Pactole

À qui profite l’îlot trésor ?

  • Qui donc a intérêt à mettre « la bagatelle d’un demi-milliard d’euros » (Le Parisien) dans « ces quartiers déshérités, mal fichus (…) ces îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics » (Jacques Baudrier) ?

À côté de la fameuse délibération censée autoriser la levée des réserves émises par le commissaire enquêteur au projet de privatisation de la rue Boris Vian (ici pour mémoire), sera soumise aux élus parisiens une délibération de plus grande envergure encore, celle qui consiste à autoriser la maire de Paris à signer la convention pluriannuelle de financement du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Il s’agit de la délibération 2019 DU 249 DDCT dont l’exposé des motifs ne compote pas moins de 14 pages (le projet de délibération, l’exposé des motifs).

C’est du lourd et Le Parisien du 2 décembre 2019 ne se le fait pas dire :

  • « Une délibération comme celle-là, on en vote une tous les quinze ans : c’est un très gros truc », a prévenu Jacques Baudrier, conseiller (PC) délégué aux grands projets de renouvellement urbain à l’Hôtel de Ville, dans un entretien accordé au journal qui, du coup, titre sur « un pactole de 550 millions d’euros pour rénover quatre quartiers populaires ».

Les quartiers populaires ont bon dos. Les lecteurs du blog de Cavé Goutte d’Or savent que la formule aussi a bon dos pour qualifier les quartiers prioritaires, en difficultés installées depuis une trentaine d’années pour la plupart d’entre eux.

Limitons-nous ici à la Goutte d’Or et à l’opération dite « Boris Vian » qui va toucher sa part de la manne (la manne, souvenons-nous, qui n’émane pas des mânes de Boris Vian dont le maire du 18e arrondissement a récemment cru pouvoir se moquer devant ses collègues du Conseil d’arrondissement [notre humeur du 1er décembre]). Non, la manne de l’ANRU et même du NPNRU : « Le prochain Conseil de Paris validera la semaine prochaine le financement de quatre grosses opérations de rénovation urbaine dans les 18e, 19e et 20e arrondissements », poursuit Le Parisien.

Celle du 18e concerne l’îlot Boris Via, Polonceau, Goutte d’Or (pages 2-3, 10, 14) :

Exposé des motifs, page 10. N.B. Si la demande de subvention (1,75 M€ sur 11,98 dont 1,2 de la Région IDF [cf. pages 11-12 du même texte] est validée, le projet ne l’est toujours pas).

Ces îlots responsables
d’avoir dysfonctionné

« On n’a pas été chiche pour investir dans ces quartiers populaires, se félicite Jacques Baudrier dans Le Parisien. Avec les projets financés, on aura fini de traiter tous ces quartiers déshérités, mal fichus où les habitants ont le nez sur le périphérique. Des îlots qui ont dysfonctionné et généré des nuisances, de l’insécurité, des trafics ».

Une autre responsabilité est possible (ici l’étude de Violette Roland parue dans le bulletin de SOS Paris n° 100, pages 1920).

Ce seraient ainsi les îlots qui ont dysfonctionné, les îlots qui sont responsables, ironise une tweeto en réponse à Jacques Baudrier, suggérant que « la rénovation urbaine de quelques ‘îlots’ du Nord-Est parisien n’effacera pas ici les manquements de la Ville en matière de propreté, tranquillité, sécurité », – nous ajouterons les manquements en matière d’urbanisme et d’architecture car si les îlots devaient « générer des nuisances, de l’insécurité, des trafics », ce serait aussi beaucoup parce qu’on a détruit sciemment l’âme et l’histoire d’un quartier (ici pour mémoire) et que, à la place des « espaces urbains d’intérêt élevé » identifiés par François Loyer dans son étude pour l’APUR parue en 1982 (ici pour mémoire), on a construit pauvrement, sciemment aussi puisqu’on en a même fait le leitmotiv de l’urbanisme de la Goutte d’Or depuis 1993 :  « Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (prêt locatif aidé). or, ce qui priait est que ce quartier reste un quartier populaire » (ici pour mémoire).

C’est sur le fondement, ma foi, de cette absurde sentence que, loin de la première urbanisation du quartier, des premiers lotissements de la seconde moitié du 19e siècle, loin du soin apporté à l’habitat pourtant modeste et ‘populaire’ lui aussi de l’époque, salué par le même François Loyer dans le livre La Goutte d’Or, Faubourg de Paris paru en 1988 (les bâtisseurs d’alors avaient fait si bien avec si peu, écrivait en substance l’auteur de l’étude précitée de l’APUR), l’urbanisation estampillée sociale des années 1980, 1990, 2000 a plongé le quartier dans un mouvement de renouvellement perpétuel.

En cela, les deux délibérations offrent un saisissant télescopage que nous examinerons d’ici le Conseil de Paris des 9-11 décembre prochains, sachant que l’avenir de celle qui voudrait lever les réserves du commissaire enquêteur se jouera en partie ce soir, 4 décembre, lors d’un quatrième comité de suivi en prévision duquel les associations ASA-PNE et Cavé Goutte d’Or ont demandé officiellement à la Mairie du 18e :

  • « de communiquer, tant à l’attention de l’ensemble des participants au comité de suivi qu’à celle des élus invités à débattre du projet de délibération, les réponses au questionnaire qui a pu être soumis aux associations et/ou habitants consultés en marge du comité de suivi et tout autre élément susceptible d’établir les adhésions majoritaires au projet de la Ville, telles qu’elles ont été évoquées aux Conseils d’arrondissement des 4 et 25 novembre 2019 » (Voir la demande de documents).

Lire aussi, en page Défense du quartier : « Un COSUI fermé  sur lui-même ? »

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