Tirés à part

TIRÉ À PART N° 7 Extrait de notre page Développement local du 6 octobre 2014

Comment les EDL font le siège de la Goutte d’Or

  • Le cours de la palette de chantier flambe à la Bourse du lien social
Croquis d'Extramuros pour ameublement de la friche Myrha/Léon.

Croquis d’Extramuros pour ameublement de la friche Myrha/Léon.

6 octobre 2014 – Au moment où l’association la Table ouverte demandait modestement mais sans succès à la Mairie, en août 2012, de pouvoir récupérer une piste de pétanque de Paris Plage pour la friche de l’angle des rues Myrha et Léon, les Équipes de développement local, bras armé de la déjà très armée Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires, proposaient de lui installer des bancs et coffres de palettes à près de 8.000 € TTC.

Dans le cadre d’un programme pompeusement appelé « requalification du terrain de pétanque situé sur la friche du 32 rue Myrha », la société Extramuros proposait un devis pour la « conception, fabrication et installation de pièces de mobilier d’extérieur fabriquées à partir de matériaux de récupération et de produits écologiques en vue d’une requalification de la friche/terrain de pétanque (composée) de 4 fauteuils/jardinières, de 2 bancs et de 2 tables/coffres ces derniers permettant de ranger du matériel de jardinage ou autre » (lire le devis).

La Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires (DDCT) qui voulait refourguer le devis d’Extramuros à la Table ouverte, moyennant une très sérieuse « demande de subvention d’investissement », plaidait pour l’idée de « requalifier les lieux avec du mobilier adapté », ajoutant : « La requalification de ce site participe à l’amélioration du cadre de vie des habitants du quartier ainsi qu’au développement du lien social ».

S’asseoir sur le lien social…

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPour faire bonne mesure, les EDL évoquaient le précédent de « la placette Goutte d’Or », c’est-à-dire la pointe des rues de la Goutte d’Or et de Chartres à la rencontre de la rue des Gardes où, en effet, sont déjà disposés des « fauteuils du même type » (photo ci-contre), un  »type » qui aura inspiré les communicants de Generation Freedom Ride-Le collectif/Cocoon lorsqu’ils écrivaient sans rire qu’«en ramassant des palettes et canapés du quartier pour offrir des assises lors des soirées cinéma, (ils avaient) réduit le nombre d’encombrants dans les environs» (voir notre billet Frondeurs), un « type » encore que la Mouvance récup de L’Interloque, association subventionnée Politique de la ville, a semble-t-il snobé lors de sa dernière razzia de lien social sur ladite placette, le 1er octobre 2014 (voir flyer important ci-dessous).

IMGSi l’on sait que L’Interloque reçoit pas mal de sous pour sa récup de lien social (cf. page 9/42 de la Liste des subventions versées par la Région Île de France aux associations de droit français et aux fondations reconnues d’utilité publique), on ignore ce que sont devenus les huit mille euros que la Direction de la Démocratie était prête à dépenser pour la Direction de ses Citoyens et de ses Territoires, mais force est de constater que les pistes de pétanque sont toujours aussi rudimentaires sur la friche de la Table ouverte, association qui avait par ailleurs proposé au conseil de quartier un devis de 2.500 € pour nettoyer la rue Boris Vian, sans obtenir la moindre réponse (voir Exercice de pataphysique in situ).

… et panser la langue de bois

On se réjouit d’autant à l’idée que l’Association Macadam très proche (à 20 m du carrefour aux sièges d’Extramuros et 100 m de la rue Boris Vian) a reçu de belles subventions aussi, notamment 28.673,48 € au titre des subventions de la Région Île de France en 2013 (cf. page 36/42 de la Liste des subventions versées par la Région Île de France aux associations de droit français et aux fondations reconnues d’utilité publique) et doit recevoir 22.000 € votés le 11 juin 2014 (cf. Conseil d’arrondissement, p. 10), dont une partie devrait servir à repenser (sinon simplement panser) le carrefour des rues de la Goutte d’Or et Boris Vian.

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TIRÉ À PART N° 6 Extrait de notre page Humeur du 1er décembre 2019

Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian

  • Dans une froide colère suscitée par l’abstention des Verts et l’opposition de 100% Paris au vote de la délibération 2019 DU 245, le maire du 18e, qui se dit « épuisé par cette façon de faire de la politique », se lâche sur les préoccupations de la famille Boris Vian et de la presse durant les huit dernières années.

« Les mânes de Boris Vian parlaient même aux habitants pour dire qu’il avait honte d’avoir un passage à son nom », Éric Lejoindre, Conseil d’arrondissement de Paris 18, 25 novembre 2019 (vidéo 2:32 capture d’écran).

Mis en ligne le 1er décembre 2019 – Avant le vote du vœu des Verts, le 4 novembre, comme avant le vote de la délibération 2019 DU 245, le 25 novembre, Éric Lejoindre a cru bon de convoquer l’esprit de Boris Vian.

On lit en effet dans le compte rendu écrit du Conseil d’arrondissement du 4 novembre :

  • « Certains acteurs, et à juste raison, nous ont reproché d’avoir pris trop de temps sur les arcades Boris Vian. Certains en auraient même appelé aux mânes de Boris Vian lui-même qui aurait, depuis où il est aujourd’hui, déclaré que c’était insupportable de voir son nom accolé à une rue de la Goutte d’Or » (Compte rendu du CA du 4 novembre 2019, page 80).

La formule a dû lui plaire, – assez en tout cas pour qu’il la reprenne presque mot pour mot le 21 novembre alors que les Verts venaient d’annoncer leur abstention et 100% Paris son opposition sur la délibération proposant la levée des réserves du commissaire enquêteur (voir notre billet du 1er décembre 2019) :

  • « Il y a un an et demi, on nous expliquait que ça n’allait pas assez vite sur la rue Boris Vian (…) que c’était insupportable la rue Boris Vian, à tel point que les mânes de Boris Vian parlaient même aux habitants pour dire qu’il avait honte d’avoir un passage à son nom » (vidéo du CA du 25 novembre 2019, minutes 2:32 et suivantes).

Les mânes dont émanent
mannes et manies

Entre les mannes de l’ANRU (quelques millions d’euros à ne pas perdre) et les mânes de Boris Vian (qu’Éric Lejoindre interprète avec autant d’à peu près que Michel Neyreneuf calcule les soutiens au projet officiel de la Ville – voir ici), il n’émane pas que de la colère, il émane aussi de l’impatience, une impatience dont il convient aujourd’hui d’aider Éric Lejoindre à se débarrasser.

D’abord, en lui disant qu’il a raison : il y a en effet longtemps que les habitants et les associations se plaignent de l’état dégradé du secteur dont son prédécesseur avait su trouver les mots pour dire qu’il avait « effectivement très mal vieilli » (ici pour mémoire : le effectivement compte dans la citation de Daniel Vaillant car il dit à la Cohérie Boris Vian qu’elle n’avait pas tort d’appeler l’attention du maire).

Puis en lui rappelant que jamais ni la famille de Boris Vian qui défend sa mémoire, ni les associations du quartier qui défendent sa rue, n’ont fait tourner les tables et qu’il est donc vain, sinon irrespectueux, de les tourner en dérision.

Mirabeau, cette autre figure littéraire dont les mânes inspirent librement un hôtelier de la rue Myrah, belle (Photo CGO, août 2019).

Ensuite en lui rappelant que les nombreux courriers que son prédécesseur à la Mairie du 18e, les maires de Paris et lui-même ont reçus des héritiers de Boris Vian n’ont jamais fait état de la moindre honte à avoir une rue ou un passage à son nom dans la Goutte d’Or, mais souligné au contraire l’honneur ressenti en 1992 à participer à la rénovation de ce quartier alors déjà difficile, et ce faisant parfaitement distingué le fait d’y avoir une rue, d’une part, et le fait de voir cette rue maintenue dans l’état de délabrement que l’on sait, d’autre part.

Une fois ces petits points rappelés, on aidera le maire à se débarrasser de son impatience en lui disant que le temps passé à étudier le projet ne justifie pas une nouvelle rénovation précipitée s’il s’avère, comme c’est manifestement le cas aujourd’hui, que l’absence de concertation a entraîné une absence de connaissance du projet dont les habitants viennent seulement de mesurer l’ampleur et la teneur, cela largement grâce à l’enquête publique qui, plus que tout autre élément d’information, a été le déclencheur de leur attention, et pour beaucoup le point de départ de l’appropriation souhaitée du projet, souhaitée rappelons-le par la maire de Paris elle-même dans un courrier du 6 juin 2018 seulement, qui prenait acte que l’appropriation n’était alors pas réalisée.

Changement de regard

Plutôt que souligner le fait que deux seuls riverains et deux seules associations ont participé à l’enquête publique, et y voir un défaut d’intérêt des habitants et des associations non-intervenantes, la Mairie du 18e devrait constater et entraîner la Mairie de Paris à constater avec elle le regain d’attention que cette enquête a suscité auprès des habitants, des commerçants et des associations qui se sentent enfin sollicités et concernés.

Plutôt que discréditer cette enquête au motif qu’elle aurait traité d’autre chose que du déclassement, ce qui n’est en réalité pas le cas, la Mairie du 18e devrait constater et entraîner la Mairie de Paris à constater avec elle que le commissaire enquêteur a utilement mis le doigt sur des éléments ignorés jusqu’ici, dont le principal est de se demander si l’objectif du projet serait rempli par les moyens mis en œuvre (par exemple : « L’alignement n’apporte rien par rapport aux objectifs définis », page 4 des conclusions).

De même, plutôt qu’écarter le projet de l’Atelier Vingt-Six – qui n’est pas celui de Cavé Goutte d’Or faut-il le préciser, notamment en raison de l’importante densification qu’il implique alors que Cavé Goutte d’Or a opté pour une réparation par le vide, pour une esplanade verte et libre de toute construction -, la Mairie du 18e devrait constater et entraîner la Mairie de Paris à constater avec elle qu’autre chose est possible que de simplement refaire ce qui avait été mal fait.

Projet de l’Atelier d’architecture(s) Vingt-Six (voir la très japonaise vue de haut). « Un projet qui vient d’un autre monde » (Michel Neyreneuf, en charge de l’urbanisation du secteur depuis 1982, Conseil d’arrondissement du 25 novembre 2019). Dont acte pour l’autre monde (CGO).

Que cet autre chose n’a peut-être pas été demandé au départ faute d’audace dans la demande elle-même, dans le cahier des charges qu’il est possible de revoir s’il s’avère – là encore – qu’il ne correspond pas aux besoins des habitants enfin mis en position de s’exprimer.

Il y a là un beau défi pour une Mairie d’arrondissement, une belle « façon de faire de la politique » et d’être « responsable », pour reprendre les termes d’Éric Lejoindre, voire une manière de mener le projet sans s’épuiser, pour citer encore le maire du 18e, d’autant qu’après s’être déclaré « épuisé par cette façon de faire de la politique », il a vite précisé « pas épuisé par le fait d’être maire », ajoutant sur ce point : « J’ai bien l’intention que ça continue encore un peu » (vidéo du CA du 25 novembre, minutes 2:32 et suivantes).

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TIRÉ À PART N° 5 Extrait de notre page Défense du quartier du 21 janvier 2020

Cavé Goutte d’Or et ASA-PNE recourent au pluriel

  • Les deux associations ont déposé le 23 décembre 2019 un recours gracieux entre les mains de la maire de Paris contre le premier permis délivré dans le cadre de l’opération Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or.
  • Puis un autre, le 15 janvier 2020, contre la délibération du Conseil de Paris qui prétend autoriser le déclassement de la rue Boris Vian au motif que les réserves du commissaire enquêteur auraient été levées. 

Telle que définie par PariSeine dans sa demande de permis, l’emprise de démolition est très précisément constituée d’espaces non encore déclassés du domaine public au moment de la demande et de l’octroi du permis. Document PariSeine, extrait de la demande d’autorisation (25 juillet-1er août 2019).

Mis en ligne le 21 janvier 2020 – On se souvient que la Société PariSeine, chargée de mener l’opération de requalification urbaine du secteur désormais bien connu de nos lecteurs, avait déposé, fin juillet 2019, une demande de permis de démolir certains éléments du TEP Goutte d’Or et de la rue Boris Vian.

Disposition indue du domaine public

Cette demande était prématurée dès lors qu’elle concernait certains biens relevant du domaine public de la Ville de Paris, pour le déclassement desquels la maire avait expressément missionné une enquête publique préalable dont le rapport n’avait pas encore été rendu.

Même une fois rendu, le rapport d’enquête publique suspendait son avis favorable à des réserves, le rendant défavorable jusqu’à la levée desdites réserves. La demande de PariSeine, a fortiori l’autorisation qu’elle reçut, restaient ainsi prématurées aussi longtemps que les réserves n’étaient pas levées, ce qui n’aurait en aucun eu lieu avant la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019, – si tant est que cette délibération ne vienne pas elle-même prématurément lever les réserves pour autoriser le déclassement.

Il y a donc plusieurs niveaux d’anticipation dans la précipitation de la Ville de Paris et du « promoteur public qui investit pour l’intérêt général et l’amélioration du cadre de vie urbain », pour reprendre les termes par lesquels PariSeine se présente sur son site.

Dans leur mémoire d’une dizaine de pages, Cavé Goutte d’Or et ASA-PNE soutiennent que le premier permis de l’opération, demandé entre le 25 juillet et le 1er août 2019 et accordé le 21 octobre 2019, ne pouvait en aucune façon être demandé, a fortiori accordé régulièrement à ces dates.

« Sans qu’il soit nécessaire d’examiner la teneur et le calendrier (des réserves du commissaire enquêteur) dans le cadre du présent recours gracieux, il doit être observé qu’elles n’étaient pas levées, ni sur le point de l’être, tant au moment de la demande du permis qu’au moment de l’octroi du permis », indiquent les associations.

Et de distinguer dans ce premier mémoire les trois temps que sont la demande du permis (15 juillet-1er août 2019), l’octroi du permis (21 octobre 2019) et l’éventuelle levée des réserves permettant le déclassement (11 décembre 2019).

Extraits

1er temps : la demande du permis

Il est notable que la demande du pétitionnaire est intervenue le 25 juillet 2019, soit le jour même de la remise du rapport du commissaire enquêteur. La demande enregistrée en ligne ce jour-là sous forme de brouillon sera finalisée le 1er août 2019.

Cette demande trahit la précipitation qui pourra avoir eu pour objet de parer par anticipation aux effets de l’enquête publique.

En tout état de cause, à ces dates, le pétitionnaire ne pouvait prétendre disposer d’espaces non encore déclassés du domaine public. De ce seul fait, sa demande prématurée ne pouvait qu’être rejetée. Le permis ne pouvait être accordé.

2ème temps : l’octroi du permis

À la date de la décision accordant néanmoins le permis, les espaces concernés demeuraient sous l’emprise du domaine public et n’avaient pas été déclassés.

Le permis de démolir querellé dispose ainsi illégalement de « biens ou droits à caractère mobilier ou immobilier appartenant à l’État, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu’aux établissements publics » au sens de l’article 1er du code général de la propriété des personnes publiques.

Prématurée à son tour, la décision querellée préjuge du déclassement préalable non réalisé et non constaté au moment de la demande et de l’octroi du permis qui, au sens où le prévoit le titre IV du code, implique une « sortie du domaine public » : « Un bien d’une personne publique mentionnée à l’article L1, qui n’est plus affecté à un service public ou à l’usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l’intervention de l’acte administratif constatant son déclassement » (article L2141-1).

(…)

3ème temps : le recours gracieux

Dussent-elles avoir été levées, ce qui est contesté par les associations requérantes, les réserves ne l’auraient été que le 11 décembre 2019 par le biais d’une délibération litigieuse du Conseil de Paris, délibération contestée jusqu’au sein de la majorité de gouvernement de la Ville de Paris et objet d’un recours par les associations requérantes.

Dans une précipitation qui s’apparente au forcing, la Direction de l’Urbanisme présentait en effet au Conseil de Paris un projet de délibération qui fut adopté le 11 décembre 2019 sans le soutien du Groupe EELV membre de la coalisation gouvernant la Mairie Paris.

Dans son intervention devant le Conseil de Paris, la conseillère EELV Sandrine Mees, par ailleurs élue référente du conseil de quartier de la Goutte d’Or, pose expressément que « les réserves émises par le commissaire enquêteur ne sont pas levées ».

Quel que puisse être l’avenir de la délibération 2019 DU 245, dont la légalité est d’ores et déjà contestée par les associations requérantes, cette délibération ne saurait avoir la moindre incidence sur la légalité querellée du permis de démolir du 21 octobre 2019, dont elle se voudrait comme une tentative de régularisation a posteriori.

Dans un recours indépendant dirigé contre la délibération 2019 DU 245 du 11 décembre 2019, les associations requérantes soutiennent que cette délibération, qui ne vise qu’implicitement la levée des réserves du commissaire enquêteur, est entachée de plusieurs irrégularités et de lacunes dans l’information des membres du conseil, constituant une violation des articles L.2121.12 et L.2121.13 du code général des collectivités territoriales.

Emprise de démolition (suite). Document PariSeine, extrait de la demande d’autorisation d’urbanisme (25 juillet-1er août 2019).

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TIRÉ À PART N° 4 Extrait de notre billet du 11 septembre 2019 « Histoire, patrimoine et réseaux sociaux ».

Démolition et reconstruction
du 1 rue de la Charbonnière

L’actuel bâtiment sur rue du 1 rue de la Charbonnière hachuré sur le projet de reconstruction après démolition totale. Agrandir l’image.

Répondant à un projet déposé le 30 mars 2016, d’abord rejeté suite à l’avis défavorable de l’Inspection générale des carrières, le permis de construire a finalement été délivré le 26 mars 2019. Il pouvait être contesté devant le Tribunal administratif dans les deux mois de son affichage, qui aura sans doute eu lieu dans les jours qui suivirent la date du permis. Peut-être même le permis du 26 mars 2019 avait-il été précédé d’un permis de démolir, qui aura alors été affiché avant celui de (re-)construire et qui pouvait lui-même être contesté au motif du maintien du patrimoine architectural.

Quoi qu’il en soit des étapes passées, que nous allons tenter de reconstituer, l’opération autorisée sur le 1 rue de la Charbonnière présente quelques incohérences qu’il aurait été utile de mettre en lumière par une contestation en temps et heures, et qui peuvent peut-être encore l’être par des biais à imaginer, les recours de tiers n’étant apparemment plus guère possibles à ce stade (contrairement aux adresses qui seront évoquées dans les autres sections de cette enquête).

Mars 2014 : « Aucun risque pour les habitants » – Parmi ces incohérences, on observe d’abord que l’immeuble n’était pas voué à la démolition en mars 2014 encore lorsqu’un habitant du quartier qui y avait des amis signala à l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement une installation électrique dégradée dans les parties communes. Dans un mail du 4 mars 2014 à Immobilier 3F, l’édile s’enquit de la situation auprès du bailleur social propriétaire en ces termes : « J’ai cru comprendre qu’I3F était propriétaire de cet immeuble. Les parties communes mériteraient d’être améliorées (fils apparents, peinture qui cloque ou s’effrite, etc…). D’autre part, on aperçoit pas mal de fissures dans les murs. Avez-vous prévu de faire quelque chose à cette adresse ? ».

Le bailleur social répondit : « Nous sommes propriétaires de cet immeuble depuis moins de deux ans (un peu plus selon la maire de Paris, voir ci-dessous le projet de délibération qu’elle a soumis au Conseil de Paris sur cette adresse). Actuellement, des études de structures sont en cours avec un cabinet d’architecte afin de vérifier si le bâtiment bouge ou non en contrôlant les niveaux fixés sur les fissures. Les fissures visibles datent de plusieurs années et la SADIF (ancien propriétaire) avait renforcé la structure du bâtiment en effectuant des travaux de renforcement de la structure dans les caves des deux bâtiments. Il n’y a aucun risque pour les locataires habitant dans cet immeuble. En attendant, l’électricité des parties communes a été refaite entièrement et les derniers câbles qui restent apparents sont soit devenus obsolètes, soit à changer par EDF (…) ».

Juin-Septembre 2016 : Opposition ahurissante de la Commission du Vieux Paris suivie d’un constat de « réhabilitation incompatible avec l’équilibre financier du projet » – Dans une « analyse du bâti (existant) » datant du 23 septembre 2016 et valant « étude d’intégration (du futur bâtiment) », l’agence d’architectes Khora tient pour acquis que la réhabilitation ne peut satisfaire des conditions liées à ce qui n’est déjà plus de la réhabilitation puisque le projet prévoit, à l’avance, une surélévation et, donc, un ascenseur.

L’architecte passe ainsi très vite de « l’analyse du bâti » à « l’analyse du site » qui, ça tombe bien, « fait ressortir une rue déjà fortement transformée par les opérations des années 1980/90 avec des bâtiments voisins assez disparates et offrant de nombreux volumes différents sans rapport avec le tissu des faubourgs parisiens ». D’où un projet à son tour disparate qui, selon l’architecte, n’aura pas de peine à « s’insérer dans ce contexte » (Voir le projet sur le site de l’architecte).

« Rare vestige du premier lotissement
de la Goutte d’Or »

Enlèvement d’immeubles encombrants (Photo montage de Gaël Coto, 2012).

Entretemps, la Commission du Vieux Paris (CVP) avait tenté de s’opposer à la démolition, mais elle l’a fait peu habilement en prétendant pouvoir réhabiliter l’opération des années 1980, ce qui n’était pas très sérieux. Réunie le 24 juin 2016, la CVP s’est en effet opposée à la démolition au motif que l’immeuble du 1 rue de la Charbonnière représentait un « rare vestige du premier lotissement du quartier », ajoutant dans une incroyable incise parfaitement inutile que « de surcroit, la construction neuve prévue en remplacement de l’immeuble démoli s’intégrerait mal dans le paysage de la rue alors même que les immeubles neufs élevés à proximité ont réussi à en préserver le caractère ancien ».

On ignore si les membres de la Commission du Vieux Paris avaient fait une halte à l’excellente table toute voisine du Chien de la Lune (une halte d’autant plus enivrante que Le Chien de la Lune était sauf erreur encore dans les limbes de Coco-bohême en juin 2016), mais force est de constater que ni le 23 rue de Jessaint, ni le 3 rue de la Charbonnière, ni aucun des immeubles qui entourent le 1 rue de la Charbonnière ne respectent le caractère faubourien d’antan et que, s’ils purent apparaitre à la Commission du Vieux Paris comme ayant « réussi à préserver le caractère ancien du paysage de la rue », c’est sans doute parce qu’ils avaient vieilli prématurément, pour reprendre encore le bon mot de l’ancien maire du 18e.

Exit donc la CVP et son joli rapport, qui pose sans conséquences immédiates (Cavé Goutte d’Or travaille sur les conséquences à venir de tous ces dommages) que « le quartier a déjà été victime de nombreuses démolitions » :

  • « Au début des années 1980, le constat de dégradation de ce quartier au bâti simple a conduit à un important programme de rénovation urbaine incluant la démolition de nombreux immeubles et bientôt controversé pour cette raison », assure la Commission du Vieux Paris dans son rapport du 24 juin 2016.

Par respect pour l’histoire du quartier et ses défenseurs de longue date, nous devons rappeler que la controverse alors menée par Paris Goutte d’Or fut antérieure à la démolition (voir la Une de son journal de juin 1984). Quoi qu’il en soit, la CVP casse le rythme de sa défense en assurant que quelques-uns de ses membres « s’interrogent sur l’opportunité d’une telle démolition, tout en reconnaissant que la façade de l’immeuble ne présente pas un intérêt architectural de premier ordre ». Si la façade à préserver ne présente pas d’intérêt architectural de premier ordre et si les immeubles construits à la place de ceux qui avaient été démolis dans les années 1980 ont su préserver le caractère ancien de la rue, inutile de déranger plus avant la noble institution (Consulter le rapport de la CVP).

Les vues de l’ABF sur l’église Saint Bernard – Du côté de l’architecte des bâtiments de France, qui semble avoir lui aussi été subjugué par Coco-bohême et le Chien de la Lune (qui ne le serait pas d’ailleurs ?), il fut décidé par avis du 11 avril 2016 que l’immeuble était dans le champ de visibilité de l’église Saint Bernard, ce que les architectes du projet contestent poliment par deux fois dans leur notice, évoquant d’abord un terrain « situé proche de l’église Saint Bernard de la Trinité (sic pour Trinité) avec covisibilité d’après l’avis de l’ABF » (nous soulignons), présentant ensuite l’église sous son nom correct de Saint Bernard de la Chapelle en indiquant qu’elle est « classée au monument historique et dont l’ABF a estimé que nous nous trouvions en covisibilité ». On s’étonnera toujours que les architectes, qui doivent faire tenir tant de choses ensemble, maîtrisent si peu la syntaxe, mais on sourit devant la distance prise ici avec l’ABF, qui n’a au demeurant que prescrit une façade plus claire : « Pour diminuer l’impact de la façade dans l’espace public, le revêtement de celle-ci, sur les trois premiers étages, sera d’une couleur plus claire ».

Avant-après le visa de l’ABF : « Pour diminuer l’impact de la façade dans l’espace public, le revêtement de celle-ci sera d’une couleur plus claire » (prescription de l’ABF, 11 avril 2016). Crédit photo Agence d’architecte Khora.

Des éléments du dossier consulté par cavé Goutte d’Or le 2 août 2019 au PASU (Pôle accueil et service à l’usager de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris), on retient au final que la notice d’architecte datant d’octobre 2017, tamponnée du 26 février 2019 par l’instruction, fait état d’un projet double : « Après un diagnostic approfondi de l’état des constructions existantes, il a été décidé de démolir le bâtiment sur rue et de conserver le bâtiment sur cour en le réhabilitant de manière importante afin d’atteindre les objectifs du plan Climat ».

Une démolition programmée ? – Mais qu’en est-il du permis de démolir ? Le permis de construire n’en dit rien sinon qu’il autorise « la reconstruction, après démolition totale, du bâtiment de R+5 étages sur rue (…) et la réhabilitation sur cour du bâtiment de R+5 (…) ». La formulation est ambiguë, sinon erronée, dès lors qu’il ne s’agit pas, pour l’immeuble sur rue, de reconstruire un édifice de cinq étages puisque l’édifice à démolir n’en comporte que trois (quatre avec les combles).

Vue de l’escalier (Rapport CVP, 24 juin 2016).

Par recoupements, en réalité par simple chronologie, on observe que le permis de construire incluant la démolition totale du bâtiment sur rue, déposé le 30 mars 2016, était entre les mains de l’Urbanisme avant la réunion de la Commission du Vieux Paris du 24 juin 2016 et avant l’étude d’intégration de l’Agence Khora pour Immobilier 3F du 23 septembre 2016.

Le principe de la démolition totale du bâtiment sur rue était ainsi acquis dès le 30 mars 2016, comme validé ensuite le 11 avril 2016 lorsque l’ABF travaillait sur un projet de « reconstruction après démolition totale » pour lequel il ne demanderait aucun autre éclaircissement que celui de la façade (rien n’est dit alors du bâtiment à démolir avant que la façade du nouveau ne soit plus claire), validé encore le 19 avril 2016 lorsque le maire du 18e arrondissement Éric Lejoindre ajoutait son avis favorable à l’opération consistant à « reconstruire après démolition totale » le bâtiment sur rue du 1 rue de la Charbonnière.

C’est dire que le 24 juin 2016, lorsque la Commission du Vieux Paris émet l’idée saugrenue de s’opposer à la démolition du même bâtiment tout en saluant la réussite des bâtiments « élevés » (sic) dans les années 1980 à ses côtés, le propriétaire de l’immeuble, son architecte, l’architecte des bâtiments de France et le maire du 18e s’étaient déjà tous prononcés pour une reconstruction qui impliquait la démolition totale.

L’équivalent municipal de la Cour des comptes viendra-t-il un jour invalider les notes de frais des membres de la Commission du Vieux Paris ainsi réunis pour rien le 24 juin 2016?, – doublement pour rien en raison de l’incongruité de leur position et du fait que tout était déjà plié ?

Une démolition délibérée ? – Ne restait que le Conseil de Paris, dernier intervenant qui, dans sa session du 10 au 13 décembre 2018, n’aura pu qu’entériner la délibération concoctée en amont par tous les démolisseurs qui se sont succédé au chevet du 1 rue de la Charbonnière, avec 500.000 € en prime et la garantie de la Ville pour les prêts immobiliers sociaux que devraient contracter le promoteur social.

La délibération emportant le 1 rue de la Charbonnière (Conseil de Paris des 10-13 décembre 2018). On observe que la délibération ne porte que sur le bâtiment rue (construction de 7 logements sociaux après démolition totale du bâtiment existant).

C’est dans le projet de délibération soumis en fin de course au Conseil de Paris que se lit le plus la décision de se débarrasser de cet immeuble dès 2011 en tout cas. Dans un raccourci foudroyant de son projet de délibération 2018 DLH 311, soutenu devant le Conseil de Paris de décembre 2018 par Ian Brossat, la maire de Paris écrit en effet :

  • « La société SADIF (Société Anonyme d’HLM de L’Ile de France) a acquis un ensemble immobilier constitué de deux bâtiments en 1980 situé au 1 rue de la Charbonnière dans le 18e arrondissement. La société Immobilière 3F a bénéficié d’un transfert de propriété de cet ensemble immobilier en 2011 ».

On comprend donc que le petit immeuble a échappé à la destruction de la rue (et du paysage de la rue) dans les années 1980 et qu’il a vécu tant bien que mal pendant une vingtaine d’années avant de se faire rattraper par les 3F qui, dans le langage de la maire de Paris, a entretemps « bénéficié d’un transfert de propriété » (nous soulignons). La phrase immédiatement suivante du projet de délibération saute sur les années 2011-2018 alors que, nous l’avons vu au début de ce récit, la vigilance d’un habitant du quartier a suscité un intéressant propos des 3F indiquant que tout allait bien à l’époque : « (…) La SADIF avait renforcé la structure du bâtiment en effectuant des travaux de renforcement de la structure dans les caves des deux bâtiments. Il n’y a aucun risque pour les locataires habitant dans cet immeuble (…) ». Tout au plus, EDF devait-elle passer en semaine 12 pour couper les fils qui sortaient des fourreaux tout neufs.

L’abîme en équilibre

Les études de structures en cours en mars 2014 devaient avoir raison de ce propos rassurant. S’il n’est pas ici le lieu de mettre en cause la régularité de ces études, nous devons en revanche souligner la franchise de l’architecte qui limite les causes du rejet de la réhabilitation à l’équilibre financier du projet :

  • « Notre analyse du bâti nous a amenés à la conclusion que les travaux à prévoir pour une réhabilitation étaient incompatibles avec l’équilibre financier du projet », écrit l’agence Khora en ouverture de son « étude d’intégration », dont le titre même indique le renoncement.

C’est sans doute la raison pour laquelle le Ville ne déboursera sur cette adresse ‘que’ 516.768 €, une misère municipale pour participer à la « reconstruction après démolition totale » de l’édifice sur rue, et qu’elle a ainsi pu mettre de côté près de 30.000 € pour « ré-enchanter la place Polonceau » juste en face, via un totem à 3.000 € (projet réalisé par les EDL) et une fresque à 22.500 € (projet paralysé par Cavé Goutte d’Or).

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TIRÉ À PART N° 3 Extrait de notre billet du 21 novembre 2019 « L’esplanade Boris Vian se dessine au pluriel »

La Goutte verte reprend les huit points des notes et esquisses de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or et les commente en ces termes :

« 1/ Concernant le TEP La variante 1 semble très intéressante ; la variante 2 éventuellement : mais si on arrive à créer des ouvertures latérales suffisamment grandes pour permettre une luminosité de qualité ; la variante 3 ne nous plaît guère. Il y a là un espace sportif, il faut le maintenir en ces lieux.

(Sur la couverture), nous entendons les arguments des sportifs. Une couverture totale nous peine, mais nous souhaitons que le stade soit fréquenté. Existe-t-il des couvertures amovibles ? En même temps, d’autres terrains de la ville non couverts fonctionnent très bien (ne serait-ce qu’au square Léon, ainsi qu’au square Éole, le long du quai de Jemmapes, etc.).

« 2/ Concernant le réaménagement en jardin public de l’espace libéré au-dessus du parking Oui c’est une bonne idée. Mais quid d’une part réservée au jardinage ? Certes, les jardins partagés ne sont pas au goût de tous, mais ils ont une musique propre : l’invitation à participer, à découvrir la nature de façon active et pas seulement contemplative, cela génère du lien, de la discussion, des échanges… bien souvent inattendus.

« 3/ Abandon de tout projet de construction contre la façade actuelle du gymnase D’accord sans aucune réserve.

« 4/ Concernant la rue/le passage Boris Vian D’accord avec le fait qu’il ne faut pas le déplacer (option coûteuse et inutile), idée intéressante que de créer un maillage piéton.

« 5/ Concernant les pignons et façades Faire pousser du houblon sur la façade du 9 rue Polonceau (le houblon est une liane tonique, qui pousse à merveille dans le quartier, elle peut aller très haut, feuillage vert éclatant, etc.).

« 6/ Restructuration des commerces le long de la rue de la Goutte d’Or En phase avec le point de vue exprimé.

« 7/ OK. Que fait-on de la remarque des jeunes du quartier ? En substance: faites-nous une place, arrêtez de parachuter sur le quartier des projets extérieurs, donnez-nous une chance. Quid de créer une pépinière… d’entreprises ? et/ou un lieu qui fait de l’insertion par le travail ? (ex.: réparation d’ordinateurs, ou d’objets électroniques).

« 8/ (Restaurant sur la place) Tout dépend du type de restaurant proposé. Il nous semble important de ne pas déloger des habitants, des habitudes, celles par ex. des Chibanis. Ne pas exclure par les prix, donc à voir quel type de restaurant. Et pourquoi pas un café autogéré ? (cf. le « Bar commun » de la rue des Poissonniers… il semble que ce lieu crée du lien, et propose une programmation variée – bien plus diversifiée que nombre de lieux commerciaux. Un « bar commun » partagé avec l’association Home sweet mômes (potentielle bénéficiaire d’un des locaux créés sous le TEP) ? Que deviendraient les deux cafés chibanis ?

« Sinon, (quid) de mettre de l’eau sur la place : sous quelle forme? à voir… une fontaine classique ? un bassin avec de la végétation et pourquoi pas des poissons ? ou bien dans l’espace végétalisé dont vous parlez plus haut… sous forme de cascade ? de l’eau pour rafraîchir l’atmosphère, pour évoquer lointainement les lavoirs de l’ancien temps, parce que ça plaît aux enfants (lancer des cailloux dans l’eau…) il n’y a qu’à voir le bassin du square Éole, c’est une attraction), parce que les clapotis font une douce musique, etc. »

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TIRÉ À PART N° 2 Brève du 26 mars 2018

La palissade qui doit « redonner une place aux femmes dans l’espace public »

  • Sans dénigrer le travail de l’artiste Claire Courdavault qu’on a vue à l’œuvre l’automne dernier, on doit s’interroger sur le projet de la Mairie qui consiste à user d’un artifice éphémère pour « mieux intégrer la place de la femme dans l’espace public ».

26 mars 2018 – Les figures peintes sur la fresque de Claire Courdavault seraient « les gardiennes de la rue de la Goutte d’Or » : « Des figures de femmes, mythiques ou réelles, (…), figures féminines liées aux symboles de puissance et de protection », explique l’article sur le site de la Mairie de Paris.

« L’œuvre, financée par la Mairie de Paris, n’est pas le fruit du hasard », poursuit l’article qui y est consacré : « elle s’inscrit dans l’objectif de mieux intégrer la place de la femme dans l’espace public, qui s’est également illustrée au travers des marches exploratoires de femmes initiées l’an dernier, et portées par la Ville de Paris et l’association Paris Macadam ».

Juin 2017.

Cache misère

Cavé Goutte d’Or a salué l’effort dans un billet du 11 octobre 2017 tout en s’inquiétant, déjà, du projet qui se disait destiné à « embellir votre cadre de vie » (voir panneau ci-contre) et risquait de cacher la misère des lieux, du secteur et, plus largement, du quartier.

Depuis, on apprend que cette fresque pourrait être prolongée afin de fermer davantage de galeries qu’elle n’en ferme déjà, afin surtout de fermer des espaces surinvestis par des activités commerciales illégales, dont la drogue. Ce qui est dire de son objectif avancé de « mieux intégrer la femme dans l’espace public ».

En réalité, et toujours sans dénigrer l’artiste et son travail, cette fresque semble surtout servir les intérêts de la Politique de la ville pour : 1) cacher la misère qu’elle a créée en construisant de la violence urbaine, 2) cacher son dysfonctionnement à faire respecter la loi dans le secteur, 3) cacher l’enterrement du projet de requalification des arcades et de la rue Boris Vian. Trois caches misères pour le prix d’un.

C’est ainsi, comme naturellement, à deux pas de la fresque, que se réunit le quartier dans une cérémonie de remise des pétitions circulant depuis quelques semaines et demandant aux plus hautes autorités de la Ville et de l’État la mise en place d’une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier (la pétition en ligne).

Invitation au quartier

  • À l’initiative de l’association Paris-Goutte d’Or et des auteurs des pétitions, une réunion de remise publique des deux textes est organisée ce mardi 27 mars 2018 à 19 heures sur la « place Polonceau », formée du croisement des rues Polonceau, Pierre L’Ermite, Jessaint, Charbonnière et Goutte d’Or.

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TIRÉ À PART N° 1 Brève du 25 août 2012

Ça la friche mal

La friche du 24 avant la friche (Photo GC-août 2011).

Nos confrères d’Action Barbès, qui nous citent sous le nom de « un blog », présentent cette semaine la friche du 24 rue Cavé, qui leur avait échappé. La présentation du « jardin solidaire » est aimable, pour ne pas dire citoyenne, mais Action Barbès se veut aussi archéologue et explique qu’avant la friche de l’association EGO, il y avait là une petite maison.

La petite prairie cacherait donc une petite maison au fond, « un petit immeuble d’un seul étage » dont Action Barbès nous dit qu’il était « en mauvais état » et que « sa destruction a fait l’objet d’un mécontentement profond de certains riverains de la rue Cavé qui s’exprime (le mécontentement ? la rue ? NDLR) dans un blog, comme à propos d’autres destructions d’habitats dits insalubres ».

La voix de son maire

Et nos excellents confrères de poursuivre, comme leurs excellents confrères qui tiennent les médias du quartier : « Nous comprenons parfois l’insatisfaction de certains de voir disparaître la trace d’un quartier populaire où subsistaient encore de rares petites bâtisses. Toutefois, l’urgence de loger des citoyens demandeurs d’un logement social ou non doit être considérée ». 

Ben voyons ! ajoute le blogmaster de « un blog », en rappelant à la considération citoyenne d’Action Barbès les faits suivants :

  • la petite maison avait été l’objet de l’attention particulière de la Commission du Vieux Paris avant celle des riverains ;
  • elle était destinée à être conservée ;
  • le Département Histoire de l’Architecture et Archéologie de Paris (DHAAP) avait en effet écrit à son propos que « ce bâtiment bas est partie intégrante d’une séquence de petites maisons présentes dans la rue et assez rares dans Château Rouge » et que c’était « à ce titre que sa préservation avait de l’intérêt » ;
  • elle a ensuite été livrée à dessein aux intempéries par la SEMAVIP qui était chargée de la maintenir en état et non d’en favoriser la désintégration ;
  • elle était enfin au centre d’une procédure devant le Tribunal administratif de Paris quand la SEMAVIP l’a démolie précipitamment sans qu’aucune urgence ne l’impose ;
  • rien n’a été construit à la place : les « citoyens demandeurs d’un logement social ou non » auxquels pense devoir penser Action Barbès n’ont donc qu’à se brosser ;
  • si, au demeurant, « les citoyens demandeurs » avaient obtenu leur « logement social ou non », il n’y aurait par définition pas eu de friche à la place, et pas eu d’article d’Action Barbès pour regretter ce qui n’est finalement qu’une mauvaise gestion du temps, de l’espace, du patrimoine, du droit et de la parole.

Le 24 Cavé voué aux 4 vents (GC-août 2011).

Pour plus de détail, voir le mémoire des riverains sur le blog de Cavé Goutte d’Or et le compte rendu de l’audience du 19 octobre 2011 lors de laquelle le Tribunal administratif saisi en référé a été contraint de constater l’impasse dans laquelle la précipitation de la démolition l’avait mis : « Je ne peux suspendre une décision déjà exécutée », déclarait en substance le juge devant le constat d’huissier lui montrant la friche d’EGO au moment de sa conception (voir sur le blog). Le recours au fond demeure. Et les frises, dit-on en hauts lieux, ont été mises en lieux sûrs.

24 rue Cavé, détails avant démolition (GC-août 2011).

Circonférence citoyenne

Elle aussi désespérément vide durant l’août de la Goutte d’Or, la salle de conférence citoyenne aménagée dans le plus pur style para-rambutéen et para-Napoléon III sur la friche des ci-devant Plumasseries Loddé au 25 rue Stephenson/2 rue Cavé (devenue la friche du 4 Cavé) ne s’offre qu’au regard hélas, – au regard notamment des fenêtres sur cour du, pour le coup, très rambutéen 5 rue Myrha, actuellement objet d’une grande attention…

Entre Rambuteau et Napoléon III, la salle de conférence du Quat’Cave

Le travail de récupération s’étend même sur les terres encore vierges donnant sur la rue Stephenson (aménagements ci-dessous), les pauvres piétons étant conduits dans un labyrinthe fléché de palettes et autres bidons. « Rendez-nous les coquelicots ! », entend-on crier à travers les jours de souffrance voisins.

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