Petit bras

Trump à l’ONU : Pas un mot pour la Goutte d’Or !

  • Le célèbre quartier en politique de la ville depuis 33 ans ne suscite aucune compassion de l’homme fort de la Maison Blanche.

Même sous la grande H qui la menace (ici sur le carrefour Myrha/Affre),…

… la Goutte d’Or en ZUS depuis 33 ans et ZSP depuis 5 ans n’a pas ébranlé la confiance du président américain dans l’ordre du monde (Crédit image : scoopnest.com).

Quand bien même les réseaux sociaux relayaient lundi les difficultés de son collègue français Emmanuel Macron – qui a dû, ce week-end, dépêcher rien moins que Stéphane Bern sur le front du patrimoine historique, social, architectural de la Goutte d’Or pour contrer la poussée d’une fronde communarde sur le quartier -, Donald Trump n’en a eu, à l’ONU, que pour les très convenus Venezuela, Corée du Nord, Syrie…

Les mises en garde n’avaient pourtant pas manqué, allant jusqu’à viser cet été le président français en personne sur les vestiges de l’ancien temple nazaréen privé de son Na (photo ci-contre qui a suscité l’émoi sur le compte Facebook de Cavé Goutte d’Or).

Le patron de La Table ouverte, défricheur bien connu du quartier où il est né et où il déplace sa pétanque de points stratégiques en points stratégiques, de l’ancien Démol aux carrefours Myrha/Léon et Polonceau/Poissonniers, devait même, dès dimanche soir, déclarer sur Facebook que le secteur Goutte d’Or n’existait plus depuis 1984 lorsqu’il est entré en quartier Politique de la ville (post du 17 septembre 2017 ci-dessous) :

1984 : Naguère est déclaré

Après SOS Paris, dont le bulletin n° 100 a consacré cet été deux pages à une sévère critique de la Politique de la ville qui, dans la Goutte d’Or, a volontairement détruit un patrimoine volontairement méconnu, ou l’a volontairement méconnu pour mieux le détruire, la fronde semble interpeler les plus sceptiques, comme en témoigne l’échange qu’on peut lire ici.

Selon les uns, les tags ne sont assurément pas du quartier ; d’autres en sont moins sûrs ; d’autres encore regrettent que les tags souillent les murs, ou suggèrent qu’ils seraient de ceux qui s’en plaignent: « Ouais, après les mêmes mecs vont pleurer que les quartiers populaires sont dégradés ». Les échanges se poursuivent aussi sur la page facebook de SOS Paris, qui évoque « le cas emblématique de la Goutte d’Or » au titre des « quartiers parisiens en péril ».

Été chaud sur le carrefour Myrha/Léon.

Quoi qu’il en soit de ces éventuelles « dégradations éphémères » (les tags), la dégradation du quartier poursuivie par les architectes des bâtiments de France et la direction de l’Urbanisme des  Mairies de Paris et du 18ème suit son train et, si les constructions sont éphémères aussi (cf. le bon mot de Monsieur Vaillant : « La Goutte d’Or sud a très mal vieilli »), elles durent cependant plus que le temps d’un tag.

Le futur Paris Music Factory sur ses gardes.

Louise Michel :
un mirage à 360° ?

Rien ne semble pouvoir arrêter la fronde actuellement… en marche… sur le quartier, et nos amis du 360 Paris Music Factory, dont Cavé Goutte d’Or avait présenté le projet dans la Paris Xérographes Factory tout à côté (lire ici pour mémoire) semblent également en faire les frais, eux qui déjà avait dû poser leur première pierre hors les murs l’automne passé (relégués à la Salle Barbara, en grandes pompes il est vrai), eux dont on dit qu’ils auront la dalle ce week-end, se font doublés par la boutique du coin d’en face qui annonce : « Pas là, la musique, pas là! »

 

35, rue Myrha face à la prochaine 360 Paris Music Factory.

Bientôt sur le blog : PALA L’ABF, PALA.

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Dédain

Journées du patrimoine : l’école Saint Bernard tourne le dos à l’église Saint Bernard

  • La contribution de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie aux Journées européennes du patrimoine dédiées au jeune public : priver les écoliers de Saint Bernard du patrimoine de Saint Bernard.
  • Les associations SOS Paris et Cavé Goutte d’Or mobilisées ce week-end en prévision de la clôture de l’instruction devant la Cour administrative d’appel le lundi 18 septembre.

Crédit photo : OGEC Saint Bernard Sainte Marie (Mémoire en défense devant la Cour administrative d’appel, septembre 2017).

On savait que l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie se moquait de l’environnement dans lequel il prétendait pouvoir agrandir l’école Saint Bernard, environnement qualifié par l’APUR d’« espace urbain exceptionnel ».

Après l’avoir contesté sur plan, on découvre sur pièce le choix architectural de l’OGEC (acronyme d’« Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique ») consistant à placer l’extension de l’école Saint Bernard dos à la rue, avec un rez-de-chaussée entièrement aveugle, contrairement à l’article UG 11.1.4 qui prescrit :

  • « Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possibles en évitant l’implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service…) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l’affichage ou la mise en œuvre de graffitis ».

Les étudiants en architecture de l’Université de Hong Kong découvre l’extension de l’école Saint Bernard le 12 juillet 2017 (voir notre Humeur du 17 juillet 2017).

Les croquis dits « d’insertion » déposés à l’appui du permis montraient bien un rez-de-chaussée entièrement bétonné et aveugle (voir sur le blog). On observe que, parmi les multiples erreurs déjà signalées sur le blog, l’OGEC évoque une improbable « rue Saint Bernard » dans les documents officiels présentés à l’administration qui ne connait pas mieux le quartier que le pétitionnaire (voir sur ce point notre billet du 17 septembre 2017 en page Défense du quartier).

La réalité dépasse l’affliction.

Les abords de l’école Saint Bernard

Pour ce qui est des perspectives monumentales, l’OGEC propose une analyse littéralement renversante dans le mémoire en défense qu’il a déposé le 6 septembre en prévision de la clôture de l’instruction fixée à ce lundi 18 septembre 2017.

L’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique Saint Bernard-Sainte Marie se soucie en effet des perspectives qui s’ouvrent sur l’école depuis l’église comme pour mieux montrer que celles qu’on a sur le monument historique ne sont pas sa préoccupation.

Sur ce point, l’OGEC va jusqu’à produire en défense devant la Cour administrative d’appel la photographie qui illustre ce billet et montre son œuvre vue depuis l’abside de l’église Saint Bernard (photo ci-dessus) alors que , suivant celle du maire de Paris en 2012, la contestation des associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris démontre, par une vue qu’on a sur l’abside et non depuis l’abside, que le monument historique est amputé par l’édifice nouveau d’une partie majeure des perspectives qu’on peut en avoir (photos ci-dessous).

En dépit du fait avéré que l’abside – plus précisément « le chevet et la chapelle de la vierge » (page 38 de l’ouvrage de Joseph Garin, L’Église de Saint-Bernard, Description avec illustrations et plan, 1933, 2011) – sont coupés à la vue du public, l’OGEC pense pouvoir soutenir, dans son mémoire en défense, qu’« il ressort clairement (des photographies produites) que (l’extension) ne porte aucune atteinte aux perspectives monumentales de l’église ».

L’OGEC en arrive à prétendre devant la Cour qu’il respecte les lieux avoisinants dès lors qu’il respecte les gabarits et la hauteur de l’ancien bâtiment de l’école, méconnaissant ainsi que c’est précisément en construisant dans la cour de l’école – cour offrant un espace libre de construction, « une respiration intéressante dans le paysage urbain » (Rapport de présentation du PLU, page 63) devant être protégé au titre de l’article 13 du PLU – qu’il porte atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, au paysage naturel et urbain, à la conservation des perspectives monumentales.

L’accord fautif de la Mairie de Paris

Dans le mémoire commun qu’elles ont déposé devant la Cour administrative d’appel de Paris le 16 septembre 2017, les associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris soutiennent que les éléments de paysage amputés par la construction de l’OGEC constituent une partie majeure du monument historique et qu’ainsi une atteinte violente est portée aux abords du monument quand bien même, précisément, « le principal mérite de l’édifice est la variété et l’animation de son volume extérieur », comme le pose le PLU lui-même dans son annexe sur les protections patrimoniales :

Les associations soutiennent que la Mairie de Paris a ainsi fautivement manqué à ses obligations de protection de l’« espace urbain d’intérêt exceptionnel » autour d’un « édifice de qualité exceptionnelle » que lui avait décrit l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) :

  • « Dès la deuxième tentative de l’OGEC de porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, comme le lui reprochait le maire en refusant le projet en mars 2012, la Ville devait prendre elle-même l’initiative de créer un espace libre protégé (ELP) sur la parcelle sur laquelle l’OGEC prétendait pouvoir construire », écrivent SOS Paris et Cavé Goutte d’Or dans leur mémoire en réplique.

Le PLU le prévoit expressément et l’impose en pareil cas, comme le soutiennent les associations :

  • « En application de l’article UG.13 du règlement du PLU de Paris aux termes duquel, ‘afin de préserver le paysage urbain parisien, d’améliorer la qualité de vie des habitants, de sauvegarder et développer le biotope, il convient d’apporter un soin tout particulier au traitement des espaces libres (…)’, la Ville devait en effet faire usage de l’article L.151.19 du code de l’urbanisme qui stipule pour sa part : ‘(Le PLU) peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d’ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration (…)’ ».

Les écoles à l’honneur
des Journées du patrimoine 2017

Vers une séance de rattrapage
pour les écoliers de Saint Bernard

Lire en page Défense du quartier : « L’organisme qui exploite l’école Saint Bernard ignore le quartier autant qu’il en ignore la patrimoine ».

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« Petit patrimoine »

Stéphane Bern au chevet de la Goutte d’Or ?

  • Abords de l’église Saint Bernard, Rue Boris Vian, Lavoir moderne parisien, Entrepôts SNCF-Ordener… : du pain sur la planche (savonneuse ?) offerte par le président de la République à l’animateur de France II.

Crédit image : Ludovic Marin (AFP) 16 septembre 2017.

Selon Le Parisien du 16 septembre 2017, ce serait « le petit patrimoine » que le chef de l’État avait en tête lorsqu’il a confié une mission de recensement et de réflexion à Stéphane Bern :

  • « Profitant des Journées du patrimoine, Emmanuel Macron a décidé de confier une mission à l’animateur de France 2. Celle-ci portera en particulier sur le petit patrimoine en péril : ‘Je vais confier à Stéphane Bern une mission pour recenser notre patrimoine culturel qui n’est pas en état et réfléchir à des moyens innovants de financer ces restaurations, dans les mois et années qui viennent’, a précisé le chef de l’État ce samedi ».

« Quand l’État vous le demande, vous le faites, c’est tout », aurait réagi Stéphane Bern en indiquant qu’un premier rapport était prévu dans six mois. L’animateur aurait même précisé qu’il s’agissait de « recenser les chefs d’œuvre en péril, comme cela avait été fait par un illustre prédécesseur au XIXe siècle, Prosper Mérimée, et de trouver de nouveaux moyens de financement, sans surcharger le budget de l’État ».

Le quartier de la Goutte d’Or n’a sans doute pas rang de chef d’œuvre en péril, même si l’un de ses édifices majeurs, l’église Saint Bernard, a les honneurs de la « Base Mérimée » qui réunit, sous l’égide du ministère de la Culture, les fiches des immeubles protégés au titre des monuments historiques.

La Commune dans la rue ? (Photo CGO, 20 juillet 2017).

Mais il semble que le président de la République, malmené cet été sur le carrefour Léon/Myrha comme en témoigne le graffiti ci-contre, vite recouvert par les Services de la propreté dont on sait qu’ils sont surmenés sur ce carrefour (notre billet du 2 septembre 2012), ait senti le vent de la fronde venir et voulu le contrer par une mission digne d’un quartier que les politiques en même temps de droite et en même temps de gauche n’ont pas réussi à complètement détruire par trente années de zones urbaines  sensibles et de zones en même temps de sécurité.

Les abords de l’église Saint Bernard, la rue Boris Vian, le LMP, les entrepôts SNCF/Ordener… bientôt sur la table du chargé de mission ?

De la Base Mérimée
à la Base Bern

Devant l’immodestie des politiques, aménageurs et architectes qui ont détruit la Goutte d’Or Sud de 1984 à 2004 (Charbonnière, Chartres, Fleury, Goutte d’Or) : lire l’étude de Violette Roland dans le bulletin n° 100 de SOS Paris ; devant l’immodestie des politiques, aménageurs et architectes qui s’occupent, depuis, de la Goutte d’Or Nord et actuellement de ses angles restants (angles Myrha/Affre, Cavé/Stephenson, Saint Bruno/Pierre L’Ermite) : lire « Les trois dans leurs bottes » ; devant surtout l’immodestie des Mairies de Paris et du 18ème arrondissement, des instructeurs de la direction de l’Urbanisme et des architectes des bâtiments de France qui s’acharnent à méconnaître la Base Mérimée dans la Goutte d’Or, l’ABF allant jusqu’à mélanger ses fiches et confondre le marché de l’Olive et l’église Saint Bernard, on ne fera pas à Stéphane Bern un procès en immodestie du fait qu’il évoque « un illustre prédécesseur » en la personne de Prosper Mérimée. Et, dans les six premiers mois que s’est donné le nouveau chargé de mission du président de la République, Cavé Goutte d’Or réunira les projets à soumettre à son attention.

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À plates coutures

Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design affrontent (presque) la Goutte d’Or des ABF

  • Sous le délicieux label « Barbès Tendresse », l’édition 2017 de la Paris Design Week ouvre les portes des ateliers de la Goutte d’Or à « la promesse d’une rentrée professionnelle riche en douces et sympathiques surprises ».
  • La formule se veut-elle une invitation aux Architectes des bâtiments de France de rester en dehors de la manifestation ?

Sur la carte des Gouttes d’Or de la Mode et du Design (parcours en rouge), ajout des huit points chauds créés par la direction de l’Urbanisme et les architectes des bâtiments de France dans les années 2010-2017 (points 1 à 6) et 1990 (points 7 et 8). Photomontage de Cavé Goutte d’Or (septembre 2017).

Suite à la dernière avanie des ABF découverte à ce jour, consistant à évoquer le marché de l’Olive (Marx-Dormoy) en lieu et place de l’église Saint Bernard (Goutte d’Or) – tous deux de l’architecte Auguste-Joseph Magne et tous deux protégés au titre des monuments historiques (voir notre billet du 4 septembre) -, le front semble se rapprocher dans la guerre (d’usure en tous cas) que l’un des principaux garants du patrimoine semble vouloir mener aux  habitants du quartier qui, depuis novembre 2012 (date de l’inscription de l’église Saint Bernard ensuite classée en juin 2015), voient les avis de l’ABF révéler ce que le Tribunal administratif lui-même a désigné, sur l’angle Myrha/Affre investi par le bailleur social Batigère, de « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments France » (lire le jugement du 26 novembre 2015).

Le photomontage que nous proposons ci-dessus à nos lecteurs montre que l’étau se resserre. La question est de savoir s’il se resserre sur les ABF au profit de la Goutte d’Or ou sur la Goutte d’Or au profit des ABF. Qui en effet, de l’hyperbolique « Barbès Tendresse » (pour le dire comme la Paris Design Week) ou de l’elliptique « Avis conforme » (comme on persiste à appeler, à la Goutte d’Or, le « défaut d’examen complet et sérieux » d’un dossier par l’ABF) l’emportera ?

Oxymore hyperbolique ? Antiphrase programmatique ?

N’y va-t-il pas du quartier et de « la place dans le quartier », pour reprendre et redonner vie à l’expression des experts architectes et urbanistes qui dénoncent depuis les années 1980 l’installation forcée d’« une architecture agressivement en rupture », une architecture pas forcément inintéressante, « une architecture sans doute correcte dans une ville nouvelle » précisent-ils, « mais qui n’a pas sa place dans ce quartier de Paris ».

Sa place
dans le quartier ?

Qui gagnera le combat que des architectes et urbanistes de renom, auteurs du livre La Goutte d’Or Faubourg de Paris, avaient en effet identifié, dès les années 1980-1990, comme celui qu’aurait à mener le quartier pour préserver « un caractère d’homogénéité remarquable, un espace urbain cohérent d’intérêt élevé » des atteintes qui pourraient lui être portées au nom de sa rénovation et de « l’indifférence pour la problématique d’intégration des immeubles neufs dans le tissu urbain ancien » :

  • « Le plan soumis à enquête publique sacrifie presque systématiquement les immeubles d’angle », regrettaient en 1984 les experts qui se penchaient sur le projet de destruction de la Goute d’Or Sud.
  • « Il faut évidemment veiller à préserver les immeubles d’angle ou, en cas d’absolue nécessité, prévoir leur reconstruction à l’identique, dans la même architecture que celle donnant au quartier ses caractéristiques début 19e siècle », avertissaient-ils.
  • « Des ensembles aux qualités architecturales évidentes sont sacrifiées d’une manière irrationnelle », pointaient-ils encore en évoquant l’angle des rues Charbonnière et de la Goutte d’Or (illustration ci-dessous) formant place avec les rues Pierre L’Ermite, Polonceau et de Jessaint, carrefour aujourd’hui si difficile que la Mairie cherche à lui donner le nom d’un personnage féminin, – idée étrange, très programmatique aussi, énoncée par les Mairies de Paris et du 18e arrondissement le 22 novembre 2016 lors de la présentation publique du projet de requalification du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or.

L’angle des rues Charbonnière et de la Goutte d’Or en 1909. À droite, les maisons situées à l’emplacement de ce que les auteurs de La Goutte d’Or Faubourg de Paris appellent « l’actuelle place plantée » (page 270).

Les points soulevés par les experts cités (*) ne relevaient pas d’un luxe esthétique inapproprié (ou d’une attention « obsessionnelle » au patrimoine, comme le plaide peu élégamment l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie contre Cavé Goutte d’Or qui critique  l’extension de l’école Saint Bernard au mépris du monument historique sur lequel elle prétend plonger légalement). Ils n’étaient pas éloignés des préoccupations des habitants qui avaient même précédé et suscité l’attention des experts dans une campagne de défense du quartier qu’a rappelée, au début de cet été dans les pages du bulletin de SOS Paris reprises ici, une habitante militante de la Goutte d’Or dans les années 1980.

Les experts étaient en effet en phase avec Paris-Goutte d’Or, l’association d’habitants qui tentait, à l’époque, d’empêcher la destruction du quartier :

  • « Les rues présentant un espace urbain cohérent d’intérêt élevé (Gardes, Goutte d’Or, Chartres, Charbonnière, Polonceau) sont celles dont il ne restera presque plus rien après l’application du plan de la Mairie », écrivait en 1984, peu avant de se ranger aux côtés des destructeurs du quartier, l’association Paris-Goutte d’Or dans les pages désormais vintage de son journal (lire les bonnes feuilles ; télécharger le numéro).

Mais en dépit de l’avertissement d’experts reconnus, en dépit du souhait des habitants représentés alors par une association qui, si elle a bifurqué en 1993, a toujours pignon sur rue (Paris-Goutte d’Or organise notamment le vide grenier du quartier en mai), en dépit encore de l’échec avéré de l’opération Goutte d’Or Sud (qui a « très mal vieilli », disait Monsieur Vaillant, et dont la requalification actuelle peine manifestement à prendre forme, disent les palissades annonçant « un (nouvel) embellissement »), la Ville et les ABF ont, de concert, offert la plupart des angles de l’opération Château Rouge aux projets « agressivement en rupture » avec le tissu ambiant, – la plupart seulement, car toutes les ruptures ne sont bien sûr pas agressives (le blog a par exemple déjà salué « la belle proue de l’angle Myrha/Poissonniers » dans son billet du 29 mai 2017).

Des likes pleins de tendresses

Bonne chance et bonne semaine aux Gouttes d’Or de la Mode et du Design qui « aiment le 18ème et partagent leur savoir-faire, les bonnes adresses de leur quartier dans un esprit toujours aussi chaleureux et convivial ! » et annoncent sur leur site « une semaine full success ! du vendredi 8 au samedi 16 septembre de 14h à 19h ».

S’il y va de « la place dans le quartier ? » évoquée par les urbanistes et architectes de 1984, concept que nous explorons ici avec un solide point d’interrogation, il est utile à tous de voir chacun saisir l’occasion de la tenir, cette place, sa place, au besoin aux ABF et architectes ‘ville nouvelle’ de revendiquer la leur, et assurément aux Gouttes d’Or de la Mode et du Design d’investir et renforcer la sienne. D’autant que, hasard du calendrier, l’édition 2017 sera suivie immédiatement, les samedi 16 et dimanche 17 septembre prochains, des Journées du patrimoine, – sur lesquelles nous revenons dans un tout prochain billet.

  • Les experts cités
(*) Pour mémoire, les auteurs de la communication et leurs leurs fonctions en juin 1984 : Bernard Huet, professeur d’architecture, Grand Prix de la critique architecturale 1984, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Monique Mosser, historien au CNRS ; Daniel Rabreau, maître-assistant à l’Université Paris IV-Sorbonne, président du groupe Histoire, architecture et mentalités urbaines ; Maurice Culot, professeur d’urbanisme, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Philippe Panerai, architecte-urbaniste, professeur à l’École d’architecture de Versailles ; Bertrand Lemoine, architecte-ingénieur, chercheur au CNRS ; François Loyer, historien, maître-assistant à l’Université de Haute-Bretagne, conseiller historique auprès de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR).
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Non bis in idem

L’ABF confond le marché de La Chapelle et l’église Saint Bernard (de La Chapelle aussi)

  • Les deux monuments historiques sont du même architecte Auguste-Joseph Magne et portent tous les deux le mot « Chapelle » dans leur nom : il n’en fallait pas davantage à l’architecte des bâtiments de France affecté à La Goutte d’Or pour les confondre.
  • Cette nouvelle erreur grossière sur le difficile carrefour des rues Myrha et Affre relance la question de la responsabilité de l’État et de la Ville dans le défaut de contrôle d’un des présumés garants du patrimoine.
  • Déjà annulé en 2015 par le Tribunal administratif pour « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France », le permis de construire accordé à Batigère se voit à nouveau fragilisé.

Les deux monuments historiques sont du même architecte Auguste Magne et portent tous les deux le mot chapelle dans leur nom : il n’en fallait pas davantage à l’ABF pour les confondre.

Transposé au cas (désespéré ?) de l’architecte des bâtiments de France sévissant autour de l’église Saint Bernard, monument historique classé, le vieux principe de droit romain « non bis in idem », d’après lequel nul ne peut être poursuivi ou puni deux fois à raison des mêmes faits, semble jouer comme une impunité générale, – sauf à le renverser. Renverser le principe ou renverser l’ABF, là est la question.

Un cas d’école

L’ABF qui a donné son feu vert et son blanc-seing au projet d’immeuble censé occuper l’angle des 7 rue Myrha et 32 rue Affre (ci-dessous à gauche) a aussi donné son feu vert et son blanc-seing au ravalement de l’angle des 9 rue Myrha et 21 rue Affre (ci-dessous à droite). Ironiquement, il l’a fait pour le ravalement intérieur, côté cour, moins susceptible d’être en co-visibilité avec le monument historique que ne l’était le ravalement extérieur, côté rue, qui n’a apparemment suscité qu’une non-opposition tacite.

Le 7 rue Myrha en construction.

Le 9 rue Myrha ravalé.

 

 

 

 

 

 

Le projet de ravalement de la façade des 9 Myrha/21 Affre semble en effet n’avoir pas agité la direction de l’Urbanisme et celle des ABF, et ce serait presque tant mieux quand on observe les ravages de la paire sur la majorité des adresses où elle sévit dans la Goutte d’Or.

Un nouvel exemple de « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France » ? L’avis en format pdf.

La dernière découverte de Cavé Goutte d’Or qui, au nom de la suspicion légitime, avait demandé sans succès en février 2014 déjà le dépaysement de ces fonctionnaires peu attentifs, réside dans un avis de l’ABF du 26 mars 2015 (voir ci-contre).

Ce document démontre une nouvelle fois l’impéritie du couple Direction de l’urbanisme/Architecte des bâtiments de France dans le quartier de la Goutte d’Or où il est manifestement possible d’évoquer sans se faire retoquer le marché de La Chapelle, au Nord-Est du carrefour des rues Marx-Dormoy et Ordener, en lieu et place de l’église Saint Bernard (de La Chapelle aussi, il est vrai), au cœur du quartier dont le dernier Hors-Série de Beaux-Arts vient de rappeler qu’elle en constituait « un élément moteur », « un pôle urbain majeur » (Lire sur le blog : « Les Beaux-Arts remettent l’église Saint Bernard au milieu du village de la Goutte d’Or »).

La raison de cette incroyable bévue est probablement dans le nom de l’architecte à l’origine des deux constructions. Le marché de La Chapelle et l’église Saint Bernard sont en effet du même Auguste-Joseph Magne (1816-1885) et figurent tous les deux dans la liste des monuments historiques protégés, le premier inscrit le 8 mars 1982, la seconde inscrite le 26 novembre 2012 et classée le 18 juin 2015. Cela fait beaucoup d’information à la fois pour l’ABF qui, déjà, avait omis à plusieurs reprises l’église Saint Bernard dans ses avis concernant l’école Saint Bernard, le projet Batigère de l’angle Affre/Myrha ou le CROUS de la rue Cavé, et on imagine l’attention, la tension, qui régnait au sein des ABF lors de l’examen du projet de ravalement du 9 rue Myrha, les collègues de Bénédicte Lorenzetto lui lançant amicalement : « Cette fois, t’oublies pas le MH à Magne ! », elle rétorquant : « Magne ? Charles Magne ? Celui qui a inventé l’école !? » – et hop, un bon mot en entraînant un autre, voilà le marché de La Chapelle promu au rang de « servitude liée au projet » du 9 rue Myrha, à la place de l’église Saint Bernard toute proche.

Promotion

Bénédicte Lorenzetto aussi, a été promue : l’architecte du patrimoine à qui la Goutte d’Or doit, notamment, les avis des 10 janvier 201221 décembre 2012 et 9 octobre 2014 qui ont laissé passer ou fait passer l’école Saint Bernard (toujours ce sacré Charles Magne !), celui du CROUS qui, le 29 janvier 2013, omettait encore le monument historique de la Goutte d’Or en ne considérant que les Bouffes du Nord, celui du 25 novembre 2014 sur le projet Batigère des 5-7 rue Myrha qui a valu à l’ABF la douloureuse sentence du Tribunal administratif pour « défaut d’examen complet et sérieux du dossier », a en effet été « inscrite au tableau d’avancement pour le grade d’architecte et urbaniste de l’État en chef » par arrêté ministériel du 9 janvier 2017. Dans l’organigramme de la DRAC consulté ce 4 septembre 2017, Bénédicte Lorenzetto occupe les fonctions de chef de service Architecture.

Des ABF sans doute moins expérimentés l’auront remplacée dans la Goutte d’Or, Goutte d’Or dont les experts Maurice Culot, François Loyer et autres regrettaient déjà, en 1984, qu’elle soit la proie « d’une architecture agressivement en rupture, une architecture sans doute correcte dans une ville nouvelle mais qui n’a pas sa place dans ce quartier de Paris » (voir notre étude sur les mises en garde de 1984 et l’article récent de Violette Roland paru dans le n° 100 du bulletin de SOS Paris [pages 19-20]).

Le projet d’angle Myrha/Affre fragilisé

Comme nous l’avons vu dans nos précédents billets sur le projet de Batigère à l’angle des rues Myrha et Affre, le bailleur social dont on a souligné qu’il prenait soin de réhabiliter le 5 rue Myrha dans les limites qu’il s’est imposées (renonçant à sauvegarder l’escalier et le rez-de-chaussée) pense pouvoir construire sans obstacle juridique le bâtiment d’angle lui-même, au motif que l’ABF aurait validé le projet, – demeuré pour sa part identique à celui qui avait été annulé au motif, précisément, d’un « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France » (lire le jugement pour mémoire).

Révélées par l’avis donné sur l’immeuble immédiatement en face, les circonstances dans lesquelles l’ABF pourrait avoir émis son avis sur le projet Batigère n’assurent pas, tant s’en faut, que cet avis-là aura été précédé d’un examen complet et sérieux du dossier.

Une ordonnance de clôture d’instruction a été prononcée pour le 29 septembre prochain.

La fiche MH du marché de la Chapelle
La fiche MH de l’église Saint Bernard
La page Wikipédia d’Auguste-Joseph Magne.

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Histoire

L’été reste, sur sa fin

  • On le croyait fini, l’été à Paris, depuis le début du mois d’août.
  • Il se prolonge un peu. L’occasion de lire ou relire dans une version mise à jour, les études sur l’histoire des rues de la Goutte d’Or que nous avions découvertes sur le blog du 28 rue Affre et que le blog d’Action Barbès poste tout l’été.

Le blog du 28 rue Affre (« Histoire ordinaire d’un immeuble dans le quartier de la Goutte d’Or ») n’a pas mis la clé sous la porte pendant les travaux monumentaux qui se déroulent sur son flanc nord, à l’angle des rues Affre et Myrha, angle que nos lecteurs connaissent bien pour y suivre depuis quelques années les projets de restauration et construction qui s’y développent. Le dernier billet en date du 28 rue Affre a été posté le 21 juillet et concerne le pont Marcadet.

L’auteur, Jean-Raphaël Bourge, a également posté sur son blog des études concernant l’histoire des rues de la Goutte d’Or, qui sont aujourd’hui hébergées sur le blog d’Action Barbès pour l’été.

Dans celle qui est postée aujourd’hui 21 août, Jean-Raphaël Bourge explore la rue Myrha et évoque naturellement le 5 de la rue : « Bel immeuble locatif de style Louis-Philippe datant du début des années 1840, en cours de restauration/transformation » (photo ci-contre).

On sait que l’édifice est en effet l’objet de toutes les attentions : d’abord de la Commission du Vieux Paris, puis de Cavé Goutte d’Or et de la Commission régionale du patrimoine et des sites (lire ici pour mémoire), aujourd’hui de la société Batigère, qui a choisi la restauration de ce qu’elle conservait, renonçant hélas au rez-de-chaussée, à l’escalier central et, plus encore, à l’immeuble d’angle (lire ici pour mémoire). Jean-Raphaël Bourge a d’ailleurs participé, en voisin et en représentant d’Action Barbès notamment, aux entretiens que Batigère a pris l’initiative de mener avec Cavé Goutte d’Or de septembre 2016 à juillet 2017, et fait quelques propositions qui n’ont hélas pas toutes été retenues quant à l’économie du projet (son organisation) et la construction nouvelle qui jouxtera l’édifice restauré et transformé.

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Tristes tropismes

Batigère les affaires courantes

  • Au terme d’une année d’aimables entretiens avec Cavé Goutte d’Or et quelques-uns de ses conseils et amis, le bailleur social qui opère à l’angle des rues Affre et Myrha cède à l’en même temps du temps en protégeant d’un côté le patrimoine du 5 rue Myrha et en abandonnant de l’autre l’angle des deux rues à l’architecture identifiée par le groupe d’experts Culot, Loyer et autres comme n’ayant « pas sa place dans ce quartier de Paris ».
  • Le quartier en reste coi, l’ABF rit jaune et le Tribunal administratif siffle la clôture (de l’instruction) avant même que la Mairie et Batigère n’aient répondu au recours de Cavé Goutte d’Or.

L’angle Myrha/Affre construit à marche forcée (Photo CGO, 14 août 2017).

À l’invitation de la société Batigère, unique bailleur du quartier à avoir pris cette initiative à l’égard de Cavé Goutte d’Or, plusieurs rencontres de haute tenue ont eu lieu de septembre 2016 à juillet 2017, réunissant des représentants du constructeur et de l’association autour d’architectes tous terrains, d’historiens de l’architecture et architectes du patrimoine, d’habitants et riverains pour examiner les griefs formulés par Cavé Goutte d’Or dans son opposition au permis de construire, d’une part, les contingences imposées au bâtisseur social par la Ville et l’État (i.e. la « Politique de la ville »), la SEMAEST (société d’économie mixte de la Ville de Paris, spécialisée dans « l’animation économique des quartiers ») et l’architecte du projet, d’autre part.

Pour sympathiques qu’ils aient été, les entretiens de Batigère ont fait Pschitt ! et même P’chuut ! puisque, en dépit d’un calendrier qui devait voir le bailleur social répondre en semaine 29 aux propositions de l’association et de riverains attentifs à son projet, les grandes vacances ont englouti, sinon le chantier qui fonctionne quasi-H24, du moins la communication annoncée, – en attendant peut-être les journées européennes du patrimoine de la mi-septembre, dont il fut évoqué qu’elles pourraient réunir une nouvelle fois l’aréopage distingué autour des soins portés au 5 rue Myrha, mais n’aborderaient pas la question de l’angle des rues Myrha et Affre.

Or, la communication devait précisément porter sur la partie construction nouvelle du projet, non sur sa partie réhabilitation patrimoniale.

La double face du projet

Le 5 rue Myrha sous haute protection (ici vu du 8 rue Cavé – CGO 26 juin 2017).

Le projet comporte en effet une partie réhabilitation concernant le 5 rue Myrha et une partie construction en lieu et place de l’ancien bâtiment d’angle des 7 rue Myrha et 32 rue Affre (un temps suivi par la Commission du Vieux Paris), et du 30 rue Affre (voué de longue date à la démolition). La partie réhabilitation du projet s’est révélée plutôt consensuelle, la partie construction rencontre toujours de sérieuses critiques.

L’enjeu n’est donc pas seulement le sauvetage de l’édifice Louis-Philippe du 5 rue Myrha, dont la société Batigère a en effet montré qu’elle y prêtait la plus grande attention, notamment lors d’une visite du chantier organisée le 17 juillet dernier avec Cavé Goutte d’Or, les architectes du projet, l’architecte du patrimoine Florent Tesnier qui avait défendu le classement de l’immeuble devant la Commission régionale du patrimoine et des sites le 20 novembre 2012, un représentant d’Action Barbès et des riverains proches.

Angle Myrha/Affre (2012 et 2016).

L’enjeu est aussi dans la construction d’angle, demeurée intacte à l’affichage qui en est proposé depuis plusieurs années : on se souvient en effet que le projet de 2012 a été retoqué une première fois par le Tribunal administratif en novembre 2015 et a été représenté à l’identique en juin 2016. S’ils ont mis en lumière les efforts du bailleur social pour restaurer l’édifice Louis-Philippe, les entretiens de Batigère se sont ainsi révélés peu efficaces sur l’angle au regard de l’ambitieux projet qu’aurait souhaité porter Cavé Goutte d’Or dans les pas des experts Maurice Culot, François Loyer et autres qui ne cessent – depuis trente ans, faut-il rappeler ! – de mettre en garde la Ville et les promoteurs immobiliers contre une architecture qui « n’a pas sa place dans ce quartier ».

La réalité du terrain

Une fois posé que « le tissu urbain de la Goutte d’Or présente un caractère d’homogénéité remarquable souligné dans l’étude de l’APUR » – étude que nous avons présentée ici et que les constructeurs tentent de mettre à l’écart partout où elle leur est rappelée, la Mairie de Paris allant jusqu’à en mettre en doute l’existence -, les experts qui alertaient en 1984 la Commission d’enquête publique sur la rénovation et la réhabilitation de la Goutte d’Or, commission dont le silence d’alors continue de faire des ravages aujourd’hui, ont regretté que les projets architecturaux « ne tiennent pas compte de la réalité du terrain », « mettent en cause la nature même du quartier (…) dont ils s’écartent radicalement », témoignent d’une « connaissance insuffisante des caractéristiques urbaines et architecturales ».

Et de mettre le doigt sur les angles :

  • « Si l’on prétend assurer une cohérence satisfaisante des constructions nouvelles avec le tissu urbain ancien sans modifier d’une façon sensible les traits généraux du quartier, il faut évidemment veiller à préserver les immeubles d’angle ou, en cas d’absolue nécessité, prévoir leur reconstruction à l’identique et dans la même architecture que celle donnant au quartier ses caractéristiques dominantes ».

Pour mémoire, l’ancien immeuble d’angle des 7 Myrha et 32 Affre, presque jumeau de celui des 9 Myrha et 21 Affre conservé et récemment ravalé, avait aussi été l’objet d’attentions de la part de la Commission du Vieux Paris qui avait finalement consenti à sa démolition contre l’assurance de voir le 5 rue Myrha conservé et réhabilité.

Depuis lors, la tension demeure entre réhabilitation du 5 et abandon du 7, au risque de voir l’abandon du 7 porter préjudice à la réhabilitation du 5, – comme Cavé Goutte d’Or le craint depuis plusieurs années et comme le résultat des atermoiements sur cette parcelle (en réalité réunion irrégulière de trois parcelles) le laisse aujourd’hui percevoir. En renonçant à la protection du 7 rue Myrha, la Commission du Vieux Paris semble avoir, bien malgré elle, entraîné un surinvestissement d’attentions en faveur du 5 qui a conduit à l’abandon de tout contrôle sur ce qui pourrait advenir de l’angle du 7.

Échanges de cinq à sept

L’ABF a été victime de ce mouvement avant d’en installer les effets et d’imposer son « défaut d’examen complet et sérieux du dossier ». Par trois fois, en effet, l’architecte des bâtiments de France a pensé faire correctement son travail en ne considérant du projet Batigère que la réhabilitation du 5 rue Myrha. Il a fallu trois avis successifs aveugles sur l’angle et la covisibilité avec l’église Saint Bernard, monument historique, et l’insistance de Cavé Goutte d’Or pour arriver, au terme d’une longue procédure devant le tribunal administratif, à faire admettre que l’ABF s’était focalisé sur l’immeuble à réhabiliter sans prendre en compte la construction nouvelle qui le jouxte et fait partie intégrante du projet.

On sait que, le 26 novembre 2015, le tribunal a annulé le permis en relevant « un défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France », les juges précisant que l’ABF « ne prenait pas en compte la problématique de la co-visibilité » (le jugement du 26 novembre 2015).

Selon Cavé Goutte d’Or, il en est de même de l’avis donné par l’ABF au projet de 2016.

La grue bientôt remplacée par un ascenseur (l’angle Myrha/Affre côté cour, photo CGO prise du 6 rue Cavé, 14 août 2017).

L’attention de Batigère pour le 5 reproduit le processus d’abandon du 7. Cela est vite ressorti des entretiens tenus de septembre 2016 à juillet 2017, culminant dans la visite précitée du 17 juillet lors de laquelle la frontière s’est révélée comme infranchissable entre le 5 et le 7 : les invités étaient là pour observer le travail sur le patrimoine ancien du 5, nullement pour émettre la moindre opinion sur le patrimoine futur du 7.

« On vous donne le 5, vous nous laissez le 7 » semble être le prix à payer pour la conservation de l’édifice Louis-Philippe, une préservation soignée mais limitée, l’escalier central disparaissant et le rez-de-chaussée étant sacrifié.

Couverture du livre, 1988. Photo Sophie Ristelhueber

Cela est bien sûr insatisfaisant : tant pour le 5 (qui reste « pris la masse » du 7, comme nous l’avions titré d’emblée en août 2013, avant même que le premier permis ne soit accordé) que pour le 7 dont Cavé Goutte d’Or persiste à penser qu’il suffirait de quelques modestes aménagements pour qu’il trouve « sa place dans le quartier », au sens où l’entendent Maurice Culot, François Loyer et autres grands noms de l’urbanisme, de l’architecture, de l’histoire de l’architecture, dont les propositions écartées n’ont hélas eu les honneurs que d’un beau livre, – beau livre culte, assurément, qu’on lit dans les écoles d’architecture, sans plus.

Les limites de l’exercice

Cavé Goutte d’Or salue ici la société Batigère autant pour son travail de restauration du 5 que pour son invitation à échanger avec l’association ailleurs qu’au Tribunal administratif. Où le dossier demeure néanmoins, car la restauration du 5 rue Myrha met le doigt sur l’incohérence dont souffre l’examen de ce dossier depuis le début, incohérence qui conduit tant d’observateurs (ABF, instructeurs du permis, commentateurs) à ne  porter attention qu’au patrimoine à préserver, laissant l’immeuble d’angle porter atteinte au tissu existant (dont l’immeuble préservé au premier rang), annulant d’une main le travail de l’autre.

Au travail minutieux et peu visible des restaurateurs s’oppose assurément le très visible immeuble d’angle. On retrouve ainsi, comme en miroir, l’aveuglement de l’ABF qui, à force de ne voir que le 5 et pas le 7, en arrive à imposer la vision du 7 par défaut : on ne verra que lui. L’avis inexistant de l’ABF demeure ainsi au cœur de la contestation du permis par Cavé Goutte d’Or : la clôture de l’instruction a été prononcée pour le 29 septembre 2017. Au jour de la publication de ce billet, ni la Ville de Paris (défendeur principal) ni la société Batigère (défendeur intervenant) n’avaient déposé de mémoire en réponse à celui de Cavé Goutte d’Or, enregistré le 23 décembre 2016 au Tribunal administratif de Paris.

Pour en savoir plus :

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