Hilare de vivre

Les « quartiers populaires » toujours morts de rire

  • 2016-2019 : En vertu de l’adage selon lequel « on ne change pas une équipe qui gagne », les professionnels promotionnels de la Politique de la ville gardent la même communication infantile et dégradante pour se faire valoir.
  • Dans les desseins dessins de la Mairie de Paris, des émoticônes hilares persistent à tenir les murs de la Goutte d’Or et de la Chapelle.

À gauche, illustration du blog de Colombe Brossel, maire adjointe en charge notamment de la Politique de la ville auprès de la maire de Paris (30 juin 2016). À droite, invitation de Colombe Brossel et Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement de Paris, pour une réunion publique sur les quartiers populaires (18 juin 2019). Agrandir l’image (et les sourires des émoticônes).

Nos lecteurs se souviennent qu’au moment où s’ouvrait enfin la concertation pour le chantier de réparation de la Goutte d’Or Sud (première session du comité de suivi le 20 mai 2019), l’APUR déposait le bilan faisait le bilan de la Politique de la ville dans les quartiers qui en dépendent (voir notre billet « L’APUR au rapport » en page Défense du quartier).

Le rapport remis par l’APUR le 21 mai a été publié sur le site du Conseil citoyen qui rappelle  qu’« avec le Contrat de Ville parisien 2015-2020, l’État, la Ville de Paris et l’ensemble des partenaires signataires se sont fixés des objectifs ambitieux d’intervention et d’actions dans les quartiers populaires jusqu’en 2020 » et qu’il a, pour sa part, « participé à la présentation, par l’APUR, en présence de Colombe Brossel adjointe à la Mairie de Paris, de cette évaluation à mi-parcours du Contrat de Ville, ce 21 mai, à l’Hôtel de Ville de Paris ».

Le site du Conseil citoyen – qui est, avec celui d’ASA-PNE et de Cavé Goutte d’Or, l’un des rares à suivre le projet de réparation du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or – donne à lire les différents documents présentés par l’Atelier parisien d’urbanisme le 21 mai 2019. Cavé Goutte d’Or s’est arrêté sur le volet concernant « les quartiers de la Politique de la ville dans le 18e arrondissement » datant d’avril 2019 (lire le rapport de l’APUR).

Ses conclusions ne sont pas rassurantes pour la Goutte d’Or et la Chapelle et ne justifient pas les sourires de figurines avec lesquels les responsables de la Politique de la ville communiquent à leurs égards.

Populaires et prioritaires
ou inversement

On sait que la Ville de Paris peine à distinguer les quartiers populaires des quartiers prioritaires. Par un glissement qu’on appellera ici sémantique pour laisser à chacun le soin de trouver le meilleur signifiant du signifié, les deux mots en sont venus à ne faire qu’un dans la sémiologie urbaine où l’APUR lui-même peine à trouver Saussure à son pied.

De quoi les quartiers populaires sont-ils prioritaires ? – Des investissements de la Ville de Paris, expliquait le 30 juin 2016 sur son blog Colombe Brossel ; ce qui est confirmé aujourd’hui par la Ville de Paris sur le sien.

Quant au rapport présenté par l’APUR le 21 mai dernier dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville, il nous apprend que les « quartiers pop » (ainsi hache-tagués dans un tweet de Colombe Brossel qui fera date) sont appelés QP quand ils sont aussi quartiers prioritaires. Les autres sont en QVA (Quartier de Veille active) et l’ensemble formant, si on a bien compris, les QPV (Quartiers en Politique de la ville).

La Goutte d’Or et la Chapelle telles que nous les connaissons et en parlons sur le blog font partie de ce qui est appelé par l’APUR le « Secteur  des  Faubourgs  du  18e », composé de la Goutte d’Or sud (classée quartier prioritaire), de la Goutte d’Or nord  (classée quartier de veille active comme les Amiraux – Simplon et la Chapelle Sud). Les quartiers dits « en veille active » sont en meilleure situation que les quartiers prioritaires, en d’autres mots : un quartier en veille active n’est « pas encore prioritaire » et, pour le dire comme le Conseil citoyen, « le quartier de La Chapelle, en veille active, pourrait basculer en prioritaire. Le secteur à la limite de La Chapelle et Gare du Nord a été identifié comme pouvant entrer également dans la géographie prioritaire ».

Le statut « prioritaire » est donc le statut qui est attribué au quartier qui va le plus mal et on suit ainsi les quelques pages du rapport de l’APUR dans un va et vient montant et descendant où la Goutte d’Or est toujours en bas. Ainsi en page 8, si « les indicateurs rendent compte d’une réduction globale des écarts socio-économiques entre le secteur et le reste du territoire parisien », le rapport observe que « le quartier prioritaire Goutte d’Or est marqué à l’inverse par un double mouvement d’arrivée de catégories sociales supérieures et d’accroissement des écarts sociaux ».

Le bénéfice de la bascule

De même, si « la part des foyers à bas revenus reste élevée dans le secteur dit Faubourg du 18e (21 % contre 12 % à Paris) », elle est de « 28 % dans le quartier prioritaire de la Goutte d’Or » (page 9). Pour ce qui est de « l’insertion sociale et professionnelle des jeunes », présentée par le rapport comme « un enjeu majeur », 15 % des jeunes du secteur Faubourg du 18e ne sont ni en emploi ni en étude (contre 9 % à Paris) et le chiffre passe à « 19 % pour le quartier prioritaire de la Goutte d’Or » (page 9). Et ainsi de suite hélas : le mal-logement (dont l’éradication demeure le navire amiral de la Municipalité) reste à l’index dans l’ensemble du périmètre dont le rapport de l’APUR indique qu’il « se caractérise par des problématiques d’habitat dégradé et de suroccupation plus marquées que dans d’autres secteurs prioritaires : 12 % de ménages sont en situation de mal logement dans le secteur contre 9 % à Paris (page 12). Même « la vacance commerciale » se distingue : elle est en effet « plus élevée dans l’ensemble des quartiers qu’en moyenne à Paris, notamment dans les quartiers de veille active Amiraux-Simplon et la Chapelle Sud où 15% des locaux sont vacants (contre 9 % à Paris et 13 % dans la partie QP de la Goutte d’Or) » (page 13).

Last but not least, « les quartiers du secteur sont très peu végétalisés », indiquent les indicateurs (page 14) qui ajoutent au passé composé que « le périmètre a bénéficié » de certains aménagements en effet déjà réalisés comme la ZAC Pajol et d’autres qui restent en cours d’exécution (la création d’une promenade urbaine de Barbès à Stalingrad) et de concertation (la requalification du secteur Boris Vian / Arcades Goutte d’Or) et dont on ne peut encore dire que la zone a « bénéficié ».

C’est déjà beaucoup de dire qu’elle a « bénéficié » de toute la tension l’attention qu’on lui accorde depuis quarante ans. Cette partie du rapport inclut d’ailleurs un mot sans pourcentage comparatif concernant « les problématiques d’usage de l’espace public, notamment dans le quartier de la Goutte d’Or, très fréquenté et animé (qui) connait des problèmes de propreté, de vente à la sauvette, trafic de drogue, prostitution (…) », – quartier dont l’APUR rappelle, comme en survolant la précision dans ce contexte, qu’il est « placé en zone de sécurité prioritaire (ZSP) depuis 2012 », ce qui néglige curieusement les décennies antérieures puisque, comme le soutient la Ville de Paris dans un autre document qu’on peut lire sur le site du Conseil citoyen à la date du 2 janvier 2019 (lien), c’est bien à 1984 que tout remonte (ici pour mémoire) :

  • « Le quartier de la Goutte d’Or est inscrit depuis 1984 dans les procédures de la Politique de la Ville, depuis 1996 en ‘Zone urbaine sensible’ et depuis 2012 en ‘Zone de sécurité prioritaire’. Il a de ce fait bénéficié, depuis les années 80, d’une intervention publique forte, articulant projet social et renouvellement urbain ciblé sur le traitement de l’insalubrité » (Ville de Paris).

« Rendez les bénéfices ! » ou « Arrêtez les frais ! »... Quel slogan pour les prochains communicants de la Politique de la ville ? Réponse ce soir en Mairie du 18e ?

Quelques habitants du quartier ont reçu une invitation pour une présentation de la Politique de la ville le 18 juin à 18 h 30 place Jules Joffrin (voir l’invitation)*.

*Agenda urbaniste très chargé. Cavé Goutte d’Or invite les lecteurs du blog à lui rapporter la substantifique moelle du populaire meeting.

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Portes d’Or (10)

L’Urbanisme enfonce les portes ouvertes de la Goutte d’Or

  • Cavé Goutte d’Or en avait fait et réitéré la demande depuis le 19 avril 2019 et, à la veille de la 10e édition des Portes ouvertes d’ateliers d’artistes du quartier, les directions de l’Urbanisme de Paris et Paris 18 se sont engagées publiquement à « communiquer ce qui est communicable » de l’opération rue Boris Vian « avant la fin du mois ».
  • Du mois de juin on veut le croire. 2019 sans doute.
  • Premier retour sur le comité de suivi du 12 juin pendant que la maquette de l’Atelier 26 poursuit son itinérance dans la Goutte d’Or. Après Le Chien de la Lune, elle passe de La Table ouverte aux 3 Frères.

L’espace Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or au menu des 3 Frères (14 rue Léon). Suivre le déplacement de la maquette du Chien de la Lune à La Table ouverte ici et de La Table ouverte aux 3 Frères ici.

Malgré la double concurrence qu’elle ne pouvait ignorer (concurrence de la Salle Saint Bruno qui tenait, le 12 juin en soirée, son Assemblée générale annoncée de longue date et concurrence du Centre Fleury Goutte d’Or Barbara qui vernissait en même temps son exposition collective en prélude aux Portes d’Or), la Mairie du 18e arrondissement de Paris a tenu mercredi à bout de bras, en ses murs, le deuxième comité de suivi sur l’opération de requalification urbaine du secteur Boris Vian, Polonceau, Goutte d’Or.

Ironie pour les associations du quartier souhaitant ‘cosuivre’ l’opération urbaine de devoir choisir entre la présentation des projets de requalification de la Goutte d’Or Sud et l’assemblée générale de leur ‘maison mère’ : « Espace associatif au service des habitants et des associations du quartier », dont « la création en 1991 résulte d’une concertation entre les habitants, les associations et les pouvoirs publics », la Salle Saint Bruno fédère en effet plusieurs associations parties prenantes à tout ce qui peut concerner le secteur Boris Vian, Polonceau, Goutte d’Or et il n’était pas très sain, pour dire le moins, d’organiser le deuxième comité de suivi parallèlement à l’assemblé générale de la Salle Saint Bruno.

L’en même temps de la Mairie du 18e

En bons petits soldats, Maya Akkari et Michel Neyreneuf, respectivement maires adjoints du 18e à la Politique de la ville et à l’Urbanisme-Logement-Architecture-Grands Travaux, ont bien voulu se prêter au jeu néanmoins et accueillir les habitants ou associations qui auraient réussi à se dédoubler. En même temps (une expression trop à la mode qui signifie aussi et surtout « c’est pas grave » [par exemple : il pleut, en même temps j’avais pas envie de sortir ; il n’est pas venu, en même temps j’avais pas envie de le voir] et ouvre donc sur « c’est pas plus mal » voire « c’est tant mieux »), en même temps donc, les institutionnels de la deuxième réunion du comité de suivi n’avaient pas grand chose de nouveau à dire, ce qui permit au public de provoquer quelques échappées belles et de recueillir quelques perles qui n’auraient peut-être pas eu l’écho que nous allons pouvoir leur donner du fait même de l’impréparation de cette réunion.

Quelques brèves en avant-goût :

Sur le caractère du COSUI : Selon ses organisateurs, le COSUI ne serait pas une réunion formelle et décisionnaire. Ses comptes rendus n’ont pas à être approuvés comme peuvent l’être ceux du Conseil d’arrondissement. Au-delà de la contestation exprimée par Action Barbès sur la forme du compte-rendu du premier COSUI, la contestation de Cavé Goutte d’Or sur son contenu ne sera donc lisible que sur le blog (ici) et dans la note diffusée à la veille du deuxième COSUI (ici).

Sur les pièces demandées par Cavé Goutte d’Or depuis le 19 avril 2019 : Michel Neyreneuf a pris l’engagement public en séance de communiquer celles qui peuvent l’être « avant la fin du mois ». Un calendrier bien opportun qui empêche les institutionnels de se prononcer avant la rentrée sur ces pièces, dont il est probable qu’elles nécessitent leurs explications. La remise des pièces d’ici fin juin repousse en effet à septembre leur discussion en comité de suivi. Dont acte. On espère qu’un conseil de Paris ou une assemblée générale extraordinaire de la Salle Saint Bruno ne viendront pas interférer avec le troisième COSUI et empêcher les institutionnels d’expliciter les ordres de missions et autres cahiers des charges dont la production, demandée depuis le 19 avril, aurait déjà été très utile au premier COSUI du 20 mai.

Sur les cahiers des charges : À entendre Maya Akkari, la plus grande confusion règne puisque, pour ce qui concerne par exemple l’improbable couverture du TEP (dont Jérôme Mutel, chef de projets urbains à la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris, rappela à plusieurs reprises que l’idée en était nouvelle), l’adjointe du 18e à la Politique de la ville n’a pu que marteler que le projet de couverture répondait à une « demande forte » des associations (d’autant plus fortes, on veut le croire, que celles-ci étaient retenues à l’assemblée générale de la Salle Saint Bruno et comptaient sur la maire adjointe pour relayer la demande).

Une adjointe de couverture

En dépit (ou à cause) de l’insistance de Maya Akkari à rappeler qu’Éric Lejoindre et elle n’avaient « pour préoccupation que le bien du quartier », la Politique de la ville s’est révélée le parent pauvre de ce projet comme elle l’est en réalité de la politique tout court dans les quartiers, ainsi que l’observe et le dénonce depuis plusieurs années Cavé Goutte d’Or qui, sans aucune atteinte personnelle, estime que la mise sous tutelle des quartiers populaires et/ou prioritaires au nom de la Politique de la ville constitue LE problème desdits quartiers.

Rien de plus ne peut être dit maintenant sur la « demande forte » de couverture du TEP avant d’en avoir vu la trace, la réception et le traitement sur les documents demandés par Cavé Goutte d’Or, l’association se limitant ici à rappeler qu’une demande forte d’associations n’a pas, en elle-même, de valeur juridiquement contraignante et peut s’opposer à d’autres demandes, toutes étant par ailleurs dépendantes de dispositions légales préexistantes et, le cas échéant, supérieures.

Sur le bâtiment O : Sauf à avoir raté une lettre, on ignore pourquoi ce bâtiment s’appelle O comme Oscar (ou Hidalg’O), à moins qu’il ne s’agisse du chiffre zéro, mais on doute (en même temps) que la Direction de l’Urbanisme s’affaire à ce point à installer dans les consciences un bâtiment zéro. Car il faut s’affairer beaucoup, en Mairie urbaine, pour justifier la construction d’un bâtiment dont sont inconnus le besoin, l’usage ou mésusage possibles et même l’architecte. Le bâtiment O (apparu sans précision en page 37 de la présentation du 20 mai et en page 4 de son compte-rendu) semble n’être là que pour mieux occuper et enlaidir l’espace. Quand bien même son usage à des fins sportives ou bureaucratiques est/fut/sera évoqué, il ne saurait désormais servir qu’à des projets économiques bétons, bétons au sens de solides, vérifiés, soutenus par la Mairie, – mais secrets.

Secret de Polichinelle
et clientélisme social

De même que les cautions de la Politique de la ville et de l’Urbanisme étaient assurées, de même la DAE (Direction de l’Activité Économique ou Direction Attractivité et Emploi selon les différents documents diffusés par les responsables du projet) était missionnée pour cosuivre la séance du 12 juin, mais surtout pour ne rien communiquer des prétendus projets économiques qui rempliraient cet espace virtuel.

« Cellules », le vocabulaire approprié aux quartiers populaires et prioritaires. Source : Présentation officielle. Agrandir l’image.

L’enthousiasme du préposé qui avait soi-disant vu tous les projets dont il ne dirait rien sauf qu’il les avait vu et qu’ils étaient solides en termes financiers ne passa pas et eut même l’effet inverse auprès de l’assistance : renforcer le sentiment de supercherie qui s’est installé devant la gestion chaotique de ce dossier. Chacun connait ces prétendus projets nouveaux et, dans le prolongement de sa demande de pièces du 19 avril 2019, Cavé Goutte d’Or a d’ores et déjà demandé que soient communiqués les projets afin de s’assurer qu’ils ne servent pas à nouveau les auto-nommés « intérêts sociaux » qui plombent le quartier.

La vérité devait venir « de la salle », comme on dit, et plusieurs intervenants ont rappelé la vanité de tout projet aussi longtemps que ne serait pas appréhendée et résolue la situation qui prévaut dans ce secteur, déjà largement abimé par les fausses bonnes idées des années 1980 qui le virent livré aux promoteurs immobiliers (fussent-ils déjà « sociaux ») qui ne savaient pas où ils étaient et ce qu’ils avaient à y faire (on rappelle « l’architecture agressivement en rupture avec le quartier » qui fut dénoncée par les experts de 1984 devant la Commission d’utilité publique qui aurait tout aussi bien pu s’appeler, avec le recul, Commission de mésusage public, tant le mot est ressassé aujourd’hui).

L’intervention des architectes du quartier, comme on les appelle dans une expression qui porte bien son double sens (les architectes de l’Atelier 26 sont en effet installés dans le quartier, rue Cavé, et ils pensent l’architecture du quartier comme, plus largement, l’urbanisme du Nord-Est parisien) a rappelé qu’un projet alternatif est en place, dont la maquette circule actuellement dans divers endroits de la Goutte d’Or, et permis à certains éléments de ce projet d’être reçus par les institutionnels. Ainsi, Michel Neyreneuf, qui se souvient d’avoir été présent lors de l’inauguration de la sculpture de Lyonel Kouro (voir ici pour mémoire) n’a écarté du projet alternatif ni la possibilité d’excaver une partie du parking existant ni celle de déplacer le TEP sur le toit du gymnase.

Puisque qu’il n’y a pas, selon les hôtes politiques du COSUI, de comptes rendus officiels à valeur juridique (ce que conteste Cavé Goutte d’Or en donnant à tout le moins au Conseil citoyen le rôle institutionnel qui est le sien en la matière), la possibilité d’excaver une partie du parking et de déplacer le TEP sur le toit du gymnase est ainsi actée par ce billet. Cette possibilité doit être travaillée dès maintenant et ne pas l’être une fois achevé le projet actuel et avérés les mésusages qu’il comporte en lui-même.

Chaud devant, chaud ! Lire en page Défense du quartier.

L’espace jeunes
inaugure le rez-de-chaussée Myrha/Affre

De même est reçue (pour être traitée et, au besoin, combattue) l’information (discrète mais réelle) de Michel Neyreneuf selon laquelle l’« Espace jeunes » également connu sous le nom d’« Espoir 18 » et de « La Salle » (voir ici) serait déplacé, le temps des travaux sur la rue de la Goutte d’Or, au pied de l’édifice contestable et contesté de Batigère, construit à l’angle des rues Affre et Myrha.

Déjà sinistré par la présence au 9 rue Myrha et au 9 rue Cavé de deux cafés dont les activités sont signalées et suivies, le nord de la rue Affre se voit ainsi impacté par le renouvellement chaotique du sud de la Goutte d’Or. En outre, le pied d’immeuble des 5-7 rue Myrha est destiné à une activité commerciale. La Ville et le promoteur immobilier Batigère se sont servis de ce statut et de cette perspective dans la procédure qui contestait les permis de construire devant le Tribunal administratif et Cavé Goutte d’Or s’appliquera à rappeler cet autre engagement formel s’il en est pris devant le quartier populaire et prioritaire au nom de sa Politique de la ville.

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Attention, tensions

Sefri-Cime : livraison de l’angle Cavé/Stephenson sous haute (in)sécurité ?

  • L’avocat du promoteur immobilier avait plaidé en 2017 « un quartier marqué par l’insécurité » pour contrer l’argument de Cavé Goutte d’Or qui estimait que le projet n’était pas intégré au bâti existant.
  • Après plusieurs années de procédures et deux permis modificatifs pour atténuer certaines de ses irrégularités, l’œuvre de Bruno Fortier sera finalement livrée au moment où habitants et commerçants du quartier s’inquiètent d’une aggravation des conditions de vie et de sécurité dans la Goutte d’Or et la Chapelle. 
  • D’où peut-être des locations difficiles pour le compte (les comptes) de la Foncière Logement qui poursuit sa densification du quartier en ZUS, ZSP et autres Politiques de la ville.

À la veille de l’ascension, Sefri-Cime peinait encore à se débarrasser du stock de logements construits « dans un quartier parisien marqué par l’insécurité », comme l’avait plaidé Laurent Karila, avocat du promoteur immobilier, pour mieux faire passer à son client les étapes du permis de construire contesté par Cavé Goutte d’Or devant le Tribunal administratif (capture d’écran du site Sergic immobilier, 29 mai 2019).

Dans une note du 29 mai 2019 dont Cavé Goutte d’Or a pu prendre connaissance, l’expert judiciaire au référé préventif engagé par la Société Sefri-Cime Promotion, constructeur de l’immeuble qui occupera désormais (pour combien de temps ?) l’angle des rues Cavé et Stephenson, écrit que la société lui aurait « indiqué que le chantier serait livré le 15 juin 2019 ».

La date correspondant étrangement à un samedi, on espère que l’opération Paris respire, dont l’angle des rues Cavé et Stephenson est l’un des points névralgiques, ne sera pas trop affectée par cette livraison, dont on apprend qu’elle aurait été retardée en raison des difficultés rencontrées pour louer l’édifice. Pour le louer en effet et non pas – hélas ! – pour construire cet immeuble à l’architecture « agressivement en rupture », pour le dire comme les experts avaient qualifié celle de la Goutte d’Or Sud dont ils estimaient qu’elle n’avait « pas sa place dans ce quartier de Paris » (Voir le rapport des experts pour mémoire).

Le Soleil d’Oran au carrefour de nuisances protégées.

Louez-moi !

Comme on peut le lire sur l’illustration en tête de ce billet, un T4 au loyer mensuel de 1.500 € (sans frais d’agence) et un T5 à 1.964 € (itou non plus) n’avaient, à la veille de l’ascension (le même 29 mai 2019 que la note précitée de l’expert judiciaire), pas trouvé preneurs ou avaient été l’objet d’une dédite.

On ignore si les évènements actuels dans le quartier, qui connait depuis plusieurs semaines un regain de tension, y sont pour quelque chose, – si par exemple les exploitants du Soleil d’Oran sont en cause. Cet établissement, futur voisin du T5 à 2.000 euros, dont les loyers à lui (Soleil d’Oran) seraient versés à Bercy via la Direction nationale d’interventions domaniales (DNID), est en effet l’un des points majeurs de nuisance et d’insécurité du quartier, en l’occurrence signalé de longue date aux plus hautes instances étatiques et municipales. Mais rien n’indique, pour l’instant, que les veilles du commissariat sur cette salle de jeu génératrice de multiples trafics, incivilités et menaces au voisinage (veilles qui furent expressément évoquées le 13 mai 2019 par la commissaire Emmanuelle Oster elle-même lors de la dernière session de la Cellule d’écoute de la zone de sécurité prioritaire 10-18 [lire notre billet : « Hidalgo invente la loi du moindre chaos » en page Humeur du blog]) auraient inquiété de quelque manière les futurs locataires du bâtiment Sefri-Cime, dont on dit qu’il ne pourra être livré à la Foncière Logement qu’une fois tous les appartements loués.

Le blog reviendra très prochainement sur le Soleil d’Oran et la DNID, dont il tente d’approcher les responsables aux fins d’enquêter sur les moyens que pourrait avoir Bercy d’assainir le quartier en supprimant les nuisances provoquées par le commerce dont la DNID est curatrice. De même, les péripéties de la construction du « 2 Cavé » (qui prend donc la place du « 25 rue Stephenson ») seront encore (comme elles l’ont déjà été) l’objet d’analyses dans le cadre de l’entreprise de restitution des études et actions de Cavé Goutte d’Or.

Pour l’instant et à  l’approche de la livraison annoncée de l’immeuble Sefri-Cime, l’association souhaite mettre une nouvelle fois en lumière le lien qu’elle a tenté d’établir au cours de ses études et actions entre urbanisme et sécurité/architecture et sécurité, travail dont elle a souhaité faire une contribution au Grand débat national, – cela dans un quartier dont l’urbanisme et l’architecture, précisément, ont été notoirement malmenés par la volonté partagée de l’État et de la Ville depuis les années 1980 et qui, de ce fait, dans une relation évidente de causalité, connait aujourd’hui les difficultés de vivre qui le mettent en ébullition, ou le plonge dans la dépression pour reprendre les termes du Parisien du 9 juin 2019.

Et soumettre à l’appréciation de tous la plaidoirie de la société Sefri-Cime Promotion qui semble faire de l’insécurité d’un quartier un avantage (ou une excuse) :

  • « Il convient de préciser que le projet de Sefri-Cime Promotion sur l’angle des rues Cavé et Stephenson ne s’inscrit pas dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles » (Laurent Karila, avocat de la société anonyme Sefri-Cime Promotion, Mémoire en défense du bâtisseur de l’œuvre de Bruno Fortier, Grand Prix de l’Urbanisme 2002, Tribunal administratif de Paris, 24 avril 2017, page 28 – extrait pdf ici).

Zone urbaine sensible
et de sécurité prioritaire

Envahie par les multiples formes de curatelle (on entend la DNID sourire), la Goutte d’Or est triplement zonée, triplement ‘protégée’ : classée en effet en « Politique de la ville » depuis 1984, en « zone urbaine sensible » depuis 1996 et en « zone de sécurité prioritaire » depuis 2012, elle a en réalité été dépecée par ses curateurs, l’État et la Ville, qui l’ont enfermée dans une situation de non-application du droit. Il ne s’agit en effet pas d’une « zone de non droit » ou d’un « quartier abandonné » (formules médiatiques qui ne permettent pas d’appréhender les responsabilités en jeu) mais d’une zone où le droit n’est pas appliqué par des autorités qui s’emploient à ne pas l’appliquer. Lors de l’instauration de la ZSP en septembre 2012, Cavé Goutte d’Or a été seule à souligner l’incohérence à voir une zone déjà ‘protégée’ par un zonage depuis près de trente ans dans un état tel qu’il faille la ‘protéger’ plus encore par un autre zonage. Et il en est de même aujourd’hui avec la succession des « Tous mobilisés » que la Mairie de Paris inflige à ses quartiers difficiles. La longue non-application du droit à une situation donnée (comme en l’occurrence celle des trafics clandestins (ou soi-disant clandestins, à force !), celle des deals filmés par des caméras visibles, celle de la contrebande installée au grand jour et prospérant à l’abri des camionnettes de police,…) rend difficile, sinon impossible, le respect de la loi.

Et c’est ainsi que, dans un raisonnement intellectuel qu’on n’ose encore qualifier de juridique, raisonnement dont la cheminement reste à étudier, l’avocat d’un promoteur immobilier peut construire en 2017 l’idée qu’un quartier « classé en zone de sécurité prioritaire » en 2012 pour cause d’insécurité entretenue depuis 1984 est donc  un « quartier marqué par l’insécurité » par opposition à un quartier où pourrait être respecté le tissu urbain existant.

« Un quartier parisien marqué par l’insécurité » (Laurent Karila, avocat de Sefri-Cime Promotion, 24 avril 2017). Vues de la rue Stephenson avant et après l’intervention de Sefri-Cime Promotion (17 mars 2016 et 12 janvier 2019). Agrandir l’image.

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Itinérance urbaine

La requalification de la Goutte d’Or Sud tient Table ouverte

  • Après Le Chien de Lune du 4 au 6 juin, une autre excellente table du quartier accueille la maquette de l’Atelier 26 et les détails du projet de renouvellement urbain du 7 au 9 juin au Café de l’ICI du 19 rue Léon.
  • Toujours pas communiquées par les opérateurs institutionnels des Mairies de Paris et du 18e, les pièces du dossier demandées par Cavé Goutte d’Or s’inviteront-elles au dessert avant la prochaine session du Comité de suivi le 12 juin ?
  • Entre-temps au menu, un plat qu’on n’ose appeler de résistance est à déguster sur le site d’ASA-PNE.

Du Chien de la Lune (qui donne -ô combien!- sur la place Polonceau) à La Table ouverte et son patio, les projets de renouvellement urbain de la Goutte d’Or s’exposent et se débattent.

Comme en cortège, sinon en procession entre les ponts de l’Ascension et de la Pentecôte, la maquette de l’Atelier d’architecture(s) 26, récemment passée de la rue Boris Vian au Chien de la Lune, a quitté hier le 22 rue de Jessaint pour rejoindre le 19 rue Léon, où la Table ouverte l’expose jusqu’au dimanche 9 juin inclus.

Mohammed Sadi emmène la maquette de l’Atelier 26 du Chien de la Lune à La Table ouverte le 6 juin 2019.

Pour assurer le déplacement de la maquette via les rues de Jessaint, Pierre L’Ermite, Saint Bruno, Saint Luc et Léon (un secteur que les architectes des bâtiments de France connaissent bien ou presque), saluer ainsi le monument historique qu’est l’église Saint Bernard et rappeler la covisibilité entre le monument classé et l’angle des rues Boris Vian et Polonceau en travail de réflexion, un acteur célèbre du quartier a prêté son image, sa bonne humeur et son pas alerte.

Mohammed Sadi, qui tient le rôle principal dans « Le Chant d’Ahmed », court-métrage de Foued Mansour récemment primé au Festival du film de Cracovie 2019 dont le jury a distingué « un film mature, très bien écrit et excellemment interprété », a conduit l’opération avec talent. C’est que Mohammed crève l’écran en effet, comme l’écrit Édith Canestrier sur son blog, et a donné du film à retordre à notre correspondant qui tentait de le suivre dans ce rush entre deux grandes tables du quartier. Reportage.

Pour en savoir plus :

  • Sur Le Chant d’Ahmed, ses prix et ses programmations, dès ce soir dans le cadre du festival Côté-Court au cinéma 104 à Pantin : Édith Canestrier, « Mohamed crève l’écran », 29 mai 2019.
  • Sur  le projet de réaménagement urbain, les critiques que le projet officiel suscite, le travail qui attend le Comité de suivi à compter du 12 juin prochain : Association pour le Suivi de l’Aménagement Paris Nord – Est, « Goutte d’Or/Boris Vian, Sujet à remettre à plat ! », 6 juin 2019.
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Le triangle d’Or de la Goutte d’Or

  • En matière immobilière, le nom désigne souvent le quartier de Paris délimité par les avenues Montaigne, des Champs-Élysées et Georges V.
  • Loin de tout cela, le triangle d’Or de la Goutte d’Or désigne ici le secteur Boris Vian, Polonceau, Arcades Goutte d’Or actuellement en requalification urbaine contre les préjugés qui en ont fait un lieu meurtri.
  • La Ville présente d’ailleurs ce projet comme « un projet de renouvellement urbain qui concerne tout le sud de la Goutte d’Or », expression qui doit encourager les habitants du quartier à s’approprier ce secteur et à veiller – jusque tard – à l’œuvre réparatrice actuellement en concertation. 

« Un projet de renouvellement urbain qui concerne tout le sud de la Goutte d’Or », présentation officielle du « Projet de requalification de la rue Boris Vian et de la rue de la Goutte d’Or », Comité de suivi n° 1, 20 mai 2019 (voir l’image et ses légendes).

On se souvient qu’après plusieurs péripéties, un « Comité de suivi » a finalement vu le jour, le 20 mai dernier, pour suivre (c’est écrit dans son nom) ce qu’Anne Hidalgo appelait, il y a juste un an, « le partage d’information et l’appropriation du projet », – un projet de « requalification profonde et durable de (la rue Boris Vian) et, plus largement, des arcades de la Goutte d’Or et de l’ensemble du quartier », précisait la maire de Paris dans une lettre à la présidente de la Cohérie Boris Vian (lettre d’Anne Hidalgo à Nicole Bertolt du 6 juin 2018).

« Requalification profonde », « restructuration », « rénovation », « renouvellement », « démolition-reconstruction »,… dans les méandres du langage urbanistique, nous avons déjà favorisé ici le mot réparation : il s’agit en effet de réparer, autant que faire se peut, les dégâts causés au quartier par la décision politique de le démolir et de le reconstruire pauvrement (sur la démolition politique de la Goutte d’Or Sud, lire ici).

Le blog a présenté la première session du comité de suivi en suggérant, dès le lendemain, que la Ville de Paris avait été invitée par l’assistance à revoir sa copie (ici pour mémoire), ce qui est en réalité le propre d’une concertation. Le compte-rendu du Conseil citoyen du 18e arrondissement de Paris (CCP18) avait évoqué, dès le 21 mai lui aussi, cette première « réunion descendante », comme l’appelle joliment Gertrude Dodart, représentante du CCP18 au Comité de suivi, en invitant notamment les organisateurs à une plus grande rigueur puisque aussi bien, à lire le CR du CCP18 on ne savait pas trop qui cosuisait quoi dans les instances du Cosui (petit nom dont on rappelle qu’il est au Comité de suivi ce que le Copil est au comité de pilotage):

  • « Les autres personnes aux côtés des institutionnels, ne savaient pas encore si elles faisaient partie du Comité de suivi. Rien ne nous sera dit durant cette réunion quant à l’organisation et la composition de ce groupe. Toujours est-il que nous avions reçu comme d’habitude plus de dix mails pour venir participer à cette réunion. Preuve de la volonté d’avaliser les décisions ? » (sources : CR CCSP 18).

Y a quelqu’un ?

Après plusieurs relances demandant à ce que les participants reçoivent ce dont ils avaient été privés durant la séance (« Tous les officiels tenaient en main un feuillet de 17 pages que les autres participants découvraient en projection à l’écran », observe encore le Conseil citoyen), la Mairie du 18e n’a transmis finalement que le 29 mai la présentation faite le 20 sur les murs du Centre Fleury Goutte d’Or-Barbara. Même s’il y était joint un compte rendu de la séance du 20 mai, le délai est long pour informer les habitants et citoyens qui se pressaient sous les slides du powerpoints et l’envoi de ces deux documents à la veille de l’ascension peut avoir privé certains de leurs destinataires d’une bonne réception.

D’où leur transmission ici, sachant que manquent toujours les documents demandés par Cavé Goutte d’Or le 19 avril 2019 et dont les représentants de la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris à la présentation du 20 mai avaient annoncé l’envoi dans les jours à venir:

> La présentation du 20 mai 2019
> Le compte rendu du 20 mai 2019
> La liste des pièces demandées par Cavé Goutte d’Or.

Le mal en pire. Le projet officiel actuellement en concertation et débat détruit une nouvelle fois le quartier de la Goutte d’Or Sud. Capture d’écran de la présentation (page 32/41).

Pour la présentation officielle (que l’on peut donc lire ici), Cavé Goutte d’Or se réfère aux observations déjà formulées dans son billet du 21 mai, notamment en ce qui concerne :
– l’absence de concertation réelle avant le 20 mai 2019 (disqualifiant ainsi le titre « Rappel de la concertation déjà réalisée » utilisé pour le chiffre 2 de la présentation) ;
– la disqualification de la qualification de l’opération comme requalification, ou plus simplement : la contestation que requalification s’oppose à démolition et reconstruction (voir notre billet du 21 mai 2019).

Pour le compte rendu officiel (qu’on suit ici), on observe :
– 1. L’assistance n’a pas tant évoqué « la nécessité d’améliorer les modalités de concertation », comme le retient la Mairie, qu’elle a regretté l’absence de concertation jusqu’ici ;
– 2. La litanie de « pas de retour spécifique du public » concernant le projet général de l’architecte ESTRAN n’est pas représentative des débats : « Pas de retour spécifique du public sur la rue Boris Vian élargie », note en effet le CR officiel alors que Cavé Goutte (entre autres) a observé que, si cette idée était judicieuse, elle devait s’accompagner du renoncement à toute construction nouvelle, évitant ainsi le remplacement d’un escalier en goulet par un autre escalier en goulet, fût-il élargi ; ce qui implique que « pas de retour spécifique du public sur la gestion des accès au gymnase » relève également de la sollicitation car, dans l’opposition qui précède, il ne saurait y avoir un nouveau bâtiment entre le gymnase existant et l’escalier déplacé ;
– 3. Le titre « Inquiétude et questionnement sur la hauteur de la couverture du TEP » ne semble pas tenir compte de l’opposition formulée par beaucoup, dont Cavé Goutte d’Or, quant au principe même de la couverture du TEP, comme il ressort – en creux – de la mention selon laquelle a bien été enregistrée la « demande de Cavé Goutte d’Or d’obtenir le cahier des charges afin de connaître les motivations pour la couverture du TEP » (une demande dont on rappelle qu’elle figure déjà sous le label « texte de la mission confiée » dans la liste des documents demandés, transmise plusieurs fois aux institutionnels de l’opération depuis le 19 avril 2019).

M18 ou comment tuer le commerce
dans l’euphémisme

– 4. En indiquant que « la Mairie du 18e rappelle qu’il n’existe pas une commercialité très forte dans la Rue Boris Vian », le CR officiel ne donne pas l’image réelle de la critique faite (notamment – mais pas seulement – à la Mairie du 18e) quant aux présupposés qui sont les siens et qui enferment le quartier dans un ghetto socio-associatif que plusieurs éléments du projet présenté le 20 mai viennent encore renforcer. Le défaut de commercialité du secteur n’a pas été considéré par l’assistance comme une donnée devant impérativement guider tous les projets à venir, mais au contraire comme une conséquence malheureuse des précédentes erreurs d’aménagement.

L’attribution des locaux à réaménager, créer ou requalifier en partie basse du projet (actuel passage sous pilotis qui peut être en partie excavé car le parking peut être réduit) à des associations ou au café social de l’angle des rues Dejean et des Poissonniers ne sauraient répondre à la demande commerciale formulée tant par les riverains que par les commerçants déjà installés. La loi de l’offre et de la demande s’oppose ici à la loi de la jungle. Loin de s’en inquiéter, les commerçants en place ne rêvent en effet que d’une concurrence légale venant remplacer la concurrence illégale des dealers et autres commerces clandestins tolérés sinon encouragés par la Mairie et surveillés sinon filmés par la Préfecture de Police

De tout cela, la deuxième session du Comité de suivi devra débattre sérieusement car il semble bien que les rédacteurs du CR officiel n’ont pas tout compris.

« Intervention d’architectes du quartier »

Last but not least, le CR officiel est parfaitement fairplay en évoquant la présence des architectes de l’Atelier 26 dont il pose qu’ils ont effectué un « travail avec les étudiants de l’école d’architecture de la Villette » (extrait du CR).

La maquette in situ, terrasse du Chien de la Lune, 29 mai 2019. De gauche à droite : Auguste Cicchi, Guillaume Zeganadin, Sonia Bouzellata, Loïc Guézo, Olivier Ansart, Alexandre Besnardeau (Photo CGO).

À l’invitation initiale de Cavé Goutte d’Or, l’équipe d’Atelier 26 avait présenté un projet doté d’une maquette ‘participative’ (nous pardonnera-t-on le mot ?) qui permet de déplacer les montagnes, mais pas que. Devant la maquette dévoilée une première fois le 2 mai 2019 à l’occasion de la traditionnelle Saint Boris sur le TEP Goutte d’Or (voir notre « Forces vives »), offerte ensuite à l’appréciation du public du 20 mai (institutionnels aux 17 feuillets dans la main et simples participants aux yeux rivés aux murs confondus), les habitants du quartier purent entrer jusque dans les tréfonds du parking et sur les toits du gymnase.

Le CR du comité de suivi du 20 mai 2019 en retient un « diagnostic du quartier partagé avec l’équipe de maîtrise d’œuvre désignée (notamment sur le besoin d’animer la rue Boris Vian) » ; l’idée défendue par Auguste Cicchi de « superposition programmatique dans le projet porté par la Ville plutôt que mixité programmatique » (notre billet du 21 mai 2019) ; la proposition de « placer le TEP sur le toit du gymnase, démolir le TEP (existant) et laisser un espace le plus ouvert possible ».

 Vers « un effort architectural important » ?

Une direction du Comité de suivi ouverte à ce qui a été nié au quartier depuis 1993 – « un effort architectural important » – c’est le défi que n’aurait jamais osé lancer Cavé Goutte d’Or.

  • Itinérance de la maquette : du 4 au 16 juin 2019, période englobant la deuxième session du Comité de suivi le 12 juin et les Portes ouvertes des ateliers d’artistes de la Goutte d’Or du 14 au 16 juin, la maquette de l’Atelier 26 sera exposée en divers lieux du quartier. Inauguration de l’itinérance le 4 juin à 18 h 30 au Chien de la Lune (angle Pierre L’Ermite/Jessaint). Renseignements sur les lieux d’exposition ici.
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Quiz

« Anne Hidalgo renonce », ou l’oxymore du Monde qui tente de percer les mystères de l’Urbanisme parisien

Titre tronqué du Monde du 29 mai 2019 (voir plus bas dans la réponse au quiz le titre complet et l’article du quotidien).

  • À quoi Anne Hidalgo aurait-elle renoncé en ce grand week-end d’ascension ?

Quiz

– à Paris Respire à Château-Rouge et la Goutte d’Or le samedi de 11 à 19 heures ?
– à « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud » ?
– à « Tous mobilisés pour la rue Polonceau » ?
– à « Tous mobilisés » en général ?
– à reprendre le kiosque de Barbès ?
– à toute nouvelle construction sur l’espace Boris Vian/Arcades Goutte d’Or ?
– au totem de la place Polonceau ?
– à « Embellir Paris » sous le métro Barbès-Stalingrad ?
– à briguer un nouveau mandat à la Mairie de Paris en 2020 ?
– au ministère du Patrimoine urbain que lui aurait proposé Emmanuel Macron dans le cadre de sa loi ÉLAN ?
– à ouvrir un commissariat de police municipale au 8 rue Myrha ?
– à ses escapades dans la Goutte d’Or et la Chapelle ?

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Nommer les choses

La Mairie invitée à requalifier sa copie

  • Le premier « comité de suivi » du projet de rénovation du secteur Boris Vian / Arcades Goutte d’Or a été l’occasion d’une série de précisions sémantiques très utiles.
  • Ainsi a-t-on appris que, dans la langue des urbanistes, « requalification s’oppose à démolition/reconstruction ».
  • Et qu’il était raisonnable de distinguer les études de faisabilité des plans validés, les réunions d’information de la concertation, les projets des décisions et, de manière plus générale et triviale, les vessies des lanternes.

De mal en pire : la rue Boris Vian flanquée d’une grosse boîte pour payer les travaux. Il ne s’agit que d’un projet, mais qui laisse dubitatif sur la volonté de la Mairie de Paris de prendre les choses au sérieux (photos prises le 20 mai 2019 de la salle où se tenait un « comité de suivi », l’assistance étant privée de tout document autre que les slides du powerpoint*). Agrandir l’image.

Au moment où s’ouvrait, lundi soir au Centre Fleury Goutte d’Or-Barbara, la phase publique de la concertation sur le renouvellement urbain de « l’îlot Boris Vian » (comme on le vit appeler sur un des slides présentés), le compte tweeter des Amis de la Coopmune de Paris interpellait amicalement ASA PNE, Action Barbès et Cavé Goutte d’Or en signalant un article de CITY Linked sur la « Ville apprenante », concept développé dans le cadre du réseau mondial UNESCO qui repose notamment sur l’idée que « la Ville apprend de ses habitants et de leurs usages, chaque habitant étant un potentiel expert-usager précieux pour changer la ville ».

Un projet projeté

La réunion devant faire office de « comité de suivi n° 1 » n’a en réalité encore rien vraiment suivi puisque, en dépit d’une maquette très rudimentaire et d’une présentation powerpoint dont les suiveurs dûment inscrits n’avaient pas même reçu une copie papier alors que tous les officiels (et ils étaient nombreux) tenaient ostensiblement la leur à la main*, les éléments de base nécessaires à la concertation n’ont toujours pas été communiqués. On pense notamment aux pièces que Cavé Goutte d’Or a énumérées dans sa demande répétée depuis la mi-avril, au cahier des charges que l’association a encore publiquement demandé lundi soir, aux données imposées aux architectes qui semblent vouloir ou devoir densifier encore plus un quartier qui demande à respirer (et pas seulement les samedis de 11 à 19 heures).

Requalification est le mot par lequel est qualifié (ou requalifié, justement) le projet de renouvellement urbain (ou rénovation) dont est l’objet (ou le sujet) le secteur que nous estimons, à Cavé Goutte d’Or, qu’il doit être principalement réparé. Réparé des erreurs des années 1980, dument signalées par une équipe d’experts avertis avant qu’elles ne soient commises (le rapport d’experts du 26 juin 1984). À la question bienvenue d’une habitante du quartier sur le sens du mot « requalification », l’adjoint au maire chargé de l’Urbanisme, déjà à la manœuvre en 1990 comme associatif rangé à l’argument selon lequel on ne pouvait penser parallèlement « effort architectural » et « plafond de prêt PLA pour logements sociaux » (ici pour mémoire), répondit en négatif par ce que la requalification ne serait pas : sans définir la requalification, Michel Neyreneuf, aujourd’hui copilote du comité de suivi, déclara en effet qu’elle serait, selon lui, « l’opposé de  la démolition / reconstruction », – ce qui reste à démontrer.

D’où l’intérêt de connaitre l’exposé des motifs qui a conduit à la décision (et y a-t-il eu décision au sens administratif du terme ?) puisque aussi bien l’espace mis en examen pourrait parfaitement subir une démolition / reconstruction, voire une démolition tout court et déboucher sur un espace libre et vert enfin réparateur.

Une réhabilitation réhabilitée

Si notre lecteur se sent envahi par un vocabulaire soudain très juridique – « exposé des motif », « mise en examen », « décision au sens administratif du terme », … –, c’est que, par jeu plus que par jeu de mots, nous devons lui rappeler que « requalification » est d’abord un terme juridique : il s’agit de l’« opération par laquelle le juge restitue à un acte ou à un fait son exacte qualification, sans s’arrêter à la forme que les parties en ont proposé » (Lexique juridique et fiscal de Bédaride). Pour Larousse, requalifier consiste à « donner à un acte ou à un fait sa qualification exacte, en parlant d’un juge » (lien) et, une fois confirmé que la requalification est bien « le fait de requalifier, en particulier dans le domaine du droit », le Wiktionnaire en ligne explique que l’emprunt du mot par « le jargon de l’urbanisme et de l’architecture » est « récent » : « requalification » signifie alors « rénovation », « réhabilitation » ou « restructuration ».

Réhabilitation figurait dans la première demande de Cavé Goutte d’Or et de la Cohérie Boris Vian en  2012 et il semble bien que, linguistiquement, rien n’interdise de démolir quoi que ce soit de ce qui a été si malheureusement construit et livré en 1994.

La maquette de l’Atelier Vingt-six présentée le 2 mai 2019 sur le TEP Goutte d’Or (notre billet du 5 mai 2019) et à nouveau le 20 mai 2019 lors du comité de suivi.

D’autant plus si aucun logement n’était concerné par la démolition et que ne seraient démolis que le TEP (par exemple déplacé sur le toit du gymnase) et une partie du parking (libérant par excavation un autre espace constructible pour le sport). Et sans compter que l’idée de rénovation se trouve sans doute ou peut sans doute se trouver si on la cherche dans celle de renouvellement qu’on devine dans le nom du « Programme de renouvellement urbain » qui finance l’opération Boris Vian.

La concertation
déconcertée

Après l’interrogation du mot « requalification » , intervint la contestation (multiple) du mot « concertation ». Les officiels durent vite battre en retraite dans leur tentative de « rappeler les différents temps de concertation déjà organisés ». Tollé dans la salle : rien jusqu’ici ne vaut concertation et aucun document ne vient rendre compte de ce qui pourrait avoir été considéré par les élus, les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre comme une forme de concertation. Saluée par Maya Akkari, copilote du comité de suivi pour la Politique de la ville, pour avoir organisé dans le quartier les marches exploratoires destinées à étudier « comment les femmes observent l’espace public », Gertrude Dodart, Directrice de l’association Paris Macadam, confirme l’absence de concertation dans une note qu’elle a rédigée dès le lendemain pour le Conseil citoyen, dont elle est la présidente suppléante (voir : la présentation du CCP18, le compte rendu de Gertrude Dodart).

La maquette « officielle ». Au premier plan, les bâtiments du côté impair de la rue de la Goutte d’Or ont littéralement été renversés.

Si le regret exprimé par la Goutte verte de voir le TEP recouvert ainsi « coupé du ciel » et celui exprimé (sans lien direct apparent) par Action Barbès devant l’absence de toute référence à l’église Saint Bernard par les auteurs du projet projeté alors qu’il s’agit d’un monument historique en covisibilité avec les nouvelles constructions – on verra en effet si les ABF laisseront passer ce projet comme ils en ont laissé passer d’autres, parfois encore plus près et plus en covisibilité avec le monument historique protégé –, c’est sur l’absence de toute décision formelle que Cavé Goutte d’Or a mis l’accent à plusieurs reprises, rappelant à l’assistance qu’il était vain de prendre pour acquis ce qui n’était pas acté, du moins pas démontré comme ayant été acté.

Contrer activement le discours du fait acquis
pour n’avoir pas à le dénoncer vainement

Cela fausse en effet les conditions de la concertation si l’on présente (et accepte que soit présenté) comme acté ce qui ne l’est pas (du moins en attend-on la preuve). Ainsi les intervenants officiels ont-ils découvert la maquette qui avait été présentée le 2 mai 2019, lors de la concertation proposée par Cavé Goutte d’Or à l’occasion de la huitième édition de la Saint Boris, exercice de ’pataphysique démocratique organisé chaque année depuis 2012 par Cavé Goutte d’Or sur la rue qui portait son nom avec l’accord de ses héritiers jusqu’en 2018.

Relayé par ASA-PNE et plusieurs associations de riverains engagées à ses côtés, le blog a déjà présenté ce travail que les officiels du comité de suivi ont fait mine de découvrir lundi soir. Mine peu réjouie sans doute, mais mine. Un travail si sérieux et si professionnel que l’adjointe à la Politique de la ville du 18e arrondissement, Maya Akkari, salua la critique d’Auguste Cicchi, de l’Atelier Vingt-six, lorsqu’il expliqua avec force douceur (« notre action ne s’inscrit pas dans un processus projet contre projet », dira-t-il) que la « mixité programmatique » (autre création du jargon) ne pouvait fonctionner si, faute d’un véritable projet architectural (d’où, toujours, notre demande du cahier des charges), elle en était réduite à la « superposition programmatique » des usages (un bout d’escalier + un TEP + un peu d’associatif + quelques animations + un bâtiment en dur pour rentabiliser tout ça).

Les architectes de l’Atelier Vingt-six étaient d’ailleurs invités à présenter leur travail à la Mairie du 18e le lendemain du comité de suivi et Cavé Goutte d’Or suivra l’ensemble des projets dont elle aura connaissance au fil du… suivi. Elle en a déjà reçu un troisième ce qui démontre que, quand la concertation veut, elle peut.

En attendant l’ouverture de la guinguette de la place Polonceau, l’équipe de l’Atelier Vingt-six débriefe le comité de suivi sur la terrasse du Mistral Gagnant.

* La Cohérie Boris Vian a demandé lundi soir au représentant de Jean-Louis Missika une copie du dossier présenté le 20 mai 2019. Cavé Goutte d’Or en a fait de même par mail mardi matin auprès de Maya Akkari et de Michel Neyreneuf, les deux copilote du cosui. Au moment où nous postons ce billet, dans la soirée du mardi 21 mai, nous n’avions reçu aucune réponse. Contactée par téléphone dans le même but mardi après-midi, la Spl PariSeine maître d’ouvrage nous renvoyait, comme en mars dernier, à la Mairie du 18e qu’elle ne souhaitait pas court-circuiter, comme en mars dernier aussi. En un mot, le maître d’ouvrage, le maître d’oeuvre et le maître des horloges semblent bien se trouver tous les trois à la Mairie du 18e.

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