Antinomie

Les Verts s’abstiennent de préserver leur vœu

  • Les alliés de gouvernement des Mairies de Paris et du 18e contestent mollement au Conseil d’arrondissement du 25 novembre une délibération qui anéantit pourtant le vœu qu’ils avaient fait voter vaillamment au Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019.
  • Qu’aurait donc été la froide colère exprimée par Éric Lejoindre s’ils avaient voté contre la délibération litigieuse ?
  • Réponse au Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains.

Le périmètre d’intervention des Verts influencera-t-il le périmètre d’intervention des démolisseurs/reconstructeurs du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or ? Illustration : extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les ajouts de couleurs et les légendes sont de la SPL). Agrandir.

L’exercice était difficile et nous devons saluer la prouesse de Sandrine Mees qui, le 4 novembre 2019, demandait à la Ville de « confirmer que les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prise en compte » (lire le vœu) et, le 25 novembre 2019, s’abstenait de voter pour (donc s’abstenait en même temps de voter contre) la délibération 2019 DU 245 qui prétend pouvoir lever avant terme les réserves du commissaire enquêteur et confirme, au contraire du vœu des Verts, que la Ville n’a aucune intention de prendre en compte les conclusions du rapport d’enquête.

« Pas prêt à voter pour »

L’allié de gouvernement dont on pouvait penser que, depuis le 4 novembre 2019, il était prêt à voter contre une délibération qui s’opposerait si frontalement à son vœu, a fait savoir, le 21 novembre, qu’il n’était « pas prêt »,« pas prêt à voter pour », d’où l’abstention censée le conduire à proposer des amendements d’ici au Conseil de Paris qui reprendra l’examen et le vote de cette délibération lors de sa session du 9 au 11 décembre prochains (vidéo du conseil du 25 novembre, minutes 2:30 et suivantes) .

« Emprise démolition », extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL).

Optimiste de nature, Cavé Goutte d’Or préfère se pencher sur les deux semaines qui suivent le Conseil d’arrondissement du 25 novembre que sur les trois semaines qui l’ont précédé, attendre les amendements annoncés par les Verts au projet de délibération en cause, et travailler à convaincre les élus au Conseil de Paris de l’illégalité du processus qui consiste à dévaloriser l’enquête publique au motif que son auteur n’aurait pas fait ce qu’on lui demandait (« Il a été plus loin », assure Michel Neyreneuf au Conseil d’arrondissement) et s’appuyer sur des concertations menées en catimini pour valoriser le projet contesté de la Ville de Paris (« S’il avait vu toutes les associations que Maya Akkari et moi avons rencontrées dans le cadre de ce suivi (parallèle au comité de suivi, NDLR), il n’aurait pas dit la même chose », poursuit le patron de l’Urbanisme du 18e encore en fonction (aux commandes ?) pour quelques mois.

Pendant la concertation, la démolition continue (et inversement). Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Répétés depuis la rentrée de septembre, depuis que Cavé Goutte d’Or a dévoilé les conclusions de l’enquête et les réserves du commissaire enquêteur dans un billet faisant état d’un « sérieux revers pour l’Urbanisme parisien », celui-ci (l’Urbanisme) s’applique à atténuer celui-là (le revers) dans une entreprise qui confine au forcing et s’éloigne toujours davantage du sérieux.

Car, sans même considérer ici le besoin absolu d’une nouvelle réflexion fondamentale sur ce projet, un besoin qui exige du courage politique, la délibération qui voudrait faire entériner par le Conseil de Paris la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au terme de prétendues concertations confidentielles, cette délibération ne saurait sérieusement prospérer. Au-delà du vote de décembre prochain, dont on espère qu’il arrêtera net un processus manifestement mal engagé, la délibération est susceptible d’encourir la censure du Tribunal administratif, tant en ce qu’elle écarte sans le dire les conclusions du commissaire enquêteur (prétendre les avoir respectées n’est pas la même chose, en droit, que les écarter), qu’en ce qu’elle dit s’appuyer sur des éléments non attestés.

Démocratie précipitative

Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les marques rouges et légendes sont de la SPL). Agrandir l’image.

Les confidences qu’auraient recueillies les adjoints du 18e chargés de l’Urbanisme et de la Politique de la ville au cours d’une opération conduite en marge des comités de suivi officiels demeurent en effet inconnues du public, des associations et habitants du quartier qui sont censés les avoir exprimées et, a fortiori, des élus, tant au Conseil d’arrondissement qu’au Conseil de Paris. Or, comme plusieurs autres éléments manquant à l’appréciation des élus et donc à la validité de leurs votes, les résultats de ces consultations confidentielles sont au cœur des décisions qu’aurait prises le maire du 18e dans ce qui est présenté comme ses « arbitrages ».

Tant au Conseil du 4 novembre qu’à celui du 25, Michel Neyreneuf et Éric Lejoindre font en effet état de ces conversations intimes pour affirmer que tel élément de leur projet est « grosso modo consensuel à 95 % », que tel autre l’est « aussi à peu près à 95 % », qu’un troisième réunit « une approbation autour de 80 % », un quatrième « un consensus assez total » alors qu’un dernier pour la route est « aussi quelque chose qui remporte absolument le consensus », seul restant en débat, selon ces consensuels édiles, « l’espace créé devant le gymnase », – créé par quoi ? par le déclassement (ce qui justifie d’autant le rejet de la délibération qui prétend autoriser le déclassement, comme le préconisent les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or dans les observations qu’elles ont adressées aux élus du 18e en prévision du vote du 25 novembre 2019 [chiffre 2, pages 3 et 4 des observations]).

La place Polonceau a bon dos. Extrait du dossier de permis de démolir accordé à la SPL Pariseine par la Ville de Paris (les légendes et marques rouges [ciré du passant non compris] sont de la SPL). Agrandir l’image.

Ces expressions incroyablement imprécises (comme le sont parfois les indications figurant au permis de démolir, qui confondent la rue de la Goutte d’Or et la place Polonceau [photo ci-contre]) sont toutes tirées du compte rendu officiel du Conseil d’arrondissement du 4 novembre 2019 (voir ici, pages 78-80 [79]).

Il n’a ainsi même pas été jugé utile d’atténuer l’approximation orale dans le compte rendu écrit du Conseil du 4 novembre et ce sont ces « grosso modo » et autres « à peu près » qui, au final, emportent l’adhésion du maire d’arrondissement lorsque, dans une tout aussi incroyable diatribe contre ses collègues opposants lors du Conseil du 25 novembre, il prétend pouvoir évoquer « des sujets sur lesquels quasiment tout le monde est d’accord », faire état d’un « portage très majoritaire des habitants et des associations sur ce projet », et appeler en conséquence ses pairs à la « responsabilité politique » : « C’est un peu facile de suivre tout le temps le sens du vent et de foncer sur ce qu’on considère être des mobilisations », lance-t-il à l’attention notoire de ses alliés Verts qui viennent en effet de se dire « sensibles aux mobilisations » (en l’occurrence la mobilisation réussie de la Goutte verte le 24 novembre 2019) pour s’abstenir (voir ci-dessous et en page Humeur notre billet « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian »).

Chiche !

Si responsabilité politique il y a, transparence sur les concertations secrètes il doit y avoir. Or, malgré la demande qui a été faite dans ce sens par les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or, conviées le 22 novembre dernier par le Cabinet de Jean-Louis Missika et à son initiative, à une énième présentation à sens unique du projet de la Ville, les questionnaires secrets le sont restés jusqu’ici.

Ils doivent aujourd’hui être produits publiquement et les deux associations en font la demande formelle au Maire du 18e afin qu’ils puissent être connus avant le prochain comité de suivi du 4 décembre 2019, discutés ouvertement ce soir-là et, une fois ainsi avalisés, introduits dans la délibération qui sera soumise au Conseil de Paris du 9 au 11 décembre. À ce stade, la délibération ne repose que sur les « à peu près 95 % » de Michel Neyreneuf, « à peu près » qui conduisent l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement à conclure lui-même, dans une formule incertaine : « Nous pensons que nous avons répondu à la réserve du commissaire-enquêteur en dégageant un consensus sur cette partie du projet » (Compte rendu du CA du 4 novembre 2019, pages 78-80 [79]).

Un projet « grosso modo consensuel à 95 % ». Ici, une partie des 5 % grosso modo opposés au projet qui le disent en fanfare lors d’un évènement organisé le 24 novembre 2019 par le Jardin Goutte verte* (Photo CGO).

Penser n’est pas suffisant. La Mairie du 18e doit établir – au sens juridique de prouver – les majorités sur lesquelles elle prétend pouvoir entraîner le Conseil de Paris dans une délibération qui, quelles que soient au surplus le résultat des délicates pesées d’intérêts, ne respecte ni les réserves du commissaire enquêteur quant à la durée de la concertation globale, fixée de novembre à février 2020, ni, à ce titre, le vœu des Verts qu’elle a adopté à l’unanimité et qui demande « que la Ville confirme que les deux réserves exprimées dans les conclusions du rapport d’enquête publique seront bien prises en compte ; que la concertation, ainsi que cela est suggéré dans le rapport, inclue l’étude des projets alternatifs ; que la concertation soit prolongée, avec l’objectif d’aboutir à un consensus, de novembre 2019 à février 2020 ».

La Goutte verte recevait sous le panneau du premier permis de démolir accordé dans ce dossier (Photo CGO, 24 novembre 2019).

  • Lire en page Humeur du blog : « Éric Lejoindre entre les mannes de l’ANRU et les mânes de Boris Vian ». Dans une froide colère suscitée par l’abstention des Verts et l’opposition de 100% Paris, le maire du 18e qui se dit « épuisé par cette façon de faire de la politique » (« pas épuisé par le fait d’être maire », précise-t-il tout de suite : « J’ai bien l’intention [sic] que ça continue encore un peu »), se lâche sur les préoccupations de la famille de Boris Vian et de la presse durant les huit dernières années.

* On rappelle que La Goutte verte est signataire du Manifeste de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or qui demande un moratoire aux projets d’urbanisme contestés, comme le sont plus de cent cinquante habitants à ce jour, une dizaine d’associations et le Conseil citoyen de Paris 18 qui, pour sa part, est légalement chargé de « favoriser l’expression de la parole des habitants des quartiers, notamment ceux qui sont éloignés des processus traditionnels de participation, ainsi que la prise en compte de leur expertise d’usage dans le cadre de la politique de la ville » (cf. site officiel des Conseils citoyens).

Sauvez la date !

12 décembre 2019, 18 h 30-21 h
Présentation publique de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or
et débat autour des projets d’urbanisme en cours dans le quartier

La Manufacture, 8 rue Myrha (75018)

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