Histoire

L’été reste, sur sa fin

  • On le croyait fini, l’été à Paris, depuis le début du mois d’août.
  • Il se prolonge un peu. L’occasion de lire ou relire dans une version mise à jour, les études sur l’histoire des rues de la Goutte d’Or que nous avions découvertes sur le blog du 28 rue Affre et que le blog d’Action Barbès poste tout l’été.

Le blog du 28 rue Affre (« Histoire ordinaire d’un immeuble dans le quartier de la Goutte d’Or ») n’a pas mis la clé sous la porte pendant les travaux monumentaux qui se déroulent sur son flanc nord, à l’angle des rues Affre et Myrha, angle que nos lecteurs connaissent bien pour y suivre depuis quelques années les projets de restauration et construction qui s’y développent. Le dernier billet en date du 28 rue Affre a été posté le 21 juillet et concerne le pont Marcadet.

L’auteur, Jean-Raphaël Bourge, a également posté sur son blog des études concernant l’histoire des rues de la Goutte d’Or, qui sont aujourd’hui hébergées sur le blog d’Action Barbès pour l’été.

Dans celle qui est postée aujourd’hui 21 août, Jean-Raphaël Bourge explore la rue Myrha et évoque naturellement le 5 de la rue : « Bel immeuble locatif de style Louis-Philippe datant du début des années 1840, en cours de restauration/transformation » (photo ci-contre).

On sait que l’édifice est en effet l’objet de toutes les attentions : d’abord de la Commission du Vieux Paris, puis de Cavé Goutte d’Or et de la Commission régionale du patrimoine et des sites (lire ici pour mémoire), aujourd’hui de la société Batigère, qui a choisi la restauration de ce qu’elle conservait, renonçant hélas au rez-de-chaussée, à l’escalier central et, plus encore, à l’immeuble d’angle (lire ici pour mémoire). Jean-Raphaël Bourge a d’ailleurs participé, en voisin et en représentant d’Action Barbès notamment, aux entretiens que Batigère a pris l’initiative de mener avec Cavé Goutte d’Or de septembre 2016 à juillet 2017, et fait quelques propositions qui n’ont hélas pas toutes été retenues quant à l’économie du projet (son organisation) et la construction nouvelle qui jouxtera l’édifice restauré et transformé.

Publié dans Articles | Tagué , | Laisser un commentaire

Tristes tropismes

Batigère les affaires courantes

  • Au terme d’une année d’aimables entretiens avec Cavé Goutte d’Or et quelques-uns de ses conseils et amis, le bailleur social qui opère à l’angle des rues Affre et Myrha cède à l’en même temps du temps en protégeant d’un côté le patrimoine du 5 rue Myrha et en abandonnant de l’autre l’angle des deux rues à l’architecture identifiée par le groupe d’experts Culot, Loyer et autres comme n’ayant « pas sa place dans ce quartier de Paris ».
  • Le quartier en reste coi, l’ABF rit jaune et le Tribunal administratif siffle la clôture (de l’instruction) avant même que la Mairie et Batigère n’aient répondu au recours de Cavé Goutte d’Or.

L’angle Myrha/Affre construit à marche forcée (Photo CGO, 14 août 2017).

À l’invitation de la société Batigère, unique bailleur du quartier à avoir pris cette initiative à l’égard de Cavé Goutte d’Or, plusieurs rencontres de haute tenue ont eu lieu de septembre 2016 à juillet 2017, réunissant des représentants du constructeur et de l’association autour d’architectes tous terrains, d’historiens de l’architecture et architectes du patrimoine, d’habitants et riverains pour examiner les griefs formulés par Cavé Goutte d’Or dans son opposition au permis de construire, d’une part, les contingences imposées au bâtisseur social par la Ville et l’État (i.e. la « Politique de la ville »), la SEMAEST (société d’économie mixte de la Ville de Paris, spécialisée dans « l’animation économique des quartiers ») et l’architecte du projet, d’autre part.

Pour sympathiques qu’ils aient été, les entretiens de Batigère ont fait Pschitt ! et même P’chuut ! puisque, en dépit d’un calendrier qui devait voir le bailleur social répondre en semaine 29 aux propositions de l’association et de riverains attentifs à son projet, les grandes vacances ont englouti, sinon le chantier qui fonctionne quasi-H24, du moins la communication annoncée, – en attendant peut-être les journées européennes du patrimoine de la mi-septembre, dont il fut évoqué qu’elles pourraient réunir une nouvelle fois l’aréopage distingué autour des soins portés au 5 rue Myrha, mais n’aborderaient pas la question de l’angle des rues Myrha et Affre.

Or, la communication devait précisément porter sur la partie construction nouvelle du projet, non sur sa partie réhabilitation patrimoniale.

La double face du projet

Le 5 rue Myrha sous haute protection (ici vu du 8 rue Cavé – CGO 26 juin 2017).

Le projet comporte en effet une partie réhabilitation concernant le 5 rue Myrha et une partie construction en lieu et place de l’ancien bâtiment d’angle des 7 rue Myrha et 32 rue Affre (un temps suivi par la Commission du Vieux Paris), et du 30 rue Affre (voué de longue date à la démolition). La partie réhabilitation du projet s’est révélée plutôt consensuelle, la partie construction rencontre toujours de sérieuses critiques.

L’enjeu n’est donc pas seulement le sauvetage de l’édifice Louis-Philippe du 5 rue Myrha, dont la société Batigère a en effet montré qu’elle y prêtait la plus grande attention, notamment lors d’une visite du chantier organisée le 17 juillet dernier avec Cavé Goutte d’Or, les architectes du projet, l’architecte du patrimoine Florent Tesnier qui avait défendu le classement de l’immeuble devant la Commission régionale du patrimoine et des sites le 20 novembre 2012, un représentant d’Action Barbès et des riverains proches.

Angle Myrha/Affre (2012 et 2016).

L’enjeu est aussi dans la construction d’angle, demeurée intacte à l’affichage qui en est proposé depuis plusieurs années : on se souvient en effet que le projet de 2012 a été retoqué une première fois par le Tribunal administratif en novembre 2015 et a été représenté à l’identique en juin 2016. S’ils ont mis en lumière les efforts du bailleur social pour restaurer l’édifice Louis-Philippe, les entretiens de Batigère se sont ainsi révélés peu efficaces sur l’angle au regard de l’ambitieux projet qu’aurait souhaité porter Cavé Goutte d’Or dans les pas des experts Maurice Culot, François Loyer et autres qui ne cessent – depuis trente ans, faut-il rappeler ! – de mettre en garde la Ville et les promoteurs immobiliers contre une architecture qui « n’a pas sa place dans ce quartier ».

La réalité du terrain

Une fois posé que « le tissu urbain de la Goutte d’Or présente un caractère d’homogénéité remarquable souligné dans l’étude de l’APUR » – étude que nous avons présentée ici et que les constructeurs tentent de mettre à l’écart partout où elle leur est rappelée, la Mairie de Paris allant jusqu’à en mettre en doute l’existence -, les experts qui alertaient en 1984 la Commission d’enquête publique sur la rénovation et la réhabilitation de la Goutte d’Or, commission dont le silence d’alors continue de faire des ravages aujourd’hui, ont regretté que les projets architecturaux « ne tiennent pas compte de la réalité du terrain », « mettent en cause la nature même du quartier (…) dont ils s’écartent radicalement », témoignent d’une « connaissance insuffisante des caractéristiques urbaines et architecturales ».

Et de mettre le doigt sur les angles :

  • « Si l’on prétend assurer une cohérence satisfaisante des constructions nouvelles avec le tissu urbain ancien sans modifier d’une façon sensible les traits généraux du quartier, il faut évidemment veiller à préserver les immeubles d’angle ou, en cas d’absolue nécessité, prévoir leur reconstruction à l’identique et dans la même architecture que celle donnant au quartier ses caractéristiques dominantes ».

Pour mémoire, l’ancien immeuble d’angle des 7 Myrha et 32 Affre, presque jumeau de celui des 9 Myrha et 21 Affre conservé et récemment ravalé, avait aussi été l’objet d’attentions de la part de la Commission du Vieux Paris qui avait finalement consenti à sa démolition contre l’assurance de voir le 5 rue Myrha conservé et réhabilité.

Depuis lors, la tension demeure entre réhabilitation du 5 et abandon du 7, au risque de voir l’abandon du 7 porter préjudice à la réhabilitation du 5, – comme Cavé Goutte d’Or le craint depuis plusieurs années et comme le résultat des atermoiements sur cette parcelle (en réalité réunion irrégulière de trois parcelles) le laisse aujourd’hui percevoir. En renonçant à la protection du 7 rue Myrha, la Commission du Vieux Paris semble avoir, bien malgré elle, entraîné un surinvestissement d’attentions en faveur du 5 qui a conduit à l’abandon de tout contrôle sur ce qui pourrait advenir de l’angle du 7.

Échanges de cinq à sept

L’ABF a été victime de ce mouvement avant d’en installer les effets et d’imposer son « défaut d’examen complet et sérieux du dossier ». Par trois fois, en effet, l’architecte des bâtiments de France a pensé faire correctement son travail en ne considérant du projet Batigère que la réhabilitation du 5 rue Myrha. Il a fallu trois avis successifs aveugles sur l’angle et la covisibilité avec l’église Saint Bernard, monument historique, et l’insistance de Cavé Goutte d’Or pour arriver, au terme d’une longue procédure devant le tribunal administratif, à faire admettre que l’ABF s’était focalisé sur l’immeuble à réhabiliter sans prendre en compte la construction nouvelle qui le jouxte et fait partie intégrante du projet.

On sait que, le 26 novembre 2015, le tribunal a annulé le permis en relevant « un défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France », les juges précisant que l’ABF « ne prenait pas en compte la problématique de la co-visibilité » (le jugement du 26 novembre 2015).

Selon Cavé Goutte d’Or, il en est de même de l’avis donné par l’ABF au projet de 2016.

La grue bientôt remplacée par un ascenseur (l’angle Myrha/Affre côté cour, photo CGO prise du 6 rue Cavé, 14 août 2017).

L’attention de Batigère pour le 5 reproduit le processus d’abandon du 7. Cela est vite ressorti des entretiens tenus de septembre 2016 à juillet 2017, culminant dans la visite précitée du 17 juillet lors de laquelle la frontière s’est révélée comme infranchissable entre le 5 et le 7 : les invités étaient là pour observer le travail sur le patrimoine ancien du 5, nullement pour émettre la moindre opinion sur le patrimoine futur du 7.

« On vous donne le 5, vous nous laissez le 7 » semble être le prix à payer pour la conservation de l’édifice Louis-Philippe, une préservation soignée mais limitée, l’escalier central disparaissant et le rez-de-chaussée étant sacrifié.

Couverture du livre, 1988. Photo Sophie Ristelhueber

Cela est bien sûr insatisfaisant : tant pour le 5 (qui reste « pris la masse » du 7, comme nous l’avions titré d’emblée en août 2013, avant même que le premier permis ne soit accordé) que pour le 7 dont Cavé Goutte d’Or persiste à penser qu’il suffirait de quelques modestes aménagements pour qu’il trouve « sa place dans le quartier », au sens où l’entendent Maurice Culot, François Loyer et autres grands noms de l’urbanisme, de l’architecture, de l’histoire de l’architecture, dont les propositions écartées n’ont hélas eu les honneurs que d’un beau livre, – beau livre culte, assurément, qu’on lit dans les écoles d’architecture, sans plus.

Les limites de l’exercice

Cavé Goutte d’Or salue ici la société Batigère autant pour son travail de restauration du 5 que pour son invitation à échanger avec l’association ailleurs qu’au Tribunal administratif. Où le dossier demeure néanmoins, car la restauration du 5 rue Myrha met le doigt sur l’incohérence dont souffre l’examen de ce dossier depuis le début, incohérence qui conduit tant d’observateurs (ABF, instructeurs du permis, commentateurs) à ne  porter attention qu’au patrimoine à préserver, laissant l’immeuble d’angle porter atteinte au tissu existant (dont l’immeuble préservé au premier rang), annulant d’une main le travail de l’autre.

Au travail minutieux et peu visible des restaurateurs s’oppose assurément le très visible immeuble d’angle. On retrouve ainsi, comme en miroir, l’aveuglement de l’ABF qui, à force de ne voir que le 5 et pas le 7, en arrive à imposer la vision du 7 par défaut : on ne verra que lui. L’avis inexistant de l’ABF demeure ainsi au cœur de la contestation du permis par Cavé Goutte d’Or : la clôture de l’instruction a été prononcée pour le 29 septembre 2017. Au jour de la publication de ce billet, ni la Ville de Paris (défendeur principal) ni la société Batigère (défendeur intervenant) n’avaient déposé de mémoire en réponse à celui de Cavé Goutte d’Or, enregistré le 23 décembre 2016 au Tribunal administratif de Paris.

Pour en savoir plus :

Publié dans Articles | Tagué , , | Laisser un commentaire

Tissu urbain

Les Beaux-Arts remettent l’église Saint Bernard au milieu du village de la Goutte d’Or

  • De récentes prises de position de la Mairie de Paris et de ses démolisseurs reconstructeurs avaient laissé entendre que le rôle central de l’église Saint Bernard dans l’urbanisation du quartier et l’étude de l’APUR sur « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » constitué par le monument classé et ses rues adjacentes n’avaient plus cours à l’heure des ZUS et ZSP qui voudraient plomber le quartier sous sa prétendue rénovation.
  • Le dernier Hors-Série de Beaux-Arts éditions rappelle au contraire « l’adéquation au tissu urbain dont le monument constitue un élément moteur » et souligne que « son rôle de pôle urbain majeur reste inchangé ».

On se souvient que les avocats du Diocèse de Paris et de son OGEC Saint Bernard Sainte Marie et ceux de la SA Sefri-Cime Promotion, qui défendent respectivement les permis de construire querellés par Cavé Goutte d’Or sur les angles Saint Bruno-Pierre L’Ermite (extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard) et Cavé-Stephenson (immeuble de 29 logements peu sociaux et une prétendue crèche non encore autorisée) ont lourdement insisté sur la pauvreté architecturale et patrimoniale du quartier pour justifier des constructions de modes et de factures dont les experts estiment qu’elles n’ont « pas leurs places dans ce quartier ».

Selon les premiers, l’église Saint Bernard en entourée de constructions banales flanquées de voies de chemins de fers par définition disgracieuses :

  • « Le site du projet (l’angle Saint Bruno/Pierre L’Ermite) n’est soumis à aucune mesure de protection patrimoniale ni à aucune disposition partulière », assure Me Corine Lepage pour l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, omettant que la parcelle est à cinq mètres d’un monument historique classé qui, par son classement, entraîne une « protection patrimoniale » de trois cents mètres alentour. « Le secteur est très largement urbanisé », poursuit l’avocate, pensant sans doute qu’urbanisation implique in-urbanité, d’autant que la Gare du Nord n’est qu’à quatre cent vingt mètres de l’école, renchérit-elle pour faire nombre :  « À 150 mètres au bout de la rue Saint Bruno se trouvent les voies SNCF desservant la Gare du Nord, elle-même à seulement 420 mètres du terrain ».

Pour les seconds, qui ne s’embarrassent d’aucune fioriture, le quartier est simplement « marqué par l’insécurité » et son improbable intérêt patrimonial n’intéresse personne :

  • « D’emblée », écrit en effet Me Laurent Karila dans ses conclusions pour la société anonyme Sefri-Cime Promotion, dont on rappelle qu’elle a obtenu la parcelle pour un euro symbolique, « d’emblée, il convient de préciser que le projet (de Sefri-Cime Promotion) ne s’inscrit pas, comme le soutient (Cavé Goutte d’Or), dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles ».

Fausse identité

La publication de Beaux-Arts éditions vient à point nommé remettre ces propos très condescendants et très faux à leur place, celle de la défense bien comprise d’intérêts patrimoniaux privés pas forcément en lien avec le patrimoine national, et renvoie leurs auteurs à une réalité qu’ils méconnaissent opportunément avec le soutien actif de la Mairie de Paris qui s’applique, elle aussi, à minimiser le patrimoine qu’elle démolit depuis trois décennies, révélant en cela un conflit d’intérêts publics majeur.

En exergue à son hors-série sur La protection du patrimoine en Île-de-France au XXIe siècle, Beaux-Arts éditions cite l’historien Jacques Le Goff (1924-2014) :

  • « Le patrimoine, comme l’identité, est, depuis ses origines, étroitement lié à l’histoire et à la mémoire ; il est ipso facto enjeu de choix passionnés et de confits ardents. Est-il plutôt du côté de la mémoire irrationnelle ou de l’histoire raisonnée ? Le passé est-il, à travers lui, nostalgique et paralysant ou inspirant et activant ? Se construisant dans la durée et s’y référant, est-il immobilisateur ou propulseur, fondant une identité tournée vers le passé ou vivant dans le présent et tendue vers l’avenir ? » (Introduction des Actes des Entretiens du Patrimoine 1997. Patrimoine et passions identitaires, 1998).

Extrait de l’article « Le néogothique retrouvé », par Isabelle Balandre et Florent Tesnier, La protection du patrimoine en Île-de-France au XXIe siècle, Beaux-Arts éditions, Hors Série, été 2017, pages 22-23.

Sachez croiser !
Le grand télescopage du 15-Août

L’Hôtel de Ville et la protection du patrimoine enfin réunis : parution simultanée de deux hors séries de Beaux-Arts éditions le 16 août 2017.

Publié dans Défense du quartier, Patrimoine(s), Saint Bernard | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Justice à la Une

Couleur, justice et Goutte d’Or pour le N° 100 du bulletin de SOS Paris

  • Ironiquement, la Une de ce premier cent est consacrée au futur palais de justice de Paris-Batignolles, « socle surmonté d’une tour de 40 niveaux en trois gradins culminant à 160 mètres », et la page deux annonce : « Une seule solution pour empêcher les tours : les recours juridiques ».
  • Le N° 100 du bulletin de SOS Paris sort ce mois en quadrichromie et, parmi les nombreux sujets abordés, publie une étude sur « l’immeuble et l’espace urbain dans la Goutte d’Or ».

La Une du N° 100 du bulletin de SOS Paris, mai-juin-juillet 2017 (version pdf disponible ici).

« La hauteur de cet édifice emblématique le place parmi les repères monumentaux du ciel parisien », annonce le site Clichy Batignolles sur la page qu’il consacre au futur Tribunal de Paris. « Sa forme élancée dégage l’horizon, crée une ouverture visuelle sur Clichy et symbolise le lien entre Paris et sa proche banlieue », poursuit-il.

L’édifice conçu par l’agence Renzo Piano Building Workshop est également connu sous les noms de « Cité judiciaire de Paris » et d’EPPJP pour « Établissement Public du Palais de Justice de Paris », mais ce n’est pas dans ce tribunal de l’ordre judiciaire, « délibérément ouvert sur la ville, arborant 5.900 m2 de terrasses plantées étagées », comme le présente encore le site de Clichy Batignolles, que les autorisations d’urbanisme pourront être contestées. Le tribunal administratif reste rue de Jouy, la cour administrative d’appel rue François Miron, à proximité l’un et l’autre du siège de l’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique, comme nous l’avions déjà observé ici, et le combat de SOS Paris contre les tours se poursuit donc, pour ce qui est de sa dimension juridique, dans le 4ème arrondissement de la capitale.

On sait que SOS Paris ne combat pas que les tours de la capitale. Parmi ses nombreuses actions, figure son intervention aux côtés de Cavé Goutte d’Or dans la contestation du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard, monument historique protégé (lire ici). Dans son mémoire devant la Cour administrative d’appel de Paris, SOS Paris a également pris la défense de l’étude de l’APUR sur les qualités de l’architecture et de l’espace urbain dans la Goutte d’Or, étude commandée en 1979 et publiée en 1982, dont la Ville de Paris tente aujourd’hui de nier l’existence ou de réduire l’importance, entrainant les promoteurs immobiliers à ne voir aucun intérêt historique et architectural dans le quartier. On se souvient à cet égard de la sentencieuse observation des avocats de l’anonyme société Sefri-Cime Promotion, le constructeur qui a obtenu la parcelle de l’angle des rues Cavé et Stephenson pour un euro symbolique :

  • « D’emblée, répondent-ils aux arguments de Cavé Goutte d’Or sur le patrimoine architectural du quartier, il convient de préciser que le projet de SEFRI-CIME PROMOTION ne s’inscrit pas, comme le soutient (Cavé Goutte d’Or), dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles » (voir notre billet « Le droit dans les bottes »).

L’étude de l’APUR

En pages 19 et 20 de son N° 100, SOS Paris publie une réflexion de Violette Roland sur « L’immeuble et l’espace urbain dans la Goutte d’Or », sous titrée : « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu du quartier a été volontairement détruit ».

Le travail remarquable de François Loyer, que nous avons déjà présenté sur ce blog dans le contexte de la défense de l’église Saint Bernard, agressée par le projet d’extension de l’école Saint Bernard, n’avait assurément pas besoin d’être réhabilité aux yeux des experts et historiens qui connaissent les qualités de rigueur et de sérieux qui le caractérisent, mais sa mise en lumière aujourd’hui permet de revenir sur les conditions dans lesquelles il a été écarté au début des années 1980, et d’entamer une réflexion sur l’utilité qu’il pouvait y avoir alors à ne rien maintenir du patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud, pour mieux pouvoir, trente ans plus tard, laisser se poursuivre autour de l’église Saint-Bernard et dans les îlots haussmanniens des rues Cavé et Saint Luc, de Panama et de Suez, l’entreprise de démolition engagée dans les rues de la Goutte d’Or et de Chartres.

Le terrain aurait en effet été préparé lorsque les associations du quartier, à la tête desquelles Paris-Goutte d’Or, initialement créée pour empêcher sa destruction, ont dévié de ce but pour au contraire accompagner la destruction à compter de 1984. Le tournant est expliqué par son président d’alors, Michel Neyreneuf, devenu depuis adjoint au maire du 18e arrondissement chargé de l’Urbanisme, du Logement et de l’Architecture :

  • « Entre 1984 et 1993, on est passé d’une logique de lutte à une logique de partenariat », indique Michel Neyreneuf. « Est-ce que ça veut dire qu’on a mis au rancart un certain nombre de revendications ? Non. Il y a des choses qu’on a mises au rancart, c’est vrai », concède-t-il en cherchant ses mots, « mais pas forcément pour des raisons euh…, j’allais dire euh…, justement euh…, d’essayer euh… de faire euh… d’être bien avec la Ville ou la Préfecture ou avec qui vous voulez ». Ce qu’on a mis au rancart, c’est les questions architecturales, c’est-à-dire les questions esthétiques grosso modo (…). Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (Prêts locatifs aidés). Or, parmi nos revendications (les revendications de l’association Paris-Goutte d’Or), celle qui primait est que le quartier reste un quartier populaire » (écouter sur youtube).

Les enjeux juridiques
du renoncement

Les conséquences de ce renoncement sont évoquées dans l’article publié par SOS Paris, que nous encourageons nos lecteurs à lire et faire lire. D’autant que son auteur, habitante militante de la Goutte d’Or Sud lorsqu’elle participa au combat alors mené par l’association Paris-Goutte d’Or contre la démolition du quartier, analyse avec finesse la tentative de sauver ce patrimoine et met en relief la communication des sept experts d’urbanisme, d’architecture et de sciences sociales qui, le 26 juin 1984, ont solennellement interpellé la Commission chargée de l’enquête publique sur le plan de rénovation de la Goutte d’Or.

Cavé Goutte d’Or a déjà publié le rapport signé de sept experts* et en rappelle aujourd’hui les éléments les plus saillants :

  • Les arcades – « La création de rues piétonnes sous portiques est contestable à différents points de vue. Rappelons que nous ne sommes pas rue de Rivoli, mais bien dans un quartier populaire où la création de tronçons de rues sous portique créera des conditions d’insécurité et des discontinuités urbaines (…). L’usage de pilotis ne permet pas de conserver les caractéristiques architecturales et introduit un concept que l’on ne retrouve nulle part dans le quartier ».
  • Les escaliers – « La percée prévue au centre de l’îlot Goutte d’Or / Charbonnière / Chartres exige la démolition d’un édifice sur cour intéressant, crée des redents inutiles et modifie totalement la partie centrale de la composition en croix de saint André. La création d’un escalier public sous un édifice au centre de cet îlot pose la question de la sécurité et de l’entretien : si un passage doit absolument être trouvé à cet endroit, il peut être envisagé en utilisant la cour qui pourrait être connectée à travers l’édifice existant (…) ».

C’est ainsi volontairement, en effet, que la Ville et l’État ont, de concert, décidé la destruction dont les effets perdurent à ce jour, – les effets sociaux, patrimoniaux, économiques. Les journalistes ne le savent pas encore, mais les critères de la connaissance de cause s’appliquent ici au-delà de l’improbable tweet qui, à l’instar de celui qu’a découvert le JDD dans le « dossier Las Vegas », aurait averti tous les décideurs de l’époque :

  • « Commissaires d’enquête publique, maires, démolisseurs, associations, briefés par nos soins, ne font rien. Donc ils géreront aussi quand la Cour des comptes en demandera (des comptes), ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit » (Toute ressemblance … fortuite).

Encore faut-il que la Cour des comptes en demande, des comptes, sur la Goutte d’Or. Et que les habitants de la Goutte d’Or eux-mêmes se disent qu’ils pourraient en demander, des comptes, aux édiles et notables qui ont décidé de la destruction de leur quartier. La question est en filigrane de l’article de Violette Roland dans le bulletin de SOS Paris (Lire notre billet « La démolition de la Goutte d’Or revisitée » publié le 17 juillet 2017 dans notre page Défense du quartier).

  • Lire aussi en page Humeur : L’école Saint Bernard déshabillée pour l’été (un groupe  d’étudiants en architecture de l’Université de Hong Kong assiste à l’enlèvement des échafaudages de chantier en attendant de suivre, à la Cour administrative d’appel de Paris, les échafaudages juridiques de l’OGEC pour justifier une construction interdite par un arrêté toujours en vigueur).
* Les auteurs et leurs fonctions en juin 1984 : Bernard Huet, professeur d’architecture, Grand Prix de la critique architecturale 1984, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Monique Mosser, historien au CNRS ; Daniel Rabreau, maître-assistant à l’Université Paris IV-Sorbonne, président du groupe Histoire, architecture et mentalités urbaines ; Maurice Culot, professeur d’urbanisme, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Philippe Panerai, architecte-urbaniste, professeur à l’École d’architecture de Versailles ; Bertrand Lemoine, architecte-ingénieur, chercheur au CNRS ; François Loyer, historien, maître-assistant à l’Université de Haute-Bretagne, conseiller historique auprès de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR).
Publié dans Articles | Tagué , , | Laisser un commentaire

Résistances

La Goutte d’Or (in)soumise à 54 %

  • Les pronostics annonçaient trois députés « En Marche » sur les trois circonscriptions concernées par le noyau dur et dur noyau de la Goutte d’Or : Béatrice Faillès pour la 17ème, Pierre-Yves Bournazel et/ou Myriam El Khomry pour la 18ème (les candidats LR et PS se revendiquant l’un et l’autre de la majorité présidentielle), Benjamin Griveaux pour la 5ème.
  • Griveaux passe au gouvernement, Bournazel passe sans El Khomry, Faillès écarte Vaillant mais Obono remporte la mise sur la Goutte d’Or et gagne la circonscription de l’ancien maire du 18ème.
  • Faillès suspend ses salutations républicaines à sa rivale le temps d’un recours au Conseil constitutionnel.

Si « En Marche » devait en rater une, se serait à la Goutte d’Or ! « Je suis fier et heureux que mon quartier parisien soit représenté par une insoumise à l’Assemblée nationale », lançait un tweeto très tôt après la victoire de Danièle Obono, le 18 juin. « Dans la circonscription ‘des migrants’ (Goutte d’Or, Pajol, Chapelle), le FN est à 4,75% et c’est une candidate FI qui l’emporte », observait un autre dont on salue les guillemets à « circonscription ‘des migrants’ ».

Tout en sachant que les députés, une fois élus, représentent la nation tout entière et non leurs circonscriptions respectives, il était apparu utile à diverses associations d’interpeller les candidats sur les points litigieux du quartier et les conséquences difficiles de son zonage, sur les discriminations et ruptures d’égalité dont il souffre en matière d’urbanisme, de qualité de l’habitat, de sécurité et propreté. Pour ce qui est des consultations de Cavé Goutte d’Or, seules Douchka Markovic (EELV), Béatrice Faillès (LREM) et Danièle Obono (LFI) avaient répondu (voir notre billet du 11 juin 2017).

Souhaitant étendre la consultation, le blog a signalé, entre les deux tours des législatives 2017, que la Goutte d’Or rayonnait en réalité sur trois arrondissements (les 18ème, 9ème et 10ème) et trois circonscriptions (les 17ème, 18ème et 5ème). Le jeu des circonscriptions et des arrondissements qui se chevauchent veut en effet que la 17ème (circonscription) couvre les 18ème et 19ème (arrondissements) : l’Est de l’un et l’Ouest de l’autre. Alors que la 18ème (circonscription) couvre le 18ème Ouest et le haut du 9ème (arrondissements), la 5ème (circonscription) couvrant le Nord du 10ème (arrondissement).

Les trois circonscriptions dont Cavé Goutte d’Or a tenté d’associer les candidats aux législatives 2017 à son combat pour le quartier.

Le blog étant beaucoup lu à l’étranger (dans la Goutte d’Or aussi, qu’on se rassure !), il est toujours utile de rappeler ces découpages. Découpages qui ne disent encore rien des bureaux car, comme il l’avait fait en 2012, le blog souhaite étudier les résultats des législatives 2017 au plus fin, et en particulier sur le secteur de la Goutte d’Or stricto-sensu, sur l’Iris de la Goutte d’Or. D’ores et déjà, il ressort des premiers chiffres que la répartition des voix de la 17ème circonscription entre Béatrice Faillès (La République en marche) et Danièle Obono (La France insoumise) est en faveur de la première dans la partie 19ème (arrondissement) et en faveur de la seconde dans la partie 18ème (arrondissement).

Dans la partie du 19ème arrondissement couverte par la 17ème circonscription, Béatrice Faillès l’emporte sur sa rivale avec 51,82% contre 48,18 ; dans la partie du 18ème arrondissement couverte par la 17ème circonscription, Danièle Obono l’emporte avec 54,01% contre 45,99.

La Goutte d’Or, Château Rouge, La Chapelle ont ainsi élu la candidate de la France insoumise à une majorité plus franche que la majorité de 50,71 % contre 49,29 % avec laquelle Danièle Obono a été élue dans la circonscription où Jean-Luc Mélenchon avait réalisé son meilleur score à la présidentielle.

Obono en marche

Dans le 18ème Est, Obono l’emporte avec 781 voix (contre 319 pour l’ensemble de la circonscription). Dans le 19ème Ouest, Faillès l’emporte avec 462 voix. Quelles que soient les réserves qu’impose le taux d’abstention enregistré partout en France (et dans nos deux secteurs aussi : 58,50 côté 19ème arrondissement, 59,62 côté 18ème), le poids du quartier Goutte d’Or/Château Rouge/La Chapelle est important et mérite d’être analysé. Cavé Goutte d’Or tentera d’apporter sa modeste contribution à cette analyse avec d’autant plus d’intérêt que l’association a suivi les deux candidates avec la même attention, – une attention qui lui a été rendue par les deux avec la même intensité.

Nos lecteurs ont pu lire qu’après son raté du 21 mai – un raté dont s’étaient réjouis perfidement quelques soutiens de Ian Brossat avant le premier tour ! – Danièle Obono avait participé à une séance de rattrapage le 7 juin 2017 au détour d’un repas bio et insoumis qu’elle agrémenta d’une visite du secteur meurtri par l’opération Goutte d’Or Sud dans les années 1980-2000 et la plus récente atteinte portée par l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard (le rattrapage). Plus directement implantée dans le quartier, où elle agit notamment sur les secteurs Suez/Panama, Marché Dejean, Boris Vian/Goutte d’Or, Béatrice Faillès avait pour sa part répondu de façon approfondie aux questionnaires de Cavé Goutte d’Or et de La Vie Dejean.

Comme l’élection de Manuel Valls (apparenté LREM) est contestée à Évry par Farida Amrani (La France insoumise), l’élection de Danièle Obono (La France insoumise) est aujourd’hui contestée par Béatrice Faillès (La République en marche) devant le conseil constitutionnel. Les médias fatigués étant encore largement influencés par les critères de sélection qui les ont plombés, la contestation d’Évry sera encore davantage ‘‘couverte’’ par eux que celle de la 17ème : à l’heure où nous postons ce billet, seul le Parisien – et encore, seule la journaliste du Parisien accréditée au secteur difficile dont elle a récemment réussi à faire beaucoup parler – a annoncé la décision de Béatrice Faillès, sur laquelle le blog reviendra donc.

Pour l’instant, un petit tour d’horizon des reports de voix suffira à accompagner l’ouverture de la Goutte d’Or en fête, ce 30 juin 2017.

Tout sauf Macron

Les soutiens de Ian Brossat (qui ne s’étaient donc pas privés de se montrer ravis de voir le raté de Danièle Obono sur le parvis de Saint Bernard : on vient de rappeler qu’elle corrigea le tir ensuite), ont transmis leurs bulletins à la candidate de la France insoumise, comme le PC lui-même, le PS, les Verts. Débarrassés de Daniel Vaillant, figure tutélaire dans l’ombre de laquelle plusieurs s’étaient formés à la politique municipale, les élus du 18ème qui l’avaient si souvent assisté, secondé, suppléé, parfois même combattu, durent se résoudre à l’idée qu’aucun ne le remplacerait à la tête de la 17ème circonscription : aucun des fidèles adjoints ou alliés de Daniel Vaillant qui participeraient activement à son évincement ne ferait l’affaire aux yeux des électeurs, les très contestées et très en échec politiques du Logement et de la Sécurité n’étant particulièrement pas à la fête, ni l’adjoint au Logement d’Anne Hidalgo, ni son adjointe à la Sécurité et à la Politique de la ville ne relevant le défi Vaillant sur le terrain.

Ainsi, lorsque le deuxième tour opposa la République en marche et la France insoumise, deux outsiders s’il en est, l’insoumission l’emporterait. Mais on peut y voir aussi une soumission : la majorité qui préside aux destinées de la Goutte d’Or depuis quelques décennies, que ce soit sur les bancs des élus ou sur les bans des électeurs, majorité qui vote pour une politique de habitat déterminée par le « type de population » et un effort architectural suivant le même mouvement, majorité aussi « boursouflée » (pour le dire comme Jean-Luc Mélenchon le dit de celle qui aurait envahi le Palais Bourbon) que composite (créée autour des grands noms qui y ont fait carrière : Jospin, Juppé, Delanoë, Vaillant), s’est vite retrouvée et recomposée. Presque sagement, autour d’une figure emblématique, consensuelle jusque dans  polémique.

« Ian Brossat n’est pas soutenu par Jean-Luc Mélenchon », dit l’affiche d’Obono d’avant le premier tour. Mais Ian Brossat et le PCF (ci-dessous) soutiennent Danièle Obono au second tour, Danièle Obono qui était d’ailleurs la suppléante de Brossat en 2012. Ou quand les originaux et les copies se rejoignent.

Tuer le père avec Mélenchon
plutôt qu’avec Macron

Cet unanimisme prêt à sourire (comme on dit prêt à porter) aura en effet vite eu gain de cause des rivalités meurtrières entre Brossel et Vaillant (Colombe était la suppléante de Daniel en 2012) ou entre Brossat et Obono (là, c’est Danièle qui était la suppléante de Ian en 2012) : vite mais probablement pas définitivement, hélas ! Alors qu’à droite, si le conseil d’arrondissement qui couvre la Goutte d’Or/Château-Rouge/La Chapelle a perdu, avec Pierre-Yves Bournazel, le conseiller de Paris qui a gagné la députation, elle n’a pas perdu le très-très à droite suppléant de « Babette » qui avait tenté de très-très surfer sur les chroniques de Cécile Beaulieu, seule journaliste accréditée à la Goutte d’Or qui a su, dans le quartier vite dit « La Chapelle/Pajol », redonner vie à la très-très vieille dame dont s’était très-très honteusement servi Daniel Vaillant pour démolir l’un des bastions de la Goutte d’Or Nord (sur le bastion de la Goutte d’Or Nord).

L’appel du PS du 19e contre les deux LREM n’aboutit pas. Obono est battue dans le 19e (c’est dans le 18e qu’elle emporte la circo7517) et Legrain est battue dans la circo7516.

Les députés étant de la Nation, ils ne sont pas de Barbès. Danièle Obono n’est donc pas la députée de La Goutte d’Or. Il n’empêche : le blog de Cavé Goutte d’Or maintient le rayonnement des problématiques soulevées par la dramatique ‘rénovation du quartier’ sur les trois députés à ce jour élus : Pierre-Yves Bournazel (LR apparenté Édouard Philippe) sur l’Ouest de la rue des Poissonniers, Élise Fajfeles (PS suppléante du LREM Benjamin Griveaux) sur le Sud du Boulevard de la Chapelle, et Danièle Obono (ex-suppléante de Brossat devenue France insoumise) sur l’« espace urbain d’intérêt élevé » que demeure la Goutte d’Or et dépit des coups portés par la gauche et la droite réunies qui ont tenté d’anéantir ce quartier historique en 1984, – quand Danièle Obono avait à peine quatre ans.

26 juin 1984 – 26 juin 2017

La Goutte d’Or a célébré cette semaine le 33ème anniversaire de la note adressée le 26 juin 1984 par sept experts en architecture, urbanisme et sciences sociales à la Commission d’enquête publique sur la Déclaration d’utilité publique concernant la rénovation et réhabilitation de la Goutte d’Or  (Lire sur notre page Humeur).

Publié dans Articles, Politique de la ville, Quartier | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

18-juin

L’Écho Musée monument historique

  • Le célèbre espace culturel du carrefour Cavé-Léon-Saint Luc fête ses trente-sept ans le jour où l’église Saint Bernard toute voisine salue les deux ans de son classement au titre des monuments historiques.
  • L’Assemblée nationale profite de ces évènements pour se renouveler de fronde en comble. 

On savait que le 18 juin était une date. On ignorait qu’au-delà de l’appel historique qui la marque, tant d’évènements l’accompagnaient. On ignorait aussi que l’Écho Musée avait l’âge de la ZUS ou presque, l’âge en tout cas des premières menées tendant à la décision qui aboutira, quatre ans plus tard, au choix de sacrifier le patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud, de démolir l’âme du quartier, puis ses immeubles et son histoire pour devoir, vingt ans seulement après la livraison de sa réhabilitation mal pensée, requalifier déjà le secteur Goutte d’Or/Boris Vian.

L’association Cavé Goutte d’Or salue avec amitié l’anniversaire de son voisin du 21, avec qui elle participa à ses premières Journées européennes du patrimoine, les 17 et 18 septembre 2011.

Patrimoine(s)

Et quelles journées ! Marquées par plusieurs visites guidées du quartier et une conférence-débat dans les murs de l’Écho Musée avec, notamment, l’architecte Maurice Culot, l’historien Florent Tesnier et plusieurs acteurs de la Révolution Goutte d’Or Sud,  les « journées du patrimoine de la Goutte d’Or » que l’association a greffées sur les Journées européennes du patrimoine 2011 sont restées dans les mémoires. Le compte rendu en est encore lisible sur la page Patrimoine(s) du blog dont les photos qui accompagnent ce billet sont extraites.

Les Journées européennes du patrimoine 2011 à l’Écho Musée (Photo Jean-Luc Lambret, 17 septembre 2011).

(Photo de Jean-Luc Lambret).

Sur les photos de Jean-Luc Lambret, on distingue (ci-dessus) la pointe du 21 rue Cavé avec, en son rez-de-chaussée, les locaux de l’Écho Musée et, sur la droite, côté sur Saint Luc, une perspective sur l’église Saint Bernard, à maints égards déjà historique, dont l’inscription au titre des monuments historiques interviendra un an plus tard à l’initiative de Cavé Goutte d’Or, le classement en étant prononcé le 18 juin 2015.  Et, ci-contre, sur la gauche, côté rue Cavé, une perspective sur les petites maisons rescapées de « l’efficience sociale » de Jean-Yves Mano, alors à la fois adjoint au Logement de Bertrand Delanoë et président de Paris Habitat, rappelle d’autres combats de l’association.

L’architecte Maurice Culot à l’Écho Musée (Journées européennes du patrimoine 2011, photo GC).

Le graffeur M. CHAT et le président de Cavé Goutte d’Or à l’Écho Musée (Journées européennes du patrimoine 2011, photo GC).

Si, sur le flanc Nord-Ouest de l’église Saint Bernard désormais monument historique, l’Écho Musée célèbre son trente-septième anniversaire dans le respect du patrimoine, de l’autre côté hélas, sur son flanc Sud-Est, le Diocèse de Paris, propriétaire des terres situées en face du monument historique, à l’angle des rues Saint Bruno et Pierre L’Ermite, poursuit, avec l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, son œuvre de dénigrement du patrimoine.

Le Diocèse et l’OGEC
sur le flanc

Un édifice venant briser les perspectives monumentales protégées est en effet en construction sur le seuil de l’église Saint Bernard, au grand dam d’abord des grands hommes de la Mairie de Paris (on se souvient de la célèbre remontrance de Daniel Vaillant contre l’enlaidissement du secteur et de l’arrêté de Bertrand Delanoë refusant le permis de construire), puis avec l’accord des mêmes maires et de leurs successeurs respectifs, Anne Hidalgo et Éric Lejoindre, en vertu d’on ne sait (encore) quel arrangement. On se souvient que la procédure actuellement pendante devant la Cour administrative d’appel de Paris, à l’initiative de Cavé Goutte d’Or soutenue par SOS Paris, est assortie d’une proposition aux candidats aux législatives 2017 en vue d’une enquête administrative sur les conditions dans lesquelles le permis initialement refusé a été finalement accordé (lire la proposition).

Les deux poids deux mesures qui pèsent sur les abords de l’unique monument historique de la Goutte d’Or (lire notamment ici et ici).

Publié dans Politique de la ville, Quartier, Saint Bernard | Tagué , , | Laisser un commentaire

Entre deux tours

Cavé Goutte d’Or étend sa consultation aux candidats des 5e et 18e circonscriptions de Paris

  • Sans même évoquer leur rayonnement culturel, les abords protégés de l’église Saint Bernard, unique monument historique de la Goutte d’Or, et la destruction de la Goutte d’Or Sud touchent et concernent trois circonscriptions législatives.
  • L’enquête demandée par Cavé Goutte d’Or sur la décision de 1980 de sacrifier le patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud et celle de 2015 d’octroyer un permis de construire au Diocèse de Paris sur le seuil de l’église Saint Bernard en contradiction avec un arrêté toujours en vigueur est transmise aux six candidats en joute pour le 18 juin.

Les trois circonscriptions législatives touchées/concernées par la politique de l’urbanisme dans le 18e arrondissement. Les points diffus de couleur orange marque « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » situés autour de l’église Saint Bernard et le secteur Goutte d’Or Sud détruit dans les années 1980-1990.

Nos lecteurs se souviennent que les candidats de la 17e circonscription législative de Paris incluant la Goutte d’Or et la Chapelle ont été consultés au cours des dernières semaines déjà sur diverses questions liées à l’urbanisme, à l’habitat et au zonage du quartier, un zonage entrainant à maints égards une rupture d’égalité, plaidée par Cavé Goutte d’Or dans plusieurs dossiers d’urbanisme actuellement pendant devant le Tribunal administratif et la Cour administrative d’appel de Paris, et d’ores et déjà sanctionnée (positivement si l’on peut dire) dans une affaire portée devant les juges par l’association La Vie Dejean (voir notre billet « Sortie de ZUS » et les questions aux candidats).

Si le marché Dejean se situe bien dans la 18e circonscription, juste en-deça de la 17e, sur la frontière administrative marquée par la rue des Poissonniers, les questions qui sont posées par sa gestion municipale et préfectorale sont naturellement diffuses et concernent plus largement l’ensemble du quartier. De même, la protection des abords de l’église Saint Bernard depuis son inscription au titre des monuments historiques en 2012 et son classement le 18 juin 2015, et les conséquences de la démolition / reconstruction de la Goutte d’Or Sud dans les années 1980 et 1990, en violation active de toutes les règles d’urbanisme et d’architecture expressément posées à l’époque, ont une diffusion large et couvrent, pour le moins, les trois circonscriptions identifiées dans ce billet.

La 18e en double marche

Le titre prémonitoires de notre billet du 30 novembre 2014, quand « En marche » n’en avait encore gravi aucune.

D’ailleurs, les candidats encore en lice pour la 18e, Myriam El Khomri (PS) et Pierre-Yves Bournazel (LR) – dont on dit qu’ils se disputent le soutien présidentiel en forme de « couac » (disent les médias généralistes) – connaissent bien la situation.

Ils ont d’ailleurs été déjà inclus dans la première consultation de Cavé Goutte d’Or, du 6 juin denier, et plusieurs autres dans le passé. Alors que Myriam El Khomri, élue PS du 18e arrondissement déjà appelée à des fonctions gouvernementales à la Ville puis à l’État, n’a pas vraiment eu à se prononcer sur les récentes consultations de l’association (elle n’a d’ailleurs pas répondu à celle du 6 juin), Pierre-Yves Bournazel a eu – en revanche – l’occasion (hélas manquée) de défendre les abords de l’église Saint Bernard lorsque le groupe EELV au Conseil d’arrondissement a tenté – il y a presque juste un an, le 20 juin 2016 – de faire classer en espace libre protégé la parcelle diocésaine située à l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, où l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie avait la funeste idée de construire un édifice brisant l’harmonie de l’espace et les perspectives monumentales de l’église Saint Bernard, comme un arrêté municipal du 14 mars 2012 toujours en vigueur le signalait.

On sait, depuis, que le vote qui a rejeté le vœu vert repose sur un mensonge – un de plus, penseront peut-être nos lecteurs – concernant la protection des abords de l’église Saint Bernard. Le maire adjoint à l’Urbanisme a en effet falsifié devant ses collègues les conclusions de l’étude de l’APUR, évoquée par les Verts à l’appui de leur vœu en ce qu’elle qualifie la parcelle propriété du Diocèse de Paris comme un « espace urbain d’intérêt exceptionnel ». Il lui a fait dire que l’espace ainsi expressément qualifié ne le serait pas (voir carte de l’APUR ci-dessus et compte rendu de la séance conseil du 20 juin 2016).

« Un espace urbain d’intérêt exceptionnel autour d’un édifice de qualité exceptionnel » (François Loyer pour L’APUR). La parcelle litigieuse est bien incluse dans l’espace désigné.

Sur ce mensonge, qui semble vouloir couvrir ce qui s’apparente à une indulgence – le mot convient mieux ici que passe droit – accordée au Diocèse de Paris par la Mairie de Paris, une enquête est sollicitée par Cavé Goutte d’Or parallèlement à sa contestation du permis devant la Cour administrative d’appel.

Quelles que puissent être les suites de cette enquête, la décision émotionnelle du groupe LR (ou UMP) consistant à voter contre le vœu EELV au Conseil du 18e du 20 juin 2016 pour cause de « nécessité de l’agrandissement de l’école (Saint Bernard) parce qu’elle en a besoin et qu’il y a cette école que j’entends et qu’il y a beaucoup d’enfants à accueillir dans de bonnes conditions » (lire l’extrait) n’était, pour le moins, pas à la hauteur de l’enjeu, tant éducatif que patrimonial et social : l’école Saint Bernard – dont la qualité de l’enseignement est reconnue et qui est saluée comme un exemple de mixité réussie dans des abords qui ne peuvent hélas pas en dire autant – pourra en effet parfaitement trouver à s’étendre, y compris sur cette parcelle, sans porter atteinte au patrimoine historique et architectural situé littéralement à ses pieds (voir le projet constructif de Cavé Goutte d’Or).

5e circonscription :
Lariboisière qui cache la forêt

Le quartier de la Goutte d’Or avant sa démolition (Photo Benoit Perrin, 1984).

Entre les 5e et 17e circonscriptions, correspondant sur ce tronçon-là, aux 10e et 18e arrondissements, court le métro aérien menant de Barbès à Stalingrad par La Chapelle. On sait qu’un ambitieux projet lancé par Action Barbès (suivi ici depuis 2013), soutenu par les maires (PS) des deux arrondissements concernés, consiste à transformer l’espace au sol.

Selon un récent papier de la journaliste du Parisien accréditée au secteur, dont les articles prêtent hélas souvent à caution (dernier exemple), « si l’idée de réaménagement de ces lieux inhospitaliers fait l’unanimité parmi les habitants et les responsables associatifs, les idées, pour occuper l’espace, qui ont jailli des travaux coordonnés par l’Atelier d’architecture autogérée (AAA), sont loin de séduire les riverains » (Le Parisien, 18 mars 2017). Il est vrai que l’hôpital Lariboisière (dont plusieurs éléments ont été inscrits au titre des monuments historiques en 1975 déjà, lorsque commençait à émerger l’idée de sacrifier le patrimoine architectural historique de la Goutte d’Or toute proche, notamment son fameux carrefour en croix de Saint André juste derrière le mur de l’hôpital) n’a pas empêché que les abords deviennent « inhospitaliers », comme le pose avec une certaine justesse Le Parisien.

Nul doute que les candidats demeurant en lice pour le second tour des législatives 2017 dans la 5e circonscription, Seybah Dagoma pour le Parti Socialiste et Benjamin Griveaux pour La Répubique En Marche, sauront voir derrière le boulevard et veilleront aux abords légalement protégés situés entre deux monuments historiques, l’hôpital Lariboisière et l’église Saint Bernard. Ce sont donc désormais six candidates et candidats, sur trois circonscriptions, que la consultation de Cavé Goutte d’Or plonge dans l’histoire passée et à venir du quartier : Béatrice Faillès (LREM) et Danièle Obono (LFI) ; Myriam El Khomri (PS) et Pierre-Yves Bournazel (LR) ; Seubah Dagoma (PS) et Benjamin Griveaux (LREM).

« Non à la destruction du quartier », banderole de Paris-Goutte d’Or posée au haut de la rue de Chartres en 1983, captée par la caméra de Benoit Perrin pour en faire une carte postale de Montmartre en 1984 (détail).

La carte postale illustrant ce billet montre une vue de la basilique du Sacré Cœur depuis la rue de Chartres. La vue est présentée comme une vue de Montmartre mais elle est aussi une vue de la Goutte d’Or très parlante pour notre propos. On y distingue, à la hauteur de la camionnette jaune, le carrefour en croix de Saint André tel qu’il était encore avant 1984 et, en fond, la rue de la Goutte d’Or au carrefour des les rues de Chartres et de Caplat. D’un bâtiment du haut de la rue de Chartres part une banderole sur laquelle on peut lire : « Non à la destruction du quartier ». La banderole date de 1983. Elle a été fabriquée et posée par Paris-Goutte d’Or avant que l’association ne se range finalement à la thèse des démolisseurs. La photographe Benoit Perrin est passé peu après. La carte postale éditée en 1984 est recensée comme pièce à conviction de collection sur le site eBay où, en cherchant un peu, il semble que les stocks soient épuisés, – à moins que ce ne soient les enchères d’eBay qui soient terminées.

À suivre.

Publié dans Articles, Église Saint Bernard, Défense du quartier, Patrimoine(s) | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire