point de la situation le 2 mai prochain, date anniversaire du retrait de l’autorisation correspondant à la Saint Boris, journée investie depuis sept ans par la Cohérie Boris Vian et les associations pour mobiliser les élus sur ce secteur.
    Outre vous-même, si vous voulez bien nous en faire l’honneur, nous inviterons, ce jour-là, les parties prenantes de l’opération à présenter publiquement les projets en cours d’étude pour l’aménagement de ce secteur, – que ces projets émanent de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre ou des associations du quartier, soucieuses de ne pas laisser la rénovation que vous avez annoncée pour 2020 suivre les mêmes voies que celles des années 1980 qui ont conduit la Ville et l’État à devoir refaire le même travail aujourd’hui »
    (lettre de Cavé Goutte d’Or à Madame Hidalgo).

Rendez-vous donc le 2 mai 2019 en fin d’après-midi. D’ici là, suivi et précisions sur le blog, dont un reportage à venir sur les toits de la Goutte d’Or Sud (avant-goût).

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Archi actuelle

La contribution de Cavé Goutte d’Or au Grand débat national

  • Dans le texte qu’elle a partagé, mi-mars, avec le Grand débat national, l’association propose un renversement des priorités de l’urbanisme en zones tendues et dans les quartiers en Politique de la ville

Le profil de Cavé Goutte d’Or sur la page du Grand débat national. Moins fayot qu’il n’y parait à première vue ! Lire la contribution de Cavé Goutte d’Or sur la page Contributions des organisations.

Les recherches et actions menées par l’association Cavé Goutte d’Or au cours des huit dernières années sur les quartiers de La Goutte d’Or, la Chapelle, Barbès et Château Rouge rappellent combien la question de l’urbanisme est au cœur du mal-être des quartiers dits « populaires » ou « sensibles ». Loin d’être soigné, l’urbanisme des quartiers en zone urbaine sensible et zone de sécurité prioritaire est au contraire souvent négligé, répondant prioritairement à des critères de densité et d’économie, parfois de mépris et de discrimination culturelle, comme en témoignent encore récemment plusieurs opérations estampillées « Embellir Paris ».

En ce qu’elles mettent en jeu la Politique de la ville, le choix de favoriser la démolition/ reconstruction au détriment de la rénovation du bâti existant, les investissements de l’ANRU engloutis dans des projets mal conçus dans les années 1980 et mal construits dans les années 1990 et 2000, la recherche du profit, la discrimination des quartiers, le non-respect des avis d’experts devant les commissions d’enquêtes publiques, la suppression des parcelles de pleine terre au bénéfice de la végétalisation artificielle, le défaut d’une réelle concertation avec les habitants,… les décisions d’urbanisme contre lesquelles se sont élevés l’association ou ses membres à titre individuel, parfois des associations amies ou des riverains s’appuyant sur ses travaux ou des constats similaires, mettent en effet toutes en cause l’organisation de l’État et des services publics (protection du territoire, protection des monuments historiques, rôle de l’ABF et de la DRAC,…), la transition écologique (espaces libres à protéger, espaces de pleine terre à créer dans les constructions, lutte contre la densification,…), la fiscalité et les dépenses publiques (financement de logements sociaux non sociaux, opérations de renouvellement urbain menées en dépit des avis d’experts, engagement de l’ANRU dans des dépenses inconsidérées pour des travaux à requalifier à peine terminés,…), la démocratie et la citoyenneté (discrimination des quartiers, inégalités devant la charge publique,…).

Elles entrent ainsi de plain-pied dans les quatre thèmes sélectionnés pour le Grand débat national. En préparant sa contribution au Grand débat national, l’association a d’ailleurs pris connaissance avec intérêt de celle de l’Académie d’Architecture et des principales organisations syndicales et professionnelles du monde de l’architecture en France, dont elle partage plusieurs des « constats analytiques et critiques » en se réjouissant du soutien qu’à travers le Grand débat national et les relations transversales qu’il pourra susciter, ces instances peuvent apporter aux structures plus modestes qui se battent sur le terrain.

Dans sa contribution, Cavé Goutte d’Or a identifié quatre voies de travail qui lui paraissent autant d’objectifs à poursuivre :

I. Favoriser la réhabilitation à la destruction/reconstruction

La démolition du quartier historique de la Goutte d’Or, dit Goutte d’Or Sud, et sa reconstruction autour d’un projet de type ‘ville nouvelle’ sévèrement contesté devant la Commission d’enquête publique en 1984, approuvé néanmoins et réalisé dans les années 1990, conduit trente ans plus tard à une requalification du secteur inscrite en 2014 par l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) à son Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) pour un coût de 4,5 millions d’euros (>Lire la suite).

II. Instaurer une vraie concertation en amont des décisions d’urbanisme

En dépit de l’expérience des années 1980-2018 et de la pétition précitée, la requalification du secteur Goutte d’Or Sud décidée par l’ANRU dans le cadre du NRNRU 2014-2024 n’est actuellement l’objet d’aucune concertation avec les riverains (>Lire la suite).

III. Proscrire toute forme de zonage

En lui-même discriminatoire, le zonage n’est manifestement pas un moyen de sortir un quartier des difficultés dans lesquelles il a été mis. Le lien entre zonage et maintien des quartiers en difficultés est probablement même un élément central de l’échec des dispositifs successifs mis en place dans le cadre de la Politique de la ville.

«Il convient de préciser que le projet de SEFRI-CIME PROMOTION sur l’angle des rues Cavé et Stephenson ne s’inscrit pas dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles» (Laurent Karila, avocat de la société anonyme Sefri-Cime Promotion, Mémoire en défense du bâtisseur de l’œuvre de Bruno Fortier, Grand Prix de l’Urbanisme 2002, Tribunal administratif de Paris, 24 avril 2017, page 28).

Pour ce qui est de la Goutte d’Or et la Chapelle, le zonage n’a pas empêché que les habitants s’y sentent « maltraités » sinon « abandonnés ». Peut-être même le zonage a-t-il, au contraire, conduit à ces sentiments, – ce qui peut paraître contradictoire et doit en conséquence, pour le moins, entraîner une réflexion de fond avant le renouvellement et/ou l’étendue des zonages en échec (>Lire la suite).

IV. Renoncer à la densification

Moteur des décisions contestées tendant à préférer la démolition/reconstruction à la réhabilitation au motif que celle-ci augmenterait le coût de l’opération et diminuerait le nombre de logements « sortis » au final, la densification du territoire et notamment des quartiers est un objectif qu’il convient de reconsidérer. Les mesures prises pour augmenter la production de logements dans les zones où l’offre ne correspondrait pas à la demande répondent à une logique trop courte qui ne remet pas en cause l’équilibre des territoires et favorise la sur-densification de secteurs déjà denses, au nom précisément de leur densité (>Lire la suite).

Présupposés erronés

Dans sa contribution, Cavé Goutte d’Or s’inquiète ouvertement des conséquences de la décision antinomique, prise en décembre 2013 et renouvelée en décembre 2018, consistant à priver de procédures d’appel les recours de droit administratif en zones d’urbanisation où existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements.

Déjà orientée par les effets non établis qu’auraient les recours contre les autorisations d’urbanisme sur protégées quand bien même elle provoquent une sur-densification avérée du territoire, la mesure tendant à priver d’appel les jugements du Tribunal administratif peut en outre entraîner des conséquences inattendues quant à la qualité de l’instruction des permis de construire et des jugements de première et dernière instance rendus souvent avec une plus grande légèreté qu’ils sont à l’abri d’appel.

Cavé Goutte d’Or a ainsi versé au débat trois jugements rendus par le Tribunal administratif de Paris en première et dernière instance qui révèlent des instructions chaotiques par la Direction de l’Urbanisme, des autorisations qui se sont avérées viciées et furent à peine corrigées par des permis modificatifs provoqués par les requérants néanmoins pénalisés, de nombreuses erreurs factuelles et de droit jusque dans les jugements eux-mêmes, autant de situations qu’il est impossible de voir réexaminer, le cas échéant sanctionner, sans accès aux procédures d’appel.

Sources : Jugement du Tribunal administratif du 23 décembre 2015 sur le projet immobilier de Paris Habitat au 22-24 rue Cavé (75018) ; Jugement du Tribunal administratif du 28 décembre 2017 sur le projet immobilier de Batigère au 5-7 rue Myrha (75018) ; Jugement du Tribunal administratif du 27 septembre 2018 sur le projet immobilier de Sefri-Cime Promotion au 25 rue Stephenson (75018)

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Exit

Theresa May candidate à la Mairie de Paris

  • Après Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel, Mounir Mahjoubi et Benjamin Griveaux, Theresa May souhaite apporter son expérience politique à la capitale parisienne.
  • Sur la forme, l’actuelle première ministre britannique invoque le cas de Manuel Valls qui brigue la capitale catalane et, sur le fond, le besoin d’un Paris plus Rock n’roll.
  • Dans cette perspective, elle confierait l’Urbanisme à Boris Johnson, l’Architecture à Charles Windsor, et les Transports à l’actuel speaker de la Chambre des communes.
  • Analyses.

Contrairement à Manuel Valls, Mounir Mahjoubi ou Benjamin Griveaux qui, selon elle, sont partis trop tôt pour leurs campagnes respectives, Theresa May prend son temps et crée la diversion en occupant les écrans de la planète entière avec son job actuel. Elle a obtenu récemment un délai pour sortir – sortir en l’occurrence le Royaume uni de l’Europe unie – et, avec un humour naturellement très british, elle a fait observer que, si elle avait respecté le délai au 29 mars 2019, l’évènement historique dont elle maitrise le déroulement avec un art consommé du suspens aurait été noyé, ce week-end, dans les célébrations de la « Journée mondiale de la sauvegarde des données informatiques » et les manifestations de « Paris respire dans la Goutte d’Or ».

Le 22 mars 2019, le jour-même qui a vu l’actuelle locataire de la Mairie de Paris arpenter les rues de la Goutte d’Or ou presque avec Libération (lire notre billet du 29 mars 2019), Theresa May a ainsi obtenu de Bruxelles un délai au 22 mai, possiblement raccourci au 12  avril, pour en finir avec la sortie. Sortie ou non, douce ou dure, ça nous a quand même une autre allure que la ré-inauguration de la ferme du square Bashung sans passer par la place Polonceau.

Urbanisme et architecture
en majestés

Les plus fragilisés par la perspective de la candidature de Theresa May à la Mairie de Paris sont les tenants actuels de l’Urbanisme et de l’Architecture, respectivement Jean-Louis Missika, maire adjoint à l’Urbanisme, et Michèle Zaoui, conseillère à l’Architecture et à l’Espace public au Cabinet de la maire.

Londres et Paris sont en effet en rivalité officielle en matière d’audace architecturale et urbanistique plus encore qu’en matière d’humour :

– Boris Johnson tiendrait ainsi la dragée haute à « l’adjoint à l’urnanisme », comme Le Monde avait évoqué, dans un lapsus foudroyant, l’autosatisfaction de l’urbanisme parisien qui prétendait vouloir « Réinventer Paris » tout seul (notre billet du 20 septembre 2018). Pour ce qui est de « réinventer Paris », le maire de Londres qu’était en 2010 Boris Johnson disait de la future Tour Orbit, dans un français presque aussi charmant que celui de Jane Birkin : « C’est le Tour Eiffel de Londres, mais mieux » (Antenne 2, 30 avril 2010, voir la vidéo et sa retranscription).

Tour Orbit : « Le Tour Eiffel de Londres en mieux » (Boris Johnson), reportage sur Antenne 2, 30 avril 2010.

– Charles Windsor, de longue date en réserve de la République, si l’on ose dire de la princière personne que le site Urbanews appelle « le potentiel futur roi d’Angleterre », est à l’origine de The Prince’s Foundation for Building Community, dont Wikipédia indique qu’elle est « une organisation caritative éducative créée en 1986 par le prince de Galles pour enseigner et mettre en pratique les principes de la conception et de l’architecture urbaines traditionnels qui placent les personnes et les communautés dont ils font partie au centre du processus de conception (design process) » (lien). Il a publié sa vision pour l’architecture du 21e siècle dans The Architectural Review en 2014, une contribution qu’Urbanews a résumée en français sous le titre « L’urbanisme ‘à la prince Charles’ en 10 leçons ».

– John Bercow : Quant au speaker de la Chambre des communes, qui s’est récemment illustré par son autorité naturelle, il ne fera qu’une bouchée des fraudeurs à « Paris respire dans la Goutte d’Or » (lire ici) et autres trottinettes sauvages.

« En 12 avril 2019, c’est sûr, avec le libération probable de Theresa May, le campagne parisienne pourra vraiment commencer », aurait confirmé Jane Birkin, imitant à son tour Boris Johnson.

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Folle semaine

Vers un shadow cabinet pour la Goutte d’Or et la Chapelle ?

  • Opération Boris Vian sous scellés, promenade urbaine Barbès-Stalingrad dégradée, projets votés au budget participatif détournés, contrebande et insécurité installées,…
  • Avec Libération en poche, et même carrément dans sa poche, le tandem de l’exécutif municipal dans la Goutte d’Or et la Chapelle a fait main basse médiatique, cette semaine, sur le quartier auquel Anne Hidalgo annonce, pour faire bonne mesure, « encore quelques années de bouleversements ».

La une de Libération du 25 mars 2019 en ouverture d’un publireportage de cinq pages en faveur de la maire sortante, suivie dans la Goutte d’Or le 22 mars 2019. © Photo Corentin Fohlen pour Libération.

« Hidalgo défend son bilan ». Notre billet du 13 mars 2019.

Accompagnés d’une aimable équipe de Libération, journal que les anciens du quartier ont connu en voisins, rue Christiani, les maires de Paris et du 18e ont fait, le 22 mars dernier, une aimable promenade sur leurs terres de la Goutte d’Or, inaugurant les chrysanthèmes du joliment nommé « Collectif magnolias » et ré-inaugurant la ferme du square Bashung.

Si aimable la promenade, et si aimable le journal, que Libération en perd sa légendaire distanciation, au sens où Brecht a théorisé l’esprit critique et le recul dans ses Écrits sur le théâtre. « Remontada », éditorialise ainsi l’ancien quotidien de la rue Christiani en page 5 sur 5 du publireportage qu’il a consacré à la maire de Paris le 25 mars 2019, Anne Hidalgo bénéficiant ce jour-là d’un sondage favorable, au demeurant déjà remplacé par un autre sondage dans le cœur et la raison d’un autre journal.

Jeu de mains

Loin des sondages et de la campagne précoce, plus loin encore de tout parti qui serait à prendre en faveur de tel ou tel candidat à la Mairie de Paris, c’est l’absence de distance du journal, l’absence de travail de la journaliste, qui peuvent interpeler l’habitant de la Goutte d’Or à la lecture de ce numéro vraiment très spécial de Libération qui joue de la main à chaque page – la main qui gifle ou se retient, la main qui nourrit, la main qui en serre (enserre, en sert) une autre – sans jamais entrer dans le quartier, un quartier qui n’aurait pour rôle que de servir de tremplin à la maire qui la reprend, la main :

  • « Après avoir encaissé de violentes critiques en 2018, mettant en danger sa réélection, l’édile parisienne a redressé la barre et attaque la dernière ligne droite avant les municipales avec le vent en poupe », écrit le journal.

Ce serait donc les critiques qui, selon Libération, auraient mis en danger la réélection de la maire, et non la maire elle-même, notamment pas ses échecs à la Goutte d’Or précisément, pour rester dans ce quartier visité par la sympathique escouade du 22 mars, visité très superficiellement à la veille d’une semaine pourtant cruciale en termes de respect et de bilan.

Paru en effet le lundi 25 mars 2019, le journal aura accompagné la semaine anniversaire des pétitions qui ont contribué à marquer 2018 du sceau de l’annus horribilis de la municipalité parisienne. D’ailleurs il pleuvait finement et froidement, le 27 mars 2018, pour la remise des pétitions des habitants et commerçants du quartier qui tenaient ce jour-là une sorte de landsgemeinde, proposant un exercice de démocratie directe en plein air, place Polonceau, à quelques mètres seulement du square Alain-Bashung que la maire visita sous un soleil radieux le 22 mars 2019 pour mieux reprendre la main, tout en serrant celle des épiciers et en tenant celle de Libération afin que le reportage ne déborde pas. Car, sauf à s’y être aventurées sans photographe, ni la maire ni la journaliste n’ont semble-t-il poussé jusqu’à la place Polonceau, qu’on distingue clairement au fond de la prise de vue (et de mains) qui illustre ci-dessous le reportage.

Angle des rues Stephenson et de Jessaint, 22 mars 2019. © Photo Corentin Fohlen pour Libération.

Exit également du programme, la rue Boris Vian, pourtant connue aussi dans le quartier sous le nom de « rue Anne Hidalgo » depuis que les riverains rendirent, le 2 mai 2018, un éphémère hommage à leur maire suite à la décision de la famille Boris Vian de retirer l’autorisation de donner le nom de l’écrivain et musicien à la rue qui le porte depuis 1992 :

À gauche, l’éphémère rue Anne Hidalgo (2 mai 2018). À droite, l’incendie du même angle (10 février 2019).

Les moutons
du square Bashung

Au jardin Bashung, Anne Hidalgo inaugurerait une ferme pourtant inaugurée de longue date par le quartier. En bon petit soldat, Libération suivit « l’édile (qui avait) mis des bottines pour arpenter les quartiers populaires » et y récolter « la moisson » : « Une récolte de sourires, remerciements, encouragements venus des responsables associatifs, éducatifs ou simples usagers qui accompagnent – c’est bien le moins – l’achèvement des projets petits ou gros lancés depuis son installation à l’Hôtel de Ville ».

Ce sentiment que « c’est bien le moins », qui vient d’on ne sait où pour qualifier la satisfaction supposément due à la maire par les « associatifs, éducatifs ou simples usagers », ce n’est probablement pas dans la Goutte d’Or que la journaliste l’a forgé. Car ce n’est pas dans « cette partie ultrapopulaire du 18e que La France insoumise a ravie aux socialistes aux dernières législatives », comme Nathalie Raulin appelle la Goutte d’Or, qu’elle put rencontrer un panel suffisamment représentatif d’habitants.

Les maires de Paris et du 18e avaient en effet pris le soin de ne pas informer grand monde de leur visite, histoire peut-être d’éviter que les habitants les plus actifs dans le quartier, souvent les plus critiques devant les difficultés à affronter, habitants déjà rencontrés par Anne Hidalgo dans un rendez-vous difficile le 14 juin 2018 en Mairie du 18e (ici pour mémoire), viennent troubler la fête promotionnelle du 22 mars, qu’un autre journal, le journal Le Bonbon, n’avait pas manqué d’annoncer en termes très empathiques lui aussi :

  • « Paris ne cesse de se transformer en un véritable éden urbain. Après les potagers perchés ou les jardins collectifs, voilà qu’une ferme urbaine se réinstalle en plein cœur du 18e arrondissement parisien ! », écrit Le Bonbon. « Si la campagne vous manque, que le béton vous étouffe ou que vous avez toujours rêvé de nourrir des animaux de la ferme, bienvenu à la P’tite Ferme de la Goutte d’Or ! Nichée dans le Square Alain-Bashung et gérée par les Fermiers de la francilienne, cette petite ferme urbaine accueille petits et grands pour partir à la rencontre des animaux. Moutons, poules et lapins vous attendent dès le 22 mars pour une réouverture insolite ! »

Du moins, Bonbon ne frimait pas en évoquant, comme le tweet de la Mairie ci-dessus,  une ferme qui s’installait le 22 mars. Il s’agissait bien d’une réouverture, – « réouverture insolite », certes, mais réouverture d’un espace installé depuis le 13 octobre 2018, créé sur « une idée d’associations locales et d’habitants du quartier », comme le posait alors le blog d’Action Barbès.

Le collectif du 27 mars

En contrepoint de la promenade d’Anne Hidalgo avec, raconte encore Libération, « les bises que lui claquent des Parisiennes en boubou sur le pont de la Chapelle (appelons-le comme ça), les habitants et commerçants réunis le 27 mars 2018 ont célébré plus discrètement le premier anniversaire du collectif qu’ils forment depuis, et de leurs pétitions, – plus discrètement mais non sans fête, saluant le printemps en concert live blues et tapas au Chien de la Lune le 21 mars, terminant le montage de leur petit film sur « trente cinq ans de rénovation urbaine » le 27, le diffusant sur youtube le 29 après un salut à l’installation de François Morellet le 28, œuvre d’un maître de l’abstraction toujours invisible à l’ICI Léon, le tout dans la perspective d’une réunion décisive de leur comité de suivi de l’opération rue Boris Vian le… 1er avril, opération qui affronte un défaut de communication préoccupant, d’autant plus préoccupant que le projet de promenade urbaine entre Barbès et Stalingrad porté par les associations Action Barbès, SOS La Chapelle et Demain La Chapelle semble être devenu, à son tour, le terrain de jeu des aménageurs destructeurs de l’âme du quartier, comme le site appelé par antiphrase « Embellir Paris » l’a annoncé le 22 mars 2019 et comme le blog d’Action Barbès s’en est fait l’écho atterré le 27 mars 2019.

22 mars, 27 mars,… « Folle semaine » est bien le surtitre de ce billet.

  • « La Goutte d’Or, 35 ans de rénovation urbaine » : la vidéo tournée cet hiver par Cavé Goutte d’Or est en ligne sur youtube. Les textes lus par des habitants du quartier sont diffusés sur le blog. Voir en page Défense du quartier.
  • Lettre ouverte de Cavé Goutte d’Or à Christophe Girard, maire-adjoint à la Culture, demandant la restitution de l’œuvre créée par François Morellet à l’ICI Léon. Voir notre billet du 28 mars 2019.
  • « Opération Rue Boris Vian : 2 mai 2018 – 2 mai 2020 ». Chronologie difficile de la nouvelle rénovation urbaine de la Goutte d’Or. Voir en page Vie du quartier qui présente également le projet festif et triste qui, en attendant les recours administratifs, aurait reçu l’aval d’en haut lieu :
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C’est Morellet

Un maître de l’abstraction à l’ICI Léon

  • Présentée par la Mairie de Paris comme « installation permanente in situ », l’œuvre de François Morellet qui devait orner depuis 2010 le hall de l’ICI Léon paraît subir une dissimulation permanente.
  • À l’occasion de l’exposition itinérante « C’est Beyrouth » qui ouvre ses portes ce 28 mars 2019, Cavé Goutte d’Or demande que le Morellet de l’ICI soit à nouveau offert au regard du public.

Initialement ouverte sur le patio et le café de l’ICI Léon, l’« installation permanente in situ » créée par François Morellet en 2010 est dissimulée depuis plusieurs années derrière une palissade destinée aux expositions itinérantes de cet établissement culturel de la Ville de Paris (Photo CGO 2013).

Avec un art consommé de l’abstraction, Rachid Arar de La Table ouverte, café de l’ICI, présente l’installation de François Morellet dissimulée derrière une palissade (vidéo CGO décembre 2018).

Lettre ouverte de Cavé Goutte d’Or
à Christophe Girard

Paris, le 28 mars 2019
Monsieur Christophe GIRARD
Adjoint à Madame la Maire de Paris pour la Culture
Hôtel de Ville
75004 Paris
Monsieur le Maire adjoint,
Nous saisissons l’occasion de l’ouverture de l’exposition « C’est Beyrouth », ce 28 mars 2019 à l’Institut des Cultures d’Islam de la Goutte d’Or, pour vous rappeler la présence, dans l’un des bâtiments de l’ICI, d’une œuvre du plasticien mondialement connu François Morellet (1926-2016), étonnement cachée à la vue du public depuis plusieurs années.
Sans bien sûr vouloir nous ingérer dans la liberté de programmation d’un établissement culturel de la Ville de Paris, nous regrettons que ne soit pas mise en valeur et signalée aux habitants du quartier l’œuvre d’un artiste dont l’ICI écrivait lui-même en 2010, lors de l’exposition « Islam(s) d’Europe », qu’il était « le principal représentant de l’abstraction géométrique aujourd’hui », saluant une recherche qui « s’inspirait notamment de l’Alhambra, monument espagnol majeur de l’architecture islamique ».
Dès lors qu’il s’agit d’une installation fixe sur l’un des murs de l’ICI du 19 rue Léon, les habitants du quartier pourraient en effet la voir en exposition permanente et découvrir le travail de François Morellet auquel les façades du Louvre Saint Honoré ont su rendre hommage de 2013 à 2016.
Peut-être même le quartier de la Goutte d’Or, qui traverse régulièrement des périodes difficiles et auquel Madame la maire de Paris Anne Hidalgo vient d’annoncer qu’il vivrait « encore quelques années de bouleversements », se verrait-il honoré de savoir qu’il accueille une œuvre d’un tel artiste, ingénieux inventeur de systèmes et tenant de ce qu’il appelait « intégrations architecturales ».
Notre association s’est déjà émue à plusieurs reprises de cette situation et a fait de la redécouverte du François Morellet de l’ICI-Léon l’un de ses objectifs. La remise à disposition du public de cette œuvre située au cœur du bâtiment, destinée à ouvrir sur le patio et le café de l’ICI, paraît d’autant plus souhaitable que l’installation aujourd’hui dissimulée derrière une palissade précaire sur laquelle sont accrochées les œuvres d’expositions itinérantes est présentée comme « installation permanente in situ » par la Mairie et l’ICI, – ICI auquel elle est d’ailleurs incorporée, apposée directement sur une cloison.
Au-delà de notre demande à voir exposée l’œuvre, l’attention de la Ville de Paris est ainsi sollicitée pour la sauvegarde même de l’installation, sa conservation sur les murs de l’ICI, quel que puisse être leur destin dans les projets d’agrandissement ou de démolition/ reconstruction du bâtiment.
Vous remerciant de votre attention, nous vous prions de croire, Monsieur le Maire adjoint, à l’expression de nos salutations respectueuses.
Cavé Goutte d’Or
Copies :
Membres du Bureau du Conseil d’administration de l’ICI
Élus du 18e arrondissement membres du Conseil d’administration de l’ICI.

Lire la lettre.

La page wikipédia de François Morellet.
Liste des œuvres de François Morellet dans l’espace public.

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France 3

Barbès Batailles contre les clichés

  • Primé en 2016 au Festival international du grand reportage et de documentaire de société (FIGRA), le film de Lydie Marlin et Andrès Criscaut a été projeté à la Salle Saint-Bruno dans une ambiance chaleureuse de quartier le 14 mars dernier et sera diffusé ce soir 18 mars sur France 3.
  • Un documentaire intense autour de trois axes – la guerre d’Algérie, les sans-papiers de Saint-Bernard, les mosquées et prières dans la rue – qui devrait être prolongé, si l’on suit les demandes de l’assistance, par un « Barbès Batailles II » qui couvrirait la période 2000-2020.

« Barbès Batailles », la dernière séquence, tentative de capture in situ, 14 mars 2019.

Pour qui suit, depuis un an, le rythme accéléré des réunions de Mairies (10, 18 et centrale), de Préfectures (de Police et de Paris), de zones et/ou de citoyens autour des graves problèmes que traverse actuellement le quartier, la soirée consacrée à la projection du film « Barbès Batailles » jeudi dernier avait un petit air de réunion de familles à laquelle étaient conviés les parents, amis et voisins. Ambiance calme et apaisante, accueil chaleureux de l’équipe de la Salle Saint Bruno, buffet somptueux de la Table ouverte, exposition d’archives et de livres, échanges de souvenirs des années 1950 à 2000, débat avec la salle ont accompagné la projection elle-même de 52 minutes.

52’

Revue de presse.

« 52 minutes chrono » était d’ailleurs la réponse amusée des deux réalisateurs au public qui regrettait de ne pas en voir plus. Et, s’il est vrai que la voix off qui accompagne la dernière image du film précédant le générique évoque avec un brin d’anxiété l’éventualité que la gentrification, pour le dire comme les universitaires, vienne briser l’âme du quartier, sa générosité et ses qualités d’accueil, l’assistance se déclare prête à poursuivre cet accueil et remercie les réalisateurs de l’empathie qu’ils ont montrée à l’égard du quartier.

En dépit du pitch qu’on peut lire sur le site de France 3, qui fait état de « regards sur un quartier / monde », d’un « quartier cosmopolite sur lequel nous (?) projetons toutes sortes de désirs et de fantasmes », d’un « lieu hanté par les combats politiques, sociaux et religieux qui s’y sont déroulés », ou encore d’un « quartier ghetto », c’est en effet un film plus historique et politique que socio-culturel, dépouillé des traditionnels clichés racoleurs, qu’ont présenté Lydie Marlin et Andrès Criscaut, – « un film pour la mémoire des luttes », comme le qualifie sobrement Le 18e du mois en titre de son entretien avec les deux réalisateurs (n° de mars 2019 actuellement en vente, page 17).

Le buffet de la Table ouverte.

Autour des trois axes précités, le film et le débat qui suivit devaient évoquer la vie du quartier dans les années 1960-2000, qui à maints égards tranchent avec les années actuelles.

On put ainsi entendre Rachid Arar rappeler qu’un enfant de la Goutte d’Or, son frère Abdelaziz né rue de la Goutte d’Or en 1958, était devenu champion de pétanque, remportant la coupe 2015 de triplette, catégorie vétérans (le blog en avait parlé), ou Mohand Dehmous évoquer la période de son enfance et de sa jeunesse dans le quartier, rappelant la modernité des mosquées et des prières publiques (ni mosquées ni prières publiques, a fortiori dans la rue, dans les premières années de la petite Algérie et jusqu’à tout récemment, rappela-t-il) ou encore Claude Sauton regretter que les maisons de quartier, de type « maisons de jeunesse » proposées de longue date, demeuraient des lieux manquant à la culture du quartier.  Le débat devait également donner à Bernard Massera, pionnier au sein de Paris-Goutte d’Or du combat des habitants contre la démolition de la Goutte d’Or dans les années 1980, l’occasion de proposer que ce combat (« mené contre Chirac et Tibéri », précise-t-il) n’avait pas été entièrement perdu, qu’il avait même été « gagné » dès lors que 40 % de la population y résidant dans les années 1980 y avaient trouvé relogement dans les années 1990, – une opinion que ne partage pas Cavé Goutte d’Or qui estime que la démolition a été presque totale dans le secteur sud pourtant protégé par l’APUR, que les habitants qui auraient été relogés l’ont été dans des immeubles indignes, au cœur d’un secteur que l’ANRU doit requalifier aujourd’hui, trente ans plus tard, pour un coût de 4,5 millions d’euros, tant il été mal conçu, et que Lionel Jospin, député PS de la circonscription en 1981, a toute sa part dans ce désastre, comme ont toute leur part aussi les maires PS qui ont dirigé la place Jules Joffrin au cours des dernières décennies (on peut lire sur ce point, pour mémoire, l’étude de Violette Roland parue dans le bulletin de SOS Paris en été 2017).

Salle comble.

D’autres propos, sur lesquels nous reviendrons après avoir rencontré leurs auteurs, feraient état, si nous les avons bien entendus, du bonheur de vivre dans la Goutte d’Or actuellement : « quartier où il fait bon vivre, marqué par la répression », devait en effet déclarer un ancien sans mesurer le caractère antinomique de l’équation « bien vivre/répression », répression des années de guerre (les 60’), dit-il, répression des années sans papiers (les 90’), répression des prières de rue (les années 2000) et répression encore des attroupements de jeunes aujourd’hui, entendit-on comme en écho pour le moins heurté à l’absence de la moindre répression de la délinquance économique à ciel ouvert au pied du métro Barbès et aux propos de la maire de Paris qui, dans son propre bilan, déclarait juste avant la projection de « Barbès Batailles », le 12 mars dans la matinée : « La situation reste difficile et le quartier va encore vivre quelques années avec des bouleversements. Il faut du temps, mais nous allons réussir » (lire ici pour mémoire).

  • Ce soir 18 mars 2019 sur France 3 après le journal du soir.
  • Nouvelle projection à la salle Saint Bruno le 11 avril 2019.
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