Anguille sous roche ?

Le pied d’immeuble de l’angle Myrha/Affre fragiliserait encore le projet Batigère

  • Le blog d’Action Barbès révèle cette semaine une éventuelle attribution non commerciale au rez-de-chaussée de l’édifice controversé actuellement en construction en face du 9 rue Myrha récemment réaménagé.
  • Une telle attribution serait contraire aux obligations posées par la SEMAEST, dont l’opérateur Batigère et l’architecte Louis Téqui avaient informé Cavé Goutte d’Or qu’elles déterminaient la surface du rez-de-chaussée et imposaient l’entrée du futur complexe immobilier au 5 rue Myrha, petit édifice Louis-Philippe qui n’en demandait pas tant.  

Un pied d’immeuble en pied de nez ? Illustration : le 9 rue Myrha éblouissant le futur 7 rue Myrha (Photo D.R. 19 mai 2017).

Nos lecteurs connaissent bien les aléas du projet Batigère sur l’angle des rues Myrha et Affre. Le Tribunal administratif aussi, qui a annulé l’un des permis de construire attribués au bailleur social sur cet angle au motif du « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France », défaut d’examen complet et sérieux qui caractérise l’action de l’ABF dans la Goutte d’Or.

Nos lecteurs et le Tribunal administratif savent aussi que le projet annulé par jugement du 26 novembre 2015 a été re-présenté à l’identique et a ré-obtenu, le 23 juin 2016, l’aval de la Mairie sur le fondement, si l’on peut dire, d’un avis de l’ABF dont rien n’établit qu’il aurait été émis après un examen plus complet et plus sérieux que les précédents. Au contraire puisque nous avons découvert, depuis, que l’ABF (qui ne se déplace manifestement jamais dans le secteur) s’était encore trompé de fiches sur le même angle dans son examen sérieusement incomplet du 9 rue Myrha, en face du 7 rue Myrha, confondant alors deux monuments historiques du même architecte Joseph-Auguste Magne sis dans deux quartiers différents du 18ème Est, l’un d’eux seul pouvant en l’occurrence entrer en matière (Lire notre billet du 4 septembre 2017 : « Non bis in idem »).

Sur le carrefour Myrha/Affre, l’ABF demande son chemin vers le MH le plus proche. Et se trompe encore ! Lire sur le blog.

Alors que le dernier projet Batigère en date, contesté devant le Tribunal administratif comme le fut celui qui avait été annulé et auquel il est expressément dit « identique », n’avait suscité aucun mémoire en réponse du bâtisseur dans les délais de la dernière clôture d’instruction, le 29 septembre 2017 – ce qui peut indiquer que le bailleur social se trouve sans défense devant la contestation de Cavé Goutte d’Or, ou qu’il s’en remet, ou encore qu’il est débordé (celà arrive même à Cavé Goutte d’Or !) –, voilà donc que l’édifice est fragilisé sur ses bases mêmes puisque le devenir de son rez-de-chaussée est mis en cause.

Une question de design ?

Selon le blog d’Action Barbès du 18 octobre 2017, l’attributaire pourrait en effet être l’association Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design, association bien connue du quartier dont nous avons ici même souvent rendu compte des activités, le plus récemment lors de l’opération audacieusement baptisée « Barbès Tendresse », présentée dans notre billet « À plates coutures » du 11 septembre dernier. Suggérant que, dans leur parcours même (voir carte ci-dessous), Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design pourraient prendre sous leurs ailes toute de tendresse la protection du quartier contre une architecture qualifiée dès 1984 par les experts Maurice Culot, François Loyer et autres d’« agressivement en rupture », l’idée de les voir prendre place au rez-de-chaussée d’un des immeubles controversés en raison de l’agression qu’on peut y voir pourrait être un premier pas vers une prise de conscience partagée.

Sur la carte des Gouttes d’Or de la Mode et du Design (parcours en rouge), ajout en jaune des points chauds créés par la direction de l’Urbanisme et les architectes des bâtiments de France (photomontage de Cavé Goutte d’Or).

Mais, comme le suggère Action Barbès, « si la demande de visibilité (de l’association Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design) est bien légitime, en revanche, son implantation à cet endroit nous laisse dubitatifs ». Selon Action Barbès, en effet, le local du rez-de-chaussée de l’immeuble émergeant à l’angle des rues Affre et Myrha « est idéalement situé pour accueillir une activité commerciale et répondrait ainsi parfaitement aux attentes et aux besoins des habitants » :

  • « C’est également l’avis de bon nombre de commerçants riverains qui réclament à cet endroit une densification de l’offre commerciale, promise lors de leur installation. Soulignons encore que l’attractivité commerciale d’une rue tient à la diversité de l’offre mais également à sa relative concentration qui crée une animation propice à l’activité marchande, un rôle qu’un local associatif ne remplit pas, bien au contraire », poursuit Action Barbès.

Et l’association, très active sur les trois arrondissements qui se croisent sur le carrefour des boulevards Barbès, Magenta, de La Chapelle et Rochechouart, de rappeler que l’activité commerciale du rez-de-chaussée de l’immeuble en construction sur l’angle Myrha / Affre était précisément la raison invoquée par le constructeur et son architecte pour placer au 5 rue Myrha l’entrée du futur complexe immobilier couvrant trois parcelles et quatre adresses (5 Myrha, 7 Myrha/32 Affre, 30 Affre).

La question était en effet au cœur des « entretiens de Batigère », comme nous avons appelé ici ce qu’Action Barbès présente comme « les différentes discussions menées par l’association Cavé Goutte d’Or avec Batigère, échanges cordiaux auxquels nous avons été conviés et portant sur la construction contestée de ce bâtiment ».

Pour une vraie préservation du 5 Myrha

Devant le projet de faire du 5 rue Myrha l’entrée principale du futur complexe immobilier, ce qui en dénaturait à leurs yeux le caractère, Cavé Goutte d’Or et le représentant d’Action Barbès à ces entretiens proposaient activement de placer l’entrée du complexe immobilier aux numéros 30 et/ou 32 de la rue Affre (voir les projets présentés à Batigère). Serait ainsi vraiment protégées la façade de l’édifice Louis-Philippe que le bailleur social s’applique à conserver, la belle facture de l’entrée du 5 rue Myrha et de ses deux boutiques latérales boisées. Or, en réponse, rappelle Action Barbès dans son billet du 18 octobre 2017, « il a été affirmé par l’aménageur qu’il était essentiel que le local créé en pied d’immeuble soit d’une surface suffisamment importante pour qu’un commerce y soit installé ».

« Une exigence émanant de la SEMAEST et des édiles municipaux » venait ainsi contrecarrer à l’avance toute réflexion sur une alternative à la destruction du rez-de-chaussée du 5 rue Myrha, voué par Batigère et l’architecte aux hall d’entrée, boîtes aux lettres, locaux techniques et local à vélos du futur complexe. Cavé Goutte d’Or a longuement demandé à Batigère et Louis Téqui d’exposer les impératifs qui auraient été édictés par la SEMAEST, afin de pouvoir les travailler et, le cas échéant, les contester à leurs sources, – sans succès comme nous l’avons déjà regretté dans notre billet « Tristes tropismes » du 15 août 2017.

Action Barbès estime que, si l’attribution devait se vérifier, ce serait « en toute incohérence » qu’on verrait « l’arrivée d’une association dans ce local ». Citant le Parisien du 10 août 2017, elle en veut pour preuve le contexte dans lequel ces décisions se prennent : « La ville de Paris et les bailleurs sociaux vont booster et soutenir l’implantation de commerces et d’artisans en bas des cités, particulièrement dans les rues abandonnées, dans les quartiers les plus fragiles, ceux qui sont classés ‘politique de la ville’. En toile de fond de ce projet, il y a aussi la lutte contre la délinquance… ».

Lire aussi :

  • Batigère sans défense ? Le bailleur social a laissé l’instruction se clôturer le 29 septembre sans déposer de mémoire devant le Tribunal administratif.
  • Angle Myrha/Léon : Les 20 ans d’Accords croisés sur la première dalle du futur 360 Paris Music Factory (page défense du quartier).
  • Barcelone bientôt en zone urbaine sensible ? (page humeur)
  • À suivre. Saint Jérôme et Saint Mathieu : Un pied d’immeuble qui aurait échappé à la vigilance de la SEMAEST.

 

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Hors délai

Angle Myrha/Affre : Batigère sans défense ?

  • Alors qu’il y était invité par le Tribunal administratif depuis le 14 février 2017, le bailleur social n’avait déposé aucun mémoire le 29 septembre, date fixée par le juge pour la clôture de l’instruction.

Baies béantes sur Sacré cœur (Projet Batigère en construction sur l’angle Myrha/Affre, 21 octobre 2017).

Dans les délais fixés au 29 septembre 2017 par ordonnance de clôture de l’instruction du Tribunal administratif, la Ville de Paris a déposé un premier mémoire en défense et l’association Cavé Goutte d’Or un mémoire complémentaire à sa requête introductrice d’instance du 23 décembre 2016.

La société Batigère était, à cette date, demeurée coite.

Une nouvelle ordonnance de clôture de l’instruction, mentionnée sur le site du Tribunal administratif mais non encore parvenue à l’association requérante, aurait été prise le 19 octobre 2017 pour le 13 novembre 2017. Les mémoires de la Ville et de l’association auraient été communiqués aux parties le 19 octobre 2017 également, près de trois semaines après leur réception.

La défense de la Ville nous est ainsi inconnue au moment où nous postons ce billet d’étape et, du mémoire déposé par Cavé Goutte d’Or le 29 septembre 2017, on retient notamment aujourd’hui ce passage sur la présentation du projet par l’architecte concernant les étranges baies du pan coupé, très grandes et décalées en saillies, susceptibles d’apparaître comme la marque d’une « architecture agressivement en rupture », telle qu’elle avait été désignée par plusieurs experts dans une étude de 1984 concernant la rénovation de la Goutte d’Or Sud, déposée en pièce 21 devant le TA par Cavé Goutte d’Or  :

Comme en écho au document produit en pièce 21, qui regrette que le plan de rénovation du quartier « sacrifie presque systématiquement les immeubles d’angle », la notice PC4 du projet de la société BATIGÈRE indique :

  • « Pour marquer l’angle de l’immeuble et offrir aux séjours qui s’y trouvent une vue cadrée sur le Sacré Cœur, une grande fenêtre est prévue dans le biais. Un léger mouvement de décalage entre les niveaux théâtralise l’angle et souligne la superposition des étages ».

Au-delà de l’appréciation personnelle qui peut être portée par chacun sur le geste architectural consistant à « théâtraliser l’angle », souci de création que l’on peut saluer en soi et voir reconnu au besoin au titre de la place qu’il peut prendre dans l’histoire de l’architecture parisienne (article UG.11.1.3), les considérations des auteurs du projet devaient alerter le service instructeur dès lors qu’étaient posés si franchement les objectifs tendant à construire un édifice en fonction de la vue que quatre ou cinq logements en angle pourraient offrir à leurs habitants alors que le code de l’urbanisme et le règlement du PLU, sans même évoquer encore le code du patrimoine, imposent que l’on se préoccupe en priorité de l’espace public, désigné comme « composante majeure du paysage de Paris » (Rapport de présentation du PLU, Chiffre VI, Paysage, patrimoine et construction, p. 78).

Sur le même sujet, lire notre billet « Le pied d’immeuble de l’angle Myrha/Affre fragiliserait encore le projet Batigère ».

Lire aussi :

  • Angle Myrha/Léon : Les 20 ans d’Accords croisés sur la première dalle du futur 360 Paris Music Factory (page défense du quartier).
  • Barcelone bientôt en zone urbaine sensible ? (page humeur)
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Work in progress

Goutte d’Or/Boris Vian : la fresque murale annoncée pointe son nez

  • À l’approche du deuxième rendez-vous annuel de la Cohérie Boris Vian sur le carrefour en requalification urbaine, la direction du patrimoine et de l’architecture lance la nouvelle étape de l’embellissement annoncé.
  • Le projet est passé sans être soumis au tout récent budget participatif.
  • Serait-ce pour mieux enterrer la requalification du secteur dont Monsieur Vaillant disait qu’il avait « très mal vieilli » qu’on le rhabille chichement pour l’hiver ? 

Rue de la Goutte d’Or, entre le leader à Price et la rue à Boris (Photo CGO, 10 octobre 2017).

Pour mémoire, la Cohérie Boris Vian pointe le sien (de nez) le 2 mai et le 30 novembre de chaque année depuis six ans sur le carrefour formé par la rue de la Goutte d’Or et la rue Boris Vian, nom dont elle a autorisé l’usage en 1992 lorsque la disgracieuse barre de Paris Habitat OPH comprenant le parking, le supermarché et le TEP n’avait pas encore recouvert les ruines de l’hôtel particulier du 16 rue de la Goutte d’Or récemment rendu au public par la belle exposition de photographies de Jean-Claude Larrieu : « Les années Goutte d’Or 1977-1987 ».

Le dernier 2 mai a vu les désormais traditionnelles agapes de la Saint Boris se dérouler joyeusement autour des plans et croquis de l’Agence d’architecture Andrei Ferraru et des photos de Jean-Claude Larrieu qui vécut au 16 rue de la Goutte d’Or, fresque in situ dira-t-on ‘à la situ’ de ce lieu investi par Boris Vian depuis nos exercices de pataphysique in situ plus qu’il ne l’a jamais été par Paris Habitat OPH, qui occupe pourtant cette partie de la Goutte d’Or Sud depuis plus de trente ans au nom de la Politique de la ville qui la maintient avec application en zone urbaine sensible. Histoire qu’elle ne lui échappe pas.

Malvieillesse ou malveillance ?

Trente années auront donc suffi à un quartier très riche d’un passé historique et architecturale digne de la protection que préconisait alors l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) pour « très mal vieillir », comme le dira le maire qui a accompagné activement ces trente années de « destruction volontaire d’un patrimoine volontairement méconnu » (voir ci-contre).

Car il ne s’agit pas de « mal vieillir » (mal vieillir en à peine trente ans ?), il s’agit de mal construire pour bien détruire. Il a d’ailleurs fallu à cette destruction volontaire l’appui des plus hautes sphères du pouvoir des années 1980-1990 pour prospérer sous le label  « social ». Lionel Jospin et Alain Juppé, élus dans le 18e arrondissement de Paris et aux commandes de la Ville, de l’État, du parti socialiste alors au pouvoir à l’Élysée ; François Mitterrand et Jacques Chirac, le premier en envoyant ses très jeunes lieutenants à la conquête du 18e dès la fin des années 1970 et en plaçant le député de la Goutte d’Or à la tête de Solférino (Solférino que, pour boucler la boucle, la SEMAVIP vendrait bien aujourd’hui pour un euro symbolique à la SEFRI-CIME, comme elle l’a fait du 25 rue Stephenson), le second en captant le meilleur d’entre les siens aux finances de la Ville dès le début des années 1980, sont en effet au cœur, si l’on peut dire, des menées qui ont abouti à la destruction du quartier (voir l’échange Jospin/Chirac du 2 mai 1995 [Saint Boris précoce!] et l’étude de Violette Roland récemment parue dans le n° 100 de SOS Paris).

Rue Boris Vian :
la quille le 30 novembre ?

Lire notre billet du 20 novembre 2012 : « Boris Vian, sa rue dans les brancards ».

Si le dernier 2 mai a eu les honneurs des architectes de la requalification, de Jean-Claude Larrieu, des responsables du TEP, de la Goutte verte alors toute voisine, de l’élue verte responsable du conseil de quartier, et des délégations amies de SOS Paris, ASA-PNE et Action Barbès venues en force, le prochain 30 novembre sera peut-être le dernier.

La Cohérie Boris Vian, qui a posé en novembre 2012 que le nom « rue Boris Vian » n’était pas acquis, a en effet laissé entendre qu’elle attend désormais de la Mairie de Paris un rapport sérieux doté d’un calendrier serré quant au programme de requalification et reconstruction de ce secteur sinistré par l’opération Goutte d’Or Sud.

L’annonce de juin 2017.

Or, le panneau de la Mairie évoquant en juin 2017 « les travaux d’aménagement réalisés par la direction du patrimoine et de l’architecture » pour prétendument « embellir (notre) cadre de vie » fait piètre figure face à la demande d’attention initiée le 28 novembre 2012 par la lettre de la famille Boris Vian à Bertrand Delanoë.

> La requalification du secteur Goutte d’Or/Boris Vian.

L’artiste semble manquer de recul. Dès qu’elle sera libérée de ses grilles de protection, elle pourra passer de l’autre côte de la rue et admirer la palissade, cette lapalissade à la Devos qui dit qu’à la Goutte d’Or, un fresque rien n’est pas rien (Photo CGO 10 octobre 2017).

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Disparate

La Ville recourt aux captures d’écran de Google pour disqualifier les abords de l’église Saint Bernard

  • Au moment où le projet dit « d’aménagement des pourtours de l’église Saint Bernard » était plébiscité par le vote du budget participatif 2017, la Mairie de Paris s’appliquait, devant la Cour administrative d’appel, à dénigrer les lieux au motif de « leur caractère très disparate ».

Dans les coulisses de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris (Promenade Claude Lévi-Strauss, Paris, 2017).

Nos lecteurs (comme nos contradicteurs de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris, de l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, de Batigère, Sefri-Cime, Paris Habitat OPH et autres promoteurs immobiliers plus ou moins sensibles aux aménités des lieux) connaissent « l’étude de l’APUR », étude que nous évoquons régulièrement sur ce blog et dans nos requêtes au Tribunal administratif et à la Cour administrative d’appel de Paris, travail minutieux de recensement des édifices et espaces urbains du XIXe siècle dignes d’intérêt et de protection.

Menée entre avril 1974 et avril 1978 par l’historien de l’art et de l’architecture François Loyer pour l’Atelier parisien d’urbanisme, l’étude a été publiée en 1981 sous le titre Paris XIX siècle. L’immeuble et l’espace urbain. Elle est consultable en bibliothèques (y compris dans certaines bibliothèques municipales!), citée dans de nombreux ouvrages et dans le Rapport de présentation du PLU de Paris qui en publie l’une des planches (voir ci-contre) et précise :

  • « La demande de protection patrimoniale n’est plus seulement une demande savante, qui s’attacherait d’abord aux monuments, mais aussi une demande sociale qui s’étend aux immeubles de logements, aux espaces de production, aux ambiances et aux lieux de vie. L’élaboration d’un document d’urbanisme local, le PLU, crée l’occasion de répondre à cette aspiration » (Rapport de présentation du Règlement du PLU de Paris,  chapitre VI. Paysage, patrimoine et construction, pages 78 et suiv.) 

Pourtours pour tous

Le projet qui vient d’être choisi au titre du budget participatif ne s’attache lui-même pas particulièrement au monument historique qu’est devenue l’église Saint Bernard, dont il n’évoque pas l’inscription en novembre 2012 et le classement en juin 2015, pas davantage d’ailleurs qu’il ne cite l’étude de l’APUR. Mais l’aspiration à un espace protégé (ne serait-ce que des voitures et du « carcan qui l’entoure ») se lit dans la présentation et reflète la carence d’une telle protection jusqu’ici :

  • « La reconquête des rues adjacentes à l’église Saint Bernard permettra de redynamiser le quartier. À ce jour, l’accès permanent à ces rues pour la circulation automobile ne se justifie pas: elles ne desservent aucune zone, ne sont sur aucun axe de circulation et permettent uniquement du stationnement, souvent de voitures-ventouses. L’espace dédié aux véhicules automobiles dans le quartier pénalise les autres usages. Les espaces verts qui manquent cruellement pourraient refleurir, les terrasses, placettes et commerces pourraient réinvestir les lieux et redynamiser socialement et économiquement le quartier. Ces rues sont : St Mathieu, St Luc, Affre, St Jérôme, St Bruno et Pierre L’Ermite. L’église St Bernard serait libérée du carcan qui l’entoure et retrouverait une fonction centrale d’une place enfin digne de son histoire ».

Les rues évoquées sont bien celles de « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » décrit par l’APUR et dont Cavé Goutte d’Or estime qu’il est agressé par le projet immobilier de l’extension de l’école Saint Bernard autorisé sur le seuil d’un monument historique qui, trente ans plus tôt, était déjà, dans l’étude de l’APUR, un « édifice de qualité exceptionnelle ».

Les deux cartes illustrent ainsi le mémoire déposé le 3 octobre 2017 par Cavé Goutte d’Or et SOS Paris devant la Cour administrative d’appel de Paris (extrait ci-contre). Cela en réplique à la Ville de Paris qui, dans son propre mémoire du 18 septembre 2017, s’applique à discréditer tant l’étude de l’APUR que « le caractère très disparate des lieux ».

La Ville de Paris en défaut de disparité

Dans son mémoire du 18 septembre 2017, la Mairie de Paris présente en effet avec insistance un quartier dont l’architecture « disparate » serait le témoin d’un n’importe quoi appelant et/ou autorisant n’importe quoi. Ne s’appuyant que sur des vues du quartier constituées de captures d’écrans du site google maps street views, la Mairie de Paris (qui montre ainsi que ses agents et ses avocats – à l’instar peut-être des ABF – ne travaillent que par écrans interposés, sans connaître les lieux, sans s’y déplacer) écrit en effet :

  • « Les photos issues du site google.maps permettent de se rendre compte de ce caractère très disparate des lieux, offrant des bâtiments de toutes les époques depuis celle de construction de l’église (19e, haussmannien, art nouveau, après-guerre et années 1960), et qui peut donc tout à fait accueillir un élément supplémentaire de l’histoire architecturale de Paris, sans que l’intérêt des lieux ne s’en trouve affecté » (voir extrait de la défense de la Ville de Paris).

De la syntaxe elle-même très disparate de ce moyen de défense, où l’adjectif haussmannien n’est pas accordé au féminin de l’époque et où le seul sujet (de la phrase) qui puisse « tout à fait accueillir un élément supplémentaire de l’histoire architecturale de Paris » est le caractère disparate des lieux, on retient l’absence de sujet humain dans la préoccupation de la Ville qui a manifestement du caractère des lieux une image aussi légère que sa connaissance des lieux.

Comme a pu le confirmer le professeur Loyer, le secteur concerné est en réalité « l’un des rares lotissements préfectoraux (à l’époque, le quartier n’était pas encore rattaché à Paris) qui ait survécu dans son entier. Ce n’est pas le cas ailleurs, où des interventions postérieures (qu’elles soient haussmanniennes ou modernes) ont changé la configuration des lieux. C’est donc, dans l’histoire de l’urbanisme parisien du XIXe siècle un témoignage précieux de ce que furent les entreprises de lotissement menées par l’administration à l’extérieur de la capitale (dans ses limites antérieures à 1860). On ne trouve nulle part dans les actuels arrondissements extérieurs un ensemble des années 1850-1860 aussi bien conservé. Le fait qu’il soit antérieur à l’annexion prouve l’expérience qui était celle des services publics en matière d’organisation urbaine ».

Quant à l’unique pièce produite par les actuels services publics de l’organisation urbaine, elle confirme hélas la légèreté avec laquelle ce dossier a été et demeure traité.

Que la Ville de Paris s’autorise en effet à déposer devant la Cour administrative d’appel des captures d’écran de Google à l’appui, si l’on peut dire, de sa contestation des qualités de l’espace urbain environnant, en dit long sur la considération qu’elle porte à cet espace et à ses habitants, – sans même encore nous interroger sur celle qu’elle porte à l’APUR et sur le choix municipal de se défendre du reproche d’atteinte au patrimoine par le biais de vues captées par l’un des « géants du numérique » (le G de GAFA) dont la position dominante sur le marché de la connaissance, de la culture et de l’intelligence artificielles est parfois jugée abusive, y compris par la Ville de Paris.

Fais GAFA mon quartier !

Alors que SOS Paris a respectueusement sollicité de la cour qu’elle se déplace sur les lieux pour se convaincre de l’atteinte portée au monument historique et au site (lire ici pour mémoire), six photos marquées du copyright de Google suffiraient, à en croire la Ville, à appuyer la thèse selon laquelle elle respecterait le PLU et la jurisprudence en se limitant à donner « toute sa place à la création architecturale ».

L’extension de l’école Saint Bernard ne ferait ainsi qu’apporter au secteur protégé « un élément supplémentaire de l’histoire architecturale de Paris sans que l’intérêt des lieux ne s’en trouve affecté ». Merci Google !

Les autres projets lauréats
dans les abords des abords

Photo Jean-Raphaël Bourge.

Des quatre projets que nous avons présentés ici le 30 septembre dernier, trois ont été choisis par les participants au budget participatif 2017. Avec 1013 votes, le projet de l’aménagement des pourtours de l’église Saint Bernard évoqué ci-dessus est le premier des quatre, suivi par le projet de Rue-Jardin Richomme (925 votes) et celui d’une rue Cavé apaisée (876 votes). Le projet d’éclairage de l’église Saint Bernard a recueilli 667 votes. Souhaitons qu’avec le report des votes rassemblés par les trois autres cette année, ce quatrième projet, soutenu par Action Barbès et Jean-Raphaël Bourge (qui a su, déjà, donner au MH un bel éclairage à contre nuit), passera au prochain scrutin.
> Tous les résultats.

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Bonne pioche

Le budget participatif 2017 au secours des abords de l’église Saint Bernard

  • Au moment où, devant la Cour administrative d’appel, la Mairie de Paris rejoint le Diocèse de Paris au soutien d’une architecture portant atteinte à l’espace urbain d’intérêt exceptionnel identifié par l’APUR autour de l’église Saint Bernard, elle sélectionne pour le budget participatif un projet d’habitants qui propose la protection préconisée par l’APUR.

Le projet soumis au vote du budget participatif 2017 (capture d’écran du site de la Mairie de Paris, 30 septembre 2017).

En rouge foncé sur la carte de l’APUR, les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » identifiés par François Loyer dans une étude confiée à la fin des années 1970 par la Mairie de Paris à l’Atelier parisien d’urbanisme. En jaune foncé, les « espaces urbains d’intérêt élevé ». En noir au centre, l’église Saint Bernard qualifiée par l’étude d’« édifice de qualité exceptionnelle », inscrite en novembre 2012 et classée en juin 2015 au titre des monuments historiques à l’initiative de l’association Cavé Goutte d’Or.

La carte associée au projet actuellement soumis au vote des Parisiens semble sortir tout droit de l’étude de François Loyer pour l’APUR.

Or cette étude est dénigrée, quand elle n’est pas simplement niée, devant les juges administratifs  par la Ville de Paris et les promoteurs immobiliers qui investissent actuellement les angles Saint Bruno / Pierre L’Ermite (OGEC Saint Bernard Sainte Marie pour l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard) et Cavé / Stephenson (Société anonyme SEFRI-CIME PROMOTION, substitut de l’Association Foncière Logement). On ignore encore ce qu’en disent (s’ils en disent quelque chose) les défenseurs de la Société anonyme d’HLM BATIGÈRE qui devaient déposer, ce vendredi 29 septembre 2017 avant midi, un mémoire en défense suite au recours déposé par Cavé Goutte d’Or contre le permis obtenu sur l’angle Myrha / Affre.

Quoi qu’il en soit, il est utile de voir l’étude de l’APUR remise à l’ordre du jour par le biais de la consultation des habitants qui, fût-ce sans la connaître, en rejoignent les conclusions et préoccupations et rappellent que le quartier de la Goutte d’Or n’est pas dépourvu d’espaces urbains dignes d’intérêt qui méritent d’être « reconquis », pour le dire comme les auteurs du projet.

D’autant que le terrain à reconquérir est vaste, et les espaces urbains d’intérêt élevé nombreux, si l’on suit le tracé des plans qui accompagnent l’étude de l’APUR et englobent les rues de Jessaint et de la Goutte d’Or, la Goutte d’Or Sud dans son ensemble, les angles de la rue Stephenson (dont l’angle Cavé / Stephenson qui a été vendu par la SEMAVIP à la SEFRI-CIME PROMOTION pour un euro symbolique, et quel symbole !), la rue Myrha englobant les 5, 7 et 9 formant le carrefour dont la partie basse au Nord-Est, confiée à BATIGÈRE, est actuellement au rôle du Tribunal administratif dont on a rappelé ci-dessus qu’il avait prononcé la clôture de l’instruction au 29 septembre 2017 à midi.

Les « espaces urbains d’intérêts élevés » (traits jaunes) entourant les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » (traits rouges) identifiés par l’Atelier parisien d’urbanisme avec, au centre, les trois dernières agressions en date qu’ils subissent sous les coups notamment de la Mairie de Paris, de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, de la SEFRI-CIME PROMOTION, de BATIGÈRE.

Trois instructions en clôture…

Loin de former une barrière autour de l’« espace urbain d’intérêt exceptionnel » en péril (en rouge et noir au centre de la planche ci-dessus), l’« espace urbain d’intérêt élevé » constitué par les rues Stephenson, Myrha, Léon et de la Goutte d’Or (en jaune) est ainsi – malgré l’expérience difficile de la Goutte d’Or Sud (dont même Daniel Vaillant devait reconnaitre que la rénovation avait, en à peine vingt ans, « très mal vieilli ») – encore aujourd’hui le témoin d’agressions immobilières soumises au juge administratif.

Le vote s’arrête le 1er octobre à 20 heures ! Voter sur le site de la Mairie.

Au moment où le budget participatif 2017 invite à la réflexion sur la reconquête de ces espaces par les habitants, on note que les trois affaires sont presque simultanément mises en période de clôture de l’instruction. Notable aussi, le fait que les défendeurs dans les trois dossiers retardent l’expression de la justice : sur l’angle Cavé / Stephenson, après plusieurs mises en demeure de conclure et deux ordonnances successives de clôture, la Ville de Paris et SEFRI-CIME PROMOTION ont, de concert, instrumentalisé l’institution du permis modificatif pour corriger une irrégularité administrative du permis initial dont rien n’est pourtant modifié (prochaine clôture au 13 octobre 2017) ; sur l’angle Saint Bruno / Pierre L’Ermite, la Ville tarde à conclure devant la Cour administrative d’appel et provoque un report de la clôture du 18 septembre au 3 octobre 2017 (c’est déjà demain !) ; sur l’angle Myrha / Affre, ni la Ville ni BATIGÈRE n’avaient répondu au recours de Cavé Goutte d’Or lorsque fut prononcée cet été la clôture de l’instruction au 29 septembre 2017 (c’était déjà hier).

 … vers une prochaine application de la Loi Macron 1

Dans les trois cas, parallèlement à leur impéritie administrative, la Ville et les promoteurs immobiliers ont accéléré la construction sur le terrain. L’OGEC qui, dès la pose de la première pierre, avait mis au défi les riverains et la justice d’oser démolir la moitié d’une école (lire ici pour mémoire), arrive devant la Cour avec un édifice construit ; BATIGÈRE quasi, et SEFRI-CIME PROMOTION prétend vouloir en suivre le chemin (voir notre page Humeur à la date du 18 septembre). Mais la Loi Macron 1 veille : on se souvient en effet que, soucieuse de réduire le risque de démolition qui peut frapper une construction achevée jugée illégale, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques du 6 août 2015 avait finalement maintenu la démolition qui reste « indispensable » lorsque l’immeuble qui s’avérerait construit au bénéfice d’un permis jugé illégal l’a été dans les abords protégés d’un monument historique, ce qui est le cas des trois dossiers rappelés ici.

  • Autres projets du budget participatif dans les abords du monument historique :

L’éclairage de l’église Saint Bernard. Le projet n° 16, qui avait déjà concouru en 2016, est soutenu cette année par Action Barbès, ce qui est un gage de sérieux. Point faible : l’éclairage n’est prévu que de nuit, au détriment des écoliers de Saint Bernard qui ne pourront ainsi admirer nuitamment le monument historique sur la protection diurne duquel l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, son Diocèse et la Mairie laïque se sont assis allégrement.

La Rue-Jardin Richomme. Concourant également pour la deuxième année consécutive, et soutenu également, cette fois-ci, par Action Barbès, le projet n° 10 consiste à rendre piétonne la rue Richomme. Une végétalisation serait effectuée en plantant des arbres sur les trottoirs les plus larges, en aménageant un jardin partagé au n° 23 et en végétalisant les grilles de l’école en contre-bas de la rue. La Goutte verte qui, après la friche Cavé/Stephenson et le TEP de la rue Boris Vian, occupera désormais l’espace du jardin partagé de la rue Richomme, s’est aussi associée à ce projet et organise une « journée festive » ce dimanche 1er octobre pour accompagner le vote jusqu’à 20 heures.

Apaiser la rue Cavé. La rue Cavé, qui hébergea naguère la permanence du député Lionel Jospin et du député-maire Daniel Vaillant, déjà célèbre pour l’apaisement que lui a procuré le CROUS de Paris Habitat OPH, se veut aujourd’hui « périmètre » : « il est nécessaire d’agrandir les trottoirs de cette rue, trop étroits, afin d’apaiser ce périmètre » indiquent les auteurs du projet n° 3.

Fresque élue !

Hors compétition car refusé par la Ville de Paris au motif qu’il touchait à la propriété privée des 11 et 13 rue Saint Luc, le projet de nouvelle fresque au square Léon mérite d’être signalé néanmoins pour le fait précisément d’avoir été exclu du vote par une Mairie soudain bien soucieuse de la propriété d’autrui. La Ville de Paris ne s’était en effet pas gênée de laisser celle du 18e appliquer illégalement, sans autorisation administrative et sans ligne budgétaire claire, au début des années ’90, une fresque monumentale sur les quatre pignons des 11 et 13 rue Saint Luc qui, à l’époque, étaient déjà des propriétés privées donnant sur ce qui allait devenir le square Léon (voir notre page Fresque du square Léon).

Lire en page Défense du quartier : « La Mairie du 18e arrondissement se rapproche de la Goutte d’Or ».

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Petit bras

Trump à l’ONU : Pas un mot pour la Goutte d’Or !

  • Le célèbre quartier en politique de la ville depuis 33 ans ne suscite aucune compassion de l’homme fort de la Maison Blanche.

Même sous la grande H qui la menace (ici sur le carrefour Myrha/Affre),…

… la Goutte d’Or en ZUS depuis 33 ans et ZSP depuis 5 ans n’a pas ébranlé la confiance du président américain dans l’ordre du monde (Crédit image : scoopnest.com).

Quand bien même les réseaux sociaux relayaient lundi les difficultés de son collègue français Emmanuel Macron – qui a dû, ce week-end, dépêcher rien moins que Stéphane Bern sur le front du patrimoine historique, social, architectural de la Goutte d’Or pour contrer la poussée d’une fronde communarde sur le quartier -, Donald Trump n’en a eu, à l’ONU, que pour les très convenus Venezuela, Corée du Nord, Syrie…

Les mises en garde n’avaient pourtant pas manqué, allant jusqu’à viser cet été le président français en personne sur les vestiges de l’ancien temple nazaréen privé de son Na (photo ci-contre qui a suscité l’émoi sur le compte Facebook de Cavé Goutte d’Or).

Le patron de La Table ouverte, défricheur bien connu du quartier où il est né et où il déplace sa pétanque de points stratégiques en points stratégiques, de l’ancien Démol aux carrefours Myrha/Léon et Polonceau/Poissonniers, devait même, dès dimanche soir, déclarer sur Facebook que le secteur Goutte d’Or n’existait plus depuis 1984 lorsqu’il est entré en quartier Politique de la ville (post du 17 septembre 2017 ci-dessous) :

1984 : Naguère est déclaré

Après SOS Paris, dont le bulletin n° 100 a consacré cet été deux pages à une sévère critique de la Politique de la ville qui, dans la Goutte d’Or, a volontairement détruit un patrimoine volontairement méconnu, ou l’a volontairement méconnu pour mieux le détruire, la fronde semble interpeler les plus sceptiques, comme en témoigne l’échange qu’on peut lire ici.

Selon les uns, les tags ne sont assurément pas du quartier ; d’autres en sont moins sûrs ; d’autres encore regrettent que les tags souillent les murs, ou suggèrent qu’ils seraient de ceux qui s’en plaignent: « Ouais, après les mêmes mecs vont pleurer que les quartiers populaires sont dégradés ». Les échanges se poursuivent aussi sur la page facebook de SOS Paris, qui évoque « le cas emblématique de la Goutte d’Or » au titre des « quartiers parisiens en péril ».

Été chaud sur le carrefour Myrha/Léon.

Quoi qu’il en soit de ces éventuelles « dégradations éphémères » (les tags), la dégradation du quartier poursuivie par les architectes des bâtiments de France et la direction de l’Urbanisme des  Mairies de Paris et du 18ème suit son train et, si les constructions sont éphémères aussi (cf. le bon mot de Monsieur Vaillant : « La Goutte d’Or sud a très mal vieilli »), elles durent cependant plus que le temps d’un tag.

Le futur Paris Music Factory sur ses gardes.

Louise Michel :
un mirage à 360° ?

Rien ne semble pouvoir arrêter la fronde actuellement… en marche… sur le quartier, et nos amis du 360 Paris Music Factory, dont Cavé Goutte d’Or avait présenté le projet dans la Paris Xérographes Factory tout à côté (lire ici pour mémoire) semblent également en faire les frais, eux qui déjà avait dû poser leur première pierre hors les murs l’automne passé (relégués à la Salle Barbara, en grandes pompes il est vrai), eux dont on dit qu’ils auront la dalle ce week-end, se font doublés par la boutique du coin d’en face qui annonce : « Pas là, la musique, pas là! »

 

35, rue Myrha face à la prochaine 360 Paris Music Factory.

Bientôt sur le blog : PALA L’ABF, PALA.

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Dédain

Journées du patrimoine : l’école Saint Bernard tourne le dos à l’église Saint Bernard

  • La contribution de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie aux Journées européennes du patrimoine dédiées au jeune public : priver les écoliers de Saint Bernard du patrimoine de Saint Bernard.
  • Les associations SOS Paris et Cavé Goutte d’Or mobilisées ce week-end en prévision de la clôture de l’instruction devant la Cour administrative d’appel le lundi 18 septembre.

Crédit photo : OGEC Saint Bernard Sainte Marie (Mémoire en défense devant la Cour administrative d’appel, septembre 2017).

On savait que l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie se moquait de l’environnement dans lequel il prétendait pouvoir agrandir l’école Saint Bernard, environnement qualifié par l’APUR d’« espace urbain exceptionnel ».

Après l’avoir contesté sur plan, on découvre sur pièce le choix architectural de l’OGEC (acronyme d’« Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique ») consistant à placer l’extension de l’école Saint Bernard dos à la rue, avec un rez-de-chaussée entièrement aveugle, contrairement à l’article UG 11.1.4 qui prescrit :

  • « Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possibles en évitant l’implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service…) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l’affichage ou la mise en œuvre de graffitis ».

Les étudiants en architecture de l’Université de Hong Kong découvre l’extension de l’école Saint Bernard le 12 juillet 2017 (voir notre Humeur du 17 juillet 2017).

Les croquis dits « d’insertion » déposés à l’appui du permis montraient bien un rez-de-chaussée entièrement bétonné et aveugle (voir sur le blog). On observe que, parmi les multiples erreurs déjà signalées sur le blog, l’OGEC évoque une improbable « rue Saint Bernard » dans les documents officiels présentés à l’administration qui ne connait pas mieux le quartier que le pétitionnaire (voir sur ce point notre billet du 17 septembre 2017 en page Défense du quartier).

La réalité dépasse l’affliction.

Les abords de l’école Saint Bernard

Pour ce qui est des perspectives monumentales, l’OGEC propose une analyse littéralement renversante dans le mémoire en défense qu’il a déposé le 6 septembre en prévision de la clôture de l’instruction fixée à ce lundi 18 septembre 2017.

L’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique Saint Bernard-Sainte Marie se soucie en effet des perspectives qui s’ouvrent sur l’école depuis l’église comme pour mieux montrer que celles qu’on a sur le monument historique ne sont pas sa préoccupation.

Sur ce point, l’OGEC va jusqu’à produire en défense devant la Cour administrative d’appel la photographie qui illustre ce billet et montre son œuvre vue depuis l’abside de l’église Saint Bernard (photo ci-dessus) alors que , suivant celle du maire de Paris en 2012, la contestation des associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris démontre, par une vue qu’on a sur l’abside et non depuis l’abside, que le monument historique est amputé par l’édifice nouveau d’une partie majeure des perspectives qu’on peut en avoir (photos ci-dessous).

En dépit du fait avéré que l’abside – plus précisément « le chevet et la chapelle de la vierge » (page 38 de l’ouvrage de Joseph Garin, L’Église de Saint-Bernard, Description avec illustrations et plan, 1933, 2011) – sont coupés à la vue du public, l’OGEC pense pouvoir soutenir, dans son mémoire en défense, qu’« il ressort clairement (des photographies produites) que (l’extension) ne porte aucune atteinte aux perspectives monumentales de l’église ».

L’OGEC en arrive à prétendre devant la Cour qu’il respecte les lieux avoisinants dès lors qu’il respecte les gabarits et la hauteur de l’ancien bâtiment de l’école, méconnaissant ainsi que c’est précisément en construisant dans la cour de l’école – cour offrant un espace libre de construction, « une respiration intéressante dans le paysage urbain » (Rapport de présentation du PLU, page 63) devant être protégé au titre de l’article 13 du PLU – qu’il porte atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, au paysage naturel et urbain, à la conservation des perspectives monumentales.

L’accord fautif de la Mairie de Paris

Dans le mémoire commun qu’elles ont déposé devant la Cour administrative d’appel de Paris le 16 septembre 2017, les associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris soutiennent que les éléments de paysage amputés par la construction de l’OGEC constituent une partie majeure du monument historique et qu’ainsi une atteinte violente est portée aux abords du monument quand bien même, précisément, « le principal mérite de l’édifice est la variété et l’animation de son volume extérieur », comme le pose le PLU lui-même dans son annexe sur les protections patrimoniales :

Les associations soutiennent que la Mairie de Paris a ainsi fautivement manqué à ses obligations de protection de l’« espace urbain d’intérêt exceptionnel » autour d’un « édifice de qualité exceptionnelle » que lui avait décrit l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) :

  • « Dès la deuxième tentative de l’OGEC de porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, comme le lui reprochait le maire en refusant le projet en mars 2012, la Ville devait prendre elle-même l’initiative de créer un espace libre protégé (ELP) sur la parcelle sur laquelle l’OGEC prétendait pouvoir construire », écrivent SOS Paris et Cavé Goutte d’Or dans leur mémoire en réplique.

Le PLU le prévoit expressément et l’impose en pareil cas, comme le soutiennent les associations :

  • « En application de l’article UG.13 du règlement du PLU de Paris aux termes duquel, ‘afin de préserver le paysage urbain parisien, d’améliorer la qualité de vie des habitants, de sauvegarder et développer le biotope, il convient d’apporter un soin tout particulier au traitement des espaces libres (…)’, la Ville devait en effet faire usage de l’article L.151.19 du code de l’urbanisme qui stipule pour sa part : ‘(Le PLU) peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d’ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration (…)’ ».

Les écoles à l’honneur
des Journées du patrimoine 2017

Vers une séance de rattrapage
pour les écoliers de Saint Bernard

Lire en page Défense du quartier : « L’organisme qui exploite l’école Saint Bernard ignore le quartier autant qu’il en ignore la patrimoine ».

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