Justice à la Une

Couleur, justice et Goutte d’Or pour le N° 100 du bulletin de SOS Paris

  • Ironiquement, la Une de ce premier cent est consacrée au futur palais de justice de Paris-Batignolles, « socle surmonté d’une tour de 40 niveaux en trois gradins culminant à 160 mètres », et la page deux annonce : « Une seule solution pour empêcher les tours : les recours juridiques ».
  • Le N° 100 du bulletin de SOS Paris sort ce mois en quadrichromie et, parmi les nombreux sujets abordés, publie une étude sur « l’immeuble et l’espace urbain dans la Goutte d’Or ».

La Une du N° 100 du bulletin de SOS Paris, mai-juin-juillet 2017 (version pdf disponible ici).

« La hauteur de cet édifice emblématique le place parmi les repères monumentaux du ciel parisien », annonce le site Clichy Batignolles sur la page qu’il consacre au futur Tribunal de Paris. « Sa forme élancée dégage l’horizon, crée une ouverture visuelle sur Clichy et symbolise le lien entre Paris et sa proche banlieue », poursuit-il.

L’édifice conçu par l’agence Renzo Piano Building Workshop est également connu sous les noms de « Cité judiciaire de Paris » et d’EPPJP pour « Établissement Public du Palais de Justice de Paris », mais ce n’est pas dans ce tribunal de l’ordre judiciaire, « délibérément ouvert sur la ville, arborant 5.900 m2 de terrasses plantées étagées », comme le présente encore le site de Clichy Batignolles, que les autorisations d’urbanisme pourront être contestées. Le tribunal administratif reste rue de Jouy, la cour administrative d’appel rue François Miron, à proximité l’un et l’autre du siège de l’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique, comme nous l’avions déjà observé ici, et le combat de SOS Paris contre les tours se poursuit donc, pour ce qui est de sa dimension juridique, dans le 4ème arrondissement de la capitale.

On sait que SOS Paris ne combat pas que les tours de la capitale. Parmi ses nombreuses actions, figure son intervention aux côtés de Cavé Goutte d’Or dans la contestation du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard, monument historique protégé (lire ici). Dans son mémoire devant la Cour administrative d’appel de Paris, SOS Paris a également pris la défense de l’étude de l’APUR sur les qualités de l’architecture et de l’espace urbain dans la Goutte d’Or, étude commandée en 1979 et publiée en 1982, dont la Ville de Paris tente aujourd’hui de nier l’existence ou de réduire l’importance, entrainant les promoteurs immobiliers à ne voir aucun intérêt historique et architectural dans le quartier. On se souvient à cet égard de la sentencieuse observation des avocats de l’anonyme société Sefri-Cime Promotion, le constructeur qui a obtenu la parcelle de l’angle des rues Cavé et Stephenson pour un euro symbolique :

  • « D’emblée, répondent-ils aux arguments de Cavé Goutte d’Or sur le patrimoine architectural du quartier, il convient de préciser que le projet de SEFRI-CIME PROMOTION ne s’inscrit pas, comme le soutient (Cavé Goutte d’Or), dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles » (voir notre billet « Le droit dans les bottes »).

L’étude de l’APUR

En pages 19 et 20 de son N° 100, SOS Paris publie une réflexion de Violette Roland sur « L’immeuble et l’espace urbain dans la Goutte d’Or », sous titrée : « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu du quartier a été volontairement détruit ».

Le travail remarquable de François Loyer, que nous avons déjà présenté sur ce blog dans le contexte de la défense de l’église Saint Bernard, agressée par le projet d’extension de l’école Saint Bernard, n’avait assurément pas besoin d’être réhabilité aux yeux des experts et historiens qui connaissent les qualités de rigueur et de sérieux qui le caractérisent, mais sa mise en lumière aujourd’hui permet de revenir sur les conditions dans lesquelles il a été écarté au début des années 1980, et d’entamer une réflexion sur l’utilité qu’il pouvait y avoir alors à ne rien maintenir du patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud, pour mieux pouvoir, trente ans plus tard, laisser se poursuivre autour de l’église Saint-Bernard et dans les îlots haussmanniens des rues Cavé et Saint Luc, de Panama et de Suez, l’entreprise de démolition engagée dans les rues de la Goutte d’Or et de Chartres.

Le terrain aurait en effet été préparé lorsque les associations du quartier, à la tête desquelles Paris-Goutte d’Or, initialement créée pour empêcher sa destruction, ont dévié de ce but pour au contraire accompagner la destruction à compter de 1984. Le tournant est expliqué par son président d’alors, Michel Neyreneuf, devenu depuis adjoint au maire du 18e arrondissement chargé de l’Urbanisme, du Logement et de l’Architecture :

  • « Entre 1984 et 1993, on est passé d’une logique de lutte à une logique de partenariat », indique Michel Neyreneuf. « Est-ce que ça veut dire qu’on a mis au rancart un certain nombre de revendications ? Non. Il y a des choses qu’on a mises au rancart, c’est vrai », concède-t-il en cherchant ses mots, « mais pas forcément pour des raisons euh…, j’allais dire euh…, justement euh…, d’essayer euh… de faire euh… d’être bien avec la Ville ou la Préfecture ou avec qui vous voulez ». Ce qu’on a mis au rancart, c’est les questions architecturales, c’est-à-dire les questions esthétiques grosso modo (…). Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (Prêts locatifs aidés). Or, parmi nos revendications (les revendications de l’association Paris-Goutte d’Or), celle qui primait est que le quartier reste un quartier populaire » (écouter sur youtube).

Les enjeux juridiques
du renoncement

Les conséquences de ce renoncement sont évoquées dans l’article publié par SOS Paris, que nous encourageons nos lecteurs à lire et faire lire. D’autant que son auteur, habitante militante de la Goutte d’Or Sud lorsqu’elle participa au combat alors mené par l’association Paris-Goutte d’Or contre la démolition du quartier, analyse avec finesse la tentative de sauver ce patrimoine et met en relief la communication des sept experts d’urbanisme, d’architecture et de sciences sociales qui, le 26 juin 1984, ont solennellement interpellé la Commission chargée de l’enquête publique sur le plan de rénovation de la Goutte d’Or.

Cavé Goutte d’Or a déjà publié le rapport signé de sept experts* et en rappelle aujourd’hui les éléments les plus saillants :

  • Les arcades – « La création de rues piétonnes sous portiques est contestable à différents points de vue. Rappelons que nous ne sommes pas rue de Rivoli, mais bien dans un quartier populaire où la création de tronçons de rues sous portique créera des conditions d’insécurité et des discontinuités urbaines (…). L’usage de pilotis ne permet pas de conserver les caractéristiques architecturales et introduit un concept que l’on ne retrouve nulle part dans le quartier ».
  • Les escaliers – « La percée prévue au centre de l’îlot Goutte d’Or / Charbonnière / Chartres exige la démolition d’un édifice sur cour intéressant, crée des redents inutiles et modifie totalement la partie centrale de la composition en croix de saint André. La création d’un escalier public sous un édifice au centre de cet îlot pose la question de la sécurité et de l’entretien : si un passage doit absolument être trouvé à cet endroit, il peut être envisagé en utilisant la cour qui pourrait être connectée à travers l’édifice existant (…) ».

C’est ainsi volontairement, en effet, que la Ville et l’État ont, de concert, décidé la destruction dont les effets perdurent à ce jour, – les effets sociaux, patrimoniaux, économiques. Les journalistes ne le savent pas encore, mais les critères de la connaissance de cause s’appliquent ici au-delà de l’improbable tweet qui, à l’instar de celui qu’a découvert le JDD dans le « dossier Las Vegas », aurait averti tous les décideurs de l’époque :

  • « Commissaires d’enquête publique, maires, démolisseurs, associations, briefés par nos soins, ne font rien. Donc ils géreront aussi quand la Cour des comptes en demandera (des comptes), ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit » (Toute ressemblance … fortuite).

Encore faut-il que la Cour des comptes en demande, des comptes, sur la Goutte d’Or. Et que les habitants de la Goutte d’Or eux-mêmes se disent qu’ils pourraient en demander, des comptes, aux édiles et notables qui ont décidé de la destruction de leur quartier. La question est en filigrane de l’article de Violette Roland dans le bulletin de SOS Paris (Lire notre billet « La démolition de la Goutte d’Or revisitée » publié le 17 juillet 2017 dans notre page Défense du quartier).

  • Lire aussi en page Humeur : L’école Saint Bernard déshabillée pour l’été (un groupe  d’étudiants en architecture de l’Université de Hong Kong assiste à l’enlèvement des échafaudages de chantier en attendant de suivre, à la Cour administrative d’appel de Paris, les échafaudages juridiques de l’OGEC pour justifier une construction interdite par un arrêté toujours en vigueur).
* Les auteurs et leurs fonctions en juin 1984 : Bernard Huet, professeur d’architecture, Grand Prix de la critique architecturale 1984, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Monique Mosser, historien au CNRS ; Daniel Rabreau, maître-assistant à l’Université Paris IV-Sorbonne, président du groupe Histoire, architecture et mentalités urbaines ; Maurice Culot, professeur d’urbanisme, membre de la Commission supérieure des monuments historiques ; Philippe Panerai, architecte-urbaniste, professeur à l’École d’architecture de Versailles ; Bertrand Lemoine, architecte-ingénieur, chercheur au CNRS ; François Loyer, historien, maître-assistant à l’Université de Haute-Bretagne, conseiller historique auprès de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR).
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Résistances

La Goutte d’Or (in)soumise à 54 %

  • Les pronostics annonçaient trois députés « En Marche » sur les trois circonscriptions concernées par le noyau dur et dur noyau de la Goutte d’Or : Béatrice Faillès pour la 17ème, Pierre-Yves Bournazel et/ou Myriam El Khomry pour la 18ème (les candidats LR et PS se revendiquant l’un et l’autre de la majorité présidentielle), Benjamin Griveaux pour la 5ème.
  • Griveaux passe au gouvernement, Bournazel passe sans El Khomry, Faillès écarte Vaillant mais Obono remporte la mise sur la Goutte d’Or et gagne la circonscription de l’ancien maire du 18ème.
  • Faillès suspend ses salutations républicaines à sa rivale le temps d’un recours au Conseil constitutionnel.

Si « En Marche » devait en rater une, se serait à la Goutte d’Or ! « Je suis fier et heureux que mon quartier parisien soit représenté par une insoumise à l’Assemblée nationale », lançait un tweeto très tôt après la victoire de Danièle Obono, le 18 juin. « Dans la circonscription ‘des migrants’ (Goutte d’Or, Pajol, Chapelle), le FN est à 4,75% et c’est une candidate FI qui l’emporte », observait un autre dont on salue les guillemets à « circonscription ‘des migrants’ ».

Tout en sachant que les députés, une fois élus, représentent la nation tout entière et non leurs circonscriptions respectives, il était apparu utile à diverses associations d’interpeller les candidats sur les points litigieux du quartier et les conséquences difficiles de son zonage, sur les discriminations et ruptures d’égalité dont il souffre en matière d’urbanisme, de qualité de l’habitat, de sécurité et propreté. Pour ce qui est des consultations de Cavé Goutte d’Or, seules Douchka Markovic (EELV), Béatrice Faillès (LREM) et Danièle Obono (LFI) avaient répondu (voir notre billet du 11 juin 2017).

Souhaitant étendre la consultation, le blog a signalé, entre les deux tours des législatives 2017, que la Goutte d’Or rayonnait en réalité sur trois arrondissements (les 18ème, 9ème et 10ème) et trois circonscriptions (les 17ème, 18ème et 5ème). Le jeu des circonscriptions et des arrondissements qui se chevauchent veut en effet que la 17ème (circonscription) couvre les 18ème et 19ème (arrondissements) : l’Est de l’un et l’Ouest de l’autre. Alors que la 18ème (circonscription) couvre le 18ème Ouest et le haut du 9ème (arrondissements), la 5ème (circonscription) couvrant le Nord du 10ème (arrondissement).

Les trois circonscriptions dont Cavé Goutte d’Or a tenté d’associer les candidats aux législatives 2017 à son combat pour le quartier.

Le blog étant beaucoup lu à l’étranger (dans la Goutte d’Or aussi, qu’on se rassure !), il est toujours utile de rappeler ces découpages. Découpages qui ne disent encore rien des bureaux car, comme il l’avait fait en 2012, le blog souhaite étudier les résultats des législatives 2017 au plus fin, et en particulier sur le secteur de la Goutte d’Or stricto-sensu, sur l’Iris de la Goutte d’Or. D’ores et déjà, il ressort des premiers chiffres que la répartition des voix de la 17ème circonscription entre Béatrice Faillès (La République en marche) et Danièle Obono (La France insoumise) est en faveur de la première dans la partie 19ème (arrondissement) et en faveur de la seconde dans la partie 18ème (arrondissement).

Dans la partie du 19ème arrondissement couverte par la 17ème circonscription, Béatrice Faillès l’emporte sur sa rivale avec 51,82% contre 48,18 ; dans la partie du 18ème arrondissement couverte par la 17ème circonscription, Danièle Obono l’emporte avec 54,01% contre 45,99.

La Goutte d’Or, Château Rouge, La Chapelle ont ainsi élu la candidate de la France insoumise à une majorité plus franche que la majorité de 50,71 % contre 49,29 % avec laquelle Danièle Obono a été élue dans la circonscription où Jean-Luc Mélenchon avait réalisé son meilleur score à la présidentielle.

Obono en marche

Dans le 18ème Est, Obono l’emporte avec 781 voix (contre 319 pour l’ensemble de la circonscription). Dans le 19ème Ouest, Faillès l’emporte avec 462 voix. Quelles que soient les réserves qu’impose le taux d’abstention enregistré partout en France (et dans nos deux secteurs aussi : 58,50 côté 19ème arrondissement, 59,62 côté 18ème), le poids du quartier Goutte d’Or/Château Rouge/La Chapelle est important et mérite d’être analysé. Cavé Goutte d’Or tentera d’apporter sa modeste contribution à cette analyse avec d’autant plus d’intérêt que l’association a suivi les deux candidates avec la même attention, – une attention qui lui a été rendue par les deux avec la même intensité.

Nos lecteurs ont pu lire qu’après son raté du 21 mai – un raté dont s’étaient réjouis perfidement quelques soutiens de Ian Brossat avant le premier tour ! – Danièle Obono avait participé à une séance de rattrapage le 7 juin 2017 au détour d’un repas bio et insoumis qu’elle agrémenta d’une visite du secteur meurtri par l’opération Goutte d’Or Sud dans les années 1980-2000 et la plus récente atteinte portée par l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard (le rattrapage). Plus directement implantée dans le quartier, où elle agit notamment sur les secteurs Suez/Panama, Marché Dejean, Boris Vian/Goutte d’Or, Béatrice Faillès avait pour sa part répondu de façon approfondie aux questionnaires de Cavé Goutte d’Or et de La Vie Dejean.

Comme l’élection de Manuel Valls (apparenté LREM) est contestée à Évry par Farida Amrani (La France insoumise), l’élection de Danièle Obono (La France insoumise) est aujourd’hui contestée par Béatrice Faillès (La République en marche) devant le conseil constitutionnel. Les médias fatigués étant encore largement influencés par les critères de sélection qui les ont plombés, la contestation d’Évry sera encore davantage ‘‘couverte’’ par eux que celle de la 17ème : à l’heure où nous postons ce billet, seul le Parisien – et encore, seule la journaliste du Parisien accréditée au secteur difficile dont elle a récemment réussi à faire beaucoup parler – a annoncé la décision de Béatrice Faillès, sur laquelle le blog reviendra donc.

Pour l’instant, un petit tour d’horizon des reports de voix suffira à accompagner l’ouverture de la Goutte d’Or en fête, ce 30 juin 2017.

Tout sauf Macron

Les soutiens de Ian Brossat (qui ne s’étaient donc pas privés de se montrer ravis de voir le raté de Danièle Obono sur le parvis de Saint Bernard : on vient de rappeler qu’elle corrigea le tir ensuite), ont transmis leurs bulletins à la candidate de la France insoumise, comme le PC lui-même, le PS, les Verts. Débarrassés de Daniel Vaillant, figure tutélaire dans l’ombre de laquelle plusieurs s’étaient formés à la politique municipale, les élus du 18ème qui l’avaient si souvent assisté, secondé, suppléé, parfois même combattu, durent se résoudre à l’idée qu’aucun ne le remplacerait à la tête de la 17ème circonscription : aucun des fidèles adjoints ou alliés de Daniel Vaillant qui participeraient activement à son évincement ne ferait l’affaire aux yeux des électeurs, les très contestées et très en échec politiques du Logement et de la Sécurité n’étant particulièrement pas à la fête, ni l’adjoint au Logement d’Anne Hidalgo, ni son adjointe à la Sécurité et à la Politique de la ville ne relevant le défi Vaillant sur le terrain.

Ainsi, lorsque le deuxième tour opposa la République en marche et la France insoumise, deux outsiders s’il en est, l’insoumission l’emporterait. Mais on peut y voir aussi une soumission : la majorité qui préside aux destinées de la Goutte d’Or depuis quelques décennies, que ce soit sur les bancs des élus ou sur les bans des électeurs, majorité qui vote pour une politique de habitat déterminée par le « type de population » et un effort architectural suivant le même mouvement, majorité aussi « boursouflée » (pour le dire comme Jean-Luc Mélenchon le dit de celle qui aurait envahi le Palais Bourbon) que composite (créée autour des grands noms qui y ont fait carrière : Jospin, Juppé, Delanoë, Vaillant), s’est vite retrouvée et recomposée. Presque sagement, autour d’une figure emblématique, consensuelle jusque dans  polémique.

« Ian Brossat n’est pas soutenu par Jean-Luc Mélenchon », dit l’affiche d’Obono d’avant le premier tour. Mais Ian Brossat et le PCF (ci-dessous) soutiennent Danièle Obono au second tour, Danièle Obono qui était d’ailleurs la suppléante de Brossat en 2012. Ou quand les originaux et les copies se rejoignent.

Tuer le père avec Mélenchon
plutôt qu’avec Macron

Cet unanimisme prêt à sourire (comme on dit prêt à porter) aura en effet vite eu gain de cause des rivalités meurtrières entre Brossel et Vaillant (Colombe était la suppléante de Daniel en 2012) ou entre Brossat et Obono (là, c’est Danièle qui était la suppléante de Ian en 2012) : vite mais probablement pas définitivement, hélas ! Alors qu’à droite, si le conseil d’arrondissement qui couvre la Goutte d’Or/Château-Rouge/La Chapelle a perdu, avec Pierre-Yves Bournazel, le conseiller de Paris qui a gagné la députation, elle n’a pas perdu le très-très à droite suppléant de « Babette » qui avait tenté de très-très surfer sur les chroniques de Cécile Beaulieu, seule journaliste accréditée à la Goutte d’Or qui a su, dans le quartier vite dit « La Chapelle/Pajol », redonner vie à la très-très vieille dame dont s’était très-très honteusement servi Daniel Vaillant pour démolir l’un des bastions de la Goutte d’Or Nord (sur le bastion de la Goutte d’Or Nord).

L’appel du PS du 19e contre les deux LREM n’aboutit pas. Obono est battue dans le 19e (c’est dans le 18e qu’elle emporte la circo7517) et Legrain est battue dans la circo7516.

Les députés étant de la Nation, ils ne sont pas de Barbès. Danièle Obono n’est donc pas la députée de La Goutte d’Or. Il n’empêche : le blog de Cavé Goutte d’Or maintient le rayonnement des problématiques soulevées par la dramatique ‘rénovation du quartier’ sur les trois députés à ce jour élus : Pierre-Yves Bournazel (LR apparenté Édouard Philippe) sur l’Ouest de la rue des Poissonniers, Élise Fajfeles (PS suppléante du LREM Benjamin Griveaux) sur le Sud du Boulevard de la Chapelle, et Danièle Obono (ex-suppléante de Brossat devenue France insoumise) sur l’« espace urbain d’intérêt élevé » que demeure la Goutte d’Or et dépit des coups portés par la gauche et la droite réunies qui ont tenté d’anéantir ce quartier historique en 1984, – quand Danièle Obono avait à peine quatre ans.

26 juin 1984 – 26 juin 2017

La Goutte d’Or a célébré cette semaine le 33ème anniversaire de la note adressée le 26 juin 1984 par sept experts en architecture, urbanisme et sciences sociales à la Commission d’enquête publique sur la Déclaration d’utilité publique concernant la rénovation et réhabilitation de la Goutte d’Or  (Lire sur notre page Humeur).

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18-juin

L’Écho Musée monument historique

  • Le célèbre espace culturel du carrefour Cavé-Léon-Saint Luc fête ses trente-sept ans le jour où l’église Saint Bernard toute voisine salue les deux ans de son classement au titre des monuments historiques.
  • L’Assemblée nationale profite de ces évènements pour se renouveler de fronde en comble. 

On savait que le 18 juin était une date. On ignorait qu’au-delà de l’appel historique qui la marque, tant d’évènements l’accompagnaient. On ignorait aussi que l’Écho Musée avait l’âge de la ZUS ou presque, l’âge en tout cas des premières menées tendant à la décision qui aboutira, quatre ans plus tard, au choix de sacrifier le patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud, de démolir l’âme du quartier, puis ses immeubles et son histoire pour devoir, vingt ans seulement après la livraison de sa réhabilitation mal pensée, requalifier déjà le secteur Goutte d’Or/Boris Vian.

L’association Cavé Goutte d’Or salue avec amitié l’anniversaire de son voisin du 21, avec qui elle participa à ses premières Journées européennes du patrimoine, les 17 et 18 septembre 2011.

Patrimoine(s)

Et quelles journées ! Marquées par plusieurs visites guidées du quartier et une conférence-débat dans les murs de l’Écho Musée avec, notamment, l’architecte Maurice Culot, l’historien Florent Tesnier et plusieurs acteurs de la Révolution Goutte d’Or Sud,  les « journées du patrimoine de la Goutte d’Or » que l’association a greffées sur les Journées européennes du patrimoine 2011 sont restées dans les mémoires. Le compte rendu en est encore lisible sur la page Patrimoine(s) du blog dont les photos qui accompagnent ce billet sont extraites.

Les Journées européennes du patrimoine 2011 à l’Écho Musée (Photo Jean-Luc Lambret, 17 septembre 2011).

(Photo de Jean-Luc Lambret).

Sur les photos de Jean-Luc Lambret, on distingue (ci-dessus) la pointe du 21 rue Cavé avec, en son rez-de-chaussée, les locaux de l’Écho Musée et, sur la droite, côté sur Saint Luc, une perspective sur l’église Saint Bernard, à maints égards déjà historique, dont l’inscription au titre des monuments historiques interviendra un an plus tard à l’initiative de Cavé Goutte d’Or, le classement en étant prononcé le 18 juin 2015.  Et, ci-contre, sur la gauche, côté rue Cavé, une perspective sur les petites maisons rescapées de « l’efficience sociale » de Jean-Yves Mano, alors à la fois adjoint au Logement de Bertrand Delanoë et président de Paris Habitat, rappelle d’autres combats de l’association.

L’architecte Maurice Culot à l’Écho Musée (Journées européennes du patrimoine 2011, photo GC).

Le graffeur M. CHAT et le président de Cavé Goutte d’Or à l’Écho Musée (Journées européennes du patrimoine 2011, photo GC).

Si, sur le flanc Nord-Ouest de l’église Saint Bernard désormais monument historique, l’Écho Musée célèbre son trente-septième anniversaire dans le respect du patrimoine, de l’autre côté hélas, sur son flanc Sud-Est, le Diocèse de Paris, propriétaire des terres situées en face du monument historique, à l’angle des rues Saint Bruno et Pierre L’Ermite, poursuit, avec l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, son œuvre de dénigrement du patrimoine.

Le Diocèse et l’OGEC
sur le flanc

Un édifice venant briser les perspectives monumentales protégées est en effet en construction sur le seuil de l’église Saint Bernard, au grand dam d’abord des grands hommes de la Mairie de Paris (on se souvient de la célèbre remontrance de Daniel Vaillant contre l’enlaidissement du secteur et de l’arrêté de Bertrand Delanoë refusant le permis de construire), puis avec l’accord des mêmes maires et de leurs successeurs respectifs, Anne Hidalgo et Éric Lejoindre, en vertu d’on ne sait (encore) quel arrangement. On se souvient que la procédure actuellement pendante devant la Cour administrative d’appel de Paris, à l’initiative de Cavé Goutte d’Or soutenue par SOS Paris, est assortie d’une proposition aux candidats aux législatives 2017 en vue d’une enquête administrative sur les conditions dans lesquelles le permis initialement refusé a été finalement accordé (lire la proposition).

Les deux poids deux mesures qui pèsent sur les abords de l’unique monument historique de la Goutte d’Or (lire notamment ici et ici).

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Entre deux tours

Cavé Goutte d’Or étend sa consultation aux candidats des 5e et 18e circonscriptions de Paris

  • Sans même évoquer leur rayonnement culturel, les abords protégés de l’église Saint Bernard, unique monument historique de la Goutte d’Or, et la destruction de la Goutte d’Or Sud touchent et concernent trois circonscriptions législatives.
  • L’enquête demandée par Cavé Goutte d’Or sur la décision de 1980 de sacrifier le patrimoine historique et architectural de la Goutte d’Or Sud et celle de 2015 d’octroyer un permis de construire au Diocèse de Paris sur le seuil de l’église Saint Bernard en contradiction avec un arrêté toujours en vigueur est transmise aux six candidats en joute pour le 18 juin.

Les trois circonscriptions législatives touchées/concernées par la politique de l’urbanisme dans le 18e arrondissement. Les points diffus de couleur orange marque « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » situés autour de l’église Saint Bernard et le secteur Goutte d’Or Sud détruit dans les années 1980-1990.

Nos lecteurs se souviennent que les candidats de la 17e circonscription législative de Paris incluant la Goutte d’Or et la Chapelle ont été consultés au cours des dernières semaines déjà sur diverses questions liées à l’urbanisme, à l’habitat et au zonage du quartier, un zonage entrainant à maints égards une rupture d’égalité, plaidée par Cavé Goutte d’Or dans plusieurs dossiers d’urbanisme actuellement pendant devant le Tribunal administratif et la Cour administrative d’appel de Paris, et d’ores et déjà sanctionnée (positivement si l’on peut dire) dans une affaire portée devant les juges par l’association La Vie Dejean (voir notre billet « Sortie de ZUS » et les questions aux candidats).

Si le marché Dejean se situe bien dans la 18e circonscription, juste en-deça de la 17e, sur la frontière administrative marquée par la rue des Poissonniers, les questions qui sont posées par sa gestion municipale et préfectorale sont naturellement diffuses et concernent plus largement l’ensemble du quartier. De même, la protection des abords de l’église Saint Bernard depuis son inscription au titre des monuments historiques en 2012 et son classement le 18 juin 2015, et les conséquences de la démolition / reconstruction de la Goutte d’Or Sud dans les années 1980 et 1990, en violation active de toutes les règles d’urbanisme et d’architecture expressément posées à l’époque, ont une diffusion large et couvrent, pour le moins, les trois circonscriptions identifiées dans ce billet.

La 18e en double marche

Le titre prémonitoires de notre billet du 30 novembre 2014, quand « En marche » n’en avait encore gravi aucune.

D’ailleurs, les candidats encore en lice pour la 18e, Myriam El Khomri (PS) et Pierre-Yves Bournazel (LR) – dont on dit qu’ils se disputent le soutien présidentiel en forme de « couac » (disent les médias généralistes) – connaissent bien la situation.

Ils ont d’ailleurs été déjà inclus dans la première consultation de Cavé Goutte d’Or, du 6 juin denier, et plusieurs autres dans le passé. Alors que Myriam El Khomri, élue PS du 18e arrondissement déjà appelée à des fonctions gouvernementales à la Ville puis à l’État, n’a pas vraiment eu à se prononcer sur les récentes consultations de l’association (elle n’a d’ailleurs pas répondu à celle du 6 juin), Pierre-Yves Bournazel a eu – en revanche – l’occasion (hélas manquée) de défendre les abords de l’église Saint Bernard lorsque le groupe EELV au Conseil d’arrondissement a tenté – il y a presque juste un an, le 20 juin 2016 – de faire classer en espace libre protégé la parcelle diocésaine située à l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, où l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie avait la funeste idée de construire un édifice brisant l’harmonie de l’espace et les perspectives monumentales de l’église Saint Bernard, comme un arrêté municipal du 14 mars 2012 toujours en vigueur le signalait.

On sait, depuis, que le vote qui a rejeté le vœu vert repose sur un mensonge – un de plus, penseront peut-être nos lecteurs – concernant la protection des abords de l’église Saint Bernard. Le maire adjoint à l’Urbanisme a en effet falsifié devant ses collègues les conclusions de l’étude de l’APUR, évoquée par les Verts à l’appui de leur vœu en ce qu’elle qualifie la parcelle propriété du Diocèse de Paris comme un « espace urbain d’intérêt exceptionnel ». Il lui a fait dire que l’espace ainsi expressément qualifié ne le serait pas (voir carte de l’APUR ci-dessus et compte rendu de la séance conseil du 20 juin 2016).

« Un espace urbain d’intérêt exceptionnel autour d’un édifice de qualité exceptionnel » (François Loyer pour L’APUR). La parcelle litigieuse est bien incluse dans l’espace désigné.

Sur ce mensonge, qui semble vouloir couvrir ce qui s’apparente à une indulgence – le mot convient mieux ici que passe droit – accordée au Diocèse de Paris par la Mairie de Paris, une enquête est sollicitée par Cavé Goutte d’Or parallèlement à sa contestation du permis devant la Cour administrative d’appel.

Quelles que puissent être les suites de cette enquête, la décision émotionnelle du groupe LR (ou UMP) consistant à voter contre le vœu EELV au Conseil du 18e du 20 juin 2016 pour cause de « nécessité de l’agrandissement de l’école (Saint Bernard) parce qu’elle en a besoin et qu’il y a cette école que j’entends et qu’il y a beaucoup d’enfants à accueillir dans de bonnes conditions » (lire l’extrait) n’était, pour le moins, pas à la hauteur de l’enjeu, tant éducatif que patrimonial et social : l’école Saint Bernard – dont la qualité de l’enseignement est reconnue et qui est saluée comme un exemple de mixité réussie dans des abords qui ne peuvent hélas pas en dire autant – pourra en effet parfaitement trouver à s’étendre, y compris sur cette parcelle, sans porter atteinte au patrimoine historique et architectural situé littéralement à ses pieds (voir le projet constructif de Cavé Goutte d’Or).

5e circonscription :
Lariboisière qui cache la forêt

Le quartier de la Goutte d’Or avant sa démolition (Photo Benoit Perrin, 1984).

Entre les 5e et 17e circonscriptions, correspondant sur ce tronçon-là, aux 10e et 18e arrondissements, court le métro aérien menant de Barbès à Stalingrad par La Chapelle. On sait qu’un ambitieux projet lancé par Action Barbès (suivi ici depuis 2013), soutenu par les maires (PS) des deux arrondissements concernés, consiste à transformer l’espace au sol.

Selon un récent papier de la journaliste du Parisien accréditée au secteur, dont les articles prêtent hélas souvent à caution (dernier exemple), « si l’idée de réaménagement de ces lieux inhospitaliers fait l’unanimité parmi les habitants et les responsables associatifs, les idées, pour occuper l’espace, qui ont jailli des travaux coordonnés par l’Atelier d’architecture autogérée (AAA), sont loin de séduire les riverains » (Le Parisien, 18 mars 2017). Il est vrai que l’hôpital Lariboisière (dont plusieurs éléments ont été inscrits au titre des monuments historiques en 1975 déjà, lorsque commençait à émerger l’idée de sacrifier le patrimoine architectural historique de la Goutte d’Or toute proche, notamment son fameux carrefour en croix de Saint André juste derrière le mur de l’hôpital) n’a pas empêché que les abords deviennent « inhospitaliers », comme le pose avec une certaine justesse Le Parisien.

Nul doute que les candidats demeurant en lice pour le second tour des législatives 2017 dans la 5e circonscription, Seybah Dagoma pour le Parti Socialiste et Benjamin Griveaux pour La Répubique En Marche, sauront voir derrière le boulevard et veilleront aux abords légalement protégés situés entre deux monuments historiques, l’hôpital Lariboisière et l’église Saint Bernard. Ce sont donc désormais six candidates et candidats, sur trois circonscriptions, que la consultation de Cavé Goutte d’Or plonge dans l’histoire passée et à venir du quartier : Béatrice Faillès (LREM) et Danièle Obono (LFI) ; Myriam El Khomri (PS) et Pierre-Yves Bournazel (LR) ; Seubah Dagoma (PS) et Benjamin Griveaux (LREM).

« Non à la destruction du quartier », banderole de Paris-Goutte d’Or posée au haut de la rue de Chartres en 1983, captée par la caméra de Benoit Perrin pour en faire une carte postale de Montmartre en 1984 (détail).

La carte postale illustrant ce billet montre une vue de la basilique du Sacré Cœur depuis la rue de Chartres. La vue est présentée comme une vue de Montmartre mais elle est aussi une vue de la Goutte d’Or très parlante pour notre propos. On y distingue, à la hauteur de la camionnette jaune, le carrefour en croix de Saint André tel qu’il était encore avant 1984 et, en fond, la rue de la Goutte d’Or au carrefour des les rues de Chartres et de Caplat. D’un bâtiment du haut de la rue de Chartres part une banderole sur laquelle on peut lire : « Non à la destruction du quartier ». La banderole date de 1983. Elle a été fabriquée et posée par Paris-Goutte d’Or avant que l’association ne se range finalement à la thèse des démolisseurs. La photographe Benoit Perrin est passé peu après. La carte postale éditée en 1984 est recensée comme pièce à conviction de collection sur le site eBay où, en cherchant un peu, il semble que les stocks soient épuisés, – à moins que ce ne soient les enchères d’eBay qui soient terminées.

À suivre.

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1er tour

 Quelle Goutte d’Or au Palais-Bourbon ?

  • Les associations non municipales qui ont lancé une consultation des candidats aux législatives des 11 et 18 juin 2017 recueillent les premières réponses.

Ian Brossat (PCF) : « Vous voulez que la Goutte d’Or ressemble à ça ? » L’adjoint au Logement de la Mairie de Paris au balcon de son bureau de l’Hôtel de Ville (Photo de Nicolas Marques pour le JDD, 11 mai 2014).

Ian Brossat, candidat PCF à la succession de Daniel Vaillant, député PS de la 17e circonscription de Paris à l’Assemblée nationale, est un des rares à n’avoir pas répondu à la consultation de Cavé Goutte d’Or, dont il n’a pas même accusé réception : il attend sans doute l’entre-deux tours. Mais, sur le cliché ci-dessus, le défi qu’il semble lancer, depuis son balcon de l’Hôtel de Ville, à sa terre d’élection du Nord Est parisien, est peut-être une forme de réponse.

Si l’association Cavé Goutte d’Or, qui invoque régulièrement devant le juge administratif la rupture d’égalité en matière de logement, d’urbanisme et de qualité du bâti (puisque aussi bien ces questions répondent en hauts lieux à des critères discriminants faisant officiellement état du « type de population »), n’a pas encore eu l’honneur de connaître la position du titulaire du portefeuille du Logement à la Mairie de Paris, elle se souvient des notes dites « d’efficience sociale » produites par le cabinet de son prédécesseur Jean-Yves Mano (alors à la fois adjoint au maire de Paris responsable du Logement et président de Paris-Habitat). Dans les mots « efficience sociale », les habitants de la la Goutte d’Or étaient sommés d’entendre la litanie installée au début des années 1980 selon laquelle « un effort architectural important » pour reconstruire leur quartier (déjà qu’il avait été démoli précisément pour le reconstruire !) n’était pas possible pour le « type de population » à loger en ceux lieux (source et source).

Au questionnaire que l’association La Vie Dejean a adressé, de son côté, aux candidats des deux circonscriptions couvrant Château Rouge sur, notamment, les suites qui seraient ou devraient être données à la condamnation de la Ville et de l’État pour rupture d’égalité en matière de propreté et sécurité autour du marché Dejean, Ian Brossat a en revanche répondu et, à en croire la journaliste du Parisien qui a récemment susciter la polémique en présentant de façon contestée l’habitat difficile dans le secteur Chapelle/Pajol (lire ici), on comprend qu’il ne peut répondre aux défis actuels, tant il est engagé dans le rappel des défis passés qu’il aurait déjà relevés :

  • « Élu municipal et adjoint au Logement, j’ai mené de nombreux combats dans ce quartier, qui ont abouti : un second accès à la station de métro Château-Rouge, la diversification commerciale, avec seize nouvelles enseignes, et nous avons sorti, depuis 2001, mille immeubles de l’insalubrité. Je souhaite que se poursuive le renforcement de l’action publique par l’augmentation des moyens dédiés à la police et à la justice » (Le Parisien du 7 juin 2017 ; lire en page Humeur du blog, la réplique d’un habitant du quartier à la réponse de Ian Brossat).

Tout va bien

Si Ian Brossat est sûr de lui, Colombe Brossel ne l’est pas moins. Chargée pour sa part de la Sécurité, de la Prévention et de la Politique de la ville, la candidate officielle du PS (Daniel Vaillant concourt contre elle en contre la gauche en général avec le soutien de Bertrand Delanoë) fera tout pour que la zone de sécurité prioritaire – installée en septembre 2012 par Manuel Valls (alors à l’Intérieur national) à la demande de Myriam El Khomri (alors au poste actuel de Colombe Brossel) – « ne perde pas son souffle » :

  • « Je soutiendrai les demandes des élus locaux en moyens policiers pour que la Zone de sécurité prioritaire ne perde pas son souffle. La problématique d’espace public passe aussi par l’amélioration de la diversité commerciale : à ce titre, je soutiendrai les évolutions législatives qui permettraient d’améliorer la gestion des commerces localement » (Le Parisien du 7 juin 2017).

Libération souligne ironiquement « le goût du risque » de Colombe Brossel qui vient chercher les suffrages nationaux dans un quartier où, sinon sa propre politique à elle toute seule, du moins la politique de la Mairie de Paris en matière de propreté et de sécurité est sévèrement identifiée à deux reprises, par le Tribunal administratif le 14 mai 2016 et par la Cour administrative d’appel de Paris le 18 avril 2017, comme lacunaire, pour dire le moins, – « inefficiente », aurait peut-être suggéré Mano :

  • « Le bras de fer (entre la Vie Dejean et les Mairie et Préfecture de Police de Paris) est toutefois loin d’être terminé », pose en effet Libération le 8 juin 2017. « La Ville de Paris entend se pourvoir en cassation pour ce qui la concerne, à savoir l’injonction à la propreté. Mais là où l’imbroglio devient lunaire, c’est lorsque l’on sait que la candidate investie par le Parti socialiste sur la 17e circonscription n’est autre que Colombe Brossel, adjointe de la maire de Paris, Anne Hidalgo, en charge de la sécurité, la prévention et la politique de la ville. C’est ce qui s’appelle avoir le goût du risque ».

Colombe Brossel se serait « amusée » de la formule («C’est vrai, ma candidature est audacieuse, s’amuse-t-elle », écrit Libération) et aurait dit « vivre cette circonscription comme un laboratoire ». Le mot est lâché, peut-être plus important que ceux de sécurité ou prévention : voilà bien quelques décennies que, de ZUS en ZSP, la Goutte d’Or est en effet un laboratoire. « L’idée est que nos initiatives locales fassent florès à l’échelle nationale. J’en ai assez que ce territoire soit sans cesse perçu au plan de la misérabilité ».

Le laboratoire aux alouettes

« La Politique de la ville ne ZUS pas que si l’on s’en sert » (notre billet du 28 novembre 2016 concernant la « requalification » du secteur Goutte d’Or/Boris Vian).

Question « misérabilité » (?) ou misérabilisme (mot qualifiant la « tendance littéraire et artistique consistant à dépeindre avec complaisance les aspects les plus misérables de la vie sociale » ou « l’état permanent de misère dans une partie importante de la société » [source]), on sait que Colombe Brossel est chargée de la requalification du secteur Goutte d’Or/Boris Vian, dont elle n’a donné aucune nouvelle concrète depuis sa présentation en novembre 2016 et en dépit de l’engagement pris de livrer la nouvelle-nouvelle Goutte d’Or Sud avant la fin de la mandature, d’ici trois ans (lire ici pour mémoire). Or, à la question de Cavé Goutte d’Or portant sur les projets des candidats aux législatives pour « s’assurer que la requalification en cours des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or suive les règles de l’art et ne sacrifie pas une nouvelle fois à la sur-densification du quartier », l’adjointe à la Mairie de Paris n’a pas encore répondu.

Du moins a-t-elle, contrairement à son collègue Brossat, accusé bonne réception de la consultation et annoncé une réponse (pour l’entre deux tours elle aussi ?) :

  • « Bonjour,
    Je vous remercie pour cet envoi, auquel nous allons bien entendu répondre avec Éric Lejoindre.
    Bien cordialement.
    Colombe Brossel ».

En choisissant de répondre « avec Éric Lejoindre » (et « bien entendu », qui plus est), Colombe Brossel confirme son goût du risque, à moins qu’elle ne manie l’ironie à double tranchant : on se souvient en effet combien longuement (presque discourtoisement) le maire du 18e arrondissement (qui est en effet le suppléant de Colombe Brossel, elle-même étant actuellement la suppléante de Daniel Vaillant, prédécesseur d’Éric Lejoindre place Jules Joffrin) avait laissé la famille Boris Vian sans la moindre réponse à son questionnement sur l’entretien de la rue qu’elle avait autorisé à appeler du nom de l’écrivain musicien, famille Boris Vian pourtant à l’origine de la prise de conscience municipale du fait que la Goutte d’Or Sud avait « très mal vieilli ».

La formule est de Daniel Vaillant dans une lettre à Nicole Bertolt, et le prédécesseur d’Éric Lejoindre à la Mairie du 18e arrondissement n’en manque pas, de formules, pour se prétendre aujourd’hui le « candidat de la majorité présidentielle » (voir : « Daniel Vaillant l’affiche mal » dans notre page Défense du quartier).

Les éléphants
qui  trompent

Tout le monde ne sourit pas (photo Arnaud Dumontier parue dans Le Parisien du 6 juin 2017).

En cette prétention à représenter « la majorité présidentielle » (et plus encore le parti LREM), Daniel Vaillant serait soutenu par son vieux complice Bertrand Delanoë : « Bertrand Delanoë affiche son soutien à son ami historique Daniel Vaillant », indique la légende du  Parisien sous la photo ci-contre, qui n’hésite pas à afficher aussi le sourire de Myriam El Khomri (candidate PS de la 18e circonscription) et à couper celui du pauvre Éric Lejoindre (maire en place du 18e arrondissement et suppléant de la candidate PS de la 17e circonscription qui ne sourit pourtant pas, elle, des coups que lui portent ces éléphants dissidents).  Quoi qu’il en soit du statut qu’ils revendiquent contre l’investiture officielle de Béatrice Faillés pour La République en Marche, Daniel Vaillant et Bertrand Delanoë (qui, ce faisant, s’opposent aussi à Colombe Brossel investie par leur propre parti) donnent une leçon de rigueur et de loyauté qui vaut mise en garde contre la politique incohérente et peu respectueuse du minimum.

N’ont-ils pas déjà, de concert, joué au Good cop/bad cop sur plusieurs projets d’urbanisme dans la Goutte d’Or ? notamment sur le 25 rue Stephenson (que Delanoë prétendait ne pas vouloir démolir et dont Daniel Vaillant obtiendra la démolition néanmoins) et sur l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, où les good cops réunis se sont d’abord élevés contre l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard au motif qu’il n’est « pas possible d’enlaidir un secteur qui a été complètement remis en valeur » (good cop Vaillant au Conseil du 18e arrondissement le 10 octobre 2011) et que « le projet serait de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, notamment aux abords de l’église Saint Bernard » (good cop Delanoë, arrêté municipal de refus du permis du 14 mars 2012 toujours en vigueur), avant d’accorder finalement leurs blancs seings respectifs à un projet portant identiquement atteinte aux lieux qu’ils prétendaient vouloir protéger.

Le bulletin qu’a fait imprimer Daniel Vaillant (soulignement bleu ajouté).

Avec un tel jeu de rôles, on ne s’étonne pas qu’il ait fallu à Faillés adresser du papier bleu à Vaillant en application de l’article R.30 du Code électoral qui stipule que « les bulletins ne peuvent pas comporter d’autres noms de personne que celui du ou des candidats ou de leurs remplaçants éventuels ».

Or, en l’espèce, les bulletins qu’a fait imprimer Daniel Vaillant portent la mention « avec la République en marche » (soulignement bleu ajouté sur le cliché ci-contre), un soutien que conteste LREM : « Monsieur Daniel Vaillant usurpe sciemment l’appellation ‘La République en Marche’ en l’associant aux termes ‘majorité présidentielle’ sur l’ensemble de ses supports de propagande et en particulier sur les bulletins de vote », a indiqué Béatrice Faillés, seule candidate de LREM dans la 17e circonscription (lire plus dans Libération et Le Figaro du 9 juin 2017).

Il semble que Ian Brossat (à qui la candidate de la France insoumise reprochait de se dire soutenu par Jean-Luc Mélenchon) ait joué plus fin que Daniel Vaillant en n’évoquant le patron de LFI que dans sa profession de foi (barrée d’un « Prolonger l’espoir soulevé par Jean-Luc Mélenchon »), et pas sur son bulletin de vote. Mais l’ambiguïté demeure chez ces anciens de la politique, manifestement davantage préoccupés par l’évocation de soutiens usurpés que par la probité à l’égard des électeurs : qu’ils soient les leurs par adhésion ou par leurre n’importerait plus.

L’ancien maire du 18e arrondissement ne parait pas très « en marche » sur cette photo (Crédit : Rémy Artiges pour Libération)

On rêve d’un article R.30 qui imposerait aux maires de surveiller leur propagande sur les formulaires d’approbation de permis de construire : Daniel Vaillant et Bertrand Delanoë auraient ainsi évité de dénoncer un projet « enlaidissant un secteur remis en valeur » et portant « atteinte aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard » pour le défendre ensuite au nom d’on ne sait plus quelle règle, quel sens.

Collusions ou indulgences

Sur l’atteinte portée par le Diocèse de Paris, avec la bénédiction des Mairies de Paris et du 18e arrondissement, à l’unique monument historique de la Goutte d’Or, Cavé Goutte d’Or a invité les candidats à se prononcer en leur demandant :

  1. « Comment expliquez-vous que le projet refusé ait pu ensuite être autorisé, sachant que l’argument du Diocèse de Paris selon lequel l’édifice autorisé en mars 2015 serait « différent » de celui refusé en mars 2012 (argument retenu par le Tribunal administratif et combattu aujourd’hui devant la Cour administrative d’appel) est en opposition avec les plans de l’immeuble, qui témoignent au contraire d’une similitude totale en matière de gabarits et de volumétrie, seuls à considérer dans le cadre des perspectives monumentales protégées ? »
  2. Seriez-vous disposé(e), si vous êtes élu(e) député(e), à solliciter une enquête administrative sur les conditions dans lesquelles le permis initialement refusé a finalement été autorisé ?

La réponse de la candidate Béatrice Faillés pour LREM met en avant le besoin manifeste d’un « processus administratif sain » et s’interroge sur « le coût, la durée et l’efficacité d’une enquête administrative ». Peut-être en effet la première étape consiste-t-elle à dénoncer les dysfonctionnements de l’instruction et à alerter l’appareil administratif en amont des décisions incohérentes et dommageables, comme celles qui concernent le projet d’extension de l’école Saint Bernard.

Pour sa part, la candidate EELV Douchka Markovic rappelle à juste titre les vœux des Verts « contre l’extension telle que proposée de l’école Saint-Bernard, sujet sur lequel nous sommes la seule force politique à nous être manifestée » (voir le texte complet ci-contre et ici).

En évoquant son refus à « l’extension telle que proposée », Douchka Markovic rappelle que ce n’est pas l’extension de l’école Saint Bernard en elle-même qui a été et demeure contestée, mais l’extension telle que proposée, d’autres solutions pouvant rencontrer les besoins de l’école.

Reprenant l’ensemble des préoccupations de Cavé Goutte d’Or, la réponse de Douchka Markovic pour EELV rappelle que les Verts ont en effet souvent accompagné les actions ou propositions de l’association pour un meilleur urbanisme dans la Goutte d’Or : de l’intervention de Sylvain Garel au Conseil de Paris en juin 2011 pour sauver le 25 rue Stephenson d’une démolition non nécessaire, au vœu évoqué ci-dessus par Douckka Markovic pour créer un « espace libre protégé » à l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, en passant par les interventions de Pascal Julien au Conseil d’arrondissement (nos fameux Verbatim 1, 2 et 3),  sa demande de débat sur la physionomie urbaine, le rappel à la loi sur le classement de l’église Saint Bernard, les Verts ont en effet beaucoup agi, et dû avaler quelques couleuvres, ce qui devrait les engager à retirer aujourd’hui au gouvernement municipal le crédit qu’ils lui ont accordé au cours des dernières années, allant jusqu’à « voter avec Bonnefoy » la modification du PLU il y a un an.

Babette en guerre
contre qui, contre quoi ?

« Babette de Rozières et Pierre Liscia ont été chahutés dimanche dans le quartier de la Goutte d’Or », écrit Le Parisien du 31 mai 2017.

Très engagés dans l’écho donné à l’article contesté du Parisien de la mi-mai sur le secteur Chapelle/Pajol (article si contesté que le journal lui-même en a changé le titre racoleur), la candidate LR Babette de Rozières et son suppléant Pierre Liscia, n’ont pas répondu à la consultation de Cavé Goutte d’Or.

La célèbre cheffe et animatrice d’émissions culinaires pour la télévision a brièvement écouté l’association à l’occasion du vide grenier du 14 mai sur le parvis de l’église Saint Bernard, mais elle a annulé la visite des abords protégés du monument historique, visite qui avait pourtant été demandée pas son équipe de campagne. Si l’équipe LR a été « chahutée dans la Goutte d’Or » (information du Parisien ci-dessus), ce n’aura donc pas été à propos du permis de construire l’extension telle que proposée de l’école Saint Bernard, permis de construire lui-même très chahuté par des associations non municipales du quartier et plusieurs riverains, Cavé Goutte d’Or et SOS Paris ayant, pour leur part, porté la contestation de sa légalité devant la cour administrative d’appel de Paris (suivre l’appel de Cavé Goutte d’Or, l’intervention de SOS Paris).

À cet égard, il faut rappeler que LR (ou l’UMP) a combattu, en juin 2016, le vœu des Verts sur la protection de l’église Saint Bernard en arguant du fait qu’il y a allait de la survie de l’école Saint Bernard :

La réaction émotionnelle et peu réfléchie de Pierre-Yves Bournazel et ses collègues sur le projet de l’école Saint Bernard est d’autant plus étonnante (et conforte ainsi le souhait de Cavé Goutte d’Or de voir mener une enquête administrative sur les dessous du permis refusé puis accordé à l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie) que l’actuel candidat LR de la 18e circonscription fut très engagé, tant au Conseil du 18e arrondissement qu’au Conseil de Paris, pour défendre d’autres perspectives patrimoniales que l’architecte des bâtiments de France et la Commission du Vieux Paris avaient désignées à l’attention de tous, en l’occurrence dans la rue Philippe-de-Girard. Pierre-Yves Bournazel sut alors tenir tête (avec le soutien de Sylvain Garel pour les Verts) à la volonté destructrice de l’Urbanisme et du Logement, et aux célèbres mensonges de Jean-Yves Mano sur les qualités d’un édifice dont l’architecte des bâtiments de France avait désigné la démolition comme « dommageable ».

Le dommage fut bel et bien causé, finalement. Alors, enquête administrative sur les instructions et décisions passées ou processus administratif sain pour les décisions à venir ? – La question semble en tout cas inscrite à l’agenda politique de la Goutte d’Or.

« 100% insoumis »

100 % insoumis et bio.

Nos lecteurs électeurs, sans doute ravis de voir la France insoumise mettre spontanément à l’ordre du jour une visite guidée sur « l’habitat et l’urbanisme dans la Goutte d’Or », avaient peut-être un peu déchanté suite à l’interruption abrupte du projet, – pourtant repris autour d’un « repas insoumis 100 % bio » en musique sur le parvis de Saint Bernard le 7 juin.

L’équipe de Danièle Obono a fait, à cette occasion, une visite de la boucle parvis/école Saint-Bernard/rue Boris Vian/arcades Goutte d’Or/encombrants Leaderprice/rue des Gardes/square Léon/retour sur le parvis via la rue Saint-Luc avec une perspective monumentale sur l’église Saint Bernard non encore brisée par la moindre extension d’école.

 

 

 

 

 

 

 

En marge des élections législatives des 11 et 18 juin

  • La huitième édition des Portes d’Or pour le premier tour, les 8-9- et 11 juin, avec un investissement important à l’intérieur de l’église Saint Bernard, monument historique.

 

 

 

 

 

 

  • Rêves en poésie à Bon Conseil à la veille du second tour, le 17 juin.
    Des marches de sa rue dans la Goutte d’Or à celles de l’illustration ci-dessous, Boris Vian quittera, le temps d’une soirée poésie, les abords de l’église Saint Bernard pour la salle de spectacle de Notre-Dame du Bon Conseil, ce type de bon conseil qu’on eût aimé voir guider l’école Saint Bernard, le Diocèse et la Mairie de Paris lors de leur décision contestée « d’enlaidir un secteur qui a été complètement remis en valeur », pour le dire comme Daniel Vaillant le dira au Conseil d’arrondissement. C’est entouré de plusieurs auteurs, dont le Docteur Yves Barbarin, pratiquant lui-même au cœur de la Goutte d’Or, que Boris Vian sera lu à Bon conseil. 
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Sortie de ZUS

Make The Goutte d’Or Great Again ?

  • Dans les procès en cours pour abus de pouvoir, plusieurs mémoires en défense produits récemment par la Mairie de Paris et ses promoteurs immobiliers dans la Goutte d’Or dévoilent une entreprise concertée de mise à l’écart des études qui identifient les richesses architecturales et patrimoniales du quartier.
  • Cavé Goutte d’Or interroge les candidats aux législatives sur cette nouvelle tentative de discrimination et, plus largement, sur l’habitat, l’urbanisme et le zonage qui plombe les quartiers en « Politique de la ville ».

Comme annoncé dans son billet du 20 mai 2017, l’association souhaite voir les candidats aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains se prononcer sur les effets de la « Politique de la ville », effets dénoncés de toutes parts comme pervers en ce qu’ils maintiennent en difficultés les quartiers que leur zonage en ZUS et/ou ZSP prétendait aider à sortir, au contraire, de difficultés souvent mal identifiées.

Cavé Goutte d’Or avait déjà tenté de mettre ce débat à l’ordre du jour des élections municipales de 2014, – pas tout à fait en vain car le sujet a été bien lancé sur le blog et les réseaux sociaux, où notre récent billet du 29 mai dernier, qui recense les nombreux dysfonctionnements auxquels l’association s’est confrontée depuis six ans, a été particulièrement repris et partagé sur facebook (cf. « Comment la Mairie de Paris nargue la justice et les quartiers populaires »). Le succès de cette enquête récapitulative laisse entrevoir la possibilité d’une alliance efficace entre les associations non municipales (comme on parle d’organisations non gouvernementales) pour assurer ensemble un meilleur contrôle de la politique municipale, à maints égard commune à la Ville et à l’État, comme c’est le cas notamment de la Politique de la ville et des relations entre l’Urbanisme (Ville) et l’architecte des bâtiments de France (État).

> Lire les questions aux candidats.

Daniel Vaillant en ZUS’urpe ?

Le blog a évoqué les atermoiements de l’ancien maire du 18e arrondissement dans son billet du 20 mai 2017 et constate aujourd’hui que Daniel Vaillant revendique, en se servant du logo « majorité présidentielle », une alliance qui lui est contestée (Lire en page Défense du quartier : « Daniel Vaillant l’affiche mal »).

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Chapelle/Pajol

« On ne parle pas des migrants, Monsieur, on parle des violents qui ont pris possession du quartier »

  • L’émission La Fabrique médiatique de France culture porte ce week-end un regard critique sur ce qu’elle appelle « la polémique Chapelle/Pajol » autour des productions en effet très polémogènes de Cécile Beaulieu dans Le Parisien, Laurence de Cock dans Télérama, Elisabeth Badinter dans Le Point, Daoud Boughezala dans Causeur.
  • Un travail chronologique du Bondy Blog tente de contextualiser ce qu’il qualifie d’« instrumentalisation politique ».
  • Causeur annonce la prochaine parution d’une enquête en cours et relativise la géolocalisation de la polémique : « La Chapelle/Pajol est l’arbre qui cache la forêt, il y a aussi Barbès et Château Rouge ».
  • La Goutte d’Or dans un mouchoir de poche, quoi ! – La Goutte d’Or qui est justement ce quartier dont la Ville et l’État ont pris possession dans les années 1970.
  • Ne seraient-ce aussi eux – la Ville et l’État – les violents de l’histoire ?

Si La Chapelle/Pajol est l’arbre qui cache la forêt et que la forêt est constituée notamment de Barbès et de Château Rouge, la Goutte d’Or est constituée de ce fameux bois dont on fait les flûtes alors (Illustration : Pastilles bleues et oranges de Cavé Goutte d’Or sur fond Googlemap, juin 2017).

Sur le plan ci-dessus, les trois pastilles de couleur bleue localisent sommairement, à droite : La Chapelle/Pajol, à gauche en bas : Barbès et, à gauche en haut : Château Rouge. Au centre, en pastilles oranges, les points de frictions, d’effractions et d’infractions mettant en cause la Politique de la ville, c’est-à-dire la gestion – par la Ville et l’État – des tensions qui font la Goutte d’Or et que les médias feignent régulièrement de découvrir.

Les trois secteurs représentés par une pastille bleue sont évoqués par Daoud Boughezala, rédacteur en chef du mensuel Causeur, au micro de Caroline Broué qui animait La Fabrique médiatique, ce samedi 3 juin 2017 sur France Culture, et avait invité le journaliste à débattre avec l’historienne Laurence de Cock, codirectrice de l’essai Paniques identitaires (écouter l’émission). Les deux invités avaient déjà croisé le fer en amont de l’émission, Laurence de Cock dans un entretien avec Télérama et Daoud Boughezala dans les colonnes de son propre journal en réaction au dit entretien,  ce qui permettait à La Fabrique médiatique de « rebondir » pour le dire comme Caroline Broué.

  • « Cette situation ne date pas d’hier », devait donc indiquer Daoud Boughezala à La Fabrique médiatique. « Pourquoi est-ce qu’on n’en a pas parlé avant puisque la Chapelle/Pajol est un peu l’arbre qui cache la forêt ? Non que la discrimination sexuelle sévisse partout en France mais il y en a…, il y a Barbès, il y a Château Rouge, il y en a en province depuis des années et, aujourd’hui, on pourrait peut-être analyser les causes de cette focalisation médiatique » (à 11’00 » de l’enregistrement).

On comprend que le journaliste souhaitait contextualiser les évènements formant « la polémique Chapelle/Pajol » en proposant, d’une part qu’ils n’étaient pas récents, d’autre part qu’ils ne concernaient pas que La Chapelle, mais aussi Barbès et Château Rouge. Et la province, ajouta-t-il pour faire bonne mesure, mais le raccourci qui fait entendre « il n’y a pas que La Chapelle, il y a aussi Barbès et Château Rouge » laisse l’habitant de la Goutte d’Or perplexe, tant il sait que le combat est le même sur les trois points et dans le secteur minuscule formé par ces trois points, au centre desquels Cavé Goutte d’Or dessine à dessein, en pastilles de couleur orange, les points de frictions et d’infractions sociales, les discriminations et irrégularités juridiques, les ruptures d’égalité devant la loi maintenus (quand ce n’est créés) depuis les années 1970 par la Ville et par l’État, recensés en matière d’habitat, d’urbanisme, de propreté, de sécurité et de qualité de la vie (cf. notre billet du 29 mai 2017 :  « Comment la Mairie de Paris nargue la justice et les quartiers populaires »).

La billet du 29 mai (qui contient la liste des points de tension et l’état des procédures qu’ils ont suscitées) titre sur la responsabilité de la Mairie de Paris dans cette situation qui n’est pas tant de non droit que d’organisation d’un système d’irrégularités instituées. Mais ce sont bien la Ville et l’État qui prennent leurs parts respectives et communes dans ce système dès l’origine du classement de la Goutte d’Or en zone sinistrée et, avant même, dans le célèbre donnant/donnant affiché en 1995 par Jacques Chirac et Lionel Jospin.

La géopolitique des ZUS

Du bref extrait ci-dessus d’une émission elle-même très courte (14 minutes), il ressort que l’analyse souhaitée par les deux intervenants (dans la logique du polémos, ils sont bien sûr invités pour se contredire, mais Laurence de Cock abonde dans le sens de Daoud Boughezala sur ce point) devrait porter sur « les causes de la focalisation médiatique », la focalisation médiatique étant elle-même présentée d’emblée comme portant sur « la discrimination sexuelle ».

Ou la gentrification de la capitale (La Découverte, 2013). Lire sur le blog « Ségrégation : La Politique de la ville en mal de mots ».

Les pages du blog ne sont sans doute pas le lieu d’entrer, à notre tour, en … polémique … avec les universitaires et journalistes qui commentent beaucoup (plus qu’ils ne le pensent et depuis plus longtemps qu’ils ne le pensent eux-mêmes, mais pas forcément dans un sens libéré du médiatique) le quartier dont il ne prétend, pour sa part, que « sauver l’architecture » (au sens très large néanmoins qu’offre le mot architecture). Mais nous suggérons qu’évoquer la seule « discrimination sexuelle » est déjà focaliser, et risque de ne pas aider à comprendre le prétendu retard de la « focalisation médiatique », encore moins ses causes.

De même que les habitants de La Chapelle/Pajol qu’on a pu voir récemment s’exprimer sur les écrans évoquent moins « les migrants » que « les violents qui ont pris possession du quartier »(*), de même parlent-ils moins de zones de non-droit que d’impunité. « Impunité » ne signifie pas « non droit », au contraire : « impunité » implique « droit non respecté », doublement non respecté puisque l’autorité chargée de le faire respecter ne sanctionne pas son non-respect. La personne qui pense en termes d’impunité regrette généralement cet état de fait et pense donc en termes de droit. Ce n’est pas que le droit n’est pas, c’est que le droit n’est pas appliqué. La nuance n’est pas artificielle : elle signifie que l’appareil juridique et judiciaire est détourné, et non qu’il n’est pas.

En s’appropriant La Goutte d’Or ‘légalement’ – c’est-à-dire par la force de déclarations d’utilités publiques souvent bancales, contraires à la volonté exprimée du maire, non conformes au vote du conseil municipal ; par des expropriations précipitées et douteuses ; par des permis accordés à l’arrache, souvent par l’émission de faux sous l’emprise de la fraude (pour l’instant non reconnue par le tribunal administratif, mais susceptible de l’être par la justice civile et pénale), la Ville et l’État (réunis de front dans la procédure que leur ont imposée les riverains du Marché Dejean ; réunis plus discrètement dans la paire formée par la direction de l’Urbanisme [Ville] et l’architecte des Bâtiments de France [État]) ont créé dans la Goutte d’Or le contexte que les habitants doivent combattre aujourd’hui (cf.  « Comment la Mairie de Paris nargue la justice et les quartiers populaires »).

Ne sont-ils alors pas eux-mêmes « les violents qui ont pris possession du quartier ». N’est-ce pas vers eux, la Ville et l’État, que « la focalisation médiatique », si tant est qu’elle ait besoin d’être médiatique, doit être dirigée.

Dézoomer pour dézoner

Valérie Pécresse parmi les « vieux routiers » de la politique dans le 18e (ici invitée par Roxane Decorte pour un dîner-débat électoral au restaurant « Les Routiers » de la rue Marx-Dormoy dans le cadre des élections de 2012).

Déjà, « la focalisation médiatique » à l’œuvre sur le secteur Chapelle/Pajol offre à la Ville, à l’État et à maints observateurs qui pensent que le sauvetage du quartier est entre les mains de ses démolisseurs, à force de zones urbaines sensibles désensibilisées et de zones de sécurités prioritaires désécurisées, l’occasion de se présenter sur les écrans avec la demande de statut quo que représente le zonage de la Goutte d’Or depuis 1980, son dépeçage au profit de son appropriation.

Au détour de l’enquête du Bondy Blog du 29 mai 2017 sur la visite de Babette de Rozières (candidate LR à la députation) et Valérie Pécresse (présidente LR de la Région Île de France) on entend Valérie Pécresse, qui connait le quartier dont elle a pris sa part de possession (ne serait-ce que pour y avoir dîné-débattu le 3 avril 2012 sous l’égide de Roxane Decorte dans une précédente campagne électorale :  voir illustration ci-contre), en appeler à une ZSP (zone de sécurité prioritaire) pour La Chapelle (vidéo). La belle affaire ! Comme Myriam El Khomri en avait appelé à une ZSP pour La Goutte d’Or alors qu’elle était à double titre (en Mairie centrale comme en Mairie du 18ème arrondissement) en position – en charge – d’assurer la sécurité qu’elle prétendait refiler à Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur de François Hollande (cf. notre billet du 10 septembre 2012 : « Urbanisme et sécurité sont liés »).

Les lecteurs du ‘Cavé Blog’ (qu’on surnommera ainsi aujourd’hui, en clin d’œil amical à son confrère du Bondy Blog, « média en ligne qui a pour objectif de raconter les quartiers populaires et de faire entendre leur voix dans le grand débat national ») ne seront pas étonnés du procès en mauvais journalisme fait par la presse parisienne à Cécile Beaulieu, accrédité du Parisien à La Goutte d’Or.

On se souvient en effet que, dans une fulgurante soumission au maire en place du 18e arrondissement, alors Daniel Vaillant, elle avait chamboulé sa propre information sans prendre le soin de l’appeler « droit de réponse ». Le 4 avril 2011, Le Parisien titrait sur la création de Cavé Goutte d’Or en ces termes : « Ils veulent sauver le patrimoine de la Goutte d’Or ». Quarante-huit heures plus tard, manifestement briefé par le maire qui avait confié le patrimoine de la Goutte d’Or aux démolisseurs du quartier, le quotidien annonçait sans recul : « Daniel Vaillant défend sa politique de lutte contre l’insalubrité » (voir notre premier billet, daté du 8 juin 2011).

Le cas est désormais étudié dans les écoles de journalisme au même titre que la réhabilitation de la Goutte d’Or est étudiée dans les écoles d’urbanisme. À l’occasion de son article vendant la politique de soi-disant lutte contre l’insalubrité, une politique pourtant notoirement désastreuse (« La Goutte d’Or sud a très mal vieilli », reconnaitra Daniel Vaillant lui-même), la journaliste du Parisien avait accrédité la thèse farfelue selon laquelle l’immeuble du 25 rue Stephenson devait être démoli en raison de son insalubrité irréversible et donné corps et vie à la fameuse « vielle dame à la corde » qui avait ému Daniel Vaillant jusqu’à en émouvoir son accréditée, aujourd’hui nommément citée à huit reprises par l’enquête du Bondy  Blog du 29 mai 2017 pour avoir participé à une « instrumentalisation politique ».

*

Couverture du livre que son inspiratrice considère comme un « livre alibi » dès lors qu’il explique, plans à l’appui, le renoncement à défendre le quartier comme il aurait pu et dû l’être (Lire les billets de Violette Roland à paraître sur les blogs de Cavé Goutte d’Or et de SOS Paris en juin 2017).

La chronique de l’instrumentalisation politique de l’habitat insalubre de la Goutte d’Or dans les années 1980-2000 (situation alors aussi réelle que la situation dénoncée aujourd’hui par les habitants de La Chapelle/Pajol ou que la rupture d’égalité devant la loi dénoncée par les habitants du secteur Dejean/Château Rouge) reste à faire. Cavé Goutte d’Or s’y applique à son modeste niveau, à l’aide des historiens et architectes qui ont étudié la question à la fin des années 1970 et ont produit, notamment, le désormais célèbre rapport de l’APUR, qui identifiait un nombre considérable d’« espaces urbains d’intérêt exceptionnel » que la Ville et l’État ont, de concert, tenté de mettre à sac, – tenté seulement, car il en restent quelques-uns (rue Affre, Pierre L’Ermite et de Jessaint, rue Saint Luc, Stephenson, Myrha et Cavé) que l’association défend contre les projets de Batigère, de Sefri-Cime Promotion et du Diocèse de Paris sur trois adresses proches de l’église Saint Bernard, monument historique classé au grand dam des mêmes Ville et État qui voudraient aujourd’hui contourner la protection patrimoniale comme ils ont essayé hier de l’empêcher (cf. « Le droit dans les bottes »).

À l’instar des journaux de la Mairie et des associations du quartier (voir notre billet « Police médiatique » du 10 octobre 2012), Le Parisien a participé à cette instrumentalisation, notamment en relayant l’histoire de la vieille dame dont se servait Daniel Vaillant pour démolir le 25 rue Stephenson, – une vieille dame que sa journaliste  semble avoir retrouvée au détour de son ‘enquête’ sur le quartier Chapelle/Pajol. Dans son papier du 6 avril 2011 sur le 25 rue Stephenson, Cécile Beaulieu  transcrivait en effet sans distance professionnelle l’émoi du maire en le citant : « Ce que j’ai vu dans cet immeuble reste gravé dans ma mémoire, souligne-t-il. Je n’oublierai jamais le visage d’une grand-mère, qui vivait seule au dernier étage, dans 9 m² insalubres, avec une corde en permanence à côté de son lit, pour lui permettre de se sauver par la fenêtre en cas d’incendie ».

« Panique médiatique ? »

Or, selon l’enquête du Bondy Blog du 29 mai, la journaliste du Parisien rapporte cette fois-ci qu’« une vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement alors qu’elle rentrait dans son immeuble, est désormais retranchée dans son appartement ».

« Sans plus de précision », regrette le Bondy Blog, qui a donc enquêté lui-même : « Nous nous sommes rendus dans les deux commissariats du secteur, rue Marcadet et rue Clignancourt. Aucun des agents rencontrés n’a entendu parler de cette agression sexuelle. De plus, étant donné le peu d’éléments disponibles sur l’identité de la personne, impossible pour les agents de police de faire une recherche. Du côté des élus du XVIIIème arrondissement, aucun avec lesquels nous nous sommes entretenus n’en a été informé. Nous avons interrogé Cécile Beaulieu à ce sujet. Elle nous répond ‘ne pas l’avoir rencontrée car les gens la protègent mais j’ai eu des témoignages de gens rencontrés sur place’ ».

Pas rencontrée parce que protégée ? Comme la vieille dame dont s’est servi Daniel Vaillant pour emporter la démolition du 25 rue Stephenson ?

Avec tout le respect dû à ces deux « vieilles dames » (dont on ne doute pas qu’elles existent, dussent-elles n’en être qu’une ; et dont on ne met pas en cause les souffrances), il y a comme un truc, un nom de code, quelque chose de l’ordre des ‘sources protégées’ dans cette présentation d’évènements. Plusieurs imprécisions, incohérences ou connivences sont ainsi recensées dans l’enquête du Bondy Blog, que La Fabrique médiatique sur France Culture a confirmées. Sans jamais citer nommément la journaliste du Parisien (elle peine d’ailleurs aussi à citer le nom du journal Causeur de son collègue d’émission), Laurence de Cock accuse en effet le journal à l’origine de « la panique médiatique » d’alliance avec la propagande, cette fois-ci non plus de Daniel Vaillant (alors maire PS) sur la prétendue insalubrité définitive du 25 rue Stephenson, mais de Pierre Liscia (LR) sur la prétendue sécurité de la circonscription dont il brigue le siège de député suppléant (suppléant de Babette de Rozières) : à la minute 10:38 de La Fabrique médiatique, Laurence de Cock évoque le développement de l’information panique sur La Chapelle/Pajol « avec l’alliance, objective ou non, du Parisien » pour assurer, trois minutes plus tard, que le Parisien s’est fait « l’auxiliaire d’une cause à fabriquer » (minute 13:59). La nuance disparait donc au fil du débat, qui conclut sur le besoin d’un « vrai journalisme d’investigation », que Le Parisien a raté et que serait en train de mener Causeur sur le secteur.

Daoud Boughezala annonce en effet une enquête autour d’« une ancienne élue » du cru, dont il tait soigneusement le nom et qui lui aurait dit : « Ça fait trente ans que je vois ce quartier ployer sous toutes les difficultés sociales, économiques et culturelles et ça m’agace que les médias ne s’y intéressent qu’aujourd’hui, comme si son embourgeoisement suscitait l’intérêt des médias », – sous-entendu : les bobos découvrent avec stupeur ce dont les gens du cru s’étaient accommodés ! – Des noms ! Des noms ! demande l’électeur : quelle élue (qui connait le quartier pour y avoir vécu depuis sa naissance ou presque, précise vaguement Daoud Boughezala) reconnaîtra-t-elle qu’elle n’a pas su diriger la bonne attention sur la véritable tension dont il souffre. Pas Roxane Decorte, on veut le croire, qui a tenu la main de Valérie Pécresse aux Routiers. La réponse est annoncée à l’antenne pour le 17 juin.

Enquête tardive

Une question clé émerge de l’entretien : pourquoi passe-t-on, dans ce quartier, de la soi-disant absence d’un vrai journalisme d’investigation à la soi-disant panique médiatique ? Il est souvent trop tard lorsqu’on en appelle à un « vrai journalisme d’investigation ». Car il risque de rester en surface. Déjà, des voix s’interrogent sur la raison de l’emballement actuel, – pas la raison de la situation, mais bien la raison de l’emballement, de l’intérêt. Effet de la migration (internationale) ou de la gentrification (migration intérieure) ?  Le ‘Cavé Blog’ n’y répond pas, pas aujourd’hui, et laisse ses lecteurs travailler la question avec toutes les sources disponibles à ce jour (dont certaines sont en accès libre) :

Manifestation du 25 mai 2017 contre l’emballement médiatique provoqué par Le Parisien (qui a modifié son titre entre deux éditions, comme le démontre Le Bondy Blog dans les premiers paragraphes de sa chronologie). Illustration de l’entretien de Télérama avec Laurence de Cock (Photo: Aurelien Morissard/IP3/MaxPPP).

La candidate Babette de Rozières dont Pierre Liscia est le candidat suppléant. Illustration de l’article de Daoud Boughezala pour Causeur (Photo Causeur).

(*) Le titre de ce billet est inspiré d’une séquence visible sur une vidéo produite par l’équipe de campagne LR de Babette de Rozières [de 00’45 » à 01’00 » de la vidéo] dont le lien est communiqué par l’enquête du Bondy Blog).

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