L’Atelier urbain

Les réponses au questionnaire de L’Atelier urbain

  • Ont répondu, dans l’ordre alphabétique, Pierre-Yves Bournazel (LREM), Anne-Claire Boux (L’Écologie pour Paris 18), Hela Daboussi (Un nouveau souffle pour le 18e/Parisiennes, Parisiens), Vikash Dhorasoo (Décidons Paris/LFI), Rudolph Granier (Engagés pour changer Paris, LR), Anne Hidalgo et Éric Lejoindre (PS/Paris en commun).

Les réponses sont publiées ici sous la forme où elles ont été reçues, sans commentaire ou analyse, L’Atelier urbain se réservant la possibilité d’en examiner les éléments les plus porteurs dans le cadre de ses travaux futurs.

À titre personnel et sans engager L’Atelier urbain, Cavé Goutte d’Or commente brièvement les réponses des candidats qui concernent la requalification de la Goutte d’Or Sud (voir en page accueil du blog ce 14 mars 2020).

Lire les réponses de :

Pierre-Yves Bournazel
Anne-Claire Boux
Hela Daboussi
Vikash Dhorasoo
Rudolph Granier
Anne Hidalgo et Éric Lejoindre

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Le questionnaire de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or aux candidats aux municipales des 15 et 22 mars 2020

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Utopiques tropismes ?

  • L’Atelier urbain de la Goutte d’Or inauguré le 12 décembre sous les verrières de La Manufacture : trop beau pour être vrai ?
  • Prochaine étape à La Goutte rouge*** , où les projets alternatifs au renouvellement urbain officiel avaient déjà fêté leur jour d’indépendance le 4 juillet dernier.

La verrière de La Manufacture, immeuble protégé au PLU de Paris (photo CGO, décembre 2019).

***Mise à jour du 14 janvier 2020/Avertissement : En raison des risques liés aux déplacements dans Paris ce mercredi 15 janvier, la Goutte Rouge ne peut assurer la réception de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or qui aura donc lieu aux Mah-Boules, 14 rue de Jesssaint (75018).

De 8 rue Myrha au 19 rue Polonceau, il n’y a que quelques pas. Cavé Goutte d’Or les a franchis en passant de la Goutte rouge (où était présenté le 4 juillet 2019 le projet architectural de l’Atelier 26) à La Manufacture (où a été lancé L’Atelier urbain de la Goutte d’Or le 12 décembre 2019).

L’association propose aujourd’hui de les franchir dans l’autre sens et invite les lecteurs du blog à poursuivre l’aventure de L’Atelier urbain en retournant à la Goutte rouge le 15 janvier prochain, pour le premier des ateliers pratiques annoncés le 12 décembre, comme l’a retenu Le 18e du mois dans son article de janvier 2020.

« L’Atelier urbain de la Goutte d’Or n’a pas de forme juridique. Ni structure, ni association, il est une assemblée d’hommes et de femmes voulant réfléchir de façon globale à leur quartier, son urbanisme, son avenir » : dans son article, Le 18e du mois cite l’architecte Jean-Jacques Terrin, l’un des initiateurs de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or avec les associations Cavé Goutte d’Or et ASA PNE, les représentants de la Table ouverte et de l’Union des commerçants de la Chapelle-Goutte d’Or, qui avaient  lancé une réflexion alternative au projet officiel de la Ville de Paris sur le secteur Boris Vian / Polonceau / Goutte d’Or. De ce secteur central au quartier et à la problématique de son renouvellement perpétuel depuis 1980, la réflexion s’est étendue et le groupe de travail s’est renforcé autour d’entrepreneurs et de commerçants sûrs du potentiel de la Goutte d’Or, parmi lesquels Farida Yahmi (Le Mistral Gagnant, les Mah-Boules), Saïd Assadi (le 360 Paris Music Factory) ou Frédéric Lopez (La Goutte Rouge), aujourd’hui rejoints par la Coopmune de Paris qui, pour sa part, « rassemble des citoyens convaincus, engagés et responsables qui ont décidé de préparer l’avenir pour éviter de le subir en s’impliquant directement dans la recherche puis la gestion d’un projet d’habitat partagé à Paris » (lien, compte tweeter).

Auteur notamment de Le piéton dans la ville : L’espace public partagé (dir., Parenthèses, 2011) et d’une étude plus récente sur « la coproduction d’une vision partagée du territoire » pour l’Institut CDC pour la recherche (Caisse des dépôts, 2018), Jean-Jacques Terrin est professeur émérite d’architecture et « accompagne bénévolement des projets d’urbanisme », retient Le 18e du mois. Il est ainsi membre de La Seine n’est pas à vendre, association signataire, avec FNE-Paris, SOS Paris, ASA-PNE, Cavé Goutte d’Or et autres groupes amis…, du manifeste « Retrouvons le Nord pour la gare du Nord ».

Après avoir présenté la problématique du renouvellement urbain de la Goutte d’Or sud dans son numéro de novembre 2019, Le 18e du mois de janvier 2020 présente les perspectives offertes par L’Atelier urbain sur un plan plus large, citant notamment Catherine Becker, autre membre du groupe de travail, « ethnologue résidant dans le quartier depuis 30 ans », précise le mensuel : « Penser le quartier en le nourrissant de nos expériences. Le raconter comme on aimerait qu’il soit. À partir de là, élaborer des scénarios et faire émerger des stratégies qui feront l’objet de discussions avec les élus et techniciens de la Ville ».

« Une cinquantaine de personnes, habitants et/ou représentants d’associations » (Le 18e du mois, janvier 2020). Photo CGO, 12 décembre 2019).

« La démarche se veut inversée par rapport à celle habituellement suivies dans les projets urbains parisiens », conclut Le 18e du mois qui reste lucide sur les doutes qu’ont pu faire naître le projet et la méthode dans l’assistance : « Rêver le quartier pour mieux l’aménager », retient d’ailleurs le journal dans son titre alors que « le raconter comme on aimerait qu’il soit » revient davantage à l’imaginer qu’à le rêver.

Imaginer l’aménagement

Pour ce qui est de l’imagination et de la concertation susceptible autant de la faire émerger que de la canaliser, ASA-PNE apporte à l’initiative de L’Atelier urbain l’expertise acquise dans la transformation de la ZAC Pajol et la création, en 2002, d’un collectif d’habitants  dont Olivier Ansart était le porte-parole (lien). Aujourd’hui à la tête d’ASA-PNE, Olivier Ansart est également vice-président de France Nature Environnement-Paris.

La Table ouverte et son président Rachid Arar, qui ont accompagné la Cohérie Boris Vian dès 2012 en proposant de confier l’entretien de la rue Boris Vian à un « programme d’intégration des jeunes du quartier dans des actions de sensibilisation à l’environnement » (ici pour mémoire), se sont engagés dans L’Atelier urbain de la Goutte d’Or avec la conscience des richesses du quartier, – comme l’ont fait Sonia Bouzellatat et la jeune Union des commerçants de la Chapelle et la Goutte d’Or qu’elle préside, née des initiatives et pétitions de mars 2018, hélas vite récupérées dans un « Tous mobilisés » en miroir par la Mairie de Paris et les bateleurs de chaos.

Chantier interdit au public (Photo CGO, 12 décembre 2019).

C’est donc un gros chantier qui se trouve engagé autour de cette idée d’atelier urbain. Et le mot chantier convient à plus d’un titre.  Le 12 décembre 2019, l’assistance n’essuyait en effet pas seulement les plâtres de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, qui doit aujourd’hui trouver ses marques et s’ancrer dans la réalité du quartier, s’inscrire dans son vécu. Elle essuyait aussi les plâtres de La Manufacture du 8 rue Myrha, lieu magnifique alors encore en chantier que son directeur Nicolas Renou a offert généreusement à l’initiative, donnant à l’ensemble du projet un caractère majestueux confirmé par un buffet qui l’était tout autant, offert quant à lui par la Table ouverte. De là, peut-être, le sentiment d’utopie qui s’est très vite (trop vite?) emparé d’une partie du public le 12 décembre : « Partir de l’utopie, du rêve, pour aboutir à des projets concrets, est une méthode qui a fait ses preuves », rappelle pourtant au 18e du mois la journaliste Laetitia Fernandez, modératrice de la soirée et animatrice entre autre d’un atelier paroles sur la Web radio de la Goutte d’Or, indique le mensuel.

Peu avant l’ouverture de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, Sonia Bouzellatat (Union des commerçants de la Chapelle-Goutte d’Or) et Olivier Ansart (ASA-PNE) découvrent le texte de l’intervention de Sandrine Mees au Conseil de Paris la veille (Photo CGO, 12 décembre 2019).

Au micro : Farida Yahmi (Le Mistral Gagnant, Les Mah-Boules) entourée de Rani Nakkache (Rani Chrono) et Mamadou Yaffa (Esprit d’ébène). Photo CGO, 12 décembre 2019.

En tous les cas, pour Cavé Goutte d’Or, qui souhaite avec cette initiative passer la main pour mieux se consacrer au travail de restitution dans lequel l’association s’est engagée depuis le printemps 2018 (et si besoin aux recours administratifs que les décisions municipales d’urbanisme imposeraient encore [notre page Défense du quartier en maintenance]), le non-lieu de l’utopie s’est vite montré comme le lieu du débat à créer, à provoquer au besoin, dans un quartier dont on pense qu’il débat déjà beaucoup, tant sa richesse associative est saluée de toutes parts, – une richesse associative d’ailleurs parfois saluée autant qu’elle est présumée, comme mécaniquement, comme un poncif, une pétition de principe.

De la rue Boris Vian
aux z-urbains z-urbanistes

Le débat ne manqua d’ailleurs pas le 12 décembre, un temps focalisé sur les ‘jeunes du quartier’. Plus que sur les projets urbains à imaginer, ‘les jeunes du quartier’ – une identité à définir autant que ‘les associations’ – ont en effet mobilisé les esprits. Plusieurs intervenants, de longue date très actifs sur la question et donc toujours jeunes, y ont participé, parmi lesquels Sonia Bouzellatat, Farida Yahmi, Patrick Gosset ou Sylvain Lopéra qui suggéra qu’il convenait d’aller à la rencontre des jeunes du quartier plus que de les inviter. Nous dirons : autant ou en même temps que les inviter. Parmi les jeunes entrepreneurs de la Goutte d’Or, forces vives du quartier s’il en est, L’Atelier urbain du 12 décembre put d’ailleurs saluer la présence notamment de Mamoudou Camara, organisateur de la CAN Goutte d’Or, ou de Rani Nakkache, qui vient d’ouvrir l’épicerie-livraison « Rani Chrono » au 2 rue Stephenson (photo ci-dessous).

Rani Chrono, 2 rue Stephenson. Photo CGO (janvier 2020).

L’ancrage des jeunes du quartier dans son urbanisme, leur participation à l’imagination des aménagements nécessaires, en feront une force de respect bien plus efficace que la couverture des prétendus mésusages par des constructions nouvelles, comme le préconise le triste projet de requalification du secteur Boris Vian. Ainsi l’avait d’ailleurs pressenti la Table ouverte dans son projet précité de 2012 qui pariait sur l’engagement des jeunes à défendre et préserver le quartier qu’ils seraient chargés d’entretenir, – un défi que L’Atelier urbain de la Goutte d’Or semble devoir et vouloir rencontrer.

À son propre rythme désormais, Cavé Goutte d’Or suivra les travaux des « urbains urbanistes », comme les appelle joliment Le 18e du mois qui cite en conclusion de son article un poème de Boris Vian, dont 2020 marque le centenaire de la naissance. Dans Je voudrais pas crever, texte de 1952 qui donne son titre à un recueil de poèmes rédigés entre 1951 et 1953, Boris Vian écrit en effet :

  • « Je voudrais pas mourir/Sans qu’on ait inventé/…/Et tant de trucs encore/Qui dorment dans les crânes/Des géniaux ingénieurs/Des jardiniers joviaux/Des soucieux socialistes/Des urbains urbanistes/Et des pensifs penseurs »…

« Tant de choses à voir/À voir et à z-entendre », poursuit-il avec un usage tout à lui du z qui ne marquait pas z-encore les zones z-urbaines sensibles.

***Mise à jour/Avertissement : En raison des risques liés aux déplacements dans Paris ce mercredi 15 janvier, la Goutte Rouge ne peut assurer la réception de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or qui aura lieu aux Mah-Boules, 14 rue de Jesssaint (75018).