Précipitation tranquille

Les Verts demandent un moratoire sur le temps qui passe

  • Le conseil fédéral d’EELV accélère le mouvement du temps en fêtant les 100 jours de ses maires avec plus de deux semaines d’avance.
  • En même temps si l’on peut dire, les Verts du 18e tardent à répondre aux questions de Cavé Goutte d’Or sur leur position face à l’attitude de leurs alliés de gouvernement dans l’affaire dite de la requalification de la Goutte d’Or Sud.   

Quel que soit le point de départ retenu (date du deuxième tour des municipales ou date de l’élection du maire par les conseils municipaux), il semblait difficile, le 19 septembre 2020, de comptabiliser cent jours d’activité pour les maires Verts issus des élections du 28 juin 2020. Même en ne considérant que trois mois pour faire rond (100 jours moins 10 jours en moyenne), les maires de Strasbourg, de Grenoble, de Bordeaux et de Lyon, pour ne considérer qu’eux, sont en fonction depuis les 28 juin à Strasbourg, 3 juillet à Grenoble et Bordeaux, et 4 juillet 2020 à Lyon (cf. fiches Wikipédia respectives).

Ce qui porte les trois mois d’exercice de chacun aux 28 septembre, 3 ou 4 octobre 2020 et leurs cent jours au 8, 13 ou 14 octobre respectivement.

Les bons comptes
font les bons Amish

Le 19 septembre 2020, lorsque Julien Bayou s’adressait à ses camarades à coups répétés de « Chers Amish » (rendons ce bon mot à César), l’élection municipale datait donc de 83 jours et les maires verts qui en sont issus comptaient 83 jours (Strasbourg), 80 jours (Grenoble et Bordeaux), 79 jours (Lyon) d’exercice. Sauf erreur ou omission.

À ce compte-là, on peut légitimement se demander à quelle date seront célébrés ce que la langue médiatique appelle « les un an » de cette prise de fonction.

Mais d’ores et déjà, et pour rester dans les limites de la Goutte d’Or, et même de la seule Goutte d’Or sud, les riverains du futur complexe dessiné en filets ajourés et pointillés blancs ci-dessous s’inquiètent de voir la société PariSeine sur les starting-blocks alors que les Verts du 18e ne se sont toujours pas prononcés sur le coup, voire l’éventuel mauvais coup, qu’aurait porté leurs anciens et toujours très actuels alliés de la majorité PS-PC à l’accord de gouvernement passé dans l’entre-2-tours.

On rappelle à cet égard:
– qu’un permis de construire a été accordé à PariSeine le 19 août 2020 sans qu’aucun des recours pendants contre le permis préalable de démolir du 21 octobre 2019 et la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 n’ait été purgé;

Projet de PariSeine sur le TEP Goutte d’Or et la rue Boris Vian. Extrait du dossier de permis de construire (voir notre billet du 2 septembre 2020).

– que, lors des débats et du vote du 11 décembre 2019, les Verts s’étaient magistralement opposés à cette délibération (ici pour mémoire), une délibération dont Cavé Goutte d’Or soutient désormais l’illégalité devant le Tribunal administratif de Paris;
– que la campagne de premier tour des Verts les avait conduits sur les lieux dont le commissaire enquêteur n’avait pas validé le projet de déclassement (ici pour mémoire);

– que, dans le cadre de leurs négociations avec Paris en commun en prévision du deuxième tour des élections municipales, les Verts ont persisté, bien que plus timidement qu’en décembre 2019, dans leur demande de concertation sur le projet de requalification de la Goutte d’Or sud (cf. notre billet du 24 juin 2020: « Les Verts fondus dans le paysage commun de Paris en commun? »);
– que le permis du 19 août 2020 a été accordé par la maire de Paris sans la moindre concertation promise à ses alliés Verts (cf. notre billet du 2 septembre 2020: « PariSeine zone à Polonceau »);
– que Cavé Goutte a invité EELV à s’exprimer sur cette situation et qu’EELV a annoncé une position pour la mi-septembre (cf. notre billet du 12 septembre 2020: « OPA »);
– que les Mairies de Paris et du 18e s’agitent beaucoup, ces jours-ci, pour liquider les derniers obstacles qui les empêchent de « mener à bien », si l’on peut dire, le projet de requalification de la Goutte d’Or sud (ultime étape de la disqualification de l’urbanisation du secteur) : les deux Mairies auraient même offert à la Goutte verte une partie de la rue Saint Luc pour y déployer ses palettes dès le 5 octobre prochain (voir notre billet: « La Goutte verte bientôt sous le contrôle de l’ABF? »);
– que si les Verts du 18e veulent manifester la force de leur soutien critique à l’équipe municipale en place avant les vrais 100 jours de leurs collègues maires, il ne leur en reste que très peu pour le faire. D’autant que bientôt tombera la nuit blanche (programmée pour le 3 octobre).

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La vie en rose

Entre insécurité persistante et rénovation urbaine chronique, la Goutte d’Or s’offre un temps de répit

  • Cavé Goutte d’Or salue la courageuse initiative de l’« Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or », qui propose deux vendredis éphémères d’animation du quartier, les 18 et 25 septembre de 16h à 21h sur la place dite du faux commissariat du 34 rue de la Goutte d’Or, que l’AUCCGO appelle pour le coup « place des Gardes »…
  • … Et la non moins courageuse entreprise de Dån Tiån (« océan d’énergie »), qui a récemment installé un « espace vivant de bien-être » au beau milieu de la rue Affre.

Un « océan d’énergie » au 8ter rue Affre, ancien emplacement d’Adonde (Photo CGO, 10 septembre 2020).

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Culture

Carine Rolland résiste

  • La FIAC 2020 est annulée. Pas grave, mon projet « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle » ne l’est pas.
  • Consistant à colorier les sols, les trottoirs et les murs de deux quartiers du Nord-Est parisien à bout de force, le projet phare que l’ancienne adjointe à la Culture dans le 18e arrondissement a soutenu au-delà du raisonnable politique et culturel avant de rejoindre, au même poste, l’équipe de la Mairie centrale, est signalé comme « en cours de livraison » sur le site de la Mairie de Paris le jour même où la FIAC annonce l’annulation de son édition 2020.  

Carine Rolland présente le projet de délibération « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle ». Conseil d’arrondissement du 16 septembre 2019 (sources : site de la Mairie du 18eextrait ici).

Sur ce dossier, on peut lire : Le projet « Des couleurs éclatantes… », La lettre de Cavé Goutte d’Or aux élus du 18e, Le vote des élus du 18e en faveur du coloriage des rues de la ZSP 1018, Piqûre de rappel à la veille du Conseil de Paris, Dîner de Koons, …
Et plus récemment : Esquisses refait le mur, Esquisses plurielles ou les symboles de la Goutte d’Or au pied du mur.
Sur l’annulation de la FIAC 2020 : lire ici.

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OPA

Nouvel acte de municipalisation dans la Goutte d’Or ?

  • La « Démocratie locale » relaie l’invitation de la Table ouverte et Paris Goutte d’Or au repas de quartier que ces deux associations non municipalisées organisent pour la troisième année consécutive sur les futurs jardins Polonceau.
  • À l’occasion de cet événement, Cavé Goutte d’Or (association elle-même non municipalisée dans un quartier gouverné par la Politique de la ville) fait le point sur son projet de créer un Espace libre protégé au PLU sur les deux extrémités de l’ancienne rue des Couronnes: la friche Polonceau à l’Ouest et le TEP Boris Vian à l’Est.

Le mail de la Démocratie locale qui invite à la proposition. Le « repas de quartier » des deux associations devient « grand » et « partagé » sous la plume de la Démocratie locale.

Dans notre billet « Revoyure » du 27 mai 2020, évoquant l’idée d’un second tour des élections municipales le 28 juin (cf. « Le 28 juin si tout va bien »), nous annoncions l’ouverture de  cinq chantiers en forme de bilan, – bilan ouvert donc sur cinq projets lancés à la cantonade et appelés à se développer, ou non, sous l’égide des habitants ou associations du quartier qui souhaiteraient les mener, Cavé Goutte d’Or souhaitant pour sa part passer la main et le témoin.

Hommage aux 5 moulins

L’un de ces cinq projets consistait dans la création de deux espaces libres protégés (ELP) au PLU de Paris aux deux extrémités de la rue Polonceau, ancienne rue des Couronnes, peut-être ancien chemin des meuniers, traversant la colline des cinq moulins alors au cœur du quartier qui n’était pas encore celui de la Goutte d’Or (bref écho dans notre étude de « Maison des cinq moulins » [2010] en page Études du blog).

Deux ELP au PLU de Paris (le chantier lancé le 27 mai 2020). N.B. Les contours de la parcelle Polonceau/Poissonniers étaient mal relevés dans le document diffusé le 27 mai. La correction a été portée sur l’extrait du cadastre ci-dessus.

À gauche sur l’extrait du cadastre parisien ci-dessus, la friche de l’angle des rues Polonceau et des Poissonniers connue sous le nom de « Friche Polonceau », actuellement tenue par La Table ouverte, haut lieu de solidarité durant la période de confinement qui l’a vue accueillir quotidiennement des distributions de repas, tient son statut de friche du fait, notamment, de l’abandon du projet immobilier d’y construire l’aile Sud-Ouest de l’ICI Goutte d’Or, seule l’aile Nord-Est de la rue Stephenson ayant finalement vu le jour (sur l’abandon du projet d’ICI-2 en 2015, on peut lire notamment, pour mémoire, cet article du Monde des religions du 19 février 2016).

À droite, le TEP Goutte d’Or actuellement à l’abandon, aujourd’hui objet des convoitises de la SPL Pariseine qui souhaite y construire un ensemble sportif couvert, idée qui rencontre l’opposition du quartier (sur les divers recours administratifs que doit affronter ce projet, on peut lire notamment, pour mémoire, notre billet du 2 septembre 2020).

La rue Polonceau est encore appelée rue des Couronnes sur ce plan d’Onésime-Théodore Lefèvre (1859). Sources: Bibliothèque patrimoniale/Paris.fr.

Espaces de libertés partagées

L’initiative de Cavé Goutte d’Or a suscité l’attention des responsables actuels de la friche Polonceau, qui ont très vite transformé le logo d’espace libre protégé en « espace de libertés protégées », « espace de libertés partagées », et encourager l’association à rassembler les riverains de la friche autour de ce projet, jusque y compris le voisinage incommodé par le coq qui, il y a encore peu, réveillait le premier rang des spectateurs de ce jardin qui a réussi à prendre racine au point d’être devenu une porte verte de la Goutte d’Or.

Dans le même mouvement, cinq copropriétés mitoyennes ou riveraines de cet espace ont constitué un collectif manifestant sa volonté de voir la parcelle protégée, développant à cet effet des arguments liés à l’histoire des lieux comme à la biodiversité.

Le projet d’ELP en arrive ainsi à réunir le passé du quartier et son actualité la plus vive, sa mémoire et son avenir. La rencontre du 13 septembre sur les futurs jardins Polonceau sera peut-être l’occasion de jeter sérieusement les bases d’une demande officielle de protection de cet espace au PLU, le week-end suivant pouvant en écho accueillir le lancement de la demande de protection de l’autre extrémité de la rue Polonceau au titre du patrimoine, comme le prévoit le deuxième des cinq chantiers ouverts par Cavé Goutte d’Or le 27 mai dernier (cf. « Avec Sartre et Foucault sur la place Polonceau »). Le grand repas partagé du 13 septembre cédera en effet la place aux Journées du patrimoine, les 19 et 20 septembre 2020, qui elles-mêmes formeront un tremplin idéal aux Fêtes de la Goutte d’Or des 26 et 27 septembre 2020.

Délestage (suite)

Sur les autres chantiers de « Revoyure » (ici pour mémoire):
Préemption des locaux Drouot-Montmartre (rue Doudeauville) – Aucune nouvelle et aucun intérêt signalé à notre connaissance pour reprendre le dossier.
Parrainage d’immeubles ou de paysages à sauvegarder – Un point sera proposé avant la fin de septembre sur les 1 rue de la Charbonnière, 39 rue Myrha, 30 rue Cavé, 6 rue Polonceau et sur la préservation des abords de l’église Saint Bernard monument historique (rampe PMR Salle Saint Bruno, container de tri rue Saint Luc, projet PariSeine sur le TEP Boris Vian,…).
Plaque mémorielle Louise-Michel – Le chantier a été transmis au responsable de l’immeuble.
Mur sud de la Bibliothèque municipale – Cavé Goutte d’Or a scindé ce chantier en deux, distinguant le projet de fresque participative laissé aux bons soins de l’association Esquisses (voir aussi en page Vie du quartier [02/09/2020]) et de la Bibliothèque elle-même, d’une part, et la dénonciation du détournement du budget participatif, d’autre part, question toujours brûlante laissée quant à elle aux bons soins des contribuables et/ou des élus au Conseil de Paris qui voudront bien s’en emparer.
Sortie de la Politique de la ville – Ouvert pour sa part en 2014 déjà, ce chantier sera également l’objet d’un point final qu’on espère poster sur ce blog en septembre encore. Un élément positif: alors que, dans la mandature précédente, la délégation « Politique de la ville » était noyée sous le nom de « Quartiers populaires » dans les multiples attributions de Colombe Brossel (« adjointe PS chargée de la sécurité, de la prévention, des quartiers populaires et de l’intégration »), elle est aujourd’hui délégation unique d’Anne-Claire Boux, adjointe EELV qui aura donc tout son temps pour se convaincre qu’il faut en sortir.

*

  • Last but not least – La requalification de la Goutte d’Or Sud est jumelée ici avec le projet de protection patrimoniale de la pointe Polonceau. Outre les recours déjà présentés dans notre billet du 2 septembre 2020, nous y reviendrons donc à l’occasion des très prochaines Journées du patrimoine, – ce qui nous permettra de faire état de la position d’EELV devant le permis de construire qui a été accordé à PariSeine par la maire de Paris le 19 août 2020 sans une once de concertation nouvelle, pourtant promise par Paris en commun à son ex-futur allié vert dans le programme de gouvernement préparé durant l’entre-2 tours des municipales. Cavé Goutte a en effet demandé officiellement à EELV de s’exprimer sur cette situation. EELV, qui avait été très en pointe sur ce dossier en décembre 2019 (ici pour mémoire), a annoncé une position pour la mi-septembre. Revoyure est donc bien toujours le mot.
  • À suivre : Après la 5G, le tour de France et le sapin de Noël, les Verts déboulonneront-ils la requalification de la Goutte d’Or Sud?
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Engrenages

Un sentiment de déjà vu

  • Victime de multiples engrenages, la Goutte d’Or ne pouvait qu’inspirer la série du même nom sur Canal+.

« La dernière saison d’Engrenages met en scène une enquête difficile menée par Laure et ses collègues et inspirée d’une photo virale de jeunes mineurs isolés dormant dans des machines à laver », explique AlloCiné du 8 septembre 2020.

L’évènement retient aussi l’attention de Télé matin du 9 septembre 2020 qui diffuse un extrait dans lequel, confrontés à « trois plaintes impliquant le même gamin avec trois identités différentes », l’équipe d’Engrenages se rend au commissariat du 18d’où viennent les trois procès-verbaux.

Verbatim

– « Donc, vous ne comparez pas le fichier des empreintes quand vous tapez vos PV ».
– « Attendez, vous avez une garde à vue par semaine. Nous, on en a trente-cinq par jour (…) Ces petits Marocains, on en a entre six et dix par jour en garde à vue. Ils doivent être une centaine dans le quartier (…) Vols à l’arraché, bagarres, tapages nocturnes, dégradations diverses. Et pas que les touristes, les riverains aussi, ils n’hésitent pas. Même les personnes âgées. Franchement, c’est des vrais prédateurs, complètement fracassés. Pour les identités, ils n’ont jamais de papiers sur eux, donc on prend ce qu’ils nous donnent. De toutes façons, ils ont bien compris comment ça marche : ils disent tous qu’ils ont moins de treize ans. Le Parquet des mineurs n’a pas de solution et nous demande de les relâcher ». Extraits via Télé matin, France 2.

Après le « sentiment d’insécurité », un sentiment de déjà vu en effet!

Les jeunes mineurs marocains à Télé matin, via Engrenages. 9 septembre 2020 (vidéo de 1:58:45 à 2:00:45).

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Vers une class action ?

Sentiment d’insécurité et impression de beau temps

  • Avant Éric Dupond-Moretti en 2020, Élisabeth Guigou évoquait en 1997 déjà un « sentiment d’insécurité » et même un « sentiment d’impunité ».
  • En dehors de tout sentimentalisme, la Goutte d’Or se prépare-t-elle à l’action de groupe que semblent dessiner tous les clusters du quartier évoquant la responsabilité des pouvoirs publics dans l’effondrement du Nord-Est parisien ?

Un quartier en colère met en relief les fautes commises et préjudices subis, autant d’éléments susceptibles de former une plainte avec constitution de parties civiles ou une action de groupe en lieu et place des « plaintes » qui n’en sont pas et se succèdent sur les réseaux sociaux. Reportage de BFMTV du 4 septembre 2020.

 « Surveiller et punir » (Michel Foucault), « rassurer et protéger » (Jean Delumeau) : selon  Élisabeth Guigou, alors ministre de la Justice, « ces quatre mots de deux professeurs au Collège de France à quinze ans d’intervalle résument la complémentarité et parfois la confrontation entre les missions de la justice et de la police ».

Évoquant « les contrats locaux de sécurité qui seront signés par les préfets, les procureurs de la République et les maires », contrats qui « constitueront, j’en suis convaincue, l’instrument privilégié d’une politique efficace de sécurité », la ministre de la Justice et garde des Sceaux du gouvernement Jospin en 1997 pensait que « la mise en œuvre de ces contrats » permettrait de « disposer d’informations utiles sur la réalité de la délinquance et le sentiment d’insécurité de la population et développer une coopération fructueuse entre les collectivités locales et l’institution judiciaire ».

Réalité de la délinquance et sentiment d’insécurité semblent s’opposer dans la formulation qui annonce la mise en place, et plus encore : la mise en œuvre des contrats locaux de sécurité, ancêtres magiques des zones de sécurités prioritaires et autres mécanismes de reconquête républicaine.

Plaintes contre XXL

Reportage de BFMTV, 4 septembre 2020 (capture d’écran). Voir la vidéo.

« Sentiment ou réalité ? », demande un reportage de BFM-TV en ce 4 septembre 2020, anniversaire républicain s’il en est. Le reportage suit quelques rencontres récentes de commerçants épuisés, qui racontent le quotidien difficile du quartier de la Goutte d’Or. Il prolonge une conversation sur internet où des habitants du même quartier exposent régulièrement (nous en avions rendu compte dans un billet du 2 juillet 2019 déjà) leur désarroi dans une boucle qui réunit ou vise riverains, préfets, maires, élus sans que l’on sache trop qui fait quoi (il arrive ainsi qu’une habitante de la Goutte d’Or, avocate de profession, claque la bise au préfet et au maire en répondant à une autre habitante dans une conversation où autorités et citoyens lisent et écrivent à cœurs ouverts, les premiers lisant les seconds écrivant). Il suit de peu une plainte groupée des propriétaires et représentants syndicaux de six immeubles dans lesquels vivent près de deux cents personnes contre l’exploitation de la salle de jeu « Le Soleil d’Oran », longtemps désignée aux préfet, commissaires ou maires comme source de nombreuses infractions. Il fait écho aux réseaux sociaux qui alimentent le sentiment d’insécurité, diront Éric Dupond-Moretti et Élisabeth Guigou, ou au contraire se nourrissent du désarroi ambiant, diront d’autres, dont nous sommes en insistant sur ce que le mot « désarroi » dit de l’arroi manquant.

Il convient peut-être aujourd’hui de rassembler l’ensemble des propos qu’on peut lire sur les différents supports évoqués, les trier et les travailler, car certains donnent une vision réelle d’une situation que l’association Action Barbès a pu qualifier d’explosive, paraissant limiter son analyse au seul secteur de Barbès, comme les réseaux voisins de la Chapelle, Stalingrad, Château Rouge, Lariboisière, Pajol semblent le lui avoir reproché (lire ici « Sécurité : Barbès au bord de l’explosion »).

Un temps troublé,
de longue date

Ironiquement, les propos de l’actuel ministre de la Justice sur Europe 1 (« Pire que l’insécurité, il y a le sentiment d’insécurité. Par quoi est-il nourri ? D’abord, par les difficultés économiques que traverse notre pays. Les gens ont peur, bien sûr. Par le Covid, qui fait peur aussi. Par certains médias ») mettent en lumière ceux de sa lointaine prédécesseure au moment où Lionel Jospin, premier ministre d’Élisabeth Guigou en 1997, présente son livre Un temps troublé, et au moment où la délinquance de mineurs, le cas échéant présumés mineurs dans la Goutte d’Or, inquiètent les pouvoirs comme c’était le cas en 1997, Madame Guigou conciliant sur ce point délinquance réelle, sentiment d’insécurité et influence (réelle aussi) de l’une sur l’autre : « Même si la part de la délinquance des mineurs dans la délinquance générale est difficile à mesurer, son influence sur le sentiment d’insécurité est une réalité », posait-elle dans son discours du 24 octobre 1997.

Le reportage de BFMTV tombe aussi à pic pour mettre en lumière le sentiment d’insécurité juridique qu’a fait naître dans le quartier la politique d’urbanisme qui, avec le soutien de Lionel Jospin à compter de 1982 (l’auteur d’Un temps troublé était alors premier secrétaire du parti socialiste et député de la circonscription englobant la Goutte d’Or, notre billet du 14 février 2012), en a détruit l’histoire, l’âme et le patrimoine au cours des quarante dernières années.

Symbole des dérives du droit sévissant dans tous les domaines sur ce secteur, le dernier permis de construire en date a été accordé le 19 août 2020 sur la place Polonceau, l’une des zones les plus représentatives de l’état de non-droit qui y sévit (notre billet du 2 septembre 2020 où nous démontrons que « la Mairie de Paris et sa société promotrice immobilière PariSeine disposent précipitamment du domaine public sur un secteur où, précisément, l’occupation indue du domaine public est en jeu »).

Le TEP Goutte d’Or témoin des dérives du quartier (photo de gauche: dossier du permis de construire accordé prématurément par la Mairie à son promoteur immobilier PariSeine, 19 août 2020 (lire ici)/photo de droite: reportage de BFMTV, 4 septembre 2020.

*

La Goutte d’Or-Sud détruite grâce au renoncement de Lionel Jospin à la sauver (lire l’étude de Violette Roland). Photo: Permanence de Lionel Jospin au 13 rue Cavé en 1986 (collection privée).

Sans l’avoir lu encore, on imagine qu’Un temps troublé ne peut pas ne pas jouer sur le double sens du mot « temps », le temps qui passe (et Dieu sait qu’il en est passé depuis 1997) et le temps qu’il fait (il sait aussi qu’il n’y a plus de saisons). Or, cette histoire de « sentiment » fait naturellement écho à l’« impression » qu’on trouve dans l’étonnante formule très prisée des présentateurs de la météo lorsqu’ils parlent, tout sourire, d’une « impression de beau temps ».

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Espace public

PariSeine zone à Polonceau

  • En déposant une demande de permis de construire sur la rue Boris Vian et le TEP Goutte d’Or le 2 octobre 2019, plus de deux mois avant que la levée des réserves du commissaire enquêteur ne soit soumise au Conseil de Paris des 9-12 décembre 2019, la société publique PariSeine entretient le climat de non-droit qui sévit sur le secteur qu’elle veut recouvrir de ses filets et autres constructions.
  • En instruisant et en accordant le permis sans attendre le résultat des recours demandant l’annulation de la délibération du Conseil de Paris et sans reprendre la concertation promise à EELV dans l’accord de gouvernement passé en plein confinement, la Ville de Paris se moque du commissaire enquêteur, du Conseil de Paris, du Tribunal administratif et de ses nouveaux ex-futurs alliés Verts comme elle s’est moquée des habitants réunis de mai à octobre 2019 autour d’une prétendue concertation sur un projet bouclé bâclé qui avait suscité, déjà, la rupture avec EELV.
  • Ironiquement ou symboliquement, la Ville et sa société promotrice immobilière disposent précipitamment du domaine public sur un secteur où, précisément, l’occupation indue du domaine public est en jeu.

Occupation indue de l’espace public (projet PariSeine sur la place Polonceau, extrait du document PC4 de la demande de permis de construire).

Notre billet du 2 septembre 2019 était intitulé « Bonne rentrée » et faisait état d’un « sérieux revers pour l’Urbanisme parisien sur la prétendue ‘opération Boris Vian’ ». Le commissaire enquêteur diligenté par la maire de Paris pour étudier le déclassement éventuel de la rue Boris Vian, entre autres emprises à rendre constructibles sur le secteur, venait d’être déposé et, dans les pas notamment de Cavé Goutte d’Or, mettait en lumière « les erreurs du passé, un projet non abouti, des ambitions pas à la hauteur des enjeux, un défaut de concertation, des alternatives à étudier » (ici pour mémoire).

Un an plus tard, devant les tentatives désespérées et désespérantes de la Ville de Paris pour le contourner, le rapport du commissaire enquêteur et les réserves qu’il a mises à son avis sur le déclassement de la rue Boris Vian, dont il a pris le soin de souligner qu’il était « réputé défavorable tant que les réserves ne sont pas levées », est toujours à la une de l’actualité urbaine de la Goutte d’Or, – une une discrète (presque de cabinet) que lui ravit, et pour cause, l’insécurité parallèlement entretenue sur le secteur (image ci-dessous).

Parmi les multiples actions civiques sur lesquelles nous reviendrons très prochainement, plusieurs cafés et commerces de la Goutte d’Or ont affiché récemment un « Stop à l’insécurité » (photo CGO, 1er septembre 2020).

Pour l’heure, trois recours gracieux et deux recours contentieux, résistent à un permis de démolir et un permis de construire qui se chevauchent dans une cavalcade piaffante et désordonnée de décisions administratives intempestives.

*

L’arrêté de la maire de Paris valant permis de construire accordé le 19 août 2020 à sa société d’économie mixte et publique PariSeine est encore tout chaud, à peine sorti des rotatives de la Direction de l’Urbanisme qui, le 18 août encore, informait Cavé Goutte d’Or que « la décision devait être prise bientôt ». Elle le serait le lendemain, ce qui donne jusqu’au 19 octobre en tout cas la possibilité de recourir contre le permis, sous réserve d’une prolongation due à la date d’affichage sur le terrain, point de départ du délai de deux mois.

Le blog aura donc l’occasion de revenir sur ce dossier. Aujourd’hui, il se limite à rappeler que la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019, qui avait été l’objet d’un recours gracieux de Cavé Goutte d’Or le 15 janvier 2020, est désormais soumise au Tribunal administratif.

Gestes barrières

Devant le silence de la maire de Paris valant rejet implicite de son recours gracieux, l’association a en effet déposé un recours contentieux le 24 août 2020, satisfaisant en cela non seulement au délai qu’aurait pu fait courir le silence de la maire, mais encore et surtout au délai de 2 mois à compter du 24 juin 2020 pour agir à l’encontre de la délibération elle-même, publiée au bulletin officiel de la Ville de Paris le 29 janvier 2020 et ainsi susceptible de recours direct jusqu’au 24 août 2020 compte tenu de la prolongation des délais liée à l’état d’urgence sanitaire.

Sur le fond, l’association conteste notamment la légalité de la délibération du 11 décembre 2019 en ce que les membres du Conseil municipal n’ont pas été appelés à se prononcer sur la levée des réserves du commissaire enquêteur, levée des réserves présentée par la Ville comme présumée alors qu’une décision spécifique du Conseil était nécessaire pour le constater.

En l’absence d’un tel constat, dont Cavé Goutte d’Or ne manque pas de souligner qu’il n’aurait guère été possible par le Conseil de Paris du 11 décembre 2019 puisque les réserves elles-mêmes portaient sur des éléments à réunir sur une période s’étendant jusqu’à fin février 2020, les réserves n’ont pas été légalement levées et la délibération prononçant le déclassement de la rue Boris Vian n’a pas été légalement adoptée.

Or, faute de déclassement, la rue Boris Vian demeure dans le domaine public et ne peut être l’objet, comme elle l’est manifestement à contretemps, des actes d’appropriation que sont les permis de construire et/ou de démolir qui se succèdent sur le terrain.

L’opération soumise à enquête publique, puis proposée au Conseil municipal et adoptée par la délibération contestée, consiste en effet dans le déclassement du domaine public routier de la Ville de Paris de certaines emprises, notamment le tronçon haut de la rue Boris Vian et le passage sous les colonnades de la rue de la Goutte d’Or. Pareille opération revient à sortir du domaine public des biens ou des droits à caractère mobilier ou immobilier appartenant à l’État, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu’aux établissements publics (article 1er du code général de la propriété des personnes publiques).

La Sem PariSeine en terrain conquis. Son rapport d’activité 2018-2019 ne laisse aucune place à la levée des réserves qui doit précéder le déclassement de la rue Boris Vian (lire ici, page 31).

Pour pouvoir construire sur la rue Boris Vian et sur l’espace aujourd’hui sous colonnades dans la rue de la Goutte d’Or, il faut que ces emprises soient « sorties du domaine public ». C’est cette sortie qui s’appelle déclassement et ce déclassement qui doit être constaté par le Conseil municipal :

  • « Un bien d’une personne publique mentionnée à l’article L1, qui n’est plus affecté à un service public ou à l’usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l’intervention de l’acte administratif constatant son déclassement » (article L.2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques).

Cavé Goutte d’Or soutient que l’acte administratif constatant le déclassement, c’est-à-dire la délibération du 11 décembre 2019, est vicié.

Extrait de la demande de permis de construire (PC4). À gauche, on distingue l’emprise de la couverture du TEP. À droite, le pointillé est légendé : « Gabarit potentiel d’un futur bâtiment » (document PariSeine, Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris).

Un autre recours gracieux contre la même délibération du Conseil de Paris a été déposé en date du 13 juillet 2020 par un collectif de riverains des rues Saint-Luc, Polonceau et Boris Vian. Dans cette intervention, les riverains proposent à la maire de Paris de « recevoir la présente non seulement comme un recours gracieux mais aussi comme un appel à remettre à plat le projet de requalification qui est à l’origine de la demande de déclassement » :

  • « Ce projet remonte en effet à plus de cinq ans et se révèle aujourd’hui en décalage avec les besoins nouveaux du quartier, les expériences faites au cours des dernières années en matière de climat, de biodiversité, de redéfinition de la ville, – tout particulièrement durant les derniers mois de crise sanitaire », poursuivent les requérants, qui ajoutent :
  • « Loin de considérer ces cinq années comme perdues et le temps passé à élaborer un projet devenu inadéquat comme vain, nous pensons qu’il convient au contraire d’en tirer profit et faisons nôtre la préoccupation du commissaire enquêteur qui, dans le rapport que vous lui avez demandé, indique : ‘Sous peine de reproduire les erreurs du passé, le commissaire enquêteur pense qu’il est inutile d’agir dans la précipitation’ (page 4 de ses conclusions) ».

Outre les deux recours gracieux contre la délibération du Conseil de Paris, l’un étant devenu contentieux le 24 août dernier, il convient d’observer qu’un permis de démolir, datant du 21 octobre 2019, a également été contesté par Cavé Goutte d’Or, au motif notamment qu’il disposait illégalement de « biens ou droits à caractère mobilier ou immobilier appartenant à l’État, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu’aux établissements publics » au sens de l’article 1er  du code général de la propriété des personnes publiques.

L’intempestif à la barre

À l’appui des deux recours de Cavé Goutte d’Or viennent bien involontairement témoigner de prestigieux élus parmi lesquels la conseillère de Paris Danièle Premel, élue PC du 18e arrondissement qui, lors des débats du 11 décembre 2019, assurait que « le commissaire enquêteur a donné son aval » au projet de déclassement (Bulletin officiel de la Ville de Paris, débats, séance des 9-12 décembre 2019, page 266). Madame Premel, à qui reviendra plus tard l’honneur de ré-introniser Éric Lejoindre, seul candidat à sa succession à la tête de la Mairie du 18e, montrait ainsi que les élus n’étaient pas bien informés du contexte, carence invoquée par Cavé Goutte d’Or pour contester la légalité de la délibération: loin en effet d’avoir donné un aval quelconque au projet de délibération qui écartait ses réserves, le commissaire enquêteur avait au contraire souligné que son avis était « réputé défavorable tant que les réserves n’(avaient) pas été levées ».

Pour ajouter à la confusion créée par une information biaisée, le conseiller municipal Jacques Baudrier lui-même, rapporteur de la délibération du 11 décembre 2019 devenu, depuis, adjoint à la maire de Paris en charge de la construction publique, du suivi des chantiers, de la coordination des travaux sur l’espace public et de la transition écologique du bâti, Jacques Baudrier donc expliquait au Conseil de Paris que « les réserves sont ou seront levées pour l’obtention du permis de construire » (Bulletin officiel de la Ville de Paris, débats, séance des 9-12 décembre 2019, page 268), ce qui laisse bien entendre qu’elles ne l’étaient pas le 11 décembre 2019, ou pas surement, ou peut-être pas, mais qu’elles le seraient en temps utiles, faussant ainsi toute la délibération qui était censée reposer sur leur levée.

Premier de cordée dans l’intempestivité examinée ici, le maire du 18e avait quant à lui donné son avis favorable à la demande de permis de construire dès le 7 novembre 2019, avant même la délibération du 11 décembre 2019 censée libérer l’espace concerné (avis favorable de M18). On garde l’avis de l’Architecte des bâtiments de France pour une nouvelle chronique à venir, rassemblant ses divers points de vue sur le secteur, – et points de vue est le mot car, à lire ses avis sur le 1 rue de la Charbonnière, le Decaux de la place Polonceau et le projet de PariSeine, on comprend mal son rapport à la covisibilité du monument historique qu’est l’église Saint Bernard.

À suivre donc.

Lire aussi aujourd’hui
en page Vie du quartier : Esquisses plurielles ou Les symboles de la Goutte d’Or au pied du mur.
en page Humeur : Le bazar à Lejoindre, retour sur une réplique du maire du 18e reprise par Michel Audiard dans « Le Président » d’Henri Verneuil.

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Sanisette

Decaux n’a pas les yeux en face du trou…
…et l’ABF des crottes dans les siens ?

  • À en croire la déclaration préalable de travaux déposée (et validée) en Mairie, le célèbre fabricant de mobilier urbain voulait placer une sanisette sur les escaliers des rues de la Charbonnière et de la Goutte d’Or.
  • Une façon de tirer la chasse sur les dealers que la Préfecture et la Mairie de Paris laissent trôner sur la place Polonceau et ses abords ?
  • Abords qui semblent à nouveau avoir échappé à l’Architecte des bâtiments de France.

Extrait de la Déclaration préalable d’aménagement pour une sanisette Decaux sur la place Polonceau (8 juillet 2020). Projet accepté le 30 juillet 2020 par la Mairie de Paris sur la base de ce visuel très approximatif. Visuel 1. Visuel 2.

Cavé Goutte d’Or avait annoncé à ses lecteurs qu’un projet de mobilier urbain était à l’étude sur la place Polonceau, haut-lieu du trafic de drogue toléré, sinon installé, par la Mairie de Paris, celle du 18e et la Préfecture de Police sur la pointe de l’ex-future-requalification urbaine de la Goutte d’Or Sud.

Il s’agissait en réalité d’une sanisette que, par négligence ou lassitude, tout le monde laisse prendre racine n’importe où puisque aussi bien, décalage des plans oblige, la sanisette ne se trouve pas en face du trou aménagé à cet effet. Sauf à considérer que, pour éviter les éventuels attroupements et autres mésusages de la rue, la sanisette aurait pour objectif d’occuper l’escalier comme le bâtiment zéro du projet devrait occuper l’ancien cheminement de la rue Boris Vian.

De fait, la sanisette se trouve bel et bien toujours au milieu de la place Polonceau et, si elle devait avoir été remplacée depuis le 30 juillet 2020, date de l’arrêté municipal de non-opposition à la Déclaration préalable de Decaux, ce ne serait pas sur les escaliers où les visuels de la Déclaration préalable la situent faussement.

Affirmation négative

L’escalier sur lequel Decaux (dé)place son ameublement urbain. Agrandir.

Cerise sur le gâteau : l’Architecte des bâtiments de France lui-même se voit piégé dans cette histoire puisqu’il omet de considérer que l’ameublement urbain est en covisibilité avec un monument historique, en l’occurrence l’église Saint Bernard.

Dont, à quelques jours des prochaines journées du patrimoine des 19 et 20 septembre, Cavé Goutte d’Or se plait à rappeler qu’elle est à l’origine du classement, par arrêté ministériel du 8 juin 2015 (la saga ici). Ce n’est pas tant que l’ABF a ignoré les monuments historiques susceptibles d’être heurtés par la sanisette. Il en recense en effet au moins quatre, dont trois très éloignés du lieu d’aisance (voir son avis) et, plutôt que de ne rien dire, il affirme qu’aucun n’est situé dans son champ de visibilité, alors que l’église Saint Bernard toute proche remplit très précisément les conditions de la covisibilité : être visible depuis le monument historique ou visible en même temps que lui.

Visibles en même temps d’un même point, tel est le sort de l’église Saint Bernard, monument historique, et de la sanisette Decaux de la place Polonceau. Crédit Google.

L’ABF aura été trompé par l’adresse communiquée pour le projet. La société Decaux évoque en effet pour seule adresse « à proximité du 2 rue Polonceau », ce qui n’est pas faux puisque le projet est censé prendre place en face du 2 rue Polonceau, qui vit naguère Jean-Paul Sartre et Michel Foucault réunis à l’appel du MRAP (ici pour mémoire). La Mairie de Paris a ensuite enregistré le dossier avec l’adresse du 3 rue Polonceau, qui n’existe pas, rasé qu’il fut dans les années 1930 déjà.

Toilettage

Sauf à passer par la sanisette de la place Polonceau, le 1 rue de la Charbonnière n’est pas en covisibilité avec l’église Saint Bernard. Notre billet du 11 septembre 2019.

Il reste que les positions de l’ABF ne manquent jamais de surprendre dans ce secteur qu’il a longtemps négligé (ici pour mémoire) : n’a-t-il pas en effet considéré que le malheureux 1 rue de la Charbonnière, brièvement soutenu par les babilleurs de Twitter, était en covisibilité avec l’église Saint Bernard (alors qu’il ne l’est manifestement pas) ?

Dans le cadre de son opération passage de témoin, désormais entrée dans sa phase active, Cavé Goutte d’Or ne contestera pas l’arrêté de non-opposition au projet Decaux mais encourage les riverains à le faire, le cas échéant avec son aide et dans la considération globale des trois dossiers qui méritent, à ses yeux, l’attention de l’ABF concernant les abords de l’église Saint Bernard : celui des containers de tri des déchets (dont Cavé Goutte d’Or demande le déplacement depuis le 4 janvier 2017 : ici pour mémoire), celui de la rampe PMR pour la Salle Saint Bruno (ici pour mémoire) et, petit dernier donc, celui que Decaux vient d’ajouter à la pile.

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Pré-rentrée

La Goutte verte quitte la rue Boris Vian

  • Comme en prélude au retour des trois actions contre le projet de requalification urbaine du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, qui entreront toutes les trois dans une nouvelle phase active le 24 août prochain, la Goutte verte transfert sur ses nouvelles terres de la rue Richomme ce qui restait du jardin qu’elle partageait et entretenait avec peine sur le TEP Goutte d’Or.
  • Et la correspondance de Boris Vian (Fayard 2020) sera présentée par Nicole Bertolt ce lundi 17 août 2020 en direct de 9 h à 10 h dans L’été comme jamais sur France inter.

Illustration empruntée au compte Facebook de Jardin Goutte verte (15 août 2020). Le doigt à droite semble indiquer aux déménageurs le chemin de la rue Richomme toute proche, mais difficilement joignable depuis la modification du sens des rues, premier acte de l’administration Éric Lejoindre II (ici pour mémoire).

« La Goutte verte dans l’impasse », notre billet en pages Vie du quartier [2 septembre 2019] et Tiré à part).

Avec peine, en effet, notamment faute de moyens. Nos lecteurs se souviennent des efforts de la Goutte verte pour acheminer l’eau sur le TEP de la Goutte d’Or l’été dernier, époque à laquelle l’association itinérante rêvait de s’installer pour toujours sur ledit TEP, au point de voir la rue Boris Vian, qu’elle appelait étrangement « impasse Boris Vian » devenir « bientôt impasse Goutte verte » (photo ci-contre et notre billet « La Goutte verte dans l’impasse » en pages Vie du quartier [2 septembre 2019] et Tirés à part).

On souhaite plein succès à la Goutte verte sur la rue Richomme, succès qu’elle rencontre d’ailleurs déjà lors de ses animations de « la rue aux enfants » (voir ici et ci-dessous).

En attendant de suivre l’évolution des trois recours contre le projet de requalification urbaine du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or (deux de l’association Cavé Goutte d’Or contre le premier permis de démolir les escaliers Boris Vian et contre la délibération du Conseil de Paris qui prétend avoir levé les réserves du commissaire enquêteur sur le déclassement des lieux [ici pour mémoire], et un du Collectif Saint Luc-Polonceau-Boris Vian contre la même délibération), les lecteurs du blog pourront entendre demain 17 août 2020 Nicole Bertolt, de la Cohérie Boris Vian, présenter sur France inter la correspondance de Boris Vian qu’elle a réunie, éditée et annotée aux Éditions Fayard (« L’été comme jamais », France inter, 17 août 2020, 9-10h), correspondance qui sera l’objet d’une  lecture par François Morel accompagné au piano et à l’accordéon par Antoine Sahler à Manosque le 24 septembre 2020 de 21h à 22h30 (information et réservation ici).

Le jardin Goutte verte sort de la canicule par le haut (compte Facebook de Jardin Goutte verte, 15 août 2020).

Désormais installée rue Richomme, la Goutte verte y accueille La rue aux enfants (sources : compte Facebook de Jardin Goutte verte, 2 août 2020).

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Covid grenier

Le trafic de drogue démasqué

  • La Préfecture de Police et la Ville de Paris prennent acte de la « forte concentration de personnes » sur l’un des secteurs commercialement les plus inactifs de la Goutte d’Or, exclusivement livré au trafic de drogues.
  • Et font une croix sur la Chapelle, sympathique sas entre la place Polonceau et la place Jan Karski sur la délicieuse promenade de Barbès à Stalingrad.

Zone de port obligatoire du masque à la Goutte d’Or et la Chapelle.  Extrait du site de la Mairie de Paris. Les traçages bleus sont de la Mairie de Paris.

Alors que sa partie Est (de la rue des Gardes à la rue Pierre L’Ermite) est actuellement dépourvue de tous commerces à l’exception des deux résistants que sont le Café d’Or et l’Auto-école des Nations, la rue de la Goutte d’Or en son entier est considérée comme l’un des « secteurs à forte affluence » ou « forte concentration de personnes », que le préfet de Police de Paris – « en pleine concertation avec la maire de Paris », précise-t-il – a identifiés comme zone dans laquelle le port du masque serait rendu obligatoire dès lundi 10 août 2020.

Dissout avant l’heure

Twitt perdant perdant de chez twitt perdant perdant. Afficher le twitt.

Déjà, le babillard s’inquiète (on se souvient que nous appelons parfois babillard [tableau d’affichage en québécois] le lieu sur lequel les babilleurs s’affichent [et babillent]).

Les railleurs de rien, incrédules de tout, raillent sans conviction et promettent à leurs troupes que non, les pandores, n’ouvriront pas leur boîte à verbaliser. Mais prenons un instant la question dans l’autre sens. Obligeons le préfet et la maire à verbaliser et faire verbaliser pour de vrai. Pas pour défaut de port de masques, mais pour trafic de drogue, nuisances sonores, tapages diurnes et nocturnes, entraves à la liberté de mouvement dans l’espace public, occupation de perrons, incivilités, harcèlements de rue, outrages sexistes… Et, à défaut de verbalisation, incitons les babilleurs à mettre leur énergie dans la rédaction d’une plainte contre X avec constitution de parties civiles en réparation des préjudices pour troubles de voisinage, nuisances et autres crimes et délits précités dont la non-verbalisation constitue un dommage pour les riverains.

« Forte concentration
de personnes »

Même s’ils perdent en j’aime et en surface médiatique, ils auront mis le droit dans l’engrenage (respecter et faire respecter la loi). D’autant que, depuis la brûlure du supermarché en février 2019 (ici pour mémoire) et la fermeture du restaurant « À la Goutte d’Or » en juin 2019, il n’y a de « forte concentration de personnes », pour reprendre le titre de l’arrêté du 7 août 2020, sur le tronçon de la rue de la Goutte d’Or sis entre la rue des Gardes et la rue Pierre l’Ermite, qu’en raison des trafiquants de drogue qui tiennent le pavé, le trottoir, les escaliers Boris Vian et le totem à deux balles que la Ville a posé sur la place en en versant trois mille à Extra-Muros (ici pour mémoire).

Et attention, car une déclaration préalable pour « installation de mobilier urbain » vient d’être accordée sur le même secteur (à suivre sur le blog dès que les plans seront communiqués).

  • Nota bene. Pour la déclaration préalable à la production d’une fresque d’Esquisses sur le mur Sud de la Bibliothèque Goutte d’Or, voir notre billet du 30 juillet 2020 sur les derniers développements de l’opération dans un secteur où, étrangement, le port du masque serait encore facultatif. Le carrefour Fleury/Chartres/Charbonnière pourra néanmoins être visité et verbalisé car, comme l’a précisé Audrey Pulvar, l’une des adjointes à la maire de Paris, ce 9 août 2020, la carte des secteurs visés est évolutive.

Une carte évolutive, selon la maire adjointe Audrey Pulvar. Le Nord-Est parisien s’en réjouit. Pastille grisée: secteurs Goutte d’Or/La Chapelle/Stalingrad. Sources: Site de la Mairie de Paris.

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