Persévérance (suite)

Le Tribunal administratif a enregistré cette semaine deux référés contre le projet de renouvellement urbain de la Goutte d’Or Sud

  • Déjà visés par un recours en annulation, la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 prononçant le déclassement de l’ancienne rue Boris Vian et le permis de construire du 19 août 2020 qui pense pouvoir en découler sont aujourd’hui l’objet de deux référés demandant la suspension de leur exécution.

1991-2021 – Déconstruction, reconstruction: la Goutte d’Or, terrain de jeux et d’expériences de la politique de la ville.

On se souvient que la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 avait consacré la rupture entre le PS et ses alliés Verts bien avant les multiples événements qui, depuis, l’ont consommée (notre billet du 16 décembre 2019) et fait l’objet d’un recours en annulation déposé par l’association Cavé Goutte d’Or en août 2020.

Ce recours est fondé notamment sur le fait que le déclassement a été prononcé alors que les réserves du commissaire enquêteur n’avaient pas été levées, consacrant ainsi, comme le rappelle Cavé Goutte d’Or dans son récent mémoire en référé,  « la méconnaissance de plusieurs dispositions du code général des collectivités territoriales, du code général de la propriété des personnes publiques, du code de la voirie routière, du code des relations entre le public et l’administration ».

Ce qui, soutient l’association, porte atteinte de manière grave et immédiate à l’intérêt public et à aux intérêts qu’elle entend défendre, conditions que Cavé Goutte d’Or estime remplies pour ce qui concerne son recours en référé contre la délibération du Conseil de Paris, objet d’une confusion telle que les votes n’ont pas été enregistrés correctement (les Verts auraient voté pour, le PC contre).

Extrait du Tableau des votes des groupes politiques, BO de la Ville de Paris, Débats, séance des 9-12 décembre 2019, page 582 (lien). Agrandir l’image.

Pour ce qui est du recours contre le permis de construire lui-même, les requérants estiment que plusieurs des moyens qu’ils ont présentés dans leur requête au fond du 20 octobre 2020 sont « propres à créer, en l’état actuel de l’instruction, des doutes sérieux sur la légalité de l’arrêté entrepris », comme l’exige l’article L.521-1 du code de justice administrative :

« Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».

Outre le défaut de déclassement par anticipation du domaine public de voirie (donc l’illégalité de la délibération du Conseil de Paris) et la disposition indue du domaine public qui s’ensuit, les moyens soumis au juge des référés par les requérants sont les suivants

– Le signataire du permis de construire accordé à Pariseine n’a pas compétence pour délivrer l’autorisation d’ouverture d’établissement recevant du public : Déjà défendu dans la requête déposée en octobre, ce moyen a été accueilli, depuis, par le Tribunal administratif de Paris dans l’affaire jugée le 7 janvier 2021 à la requête de l’Association de préservation du quartier de la rue Erlanger présentant une situation identique.

– L’autorisation pour modifier la destination du terrain d’éducation physique (TEP) n’est pas produite : Le projet mis en œuvre par Pariseine implique une altération non autorisée d’un équipement sportif de la Ville de Paris qui, en cas d’exécution du permis, serait amputé d’un cinquième de sa surface et flanqué de jeux d’enfants limitant l’usage de cet équipement sportif. « Or, aux termes de l’article L.312-3 du code du sport, la suppression totale ou partielle d’un équipement sportif dont le financement a été assuré par une ou des personnes morales de droit public est sujette, comme la modification de son affectation, à une autorisation, elle-même subordonnée à la condition que l’équipement supprimé ou modifié soit remplacé par un équipement équivalent », lit-on dans le mémoire déposé par les requérants le 17 février 2021.

Covisibilité au carrefour Boris Vian, Saint Luc et Polonceau (image Google).

– L’architecte des Bâtiments de France n’a pas donné son avis conforme : Dans ses avis des 14 novembre 2019 et 20 janvier 2020, l’ABF indique que le projet n’est situé dans le champ de visibilité d’aucun monument historique. Or, indiquent encore les requérants dans leur mémoire, « il est avéré que le projet se situe dans le champ de visibilité de l’église Saint-Bernard de la Chapelle et que cette église est un monument historique classé par un arrêté du 18 juin 2015 ». Ne considérant manifestement que l’adresse du 12 rue de la Goutte d’Or, l’architecte des Bâtiments de France a méconnu l’emprise totale des travaux projetés et ignoré le fait que le projet était en covisibilité avec le monument historique tant en ce que l’un est visible à partir de l’autre dans l’angle Nord-Ouest, au croisement des rues Boris Vian, Saint Luc et Polonceau, qu’en ce que les deux peuvent être embrassés d’un même regard depuis la rue Polonceau en partie haute et depuis le carrefour des rues Polonceau, Pierre L’Ermite, Jessaint, la Charbonnière et la Goutte d’Or en partie basse comme en témoigne le reportage photographique produit par les requérants (voir illustrations).

Covisibilité au carrefour Polonceau, Pierre L’Ermite, Jessaint, la Charbonnière, Goutte d’Or (image Google).

– L’atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux : « Le permis querellé autorise un ensemble architectural monumental sur un espace libre de toute construction et méconnaît ainsi l’article R. 111-21 du code de l’urbanisme », plaident les requérants. Selon ce texte, « le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales ».

« Un ensemble architectural monumental sur un espace libre de toute construction ». Illustration Pariseine.

« Constitué d’une ‘charpente de bois architecturée’ surmontée d’une ‘couverture réalisée en polycarbonate’ selon la notice de ses auteurs, l’édifice volumineux imaginé pour couvrir le TEP ne fait l’objet d’aucun traitement paysager adapté garantissant une bonne intégration dans le site », poursuivent les opposants au projet.

« Cette circonstance est d’autant plus regrettable qu’outre la covisibilité précitée avec l’église Saint Bernard de la Chapelle, monument historique classé, le terrain d’assiette du projet jouxte plusieurs bâtiments haussmanniens, néo-haussmanniens et faubouriens d’autant plus dignes d’attention qu’ils sont rescapés d’une précédente opération immobilière dont la Ville elle-même a dû récemment constater l’échec », écrivent-ils encore.

Et de conclure sur ce point : « À cela s’ajoute que les constructions autorisées obstrueront un espace actuellement dégagé qui offre une respiration urbaine d’autant plus nécessaire que le quartier est parmi les plus denses de Paris. Elles supprimeront une aire de sport à ciel ouvert au moment même où ces aires sont particulièrement indispensables à la protection sanitaire des habitants et usagers, comme l’établissent notamment les principes portés par le Protocole sanitaire du 2 novembre 2020 établi par le Ministère de l’Éducation nationale, principes aux termes desquels ‘les activités physiques et sportives en intérieur sont interdites’ ».

Médiation dopée ?

On se souvient que, le 19 novembre 2020, les requérants avaient proposé à la Ville de Paris une médiation sous l’égide du Tribunal administratif. La demande avait été transmise par le Tribunal le 4 décembre 2020 avec un délai d’un mois pour y répondre. Restée silencieuse à l’échéance du 4 janvier 2021, la Ville a été relancée par le greffe qui, si on en croit le site de Télérecours citoyens, aurait envoyé le 21 janvier une « demande d’accord pour médiation » avec un nouveau délai d’un mois, échéant ce 21 février 2021.

Extrait du site Télérecours citoyens, 21 février 2021.

Déposé mercredi soir 17 février, les recours en référé ont pour leur part été enregistrés par le Tribunal jeudi matin 18 février. La clôture est d’ores et déjà fixée au 1er mars 2021.

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Par le haut

Pendant les travaux, la médiation reste ouverte

  • La Mairie de Paris poursuit les travaux litigieux sur le TEP Goutte d’Or sans avoir répondu au Tribunal administratif qui lui avait donné un délai au 4 janvier pour se prononcer sur l’offre de médiation des opposants aux autorisations d’urbanisme accordées autour de la rue Boris Vian.
  • Le quartier ne se laisse pas démolir pour autant. Avec le soutien du Conseil citoyen et de plusieurs habitants qui voient dans la médiation la perspective d’un renforcement de la concertation défaillante et, plus largement, de la démocratie dans ce quartier en politique de la ville, les opposants maintiennent leur offre de médiation.
  • Parallèlement, forts des attendus du récent jugement du Tribunal administratif dans le dossier de la rue Erlanger qui font écho aux moyens qu’ils ont eux-mêmes présentés dans leurs recours, ils préparent le référé qui s’impose pour solliciter du Tribunal la suspension des travaux.

La rue Boris Vian tombe dans la rue de la Goutte d’Or (Photo CGO, 21 janvier 2021).

Comme nous l’avons écrit ici il y a quelques jours, le Conseil citoyen de Paris 18 a rendu public, le 13 janvier 2021, son soutien à la médiation proposée sous l’égide du tribunal administratif dans le cadre des recours contre les autorisations d’urbanisme accordées sur le secteur Polonceau/Boris Vian/Goutte d’Or (notre billet du 17 janvier 2021).

Invitant à son tour le Conseil citoyen à aller jusqu’au bout de sa démarche, Cavé Goutte d’Or a rappelé, dans son dernier billet, que cet organisme issu de la Loi Lamy sur la politique de la ville peut en effet « saisir le représentant de l’État dans le département des difficultés particulières rencontrées par les habitants (du quartier prioritaire concerné) » et que, suite à cette saisine, le représentant de l’État dans le département peut, « lorsque la nature et l’importance des difficultés le justifient », prendre des dispositions d’envergure qui vont jusqu’à « la nomination d’un délégué du Gouvernement qui lui est directement rattaché » (articles 6/VI et 6/VII de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine [Loi Lamy]).

Coups de boutoir

Les coups de boutoir infligés actuellement par les Mairies de Paris et du 18e au TEP Goutte d’Or (et, plus encore: au Tribunal administratif saisi de trois recours contre les autorisations d’urbanisme, à l’ANRU et à la Région dont les trois millions d’euros de participation sont brandis faussement par les élus pour faire passer leur projet, à la médiation issue de la loi de 2016 tendant à « favoriser les modes alternatifs de règlement des différends », au Conseil citoyen enfin qui vient de soutenir cette médiation) ouvriront-ils sur la perspective de la remise à plat nécessaire de ce dossier ?

Tout en le souhaitant pour l’avenir du quartier, les opposants préparent désormais le référé suspension auquel les contraint la municipalité. Comme le rappelle le Tribunal administratif dans ses contacts avec les requérants, et comme on peut le lire sur la fiche qui lui est dédiée sur le site du Conseil d’État, la médiation reste en effet possible « même après l’introduction d’un recours devant le juge administratif ». En l’occurrence, l’offre de médiation a été faite par les opposants au projet de rénovation de la Goutte d’Or Sud le 19 novembre 2020. Elle a été transmise par le Tribunal administratif de Paris à la Ville et à Pariseine le 4 décembre 2020 avec un délai au 4 janvier 2021 pour répondre.

L’absence de réponse vaut sans doute refus de la médiation. Un refus tacite et peu glorieux que la Ville tenterait maladroitement de masquer derrière cette nouvelle annonce de « nouvelle démarche » qu’elle présente dans ce nouvel énoncé performatif, auto-référentiel à souhait qui voudrait que, le 26 janvier 2021 à 18h30, les habitants de la Goutte d’Or sauraient que « La Ville embellit leur quartier » ?

Si les opposants devant le Tribunal administratif se tournent désormais vers la procédure du référé (seule à pouvoir le cas échéant suspendre les autorisations d’urbanisme), les soutiens à la médiation peuvent voir dans le silence de la Ville, rehaussé si l’on peut dire par la « nouvelle démarche » annoncée, une illustration supplémentaire de ce que la Loi Lamy appelle pudiquement « des difficultés particulières rencontrées par les habitants (du quartier prioritaire) », et faire enclencher par le Conseil citoyen la procédure permettant au représentant de l’État de prendre, « lorsque la nature et l’importance des difficultés le justifient », des dispositions d’envergure allant jusqu’à « la nomination d’un délégué du Gouvernement qui lui est directement rattaché » (articles 6/VI et 6/VII de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine [Loi Lamy]).

Faire obstacle à l’échec

Alors que, dans le malheureux dossier de la Goutte d’Or Sud, qui va d’échecs en échecs depuis 1984, le blog d’Action Barbès pouvait légitimement titrer, le 26 octobre 2020, sur « la concertation en échec », celui du Conseil citoyen de Paris 18 sera-t-il contraint de titrer en écho sur « la loi Lamy en échec » ? Et les opposants aux autorisations d’urbanisme qui mettent en œuvre l’article 5 de la loi du 18 novembre 2016 dite « de modernisation de la justice du XXIe siècle » devraient-ils, en bout de course, tirer les conséquences de ce que serait « la médiation en échec » ?

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Coconstruction

Le Conseil citoyen de Paris 18 met le droit dans l’engrenage

  • Saisi par les requérants opposés aux permis de démolir et de construire accordés par la maire de Paris sur le secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, le Conseil citoyen de Paris 18 se propose de réunir « un représentant de la Mairie de Paris, de l’État, de Cavé Goutte d’Or et du conseil citoyen lui-même afin de conforter la démarche de médiation sollicitée ».
  • En offrant ainsi sa médiation à la médiation, le Conseil citoyen de Paris 18 ouvre la voie à un exercice de démocratie auquel il encourage les habitants et acteurs associatifs du quartier à participer.

Un exercice de démocratie sur le TEP Goutte d’Or enneigé. Illustration: « Les fils d’aplomb », sculpture de Lyonel Kouro entreposée sur le TEP Goutte d’Or (photo CGO, 16 janvier 2021)

Cavé Goutte d’Or était invitée à la visioconférence organisée le 10 décembre 2020 par le Conseil citoyen du 18e arrondissement de Paris (CCP18), mais n’avait pu rejoindre la réunion d’habitants du quartier et du conseil d’administration de l’organe officiellement institué par la loi du 21 février 2014 sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine aux fins de « renforcer la participation directe et active des habitants et acteurs associatifs des quartiers prioritaires en politique de la ville » (pour mémoire : présentation des conseils citoyens institués par la Loi Lamy sur le site du ministère de la cohésion des territoires).

Bien qu’excusée, Cavé Goutte d’Or n’aura pas manqué d’entendre ses oreilles siffler lorsque, à en croire le compte rendu de réunion publié le 13 janvier 2021 sur le site du CCP18, son travail s’est vu comparé à celui de « vigie de quartier et lanceur d’alerte ». Diantre, que voilà là un défi à relever !

Si le compte rendu du CCP18 semble, bien généreusement encore, gratifier Cavé Goutte d’Or de « compétences juridiques de vulgarisation » et saluer son projet de « rouvrir la concertation par le dialogue », ajoutant que « le tribunal administratif est très ouvert à cela », force est d’observer que, dans cette histoire, ce sont avant tout les compétences du Conseil citoyen qui sont en jeu et, plus singulièrement, sa compétence au sens institutionnel du terme, telle qu’elle lui est donnée par la loi Lamy du 21 février 2014 (dite de programmation pour la ville et la cohésion urbaine), par le contrat de ville 2015-2020 qui en découle (dont nous avons récemment rappelé qu’il avait été prorogé pour les années 2021 et 2022 [notre billet du 5 janvier 2021 en page Défense du quartier]), et par la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté du 27 janvier 2017 que le CCP18 a eu la bonne idée de mettre en exergue dans son édition du 13 janvier 2021.

Car tous ces textes forment le socle des conseils citoyens, quels qu’ils soient, dans quelque « quartier défavorisé » ou « quartier prioritaire » qu’ils agissent et, si le CCP18 a choisi le statut d’association loi 1901 pour exercer sa mission, comme le lui permet l’article 7 de la loi Lamy, il reste qu’il n’est pas une association tout-à-fait comme les autres en ce que la mission qu’il assume selon le contrat de ville (« offrir un nouveau lieu de débat, de proposition, d’expertise et de coconstruction des politiques menées ») en fait un partenaire institutionnel de la politique de la ville.

Le droit n’est pas son cousin

Un partenaire d’autant plus fort qu’il est indépendant : selon la Loi Lamy en effet, « les conseils citoyens exercent leur action en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics », ce qui peut ne pas être le cas des associations municipales qui constituent le célèbre tissu associatif sur lequel les Mairies de Paris et du 18e tissent la toile de ce qu’elles appellent « démocratie participative », – sans mesurer combien, dans ce vocable censé souligner par redondance les lacunes de la démocratie représentative, l’adjectif vide le substantif… de sa substance justement.

La question n’a d’ailleurs pas échappé à la réunion de travail du 10 décembre 2020 dont le compte-rendu indique qu’elle aurait émergé dans le débat sous la forme d’une « hypothèse pertinente » :

  • « Certaines associations pourraient craindre des coupes budgétaires en rejoignant le conseil citoyen ».

Caillou dans la chaussure, pour ne pas dire épine dans le pied, voire talon d’Achille, des Mairies de Paris et du 18e qui ne sauraient être soupçonnées d’acheter le silence associatif sans enfreindre au principe même des conseils citoyens dont le site du ministère indique encore qu’ils sont des « collectifs d’habitants et d’acteurs du quartiers (associations, commerçants, professions libérales…) permettant la création et la réalisation de projets ou d’actions pour améliorer la vie du quartier, (dont les) actions s’inscrivent dans le cadre d’une politique globale en faveur des quartiers prioritaires, indépendamment des pouvoirs publics », précisant que, « depuis la loi du 21 février 2014 sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine, la création des conseils citoyens est obligatoire dans chaque quartier prioritaire de la politique de la ville » (site du ministère de la Cohésion territoriale).

Sur le chemin de Varadero à Barbès: la rue Boris Vian et la Goutte rouge du 19 rue Polonceau.

Et si, pour sortir les quartiers dont on dit un peu vite, comme pour légitimer le fait qu’on renonce à y appliquer la loi, qu’ils formeraient une « zone de non-droit », on apprenait à leurs habitants à se servir du droit ? Le cas échéant via les conseils citoyens, celui du 18e rappelant opportunément à cet égard la force des articles 153 et 155 de la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté qui leur donnent le pouvoir de « saisir le représentant de l’État dans le département des difficultés particulières rencontrées par les habitants », – en l’occurrence de saisir le préfet de Paris (préfet ‘civil’ bien sûr et non préfet de Police : Marc Guillaume et non Didier Lallement, dans lequel se cristallise l’opposition Ville/État focalisée sur la sécurité).

Vers un représentant de l’État
pour la Goutte d’Or ?

Suivons sur ce point la logique du CCP18 qui, dans son billet du 13 janvier, met en relief le pouvoir et le droit d’interpellation donnés aux conseils citoyens par la loi de 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté :

  • Si les conseils citoyens peuvent « saisir le représentant de l’État dans le département des difficultés particulières rencontrées par les habitants (du quartier prioritaire concerné) », le préfet d’Île de France représentant de l’État ainsi saisi peut, à son tour, « lorsque la nature et l’importance des difficultés rencontrées le justifient (…), soumettre au comité de pilotage du contrat de ville le diagnostic et les actions qu’il préconise pour y remédier » (article 6/VI de la loi Lamy issu de l’article 153 de la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté).

Et le paragraphe suivant de la loi Lamy (article 6/VII issu de l’article 155 de la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté) d’aller plus loin encore :

  • « À la suite de (sa) saisine (par) le conseil citoyen et lorsque la nature et l’importance des difficultés le justifient, le représentant de l’État dans le département peut, après consultation du maire de la commune (…), demander la nomination d’un délégué du gouvernement qui lui est directement rattaché ».

Montmartre a son président de la République, la Goutte d’Or aura-t-elle son gouverneur ? La nature et l’importance des difficultés rencontrées dans ce quartier depuis plusieurs décennies n’ouvrent-elles pas la voie, royale s’il en est, à un coup d’état, d’état de droit bien sûr, – propre à rejeter définitivement, par simple application de la loi, les propos par trop convenus sur la zone de non-droit* ?

Dans son élan de « vulgarisation juridique », et au-delà de la médiation proposée à la Ville de Paris sous l’égide du Tribunal administratif dans le cadre des requêtes déposées contre les permis de démolir et de construire la Goutte d’Or Sud, Cavé Goutte d’Or propose au Conseil citoyen du 18e arrondissement de saisir le préfet de la situation du quartier en ce qu’elle concerne la politique de la ville et de demander, dès lors que la nature et l’importance des difficultés semblent le justifier, la nomination d’un délégué du gouvernement qui lui sera directement rattaché.

*Malheureuse et inadéquate, l’expression « zone de non-droit » a encore tout récemment été choisie par la maire adjointe Afaf Gabelotaud, élue du 18e en charge des entreprises, de l’emploi et du développement économique pour qualifier le secteur des travaux contestés (voir dans un très prochain billet: « Les adjoints Gabelotaud et Gonzalez inquiets d’un potentiel conflit d’intérêts sur le projet dit Boris Vian »).

> Lire en page Humeur : Brouille dans la majorité municipale sur un projet d’urbanisme récemment retoqué par le Tribunal administratif.

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Vœux

La Goutte d’Or bientôt libérée de ses casseurs ?

  • Retour sur une image de fin d’année pour souhaiter en 2021 la fin du cycle qui casse et recasse inlassablement la Goutte d’Or depuis 40 ans.

Photo CGO 17 décembre 2020 : Derrière la vitre fracassée, au-delà des éclats de l’agression subie par la Bibliothèque municipale de la nouvelle Goutte d’Or, une vue de l’ancienne Goutte d’Or dont une étude de François Loyer pour l’APUR préconisait la protection patrimoniale en 1980. Un symbole sur lequel nos lecteurs pardonneront le photographe de Cavé Goutte d’Or de s’être attardé un instant (non sans risque car les reportages sur site sont en effet dangereux). Zoom sur la photo derrière la vitre cassée.

On se souvient que la Bibliothèque municipale de la Goutte d’Or a subi en fin d’année, par deux fois à la mi-novembre et à la mi-décembre 2020, de violentes agressions. Un établissement municipal, lieu de culture et d’éducation, est ainsi devenu la cible de ces crimes et délits qui maintiennent le quartier dans l’insécurité et la discrimination installées par et/ou malgré la politique de la ville depuis plusieurs décennies.

On sait que ce constat n’incrimine pas en lui-même la Ville : la « politique de la ville » (expression spécifique qui désigne la politique menée pour la ville, notamment envers ses quartiers défavorisés) n’est pas, en effet, la « politique de la Ville » (expression générale pour toute politique menée par la ville, entité et collectivité publique appelée indistinctement Ville, Mairie, Municipalité et portant alors la majuscule de l’institution).

On observe enfin que, si d’aucuns ont pu voir dans l’agression de la Bibliothèque municipale un point de départ (départ de l’intolérable), d’autres ont rappelé qu’il s’agissait d’une suite logique de la criminalité qui sévit dans le quartier depuis longtemps, – comme l’ont au demeurant bien posé les employés de la bibliothèque eux-mêmes en dénonçant, le 17 novembre 2020, « une montée de la délinquance et de la violence liée aux nombreux trafics qui se sont installés au fil du temps » (lire le communiqué sur le site du Conseil citoyen de Paris 18).

Installation, maître mot

Dans la Goutte d’Or, l’intolérable remonte en tout cas à l’origine du crime qui y est toléré, sinon mis en place, installé là pour qu’il ne soit ailleurs, – comme n’ont pas manqué de le noter tous ceux qui en ont profité, « au fil du temps » en effet. Récemment missionnée par la Mairie de Paris, l’association Trajectoires ne soulignait-elle pas, en 2018, « l’attrait » de la Goutte d’Or et de la Chapelle qui offraient les conditions d’un « ancrage dans l’errance ».

La maire de Paris évoquait elle-même, dans sa fameuse lettre du 5 avril 2018 au premier ministre, les « réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs », « la spirale dans laquelle ces jeunes (les jeunes marocains, NDLR) sombrent sous l’emprise de délinquants majeurs implantés de plus longue date et qui les exploitent ».

« Des réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs » (Anne Hidalgo à Édouard Philippe, 5 avril 2018). Une situation dont le quartier sait sourire comme en témoignent les logos détournés ci-dessus (T-shirts en vente à l’Échomusée, 21 rue Cavé).

Ce temps dépasse sans doute les quarante ans de zonage que nous prenons régulièrement comme mesure sur ces pages. Mais, depuis en tout cas l’institution d’une zone sensible à la Goutte d’Or au début des années 1980, la politique de la ville se confond avec la politique de la Ville. Il parait alors vain de s’abriter derrière les rivalités d’impuissances dans lesquelles s’enferment la Ville et l’État.

Les deux – Ville et État – ont suffisamment œuvré de concert et de conserve, d’un accord commun et négocié, uni et surveillé, pour détruire volontairement un quartier dont ils ont volontairement ignoré l’histoire et le patrimoine, souvenons-nous, pour que les habitants de la Goutte d’Or se laissent entraîner encore dans la dispute feinte sur les prétendus pouvoirs régaliens non partagés.

Pouvoirs régaliens

Un passage de la lettre ouverte que la Bibliothèque municipale de la Goutte d’Or a écrite au président de la République le 16 décembre 2020 se réfère expressément à l’expression : « Nous nous adressons à vous car il s’agit de crimes et de délits qui relèvent des pouvoirs régaliens de l’État : police et justice notamment » (lire la lettre sur le blog d’Action Barbès).

Peu avant, l’Inter-asso, collectif d’associations pour la plupart municipalisées de la Goutte d’Or, s’était lui aussi adressé au président de la République et avait lui aussi mis le doigt sur la responsabilité de l’exécutif national : « Malgré tous ces constats et le découragement qui s’installe parfois, nous ne sommes pas résignés à voir la situation perdurer et s’aggraver. Nous sommes mobilisés et attendons de l’État qu’il joue son rôle pour y mettre fin » (lire la lettre sur le site de Goutte d’Or et vous).

Selon une indiscrétion du Conseil citoyen de Paris 18, qui publie également la lettre sur son site, c’est « après une réunion avec le maire et ses adjoints que (l’Inter-asso) a décidé d’envoyer un courrier à l’État, au président de la République, au premier ministre et aux ministres potentiellement concernés ainsi qu’au Préfet de Police de Paris » (voir le site du CCP18). Précision amusante, même si l’on imagine mal que ce puisse être après une réunion avec le président de la République que les associations municipalisées de la Goutte d’Or décident d’envoyer un courrier à la maire de Paris et au maire du 18e arrondissement pour les enjoindre à « jouer leurs rôles ».

Très en pointe sur la sécurité du quartier, l’association Action Barbès, dont nous avons récemment noté l’engagement aux côtés de la future police municipale (voir « Splash-info », notre billet du 24 octobre 2020), semble elle-même penser que c’est l’État qui a la main en la matière : « La Préfecture de police semble avoir abandonné ce quartier et nous devons déplorer une augmentation incessante de l’insécurité sur ce secteur », observe-t-elle sur son blog le 15 décembre 2020 sous l’intertitre « Mais que fait la police ? ». « Au centre de la ZSP 10-18 – un dispositif qui semble avoir vécu – le secteur Barbès-Goutte d’Or Sud est sans aucun doute celui qui concentre le plus de problèmes liés à l’insécurité », poursuit-elle. « La liste des trafics, crimes et délits y est interminable : vente de cigarette de contrebande, deal de drogues en tout genre, recel (de téléphone, vélos, bijoux…), vols à l’arrachée, vols/agressions avec violence/armes, menaces sur les commerçants et habitants, prostitution dans les communs des immeubles, règlements de comptes sanglants, vente de faux-permis… (des crimes et délits qui relèvent tous de la Police nationale NDLR) ».

« Le tout avec un commissariat de la Police judiciaire en son centre ! », ironise Action Barbès qui conclut : « Nous sommes en droit de (nous) demander pourquoi le Ministère de l’Intérieur ne veut, ou ne peut pas, assurer la sécurité dans ce quartier de Paris, pourquoi on abandonne des habitants, des travailleurs et des commerçants à leur triste sort » (Blog d’Action Barbès, 15 décembre 2020).

Changer de logiciel

Et si ce n’était pas (ou pas que) une question de sécurité ? Pas (ou pas que) une question de police(s) ? Si, pour passer du Zola de L’Assommoir au Zola de L’Aurore, de Gervaise à J’accuse, on partait de ce soi-disant « triste sort » pour enfin s’en détacher une bonne fois ?

Si, dans les domaines qui lui sont très largement régaliens à elle, la Ville avait elle aussi – peut-être même elle d’abord – abandonné la Goutte d’Or, et plus largement ses quartiers Nord-Est, ses « quartiers pauvres » pour le dire comme le Monde, ses « quartiers maltraités », comme les désignait parfaitement Le 18e du mois il y a deux ans et demi déjà ? Abandonné la Goutte d’Or au misérabilisme de sa politique sociale et culturelle ? À la violence de son urbanisme méprisant (ce n’est ni le préfet de Police ni le ministre de l’Intérieur qui ont opposé effort architectural et logement social, mais le responsable local et municipal de l’Urbanisme de 2001 à 2020) ? À l’inculture de sa Direction des Affaires culturelles qui, sur une place qui « peut être perçue comme anxiogène et porteuse d’un sentiment d’insécurité auprès des résidents et des passants » (la place Polonceau que quelques résistants venaient d’investir dans une tentative de démocratie directe, NDLR), voulut inaugurer une fresque qui aurait eu pour objectif le « ré-enchantement » des lieux en « apportant couleurs et poésie», en offrant « une place éclatante et chaleureuse, pleine de nuance et de possibles, afin d’y restaurer de la convivialité et de la sécurité et de rendre hommage aux habitants (du) quartier avec une œuvre qui leur ressemble et les rassemble » (lire la déclaration préalable de travaux rédigée par la Direction des Affaires culturelles de la Mairie de Paris).

Ces propos mécaniques et creux, dont les Mairies de Paris et du 18e semblent avoir le secret (on se souvient des « couleurs éclatantes » que Carine Rolland voulait jeter sur les trottoirs du quartier au motif que quelques prétendus ‘votants’ au budget participatif l’auraient voulu avant elle), ces projets sans audace ni ambition dont elles semblent se régaler et régaler la galerie, soutenus par une communication vide qui s’impose à coup d’antithèses du type « Embellir Paris » pour l’enlaidir, « Tous mobilisés » pour masquer l’absence de soutien, « quartiers populaires » pour déguiser les quartiers défavorisés, ces « dégradations de l’environnement urbain » constatées par la première magistrate de la Ville finissent par creuser elles aussi le sillon de l’insécurité. Peut-être autant, peut-être plus, que le manque d’effectifs policiers, la politique socio-culturelle que la Ville de Paris impose à la Goutte d’Or en vient à créer, comme par acculturation, les conditions d’un état de non-droit. Le mépris n’entraîne pas le respect.

Si Cavé Goutte d’Or devait à son tour écrire une lettre ouverte, elle ne l’écrirait pas au président de la République ou à la maire de Paris qui ont déjà tout dit, à leur façon, sur « le pognon de dingue » mis dans « la dégradation de l’environnement urbain ». Elle l’écrirait aux habitants de la Goutte d’Or, cible première de la politique de la ville, partenaires premiers du contrat de ville, pour les encourager à libérer le quartier de la bienveillance humanitaire qui le détruit et à jouer vraiment et directement, sans entrave et sans intermédiaire, la carte de la loi dite de programmation pour la ville et la cohésion urbaine qui est censée les aider à en sortir. Une chance pour jouer cette carte, le contrat de ville 2015-2020 a été prorogé de deux ans.

> Lire notre billet « 2021-2022 : La fin des ‘quartiers populaires’ ».

> Lire aussi, en page TEP Goutte d’Or : « Le Tribunal administratif invite la Mairie de Paris et Pariseine à répondre à l’offre de médiation des opposants aux permis de démolir et de construire sur le secteur Boris Vian, Polonceau, Goutte d’Or ». Un délai au 4 janvier leur était donné.

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Justice XXI

TEP Goutte d’Or : Vers une médiation sous l’égide du Tribunal administratif ?

  • Estimant que le litige noué autour du déclassement de la rue Boris Vian et du TEP de la Goutte d’Or est susceptible de résolution amiable, les requérants ont proposé au Tribunal administratif d’organiser une médiation avec la Ville de Paris.
  • Évoquant dans leur mémoire au TA la critique de l’association Action Barbès qui regrette « une concertation déconcertante » sur « un projet déconcertant », ils souhaitent que le Conseil citoyen soit invité à intervenir à la médiation et puisse occuper sa place au sein de la Politique de la ville et des décisions ANRU.

Signalétique de voirie au pied de l’escalier haut de l’ancienne rue Boris Vian (Photo CGO, 14 novembre 2020)

Sous le titre « Favoriser les modes alternatifs de règlement des différends », l’article 5 de la loi du 18 novembre 2016 dite « de modernisation de la justice du XXIe siècle » introduit la médiation dans le code de justice administrative.

Sur le site du Conseil d’État, la médiation est présentée comme « un processus structuré par lequel les parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leur litige, avec l’aide d’un tiers, le médiateur » (lien).

Le processus est encore récent mais suffisamment engagé pour que le Conseil d’État ait organisé, il y a près d’un an, le 18 décembre 2019, les premières assises nationales de la médiation administrative. Comme il l’indique sur son site, qui en publie les actes, « cet événement, qui a réuni près de 300 participants malgré les difficultés de transport, a confirmé l’intérêt que suscite aujourd’hui la médiation dans le règlement des litiges administratifs » (lien).

Dans les Actes des premières assises nationales de la médiation administrative, on peut lire que « l’urbanisme est une des matières qui marche le mieux en médiation. Ça a été une surprise pour nous, mais on comprend bien finalement car, comme en matière de marchés publics ou de fonction publique, il y a là aussi une question de lien social à entretenir entre deux parties qui doivent continuer à vivre ensemble » (cf. « La médiation dans les litiges d’urbanisme et d’environnement », Actes des assises, cinquième Table ronde, pages 98-108 [98]).

La lettre type adressée par le Greffe du Tribunal administratif de Paris aux requérants pour accuser réception de leur recours indique désormais :

  • « (…) Même après l’introduction d’un recours devant le juge administratif, vous pouvez vous entendre avec la partie adverse pour recourir à une médiation. Vous pouvez demander à la juridiction de l’organiser. La  procédure  contentieuse  sera  suspendue  tout  le  temps  de  la  médiation.  Si  celle-ci échoue, la procédure contentieuse reprendra son cours, sans que puissent être invoqués devant le juge les échanges intervenus au cours de la médiation ».

Sur la base des nouveaux articles L. 213‐1 à L. 213‐10 du code de justice administrative, les habitants qui, soucieux que les travaux nécessaires autour du TEP Goutte d’Or n’entraînent pas de nouvelles agressions au paysage urbain, et pas non plus une perte d’usage du TEP, ont estimé que leurs griefs contre le projet de la Ville pouvaient être soumis à un médiateur. Ils ont ainsi demandé à la présidente de la section du Tribunal administratif de Paris où sont enregistrées les requêtes concernant ce dossier de bien vouloir examiner l’opportunité d’une médiation et, le cas échéant, de recueillir l’accord de toutes les parties à cette fin.

Des carences de la concertation
à l’espoir de la médiation

Sans doute peut-on penser, comme on le lit également dans les Actes des premières assises nationales de la médiation administrative, que « si la concertation et la consultation du public se sont faites de manière convenable, en amont, il n’y a plus vraiment lieu à médiation en aval » (page 103). Les travaux menés en décembre 2019 sous l’égide du Conseil d’État ont d’ailleurs  permis de déceler « une crise de l’enquête publique » (page 108).

Dans leur demande au Tribunal administratif de Paris, les requérants évoquent à cet égard la critique formulée par l’association Action Barbès concernant les carences du projet et de la concertation :

  • « (…) Très active dans les relations entre la Ville et le quartier, rompue à l’exercice de la concertation en sa qualité d’initiatrice notamment du projet de promenade urbaine entre Barbès et Stalingrad, active également au sein du comité de voisinage de la ZSP 10-18 qu’elle présente comme ‘un rendez-vous régulier pour faire le point sur les opérations de police et de la BPSP, et faire remonter les observations et les suggestions des associations de riverains’, (l’association Action Barbès) a publié le 26 octobre 2020 une analyse faisant état d’« une concertation déconcertante » pour « un projet déconcertant », s’interrogeant en fin d’analyse sur la possibilité que la précipitation des dernières semaines et l’annonce de l’ouverture du chantier aient pour but de « couper court à toute forme de contestation, faute de vraie concertation » (Pièce 6 – Action Barbès, ‘Rénovation du secteur Boris Vian-Goutte d’Or: La concertation en échec’) ».

Plus loin, les requérants évoque les travaux du Conseil citoyen de Paris 18 et estiment que « son intervention à la médiation qui pourrait intervenir sera bénéfique à toutes les parties » :

  • « Il apparait qu’en plus des associations d’habitants qui se sont prononcées hors procédure sur les carences de la délibération et du permis querellés (comme on l’a vu par exemple de l’association Action Barbès ci-dessus), le Conseil citoyen du 18e arrondissement de Paris s’est montré préoccupé par ces carences dans plusieurs interventions au cours des trois dernières années.
    Sachant que les conseils citoyens, institués par la loi du 21 février 2014 sur la programmation pour la ville et la cohésion urbaine, mis en place dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, comme c’est le cas du quartier de la Goutte d’Or, ont pour objet de favoriser l’expression de la parole des habitants et participent à toutes les instances de pilotage du contrat de ville, ‘y compris celles relatives aux projets de renouvellement urbain (article 7 de la loi)’, le Conseil citoyen de Paris 18 a un intérêt avéré aux questions soulevées par les deux instances examinées ici et à leur issue amiable »

> Lire une présentation de la demande de médiation sur la page TEP Goutte d’Or dédiée aux recours sur le projet de renouvellement urbain du secteur Polonceau Goutte d’Or.

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Effet toboggan

Complément d’enquête sur le projet « Votre quartier se transforme! »

  • Amputé d’un cinquième de sa surface et flanqué d’un parc de jeux pour enfants, le TEP Goutte d’Or pourrait perdre le statut au nom duquel il aurait été enregistré.
  • Brandis comme les mannes justifiant de s’embarquer dans un projet mal ficelé et non concerté, les 3 millions d’euros de l’ANRU et de la Région sont en réalité affectés pour deux tiers à des projets qui ne sont pas ou plus liés à la rénovation du TEP, des locaux sous colonnade et de l’ancienne rue Boris Vian.

Comme une préfiguration (pré-vision) des futurs escaliers Boris Vian-Polonceau-Goutte d’Or, les escaliers Fleury-Goutte d’Or-Barbara actuellement fermés au public pour risque de mésusage* (photo CGO 6 novembre 2020 [zoom ici]).

Annoncé avec emphase par la Municipalité, le chantier devait soi-disant être lancé le 26 octobre 2020 (cf. « Les travaux démarrent ! »). Ce qu’Anne-Claire Boux ne savait pas, ou pas encore, lorsqu’elle laissait les habitants réunis le 9 octobre 2020 au Gymnase de la Goutte d’Or penser qu’il pourrait en être autrement (cf. « Les Verts à moitié vides et à moitié vides »).

Si, avec plus de 15 jours de retard sur le poing d’exclamation du maire, les travaux sur le TEP Goutte d’Or devaient commencer demain, comme les barrières posées hier incitent à le penser, ce serait à cause de l’ANRU et de la Région qui, à en croire également l’adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville, priveraient le projet de leurs participations financières respectives de 1,75 M€ et de 1,2 M€ (sur 13,73 millions d’euros).

Qu’à cela ne tienne, répondait en substance l’assistance nombreuse du 9 octobre 2020 qui, faute de concertation sérieuse, découvrait le projet ce soir-là : « On a assez avec 10,78 M€ pour faire mieux que ce qui est proposé pour 13,73 M€ », l’un des habitants regrettant même l’arrière-goût de chantage qu’on pouvait déceler dans la proposition de la maire adjointe.

Le coup des trois millions
à trois bandes

Depuis cet échange, Cavé Goutte d’Or a mené une enquête approfondie sur le budget de l’opération et les fameux 3 millions qui seraient perdus si elle ne démarrait pas tout de suite. L’association s’est notamment procuré le détail des onze lignes budgétaires retenues pour la Goutte d’Or dans la « convention pluriannuelle de renouvellement urbain du NPNRU parisien (18e, 19e et 20e arrondissements) », signée par la maire de Paris sur autorisation du Conseil de Paris du 11 décembre 2019.

Sans ergoter ici (on verra la question ailleurs et plus tard) sur l’utilité et le bon usage des postes budgétaires relatifs à la « concertation » dont on sait qu’elle n’a pas sérieusement eu lieu (375.000 € HT dont 163.500 pour l’ANRU) et à l’« étude externe sur le potentiel de transformation des parkings en sous-sol de la Goutte d’Or », une étude qu’on souhaiterait interne, tant qu’à faire (180.000 € HT dont 90.000 pour l’ANRU), on doit constater que certains postes concernent des travaux qui n’ont rien à voir avec le projet de réaménagement du TEP, tel que ce projet est circonscrit dans toutes les présentations, notoirement dans le dernier flyer de la Mairie intitulé « Réaménagement de la rue Boris Vian, de la place Remitti et des arcades de la rue de la Goutte d’Or, couverture et rénovation du terrain de sport » (voir notre présentation et analyse de ce dépliant ici).

Sur le montant de 1.751.181 € représentant le co-financement de l’ANRU à l’opération, une somme de 1.008.067 € ne concerne pas la zone décrite, ni le périmètre du permis de construire aujourd’hui contesté. Près d’un million d’euros en effet (927.963 € exactement) sont alloués à ce qu’il est convenu d’appeler la « résidentialisation » de 170 logements et divers lieux sur les rues Polonceau, de la Goutte d’Or, et de Chartres, tous hors site TEP/Boris Vian. Près de 30.00 € (29.079 exactement) sont destinés à la « restructuration d’un parking pour changement d’usage au 33 rue Polonceau », soit à la hauteur du jardin de L’Univert, donc passablement éloigné du projet débattu ; et un peu plus de 50.000 € (51.015 exactement) doivent aider à la « revalorisation de deux commerces aux 24 et 26 rue de la Goutte d’Or », correspondant aux anciens locaux de Paris Macadam et à l’actuel boutique d’opticien, à l’angle de la rue des Gardes, donc à l’extrémité opposée de l’ilot concerné.

Ne reste donc bien, de la subvention de 1,75 M€ de l’ANRU, que 743.114 € pour le projet dont la Mairie assure qu’il dépend de cette subvention. Outre les deux postes précités sur la concertation et l’avenir des parkings souterrains, l’ANRU ne cofinance en réalité que l’« aménagement du passage Boris Vian », donc le déplacement latéral de la partie haute de l’ancienne rue Boris Vian, pour 301.645 € sur 3.078.394 € et la couverture du TEP (187.974 € sur 1.929.263 €).

Pour ce qui est de la subvention de 1,2 M€ allouée par la Région Île de France, dont il est dit qu’elle serait le cas échéant entrainée dans la perte de celle de l’ANRU, elle est également sujette à caution, si l’on ose dire dans le contexte.

Les célèbres colonnailles de la Goutte d’Or. Coût du comblement prévu: 200.669 € dont 140.468 € à la charge de l’ANRU (Photo CGO 6 novembre 2020).

Correspondant à la contribution de la Région pour le secteur qui nous occupe, la somme de 1,2 M€ couvre deux postes du budget présenté dans la convention pluriannuelle : le poste désigné comme « requalification des arcades de la rue de la Goutte d’Or », à hauteur de 140.468 € sur 200.669 €, et le poste désigné comme « construction d’un bâtiment à vocation économique de proximité », à hauteur de 1.059.532 € sur 1.799.416 €. Or, ce dernier poste correspond au fameux « bâtiment zéro » qui serait construit sur l’ancien tracé de la rue Boris Vian, auquel la Ville aurait renoncé et dont il conviendrait alors, pour le moins, de ne pas présenter aux habitants l’économie comme une perte éventuelle.

L’argument des trois millions qui seraient perdus pour le projet alors que, pour plus de deux tiers, ils ne sont pas ou plus destinés au projet, doit donc être rejeté.

Le TEP disqualifié
par son éventuelle couverture

Pour ce qui est du TEP (« terrain d’éducation physique ») qui perdrait son usage au prétexte d’augmenter sa capacité d’utilisation, un habitant du quartier intervenu le 9 octobre a incité Cavé Goutte d’Or à examiner la question du changement de destination que pourrait subir cet équipement public une fois amputé d’un bon cinquième de sa surface et flanqué de jeux d’enfants risquant d’en limiter l’usage.

« Votre quartier se transforme! ». Dépliant publicitaire de l’opération (Ville de Paris, Mairie du 18e et Spl Pariseine, octobre 2020).

Résultat encore provisoire : Dans le recensement officiel des équipements sportifs, et sous les numéros d’inscription respectifs de 142396, 142397, 142398, on trouve, sous le nom de « Centre sportif de la Goutte d’Or », les 3 équipements bien connus du voisinage que sont le « gymnase de type C », la « salle polyvalente » et le « TEP/Tennis ». Le site Sport en France confirme en présentant ce qu’il appelle lui aussi le « Centre sportif de la Goutte d’Or » dans lequel il compte les trois équipements distincts : le gymnase, la salle polyvalente et le TEP (lien ici).

Le site de la Mairie de Paris distingue, pour sa part, ce qu’il appelle « stades » de ce qu’il appelle « terrains de sports » et qualifie ceux-ci comme « permettant la pratique libre de multiples sports » (lien ici). Il en compte trois dans le 18e arrondissement, dont celui de la Goutte d’Or (voir capture d’écran).

Sans apparemment déroger au statut du TEP, l’aménageur bénéficiaire du permis de construire maintient un « terrain de sport » (voir extrait de sa notice), mais, dans sa publicité frivole destinée aux habitants (« Votre quartier se transforme ! »), il vend et vante « un terrain d’éducation physique pour le sport et les loisirs » :

  • « Le projet offre de nouveaux usages au terrain de sport. Il mixera pratiques sportives et espace de loisirs pour les familles en proposant un terrain multisports couvert pour la pratique du football, du basket et du handball et un terrain d’aventure pour les plus jeunes » (sources).

Or, selon nos premières investigations, la suppression totale ou partielle d’un équipement sportif dont le financement a été assuré par une ou des personnes morales de droit public est sujette, comme la modification de son affectation, à une autorisation, elle-même subordonnée à la condition que l’équipement supprimé ou modifié soit remplacé par un équipement équivalent, – par exemple dans les sous-sols de Drouot Montmartre comme il a été proposé à la Mairie l’hiver dernier (ici pour mémoire).

En concertation avec elles-mêmes, les Mairies de Paris et du 18e auraient-elle oublié de joindre au permis de démolir et au permis de construire les autorisations nécessaires en la matière ? À suivre.

*

*Escaliers Barbara – Régulièrement squattés par les élèves de l’école d’architecture de la Goutte d’Or, dont les professeurs ont conçu, dans les années 1990, l’un des quartiers phares de l’urbanisme ensauvageant, les escaliers du centre Fleury-Goutte d’Or-Barbara sont actuellement interdits à la station assise. Le temps, dit-on, de faire comprendre aux usagers qu’il ne convenait pas de donner des coups de talons dans les parois vitrées de l’édifice avant de déguerpir vers les hauts de la Goutte d’Or au premier car de police municipale venu. Contrairement à ce qui pourrait paraitre au premier abord, le panneau d’interdiction est écrit dans toutes les langues du canton, mais les versions destinées aux ressortissants danois et chaux-de-fonniers (respectivement compatriotes d’Hamlet et de Le Corbusier) apparaissent en petits caractères beiges sur fond blanc, – comme dans les contrats d’assurances pour bris de glaces.

Le TEP Goutte d’Or à la page. L’association Cavé Goutte d’Or et un habitant du 2 rue Saint Luc ont déposé, le 20 octobre 2020, un recours de droit administratif en excès de pouvoir contre le permis de construire accordé le 19 août 2020 à la Société Pariseine. Cette procédure fera l’objet d’une chronique régulière sur le blog. Cavé Goutte d’Or n’étant pas seule requérante, le blog réserve une page dédiée à cette chronique, séparée de sa rédaction qui n’engage ainsi pas les requérants et autres intervenants à la procédure. Voir la page TEP Goutte d’Or.

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Les libraires ad Myrhables

Jamais seul au seuil de La Régulière

  • La célèbre librairie de la rue Myrha reste ouverte en in and out*.
  • Cavé Goutte d’Or y a trouvé récemment L’architecture mobile de Yona Friedman et La théorie du tube de dentifrice de Peter Singer.

L’architecture mobile de Yona Friedman (1923-2020) est paru en août 2020 aux éditions de L’Éclat. La Théorie du tube de dentifrice de Peter Singer est paru en mai 2018 aux éditions Goutte d’Or. Agrandir.

Les deux livres étaient en stock, le premier (éditions de l’Éclat 2020) était en présentation sur le comptoir et le second (éditions Goutte d’Or 2018) a été trouvé en un clin d’œil dans les rayons il y a quelques jours, lors d’une des plus récentes séquences de travail de l’association dans l’atelier de lecture qui donne magistralement sur les rues Myrha et des Gardes.

Un lieu qui fait lien

Au cœur de La Régulière re-bientôt, au seuil de La Régulière d’ici-là, Cavé Goutte d’Or invite ses amis à partager leurs lectures durant les prochaines semaines.

> L’architecture mobile sur le site des éditions de l’Éclat.
> Yona Friedman (1923-2020).
> Théorie du tube de dentifrice sur le site des éditions Goutte d’Or.
> Présentation sur Youtube.
> Lien sur Le Point, via La Coopmune de Paris qui nous a fait découvrir l’ouvrage.

Mise à jour du 3 novembre 2020

*ou click and collect (le blogmaster a parfois de ces côtés vieux jeu!)
France Culture accueillait ce matin 3 novembre 2020 le quartier de la Goutte d’Or et son association de commerçants dans un reportage sur le petit commerce live (notre tweet ci-dessous): 

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Splash Info

L’ancienne rue Boris Vian en bande dessinée

  • Dans un flyer à six volets, l’exécutif parisien exécute en toute transparence le quartier dont la Mairie estime qu’il n’avait pas été assez détruit lors de sa première rénovation.
  • Arrogance et mépris vont naturellement de pair dans cette coproduction Ville de Paris, Mairie du 18e et Spl PariSeine qui joue du vous et du nous pour mieux cacher les eux qui font le leurre de l’opération.

Image Ville de Paris, Mairie du 18e, Spl PariSeine (page 4 du flyer).

Dans notre surtitre Splash Info, splash est une onomatopée d’origine anglaise qui « mime le bruit d’un objet rencontrant un liquide », explique Wikipédia. Elle est parfois traduite en français par plouf, poursuit le dictionnaire en ligne. Nous garderons splash qui rend mieux que plouf l’expression « Flash Info » que les démolisseurs de la Goutte d’Or utilisent désormais pour raconter leur dernière tentative de mainmise sur le quartier.

Après avoir reçu le flash-info du 16 octobre 2020 indiquant avec force exclamation « Les travaux commencent ! » (ici pour mémoire), les habitants de la Goutte d’Or devraient ainsi « s’inscrire au Flash Info chantier pour suivre toute l’actualité du projet en faisant une demande sur chantier.gouttedor.borisvian@pariseine.fr ».

Éclaboussures

Page de garde du flyer (détail). Page entière.

Splash rend aussi mieux que plouf l’idée d’éclaboussures récupérée par le jargon informatique qui parle de splash screen, littéralement « écran d’éclaboussures » traduit en français par « page de garde », « écran fugitif » ou « fenêtre d’attente ». Les communicants de la Mairie choisiront ce qu’ils préfèrent.

Pour notre part, nous partageons dans ce premier splash info un rapide examen sémantique et politique du dépliant qui annonce : « Votre quartier se transforme ! », avec le même point d’exclamation qui suivait « Les travaux démarrent ! » (Les Verts auront au moins réussi, dans cette aventure qui marque du sceau du renoncement les 100 jours de leurs adjoints à la Mairie du 18e [le 21 octobre 2020], à faire que les points d’exclamation soient recyclés).

Le vous et le nous du leurre – La difficulté du pouvoir municipal à distinguer le nous du vous avait  été signalée sur le blog en janvier 2019 lorsqu’il s’était agi de présenter l’un des nombreux splash screens (ou écrans fugitifs, donc) concoctés pour la Goutte d’Or Sud (ici pour mémoire). Nous n’y revenons que pour souligner la disparition de la locution « avec vous » encore présente en 2019 dans les slides de « Tous mobilisés ». « Votre quartier »… « se transforme »… et « la concertation se poursuivra »… sans vous, souligne un de nos fidèles lecteurs : sans le mot vous qui ne se trouve en effet que dans l’expression « inscrivez-vous au Flash Info chantier » (étrangement sans le point d’exclamation qui suit d’ordinaire le mode impératif et que les communicants municipaux réservent manifestement à leurs affects qu’ils voudraient nôtres):

  • « Le point d’exclamation exprime la surprise, la joie, la crainte, l’émerveillement, la colère, l’ordre, etc. Il a une valeur affective que n’ont pas les autres signes de ponctuation, et son emploi est souvent facultatif : il dépend avant tout de la volonté de l’auteur », rappelle un cordial manuel de grammaire en ligne).

Page 2 du flyer (extrait). Page entière.

Opération Goutte d’Or Sud-II – Ni vous, ni nous, ni eux dans l’assertion selon laquelle « la Goutte d’Or Sud entre dans une deuxième phase de transformation ». Ce serait donc le quartier lui-même, tout seul, qui entrerait, quarante ans plus tard, dans on ne sait quoi.

« Un nouveau souffle en rénovant et en embellissant l’espace public » – Les communicants municipaux n’en manquent pas, de souffle, pour présenter sous l’angle de l’embellissement un travail bâclé qui s’affiche comme ne visant qu’à cacher les erreurs de l’opération Goutte d’Or Sud-I (1980-2020), erreurs déjà camouflées par l’abusage du mot « mésusages ».

Page 3 du flyer (extrait). Page entière.

« Une architecture ouverte sur le quartier et privilégiant la langue de bois le bois » – S’inscrivant fièrement, comme on vient de le voir, dans la lignée de l’opération Goutte d’Or Sud-I, l’opération Goutte d’Or Sud-II méconnait avec la même fierté le patrimoine historique et architectural détruit sur lequel elle vient inscrire sa médiocrité. Pas même le sens de la réparation, seulement celui de la surenchère. Et ce serait « pour conserver la luminosité du quartier » (non mais !?) qu’elle prétendrait maintenir « un éclairement naturel » sur le TEP qu’elle ne se contente pas de couvrir.

« Un terrain d’aventure pour les plus jeunes » – L’opération Goutte d’Or Sud-II ne se contente pas, en effet, de couvrir le TEP. Elle l’ampute et en brise l’usage premier. Avec elle, le TEP serait réduit d’un quart pour laisser place à l’escalier déplacé, et occupé sur un autre quart par des toboggans pour enfants, ce qui est sympathique mais pas l’objet d’un TEP. « Les habitants de la Goutte d’Or sont de grands enfants », continue sans doute de penser le jeune Éric Lejoindre, dont nous avons déjà dit sur ce blog qu’il n’avait que quatre ans au moment où fut prise la décision de démolir la Goutte d’Or (1984).

  • D’où peut-être l’insistance du maire du 18e à devenir le père de l’opération Goutte d’Or Sud-II : ce serait lui, en effet, qui tient le plus à l’opération à en croire certains Verts qui tentent d’excuser d’expliquer leur renoncement en racontant qu’Éric Lejoindre a systématiquement bloqué toute tentative de concertation publique : « Il veut son escalier », résume un élu EELV au Conseil de Paris.

Les escaliers Éric Lejoindre

On sait que l’ancienne rue Boris Vian, qui a perdu la légitimité de son appellation le 2 mai 2018 (ici pour mémoire), avait été brièvement nommée « rue Anne Hidalgo » le même 2 mai, avant-dernière Saint Boris célébrée par Cavé Goutte d’Or et ses nombreux amis.

Comme nous l’écrivions alors, « c’était hier ». Aujourd’hui, on peut donc parler des escaliers Éric Lejoindre, du nom du maire récemment réélu dans les cinq bureaux de votes de la Goutte d’Or Sud par 1.447 votants sur 1.955, confortable majorité d’une importante minorité: on se souvient en effet que 33,7 % des électeurs inscrits dans le 18e se sont déplacés le 28 juin 2020 (ici pour mémoire).

Notre  billet du 22 juillet 2020: « La Goutte d’Or municipalisée a sévèrement rejeté les urnes municipales » (Sources: VisuCity.com).

« Des commerces revalorisés » – Rien n’est vraiment prévu pour les commerces dans le projet municipal qui fait au contraire la part belle aux locaux associatifs (nous y reviendrons) et prétend « renforcer (sic) l’attractivité (sic) » du secteur « grâce à une offre commercial diversifiée » alors qu’il enfonce le quartier dans la municipalisation à outrance dont il souffre, les dernières élections municipales illustrant l’échec de la politique menée sur la Goutte d’Or (voir image ci-contre: les rares votants de la Goutte d’Or Sud au deuxième tour, et les encore plus rares votants pour la liste d’Éric Lejoindre devront-ils s’inscrire à l’avance pour le toboggan du « terrain d’aventure » ou « votre espace jeunes » dont on annonce à l’avance le retour au grand dam des riverains, page 5 du flyer).

« Plus de loisirs » – Qu’on l’entende comme une punition parentale ou médicale de type « plus de télé », « plus de dessert », « plus de beurre », ou comme un slogan publicitaire qui ferait miroiter « davantage de loisir », ce que voudraient sans doute qu’on entende les communicants municipaux, l’expression « plus de loisirs » prête à sourire. Il n’y a en effet, de longue date, plus aucun loisir dans le secteur, pas même celui d’aller au Leader, brûlé par inadvertance en février 2019, à ce jour non remplacé (à peine fut-il libéré, la semaine dernière, de ses stocks et des rats qui l’avaient envahi).

  • Et ce n’est pas l’idée absurde de rogner le TEP pour y flanquer « un espace de loisirs pour les familles » ou « un terrain d’aventure pour les plus jeunes » qui rendra l’opération Goutte d’Or Sud-II plus aimable.

D’autant que « les plus jeunes », pour le dire comme le splash-info de la Mairie, ne manquent pas de « terrains d’aventure » dans le secteur : à un jet de pierres de l’actuel TEP Goutte d’Or, la partie Sud-Est du square Léon est réservée aux très jeunes qui, une fois qu’ils ont peu grandi, trouvent à l’angle Nord-Ouest du square et dans la bien nommée rue des Gardes de quoi s’ébattre avec des capsules rigolotes. Les plus âgés des plus jeunes trouvent également un « terrain d’aventure » en contre-bas de l’actuel TEP et du futur toboggan d’Éric Lejoindre, sur la place Polonceau où ils jouent au guet en attendant de pouvoir jouer aux autres aventures que leur réserve le quartier depuis les années 1980.

Pendant les travaux,
la sécurité continue

Dans le prolongement de leurs « échanges constructifs » salués sur leurs comptes tweeter respectifs, Nicolas Nordman, Éric Lejoindre, Alexandra Cordebard et Action Barbès (respectivement maire adjoint d’Anne Hidalgo, chargé de la prévention, de la sécurité et de la police municipale, maire du 18e, maire du 10e, et association Loi 1901 « qui a pour objectif d’améliorer le cadre de vie aux confins des 9e, 10e et 18e arrondissements de Paris ») auraient proposé d’assurer aussi la tranquillité publique sur le secteur Polonceau, Goutte d’Or, tant qu’à faire.

Cela que les travaux commencent, comme l’annoncent bruyamment les démolisseurs, ou qu’ils soient reportés, comme le demandent plus discrètement plusieurs habitants du quartier dans l’attente de voir respectées les conclusions de l’enquête publique diligentée en juin 2019 par la maire de Paris.

L’opposition aux permis aussi

Quelle que soit donc la légalité du permis de démolir et du permis de construire, l’un et l’autre objets de recours devant le Tribunal administratif de Paris, et de la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 qui pense avoir régulièrement levé les réserves issues de l’enquête publique et régulièrement constaté le déclassement de l’ancienne rue Boris Vian, une délibération elle-même portée devant le Tribunal administratif de Paris, les habitants du quartier peuvent être rassurés sur « l’agir fortement en faveur de la tranquillité publique ».

Les covisibilités multiples entre l’église Saint Bernard, monument historique classé, et l’opération Goutte d’Or Sud signalées au Tribunal administratif par les requérants qui l’ont saisi le 20 octobre 2020.

Et si, à eux quatre, Nicolas Nordman, Éric Lejoindre, Alexandra Cordebard et Action Barbès ne réussissent pas à ramener l’ordre sur le secteur, autant suspendre les travaux censés le ramener. Et réfléchir enfin sérieusement à cette opération.

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Point d’exclamation

« Les travaux démarrent ! »

  • Les Mairies de Paris et du 18e n’ont pas tardé à annoncer que leurs alliés Verts avaient trahi leur engagement électoral sur la Goutte d’Or.
  • Elles l’ont fait avec un point d’exclamation à « démarrent ! » qui traduit un sentiment de victoire (comme on parle de sentiment d’insécurité ou d’impression de beau temps*).
  • Victoire à la Pyrrhus car, quelle que soit la date de son éventuel démarrage, l’opération Goutte d’Or Sud 2020 est déjà marquée par la volonté désespérée et désespérante de la Municipalité en place de faire pire que ses prédécesseurs lors de l’opération Goutte d’Or Sud 1980.
  • Avec les mêmes trahisons, mensonges et échecs annoncés. Les mêmes erreurs de priorités que n’ont pas manqué de souligner les nombreux participants très remontés contre un projet qui a perdu toute forme de crédibilité, d’actualité, de légitimité.  

Flash-info de la Mairie posté le vendredi 16 octobre 2020 à 15h45. Lire le texte complet avec le programme des travaux.

S’appuyant sur la petite trentaine d’associations municipalisées qui forment le socle de leur politique prétendument consensuelle dans la Goutte d’Or (associations très présentes mais très taisantes lors de la « réunion publique d’information » du 9 octobre au Gymnase de la Goutte d’Or) et sur le renoncement politique des Verts à poursuivre la concertation concernant le projet de rénovation urbaine du secteur Polonceau-Boris Vian-Goutte d’Or, les Mairies de Paris et du 18e poursuivent leur fuite en avant.

La réunion dite « d’information » tenue le 9 octobre 2020 avait pourtant mis tous les feux à l’orange, le rouge étant réservé ce soir-là à la colère des nombreux habitants devant un aréopage d’élus mal préparés leur racontant de gros mensonges sur le ton des fausses confidences.

Anne-Claire Boux funambule

À trois reprises (la troisième suscitant hélas le courroux de notre correspondant dans la salle qui le regrette), l’élue du 18e Anne-Claire Boux, numéro 2 de la liste d’Éric Lejoindre au deuxième tour des Municipales, aujourd’hui adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville, a développé l’idée selon laquelle :

  • 1) « Nous sommes là ce soir pour décider si on lance les travaux »…
  • 2) …« sachant que, si on ne les lance pas, la contribution de l’ANRU (1,75 M€ sur 12,53 M€ ndlr) sera perdue et ira sur un autre projet ailleurs en France ».

On savait que la devise de Paris invitait à la navigation courageuse. Pas au point de mener sans ambages les piétons en bateau (texte figurant sur un panneau de travaux, rue du Poteau).

Les deux assertions sont erronées. Elles purent néanmoins être assénées trois fois, trois fois avec le même sourire emprunté, trois fois avec le même aplomb feint, trois fois avec la même impossibilité de contradiction puisque les règles inventées par Maya Akkari, adjointe à la Politique de ville dans le 18e, chargée d’animer la séance, imposaient une stricte parité homme femme et interdisaient à toute personne qui avait déjà parlé de re-parler si d’autres qui n’avaient pas parlé demandaient la parole, quitte à la susciter des nombreux autres représentants institutionnels dans la salle: ainsi des élus ou fonctionnaires qui intervenaient (sans limites de temps ni de genre quant à eux), invités à faire la claque, à défaut de bise, à la Municipalité.

L’insistance d’Anne-Claire Boux à faire ou laisser croire aux habitants qui participaient le 9 octobre 2020 à ce qui était présenté comme une réunion « d’information » (ni de concertation ni, encore moins, de décision) qu’ils pourraient décider ne pas lancer des travaux dont le permis était fièrement affiché à l’entrée de la salle relevait, au choix de l’intéressée et du public, de la méconnaissance du dossier, de l’impréparation, ou de l’imposture. Dans son intervention, Cavé Goutte d’Or se contenta d’évoquer l’erreur sur la personne en ces termes :

  • Aussi nombreux et engagés soient-ils ce soir-là, les participants n’avaient aucun pouvoir décisionnel sur un permis de construire accordé par la maire de Paris le 19 août 2020, susceptible de recours jusqu’au 19 octobre 2020 (neuf jours après la réunion d’information). Seule la Ville pouvait, à ce stade, retirer son permis ou le suspendre. À défaut, seul le Tribunal administratif pourrait, s’il en était saisi, annuler le permis.

La trahison des Verts

Les travaux pouvaient donc être lancés (et le seraient, ô combien ! du moins si l’on en croit le flash-info fanfaron de la Mairie) quelle que puisse être l’improbable réponse à l’imprudente question de l’adjointe d’Anne Hidalgo à la Politique de la ville : « Est-ce qu’on va de l’avant ? ». Comme en témoigne au besoin l’annonce de leur lancement une semaine plus tard, avec un calendrier précis diffusé le 16 octobre 2020 sur le même réseau d’information de la Mairie du 18e, l’idée d’Anne-Claire Boux qu’il pût en être autrement était faite pour faire pschitt ! Ou pour briser l’élan d’une carrière politique naissante.

Il ne sera en effet pas facile à la jeune élue du 18e de remonter la pente glissante que lui a savonnée Éric Lejoindre en se faisant porter pâle à la soirée du 9 octobre 2020. Car c’est manifestement au pied levé qu’Anne-Claire Boux a remplacé le maire du 18e qui, comme l’avait deviné la veille le collectif ONJM (ici), était bel et bien absent le 9 octobre. Et c’est manifestement faute d’information précise sur le programme (pourtant commun) de son allié de gouvernement quant au lancement très proche des travaux qu’elle a pu s’enfermer dans un récit trompé et trompeur sur leur éventuel report pour concertation.

Droits verrouillés. D.R.

Cela dit, Anne-Claire Boux et les Verts en général connaissent parfaitement le dossier et les positions prises avant le premier tour des Municipales par les prédécesseurs de l’équipe actuelle, Sandrine Mees en tête lors de sa brillante intervention devant le conseil de Paris du 11 décembre 2019.

C’est donc en parfaite connaissance de cause qu’ils se sont rendus, le 9 octobre 2020, à leurs alliés qui demeurent manifestement leurs patrons. Le deuxième volet du message d’Anne-Claire Boux, celui qui aurait trait à la prétendue perte de la subvention de l’ANRU si le projet n’était pas lancé tel que la Ville le voulait, il s’apparente à une forme de chantage qu’un membre du collectif Saint Luc, issu d’habitants du 2 rue Saint Luc, illustra parfaitement dans un propos ouvert qui laisse bon espoir aux habitants du quartier sur les luttes à venir pour sa préservation.

Mario Gonzalez, sed lez

Pile Dalloz. Face Gonzalez. D.R.

Comme en contrepoint au discours lénifiant de sa collègue Verte, le nouvel adjoint PS à l’Urbanisme dans le 18e arrondissement, dont la réunion publique d’information du 9 octobre 2020 était le baptême du feu es-qualités, raconta pour sa part que tout avait été concerté, que tout le monde était d’accord avec tout et que tout était prêt pour affronter l’adversité éventuelle des recours.

Même s’il estima devoir choisir le ton de la diatribe violente contre les habitants qui ne seraient pas d’accord avec le projet et choisiraient la voie du recours, ce serait en effet un discours aussi erroné que celui de sa collègue Anne-Claire Boux que Mario Gonzalez tiendrait à l’assistance qui n’en demandait pas tant, davantage préoccupée qu’elle était par les défaillances de la Municipalité en matière de sécurité et de qualité de vie. Sautillant et virevoltant entre les slides de son powerpoint et les critiques sur la délinquance, le jeune homme eut beaucoup à cœur, et presque à point, de fustiger les prétendus « recours sur recours » qu’aurait suscité le projet alors qu’aucun n’avait, à ce jour, été déposé contre le permis de construire. On aurait attendu plus de respect du juge et du contradictoire de cet élu PS qui prenait par ailleurs soin de se présenter à l’assistance comme avocat dans le civil.

Vers le contradictoire

Comme le dit le Flash-info de la Mairie (qui utilise en bas de page un étrange logo où il est probable que Boris Vian ne se retrouve pas plus que dans le titre « Réaménagement Boris Vian », mais c’est une autre histoire): « des informations complémentaires arriveront très prochainement ». Et il est probable que Cavé Goutte d’Or, entre autres, participe à ces très prochaines informations complémentaires. À suivre.

*Voir notre billet du 4 septembre 2020: Vers une class action?

> Lire en page humeur : Les Verts à moitié vides et à moitié vides.

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Jamais trop tard

Une Goutte d’Or informée en vaut deux

  • La Mairie du 18e tente de doubler ses malheureux scores de mars et juin en invitant les rares habitants de la Goutte d’Or qui ont participé aux dernières municipales* à une « réunion publique d’information » sur le projet de requalification de la Goutte d’Or Sud.
  • En prévision de cette réunion d’information qui semble sérieusement écarter la promesse électorale des Verts qui annonçaient une reprise de la concertation, le blog de Cavé Goutte d’Or fournit à ses lecteurs quelques éléments qui peuvent également avoir valeur… d’information.

Les contours du projet (extrait du dossier de permis de construire).

Pour l’occasion, on pardonnera au blogmaster de séquencer son propos en cinq points

1) Les réserves du commissaire enquêteur n’ont pas été levées.
2) Le déclassement de la rue Boris Vian n’a en conséquence pas été acté régulièrement.
3) La délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 est contestée devant le Tribunal administratif.
4) Les autorisations d’urbanisme sont elles aussi objets de recours administratifs gracieux et contentieux.
5) Les réseaux sociaux traduisent la désinformation dont souffre le quartier sur ce projet en particulier et les questions d’urbanisme en général.

*

1) La levée des réserves – On se souvient que, le projet de requalification impliquant la privatisation de certaines emprises du domaine public, notamment les espaces sous colonnade de la rue de la Goutte d’Or et le tronçon haut de la rue Boris Vian qui doit être déplacé latéralement, la maire de Paris a diligenté une enquête publique préalable à la décision de déclassement.

L’enquête publique s’est tenue en juin et juillet 2019 et a donné lieu à un rapport du commissaire enquêteur déposé le 25 juillet 2019, rendu public un mois plus tard. De même qu’elle avait contribué à l’enquête en déposant un mémoire circonstancié intégralement cité dans le rapport, l’association Cavé Goutte d’Or a présenté et commenté les conclusions du rapport sur les pages de son blog dès le 2 septembre 2019.

Lire aussi: Sérieux revers pour l’urbanisme parisien sur la prétendue opération Boris Vian

On sait ainsi que le commissaire enquêteur a émis deux réserves à l’avis favorable qu’il donnerait au déclassement de la rue Boris Vian, la forme du conditionnel au verbe donner venant du fait que l’avis favorable est « réputé défavorable jusqu’à la levée des réserves ». Les réserves impliquaient (1) que les projets alternatifs qui semblaient exister soient examinés dans la mesure où ils étaient présentés à la Mairie avant la fin d’octobre 2019 et (2) que la Ville de Paris organise ensuite une concertation et un dialogue supplémentaires de novembre 2019 à février 2020 et obtienne, avant de publier un arrêté de déclassement, une approbation si possible majoritaire des parties concernées, habitants, riverains, associations.

Le constat de la levée des réserves appartient au Conseil municipal. Or le Conseil municipal ne s’est pas prononcé sur la levée des réserves. La délibération qui lui a été soumise le 11 décembre 2019 porte sur le déclassement, non sur la levée des réserves qui n’y est qu’implicite alors qu’elle doit être explicite.

Ces éléments très techniques sont développés dans un recours au Tribunal administratif déposé le 24 août 2020 par Cavé Goutte d’Or. De manière plus prosaïque, les élus ont confirmé que la levée des réserves n’était pas réalisée lorsque le Conseil municipal a été appelé à se prononcer sur le déclassement. Il en était ainsi de la conseillère EELV Sandrine Mees (« À notre sens,  les  réserves  émises  par  le  commissaire  enquêteur  ne  sont  pas levées et la délibération arrive prématurément ») et, plus étrangement, du conseiller PC Jacques Baudrier, porteur de la délibération litigieuse qui déclara lors de la séance du 11 décembre 2019 : « Les réserves sont ou seront levées pour l’obtention du permis de construire ». Entendez : si elles ne le sont aujourd’hui, elles le seront en temps utiles.

Lire aussi: La Mairie de Paris perd son allié Vert sur la requalification de la Goutte d’Or

2) Le déclassement du domaine public – Faute de levée des réserves antérieure à la décision de classement, celle-ci n’a pas eu lieu régulièrement. Si les conclusions du commissaire enquêteur sont défavorables à l’opération projetée (ce qui est le cas – il le rappelle lui-même dans son rapport – de conclusions favorables avec réserves, réputées défavorables jusqu’à la levée des réserves), le Conseil municipal est appelé à émettre son avis par une délibération motivée. La levée des réserves étant seule à pouvoir rendre à nouveau favorables des conclusions réputées défavorables tant que les réserves ne sont pas levées, l’avis du Conseil municipal sur la levée des réserves du commissaire enquêteur devait être sollicité séparément de son avis sur le déclassement.

3) La saisine du tribunal administratif – Le recours de Cavé Goutte d’Or a été enregistré au greffe du Tribunal administratif de Paris le 24 août 2020. À notre connaissance, la Ville n’avait pas déposé de mémoire en défense le 6 octobre 2020, date à laquelle sa Mairie du 18e arrondissement invitait les habitants à une « réunion publique d’information » sur le projet qui, sans déclassement préalable du domaine public, ne peut en aucun cas prospérer.

4) Les autorisations d’urbanisme bien mal acquises – Déposées, instruites et parfois accordées avant même le vote du conseil municipal du 11 décembre 2019, les demandes d’autorisations qui ont suscité le permis de démolir du 21 octobre 2019 et de construire du 19 août 2020 souffrent de la précipitation qui a marqué les étapes de la procédures administrative rappelées brièvement ci-dessus.

Un premier permis de démolir avait en effet été accordé à la société ParisSeine le 21 octobre 2019, près de deux mois avant que le Conseil municipal ne soit appelé, de manière irrégulière selon nous, à constater la levée des réserves et voter le déclassement. Même si ce vote avait eu lieu régulièrement, il n’aurait eu lieu que le 11 décembre 2019. En conséquence, la Ville de Paris a, en tout état de cause, disposé prématurément du domaine public en autorisant PariSeine, en octobre 2019, à modifier les espaces qui ne seraient déclassés (le seraient-ils régulièrement) qu’en décembre 2019. Un recours contre ce permis est pendant devant le Tribunal administratif de Paris depuis le 9 juillet 2020. À notre connaissance, ni la Ville de Paris ni sa société d’aménagement n’avaient déposé de mémoire en défense le 6 octobre 2020, date à laquelle la Mairie du 18e arrondissement invite les habitants à une « réunion publique d’information ».

Il en est de même du permis de construire accordé le 19 août 2020 suite à une instruction entamée bien avant le déclassement (toujours contesté) du 11 décembre 2019. PariSeine a en effet déposé sa demande de permis de construire le 2 octobre 2019, avant même le délai au 30 octobre donné par le commissaire enquêteur pour le dépôt des projets alternatifs à examiner. La Ville a lancé ses consultations dans la foulée, le 10 octobre 2019 (voir facsimilé d’une réponse positive de la Préfecture) et la Mairie du 18e arrondissement a donné son aval le 7 novembre 2019, avant que la question des réserves et du classement ne passe devant le Conseil de Paris (ici).

5) Les réseaux sociaux – Les associations Goutte d’Or et vous et Action Barbès sont parmi les rares à avoir relayé, comme nous au pied de notre billet du 6 octobre sur l’esthétique, l’invitation de la Mairie du 18, Action Barbès précisant « espérer qu’à l’issue de cette réunion on disposera enfin d’éléments concrets et d’un calendrier prévisionnel pour ce projet » (lien). C’est faire abstraction des débats encore en cours (dans tous les sens du terme), des contestations, des projets alternatifs et c’est hélas ce que traduit la conversation suscitée sur Tweeter où la même association recueille quelques opinions, dont celles des traditionnels bateleurs qui, à force de faire dans la défense autoproclamée du citoyen prétendument abandonné, finiraient par priver ce dernier de toute réflexion et de ses droits eux-mêmes:

  • Alors en effet qu’une tweeto évoque, résignée, « la douce glissade de la concertation vers l’information ou comment plumer la poule sans la faire crier » (ici), un autre décrète, censeur: « La densification via la surélévation du gymnase, c’est déjà décidé par la Mairie et jamais rien ne la fera revenir en arrière » (ici). On peut voir dans ce propos une version en miroir du célèbre « renoncement à l’effort architectural » fondé sur le « type de population » qui a fait les beaux jours des destructeurs du quartier pendant les quarante dernières années (ici).

* Cf. « La Goutte d’Or municipalisée a sévèrement rejeté les urnes municipales » (notre billet du 22 juillet 2020).

*

Salut à Claudie Carayon

Claudie Carayon nous a quittés le 3 octobre 2020 à Albi où seront célébrées ses obsèques ce vendredi 9 octobre à 15 heures. L’hôte des célèbres « 26 Chaises », où ont été vernies tant d’expositions, organisés tant d’évènements du quartier, était connue pour sa grande culture, sa générosité et son action au sein de plusieurs associations, dont Paris Goutte d’Or, dès sa création au début des années 1980. Elle a participé à la vidéo de Cavé Goutte d’Or sur « 35 ans de rénovation urbaine », dont est extraite l’image ci-dessus. Dans le décor de l’ancien restaurant « À la Goutte d’Or », Claudie lisait avec humour et ironie la notice de présentation de la Direction  des affaires culturelles de la Ville de Paris jointe à la déclaration préalable en vue d’une fresque sur la place Polonceau, fresque qu’on distingue sur l’image. Un hommage lui sera rendu dans le quartier prochainement. Cavé Goutte d’Or présente ses condoléances à sa famille et ses nombreux amis.

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