Hommage à Pierre Housieaux

Le Paris historique en deuil

  • Décédé du Covid-19 à 61 ans, le président de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique était un grand défenseur du patrimoine parisien et un fidèle soutien de Cavé Goutte d’Or dès ses origines.
  • Membre de son conseil scientifique et d’orientation, Pierre Housieaux a accompagné Cavé Goutte d’Or dans plusieurs de ses combats, notamment pour la protection du Café de l’Olympic et la tentative de sauvetage du 83bis rue Philippe de Girard qu’il inscrivit au programme des Journées d’études sur l’habitat parisien organisées en juillet 2012 par le Paris Historique, l’École d’architecture de Paris-Belleville et l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Comme l’indique le communiqué du Paris Historique, « Pierre Housieaux a œuvré avec beaucoup de force et de détermination pour la défense du patrimoine parisien, dont il avait fait un véritable combat personnel ». Ce combat portait sur le grand patrimoine parisien comme sur celui, plus modeste, qu’on peut parfois ne pas voir au premier coup d’œil mais que Pierre Housieaux savait reconnaitre et ne manquait jamais de mettre en valeur, – objectif que s’était donné dans son nom même l’association qu’il a présidée pendant les vingt dernières années.

C’est ainsi qu’il soutint le combat de Cavé Goutte d’Or avant même que le collectif ne se constitue en association en publiant une première étude sur « le tissu faubourien de la Goutte d’Or lacéré par une vision asociale du logement social » (Paris historique, juin 2011).

Puis, à l’occasion des « Journées d’études sur l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », organisées en juillet 2012 avec Marie-Jeanne Dumont et Jean-François Cabestan, Pierre Housieaux invita Cavé Goutte d’Or à présenter son travail et à préparer une promenade du quartier illustrant le thème du colloque et embrassant les opérations d’aménagement de la Goutte d’Or et de la Chapelle. Au programme, notamment, un arrêt spécial des participants au Café de l’Olympic, joyau art-déco sur l’angle Léon/Laghouat qui risquait alors de disparaître, et au 83bis rue Philippe de Girard, bel immeuble de l’époque Restauration qui sera englouti dans les projets destructeurs de la Ville de Paris en dépit d’une mention de l’architecte des bâtiment de France qui en jugeait la démolition « dommageable », – un concept fort qui a fait l’objet de plusieurs études, dont une publiée dans le journal du Paris Historique (cf. « Quel préjudice pour un dommage au patrimoine ? »).

Culminant avec un apéritif offert par le Paris Historique dans la cour du 83bis rue Philippe de Girard, la visite du 2 juillet 2012 avait fait au préalable une halte au Café de l’Olympic, où Pierre Housieaux soutenait le projet de Cavé Goutte d’Or d’empêcher la vente de cet espace à une marque de supérette qui n’en aurait peut-être pas conservé le bar en bois d’acajou et les magnifiques mosaïques au sol que saluera quelques mois plus tard l’architecte Maurice Culot. Pierre Housieaux fut en effet intéressé par l’idée audacieuse de préempter (ou faire préempter) l’Olympic pour y jeter « les bases d’un projet culturel offrant in situ un ancrage aux institutions de défense du patrimoine et de l’architecture, institutions aujourd’hui de plus en plus attentives à la préservation des anciens quartiers de faubourg, au patrimoine et à l’architecture de l’Est parisien » (notre billet du 1er juillet 2012) :

« La situation (de squat qui sévissait alors dans les parties communes du 20 rue Léon) fait de l’Olympic un lieu dont la protection en 2012 peut être un objectif majeur pour les quartiers de la Goutte d’Or et Château Rouge qui souffrent d’avoir été et d’être maintenus artificiellement en zone de précarité et de politique de la Ville depuis que la rénovation de la Goutte d’Or Sud a été décidée au plus haut niveau de l’État et de la Ville en 1983 », disait le projet. « Le fait qu’un quartier puisse demeurer pendant trente ans en zone de précarité et d’insalubrité, de pauvreté et de déficience scolaire selon les rapports officiels, tels qu’aujourd’hui ceux de l’APUR, doit interpeller les instances politiques et culturelles chargées de la protection de l’habitat comme du patrimoine ».

« Inscrivant ce projet dans la ligne de son étude historique de la mutation de la Goutte d’Or durant les trente dernières années, l’association propose que l’installation au cœur de la Goutte d’Or d’un collectif qui réunirait une délégation des institutions les plus actives sur ce terrain au plan national et municipal serait en soi un élément majeur de protection, d’autant que ces institutions et plusieurs historiens, architectes, historiens de l’architecture, urbanistes, artistes agissant en leurs seins ou à titre individuel se penchent sur la problématique de l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », poursuivait le blog à la veille de la visite. 

Un peu plus tard dans l’année 2012, le 19 décembre précisément, à l’occasion de la première Saint Urbain de Cavé Goutte d’Or, Pierre Housieaux et le Paris Historique aidaient encore l’association en participant activement, au cœur de l’Olympic, dans ce majestueux décor de brasserie en chantier, à une rencontre entre les habitants de la Goutte d’Or et un groupe d’experts, historiens et architectes venus confirmer sur place la richesse patrimoniale de leur quartier pas encore complétement détruit par sa prétendue réhabilitation (notre billet du 31 décembre 2012).

Pierre Housieaux à l’Olympic le 19 décembre 2012. Notre billet du 31 décembre 2012 (photo GC pour CGO).

C’est lors de cette soirée et dans ce contexte de préservation du patrimoine que Pierre Housieaux développa l’idée de « patrimoine futur », qui sera reprise en 2015 pour les Journées européennes du patrimoine dont le thème évoquera le patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir :

  • « Dans le tissu faubourien de l’Est parisien, étroit et dense, la formule du président de l’Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique rappelle judicieusement que le souci de la sauvegarde et de la mise en valeur s’associe parfaitement à celui de la modernité, le respect du passé à celui du futur via un présent attentif », retenait le blog dans son billet du 31 décembre 2012.

Affiche de Yves Le Marchand et François Cochin, photo de Gaël Coto. Nos billets des 3 mai et 4 septembre 2013.

En une formule lui permettant de rappeler que « la ville bouge, la ville évolue, la ville vit », Pierre Housieaux écartait le reproche souvent fait aux ‘gens du patrimoine’ de ne se soucier que de vieilles pierres.

Pierre Housieaux, le Paris Historique et Cavé Goutte d’Or faisaient encore cause commune dans une exposition sur La Chapelle à l’occasion du 50e anniversaire du Paris Historique. Intitulée « Le patrimoine des faubourgs victime du renouvellement urbain ? », l’exposition se tenait du 2 avril au 1er septembre 2013 dans les locaux de la rue François-Miron – à un jet de (vieilles) pierres du Tribunal administratif devant lequel Cavé Goutte d’Or se battait alors beaucoup, ironisions-nous ici – mais son affiche reproduisait un impressionnant regard intérieur sur les entrailles du 25 rue Stephenson en pleine démolition (notre billet du 3 mai 2013).

Merci Pierre Housieaux pour tes combats, ton enthousiasme, la chaleur de ton soutien.

Cavé Goutte d’Or présente ses amitiés et condoléances à sa famille et au Paris Historique.

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Excentrique

Le 1 rue Stephenson déconfiné par Clouzot

  • Nous ne pouvons pas aller chez Colorine jusqu’à nouvel ordre ? Colorine vient à nous par la magie du 7ème art !
  • L’autre soir, sur Arte, le célèbre carrefour des rues de Jessaint, Tombouctou et Stephenson souvent filmé recevait Sami Frey, Marie-José Nat et Brigitte Bardot sous l’œil d’Henri-Georges Clouzot dans « La Vérité » (1960).
  • « Un quartier un peu excentrique peut-être, mais sain et aéré », fait dire le scénario au président de la Cour d’assises qui ne jugera finalement pas Brigitte Bardot alias Dominique Marceau pour cause d’extinction de l’action publique.

Quand Marie-José Nat fait ses courses au Rani-Chrono du 2 rue Stephenson (ou presque). Capture d’écran de « La Vérité », film d’Henri-Georges Clouzot (1960).

Au huitième jour du confinement qui s’est abattu sur Paris et maints autres lieux du monde, Arte programmait donc « La Vérité » d’Henri-Georges Clouzot, chef d’œuvre du cinéma français de 1960 dont deux séquences très courtes, très denses, montrent un carrefour célèbre de la Goutte d’Or et, au numéro 1 de la rue Stephenson, un bel immeuble de la seconde moitié du XIXe siècle, aujourd’hui destiné à être réhabilité par Paris Habitat (notre billet du 12 septembre 2019).

 

 

 

 

 

 

 

Voir en live cette scène sélectionnée par Arte. Rediffusion le 7 avril 2020 à 13h35.

Une fois le carrefour traversé prudemment par Sami Frey/Gilbert Tellier, et le vélo déposé devant le 1 rue Stephenson, le président de la Cour d’assises de Rennes reprenait son récit des faits qui avaient conduit Brigitte Bardot/Dominique Marceau dans le box des accusés.

Car c’est dans cet immeuble qu’arrivant de Rennes, s’installent les sœurs Dominique et Annie Marceau, interprétées par Brigitte Bardot et Marie-José Nat dans le film de Clouzot.

Excentrique, sain, aéré

Sur les images du 1 rue Stephenson, le magistral Louis Seigner (grand-père de Mathilde et Emmanuelle) reproche à Brigitte Bardot/Dominique Marceau de n’avoir pas su profiter de l’effort financier que faisaient ses parents en la laissant accompagner sa sœur à Paris: – « À la Chapelle, à une heure de métro », nuance Dominique Marceau depuis le box, comme pour dire que ce n’était pas vraiment Paris, pas Saint-Germain-des-Prés en tout cas.

En réaction à cette précision de Dominique Marceau sur le quartier excentré – comme s’entendait alors « excentrique » dans la bouche du juge de Clouzot qui n’évoquait pas là les sols coloriés du marché Barbès ou les fresques participatives qui donneront peut-être un jour « des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle » – le président Seigner semble acquiescer avec une certaine bonhomie :

  • « Un peu excentrique peut-être, mais sain et aéré, où pour un prix modeste, vous jouissez d’un certain confort », affirme-t-il pendant que Clouzot organise un travelling vertical sur la mansarde du 6e étage où il a installé Dominique et Annie Marceau.

« A remote suburb, but clean and wholesome … where you found cheap but comfortable lodgins ». Captures d’écran de « La Vérité » (Henri-Georges Clouzot, 1960). Le bâtiment aujourd’hui (crédit photo : Google).

Si la bonhomie du propos d’assises nous est soufflée par le fait que Louis Seigner donnera plus tard des cours de bonhomie au général de Gaule (ici pour s’en convaincre), l’heure de métro évoquée par Brigitte Bardot n’est explicitée que par la traduction anglaise du film qui précise en sous-titre que La Chapelle serait « à une heure du centre-ville » (« an hour from town »). À vérifier avec les données de 1960.

Le tournage commence en effet le 2 mai 1960 : un 2 mai prémonitoire si l’on pense aujourd’hui que cette date ne marquait pas encore officiellement la Saint Boris au sens où les habitants du quartier l’ont investie depuis, en hommage à Boris Vian dont la malheureuse rue ne sera ouverte que trente ans plus tard, à un jet de pierres du 1 rue Stephenson.

Un carrefour de célébrités

Le blog avait déjà suivi les pas de Chiara Mastroianni dans « Les Bien-aimés » de Christophe Honoré sur le même carrefour où, venant du métro La Chapelle, l’actrice empruntait la rue Stephenson sur sa droite et marchait jusqu’au numéro 12 (voir notre billet du 25 septembre 2013 : nous sourions aujourd’hui à la coquille du blogmaster qui, en 2013, un an pourtant avant les dernières élections municipales qui mettraient en lumière le futur conseiller de Paris Christian Honoré, lui attribuait la paternité des « Bien-aimés » en lieu et place de Christophe Honoré).

Plus récemment, le carrefour Jessaint / Tombouctou / Stephenson – où se trouve l’un des nombreux Nemrod de Paris, café-tabac présenté laconiquement sur Google comme « lieu chaleureux, décontracté » (« Le Nemrod » est un nom très prisé de cafés ou tabacs parisiens, il évoque un personnage biblique, petit-fils de Cham, lui-même fils de Noé, et le goût de la chasse, alors que c’est plutôt Esaù qui, quelques générations plus tard, sera le grand chasseur de l’histoire biblique, mais Nemrod est resté dans la mythologie comme le premier roi d’après le Déluge ce qui, en période de confinement, en fait un personnage central de ce billet) – le carrefour donc du Nemrod de la rue de Tombouctou verra s’installer l’équipe de tournage du film « Deux moi » de Cédric Klapisch, sorti en 2019 (notre billet du 18 octobre 2018).

Nos cinéphiles amis nous signalent de nombreuses autres séquences sur lesquelles le blog reviendra : Le « Mesrine » de Jean-François Richet, bien sûr, qui occupa le carrefour Jessaint en 2007 après avoir investi  la rue Cavé et son café du 9 qui n’était pas encore l’ineffable « Soleil d’Oran », mais aussi « L’Amour est une fête » de Cédric Anger (2018), avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche, où le 1 rue Stephenson est pris, dans un bel échange de volutes, depuis la célèbre boutique Colorine (ci-dessous).

Pas la dernière séance

24 place de la Chapelle au départ du pont de Jessaint, années 1990 (Photo collection privée).

Dans un livre sur Mesrine paru en 2012, on lit, de la rue de Jessaint qui fut un lieu d’action de Mesrine avant d’en être un du film qu’en a tiré Jean-François Richet, qu’elle est « près de la Goutte d’Or » (Michel Laentz, Jacques Mesrine: L’histoire vraie de l’ennemi public numéro un, International Stars Edition, Marseille, page 111). Ce n’est pas faux puisque l’entrée de la rue de Jessaint n’est pas tout-à-fait dans la Goutte d’Or. La rue de Jessaint commence en effet là où se termine la place de la Chapelle (tronçon Est) et finit au 1 rue de la Goutte d’Or qui la prolonge (tronçon Ouest). Pour illustrer cet accès bien connu à la Goutte d’Or, on ajoute à nos arrêts sur image un cliché historique de l’Hôtel Mondain (ci-dessus) et une photo de l’angle Marx Dormoy/place de la Chapelle/pont de Jessaint qui a eu, récemment  encore, les honneurs du Pavillon de l’Arsenal lors de son exposition Paris Haussmann (31 janvier-4 juin 2017).

Au détour d’une des salles de l’exposition Paris Haussmann qui présentait plusieurs planches de l’étude de François Loyer bien connue de nos lecteurs, on reconnaissait un immeuble familier de la place de la Chapelle (Photo Pavillon de l’Arsenal). La photographie exposée par le Pavillon de l’Arsenal est de Cyrille Weiner, elle a été reprise dans le compte rendu de l’exposition paru dans LibérationNotre zoom sur l’immeuble de la rue Marx-Dormoy.

Pour mémoire, Gaël Coto est également l’auteur du séquençage des deux célèbres ‘‘interviews’’ de Michel Neyreneuf (bientôt ci-devant adjoint au maire du 18e chargé de l’Urbanisme*) pour le compte youtube de Cavé Goutte d’Or : « L’esthétique au rencart » et « Type de population ». Parfois présentées comme des interviews par les lecteurs du blog qui les reprennent sans toujours savoir comment les citer, ces séquences désormais célèbres sont en effet des extraits de deux films, respectivement  « Pour tout l’or d’une goutte »  de Sami Sarkis (1993) et « La Goutte d’Or » de Jean-Paul Guirado et Marie-Agnès Azuelos (2001). La diffusion de ces extraits est le fruit d’un travail en amont qui est celui de chercheurs et documentalistes (merci notamment à Bert Bernath pour le visionnage attentif des deux films et à Cavé Goutte d’Or qui a obtenu des auteurs les autorisations amiables de séquençage et diffusion) et de techniciens qui ont ensuite fabriqué ces deux pièces d’anthologie de l’Urbanisme contemporain de la Goutte d’Or (nos billets des 29 mai 2012 et 14 décembre 2012).

* Les fonctions du maire adjoint à l’Urbanisme chargé du 18e (ou inversement), qui devaient prendre fin le 22 mars 2020, sont prorogées jusqu’à nouvel ordre pour cause d’état d’urgence sanitaire (cf. Titre III de la loi du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19).

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Municipales

L’Atelier urbain de la Goutte d’Or diffuse les réponses reçues à son questionnaire

  • Ont répondu, dans l’ordre alphabétique, Pierre-Yves Bournazel (LREM), Anne-Claire Boux (L’Écologie pour Paris 18), Hela Daboussi (Un nouveau souffle pour le 18e/Parisiennes, Parisiens), Vikash Dhorasoo (Décidons Paris/LFI), Rudolph Granier (Engagés pour changer Paris, LR), Anne Hidalgo et Éric Lejoindre (PS/Paris en commun).

La marque de la Politique de la ville dans la Goutte d’Or. Vitrine des locaux de l’équipe de développement local brisée en début d’année 2020, non encore remplacée. (À suivre).

Nos lecteurs trouveront sur la page du blog dédiée à L’Atelier urbain l’intégralité des réponses reçues au questionnaire que, dans le prolongement de son Manifeste appelant à un moratoire sur la requalification de la Goutte d’Or Sud, L’Atelier avait soumis aux candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars.

Les réponses sont publiées sous la forme où elles ont été reçues, sans commentaire ou analyse, L’Atelier se réservant la possibilité d’en examiner les éléments les plus porteurs dans le cadre de ses travaux futurs.

Les challengers unanimes
sur la requalification de la Goutte d’Or Sud

D’ores et déjà, sans empiéter sur les prérogatives de L’Atelier urbain et sans nuire à l’analyse attentive que méritent ces réponses elles-mêmes très attentives, Cavé Goutte d’Or observe que la demande d’un moratoire sur la requalification urbaine du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, telle qu’elle a été lancée en octobre 2019, recueille l’unanimité des challengers aux Mairies de Paris et du 18e, seule l’équipe sortante estimant en effet qu’un moratoire « risquerait de stopper tout projet pour le quartier ».

  • « Si je suis élu, je reprendrai un à un les projets en cours pour tenir compte des souhaits exprimés par les habitants », indique Pierre-Yves Bournazel (LREM).
  • « Nous nous engageons à relancer la concertation et à co-construire avec les habitants, les associations et les commerçants le projet dont a besoin le quartier », écrit Anne-Claire Boux (L’Écologie pour Paris 18) en rappelant l’engagement des Verts contre le forcing de la Mairie pour imposer son projet en dépit des conclusions négatives du commissaire enquêteur.
  • « Notre ambition est de reconcerter ce sujet », affirme Hela Daboussi (Un nouveau souffle pour le 18e) qui propose que le coût en soit mesuré avec les citoyens.
  • « Nous soutenons l’idée d’un moratoire et une discussion large avec les habitants en vue d’établir un nouveau projet », indique Vikash Dhorasoo (LFI) qui dénonce « la manière pour le moins agressive avec laquelle le projet de requalification s’est imposé dans un délai très court ».
  • « Je demanderai un moratoire et reprendrai à zéro l’ensemble des dossiers avec les habitants, les associations et collectifs », écrit Rudolph Granier (LR) qui souhaite « mettre en place un comité permanent de concertation et une maison de l’urbanisme du 18e ».
  • « La mise en place d’un moratoire risquerait de stopper tout projet pour le quartier », estiment Anne Hidalgo et Éric Lejoindre (Paris en commun) qui annoncent la reprise des comités de suivi dans le cas où ils seraient réélus : « Cependant, la consultation n’est pas terminée et d’autres comités de suivi permettront de concerter à nouveau dans les prochaines semaines ».

Voir les réponses complètes sur la page de L’Atelier urbain

Vers une sortie des urnes

Le questionnaire de L’Atelier urbain portait également sur le moratoire concernant les projets dits « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à La Chapelle », quatre projets de coloriage de rues, dotés au total de 100.000 € au budget participatif 2018 (lien).

La plupart des candidats répondent à cette question dans les mêmes termes qu’à la première et soulignent le dévoiement des principes du budget participatif. Le moratoire est notamment accordé par Pierre-Yves Bournazel, qui pointe une ambiguïté sur le statut de ce projet, et par Rudolph Granier, Vikash Dhorasoo dénonçant les projets de « dit embellissement » qui seraient utilisés « comme des outils dissimulant un délaissement de l’espace public ».

Tout en prônant « le retour du beau en ville », Anne-Claire Boux indique que « les écologistes ne reviendront pas sur les projets sélectionnés dans le cadre de la démocratie participative ». Les Verts rejoignent ici Anne Hidalgo et Éric Lejoindre qui assurent que « le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle’ a été soumis au vote après un contrôle de recevabilité technique » et concluent : « C’est pourquoi, dans le respect de la démocratie participative et de la parole des habitants, nous mettrons en œuvre ce projet d’embellissement du quartier ».

Il doit être noté sur ce point que le premier volet d’exécution de ce projet prétendument démocratique consiste précisément à mettre en peinture un mur qui ne fait pas partie du projet voté, remettant ainsi en question le principe même du système (lire sur ce point notre billet du 20 janvier en page Vie du quartier :

  • « Le mur de la Bibliothèque Goutte d’Or, dont la mise en peinture est un vrai projet, nécessaire et nullement dérisoire, ne dépend en rien du projet contesté consistant à colorier les rues et les trottoirs de la Goutte d’Or et de la Chapelle. Le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle’ est en effet circonscrit à quatre lieux bien déterminés. Le mur de la Bibliothèque n’en fait pas partie, pas plus que le boulevard de la Chapelle sur lequel il donne. S’agissant d’un travail nécessaire, il n’avait pas besoin du ‘vote’ des habitants. Il aurait donc dû être financé séparément et ne pas subir les aléas que le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle’ lui fait subir, – dont l’absence de déclaration préalable sur lequel il a été retoqué en novembre 2019 n’est que l’élément le plus récent et saillant de ce dossier mal ficelé »).

Outre « l’instauration d’une réelle concertation et d’un processus de codécision avec les habitants sur l’ensemble des projets d’urbanisme dans la Goutte d’Or, incluant dès le départ de leur élaboration les permis de démolir et de construire, les modifications de façade, agencements de vitrine, fresques et opérations artistiques, végétalisation de l’espace public », les autres points soulevés par le questionnaire de L’Atelier urbain portent sur l’occupation de l’espace public ; sur une demande d’audit du processus d’attribution des locaux de commerces ou d’activités en pieds d’immeubles des bailleurs sociaux, des logements sociaux et des subventions aux associations municipalisées) ; sur la suppression des sources identifiées des trafics divers qui affectent le quartier au vu et au su de tous depuis plusieurs décennies.

C’est dire que les questions, comme les réponses, seront à l’ordre du jour de la prochaine mandature.

À lire sur le blog d’Action Barbès

Aux questions aux candidats, l’association Action Barbès a préféré les propositions aux candidats. Ce qui offre un tour d’horizon des chantiers à venir pour la prochaine mandature, tour d’horizon duquel Cavé Goutte d’Or retient le beau projet de Diagonale verte qui, avec les esquisses de L’Atelier urbain et les plans de L’Atelier 26, fera peut-être un jour liste commune de quatrième tour.

Le blog d’Action Barbès publie également toutes les listes officielles des candidats pour le 18e (ici) et un rappel bienvenu sur le fonctionnement des municipales (ici).

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Huis clos

L’audition ‘emblématique’ du maire du 18e dans le décor des Libraires associés

  • Pas un mot, dans les 35 minutes d’« audition » d’Éric Lejoindre par le Réseau 1018, sur l’accusation qui, de ces murs, lui reprochait d’avoir rendu facile l’achat d’armes dans la Goutte d’Or.
  • C’est finalement le candidat Les Républicains qui, au détour du débat organisé par l’Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or, a remis l’histoire du pistolet à l’ordre du jour.
  • Premiers retours sur les effets collatéraux d’un emballement lui-même emblématique.
  • Emblématique de quoi ?, s’interroge la Goutte d’Or.

« Audition » d’Éric Lejoindre par le Réseau 1018 chez Les Libraires associés, 27 février 2020 (voir la vidéo). Photo empruntée au compte tweeter @JCQDSE.

Au moment où les électeurs sont beaucoup sollicités par les politiciens en place et leurs opposants en réseaux, il est apparu utile à Cavé Goutte d’Or d’étudier la relation qu’entretiennent les Mairies de Paris et du 18ème avec le libraire de la rue Pierre L’Ermite, « ancien libraire » comme l’appelle BFM-TV qui veut peut-être souligner ainsi que le marchand de livres anciens se consacre désormais à temps très plein à une chronique de campagne qui, selon plusieurs observateurs, ne rehausse hélas pas toujours le débat sur le quartier meurtri qu’il aimerait protéger de ce qu’il appelait, il y a peu, « l’extension de la gangrène » (titre d’une conversation sur internet en juin et juillet 2019, dont Cavé Goutte d’Or avait signalé les risques dans un billet du 2 juillet 2019).

Un récit envahissant

Rudolph Granier au débat de l’Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or : « Le libraire du coin de la rue contraint de travailler portes closes » (photo CGO, 29 février 2020).

Dernier effet en date d’un récit envahissant : la tête de liste Les Républicains pour le 18e arrondissement a fait un flop retentissant, samedi 29 février, en évoquant l’insécurité du quartier sous l’angle emblématique que serait, à ses yeux, « le libraire de la rue Pierre L’Ermite contraint de  travailler les portes closes » (Rudolph Granier, débat organisé par l’Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or, Le Chien de la Lune, 29 février 2020). Quelques esprits avisés dans la salle ont rappelé que le magnifique espace de livres de collection, qui jouit d’une grande notoriété dans les milieux professionnels, n’avait en revanche jamais souhaité se mettre en vitrine durant ses douze années d’existence dans la Goutte d’Or. Douze années dont la dernière seulement aura été marquée par la campagne médiatique qu’il convient d’étudier dans ses origines et mécanismes, tant elle prive les parfois très candides candidats et futurs élus, d’une parole de quartier plus sereine, et d’une critique plus constructive des politiques qui maintiennent la Goutte d’Or sous une chape de plomb depuis bientôt quarante ans.

Éric Lejoindre évoque « ceux qui hurlent sur BFM » lors du débat de l’Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or (photo CGO, 29 février 2020).

Comme en témoignent en effet les mots de la tête de liste LR et les réactions qu’ils ont suscitées, cette campagne – marquée par une succession de tweets, trolls, invectives, blocages de comptes – ne donne pas du quartier une image conforme à son identité et aux réalités difficiles qu’il affronte. C’est une image imprécise, en effet, qu’a retenue Rudolph Granier, empêché de réaliser que d’autres lieux, et notamment Le Chien de la Lune qui accueillait le débat du 29 février, étaient aussi et peut-être plus emblématiques des difficultés commerciales du quartier que celui qu’il avait estimé devoir pointer. Une image floutée dont le maire sortant du 18e profita d’ailleurs pour évoquer « ceux qui hurlent sur BFM » (Éric Lejoindre, débat organisé par l’Union des commerçants de la Chapelle Goutte d’Or, Le Chien de la Lune, 29 février 2020).

Si le candidat LR a mal choisi son emblème, c’est peut-être parce qu’il lui avait été servi sur un plateau, en l’occurrence celui de BFM-TV. On se souvient qu’en octobre dernier, le préfet de Police de Paris, la maire adjointe de Paris à la Sécurité et à la Politique de la ville et le maire du 18e s’étaient vu accuser personnellement sur Tweeter de faciliter le trafic d’armes dans la Goutte d’Or. Sous le coup d’une émotion légitime, le libraire de la rue Pierre L’Ermite lançait en effet :

  • « Mon appartement et mon commerce cambriolés, pillés, saccagés. Je vous informe (@Préfet @Brossel @Lejoindre) que je vais acheter une arme. Ça se trouve très facilement ici, grâce à vous » (lien).

La menace d’acheter une arme fut retirée quelques heures plus tard, non sans avoir enregistré 16.000 vues selon son auteur, et attiré l’attention d’une chaîne de télévision dite très cash elle aussi puisque, le lendemain même, le libraire et le maire du 18e étaient sur les plateaux de BFM-TV (intervention du libraire, intervention du maire). Demeure, depuis, l’accusation faite à deux maires et un préfet : « acheter une arme / ça se trouve très facilement ici / grâce à vous ». Le quartier attendait avec impatience que l’un des trois – pourquoi pas Éric Lejoindre lors de son « audition » dans les murs de la librairie cambriolée – réponde à l’accusation, ou en tout cas revienne sur le propos accusateur. Le long monologue du maire ne dit rien des mécanismes qui permettraient de « trouver très facilement une arme ici (dans la Goutte d’Or) grâce à lui et à ses camarades de la Préfecture et de la Sécurité » et l’électeur trouvera peut-être davantage de pistes dans les éléments fournis il y a deux ans dans l’étude de l’Association Tajectoires (ici pour mémoire).

Double détente

Humainement, un cambriolage est toujours un pillage. Socialement et politiquement, les mots doivent ensuite trouver ou retrouver leur sens. De légitime à titre personnel, l’émotion doit devenir contenue si elle se déplace sur les médias ou les réseaux sociaux, et plus encore si elle prétend se développer sur le terrain politique. D’autant que le pillage et le saccage se révélèrent en l’occurrence moindres : cambriolage et dégradation furent très vite retenus par la victime et par ses très rapides soutiens du Réseau 1018 qui, quelques heures à peine après le méfait, lanceraient à leur tour un message biaisé, – sans l’excuse de l’émotion quant à eux :

  •  « Dans la nuit de samedi à dimanche, la librairie de notre ami (…), située (…), a été cambriolée et dégradée. C’est une atteinte très grave à ce lieu emblématique pour le lien social et la culture dans nos quartiers. Solidarité avec (…) ! Stop à l’insécurité dans le Nord-Est de Paris ! #Reseau1018 » (lien).

Alors membre du réseau, Cavé Goutte d’Or ne relaya pas le message, prit du champ et tenta de mettre l’évènement en perspective, – l’évènement en ses deux composantes : le cambriolage inacceptable et la campagne fabriquée par la suite, peut-être tout aussi inacceptable. Car, une fois posé que la librairie d’art concernée était un magnifique espace, assurément lieu de culture dont les expositions prestigieuses n’ont pas manqué d’être signalées dans nos pages (voir par exemple ici, ici, ou ici), le lieu n’était pour autant pas vraiment « emblématique » (hélas, car il est volontairement discret, invisible du passant). Le message de soutien donnait ainsi le sentiment de soutenir une cause plus qu’une librairie. Il peinait d’ailleurs à dire de quoi la librairie victime était emblématique, adjectif qui appelle d’ordinaire un complément : sous la plume des rédacteurs du tweet de soutien, le lieu cambriolé n’était en effet pas emblématique de quelque chose (par exemple « emblématique du lien social et de la culture dans nos quartiers », comme on aurait pu l’entendre [si encore on omettait ce possessif ‘nos quartiers’ toujours un peu suspect]), mais emblématique pour quelque chose : « emblématique pour le lien social et la culture dans nos quartiers », dit en effet le tweet de soutien.

On sait ainsi pour quoi elle est emblématique aux yeux du Réseau 1018, mais pas de quoi. Peut-être était-ce le cambriolage qui était emblématique. Emblématique de l’insécurité ? L’était-il alors de manière suffisamment spécifique, compte tenu des autres cambriolages et agressions que connait le quartier ? La force de la mésaventure n’échappait en tout cas à personne : « Même s’il ne s’agit pas d’un fait dramatique, sa portée symbolique (une librairie, à la Goutte d’Or…), soulève pas mal d’émotion », lisait-on au lendemain du premier plateau de BFM-TV, le 21 octobre 2019.

Mais était-ce bien une librairie qui avait été visée ? Sciemment visée, compte tenu de son caractère pour le moins discret ? L’emblème aurait-il faussé le message ? ou été faussé par le message ? La victime du cambriolage le serait-elle ensuite – double peine – de ses soutiens et des médias ?

L’histoire aurait pu s’arrêter là mais, depuis, élus et libraire poursuivent leurs échanges et le quartier médusé – pas « nos quartiers » comme le voudrait la formule patronnesse issue de la Politique de la ville qui a « ses pauvres », mais bien le quartier – le quartier médusé suit les invectives souvent violentes, parfois un peu obsessionnelles, toujours incrédules et ricaneuses d’un administré qui se voudrait modeste et discret contre une Mairie sur laquelle il tire à boulets rouges et de toutes les couleurs à propos de tout et de rien, – surtout de tout, hélas.

Un grand tout gazouillant

À citoyen libre et égo en droit, communication libre et égale en droit. Assurément, mais la sanction malheureuse et maladroite que lui a infligée  « Paris en commun » en le bloquant sur Tweeter le 3 février tout en participant, chez lui, à l’« audition » du Réseau 1018 le 27, est cependant biaisée à son tour lorsque le tweeto ainsi puni évoque une punition collective :

  • « ‘Paris en commun’ a trouvé la solution pour se faire réélire : bloquer tous les habitants critiques », écrit-il dans un « tous » bien englobant.

Dans cette perspective, le compte bloqué serait celui de tous et, par suite, le tweeto bloqué serait le porte-parole de « tous les habitants critiques ». Une affirmation qui trouvera assurément ses nuances en d’autres lieux.

  • Cavé Goutte d’Or a quitté le Réseau 1018. L’association (dont le blog n’avait pas manqué de saluer la création du Réseau 1018 il y a un peu plus d’un an) a pris ses distances avec le groupe dès septembre 2019 et, tout en souhaitant ne pas créer de remous inutiles durant la période électorale, elle l’a informé en janvier 2020 qu’elle ne poursuivrait pas sa relation au-delà des élections, le priant de ne l’associer entretemps à aucune action publique. Le Réseau 1018 en a pris acte, mais il restait annoncé qu’il réunissait encore 11 associations (ici). Suite à une nouvelle intervention de Cavé Goutte d’Or auprès du réseau, ce sont désormais bien 10 associations et collectifs, et non plus 11, qui le constituent. Cavé Goutte d’Or n’a notamment pas participé à l’« audition » du 27 février 2020.
  • Cavé Goutte d’Or a publié il y a deux ans un texte du libraire. En raison notamment du ton et du fond de ses écrits sur Tweeter (qu’il faut naturellement suivre pour en parler, comme on le fait en chercheur), l’association n’a pas souhaité publier une autre étude du même auteur, qui lui a été présentée à quelques reprises depuis la dernière rentrée.
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Enchères électorales

Les candidats PS/PC misent sur la préemption des locaux de Drouot-Montmartre

  • À quelques jours du premier tour des municipales, la liste « Paris en commun pour le 18e arrondissement » met à son programme les bénéfices électoraux qu’elle pourrait tirer d’un bien qui n’appartient pas encore à la Ville.
  • La préemption des anciens locaux de Drouot-Montmartre avait été proposée par L’Atelier urbain de la Goutte d’Or le 31 octobre 2019 pour y créer un complexe sportif permettant de désengorger le secteur du TEP Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or.
  • L’équipe sortante de la Mairie du 18e y verrait plutôt « un projet commercial innovant en cœur de quartier ».  

Le point 2 de « Nos projets pour le quartier » présentés en fin de campagne par les élus PS/PC de la municipalité en place ne manquerait pas d’attirer l’attention. Il se voulait pourtant discret en évoquant un vague « projet commercial innovant en cœur de quartier », par ailleurs mal placé sur la carte. Car le chiffre 2 figurant sur le sympathique croquis du flyer place le « projet commercial innovant » sur le carrefour des rues Doudeauville et Léon alors qu’il se situe en réalité au milieu de l’îlot Doudeauville-Léon-Oran-Poissonniers, dans l’immense espace de 5.000 m² sur quatre sous-sols, occupé jusqu’à tout récemment par la célèbre maison de commissaires priseurs.

Lancée en octobre dernier par L’Atelier urbain de la Goutte d’Or (point 1.3 de ses « Notes et esquisses en vue d’une étude alternative au projet de requalification du secteur Boris Vian/Polonceu/Goutte d’Or), l’idée de préempter cet espace (entre quelques autres adresses) pour y créer un complexe sportif permettant de libérer le secteur Polonceau des promesses contradictoires apparemment faites au cours des ans par les élus sortants et leurs prédécesseurs, cette idée aura fait son chemin. La voilà en tout cas en bonne place dans les récents ajouts aux projets du PS pour le 18e, ajouts qui ne prévoient pour Boris Vian qu’une « rénovation du gymnase de la Goutte d’Or ».

Requalification requalifiée ?

Est-ce à dire que le non-concerté et très-contesté projet de requalification de la Goutte d’Or Sud, objet de deux recours gracieux dont un vient d’être rejeté implicitement, aurait été abandonné ? On attend, pour le savoir, la réponse officielle de l’équipe sortante au questionnaire de L’Atelier urbain, dont le premier point porte précisément sur le Moratoire proposé en la matière (voir le questionnaire sur la page dédiée à L’Atelier urbain : les réponses seront connues le 12 mars et communiquées sur le blog le 13).

Toujours est-il que le projet de préemption des anciens locaux de Drouot-Montmartre dont Éric Lejoindre a parlé presque à voix basse le 3 mars dernier, laissant entendre, si l’on peut dire, qu’il ne fallait pas encore trop en parler, justement, aura besoin d’une décision du conseil municipal et, en tous les cas, d’un arrêté de la maire de Paris, et que, selon la première enquête effectuée par Cavé Goutte d’Or, il semble prématuré de vendre ce qu’on pourrait faire des anciens locaux de Drouot-Montmartre avant de les avoir achetés.

Palimpseste d’une longue présence rue Doudeauville.

C’est pourtant ce qu’a fait Éric Lejoindre lors de la réunion publique tenue au Café Néon le 3 mars 2020, annoncée la veille sur les réseaux sociaux, réunion qui réunissait surtout le staff de la liste et quelques fidèles représentants d’associations municipalisées (on y comptait quatre ou cinq habitants). Quant aux mots sympathiques par lesquels le maire sortant du 18e a tenu à saluer et remercier Anne Hidalgo pour son soutien sur ce projet de préemption, on peut se demander s’ils n’ouvrent pas une action des autres candidats pour,  notamment, inégalité devant la préemption dont ils ignorent peut-être l’existence (à laquelle ils n’auraient pas été initiés pour le dire en termes de marchés), ou pour infraction à l’article L.52-1 du code électoral dont nous avons déjà parlé lors de l’inauguration de la « résidence Stephenson » par Daniel Vaillant et Éric Lejoindre (notre billet du 26 janvier 2020).

Les tutoriels sur la question aident les élus à distinguer « propagande et communication institutionnelle » (lien) et indiquent au besoin que « l’article L.52-1 du code électoral vise à empêcher tout candidat de tirer avantage de ses fonctions en utilisant les moyens de la collectivité pour son avantage personnel en vue des élections, notamment en mettant en valeur de façon directe ou indirecte ses succès et réalisations », a fortiori peut-être ses réalisations non réalisées.

Un dernier DPU pour la route

Il parait en tous les cas incongru de voir l’exercice éventuel du droit de préemption urbain, opération municipale très encadrée par le code de l’urbanisme et le code général des collectivités territoriales, amené comme ça sur le zinc d’un café de campagne au détour d’un projet qui ne semble a priori même pas remplir les conditions d’intérêt général exigée. Comme  l’a rappelé récemment le ministère de la Cohésion des territoires,

  • « Le droit de préemption urbain est exercé en vue de la réalisation, dans l’intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l’article L. 300-1 (article L. 210-1 du code de l’urbanisme). Les actions et opérations mentionnées à l’article L. 300-1 du même code sont celles qui ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l’habitat, d’organiser le maintien, l’extension ou l’accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d’enseignement supérieur, de lutter contre l’insalubrité et l’habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti » (lien).

Éric Lejoindre dans la jungle du Café Néon : « Il faut dire merci à Anne Hidalgo pour son soutien dans la préemption des locaux de Drouot-Montmartre », 3 mars 2020 (Photo CGO).

Aussi innovant soit-il, on doute qu’un projet commercial en cœur de quartier suffise à déclencher et justifier l’exercice du droit de préemption, dont le même ministère de la Cohésion des territoires a, plus récemment encore, rappelé que, « lorsque la commune est titulaire du droit de préemption urbain (ce qui est le cas pour les locaux de Drouot-Montmartre), celui-ci est exercé par le conseil municipal, qui se réunit pour décider des suites à donner à une déclaration d’intention d’aliéner » (lien).

Le conseil municipal peut avoir délégué son pouvoir. L’article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales précise en effet que « le maire peut (…), par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat (…) d’exercer au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l’urbanisme » (15°). Si pareille délégation existait en l’occurrence, la maire de Paris pourrait prendre les décisions relatives à la préemption, sachant que, si elle décidait de préempter, elle devrait le faire en la forme d’un arrêté (lien).

Selon l’enquête sommaire que nous avons faite auprès des dirigeants de Drouot, Drouot-Holding et Drouot-Immobilier, l’affaire n’est pas encore conclue, mais elle est engagée : « Il faut attendre les élections », nous dit-on avec un brin d’ironie, « et même le troisième tour », précise notre correspondant, manifestement fin connaisseur des rouages.

Vers un TEP Drouot

La place publique est sans doute le meilleur endroit pour faire connaître la réalité de l’éventuelle opération immobilière en cours et on peut encourager L’Atelier urbain de la Goutte d’Or à préempter à son tour cette réalité en rappelant le  projet d’intérêt général qui l’avait conduit à proposer en octobre 2019 l’exercice de ce droit sur ces espaces.

Dans l’esprit sportif de bon aloi qui se dégage naturellement du projet de dédoubler le TEP Goutte d’Or Sud sur la Goutte d’Or Nord, les candidats concurrents de « Paris en commun avec Éric Lejoindre » pourront également estimer utile de demander à la maire de Paris de communiquer le plus largement possible sur l’éventuel exercice du droit de préemption urbain sur les locaux de Drouot-Montmartre afin que chaque liste puisse ajouter un projet innovant sur ces locaux.

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Défi

Les Verts surpris par « les mânes de Boris Vian » dans l’entresol de la rue Anne Hidalgo

  • On sait que, dans un de ses délicieux bons mots, le maire sortant du 18e avait cru devoir ironiser sur « les mânes de Boris Vian » (i.e. la famille de l’écrivain musicien et l’association Cavé Goutte d’Or) qui avaient conduit son prédécesseur Daniel Vaillant à constater que le secteur avait « en effet très mal vieilli ».
  • On sait aussi qu’après le retrait de l’autorisation, le 2 mai 2018, la rue qui portait le nom de Boris Vian avec l’accord de sa famille depuis 1992 fut brièvement nommée « rue Anne Hidalgo » par les habitants.
  • Et qu’au bout de la venture, les Verts ont brisé l’accord de gouvernement de Paris lors de la délibération du 11 décembre 2019 qui prétendait pouvoir lever les réserves du commissaire enquêteur sur la privatisation de la rue Boris Vian. 
  • Autant d’évènements qui méritaient un arrêt de l’équipe EELV qui brigue la Mairie du 18e sur les lieux les plus symboliques de l’échec urbanistique de la Municipalité en place.  

Un photographe anonyme qui traversait la rue de la Goutte d’Or ce samedi 15 février 2020 a capté les visages réjouis de l’équipe d’Anne-Claire Boux et Émile Meunier qui faisait le tour des célèbres colonnades vouées à être comblées par le projet non concerté de la Ville de Paris, objet de deux recours administratifs pour l’instant gracieux. Photos anonymes libres de droits.

À quand une piste cyclable sur la rue Anne Hidalgo ? semblent demander les militants d’EELV.

Le périple des Verts sur les futurs vestiges de la politique asociale d’urbanisme agressif et de  logement insalubres créés au nom de la réhabilitation de la Goutte d’Or sud, préalablement détruite en son histoire et en son riche patrimoine social et architectural, avait commencé par la difficile montée des marches de la célèbre rue Anne Hidalgo, sur laquelle la Municipalité en place n’a toujours pas créé de piste cyclable, comme en témoigne les clichés du passant toujours anonyme qui les a glissés sous la porte du blog.

Plus sérieusement, l’équipe d’Anne-Claire Boux et Émile Meunier s’est ensuite transportée devant le TEP de la Goutte d’Or, où trônent encore les malheureux bacs de la Goutte verte inaugurés en fanfare moins de trois mois plus tôt (ici pour mémoire). À cet endroit, stratégique s’il en est de l’avenir requalifié de la Goutte d’Or, les Verts ont rappelé le cruel désaveu qu’ils avaient infligé le 11 décembre 2009 à leur partenaire gouvernemental en votant contre la délibération qui prétendait acter la privatisation de la rue Boris Vian, une délibération contestée dans un recours gracieux diffusé aujourd’hui sur le blog (notre page Défense du quartier), Anne-Claire Boux a présenté les enjeux du projet de requalification en contrepoint d’un petit rappel historique de Cavé Goutte d’Or qui passait également par là.

Debriefing sur le tarmac du TEP de la Goutte d’Or au 7-9 rue Boris Vian.

Révision de code avec Fewzia Etchiali.

Tout en vélos et drapeaux, l’équipage se mut ensuite vers les dernières échoppes encore ouvertes sous les colonnes de la rue de la Goutte d’Or, guidé cette fois-ci par Mamadou Yaffa, de l’association Esprit d’ébène toute voisine, lui-même candidat sur la liste EELV dont on n’a pu hélas capter l’opinion personnelle sur l’avenir du  TEP, – mais il reste trois semaines pour la connaitre et Cavé Goutte d’Or se joindra, à cet effet, au questionnaire que prépare L’Atelier urbain de la Goutte d’Or à l’attention de tous les candidats aux Municipales des 15 et 22 mars prochains (à suivre ici).

Au fil de sa déambulation dans la rue de la Goutte d’Or, le groupe ne manqua pas de rencontrer Fewzia Etchiali, fidèle et vaillante responsable de l’Auto-École au n° 11 de la rue et la famille Bouzelatta du café d’en face, tout cela le conduisant naturellement sur le célèbre totem qui marque la défaite de l’opération « Tous mobilisés » initiée par Anne Hidalgo dans sa non moins célèbre bataille de Polonceau.

Halte au Café d’Or, en face de l’Auto-École de la Goutte d’Or.

La prise du totem de la malheureuse opération municipale « Tous mobilisés ».

*

  • Au moment de poster ce billet, on apprend que, le week-end suivant, l’équipe de Pierre-Yves Bournazel a emprunté le même chemin. Elle ne pouvait hélas revendiquer le même engagement sur le TEP de la Goutte d’Or et le combat contre la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 mais, au détour d’un tweet de campagne, il apparaît néanmoins que le Groupe 100% Paris indique avoir lui aussi voté contre la délibération alors que, fort (si l’on peut dire) de l’absence de Pierre-Yves Bournazel et Christian Honoré au moment de la délibération et du vote, le blog de Cavé Goutte d’Or avait très ouvertement salué l’intervention des Verts « en l’absence notoire de 100% Paris et des futurs LAREM ». Lire en page Humeur : « Délibération 2019 DU 245 : Le Bulletin officiel de la Ville de Paris se perd dans le détail des votes ».

Les candidats d’Agir à La Table ouverte le 22 février 2020 (Photo empruntée au compte Facebook de Rachid Arar).

À l’occasion de leur visite du 22 février 2020 en Goutte d’Or, les candidats d’Agir à la Mairie du 18e ont déjeuné à La Table ouverte, comme le signale le compte Facebook de Rachid Arar, – Table toujours très ouverte dont l’excellente cuisine de grande renommée a aussi accompagné, rappelle Rachid Arar, l’inauguration des locaux de campagne d’EELV le 19 janvier 2020 (cf. notre humeur du 21 janvier 2020 : « La majorité municipale nous la fait à l’an vert »), comme elle a souvent accompagné les agapes de Cavé Goutte d’Or, notamment lors de la dernière Saint Boris le 2 mai 2019 et du lancement de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or à La Manufacture du 8 rue Myrha le 12 décembre 2019 (ici et ici).

Le silence d’Anne Hidalgo

Cavé Goutte d’Or saisit l’occasion des visites successives sur le tarmac du TEP Polonceau pour publier les deux recours gracieux que l’association a déposés avec ASA-PNE entre les mains de la maire de Paris les 23 décembre 2019 et 15 janvier 2020, le premier étant en ce 23 février 2020 implicitement rejeté par la maire de Paris qui a décidé de garder le silence à son sujet. Il est notoire en effet que Madame Hidalgo n’a pas même accusé réception des deux recours gracieux déposés par les associations. Lire en page Défense du quartier : « Pour qui sont ces silences qui sifflent sur nos têtes ? ».

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Reprise en main

Encore un permis de construire validé par la Mairie du 18e et retoqué par la Mairie de Paris

  • Il n’y aurait donc plus besoin de Cavé  Goutte d’Or pour que la Direction de l’Urbanisme se soucie de l’intégration d’un nouvel immeuble au tissu urbain existant ?
  • À moins que l’Administration ne soit simplement plus sévère à l’égard des projets privés qu’à celui des projets municipaux.

Projet mort-né pour le 30 rue Cavé au motif notamment que « les pièces jointes au dossier ne permettent pas de vérifier que la construction projetée s’intègre de façon pertinente au tissu urbain existant » (Extrait de l’arrêté du 2 décembre 2019 rejetant la demande de permis de construire). Photo : pièce PC6 jointe au dossier.

Un permis de construire a été refusé récemment à une société privée sur la parcelle du 30 rue Cavé, mitoyenne de  l’Hôtel du Parc qui donne sur le square Léon. Outre l’absence de documents relatifs aux plans des niveaux, qui aurait empêché les services instructeurs de vérifier notamment les questions de sécurité contre l’incendie, la décision de rejet invoque l’impossibilité de « vérifier que la construction projetée s’intègre de façon pertinente au tissu urbain existant », comme l’exige l’article UG.11.1.3 du règlement du PLU de Paris, expressément cité à l’appui de la décision du 2 décembre 2019.

Jusqu’ici tout va bien

Le très voisin bloc du CROUS (22-24 rue Cavé), l’extension de l’école Saint Bernard à un jet de pierre du projet (angle Saint Bruno/Pierre L’Ermite), le méchant massif du 7 rue Myrha dont les vitrines promises du rez-de-chaussée sont déjà squattées par les rideaux gris d’une association associative subventionnée par la Politique de la ville, ou le très anguleux et très cheap-looking 25 rue Stephenson construit au bas de la rue Cavé par la société Sefri-Cime Promotion sous l’égide de l’architecte Bruno Fortier, grand prix de l’Urbanisme 2002, tous ces bâtiments, récents fleurons de la rénovation de la Goutte d’Or, ont eu chaud : ils n’ont pas subi avec la même sévérité les examens d’intégration au tissu urbain existant qu’aurait ratés le projet du 30 rue Cavé.

De gauche à droite et de haut en bas : le CROUS du 22-24 rue Cavé (Paris Habitat), l’extension de l’école Saint Bernard (OGEC Saint Bernard Sainte Marie, Diocèse de Paris), le massif du 7 rue Myrha (Batigère) et le glacial 25 rue Stephenson/2 rue Cavé (Sefri-Cime Promotion et Bruno Fortier). Agrandir l’image.

L’histoire dira peut-être un jour que c’est le statut dit social donné à ces bâtiments situés en zones dites urbaines et sensibles qui a permis qu’ils soient considérés comme intégrés d’office au tissu urbain qui façonne (et que façonne en retour) la Politique de la ville. Même si l’extension de l’école Saint Bernard (établissement catholique privé sous contrat) n’était pas à proprement parler un projet social municipal, le soutien acharné de la Mairie du 18e à la construction de cet appendice disgracieux dans la cour d’école au mépris du monument historique classé situé juste en face, à quelques mètres, en a fait un élément revendiqué de la politique asociale dans les quartiers impopulaires aux yeux de ceux qui en démolissent l’histoire et le patrimoine. L’excellence de l’enseignement qui s’y prodigue ne vient-il pas rehausser la qualité de l’enseignement public dans cette partie maltraitée du 18e arrondissement de Paris ?

Quant au Fort Fortier, comme les riverains appellent déjà l’édifice qui a pris la place des Plumasseries Loddé à l’angle Cavé/Stephenson, l’avocat de la Société Sefri-Cime Promotion n’avait pas sa langue dans la bouche lorsqu’il a expliqué que sa cliente pouvait construire n’importe quoi à quelques mètres de l’ancienne permanence de Daniel Vaillant :

  • « Il convient de préciser que le projet de Sefri-Cime Promotion sur l’angle des rues Cavé et Stephenson ne s’inscrit pas dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles » (Laurent Karila, avocat du promoteur immobilier social, Mémoire en défense, Tribunal administratif de Paris, 24 avril 2017, page 28).

Réjouissons-nous en tout cas que la soudaine attention de l’Urbanisme parisien à l’intégration d’un bâtiment neuf au tissu urbain existant dans la Goutte d’Or laisse quelque espoir de survie aux petites maisons faubouriennes de la rue Cavé rescapées des coups de Jean-Yves Mano et Michel Neyreneuf qui ont eu la peau de celles jadis sises aux 22 et 24 à l’encontre des protections souhaitées par la Commission du Vieux Paris et les riverains.

Discrimination négative

Les carrières perdues du sud de la Goutte d’Or. Sources: IGC. Agrandir l’image

Plus au sud dans le quartier de la Goutte d’Or, une autre demande d’autorisation de construire, également validée par la Mairie du 18e arrondissement, a aussi été refusée par la Mairie centrale. Comme si l’une des deux ne faisait pas correctement son travail.

Nos lecteurs se souviennent qu’un permis de construire a en effet récemment été refusé sur la parcelle du 6 rue Polonceau pour cause de carrières souterraines. La parcelle étant « située à proximité d’une ancienne carrière à ciel ouvert de gypse », l’Inspection Générale des Carrières (IGC) avait émis un avis défavorable au projet et la Mairie de Paris l’avait en conséquence rejeté en concluant qu’il était « susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique ».

À la lecture de notre billet du 20 janvier 2020, quelques riverains se sont brièvement émus des risques d’éboulement, pour eux-mêmes et leurs proches voisins, sans que, jusqu’ici, la révélation de Cavé Goutte d’Or ne crée de tremblement de terre au sein de la Direction de l’Urbanisme, qui voyait pourtant ainsi divulguée une de ses incohérences majeures dans la gestion du sous-sol urbain. La Ville de Paris n’avait-elle pas, en effet, interdit la réhabilitation d’un petit immeuble en raison d’une carrière de gypse à ciel ouvert sous ses pieds, alors qu’elle avait autorisé la construction d’un parking de trois étages souterrains sur la même carrière et s’apprêtait à autoriser sur ce parking divers travaux d’alourdissement dans le cadre du désormais bien connu projet de réhabilitation du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or ?

Deux pas, deux mesures

Du 6 rue Polonceau au TEP Goutte d’Or, il n’y a que deux pas, mais un monde semble séparer les deux parcelles quant à leur sous-sol et l’étonnement du piéton grandit quand il observe que le malheureux projet de réaménagement du 6 rue Polonceau est « susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique » alors que le monstrueux projet d’alourdissement du TEP Goutte d’Or (nos recours contre les préalables/Tiré à part n° 5) et celui de démolition/reconstruction du 1 rue de La Charbonnière (notre billet du 11 septembre 2019/Tiré à part n° 4) ne semblent pas poser les mêmes problèmes à l’IGC et à la Direction de l’Urbanisme.

À leur décharge, on doit observer que le voisinage ne semble pas outre mesure concerné par la situation. Au-delà de l’indignation brièvement manifestée sur les réseaux sociaux, les riverains du 1 rue de la Charbonnière qui en ont dénoncé sur tweeter la démolition en septembre 2019, du 6 rue Polonceau qui ont ironisé au même endroit sur les carrières d’architectes potentiellement brisées sur celles de gypse, ou du TEP de la Goutte d’Or dont on pourrait voir la fin annoncée, les voisins et passants n’ont à notre connaissance pas demandé la réouverture des dossiers.

Un mois après sa révélation sur le 6 rue Polonceau, six mois après ses billets sur le 1 rue de la Charbonnière et le 39 rue Myrha, Cavé Goutte d’Or reste apparemment seule sur le front administrativo-judiciaire, quand bien même plusieurs incohérences des dossiers présentés dans ces billets mériteraient l’attention des riverains ou associations d’habitants, – pourquoi pas de l’Atelier urbain de la Goutte d’Or récemment créé à l’initiative de Cavé Goutte d’Or et d’ASA-PNE, ou d’Action Barbès, dont le président avait posté un tweet très efficace sur son compte personnel à propos du 39 rue Myrha.

Dans son billet du 27 octobre 2019 sur cette adresse, Cavé Goutte d’Or, qui a annoncé en avril 2018 déjà son retrait programmé du front juridico-administratif et son souhait de voir les habitants s’approprier ce type de contestation (ici pour mémoire), a analysé le succès de la conversation lancée sur tweeter par Jean-Raphaël Bourge et s’est interrogée sur l’absence de combat juridique révélée en creux par ce succès. À l’opposition éventuelle qu’elle évoquait entre indignation humanitaire et action judiciaire, ses amis de la coopérative d’habitat Coopmune de Paris, qui ont rejoint depuis L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, ont souligné que les deux étaient nécessaires et il convient sans doute aujourd’hui de s’en convaincre.

Réseaux sociaux ET action juridique

À gauche, le tweet de Jean-Raphaël Bourge du 22 octobre 2019 qui a suscité une riche conversation autour de la démolition du 39 rue Myrha. À droite en bas, celui de Cavé Goutte d’Or du 27 octobre 2019 qui saluait ce succès et s’interrogeait sur l’absence d’un débat juridique aussi fructueux (notre billet du 27 octobre 2019). À droite en haut, celui de Coopmune qui encourageait les deux voies de contestation. Agrandir l’image.

Une voisine du 39 rue Myrha disait récemment à Cavé Goutte d’Or qu’elle déménagerait si ce petit édifice, dont la Commission du Vieux Paris avait tenté d’éviter la démolition le 26 avril 2018 encore (ici pour mémoire), devait disparaitre et laisser la place aux murs sans âme d’un cube de la RIVP. Avec la réunion de quelques bonnes volontés, elle pourra peut-être rester quelques années encore.

D’autant que Jean-Louis Missika et Michel Neyreneuf ont annoncé qu’ils ne se représentaient pas à la tête de l’Urbanisme parisien et du 18e arrondissement.

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