Études

En 1984, les mises en garde contre le projet Boris Vian / Arcades Goutte d’Or avaient été lues à l’envers en hommage au millésime de 1984

  • À l’occasion de la présentation publique, le 22 novembre 2016, des projets de réhabilitation du secteur Boris Vian / Arcades Goutte d’Or, nous publions en page Études un extrait du billet paru sur le blog le 12 octobre 2015.
"Pas d'arcades, pas d'escaliers en coeur d'immeuble", disaient les experts.

« Pas d’arcades, pas d’escaliers en coeur d’immeuble », disaient les experts.

Extrait de « Pilotis hors sol », 12 octobre 2016 – Sous l’égide de l’association Paris-Goutte d’Or, plusieurs habitants et militants du quartier présentaient, en juin 1984, le projet de la Ville de Paris soumis à enquête publique sous le titre « Un patrimoine architectural et urbain livré aux bulldozers » (voir ci-dessous). « La rénovation du quartier de type ‘table rase’ est ressentie comme une violation et cela est inadmissible », écrivaient-ils dans le n° un de leur journal, qui offrait également ses colonnes à l’architecte Maurice Culot, proche de l’association Paris-Goutte d’Or, bien connu de nos lecteurs, membre du conseil scientifique et d’orientation de Cavé Goutte d’Or (Lire : « Témoignage d’un architecte »).

« Une enfilade de poteaux en béton »

Journal Paris-Goutte d'Or, n° 1, juin 1984, page 3.

Journal Paris-Goutte d’Or, n° 1, juin 1984, page 3.

Dans l’ouvrage consacré à La Goutte d’Or, faubourg de Paris, qui paraîtra en 1988 sous sa direction et celle de Marc Breitman aux éditions Hazan et Archives d’architecture moderne, Maurice Culot proposera une alternative au projet de la Ville, réservant six pages de l’ouvrage au carrefour alors inexistant qui deviendra l’angle Goutte d’Or/Boris Vian, aujourd’hui objet de la mission d’AA Feraru.

Extrait de La Goutte d’Or. Faubourg de Paris (1988), page 272.

L’endroit avait en effet été choisi par la municipalité alors en place en 1984 « pour édifier un nouveau parking surmonté d’un plateau de sport et de commerce », les aménageurs « préférant délibérément le look ‘ville nouvelle’ en construisant un édifice d’un seul niveau, posé sur une enfilade de poteaux en béton et surmontée de l’éternel bac à plantes, tandis que, face aux platanes existants sur la place, l’architecte dispose les grilles verticales de ventilation du parking ! », regrette l’étude de MM. Culot et Breitman en introduction de l’alternative montrant « comment on aurait pu reconstituer le tissu urbain et le caractère architectural de la Goutte d’Or » (pages 270-275).

Accompagnant le travail de terrain de Paris-Goutte d’Or, des experts de renom alertaient ainsi la Ville contre les plans qui altéraient l’âme d’un quartier, un quartier dont on note qu’il avait « un caractère architectural ». Le professeur d’architecture Bernard Huet, alors fraîchement Grand Prix de la critique architecturale 1984, membre de la Commission supérieure des monuments historiques, et Monique Mosser, historien au CNRS, écriront même, le 26 juin 1984, une longue note à l’attention du président de la Commission chargée de l’enquête publique sur le projet de rénovation de la Goutte d’Or, note que Cavé Goutte d’Or donne à lire intégralement ici.

Une fois rappelé que « le quartier résulte d’une opération de lotissement du début du 19e siècle (et) présente un caractère d’homogénéité remarquable souligné dans l’étude réalisée par l’historien François Loyer pour l’APUR », les auteurs de la note du 26 juin 1984 se penchaient spécialement sur le projet d’arcades et les futurs escaliers de la rue Boris Vian :

  • Les arcades – « La création de rues piétonnes sous portiques est contestable à différents points de vue. Rappelons que nous ne sommes pas rue de Rivoli, mais bien dans un quartier populaire où la création de tronçons de rues sous portique créera des conditions d’insécurité et des discontinuités urbaines (…). L’usage de pilotis ne permet pas de conserver les caractéristiques architecturales et introduit un concept que l’on ne retrouve nulle part dans le quartier ».
  • Les escaliers – « La percée prévue au centre de l’îlot Goutte d’Or / Charbonnière / Chartres exige la démolition d’un édifice sur cour intéressant, crée des redents inutiles et modifie totalement la partie centrale de la composition en croix de saint André. La création d’un escalier public sous un édifice au centre de cet îlot pose la question de la sécurité et de l’entretien : si un passage doit absolument être trouvé à cet endroit, il peut être envisagé en utilisant la cour qui pourrait être connectée à travers l’édifice existant (…) ».

Plan de reconstruction soumis à enquête publique (1984) publié dans le journal de Paris-Goutte d'Or

Plan de reconstruction soumis à enquête publique publié dans le journal de l’association Paris-Goutte d’Or (juin 1984, pages 3-4). Le chiffre 7 signale l’emplacement de la cour d’immeuble évoquée dans la note Huet/Mosser, aujourd’hui escalier Boris Vian.

Chaque mot de cette étude compte et on ne peut qu’encourager les acteurs et usagers d’aujourd’hui à lire ou relire ce texte qui se préoccupait du quartier – « de l’architecture et de la trame urbaine du quartier », écrivent les auteurs – quand bien même il n’était pas encore protégé par un monument historique reconnu. Le quartier lui-même ‘faisait histoire’, sa propre histoire, et le projet de la Ville l’anéantissait :

  • « Le plan soumis à enquête publique sacrifie presque systématiquement les immeubles d’angle et présente une architecture agressivement en rupture, une architecture sans doute correcte dans une ville nouvelle mais qui n’a pas sa place dans ce quartier de Paris. La règle, nous semble-t-il, doit être de renforcer les caractéristiques architecturales du quartier et non de les amoindrir, de banaliser l’ensemble », avertissaient Bernard Huet et Monique Mosser.

Un enjeu définitivement actuel

Si les auteurs croient devoir préciser que, « n’habitant pas le quartier, (ils s’abstiennent) d’intervenir sur les aspects sociaux que soulève la réalisation du plan », ces aspects ne sont naturellement pas écartés par les habitants et militants de Paris-Goutte d’Or qui les mettent en tête de leurs préoccupations et qui néanmoins – nous dirions : d’autant plus – s’inquiètent en 1984 de voir que « les rues présentant un espace urbain cohérent d’intérêt élevé (Gardes, Goutte d’Or, Chartres, Charbonnière, Polonceau) sont celles dont il ne restera presque plus rien après l’application du plan de la Mairie » (source).

On pouvait donc réhabiliter le logement sans démolir l’âme, semble soutenir Paris-Goutte d’Or, et c’est en pensant qu’on pouvait, au contraire, éradiquer à la fois l’habitat insalubre et l’âme du quartier (« renoncer à l’esthétique et à un effort architectural important afin de ne pas dépasser les plafonds PLA ») qu’on a créé, en 1984, sous le logo déjà de réhabilitation, les conditions exigeant le travail de réhabilitation nécessaire aujourd’hui.

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2010-2015 : Cinq ans d’étude et d’action

Parmi les études ouvertes par Cavé Goutte d’Or depuis l’été 2010, on retient sur cette page :

  • Le rôle de l’ABF dans les permis modificatifs de complaisance (octobre 2014-juin 2015) ;
  • Le PLU et la Mairie de Paris : limites séparatives et servitudes aux 22-24 rue Cavé ; tentative de préemption injustifiée au 11 rue Saint Bruno (2015… ) ;
  • La notion de dommage lorsque l’architecte des bâtiments de France évoque une «démolition dommageable» (juin 2012) – article également publié dans le journal du Paris Historique ;
  • Développements sur la notion de «démolition dommageable» dans les conclusions déposées par Me Christian Frémaux devant le TGI de Paris pour tenter de sauver le 83bis rue Philippe de Girard (mars 2013) ;
  • Les suites en cours de préparation pour faire valoir la notion de «démolition dommageable» dans les procès et les études de Cavé Goutte d’Or ;
  • Un projet de Violette Roland pour une étude historique sur les 30 dernières années de mutation de la Goutte d’Or (mai 2012) ;
  • Une réflexion sur le ghetto autour d’un propos du candidat François Hollande (avril 2012) ;
  • Un débat sur la relation entre logement social et urbanisme, porté par le conseiller Verts Pascal Julien devant le Conseil du 18e arrondissement (octobre 2011) ;
  • La transcription de l’intervention du conseiller Dominique Lamy dans le cadre de ce débat (octobre 2011) ;
  • Une étude de Rifaâ Tahtaoui sur les « visites exotiques » de la Goutte d’Or (septembre 2011) ;
  • Un article de Cavé Goutte d’Or sur le tissu faubourien malmené par les opérations de rénovation urbaine de la Goutte d’Or (juin 2011) – article également publié dans le journal du Paris Historique ;
  • La demande d’audit de Cavé Goutte d’Or à François Fillon et Bertrand Delanoë sur le logement (mars 2011)
  • Le projet de Cavé Goutte d’Or pour la transformation du 25 rue Stephenson en Maison des cinq moulins (décembre 2010)

Dommageable mais pas coupable ?

(juin 2012-juin 2013)

Quel sens donner à l’avis d’un architecte des bâtiments de France indiquant qu’« envisager la démolition de tel immeuble est dommageable » ?

> Une question juridique
> Un premier procès contre la SIEMP tendant à prévenir le dommage devant le TGI et la Cour d’appel de Paris
> Justice en embuscade : Un second procès en préparation sur le dommage avéré après démolition.

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Culture et quartiers

La nouvelle Goutte d’Or : une étude historique de la mutation des 30 dernières années

Avant-projet de Violette Roland pour Cavé Goutte d’Or

(mai 2012)

« Facteur de citoyenneté et de solidarité, la culture est une dimension majeure du développement des quartiers. Permettre l’appropriation de vastes domaines de la culture, encourager l’émergence de projets sont aussi un moyen de lutte contre les inégalités sociales » (Site dela Mairie de Paris, rubrique « Culture et quartiers »).

1 – Pourquoi un projet d’étude de l’histoire récente de la Goutte d’Or ?

  • Parce que l’histoire du quartier dela Goutted’Or de la fin des années 1970 à nos jours n’est pas encore faite.
  • Parce que cette histoire est celle d’une mutation décisive encore inachevée qui détermine la vie quotidienne des habitants. L’intervention publique locale depuis 1983 sur le bâti et sur la vie sociale du quartier mérite d’être analysée scientifiquement.
  • Parce que la définition même de ce qu’on appelle aujourd’hui « quartier » de la Goutte d’Or est à interroger. Le quartier a certes une définition administrative comme unité de gestion du 18ème arrondissement depuis le redécoupage des arrondissements de Paris en 1859. Mais cet espace était strictement fonctionnel et ne correspondait à aucun groupement social. Par exemple, le tracé de la limite ouest du quartier Goutte d’Or intègre alors le secteur de Château Rouge qui appartenait à la commune de Montmartre. Le nom de ce quartier administratif est celui du hameau de la Goutte d’Or qui, lui, appartenait à la commune de La Chapelle. Jusqu’à la fin des années 1980, l’unité administrative était socialement divisée entre le secteur sud et le secteur nord. Ce qu’on appelait alors « La Goutte d’Or » était le secteur sud jusqu’à la Butte aux Couronnes (ou des Cinq Moulins). Aujourd’hui, il semble qu’il y ait coïncidence entre l’unité administrative et le corps social. Il y aurait donc eu là une homogénéisation sociale sur l’ensemble du périmètre du quartier administratif.
  • La période de 30 ans est celle du processus historique de redéfinition de ce que signifie désormais « quartier » dans l’expression « quartier de la Goutte d’Or ». Il convient d’en faire l’histoire.

2 – Pourquoi ce projet s’inscrit-il dans « la politique de développement des quartiers » ?

  • Parce que les ressources documentaires du quartier attendent d’être exploitées : les fonds de la Salle Saint Bruno et de la Bibliothèque de la Goutte d’Or sont à confier aux habitants qui, comme historiens amateurs, y trouveront : – A) les décisions et les analyses/bilans de la Ville et de l’État depuis la première intervention publique sur le secteur sud en 1983 ; B) l’évolution du travail associatif au sud comparé à celui du nord ; C) les données économiques et sociales disponibles ; D) les analyses d’universitaires, d’urbanistes, d’architectes, de journalistes ; E) les traces des manifestations politiques et culturelles marquantes ; F) les dossiers de presse ; G) les images : films et photographies. Toutes ces ressources sont un patrimoine qu’il convient de s’approprier pour connaître le passé récent qui fait le « vivre ensemble » actuel.
  • Parce que c’est un travail d’équipe, un projet de mobilisation/fédération d’énergies du quartier en vue de l’appropriation réelle du lieu. Ce lieu est caractérisé par la jeunesse de ses habitants qui, pour la plupart, ignorent les événements et les acteurs qui ont produit le quartier tel qu’il se donne à vivre. Or, le lien entre générations se réalise aussi grâce à l’étude. L’histoire récente racontée par ceux qui l’ont vécue est une ressource à cultiver. Ces ressources orales seront intégrées à l’étude documentaire.
  • Parce que l’effort collectif d’accès à la connaissance de l’histoire est une formation initiale et permanente, pratique et théorique du citoyen. C’est la conscience active du passé qui tisse les liens au présent. C’est le sens de l’histoire qui suscite l’imagination, le désir de s’inscrire dans le temps, d’habiter, de participer à la chose publique avec discernement.
  • Parce que l’ambition, ici, n’est pas d’occuper l’espace et le temps de jeunes définis arbitrairement comme étant vacants mais d’offrir à de jeunes étudiants du quartier les moyens de s’initier à une recherche en prise directe sur leur cadre de vie.
  • Parce que la question de l’histoire locale de ces trente dernières années ouvre sur l’histoire du logement social, de l’architecture et du paysage urbain, de l’habitat. La question de juger de la beauté d’un site, de comment dater tel immeuble, tel alignement de façades en se promenant dans le quartier, dans Paris, n’importe où ailleurs, n’est pas une question d’érudition mais de goût, d’affect, d’art de vivre. Qu’est-ce que « habiter » veut dire ? Est-ce comme « être logé » ? Que signifient l’adjectif et le substantif « social » ? Ces questions ne prennent sens que dans le cadre d’un travail rigoureux où la solitude de l’étude nourrit l’échange et est soutenue par celui-ci en retour.

3 – Avec quels moyens humains et financiers ?

Les initiateurs du projet sont quelques bénévoles de l’association Cavé Goutte d’Or, soutenus par le Conseil scientifique et technique de l’association composé d’historiens et architectes, de sociologues, philosophes, juristes, enseignants disposés à :

  • diffuser le projet dans le quartier et recruter les amateurs de la fabrique locale de l’histoire locale ;
  • demander un lieu de travail et la mise à disposition des fonds documentaires aux autorités légitimes ;
  • établir des dossiers de demande de bourses d’études pour les étudiants du quartier qu’ils auront recrutés ;
  • piloter le travail.

L’objectif est de produire du texte mais aussi de l’image. Il est donc envisagé de présenter le projet aux éditeurs de la place : la perspective de la publication d’un ouvrage est nécessaire.

En conclusion

Le caractère culturel du projet est évident. On nous objectera peut-être qu’il est trop ambitieux pour le quartier. C’est l’idée même de cette objection qui nous conforte dans la conviction de l’urgence, pour ce quartier, d’une initiative forte, fondée sur une seule croyance : celle de l’égalité des intelligences.

Nous demandons aux amis de la culture qui siègent dans les lieux du pouvoir de bien vouloir mesurer la valeur de ce que nous proposons et de nous encourager à le réaliser. Ceci n’est qu’un avant-projet.

Une subvention sera sollicitée de la Mairie de Paris, de la Région et du Ministère de la Culture.

Violette Roland, critique de sciences sociales, mai 2012.

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François Hollande : « Pas de ghetto dans la République que je veux »

(avril 2012)

Loin d’être un concept tabou, le mot ghetto est pris à bras le corps par le candidat PS aux élections présidentielles de 2012, et c’est tant mieux.

« Dans la République que je veux, je refuse qu’il y ait du ghetto — du ghetto pour les riches et du ghetto pour les pauvres, a-t-il déclaré dans son discours d’Aulnay-sous-bois (voir sur le blog). Je veux de la mixité, je veux de l’échange, je veux du partage. Et la promesse républicaine que je vous adresse, c’est d’offrir un logement digne et abordable à chacun. »

Le « risque de ghettoïsation » est en effet au centre des préoccupations en la matière, telles qu’elles sont émises, tant par les responsables politiques de gauche et de droite que par des experts et universitaires de renom, comme en témoigne l’extrait ci-dessous de la demande d’audit sur le logement présentée en mars 2011 par Cavé Goutte d’Or au premier ministre François Fillon et au maire de Paris Bertrand Delanoë.

À titre d’exemples :

  • le risque est brandi dès les débats de l’Assemblée nationale portant sur l’adoption de la LoiSRU, le ministre de l’Équipement, des Transports et du Logement d’alors, M. Jean-Claude Gayssot, souhaitant « s’attaquer à la densification » en réponse à l’inquiétude des maires qui accueillaient déjà, en mars 2000, « des pourcentages de logements sociaux largement supérieurs aux 20% » prévus par la loi et refusaient « la paupérisation accrue » induite (Jean-Claude Gayssot, Débat parlementaire à l’Assemblée nationale, 15 mars 2000) ;
  • la mairie de Paris évoque, en mars 2007, « la préoccupation sous-jacente de ne pas voir aggraver un effet de ‘‘ghetto social’’ dans (le quartier de la Goutte d’Or) » (Note de la Direction de l’Urbanisme de la mairie de Paris du 7 mars 2007 relatif à une enquête publique sur un bâtiment de la Goutte d’Or, p. 7) ;
  • intervenant en décembre 2010 sur la question des logements sociaux en lien avec la Loi SRU et ses 20%, les économistes Olivier Pastré et Nicolas Baverez se rencontrent sur la crainte de ghettoïsation ; selon le premier, « plus de 20% de logements sociaux entraîne probablement un grave effet de ghetto qui peut être très conséquent » ; le second estime pour sa part que « 70% de logements sociaux dans une commune, c’est dramatique, c’est un ghetto urbain » Olivier Pastré, Nicolas Baverez, « La crise du logement en France, un phénomène récurrent… », L’Économie en question, France culture, 18 décembre 2010) ;
  • pour la sociologue Amélie Flamand, qui rend compte d’une étude sur la mixité sociale à l’échelle de bâtiments parisiens, « la figure du ghetto devient prégnante et souligne combien l’objectif de cohésion par la mixité est loin d’être atteint » (Amélie Flamand, « La mixité sociale, à l’échelle de deux immeubles parisiens », Anthropologie, ville, architecture et territoire, séminaire de l’EHESS, 16 décembre 2010) ;
  • dans son Que sais-je ? sur Le logement social en France (2007), le professeur de sociologie urbaine Jean-Marc Stébé s’interroge, en conclusion, sur « la capacité (parviendront-ils ?) des gestionnaires du parc HLM à freiner le processus de ghettoïsation qui éloigne de jour en jour un peu plus de nombreux quartiers d’habitat social des dynamiques urbaines » (Jean-Marc Stébé, Le logement social en France, Presses Universitaires de France (Que sais-je ?), 2007, p. 123-125) ; il (est utile) d’observer l’aggravation de ce qui est souligné par M. Stébé comme processus : dans une précédente édition de l’ouvrage, en 2002, l’auteur considérait encore la ghettoïsation comme évitable ; son interrogation portait sur « les moyens de loger toutes les familles défavorisées dans le patrimoine HLM sans constituer, comme dans les pays anglo-saxons, des poches de pauvreté que l’on pourrait voir se transformer en zones d’habitats complètement reléguées, voire ghettoïsées » (p. 125 de l’édition de 2002).

 Relégation ?

L’idée de relégation est également présente dans les travaux du sociologue Loïc Wacquant, qui préfère « relégation urbaine » ou « marginalité avancée » à ghetto, dont il critique l’importation des États-Unis en France (Cf. Loïc Wacquant, Parias Urbains. Ghetto, Banlieues, État, La Découverte, 2006 ; « Pour en finir avec le mythe des cités-ghettos. La différence entre la France et les États-Unis », Annales de la recherche urbaine, 54. 1993, cité par Jean-Christophe François et Franck Poupeau, De l’espace résidentiel à l’espace scolaire. Les pratiques d’évitement scolaire en Île de France, Recherche pour le compte du Ministère de l’éducation nationale et de la DATAR, Centre de sociologie européenne, 2005, p. 9).

Dans le même sens, les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon assurent qu’« en France, le ghetto est social, et beaucoup moins ethnique qu’aux États-Unis », et parlent de « ségrégation urbaine » (Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Les Ghettos du gotha, via http://inventin.lautre.net/livres/Les-ghettos-du-Gotha-Pincon.pdf).

Hervé Vieillard-Baron, qui évoque le « risque de ‘‘ghetto’’ » dans une thèse de 1991, se démarque lui aussi du mot, dont il pense que l’importation des États-Unis « contribue à occulter la spécificité des difficultés rencontrées dans les quartiers hétérogènes (que sont) les banlieues françaises, tout en contribuant à l’ethnicisation de leur perception » (Hervé Vieillard-Baron, Chances d’intégration et risque de « ghetto » chez les populations défavorisées de la région parisienne, Université Paris I, thèse de doctorat, 1991, 632 p. ; Les banlieues françaises ou le ghetto impossible, L’Aube, 1994, cité par Jean-Christophe François et Franck Poupeau, De l’espace résidentiel à l’espace scolaire. Les pratiques d’évitement scolaire en Île de France, voir note précédente).

Ségrégation ?

Dans Le déni des cultures, le sociologue Hughes Lagrange dessine les contours de la carte scolaire dans le 18e arrondissement et conclut, dans ce qu’il qualifie de sécession (« La sécession sans guerre »), à une « ségrégation scolaire » qui suit les taux de logements sociaux relevés plus haut pour ce quartier (Hughes Lagrange, Le déni des cultures, Le Seuil, 2010, p. 121-132 (124-125).

Déjà dans leurs études de 1977 et 1982, l’architecte urbaniste Rémy Butler et l’économiste urbaniste Patrice Noisette, voyaient dans le fait qu’« une classe sociale est, en tant que telle, privée de la maîtrise de son habitat » le risque d’« une forme de ségrégation sociale dans l’habitat » (Rémy Butler et Patrice Noisette, Le logement social en France 1815-1981. De la cité ouvrière au grand ensemble, Maspéro, 1982, p. 6).

Lors du débat de l’Assemblée nationale sur les dix ans de la Loi SRU, le député UMP de Seine Saint Denis Gérard Gaudron, secrétaire national de son parti à l’urbanisme, s’inquiétait des « effets indésirables (de la loi), car construire ne doit pas signifier déstructurer. Les inégalités spatiales des quartiers ne doivent pas se reproduire à l’échelle des villes. Les ghettos que nous voulons gommer de nos cités ne doivent pas se recréer » (Assemblée nationale, séance du 3 février 2011, compte rendu intégral, www.assemblee-nationale.fr).

« Ségrégation » et « ghetto » sont encore mentionnés dans les interventions du conseiller municipal UMP Thierry Coudert contre la construction d’un quartier neuf prévoyant 50% de logements sociaux dans le secteur des Batignolles, sur le territoire du 17e arrondissement de Paris qui absorbe lui-même un taux inférieur à 12% de logements sociaux ce qui, toutes proportions gardées, corrobore la situation de la Goutte d’Or par rapport au 18e arrondissement (Thierry Coudert, « Pour que les Batignolles ne soient pas un ghetto », le JDD, www.lejdd.fr, 18 juin 2010, 15 février 2011). 

Le bon mot de Hollande ?

La différence de terminologie et de concept n’est pas dirimante dès lors que les mots « relégation », « ségrégation », « concentration », « cantonnement » qu’on trouve sous la plume des observateurs et universitaires cités ici permettent d’appréhender la question autant sinon mieux que « ghetto », les adjectifs ajoutés (relégation urbaine, ségrégation scolaire, concentration culturelle, cantonnement ethnique, ou ghetto social) montrant les divers angles d’analyse.

Tout au plus, doit-on garder à l’esprit la force démesurée du mot ghetto, que la référence en soit l’Europe du Moyen-Âge au XXe siècle ou les États-Unis d’Amérique, et l’échec que trahit l’opposition mixité sociale/ghetto social, quand on sait que ghet marque étymologiquement la rupture, le rejet, le divorce.

Si la plupart des sources rappellent que ghetto est un mot aux origines italiennes incertaines, utilisé pour le quartier juif de Venise au Moyen-Âge, rares sont les dictionnaires qui, comme Littré, indiquent l’étymologie hébraïque du mot ghet (lettre de divorce, rupture, répudiation dans le droit judaïque), qui est peut-être aussi à l’origine de son usage vénitien, puis plus largement européen et états-unien).

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Logements sociaux et qualité de l’urbanisme

Un voeu d’EELV débattu en Conseil d’arrondissement le 10 octobre 2011

Dans un vœu déposé à l’initiative de Pascal Julien, adjoint au Maire du 18earrondissement, chargé des Espaces verts, et de Sylvain Garel, Conseiller de Paris, le parti Europe Écologie Les Verts (EELV) s’attache à « concilier construction de logements sociaux et qualité de l’urbanisme dans le secteur Goutte d’Or-Château Rouge ». Déposé le 3 octobre, le vœu est à l’ordre du jour de la séance de lundi prochain 10 octobre 2011.

Rappelant que la politique de lutte contre l’insalubrité avait « reçu le soutien de la majorité municipale », donc celui des Verts, le vœu de MM. Julien et Garel observe que « les démolitions se sont multipliées, offrant à la vue des habitants et des passants des friches provisoires sur lesquelles surgissent de nouvelles constructions qui, peu à peu, dessinent un nouveau paysage urbain ».

« Or celui-ci entre trop souvent en rupture, voire en contradiction, avec l’héritage faubourien de ce quartier qui, malgré son état de vétusté ou d’insalubrité, n’en constitue pas moins un héritage patrimonial reconnu, auquel ses habitants sont par ailleurs attachés », poursuivent MM. Julien et Garel en s’inquiétant du « bilan d’étape urgent » demandé il y a un an par la Commission du Vieux Paris.

 « Cette demande n’a eu aucun effet », constate EELV. « Au contraire, il apparaît que les démolitions se sont accélérées, les permis de démolir étant accordés par des ‘‘Comités techniques décisionnels’’ où siègent notamment la société demandeuse du permis de démolir (6 personnes sur 22) et les Directions de la Ville qui seront chargées, un an plus tard, d’instruire la demande de permis ! »

EELV cite quelques exemples à l’appui de ce constat :

  • «  Le 25 rue Stephenson a été intégralement détruit alors qu’une réhabilitation, au demeurant souhaitée et annoncée par le Maire de Paris au Conseil municipal des 3 et 4 avril 2006, était possible ».
  • «  Un permis de démolir a été délivré en mars dernier pour le 24 rue Cavé alors que cet immeuble, dont on peut encore voir les frises en carrelage et terre cuite sur la corniche, était voué à la réhabilitation, le Département d’histoire de l’architecture et de l’archéologie (DHAAP) ayant estimé que ‘‘sa préservation a de l’intérêt’’, car il est  situé dans ‘‘une séquence de petites maisons présentes dans la rue et assez rares dans Château Rouge’’.

L’état de ce bâtiment se serait dégradé entre 2005 et 2010 en raison de l’absence de toute protection et du report des travaux de réhabilitation ».

  • « La façade du 5 rue Myrha doit être préservée, selon le permis de démolition. Mais en la laissant se dégrader au fil des années, reportant ici aussi les travaux de réhabilitation prévus, on risque de rendre un jour sa destruction à son tour inévitable ».
  • « L’immeuble récemment construit à l’angle Myrha-Léon en lieu et place des 6 rue Léon et 33 rue Myrha présente une façade standard dépourvue de personnalité alors que : 1) la CVP avait d’abord demandé la réhabilitation de ces deux immeubles jumeaux, puis, devant se résoudre à leur dégradation, proposé une construction à l’identique ; 2) la Ville exige de la copropriété voisine du 2 rue Léon qu’elle respecte, à l’occasion du ravalement récent de son immeuble, les éléments caractéristiques de l’architecture faubourienne ».
  • « 19 – 27 rue Myrha : la physionomie qui résulte de la mitoyenneté de ces immeubles de même gabarit et de même style conduit au phénomène de froides et uniformes ‘‘barres horizontales’’, que des hauteurs différenciées auraient pu empêcher ».

Considérant

Et les Verts de conclure :

  • « Considérant que la construction de logements sociaux, bien menée, devrait aboutir à une meilleure qualité d’urbanisme,
  • « Considérant que le maintien de l’identité urbaine et architecturale du quartier Goutte d’Or – Château Rouge, par la préservation de quelques éléments patrimoniaux, serait un signe de cette qualité,

« Le Conseil du 18ème, à l’initiative de Pascal Julien et Sylvain Garel, demande au Maire de Paris que le bilan d’étape sur l’aménagement du secteur Château Rouge, voulu par la Commission du Vieux Paris, soit présenté en réunion publique dans les plus brefs délais et que soient établies les responsabilités en cause dans la dégradation des 24 rue Cavé et 5 rue Myrha au cours des dernières années ».

Débat en direct sur le site de la Mairie le lundi 10 octobre 2011 à partir de 18 h 30.

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Intervention de M. Dominique Lamy* au Conseil du 18e arrondissement de Paris du 10 octobre 2011

Suivre sur la vidéo 6/6 (de 2:28 à 5:10).

« Qu’arrive à ce moment ce type de débat (est) un signe qui devrait nous alerter sur l’évolution sociologique du quartier. On est en train de voir une mutation sociologique de ce quartier. Là où il y avait une appropriation collective de l’espace qui se manifestait par la concertation, par l’appropriation au travers d’associations de quartier, une vie en commun qui existait les années passées sur ces quartiers, dans le sud du quartier en particulier, j’ai le sentiment que, peu à peu, ce lien se délite.

» Cette envie de vivre ensemble n’est pas comparable à celle qui existait précédemment et on rentre dans une démarche qui est beaucoup plus consumériste et qui est beaucoup plus égoïste dans la demande et dans le ressenti du quartier, et c’est quelque chose que je regrette et que je ressens profondément dans le sein du conseil de quartier Château Rouge – Goutte d’Or, cette difficulté à vivre ensemble sur des secteurs pas forcément très anciens en terme d’habitants. Les gens qui sont autour de la table me comprennent parfaitement.

» C’est peut-être un peu abscond, ce que j’explique, mais on a vraiment le sentiment de voir deux types de populations, au sens très large des choses, s’y affronter : un certain nombre de personnes qui y sont installées depuis longtemps et qui y ont vécu dans de très mauvaises conditions mais avec un fort ciment social qui a pousséla Ville, les autorités compétentes, à rénover ce quartier, à aller vers ce qu’il est maintenant au sud.

» Cet effort n’a pas été porté sur l’ensemble du secteur, mais seulement sur la partie sud et le secteur nord de ce quartier a été laissé… pas à l’abandon, c’est pas le mot, mais disons à.. la mainmise ou la… la… la… l’intervention du secteur privé.

            (Interjection de Daniel Vaillant : « C’est ce qu’on appelle le social de fait, mais à l’abandon »)

» Le social de fait a été petit à petit réinvesti par des gens qui sont extérieurs au quartier, qui y trouvent un certain nombre de charmes, mais les charmes s’arrêtent relativement vite quand il s’agit de vivre ensemble, quand il est question de nuisances dues au voisinage et ces questions-là remontent régulièrement comme une difficulté à vivre ensemble et une difficulté à intégrer tous les aspects du quartier qu’ils avaient peut-être fantasmé(s) en venant y habiter. »

Pour une première analyse du débat du Conseil d’arrondissement, voir sur le blog : « Déconstruction du Conseil d’arrondissement du 10 octobre 2011 » puis les verbatim successifs postés en novembre 2011.

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Visite exotique, regard ethnologique

Compte rendu et réflexion de Rifaâ Tahtaoui

(septembre 2011)

En repérage le 2 septembre 2011 pour les visites décalées présentées par Cavé Goutte d’Or à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, un de nos honorables correspondants suivit avec intérêt la conférence promenade de Pierre-Yves Jaslet, ainsi présentée : « Visite guidée du quartier exotique de la Goutte d’Or, ses cottages, le lavoir de Gervaise, ses mosquées, la superbe salle de l’ancien Pathé Barbès transformée en magasin de chaussures, la Place de l’Assommoir et le souvenir de Gervaise, les jardins de la villa Poissonnière, en terminant dans les senteurs d’un marché africain ».

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Monsieur Jaslet, le conférencier, est un artiste érudit et modeste, ouvert aux remarques de ses visiteurs. Il n’est ni habitant du quartier ni spécialiste de son évolution depuis une trentaine d’années. Il guide des groupes de visiteurs principalement français sur les traces de leur propre patrimoine architectural, artistique, muséographique, littéraire, musical, culinaire dans une vingtaine de promenades, de la Place des Vosges au Montparnasse, en passant par l’Île Saint-Louis, le Palais Royal, la Sorbonne, Saint-André des Arts ou le Faubourg Saint-Germain, la Closerie des Lilas…

Pour sa visite de la Goutte d’Or, rendez-vous est fixé devant la banque du Crédit Lyonnais de Barbès, d’où une douzaine de personnes, essentiellement retraitées de l’Île-de-France ou de province, ayant déjà suivi les promenades de M. Jaslet, prennent le départ. Après avoir évoqué les limites du Paris d’avant 1860, figurées par l’actuel métro aérien, le conférencier, au fur et à mesure de la remontée du boulevard Barbès, côté ouest, évoque tour à tour les magasins du « Tunisien Tati » et les splendides bâtiments monumentaux des Magasins Dufayel, ouverts en 1856, où se trouvent notamment, depuis cinq ans, les magasins Virgin Megastore.

Est-Ouest

Après avoir franchi la frontière sociologique du boulevard Barbès, qui sépare le 18ème arrondissement en deux parties (celle de l’est et celle de l’ouest), et remontant, côté est, le trottoir de ce boulevard, notre guide salue les commerces bon marché qui vendent des costumes pour hommes à moins de cent euros et, plus tard, dans la rue Myrha ou sur le boulevard de la Chapelle, les restaurants qui proposent « un excellent couscous pour six euros, le thé étant offert par le patron », puis des chaussures en vrac, hors concurrence, dans la très belle salle de cinéma Pathé Barbès, devenue la boutique KATA, que nous traversons avec interdiction de photographier.

Nous descendons ensuite la rue des Poissonniers en longeant la mosquée mouride El Fatah (« La Victoire », intitulé de la 48ème sourate du Coran, ndla), où quelques propos sont échangés sur sa reconstruction, projetée par la Mairie de Paris, et les polémiques en cours autour des prières de rues ; puis nous longeons les boutiques de bijoutiers, d’origine juive pour la plupart, précise-t-il, où l’on trouve « des mains de Fatma », bijou-talisman courant au Moyen Orient et au Maghreb. « Qui est Fatma ? femme ou fille du Prophète ? » Les questions hésitantes des visiteurs sur l’identité de Fatma confinent alors le parcours aux limites orientalistes de l’exotisme de conquête de terres inconnues, aux siècles passés. (Fatma est simplement le diminutif et la prononciation populaire du prénom féminin arabe Fatima, rapporté par les Français à l’époque des colonies – une fatma connotant une servante dans ce contexte. En invoquant Fatima, la fille bien-aimée de Mohammed et de sa première femme Khadija, le pendentif est sensé protéger du mauvais-œil la personne qui le porte, ndla)

Du bon usage de Gervaise

Puis, rue de la Goutte d’Or, nous revenons sur des terres censées être plus familières : le conférencier évoque la rénovation du quartier entre 1985 et 1992, dite opération Goutte d’Or sud. Son discours exonère l’opération : « Ils (les bétonneurs de la Mairie d’alors) ont fait tout ce qu’il était possible de faire, ils ont gardé tout ce qu’ils ont pu garder, ils n’ont pas construit de barres ! »… (Les lecteurs du blog savent que le propos est contesté jusque dans les rangs de l’association Paris-Goutte d’Or, aujourd’hui à la tête de la politique du logement et de l’urbanisme de l’arrondissement, ndlr). Nous descendons ensuite la rue des Islettes, dont la façade ouest a été totalement reconstruite, jusqu’à la place de l’Assommoir, devant la Poste, où lecture d’un passage du roman de Zola nous est faite, en mémoire du lavoir de Gervaise, aujourd’hui disparu.

Contrepoint idéologico littéraire récurent de la propagande municipale, l’évocation du réalisme misérabiliste du XIXème siècle, de la misère ouvrière aux portes de Paris, des ravages sociaux dus aux alcools détaxés dans ce secteur, à l’époque périphérique de Paris, est utilisée par les autorités actuelles pour montrer à quel point nous aurions progressé, et en même temps pour tenter de dédouaner, de légitimer en quelque sorte, la situation chaotique actuelle (« ça a toujours été comme ça ! ») : situation faite de trafics généralisés, de narco-marketing redéployé là depuis plus de trente ans, engendrant la toxicomanie de rues, de squares et d’immeubles, et d’un narco-tourisme reconnu, entretenu d’ailleurs par les prétendues « boutiques ou structures associatives d’accueil d’usagers » qui non seulement ne soignent pas mais aussi servent d’alibi aux démantèlements des services hospitaliers qui refusent d’accueillir les malades concentrés dans ce secteur, – au prétexte qu’ils consomment du crack !

Nous rejoignons ensuite le boulevard de la Chapelle, que nous remontons sur la gauche, en évitant le cœur des trafics de la station Barbès, jusqu’à la rue de la Charbonnière à l’angle de la rue Caplat, où quelques immeubles (monarchie de Juillet, haussmannien ou faubourien) ont été conservés et rénovés, puis progressons vers les équipements modernes de la Bibliothèque municipale et du Centre de musique Barbara, au croisement des rues de Chartres et Charbonnière. Après la mention dépitée des piteux escaliers Boris Vian, nous revenons par le carrefour en croix de Saint André (technique fonctionnelle pour modérer les pentes) et par la rue de Chartres, jusqu’à la rue de la Goutte d’Or où nous visitons, dans un bâtiment mitoyen de l’ École Polyvalente qui fait face au Commissariat, une belle arrière-cour du XVIIIème siècle, avec vestiges d’écuries et vasque.

La colline des Cinq Moulins

Nous remontons la Villa Poissonnière (maison de Bashung) et ses jardins actuellement en travaux, puis reprenons à droite dans la rue Polonceau, en laissant la coquette petite maison qui fut temple bouddhiste à gauche, jusqu’au carrefour de la rue des Gardes, éphémère « rue de la Mode », tentative avortée, selon notre guide, d’installation d’une mixité sociale par la grâce quelque peu provocatrice de l’élitisme français dans un tel contexte.

De là, le groupe traverse le fameux square Léon, où les cinq moulins qui, au début du XIXème siècle, marquaient encore la colline qui portait leur nom ne sont évoqués que par une personne du groupe, puis redescend vers le carrefour Léon/Myrha, où il contemple la rénovation de la façade faubourienne du 2 rue Léon (œuvre des copropriétaires de l’immeuble, ndlr), la démolition en cours du 4 rue Léon (œuvre de la SEMAVIP, ndlr) et l’immeuble ‘‘moderne’’ qui remplace les deux immeubles faubouriens jumeaux dont la Commission du Vieux Paris avait longtemps demandé la protection, puis la reconstruction à l’identique (voir le compte-rendu de sa séance du 25 avril 2006, page 11 et une sommaire présentation avant/après des deux jumeaux, ndlr).

Les jumeaux à l’identique ! (Photo GC)

Il marque un arrêt au 28 rue Myrha devant la mosquée Khaled Ibn El Walid (du nom d’un commandant de l’armée de Mohammed, surnommé par lui « le sabre dégainé de l’Islam », ndla). Le conférencier évoque l’assassinat d’Abdelbaki Sahraoui dans cette mosquée, dont il était l’imam, en juillet 1995, assassinat sur lequel, précise-t-il, la lumière n’a toujours pas été faite.

Nous regagnons ensuite la place du Château Rouge en remontant la rue Myrha, puis en empruntant la rue des Poissonniers et le marché Dejean, dont les senteurs africaines promises semblent échapper aux visiteurs, troublés peut-être par les étalages de viandes découpées, de poissons décongelés, de commerces informels et de trafics en tous genres.

Après quelques mots sur l’histoire du Château Rouge et de son célèbre dancing, à l’angle Barbès/Poulet, le guide sollicite les questions et remarques de son public pour conclure.

La Françafrique récupère l’assommoir

Les visiteurs remercient chaleureusement le conférencier pour cette très intéressante promenade. L’un d’entre eux, habitant impliqué du quartier depuis plusieurs décennies propose de distinguer entre l’histoire du quartier, du XVIIIème à la seconde moitié du XXème siècle (histoire franco-française), et celle, plus récente, qui suivit les indépendances.

À partir de 1971, dit-il, on assiste en effet au redéploiement de l’exploitation et du sous-développement du continent africain par l’ex-métropole, au nom des « intérêts supérieurs » de la politique française en Afrique, ou Françafrique, de Jacques Foccard à Jean-Christophe Mitterrand en passant par les réseaux Pasqua-Chirac… Le pillage des ressources humaines et naturelles de ce continent, maintenu sous tutelle par tant de manœuvres politico-financières et d’exactions, a alors repris de plus belle.

Un rapide éclairage est proposé sur l’histoire du cantonnement de l’immigration postcoloniale en France et dans le quartier, sur l’apartheid infligé à cette main-d’œuvre par le patronat des grandes entreprises hexagonales, majors du CAC 40, et leurs représentants politiques, qui allèrent chercher dans les ex-colonies françaises des travailleurs manuels et intellectuels fuyant le sous-développement que, parallèlement, les complicités françafricaines avaient mission de maintenir. (On trouve une analyse de ce type dans les propos d’un jeune africain interrogé dans le film « La Goutte d’Or », de Jean-Paul Guirado et Marie-Agnès Azuelos, France 2001. Voir la page filmographie de ce blog, ndlr). 

Fresque sur la rue Ordener à la hauteur de la rue Léon

À partir de 1974, les politiques françaises dites d’insertion les marginalisèrent dans des territoires spécifiques, dans des quartiers et des banlieues françaises qui, à compter de 1981, furent institués, en particulier dans ce quartier mais aussi partout en France, dans une politique de zonage qui reste à étudier en profondeur : Zones d’Éducation Prioritaires (ZEP*), Zones Urbaines Sensibles (ZUS*), Zones de redynamisation urbaine (ZRU*), Zones franches urbaines (ZFU*) et autres CUCS etc.… (Voir sur le site de l’APCE, Agence pour la création d’entreprises : Patrick Engelbach, « ZUS, ZRU, ZFU : le point sur les quartiers urbains prioritaires », ndlr).

La zone

Est alors évoquée la mise en scène des pires préjugés coloniaux, observable quotidiennement dans les 751 ZUS hexagonales comme dans le quartier de Barbès – La Goutte d’Or, véritable laboratoire de stigmatisation et d’oppression :

  • trafics, fraudes, prostitution (y compris de mineurs), visiblement coordonnés, dans les rues et sur les boulevards du quartier ;
  • transgressions tolérées de tous les règlements du travail, du commerce de gros, de la concurrence, de l’hygiène, mais aussi de l’exercice du culte, puisque les musulmans étaient jusqu’à il y a peu autorisés à prier dans des rues les plus rituellement impropres à la prière, parmi les plus mal famées de la capitale (voir sur ce point le commentaire de Rifaâ sur notre usage du mot « métèque ») ;
  • illettrisme massif des enfants de l’immigration, qui n’ont pas la chance d’avoir vu le jour dans des familles de locuteurs francophones natifs, que l’école républicaine n’a pas été capable d’alphabétiser et qui la quittent sans savoir ni lire ni écrire, sans que cela n’émeuve ni les responsables français, ni les parents francophones de souche qui scolarisent leurs enfants, in petto, sans autre forme de procès, en dehors de ce périmètre ZEP, scolairement maudit.

Exotisme à rebours

En fait d’exotisme, puisque le mot est évoqué par Monsieur Jaslet dans l’intitulé de cette « visite d’un quartier exotique », hormis le folklore de la misère à peine effleuré, mais pourtant si présent partout dans la gestion paternaliste de ce quartier, il a été essentiellement question d’une promenade à travers les restes témoins du Paris du XIXème siècle, une sorte d’exotisme à rebours, d’ethnographie inversée des quelques vestiges dont un processus de dé-civilisation est actuellement en train d’effacer l’histoire, de démolir toutes traces mémorielles de créativité et de résistance, pour y sédentariser des consommateurs déracinés, serviteurs inconscients ou volontaires des marchés, eux-mêmes en train de s’effondrer à force de démissions… tout comme ces prétendus « territoires perdus de la République », vitrines des pires fantasmes coloniaux à peine dissimulés derrière l’illusion démocratique qui, depuis quarante ans, à force de trahisons, ne convainc plus personne.

Merci donc à l’intrépide ethnologue qui nous a guidés tout au long de ce parcours, dans ce dédale de contradictions historiques enchevêtrées, parsemées de bien des embûches.

Rifaâ Tahtaoui        

Notes extraites de Patrick Engelbach, « ZUS, ZRU, ZFU : le point sur les quartiers urbains prioritaires »).
1. ZUS :  zones urbaines sensibles : ce sont des quartiers urbains caractérisés par l’existence de grands ensembles d’habitat dégradé. Leur nombre : 751.
2. ZRU :  zones de redynamisation urbaine : ce sont des zones urbaines sensibles (ZUS), qui font l’objet d’aides particulières, en raison de leur taux de chômage élevé, de leur large proportion de personnes non diplômées et de leur faible potentiel fiscal communal.
3. ZFU :  zones franches urbaines : ce sont les zones de redynamisation urbaine (ZRU), comprenant au moins 8 500 ou 10 000 habitants et présentant les indices les plus élevés de difficultés. Elles offrent aux entreprises qui s’y implantent, des aides très incitatives.

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Le tissu faubourien de la Goutte d’Or lacéré par une perception asociale du logement social

(juin 2011)

Article publié dans Paris Historique, Bulletin de l’association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique, n° 103, juin 2011 (rédaction 12 mai 2011)

(version pdf disponible)

           La Goutted’Or n’a plus à prouver son caractère accueillant, ni à justifier de son ancrage ancien dans la diversité, d’abord sociale, puis ethnique et culturelle.

« Terre de tous les exodes », selon les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (1), sa « mixité sociale dans les années 1930 » est évoquée au même titre que les plus classiques « théâtre terrible de la vie ouvrière » dépeint par Zola dans L’Assommoir, et « destination privilégiée de l’émigration nord-africaine, qui en fera le lieu français le plus connu en Algérie »(2).

De fait, même si la Goutte d’Or a émergé des vignes qui lui ont donné son nom en deux décennies seulement, entre 1820 et 1840, son histoire a immédiatement été populaire, ouvrière, migrante et, avant même d’entrer dans Paris, en 1860, elle accueillait les provinciaux venus construire les voies ferrées qui deviendront la Gare du Nord etla Gare de l’Est, créer de rien son lotissement, ouvrir ses rues d’Alger, de Laghouat, de Constantine ou Tombouctou, d’Affre aussi, de Saint Matthieu, Saint Bruno, Saint Luc, Saint Jérôme, des industriels François Cavé et George Stephenson, des Cinq Moulins longeant son élément topographique le plus fort : la Collinedes Cinq Moulins ou Petit Montmartre.

Dans La Goutte d’Or. Faubourg de Paris (1984), l’historien de l’architecture François Loyer salue la « physionomie populaire » de ce quartier, son « âme populaire », son « particularisme indéniable », son « grand raffinement » autant que sa « forte personnalité ».

De 1860 à aujourd’hui, de Louise Michel à Paul Éluard, d’Émile Zola à Alain Bashung, la Goutte d’Or a aussi été choisie et vécue par les artistes, les poètes, écrivains, musiciens. On y croisait, dit-on, Mistinguett et Maurice Chevalier venus choisir les accessoires de leurs spectacles dans la plumasserie des frères Loddé et Cheville-Loddé, au 25 de la rue des Cinq Moulins devenue Stephenson en 1867, une plumasserie connue pour avoir aussi eu comme cliente, avant le Moulin-Rouge tout proche, la Compagnie universelle du canal maritime de Suez. On y croise encore Peter Brook quand, quittant l’église Saint Bernard, on traverse un hélas très malheureux passage Boris Vian, une très pimpante salle de musique Barbara, pour rejoindre le théâtre des Bouffes du Nord, qu’il a longtemps dirigé.

Populaire, mais nullement misérabiliste comme une lecture pressée et convenue de L’Assommoir voudrait la voir, « d’un grand raffinement, au contraire, d’autant plus grand que les moyens étaient pauvres et les possibilités restreintes », selon l’étude de François Loyer précitée, la Goutte d’Or sait faire avec ce qu’elle a : « Qui, aujourd’hui, avec si peu de matière, saurait faire aussi bien ? L’art du fragment urbain est mené ici à la perfection », poursuit-il.

Un temps d’arrêt et de réflexion

            C’est ainsi tout naturellement – sans fausse pudeur, sans prétendu tabou, avec le réalisme mûri des multiples cépages de cette vieille vigne qui produisait un vin dont une légende veut qu’il était « assez prisé au Moyen-Âge pour que la Villede Paris (à laquelle la Goutted’Or n’était pas encore rattachée) en offrît quatre tonneaux au roi de France à chaque anniversaire de son couronnement »(3) – que la Goutte d’Or pourrait et devrait aujourd’hui, selon la demande qu’en a faite le COLLECTIF CAVE GOUTTE D’OR conjointement à M. Le Premier ministre François Fillon et M. le Maire de Paris Bertrand Delanoë, le point de départ d’une réflexion communale et nationale, au double niveau de la Ville et de l’État, sur la question du logement social dans le paysage urbain, sa répartition dans Paris, le fait que, à l’image de la capitale, l’Est du 18e arrondissement en absorbe plus que l’Ouest, jusqu’à 85% selon les secteurs contre 15% (4).

Car derrière cette question prétendument taboue, en réalité nullement puisque tant de grands experts s’interrogent ouvertement sur la ghettoïsation de la Goutte d’Or, se pose la question du patrimoine faubourien et néohaussmannien saccagé en deux opérations dites « Goutte d’Or Sud » dans les années 1980 sous une administration parisienne et locale de droite (Jacques Chirac à Paris, Alain Juppé dans le 18e), et « Château Rouge » dans les années 2000 et 2010 sous une administration parisienne et locale de gauche (Bertrand Delanoë à Paris, Daniel Vaillant dans le 18e).

Au moment où, avec un an d’avance sur la date anniversaire de la Convention Publique d’Aménagement du 11 juin 2002 entre la Villede Paris et la Société d’Économie Mixte  SEMAVIP pour l’aménagement du secteur Château Rouge, le maire actuel du 18e arrondissement de Paris, M. Daniel Vaillant, célèbre ce qu’il appelle « La Métamorphose urbaine : Récit de 10 ans de lutte contre l’insalubrité »(5), il est utile de se remémorer la métamorphose que devait subir la Goutte d’Or dans la précédente opération, sous le même logo de « résorption de l’habitat insalubre ».

Barres de rues

            L’architecte des bâtiments de France qui souligne « la trop grande uniformisation de la conception architecturale » de l’opération de reconstruction en cours en 2009 dans la rue Myrha, s’inscrit en effet dans les pas des observateurs qui ont regretté, pour la précédente opération, une « architecture mimétique » et des « alignements de façades plutôt oppressants »(6).

Si, par courtoisie, l’historien Simon Texier propose que « la médiocrité la plus achevée côtoie des réalisations d’une tenue plus honnête », il ne cache pas le déséquilibre linguistique entre « médiocrité la plus achevée » et « tenue plus honnête », et l’étude précitée de cet expert en architecture contemporaine confirme « l’indigence dont le quartier a dû se faire l’hôte »(7).

Rue Myrha, dernière livraison de « logement sociaux » (2011)

L’opération actuelle de démolition/reconstruction ne semble pas avoir pris en compte les expériences de la précédente, dont on a pu dire qu’elle avait conduit à « une action brutale lacérant le tissu urbain traditionnel et donnant lieu, le plus souvent, à une architecture consternante »(8).

La qualité souvent médiocre de l’architecture est aggravée par la qualité du bâti et la reproduction, à l’échelle urbaine, du concept de « barres d’immeubles », dont la dégradation rapide donne l’image d’un délabrement de rues entières

La malheureuse rue Boris Vian dans l’improbable rue de la Goutte d’Or

En référence à l’indigence de la création et du bâti dénoncée dans l’étude précitée de la mairie de Paris, les experts sollicités par la demande d’audit du COLLECTIF CAVE GOUTTE D’OR devront tenter de dégager les éléments qui voudraient que « logement  social » implique pauvreté, pauvreté de l’architecture (sinon absence d’architecte), pauvreté de la construction (matériaux de bas de gamme) et, le cas échéant, étudier le caractère asocial, sinon antisocial, de la perception de « logement social » que révèlent les opérations menées dansla Goutte d’Or par les administrations qui s’y sont succédées.

Préservation du paysage urbain

            Or, ce n’est pas faute d’information sur le patrimoine de la Goutte d’Or que les autorités locales agissent : « Si les formes faubouriennes du XIXe siècle venaient à être supprimées, ce serait une disparition définitive : la fabrique contemporaine de la ville ne conduit plus à la constitution de telles formes, ce qui donne naturellement une valeur patrimoniale à ces secteurs », lit-on dans les documents produits par la mairie (9).

Considérant la marque du Second Empire dans les quartiers de la Goutte d’Or et de Château Rouge, et sachant que, selon le même document de la mairie de Paris, « l’objectif premier du projet Château Rouge est d’améliorer le confort et la qualité des logements en privilégiant la réhabilitation, afin de préserver les indéniables qualités de ce paysage typique des faubourgs ordinaires de Paris », il convient donc bel et bien de vérifier si est maintenue « la priorité donnée à la réhabilitation sur la construction neuve, (qui) traduit la volonté de conserver la morphologie et l’ambiance du quartier », telle qu’elle est consignée également dans le document de la mairie(10). Priorité qui rappelle au besoin que la résorption de l’habitat insalubre, par définition souhaitable, ne signifie ni démolition des bâtiments, ni abandon du patrimoine.

Dans sa demande d’audit, le COLLECTIF CAVE GOUTTE D’OR rejoint ainsi la Commission du Vieux Paris qui, dans un vœu émis en date du 15 septembre 2010, a « demandé que soit réalisé d’urgence un bilan d’étape de l’aménagement (du secteur Château Rouge) dans lequel les démolitions ont été beaucoup plus nombreuses que ne le prévoyaient les plans initiaux ».

Collectif CAVE Goutte d’Or (11).


1. Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Paris. Quinze promenades sociologiques, Payot, 2009, chapitre XII, p. 193-218.

2. Simon Texier, Le 18e arrondissement. Itinéraire d’histoire et d’architecture, Action artistique de la Ville de Paris, Mairie de Paris, Direction générale de l’Information et dela Communication, 2000, 2003, p. 102.

 3. Lucien Lambeau, Histoire des Communes annexées à Paris en 1859. La Chapelle Saint Denis, Ernest Leroux, 1923, p. 118.

4. Chiffres établis selon les indications fournies sur le site de la mairie du 18e arrondissement pour la production de 972 logements sociaux en 2008. Les adresses fournies sur le site de la mairie permettent de répartir très précisément les 972 logements sociaux dans les différents quartiers de l’arrondissement soit, à l’ouest : 8,9% pourla Porte de Clignancourt, 4,8% pour le secteur Jules Joffrin, 1,4% pour Montmartre et Abbesses ; et à l’est : 33,3% pour Porte Montmartre/Porte de Clignancourt,  5,7% pour les quartiers Amiraux, Simplon, Poissonniers, 22,3% pourla Goutte d’Or/Château Rouge, 23,6% pourLa Chapelle/Marx Dormoy.

5. cf. 18 Ensemble, Journal d’information de la Mairie du 18e, avril 2011

6. Le 18e  du mois, mai 1995, p. 10

7. Simon Texier, Le 18e arrondissement. Itinéraire d’histoire et d’architecture, Action artistique dela Ville de Paris, Mairie de Paris, Direction générale de l’Information et de la Communication, 2000, 2003, p. 114.

8. Marc Ambroise-Rendu, « Paris-la-crasse », Le Monde, 28 février 1984.

9. Cf. Éric Lapierre, Présentation de la section « Continuer les faubourgs » du document « Aménager Paris : 35 projets à la loupe », site de la mairie de Paris, www.paris.fr, dernière mise à jour 27 décembre 2010.

10. Cf. Éric Lapierre, Présentation de l’opération Château Rouge 18e (2005), « Aménager Paris : 35 projets à la loupe », site de la mairie de Paris, www.paris.fr, dernière mise à jour 15 mai 2008.

11. Pour tout contact : cavegouttedor@gmail.com.

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Demande d’audit à MM. Fillon et Delanoë sur le logement

(mars 2011)

Le 2 mars 2011, Cavé Goutte d’Or proposait à MM. François Fillon, premier ministre, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, de lancer un audit sur, notamment, les démolitions de la Goutte d’Or au nom des opérations de résorption de l’habitat insalubre et la répartition inégale des logements sociaux, déjà dénoncée dans Le Monde du 23 septembre 2010.

  • Paris répartit inégalement ses logements sociaux LEMONDE | 23.09.10 | 15h13

Aujourd’hui, Cavé Goutte d’Or publie sa demande d’audit en l’état et les réponses reçues du Cabinet du premier ministre, de celui du ministre du Logement auquel la demande a été transmise par le précédent, et du préfet de la région Île de France, préfet de Paris, rien moins que « saisi » par les services de Monsieur Apparu.

> La demande d’audit

> Lettre à Monsieur François Fillon, premier ministre
> Lettre à Monsieur Bertrand Delanoë, maire de Paris
> Réponse du Cabinet du premier ministre
> Réponse du Cabinet du ministre du Logement
> Réponse du préfet de Paris

N.B. Même si, à certains égards, la réponse du préfet de Paris semble étrangement en faire office (à lire attentivement surtout dans ses salutations !), il faut signaler qu’aucune réponse de Monsieur Delanoë ni d’aucun service de la Mairie de Paris n’a été enregistrée à ce jour.

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Une Maison des Cinq Moulins à la Goutte d’Or

 Projet de réhabilitation de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé à Paris 75018

(décembre 2010)

Historique du projet

Le projet d’une Maison des Cinq Moulins à la Goutte d’Or, au pied de l’ancienne « Colline des Cinq Moulins », est né des études et réflexions conduites depuis l’été 2010 au sein du Collectif Cavé Goutte d’or, qui s’est donné pour mission de protéger l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé à Paris 75018, dont la SEMAVIP, une société d’économie mixte dela Ville de Paris, souhaite la démolition.

Un permis de démolir a été accordé à cette fin à la SEMAVIP par le Maire de Paris en date du 25 février 2010.

Le Collectif constitué de voisins immédiats ou très proches de cet ensemble immobilier a recouru contre la décision du Maire par requête déposée au Tribunal Administratif de Paris le 22 septembre 2010, et demandé la protection de l’immeuble visé sur le fondement dela Loi du 31 décembre 1913 à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) par requête du 30 septembre 2010. Parallèlement à ces deux démarches, il se propose de mettre à l’étude un projet de réhabilitation des lieux et d’étendre la demande de protection initiale à la façade Ouest de la rue Stephenson, de la rue de Jessaint à la rue Doudeauville.

Réhabilitation du bâtiment / Protection du quartier

Au moment même où le Collectif Cavé Goutte d’or déposait sa requête au Tribunal administratif de Paris en vue de l’annulation du permis de démolir l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé, la Commission du Vieux Paris demandait « que soit réalisé d’urgence un bilan d’étape de l’aménagement d’un secteur dans lequel les démolitions ont été beaucoup plus nombreuses que ne le prévoyaient les plans initiaux ».

La Commission du Vieux Paris soulignait ainsi avec force la dérive de la SEMAVIP par rapport à la Convention du 11 juin 2002 qui, dans un projet de résorption de l’habitat insalubre, la charge de réaménager et réhabiliter les immeubles insalubres qui lui seraient confiés dans son secteur, nullement de les démolir, la démolition étant expressément liée à la nécessité dans le texte du mandat donné.

La réhabilitation de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé devient ainsi le symbole de l’alternative nécessaire à la politique de démolition outrancière menée par les sociétés d’économie mixte en action dans le quartier de la Goutted’Or durant les deux dernières décennies. Cette réhabilitation est au centre d’un projet tendant à obtenir la protection de l’ancienne « Colline des Cinq Moulins », de la rue Stephenson (elle-même ancienne « rue des Cinq Moulins ») au sommet du square Léon, englobant ainsi l’église Saint Bernard, à ce jour non protégée par la Loi du 31 janvier 1913, et les rues adjacentes, jusqu’ici épargnées par la politique de destruction menée.

Une zone encore préservée se dessine autour de l’église Saint Bernard et sur la façade Ouest de la rue Stephenson, de la rue de Jessaint à la rue Doudeauville. Encerclée par les aménagements souvent brutaux des rues de Jessaint et de la Goutted’Or au Sud, de la rue des Gardes à l’Ouest, de la rue Myrha au Nord, cette zone doit être protégée comme marque de la création du quartier de la Goutte d’Or entre 1840 et 1870.

Faire de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé, jusqu’ici point de repère important du quartier, un nouveau poumon socio-culturel, est un objectif accessible en vue de la protection plus large du quartier des Cinq Moulins et de l’inscription de ce quartier dans son histoire plus que cent cinquantenaire, si l’on se limite à son histoire parisienne au sens strict.

Le Second Empire et la marque de Napoléon III

Sans qu’il soit nécessaire d’inscrire le projet de réhabilitation de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé sous l’égide de l’homme ou de son règne, les études historiques menées jusqu’ici rappellent avec force la personne de Napoléon III (1808-1873) et le Second Empire (1852-1870). Elles mettent ainsi en lumière un enracinement politique, sociologique, économico-industriel et urbain méconnu de la Goutte d’Or, annexée à Paris en 1860, et les origines anciennes de la diversité et du multiculturalisme qui caractérisent ce quartier encore aujourd’hui ; encore aujourd’hui, mais pas particulièrement aujourd’hui, même si le moment 2010 et ses défis évoquent à maints égards le moment 1860 et les défis du Second Empire, tant au plan national qu’au plan international, notamment moyen oriental et nord-africain.

La Mairie de Paris et le Quai d’Orsay ne s’y sont pas trompés, qui ont organisé, l’une en 2010 le cent cinquantième anniversaire du rattachement à Paris des communes voisines en 1860 par des promenades urbaines destinées à relever les « traces de l’histoire des zones annexées et la « résistance » du tissu urbain ancien »(cf. http://www.150ans-promenades-urbaines.com) ; l’autre en 2006 le cent cinquantième anniversaire du Congrès de Paris de 1856 en rappelant « la modernité des idées napoléoniennes en politique extérieure » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/rubrique_imprim.php3?id_rubrique=15423) ; et le cent cinquantième anniversaire de la consécration de l’église Saint Bernard pourrait à son tour, en novembre 2011, rappeler ces temps charnières.

Dans le cadre des recherches historiques menées sur le bâtiment lui-même, construit en deux étapes entre 1856 et 1859, et plus largement sur la rue des Cinq Moulins, devenue rue Stephenson en 1867, et l’ancienne commune de La Goutte d’Or, alors sur le point de rejoindre la Ville de Paris, le Collectif Cavé Goutte d’or a observé la présence de plusieurs éléments généralement considérés comme marquant le Second Empire : essor économique, capitalisme industriel, transformations urbaines, bouleversements sociaux et idéologiques.

Loti dès 1840 autour des chantiers de la Gare du Nord, le quartier de la Goutted’Or, jusque là peu construit et fait notamment de vignes dont la légende veut qu’elles lui donnèrent son nom, s’est révélé très accueillant aux migrations industrielles et internationales qu’il a toujours connues depuis. Ouvriers provinciaux et européens lors de la construction des voies ferrées et de la Gare du Nord depuis le milieu du XIXe siècle, puis migrations maghrébine, séfarade, nord-africaine, est-européenne au XXe siècle, ont formé un tissu humain pluriethnique et pluriculturel. Le nom des rues porte la trace de cette histoire : les Suez, Panama, Oran, Laghouat, Tombouctou jouxtent les Myrha (ex Constantine), Chartres, Affre (ex Alger) et Poissonniers ; les Saint Matthieu, Saint Luc, Saint Bruno et Saint Jérôme entourent l’église Saint Bernard, dans laquelle devait trouver refuge Louise Michel lors de la Commune.

La rencontre de George Stephenson (1781-1848) et François Cavé (1794-1895) à l’angle de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé dont la réhabilitation est  ici à l’étude, est un symbole de la révolution industrielle de la seconde moitié du XIXe siècle. Tous deux ingénieurs et inventeurs, ils sont respectivement à l’origine de la machine à vapeur et de la locomotive, François Cavé voyant la rue qui porte son nom ouverte de son vivant autour de ses ateliers en 1841.

Si elle n’est pas conçue dans la Goutted’Or, qui alors surplombe encore l’ancien « Faubourg de Gloire » conduisant les cortèges royaux de Paris à Saint Denis et gardant le souvenir d’une halte de Jeanne d’Arc, la politique étrangère dela Francesous le Second Empire, en particulier la politique arabe de Napoléon III, paraît s’inscrire intemporellement en filigrane dans ce quartier, quand on se souvient de ses voyages en Algérie entre 1860 et 1865, de la Guerrede Crimée (1851-1856), dela Questiond’Orient appelée aussi Question des Lieux Saints, dela Conférenceréunie à Paris en 1856 et du Traité de Paix qui y fut signé.

Sur un plan plus trivial, mais non moins symbolique, l’une des premières destinations du bâtiment dont on construisait, en 1856 justement, les deux premiers étages, était la fabrication et le commerce de plumes et brosses. Plumassiers et brossiers de renommée internationale, les propriétaires et constructeurs de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-5 rue Cavé se virent ainsi propulsés dans la politique étrangère du Second Empire comme fournisseurs de la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez, qui leur passa notamment commande en 1868, après une interruption des travaux dont on dit que la médiation de Napoléon III fut pour beaucoup dans la reprise.

La Bibliothèqued’Alexandrie garde la trace de cette commande (http://suezcanal.bibalex.org et http://suezcanal.bibalex.org/Presentation/Letter/ Result.aspx?d=1).

Mixité            

La création d’une Maison des Cinq Moulins qui rappellerait cette culture politique ancienne et riche en rassemblant histoire, industrie, diversité, langues et cultures, logement social, Empire ottoman, questions d’Orient et des lieux saints, traités de paix, études et mixité contemporaine, pallierait heureusement à la communication culturelle des années 1980-2000 qui se plait à évoquer, côté paillettes : les visites de Mistinguett et de Maurice Chevalier dans la fabrique de plumes devenue teinturerie de plumes à la Belle époque ; côté bas-fonds : la misère du peuple ouvrier dépeint par Zola dans L’Assommoir (1877) ; et côté politique : l’occupation de l’église Saint Bernard en 1996 ou la boutade de Michel Jobert, ancien ministre de Affaires étrangères, rétorquant « Barbès Rochechouart » au journaliste du Point qui lui demandait ce qui restait de la célèbre « politique arabe de la France » (Le Point, 17 janvier 2007).

Les souvenirs du Canal de Suez et dela Commune doivent être rappelés aussi, plus proches qu’ils sont du contexte politique et culturel national et international dans lequel est né le quartier comme tel, quartier où Paul Éluard devait élire domicile en 1940, l’appelant alors « mon beau quartier ».

La Gervaise de Zola ou La Poésie ininterrompue d’Éluard ? Le Canal de Suez ou Mistinguett ? Louise Michel ou Maurice Chevalier ? Napoléon III ou Jean-Louis Debré ? Dans une mixité bien comprise, ce serait plutôt Gervaise et Gala, Suez et Moulin Rouge, La Commune et Ma pomme, Napoléon III et Jean-Louis Debré, quartier ouvrier et quartier culturel, comme l’ont peut-être compris entre autres, plus récemment, Alain Bashung, qui vivait à La Goutte d’Or, ou Peter Brook, qui y dirigeait le Théâtre des Bouffes du Nord, à l’angle sud-est du quartier.

 Historique du bâtiment et actualité de son potentiel

Sur un document des Archives de Paris intitulé « Cadastre de 1862 », l’ensemble immobilier dont la réhabilitation est ici à l’étude est décrit en ces termes :

« Maison à l’angle des rues Cavé et Stephenson avec 8 fenêtres de façade sur la première et 5 sur la seconde, double en profondeur et se prolongeant en aile à droite dans la 1ère cour, élevée partie sur cave et partie sur terre plein, d’un RDC et de 4 étages carrés et d’un 5e sur cour, lambrissé sur rue.

» Un bâtiment d’un simple RDC sur terre plein faisant face à la (porte) cochère dans la 1ère cour.

» Un bâtiment faisant face au fond de la 2e cour avec aile à droite, d’un RDC au fond et d’un étage à droite ».

Les propriétaires et occupants en sont alors la famille Loddé et Cheville-Loddé, à qui s’adressent les correspondances précitées dela Compagnie universelle du Canal de Suez.

La construction des deux premiers étages de bâtiments, espaces majestueux, hauts de plafonds, ornées de hautes fenêtres en ogives, date de 1856. À la date de 1862, il est noté aux Archives de Paris un « changement » : « Addition des 3e 4e et 5e étages faite en 1859 ».

La description sommaire des locaux fait état de : « Bureaux, ateliers, écurie ». La « nature de l’établissement » indique : « Fabrique de plumes et teinturerie pour le commer-ce ». L’activité de plumasserie est également consignée dans un « Calepin d’établissement industriel », document non daté.

Dans la dernière étude sérieuse des lieux, effectuée sous l’égide de l’Assemblée générale des copropriétaires en juin 2008, l’architecte Violette Dullin évoquait un « bâtiment religieux, vraisemblablement pensionnat ou couvent » en en soulignant la « configuration totalement atypique des organes de circulations communes ». Elle confortait ainsi une légende tenace du quartier qui a toujours voulu voir dans ce bâtiment un ancien couvent, de fait proche de l’église Saint Bernard et construit en même temps qu’elle.

Si la destination artisanale et industrielle de ce que le cadastre parisien de 1862 désigne comme « maison » puis « atelier » est très tôt attestée par l’activité avérée de plumasserie dans sa première période (1856-1870), le bâtiment d’origine a, de façon tout aussi avérée, été surélevé de trois étages en 1859, étages qui lui donnent la « configuration totalement atypique des organes de circulations communes » observée en 2008 par Mme Dullin. Leur date de construction, très rapprochée de la construction d’origine, laisse peut-être entendre le besoin de loger sur place les ouvriers d’une activité industrielle en plein essor.

Le caractère cellulaire observé en 2008 serait ainsi lié au type de « logement ouvrier » qui, à l’époque précise de leur construction, entre 1856 et 1861, donnerait naissance aux cités ouvrières ou « cités Napoléon », dont les architectes de l’époque critiquent le style qui rappelle trop « la caserne, l’hôpital ou le cloître ».

Le bâtiment se serait ainsi prêté, plus tard, à son utilisation comme caserne au sens strict, voire comme couvent. Le couvent n’aurait alors pas été sa destination d’origine, mais une destination adéquate en un temps donné, sans doute dans les années 1890-1920.

De fait, l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson et 2 rue Cavé apparaît bien, dans les lignes de ses étages supérieurs, comme un immeuble industriel pour ouvriers célibataires, tels qu’il s’en construisit beaucoup dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le caractère cellulaire aurait conduit à y voir un « bâtiment religieux » dont les habitants du quartier ont conservé la mémoire.

L’histoire moderne du bâtiment, y compris son habitat le plus récent, jusqu’en 2006-2010, ajoute à l’intérêt historique et sociologique des lieux, qui ont vécu avant la lettre la mixité naturelle et propre aux richesses du quartier où il se situe : après l’éventuel couvent, l’immeuble accueillit les ateliers de presse et imprimerie Ofmag, une brasserie (brasseurs), un café (Le Pêcheur), un collège supérieur, une madrassa-mosquée, un « Point d’accès au droit » assurant jusqu’à mille consultations par mois, un squat célèbre et proie de marchands de sommeil en derniers étages, des appartements familiaux dans les premiers étages nobles.

Idées d’aménagements et d’investissements 

Dans un exercice AVANT-APRÈS dessiné ici de façon très sommaire et sur la seule base de la dernière destination connue de ses différentes parties, le bâtiment peut être décrit ainsi :

– caves voûtées et rez-de-chaussée (rdc) Cavé : madrassa et mosquée

– cour verrée : salle de prières de la mosquée

– angle Cavé-Stephenson et rdc Stephenson : Point d’accès au droit et loge de concierge

– deux premiers étages Cavé : appartements dits nobles

– deux premiers étages Stephenson : appartements

– 3e, 4e et 5e étages en L sur les deux rues : appartements de deux pièces et studios d’une pièce

– bâtiment transversal : deux étages d’appartements.

Ces différents espaces pourraient trouver la destination suivante :

– caves voûtées et rez-de-chaussée Cavé (anciennes madrassa et mosquée) : musée d’histoire dela Goutted’Or, du Second Empire à aujourd’hui, expositions itinérantes, fonds François Cavé / George Stephenson ;

– cour verrée (ancienne salle de prières de la mosquée) : cour arborisée, accessible des trois immeubles principaux ;

– angle Cavé-Stephenson et rdc Stephenson

— (ancien Point d’accès au droit) : commerce de proximité (ex : kiosque papeterie) ;

— (ancienne loge de concierge) : commerce de proximité (ex : fleuriste) ;

– deux premiers étages Cavé et deux premiers étages Stephenson (anciens appartements) : six appartements de 3 à 4 pièces accessibles à la propriété ;

– 3e étage : six appartements de 2 pièces accessibles à la propriété ;

– 4e et 5e étages en L sur les deux rues : 20 appartements de deux pièces et studios pour location de courtes durées (étudiants, voyageurs, affaires, gens de spectacles ; perspective jouant de la proximité des Gares du Nord, Gare de l’Est, Récollets, Bouffes du Nord…) ;

– bâtiment transversal (anciens appartements en fond de première cour) :

— RDC : bureaux dont un bureau de secrétariat de l’ensemble ;

— 1er étage : salles polyvalentes pour conférences, séminaires, assemblées générales         de copropriétaires ;

— 2ème étage : institut de langues et d’histoire.

Financement

Le projet s’entend comme privé et à caractère commercial, exigeant donc l’accord dela Ville de Paris pour la réappropriation, en vue d’aliénation, de l’ensemble immobilier des 25 rue Stephenson-2 rue Cavé acquis par la SEMAVIP par expropriation, étant entendu que la société propriétaire actuelle ne l’est que par mandat de la Ville de Paris. L’aliénation aurait lieu à prix coûtant (sans bénéfice par la SEMAVIP de l’opération d’expropriation ; mais ses frais payés) au profit d’une SA d’exploitation de la Maison des Cinq Moulins destinée à rentabiliser au plus haut la réhabilitation projetée.

Le capital, à déterminer, pourra être souscrit :

– par des partenaires privés… ;

– par des partenaires étatiques (Culture, Éducation/Université, Affaires étrangères) ;

– par souscription personnelle, qui permettrait notamment aux habitants du quartier d’investir dans le projet (actions accessibles, de type privatisation EDF etc) ;

– …


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