Starting blockhaus

Les dernières heures de l’Urbanisme autoritaire et mensonger de la Goutte d’Or Sud ?

  • Interrogé récemment par des habitants de la Goutte d’Or Sud sur l’avenir du projet de requalification du secteur Boris Vian/Polonceau, l’adjoint au maire chargé de l’Urbanisme aurait déclaré que rien n’était décidé.
  • Ultime mensonge pour la route ou testament politique de Michel Neyreneuf qui ne se représente pas ?

Extrait du projet officiel présenté par Michel Neyreneuf comme « validé et en cours de réalisation » en mai 2019 (page 24 de la présentation au comité de suivi du 20 mai 2019). Pas même de fenêtres où agiter les casseroles de l’urbanisme pour soutenir les riverains.

Coup de théâtre : le fidèle adjoint à l’Urbanisme de Daniel Vaillant et d’Éric Lejoindre aurait déclaré à des habitants encore inquiets de l’avenir architectural du secteur (ils sont nombreux) que rien ne serait décidé sur les points qu’il s’était personnellement escrimé à faire acter, au contraire, par les associations et riverains afin de mieux pouvoir prétendre, en Conseil d’arrondissement et en Conseil de Paris, que six mois de comités de suivi auraient eu raison des contestations et oppositions que le projet rencontrait, rencontre et rencontrera.

Cavé Goutte d’Or rappelle :

  • que le projet que l’association combat notamment dans deux recours a été acté par le Conseil de Paris dans une délibération du 11 décembre 2019 que, dans l’un de ces deux recours, l’association estime irrégulière ;
  • que les premières autorisations d’urbanisme ont été données en octobre 2019 ;
  • et que la destruction de la Goutte d’Or dans les années 1980 comme sa reconstruction dans les années 1990 est le fruit d’associatifs et de politiques qui ont laissé faire quand ils n’ont menti activement ou par omission à coups de ‘rien n’est décidé’, d’‘on nous a dit’ ou d’‘on verra bien’, endormant, laissant endormir ou laissant endormis les habitants qui seraient parqués dans des immeubles de béton frais après avoir été expulsés d’immeubles dont, malgré le rapport qu’elle avait diligenté, l’APUR n’avait pas su faire valoir la qualité, la force, l’histoire, le besoin de réfection et de réhabilitation.

Les « objectifs définis »

« Schéma directeur présenté en 2016 pour répondre aux objectifs définis » (page 14 de la présentation au comité de suivi du 20 mai 2019). Il aurait été renoncé à la rotonde sur la place Cheikha Remitti, mais rien n’est acté dans ce sens.

« Évolutions légères du schéma directeur en 2018 » (page 15 de la présentation au comité de suivi du 20 mai 2019). Avec la même réserve que ci-dessus sur la « légère évolution » possible quant à la rotonde.

L’association Paris Historique a publié en juin 2011 une étude sur « Le tissu faubourien de la Goutte d’Or lacéré par une perception asociale du logement social » (ici), SOS Paris une autre en été 2017 sur « Comment le patrimoine historique volontairement méconnu du quartier a été volontairement détruit » (ici).

Dans leur récent ralliement à la liste de Paris en commun (voir notre billet du 24 juin : « Portion incongrue »), les Verts sont passés, sur le TEP Boris Vian, d’un « moratoire le temps de réaliser une véritable concertation avec les habitants afin d’identifier leurs besoins et ceux du territoire » (position du 12 mars 2020 disant que la concertation en place n’était pas véritable et que les besoins restaient à identifier) à une « poursuite de la concertation pour le TEP Boris Vian afin de construire un projet avec les habitants » (position actuelle qui implique l’accompagnement de la concertation engagée).

Or, cette concertation, dont Paris en commun assure, lui aussi, qu’elle se poursuivra sur des questions secondaires, est considérée comme achevée par la Mairie centrale et la Mairie du 18e et il est bon de se souvenir qu’elle l’était d’ailleurs, achevée, avant qu’elle ne commence puisque aussi bien Michel Neyreneuf lui-même écrivait, en mai 2019, que le comité de suivi « n’avait pas pour objet de remettre en question le projet », projet qui aurait été « validé » et serait même déjà « en cours de réalisation »:

  • « Le comité sert à discuter la mise en œuvre du projet de requalification présenté dans ses grandes lignes opérationnelles le 13 décembre 2018 en Mairie du 18e, validé suite à cette réunion, et en cours de réalisation ».

L’entrée de la nouvelle rue Boris Vian devant le 2 rue Saint Luc (page 32 de la présentation au comité de suivi du 20 mai 2019).

Si le bloc blanc à droite de l’image, apposé sur le pignon du 9 rue Polonceau et appelé « bâtiment zéro » (par litote ou euphémisme, on ne sait), peut être l’objet d’un abandon ou d’un aménagement, rien n’est acté dans aucun sens. D’autant que cet élément très densifiant, contesté par plusieurs riverains et observateurs, est très souhaité (quand ce n’est convoité) par les associations sportives ou artistiques en mal de nouveaux espaces, sans doute nécessaires pour certaines mais trouvables dans le bâti existant du quartier.

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Enjeux

Bournazel évoque « le futur jardin Boris Vian »

  • À lire les réponses que le candidat de l’opposition à la Mairie du 18e a adressées aux questions de deuxième tour de Cavé Goutte d’Or, le cœur historique du quartier sera réparé s’il est élu Place Jules Joffrin dimanche.

On se souvient qu’en prévision du déconfinement des Municipales 2020, Cavé Goutte d’Or avait interrogé les candidats restés en compétition le 15 mars au soir sur les cinq chantiers rappelés par l’association dans son billet de revoyure.

À trente-six heures du deuxième tour, seuls les Verts, désormais alliés de Paris en commun, et Pierre-Yves Bournazel ont répondu. Les Verts l’ont fait très récemment, trop tard pour que leurs positions puissent toutes être considérées dans le billet qui leur était consacré mercredi (cf. « Portion incongrue ») et les réponses complémentaires qu’ils ont pu apporter depuis seront communiquées à nos lecteurs dans le billet de synthèse que nous posterons samedi 27 juin.

Au cœur de la réponse de Pierre-Yves Bournazel à Cavé Goutte d’Or du 22 juin 2020, on lit :

  • « Nous souhaitons créer, en concertation avec les habitants, une rue jardin au niveau de la rue Polonceau depuis la rue des Gardes en passant le long du square Léon jusqu’à la rue de la Goutte d’Or. Il s’agit d’assurer une continuité paysagère, une trame verte entre le square Léon et le futur jardin Boris Vian ».

La formule semble considérer comme acquis l’abandon du projet de requalification de la Goutte d’Or Sud, qui prévoyait, entre autres constructions, celle d’une couverture sur le TEP Goutte d’Or et dont le candidat de l’opposition « soutient la remise à plat ». Monsieur Bournazel ne semble pas pour autant renoncer à affronter le manque d’équipements sportif sur le secteur et évoque, comme nous l’avions proposé pour les anciens locaux de Drouot-Montmartre et divers autres endroits du quartier, la préemption d’espaces disponibles : « Élu maire du 18e, j’associerai les habitants en amont pour examiner avec eux la pertinence de la préemption et le projet qu’il faudra mener dans ces locaux ».

Les Polonceau pluriel

Pour ce qui est de l’inscription au PLU de deux ELP (espaces libres protégés) aux deux extrémités de la rue Polonceau (dont le nom, rappelle Wikipédia, rend d’ailleurs hommage à deux Polonceau Antoine Rémy Polonceau [1778-1847] et son fils Jean Barthélemy Camille [1813-1859]), Pierre-Yves Bournazel indique qu’il « souhaite sanctuariser tous les espaces verts existants et s’opposer à la poursuite de la bétonisation du 18e arrondissement ». Il se distingue en cela des candidats EELV qui ont rejoint la liste Paris en commun et annoncent, dans leurs courriel du 24 juin à Cavé Goutte d’Or, « soutenir la construction d’une mosquée à Polonceau » (voir notre synthèse à suivre, Cavé Goutte d’Or ayant demandé à EELV de lui communiquer l’état des délibérations passées sur cette parcelle depuis la décision de l’actuelle maire de Paris de renoncer à la deuxième phase de l’ICI).

À l’autre extrémité de la rue Polonceau, qui devient ou redevient manifestement un point névralgique du quartier, Pierre-Yves Bournazel soutient la demande de protection patrimoniale de l’ilot formé autour de l’actuel TEP bordé des rues Boris Vian, Polonceau et de la Goutte d’Or, trace de l’ancien Démol et de l’ancien quartier que l’APUR n’a pas su protéger (ici pour mémoire), – ilot qui, selon Cavé Goutte d’Or, doit être préservé de toute nouvelle démolition et reconstruction. « Je serai aux côtés des porteurs du projet pour faire avancer ce dossier en lien avec le ministère de la Culture », annonce le député de Paris.

La Culture à la Goutte d’Or

Sur les « embellissements » promus par les Mairies de Paris et du 18e dans la Goutte d’Or, voir notamment notre billet du 10 septembre 2018: « La Mairie de Paris autorise la Mairie de Paris à ‘réenchanter la place Polonceau' ».

C’est à la DRAC en effet (et non aux EDL) qu’il incombera, en temps utiles, d’examiner le projet de protection et on ne peut que se réjouir de voir le ministère de la Culture ainsi appelé à venir épauler la Politique de la ville et les services de l’Urbanisme dans cette partie du quartier où la municipalité en place n’a guère privilégié, jusqu’ici, les investissements culturels si l’on en croit les projets de fresques, de totem, et de coloriage de rues qu’elle lui réserve en boucle.

Et si, comme nous tentons de le faire dans chacune de nos interventions mettant en cause la Politique de la ville (différente, rappelons-le, de la politique de Ville*), le ministère de la Ville partageait de lui-même ses attributions avec le ministère de la Culture pour un meilleur zonage ? « Le zonage de la Politique de la ville est un échec », conclut Pierre-Yves Bournazel en écho à notre cinquième chantier, ouvert celui-là depuis 2014.

* On rappelle que le blog écrit systématiquement Politique de la ville et non politique de la Ville. Le jeu des majuscules et minuscules permet en effet de distinguer la politique de la Ville (pV), d’une part, menée par la Ville (Municipalité) en quelque domaine que ce soit (la politique culturelle de la Ville ou la politique de la Ville en matière de transports, par exemple) de la Politique de la ville (Pv), d’autre part, champ d’action étatique pour la ville en général, quelle que soit la ville, d’où le v minuscule, la majuscule allant au P de politique, Politique de la ville devenant alors nom de domaine et de compétence comme la Santé, l’Éducation nationale, la Recherche, la Culture, les Affaires étrangères… Voir par exemple « Quand la politique de la Ville rejoint la Politique de la ville » et pages dédiées.
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Classes populaires

Hidalgo ajoute à son tour aux catégories

  • Après Éric Lejoindre, maire PS du 18e et candidat à sa réélection, la maire PS de Paris, également candidate à sa réélection, aide à comprendre ce qu’ils entendent par « quartiers populaires » en distinguant les « classes moyennes » et les « catégories populaires ».
  • Les « classes populaires » seraient ainsi une catégorie alors que les « classes moyennes » restent classes.

Immeuble anonyme de quartier populaire, rue Vaugirard, Paris, 15 juin 2020.

On se souvient que, dans son inoubliable monologue du 27 février 2020 aux Libraires associés, exercice démocratique à huis clos bientôt enseigné dans les écoles populaires de sciences politiques (ici pour mémoire), le maire du 18e arrondissement de Paris distinguait « les élèves de catégorie populaire » des « élèves de catégorie un peu moins populaire », – tout étant, disions-nous, dans le « un peu » (ici pour mémoire).

Pas trop quand même

On ne pouvait mieux donner son double sens à l’expression « faire classe » utilisée pour les enseignants qu’en mettant l’accent sur le degré de popularité de leurs élèves. Et pas mieux rappeler les difficultés de la gauche officielle (que nous distinguons ici de la gauche) avec les classes populaires que Terra Nova lui intima de rejeter et, pourquoi pas, dans la foulée, avec les « quartiers populaires », expression dont la Politique de la ville fait un usage biaisé dénoncé sur toutes les pages de ce blog (ici notamment).

Dans son entretien sur France info le 18 juin 2020, la maire de Paris a expliqué que la capitale comptait « 80% de classes moyennes et de catégories populaires » (enregistrement France info, 18 juin 2020, minute 06:20/26:01). Souhaitant reprendre le pendant classes moyennes / catégories populaires, Anne Hidalgo poursuivait quelques secondes plus tard : « Nous avons fait du logement pour les classes moyennes, du logement social » (minute 06:40).

Du pendant ainsi présenté, l’auditeur est conduit à comprendre que, le logement pour les classes moyennes étant explicitement pour les classes moyennes, le logement social est implicitement pour les catégories populaires et, si l’auditeur maitrise la distinction entre les divers types de logements sociaux et se souvient de la catégorisation entre types de population proposée par le maire adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement (ici pour mémoire), il en conclut que ces nuances subtiles permettent de déterminer le degré de popularité des Parisiennes et des Parisiens en fonction des écoles, des immeubles, des logements et des maires qui parlent pour eux.

Heureusement que le JDD classe les personnalités qu’il veut promouvoir en fonction de la prétendue « préférence des Français » plutôt qu’en fonction de leur popularité. Le contraire bouleverserait les statistiques du journal, de l’Insee, de l’Anru, de l’APUR, de tout ce qui fait la Politique de la ville.

*

Pour en savoir plus sur ce que les gens qui veulent « raconter les quartiers populaires » pensent de ce qu’ils racontent, on propose cet arrêt sur image fulgurant d’un blog qui laisse beaucoup d’espace à la Goutte d’Or dans ses pages, mais illustre son propos avec une image de la rue Montorgueil, – au demeurant très populaire elle aussi.

  • Dernière minute : EELV n’a adressé qu’hier après-midi à Cavé Goutte d’Or les réponses à nos interrogations sur les chantiers ouverts par l’association. Arrivée après la diffusion de notre billet Portion incongrue, la position des Verts sur le TEP Goutte d’Or est conforme à ce que nous en disions hier (« poursuite de la concertation » vs « mise en place d’une véritable concertation »). Elle est précisée sur les projets Ordener/Poissonniers et Poissonniers/Polonceau. Le blog y reviendra dans un très prochain post, qui présentera également les réponses reçues de Pierre-Yves Bournazel (MM. Lejoindre et Granier n’avaient pas répondu au moment où nous postons ces lignes).
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Portion incongrue

Les Verts fondus dans le paysage commun de Paris en commun ?

  • Sur le papier glacé des affiches électorales et du prospectus tous ménages scellant l’alliance des PS et PC parisiens avec EELV, déjà alliée de gouvernement dans la mandature finissante, la place réservée aux Verts ne laisse pas augurer un véritable changement de cap à la tête de la capitale et de son 18e arrondissement.
  • Le long et laborieux « Manifeste » d’Anne Hidalgo et David Belliard diffusé par Terra Nova, jadis tenante de l’abandon des classes populaires (et aujourd’hui des prétendus ‘quartiers populaires’?) par la gauche, vient pour sa part comme en point d’orgue annoncer le bon vieux « changement dans la continuité », ou inversement.
  • Les élus Verts, dont on pouvait penser qu’ils avaient rompu l’alliance de gouvernement 2014-2020 sur le TEP de la Goutte d’Or (entre autres TEP), sauront-ils convaincre, d’ici dimanche et/ou après, de leur identité propre.

Par souci d’économie de papier sans doute, un simple bandeau (de couleur assortie il est vrai) est venu récemment s’ajouter aux panneaux électoraux d’Anne Hidalgo et Éric Lejoindre en prévision du deuxième tour des Municipales du 28 juin. On lit encore, sur les affiches qui tiennent le haut du panneau « Élections des 15 et 22 mars 2020 ». Et, au bas de l’affiche (où n’se voyait pas Charles Aznavour), L’Écologie pour Paris « soutient Anne Hidalgo » plus qu’elle ne fait corps avec la liste de Paris en commun (Photo CGO, bureau de vote de la rue Saint Mathieu, 16 juin 2020).

Si le bandeau vert qui occupe le petit quart inférieur du panneau électoral devait être le résultat bien compréhensible d’une économie de papier, force est néanmoins d’observer que, sur la Une du prospectus tous ménages récemment imprimé et distribué dans les boîtes aux lettres, les quelques centimètres carrés concédés à L’Écologie pour Paris est proportionnellement encore plus restreint : à l’œil nu et sans calcul précis, le petit pavé occupé à David Belliard semble ne couvrir qu’un petit huitième de la page.

Et si, sur l’arrondissement, quatre Verts ont réussi à se hisser dans les douze premiers noms de la liste d’Éric Lejoindre, l’espace vert réservé à leur champion (d’un vert à peine plus soutenu que l’espace vert occupé par Anne Hidalgo à côté) supporte à peine la comparaison avec les petits pavés de soutien qui émaillent les pages intérieures du prospectus où artistes, responsables associatifs, entrepreneurs soutenus par lui (« Éric Lejoindre et ses équipes ont fait partie de ces soutiens sans faille qui m’ont motivé à me battre et à ne jamais renoncer », explique Fabrice Pierrot, directeur du café Néon où Éric Lejoindre avait clos sa campagne de premier tour [voir ici]), viennent dire au maire sortant qu’après douze ans de pouvoir (six comme premier adjoint, six comme maire du 18ème), « il n’est jamais trop tard pour assurer un avenir meilleur à notre arrondissement » (Touatia Nefoucci, responsable d’une amicale de locataires, page 6 du prospectus).

On devine que tout ça est le fruit de négociations aussi amicales que sympathiques, mais on cherche en vain la patte EELV dans l’affichage de cette campagne, dont les mots signés par Éric Lejoindre disent qu’elle est menée « avec Anne Anne Hidalgo » :

  • « Avec Anne Hidalgo, je suis fier de vous présenter ce projet et cette équipe expérimentée, renouvelées, diverse, cohérente, totalement mobilisée pour continuer à transformer le 18e ».

« Continuer à transformer »

À défaut donc de trouver la patte verte dans l’affichage de la campagne, le lecteur électeur se penchera sur les écrits, dont l’indigeste Manifeste commun aux deux patrons de la liste commune et les contributions des candidats de terrain: « Un projet ambitieux pour un 18ème écologiste et social » postée le 3 juin 2020 par Anne-Claire Boux (deuxième sur la liste d’Éric Lejoindre) et « Pour un urbanisme de la respiration dans le 18ème » postée le 17 mai 2020 par Émile Meunier (cinquième sur la même liste).

Le Manifeste du Parti commun réussit à déclarer (antinomiquement à nos yeux) à quelques paragraphes de distance que la crise du Covid « nous a pris par surprise » (nous = Anne Hidalgo et David Belliard) et qu’elle « légitime de façon spectaculaire les orientations déjà prises dans le mandat précédent », mandat précédent dont on se souvient que David Belliard et Anne Hidalgo l’avaient spectaculairement, puisqu’ils aiment ce mot, sauvé lors du vote sur la modification du PLU par les Verts en juillet 2016, un vote de ralliement déjà que nous avons publiquement regretté ici :

De même, ce bon Monsieur Covid aurait « mis en lumière les inégalités » et « rappelé la nécessité d’une ville solidaire », assure le manifeste dit « pour Paris » sans réaliser que, pour la plupart des habitants de Paris, et notamment dans les quartiers dits prioritaires au nom de la Politique de la ville, il n’y avait pas besoin de Covid pour mettre en lumière ce que David Belliard et Anne Hidalgo semblent découvrir si l’on en croit le Manifeste de Terra Nova qui fait encore dire aux deux élus sortants qu’il s’agit maintenant de « préparer la ville de demain ».

Des vertes et des pas mûres

Dans les textes des candidats de terrain, on lit que, « sur l’urbanisme, les écologistes pensent depuis longtemps que le 18ème est trop dense avec trop peu d’espaces verts. Le confinement a démontré qu’il faut revoir impérativement la question de la densité ». Selon Anne-Claire Boux, « nos partenaires de gauche ont avancé vers nous sur la question de la dé-densification. Tant mieux. Nous allons maintenant dans la même direction » (« Un projet ambitieux »).

Concrètement, cela se traduirait dans une refonte du projet Ordener/Poissonniers, tel qu’elle est annoncée dans l’article d’Émile Meunier, antérieur au ralliement des Verts à Paris en commun (lire ici). Cavé Goutte d’Or (qui a interrogé récemment tous les candidats restés en compétition pour le second tour et communiquera leurs réponses dans la semaine) a demandé à L’Écologie pour Paris si « le passage d’un parc d’un seul tenant sur 30% de la parcelle à un parc total sur l’ensemble de la parcelle à l’exception des bâtiments historiques », passage traduisant l’évolution des Verts entre les 12 mars et 17 mai 2020, était acté et se retrouvait dans les points 3 et 5 du prospectus électoral de l’Alliance, notamment dans la « trame verte » évoquée au n° 3 des projets communs (pages 4 et 5 du prospectus). Pour le dire autrement, les Verts se démarqueront-ils de Pierre-Yves Bournazel qui assure, pour sa part : « À Ordener-Poissonniers, nous sommes les seuls à vouloir mettre fin au projet de bétonisation de Mme Hidalgo » (tweet du 17 juin 2020) ?

Les Verts n’ont pas encore répondu, pas davantage qu’ils n’ont précisé jusqu’ici leurs intentions sur le TEP Goutte d’Or et la rue Boris Vian, intentions limitées à une très neutre et peu engageante « poursuite de la concertation pour le TEP Boris Vian afin de construire un projet avec les habitants » (Anne-Claire Boux, « Un projet ambitieux »).

Petits dessins pour grands desseins ? On trouve encore à la Une du programme commun PS/PC/EELV quelques croquis politiquement peu adultes. Si le raccourci pour « solidarité » fait dans l’aimable humanitaire, le raccourci pour « citoyenneté » a un petit goût de cause toujours. 

On observe hélas une petite baisse d’attention sur ce secteur pourtant largement et efficacement investi par les Verts dans la précédente mandature. Par exemple, le plus récent texte de campagne qui propose « la poursuite de la concertation » n’a pas la force de celui du 12 mars (avant Covid et avant ralliement) qui annonçait « un moratoire le temps de réaliser une véritable concertation avec les habitants afin d’identifier leurs besoins et ceux du territoire ». Dans « poursuite de la concertation », il n’y a manifestement pas, en effet, la réserve qui indiquait que cette concertation n’était pas la « véritable concertation » appelée de ses vœux dans la précédente profession de foi d’EELV. Mais bon, force est d’observer qu’Anne-Claire Boux et Émile Meunier sont, sur la liste d’Éric Lejoindre, en position de remplacer, si cette liste l’emporte le 28 juin, Maya Akkari et Michel Neyreneuf à la tête du COSUI 2020 qui reprendra les dossiers du COSUI 2019, comité de suivi dont la dernière cession (sic) date d’avant la fin du monde d’avant.

Cavé Goutte d’Or était plus cash dans sa récente demande aux candidats de L’Écologie pour Paris: s’inquiétant de l’absence de toute référence aux escaliers Boris Vian dans le texte d’Émile Meunier du 17 mai et, plus encore, dans le prospectus tous-ménages de l’Alliance, l’association rappelait aux Verts qu’ils s’étaient structurellement opposés à la décision même de lever les réserves du commissaire enquêteur, décision-mère de toutes les autres :

  • « Votre parti soutiendra-t-il les oppositions à la délibération du 11 décembre 2019 sur la levée des réserves, sachant que le recours gracieux de Cavé Goutte d’Or (texte complet ici) passera en contentieux bientôt et sera sans doute accompagné d’autres recours de riverains contre cette délibération qui avait marqué, selon ce qu’en avait dit alors notre blog, la rupture de l’alliance que vous semblez vouloir et pouvoir re-sceller le 28 juin ».

Demain sur le blog, la position de Pierre-Yves Bournazel sur les cinq derniers chantiers de Cavé Goutte d’Or (notre billet du 27 mai 2020).

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Déboulonnage

Comment les Mairies de Paris et du 18e ont courageusement effacé, en 2011, le nom du colon Liénard de l’Olive, gouverneur de la Guadeloupe de 1635 à 1640

  • Peu d’habitants du 18e arrondissement connaissent le marché de dupes qui se cache derrière ce qu’ils appellent par habitude « le marché de l’Olive », en réalité marché de la Chapelle, à l’angle des rues de la Guadeloupe et … de l’Olive.
  • Au moment où le président de la République annonce que celle-ci « n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire », il paraît utile de rappeler la délibération du Conseil de Paris qui substitua littéralement au nom propre de l’Olive le mot qui désigne le fruit de l’olivier.
  • Ni vu ni connu, malgré les Verts, et particulièrement les efforts de la conseillère de Paris Danielle Fournier qui estimait que pareille substitution était « consternante d’un point de vue historique et symbolique ».

À l’angle du célèbre marché de la Chapelle, monument historique classé que l’on doit à l’architecte Auguste-Joseph Magne, la rue de La Guadeloupe croise celle de l’Olive (ou l’Olive comme l’indique encore l’ancienne plaque). Photo CGO, 14 juin 2020.

Le marché n’aurait pas été de dupes si l’attention des Verts, telle qu’elle fut exprimée avec force au Conseil du 18e arrondissement le 10 octobre 2011, avait porté ses fruits – olives ou non, vertes ou noires – au Conseil de Paris une semaine plus tard.

En haut, l’ancienne plaque toujours en place. En bas, la nouvelle et son petit olivier en pot, « un arbre méditerranéen que nous apprécions, en tous les cas que j’apprécie » (Anne Hidalgo au Conseil de Paris, 17-18 octobre 2011).

Lors de la séance du Conseil de Paris des 17 et 18 octobre 2011, à l’ouverture de l’examen du projet de délibération n° 2011.DU.229 dite « Substitution de la dénomination ‘rue de l’Olive’ à celle de ‘rue l’Olive’ », Danielle Fournier introduisit en effet le débat par ces mots :

Et l’élue de rappeler qu’elle préférerait voir « indiquer par une plaque qui était ce chevalier de l’Olive » plutôt que voir gommer son nom et l’histoire qui va avec : « C’est la proposition qui a été faite et retenue lors du dernier Conseil du 18e arrondissement en soulignant que remplacer l’Olive, le nom propre, par l’olive, le fruit méditerranéen, était un peu curieux d’un point de vue historique et symbolique ».

L’œuf de colon

De « consternant » au Conseil du 18e à « curieux » au Conseil de Paris, le procédé trop facile de substitution de l’olive, comme dans une vulgaire partie de bonneteau, s’apparente en réalité à une supercherie s’il n’est pas expliqué. Il évoque presque la fameuse histoire de l’œuf de Colomb, ici de colon bien sûr, anecdote selon laquelle, pour minimiser lui-même l’importance de sa découverte, le navigateur aurait demandé à quelques convives admiratifs comment faire tenir debout un œuf dur dans sa coquille et, exécutant lui-même le défi, aurait écrasé l’extrémité de l’œuf en disant simplement « voilà! » ou quelque chose comme « il suffisait d’y penser »*.

Selon Pascal Julien au Conseil d’arrondissement, ce devait d’ailleurs être à la condition que soit expliquée la substitution, et ainsi respectée « la démarche pédagogique voulue par Danielle Fournier », que les Verts pourraient transformer leur abstention en vote positif (Compte-rendu du Conseil d’arrondissement, pages 17-19).

Pas content, le maire du 18e de l’époque, Daniel Vaillant, assura qu’il n’était « évidemment pas question de passer ce sujet sous silence et de ne pas aller sur le terrain, comme nous l’avons toujours fait, afin d’intégrer cet acte pédagogique ». Et de tancer l’élève Julien : « Si vous aviez suivi ce dossier, vous seriez au courant »**.

Daniel Vaillant sur le carrefour Guadeloupe/de l’Olive en 2017, i.e. « sur le terrain afin d’intégrer cet acte pédagogique » :  (Crédit photo : Rémi Artiges pour Libération).

Mais de plaque explicative, nada. Et il en fut de même au Conseil de Paris où c’est Anne Hidalgo, officiant alors en qualité de première adjointe de Bertrand Delanoë et rapporteure de la délibération en cause, qui donnait la réplique à Danielle Fournier.

Hidalgo : « Un arbre méditerranéen
que nous apprécions »

Si l’ensemble de la courte intervention de l’actuelle candidate à la Mairie de Paris vaut son pesant d’olives (puisque aussi bien le chevalier n’était pas de cacahuètes), nous n’en retiendrons ici que la première extraction à froid :

« Sur la plaque, peut-être pas, car les gens risquent de ne rien comprendre » (Anne Hidalgo au Conseil de Paris, 17-18 octobre 2011). Pour le happening de la rue Boris Vian ci-dessus, voir notre billet du 3 mai 2018.

  • « Effectivement, garder le nom du chevalier de l’Olive avec son passé terrible dans la colonisation de la Guadeloupe ne faisait pas honneur à notre ville et au 18e arrondissement (…). Que l’on puisse indiquer pourquoi, oui, il me paraît tout à fait intéressant qu’on puisse l’indiquer. Après, est-ce sur la plaque ? Peut-être pas car les gens risquent de ne rien comprendre. En revanche, sur des éléments d’explication de l’histoire de ce lieu, et notamment pourquoi on a changé d’appellation, cela me parait participer à une pédagogie extrêmement nécessaire » (Journal des Débats du Conseil de Paris, 17-18 octobre 2011, pages 1291-1292).

Il s’avère qu’avec ou sans plaque explicative, « les gens », comme ne le disait alors par Jean-Luc Mélenchon, n’ont rien compris à l’exercice. Et pas seulement « les gens », les riverains aussi, les commerçants et même Daniel Vaillant. Il faut reconnaitre que, si l’œuf de Colomb se veut une anecdote illustrant une idée astucieuse, la particule du chevalier « de L’Olive » vient ici compliquer les choses car elle disparaissait dans l’hommage qui lui était rendu (on disait rue L’Olive comme rue La Boétie en supprimant la particule) alors qu’elle réapparait comme article dans « de l’olive ».

Cela permet de dater les plaques : la plaque « rue L’Olive » est celle de l’homme, la plaque « rue de l’Olive » est celle du fruit. Mais, dans ces explications fâchées, Daniel Vaillant s’emmêle : À Nicole Guedj qui demandait « pourquoi ne pas inclure une plaque qui permettrait en effet d’expliquer quelle aura été la démarche (du Conseil d’arrondissement) pour débaptiser », le maire du 18e alors en fonction répondait en effet : « Nous y avons pensé. Pourquoi ne pas mettre un panneau explicatif de notre démarche, les raisons pour lesquelles ce nom nous pose problème et pourquoi nous préférons la rue l’Olive à la rue de l’Olive » (il voulait bien sûr dire le contraire de ce que lui fait dire le compte-rendu du conseil, page 19). Et de renchérir dans l’imprécision : « D’ailleurs, vous constaterez que lorsque nous parlons du marché couvert, je parle toujours du marché de la Chapelle. Je le fait sciemment » (ce qui tombe bien, car c’est son nom : le marché de la rue de la Guadeloupe s’appelle en effet le marché de la Chapelle). Pour conclure : « Nous n’allons pas nous cacher pour faire cet acte de débaptiser la rue de l’Olive (re-sic). Nous le faisons en Conseil d’arrondissement. Nous assumons nos choix ». Suit le dont acte de Pascal Julien (Compte-rendu du Conseil d’arrondissement, pages 17-19).

Au fil de son enquête et reportage photographique pour ce billet, Cavé Goutte d’Or n’a trouvé aucune explication sur les lieux et l’association reste attentive à toute plaque qui lui aurait échappé, qui aurait été posée naguère, déposée jadis, ou sera posée bientôt. Pour l’instant, seul un rideau de fer levé semble nous dire que nous ne sommes pas les seuls à chercher des phrases:

Un rideau de fer levé en face de l’excellent primeur de la rue de l’Olive semble dire que nous n’étions pas les seuls à chercher des phrases (Photo CGO, 14 juin 2020).

Pour sa part, la boutique de l’entrée sud de la rue de l’Olive, côté rue Riquet, annonce d’emblée qu’elle ne fait pas dans le détail (Photo CGO, 14 juin 2020).

Les sources officielles : La délibération 2011.DU.229, le CR du Conseil du 18e arrondissement du 10 octobre 2011, le CR du Conseil de Paris des 17 et 18 octobre 2011 (pages 1291-1292).

À la revoyure !

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Revoyure

Le 28 juin si tout va bien

  • Parallèlement à la poursuite de ses recours contre la requalification du secteur Boris Vian, Cavé Goutte d’Or lance 5 projets urbains en forme de bilan de travail qu’elle déclinera sur son blog au cours des 5 semaines qui doivent aboutir à la conclusion des Municipales 2020, – ou pas.
  • Appelés à se développer sous la maîtrise des habitants et associations du quartier qui souhaiteront les mener, les 5 projets s’accommoderont parfaitement d’élections qui pourraient avoir lieu en janvier 2021, – ou pas. 

Mur de la Halle Saint-Pierre, Rue Ronsard (75018), dessin de Iléa, Photo CGO 18 mars 2020, deuxième jour de confinement. Pour savoir pourquoi ce regard fixe si intensément celui d’Iléa depuis le 16 mars 2020, cliquer ici.

Parmi les perles qu’on réserve d’ores et déjà aux bêtisiers qui ne manqueront pas de voir le jour quand on en aura fini avec tout ça, ou pas, on note cette remarque entendue au journal de France info du 22 avril 2020 à 9 h 26 : « Beaucoup de maires ont prolongé leur mandat le temps de l’épidémie pour venir en aide à leurs administrés »*.

Les maires non réélus ou non remplacés au 15 mars 2020, qui n’ont rien prolongé spontanément et dont le mandat était simplement prorogé jusqu’à nouvel ordre, auront apprécié l’appréciation à sa juste valeur. Le nouvel ordre est arrivé et, pour ce qui concerne les quelque cinq mille communes restées sans maire au lendemain du 15 mars, ce sera donc le 28 juin si tout va bien.

Boris Vian, cent ans
et droit dans son 2 mai

Alors que la date du deuxième tour des élections municipales de 2020 en France demeure aléatoire, la Saint Boris est restée imperturbable en son 2 mai, – cette année comme toutes les autres.

Avec la modestie et la discrétion qui convenaient aux éléments, ce rendez-vous sans doute plus confidentiel a été maintenu en effet et Cavé Goutte d’Or a, comme promis, achevé son cycle de dix ans d’activités et engagé le passage de témoin que l’association avait annoncé pour sa neuvième Saint Boris, petit happening annuel qui a pris ses marques et au cours duquel elle a pu proposer, chaque 2 mai depuis 2012, un bilan de son travail sur le tarmac du TEP Goutte d’Or, installé rue Boris Vian.

Confinement oblige, le rendez-vous du 2 mai s’est tenu hors-champ mais on en trouve la trace dans les trois billets mis en ligne pour l’occasion ici, ici et ici). Suivant le rythme du déconfinement progressif, il se prolongera jusqu’au 28 juin, profitant des cinq semaines qui nous séparent de l’éventuel deuxième tour des Municipales en cours.

Cinq projets à la Une

En guise de bilan de travail donc, hors toute forme de campagne qui pourrait être poursuivie durant ces mêmes semaines mais en les communiquant aux candidats encore en lice, Cavé Goutte d’Or lance ainsi cinq projets, ouvre cinq chantiers dont l’association transmet parallèlement la maîtrise à qui voudra les mener, cinq propositions qui rappellent les étapes principales de ses dix années d’actions et s’appuient sur les points les plus saillants qui s’en dégagent.

1) Création de deux ELP (« Espaces Libres Protégés ») aux deux extrémités de la rue Polonceau

Les espaces actuellement occupés par le jardin Polonceau à l’angle de la rue des Poissonniers et le TEP Goutte d’Or à l’autre extrémité de la rue doivent demeurer libres de toute construction et être à cette fin identifiés au PLU de Paris comme « espaces libres protégés pour leur fonction dans le paysage urbain et le cadre de vie des habitants, leur qualité esthétique ou de témoignage historique et leur rôle dans le maintien des équilibres écologiques » >Lire ici.

2) Protection patrimoniale de la Goutte d’Or Sud

En hommage au Démol, monument historique non officiel partiellement emporté par la destruction infligée à la Goutte d’Or au nom de sa réhabilitation, la demande de protection patrimoniale de la pointe Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, incluant la façade du gymnase, le carrefour Saint Luc/Polonceau/Boris Vian et la nouvelle place Cheikha Remitti fera office de reconquête, par et pour les habitants du quartier, de ce qui en a été démoli >Lire ici.

3) Préemption des locaux de Drouot-Montmartre

Les équipements sportifs qui ne pourront trouver place dans le secteur Boris Vian protégé trouveront en revanche dans les anciens locaux de Drouot de la rue Doudeauville un espace correspondant aux besoins identifiés. Le projet de préemption de ces locaux par la Ville de Paris a été dévoilé par Cavé Goutte d’Or à quelques jours du premier tour des Municipales, le 11 mars 2020. Resté jusqu’alors confiné au PS/PC, présenté sur le ton de la confidence par Éric Lejoindre dans une petit meeting de fin de campagne, le projet doit émerger au grand jour afin que les autres partis puissent en inclure les perspectives dans leurs programmes >Lire ici.

4) Parrainage d’immeubles à sauvegarder

Outre les tribulations de l’Urbanisme parisien sur le secteur Boris Vian/Polonceau (voir les développements de nos recours ci-dessous), les derniers projets d’urbanisme étudiés par Cavé Goutte d’Or aux 1 rue de la Charbonnière, 39 rue Myrha, 30 rue Cavé et 6 rue Polonceau ont mis au jour de sérieuses lacunes dans l’instruction. Ces lacunes permettent peut-être de rouvrir les dossiers, le cas échéant sur le terrain du droit civil.

L’association propose de créer un système de parrainage des immeubles en danger ou à protéger préventivement par les habitants riverains désireux de les sauver. Aux adresses déjà évoquées, peuvent ainsi s’ajouter le 36 rue Myrha (ancien cinéma, ancienne église évangélique), les 26-28 rue Cavé qui, avec le 30 évoqué plus haut, forment un ensemble de petites maisons de faubourg dont les numéros 22 et 24 ont déjà subi les ravages de la rénovation urbaine >Lire ici.

Au sein du parrainage qui pourra être mis en place sur ces adresses d’ici au 28 juin, pourront se développer les chantiers déjà ouverts par Cavé Goutte d’Or dont on trouve, pour mémoire, les fiches techniques ci-dessous, concernant :

> La contestation du projet « Des couleurs éclatantes pour la Goutte d’Or et la Chapelle », projet détourné du Budget participatif >Lire ici.
> Le soutien à la réfection du mur sud de la Bibliothèque Goutte d’Or, qui ne fait structurellement et juridiquement pas partie du projet ‘voté’ au budget participatif litigieux et ne doit en conséquence pas y être associé afin qu’il puisse, pour sa part, se développer au mieux. Le projet de l’association Esquisses, dont on a pu dire qu’il était retardé « à cause d’une obstruction juridique » (rien moins tout de même que l’absence de déclaration préalable pour un projet municipal), gagnera en transparence dès que, via son affichage sur le terrain, il pourra être consulté par les tiers. D’ores et déjà, le blog salue la directrice de la Bibliothèque, qui a reçu Cavé Goutte d’Or pour faire un point technique alors que l’association Esquisses, que nous souhaitions rencontrer également, nous a renvoyés (sur l’air bien connu de « la voix de son maire ») « aux services de la Ville qui auront les compétences pour vous répondre » >Lire ici.
> Le déconfinement de Louise Michel, dont la plaque signalant qu’elle a vécu au 36 rue Polonceau a été emportée l’hiver dernier par les travaux de rénovation de la boutique El Fouta >Lire ici.
> Le meilleur achèvement possible des travaux de végétalisation entrepris par le Jardin de L’Univert sur l’espace public, juste en face de l’immeuble où Louise Michel aura bientôt retrouvé sa plaque commémorative >Lire ici.
> La préservation des abords de l’église Saint Bernard, monument historique protégé depuis novembre 2012, classé depuis juin 2015, toujours affublé de containers de tri sans doute très utiles mais déplaçables (ce parrainage-là suivra utilement l’évolution du projet de rampe PMR pour la salle Saint Bruno) >Lire ici.

5) Sortie de la Politique de la ville

Ce projet n’est pas nouveau. Cavé Goutte d’Or l’avait évoqué en octobre 2013 dans la perspective des élections municipales de 2014. Avec l’expérience acquise depuis 2014 (la mandature qui s’achève), Cavé Goutte d’Or estime aujourd’hui que le quartier doit impérativement sortir de tous les zonages qui l’ont livré à la Politique de la ville depuis 1984. Dans un premier temps, elle poste à nouveau son billet du 19 octobre 2013 >Lire ici.

Les deux recours liés à la requalification urbaine
de la Goutte d’Or Sud

À J moins 3 du premier tour et du confinement qui l’a suivi, les candidats de la municipalité en place réunis sous le label « Paris en commun » écrivaient encore qu’un moratoire sur le projet de requalification de la Goutte d’Or Sud « risquerait de stopper tout projet pour le quartier ». Alors que tous les autres candidats, y compris leurs alliés de gouvernement Verts, en pointe sur la défense du secteur et dont le vote du 11 décembre 2019 a fragilisé l’alliance (ici pour mémoire), se prononçaient en faveur d’un moratoire et d’une concertation sérieuse (ici pour mémoire), « Paris en commun » estimait que les réunions publiques, marches exploratoires et autres comités de suivi qui se sont succédé au chevet du désastre de la précédente rénovation urbaine du quartier  avaient porté leurs fruits et « permis de confirmer les orientations prises » (voir la réponse de Paris en commun au questionnaire de L’Atelier urbain de la Goutte d’Or, du 12 mars 2020, page 1 et 2).

Cavé Goutte d’Or ne partage pas cette position et poursuit les deux recours engagés l’hiver dernier contre le projet de requalification du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, deux recours qui ont vu leurs délais prolongés au gré de l’état d’urgence sanitaire.

Pour mémoire, ces deux recours s’opposaient, l’un au permis de démolir du 21 octobre 2019 accordé à la société publique locale (SPL) Pariseine pour divers travaux de démolition des escaliers Boris Vian et du TEP existant, l’autre à la délibération du Conseil de Paris du 11 décembre 2019 qui estimait pouvoir considérer comme levées (à la date du 11 décembre 2019) les réserves mises par le commissaire enquêteur à la privatisation de la rue Boris Vian, levée de réserves dont le commissaire enquêteur avait lui-même expressément fixé la plus proche date possible au 29 février 2020.

Les développements respectifs des deux recours auront lieu d’ici à début juillet pour le premier, mi-août pour le second (dont dépend en réalité grandement le premier) >Lire ici.

*

* Un autre renversement, sur la même station France info (12-13 du 22 mars 2020) et sur le même ton prescriptif : « Respectez le confinement, non seulement pour éviter les amendes, mais aussi pour empêcher le virus de se propager ».

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’Pataphysique

La Saint Boris renvoyée au 12 mai

  • En décrétant l’après-10 mai dans l’espoir (secret?) de ringardiser une fois pour toutes la « génération Mitterrand », Emmanuel Macron montre que le virus de la ’pataphysique (« science fictive des solutions imaginaires ») ne satrape pas comme ça*.
  • Premiers effets secondaires connus : la traditionnelle Saint Boris de la Goutte d’Or est renvoyée du 2 au 12 mai, une fois le 11 passé si tout va bien, et les élèves zonés du 18e qu’Éric Lejoindre classait il y a peu en « catégorie populaire » et « catégorie un peu moins populaire » vont pouvoir et devoir, dès le 11, se réunir 15 par 15.   

Boris Vian imaginant, avec 66 ans d’avance, un président de la République qui lirait « Monsieur le Président/je vous fais une lettre/que vous lirez peut-être/si vous avez le temps » (écouter). Texte récemment actualisé par Annie Ernaux dans une adresse à Emmanuel Macron, Lettres d’intérieur, France inter, 30 mars 2020). Image ina.

Le 10-mai, c’est Mitterrand. Le 11-mai, c’est Macron. Le 12-mai, c’est la fête à Boris version 2020, celle qu’on n’aura pas pu faire le 2, comme on l’a toujours faite depuis huit ans. Et vu que, le 12, on ne pourra pas la faire à plus de dix, tout masqués et tout séparés d’un mètre et demi parce qu’on sera encore en zone rouge, en plus d’être déjà en zone urbaine sensible, en zone de sécurité prioritaire, et en zone de reconquête républicaine, on ne la fera pas non plus dans sa rue, la rue Boris Vian, la fête à Boris de cette étrange année 2020.

Vite, l’après-11 mai

Mais ce n’est pas une raison pour qu’on nous la fasse à l’envers, la fête à Boris, en cette année du centenaire de sa naissance. L’écrivain musicien inventeur aurait en effet eu cent ans le 10 mars dernier, et le 11 mai prochain sera la date anniversaire de son diplôme du Collège de ’Pataphysique, obtenu le 22 palotin 80, soit le 11 mai 1953 (ça ne s’invente pas) si nous manions bien le calendrier ’pataphysique qui commence le 8 septembre 1873 de l’ère vulgaire.

Cavé Goutte d’Or, dont on connait ici le projet de lâcher prise le 2 mai 2020, garde donc encore quelques jours ses lecteurs dans la laine et annoncera les grands axes de travail qu’elle propose de tirer de son bilan (de travail aussi) et de lancer d’ici au 12 mai prochain, 23 palotin 147 s’il en est – ce qui, dit-on, lui vaudra une tournée de galopins.

Aux Mah-boules bien sûr ! Sur la base du volontariat, il s’entend.

  • On peut lire en attendant :
    > Éric Lejoindre distingue « les élèves de catégorie populaire » et « les élèves de catégorie un peu moins populaire », ce qui signifie qu’il pourrait y avoir des élèves de catégorie pas du tout populaire (en page Humeur)
    > Le préfet de Police et ses Jules en déconfinement prématuré, ou comment l’étrange relation entre le pouvoir et les brigades riveraines vire au grand déballage intime sur Twitter (en page Vie du quartier).

*

La ’Pataphysique, le collège de ’Pataphysique, le satrape, le calendrier ’pataphysique
Le site du centenaire de Boris Vian
Le portrait de Nicole Bertolt dans Le 18e du mois : Boris Vian, Nicole Bertolt et La Table ouverte (fidèle de la Saint Boris depuis ses origines) sont réunis par Le 18e du mois dans son numéro en ligne d’avril 2020.

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Hommage à Pierre Housieaux

Le Paris historique en deuil

  • Décédé du Covid-19 à 61 ans, le président de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique était un grand défenseur du patrimoine parisien et un fidèle soutien de Cavé Goutte d’Or dès ses origines.
  • Membre de son conseil scientifique et d’orientation, Pierre Housieaux a accompagné Cavé Goutte d’Or dans plusieurs de ses combats, notamment pour la protection du Café de l’Olympic et la tentative de sauvetage du 83bis rue Philippe de Girard qu’il inscrivit au programme des Journées d’études sur l’habitat parisien organisées en juillet 2012 par le Paris Historique, l’École d’architecture de Paris-Belleville et l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Comme l’indique le communiqué du Paris Historique, « Pierre Housieaux a œuvré avec beaucoup de force et de détermination pour la défense du patrimoine parisien, dont il avait fait un véritable combat personnel ». Ce combat portait sur le grand patrimoine parisien comme sur celui, plus modeste, qu’on peut parfois ne pas voir au premier coup d’œil mais que Pierre Housieaux savait reconnaitre et ne manquait jamais de mettre en valeur, – objectif que s’était donné dans son nom même l’association qu’il a présidée pendant les vingt dernières années.

C’est ainsi qu’il soutint le combat de Cavé Goutte d’Or avant même que le collectif ne se constitue en association en publiant une première étude sur « le tissu faubourien de la Goutte d’Or lacéré par une vision asociale du logement social » (Paris historique, juin 2011).

Puis, à l’occasion des « Journées d’études sur l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », organisées en juillet 2012 avec Marie-Jeanne Dumont et Jean-François Cabestan, Pierre Housieaux invita Cavé Goutte d’Or à présenter son travail et à préparer une promenade du quartier illustrant le thème du colloque et embrassant les opérations d’aménagement de la Goutte d’Or et de la Chapelle. Au programme, notamment, un arrêt spécial des participants au Café de l’Olympic, joyau art-déco sur l’angle Léon/Laghouat qui risquait alors de disparaître, et au 83bis rue Philippe de Girard, bel immeuble de l’époque Restauration qui sera englouti dans les projets destructeurs de la Ville de Paris en dépit d’une mention de l’architecte des bâtiment de France qui en jugeait la démolition « dommageable », – un concept fort qui a fait l’objet de plusieurs études, dont une publiée dans le journal du Paris Historique (cf. « Quel préjudice pour un dommage au patrimoine ? »).

Culminant avec un apéritif offert par le Paris Historique dans la cour du 83bis rue Philippe de Girard, la visite du 2 juillet 2012 avait proposé au préalable une halte au Café de l’Olympic, où Pierre Housieaux soutenait le projet de Cavé Goutte d’Or d’empêcher la vente de cet espace à une marque de supérette qui n’en aurait peut-être pas conservé le bar en bois d’acajou et les magnifiques mosaïques au sol que saluera quelques mois plus tard l’architecte Maurice Culot. Pierre Housieaux fut en effet intéressé par l’idée audacieuse de préempter (ou faire préempter) l’Olympic pour y jeter « les bases d’un projet culturel offrant in situ un ancrage aux institutions de défense du patrimoine et de l’architecture, institutions aujourd’hui de plus en plus attentives à la préservation des anciens quartiers de faubourg, au patrimoine et à l’architecture de l’Est parisien » (notre billet du 1er juillet 2012) :

« La situation (de squat qui sévissait alors dans les parties communes du 20 rue Léon) fait de l’Olympic un lieu dont la protection en 2012 peut être un objectif majeur pour les quartiers de la Goutte d’Or et Château Rouge qui souffrent d’avoir été et d’être maintenus artificiellement en zone de précarité et de politique de la Ville depuis que la rénovation de la Goutte d’Or Sud a été décidée au plus haut niveau de l’État et de la Ville en 1983 », disait le projet. « Le fait qu’un quartier puisse demeurer pendant trente ans en zone de précarité et d’insalubrité, de pauvreté et de déficience scolaire selon les rapports officiels, tels qu’aujourd’hui ceux de l’APUR, doit interpeller les instances politiques et culturelles chargées de la protection de l’habitat comme du patrimoine ».

« Inscrivant ce projet dans la ligne de son étude historique de la mutation de la Goutte d’Or durant les trente dernières années, l’association propose que l’installation au cœur de la Goutte d’Or d’un collectif qui réunirait une délégation des institutions les plus actives sur ce terrain au plan national et municipal serait en soi un élément majeur de protection, d’autant que ces institutions et plusieurs historiens, architectes, historiens de l’architecture, urbanistes, artistes agissant en leurs seins ou à titre individuel se penchent sur la problématique de l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », poursuivait le blog à la veille de la visite. 

Un peu plus tard dans l’année 2012, le 19 décembre précisément, à l’occasion de la première Saint Urbain de Cavé Goutte d’Or, Pierre Housieaux et le Paris Historique aidaient encore l’association en participant activement, au cœur de l’Olympic, dans ce majestueux décor de brasserie en chantier, à une rencontre entre les habitants de la Goutte d’Or et un groupe d’experts, historiens et architectes venus confirmer sur place la richesse patrimoniale de leur quartier pas encore complétement détruit par sa prétendue réhabilitation (notre billet du 31 décembre 2012).

Pierre Housieaux à l’Olympic le 19 décembre 2012. Notre billet du 31 décembre 2012 (photo GC pour CGO).

C’est lors de cette soirée et dans ce contexte de préservation du patrimoine que Pierre Housieaux développa l’idée de « patrimoine futur », qui sera reprise en 2015 pour les Journées européennes du patrimoine dont le thème évoquera le patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir :

  • « Dans le tissu faubourien de l’Est parisien, étroit et dense, la formule du président de l’Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique rappelle judicieusement que le souci de la sauvegarde et de la mise en valeur s’associe parfaitement à celui de la modernité, le respect du passé à celui du futur via un présent attentif », retenait le blog dans son billet du 31 décembre 2012.

Affiche de Yves Le Marchand et François Cochin, photo de Gaël Coto. Nos billets des 3 mai et 4 septembre 2013.

En une formule lui permettant de rappeler que « la ville bouge, la ville évolue, la ville vit », Pierre Housieaux écartait le reproche souvent fait aux ‘gens du patrimoine’ de ne se soucier que de vieilles pierres.

Pierre Housieaux, le Paris Historique et Cavé Goutte d’Or faisaient encore cause commune dans une exposition sur La Chapelle à l’occasion du 50e anniversaire du Paris Historique. Intitulée « Le patrimoine des faubourgs victime du renouvellement urbain ? », l’exposition se tenait du 2 avril au 1er septembre 2013 dans les locaux de la rue François-Miron – à un jet de (vieilles) pierres du Tribunal administratif devant lequel Cavé Goutte d’Or se battait alors beaucoup, ironisions-nous ici – mais son affiche reproduisait un impressionnant regard intérieur sur les entrailles du 25 rue Stephenson en pleine démolition (notre billet du 3 mai 2013).

Merci Pierre Housieaux pour tes combats, ton enthousiasme, la chaleur de ton soutien.

Cavé Goutte d’Or présente ses amitiés et condoléances à sa famille et au Paris Historique.

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Excentrique

Le 1 rue Stephenson déconfiné par Clouzot

  • Nous ne pouvons pas aller chez Colorine jusqu’à nouvel ordre ? Colorine vient à nous par la magie du 7ème art !
  • L’autre soir, sur Arte, le célèbre carrefour des rues de Jessaint, Tombouctou et Stephenson souvent filmé recevait Sami Frey, Marie-José Nat et Brigitte Bardot sous l’œil d’Henri-Georges Clouzot dans « La Vérité » (1960).
  • « Un quartier un peu excentrique peut-être, mais sain et aéré », fait dire le scénario au président de la Cour d’assises qui ne jugera finalement pas Brigitte Bardot alias Dominique Marceau pour cause d’extinction de l’action publique.

Quand Marie-José Nat fait ses courses au Rani-Chrono du 2 rue Stephenson (ou presque). Capture d’écran de « La Vérité », film d’Henri-Georges Clouzot (1960).

Au huitième jour du confinement qui s’est abattu sur Paris et maints autres lieux du monde, Arte programmait donc « La Vérité » d’Henri-Georges Clouzot, chef d’œuvre du cinéma français de 1960 dont deux séquences très courtes, très denses, montrent un carrefour célèbre de la Goutte d’Or et, au numéro 1 de la rue Stephenson, un bel immeuble de la seconde moitié du XIXe siècle, aujourd’hui destiné à être réhabilité par Paris Habitat (notre billet du 12 septembre 2019).

 

 

 

 

 

 

 

Voir en live cette scène sélectionnée par Arte. Rediffusion le 7 avril 2020 à 13h35.

Une fois le carrefour traversé prudemment par Sami Frey/Gilbert Tellier, et le vélo déposé devant le 1 rue Stephenson, le président de la Cour d’assises de Rennes reprenait son récit des faits qui avaient conduit Brigitte Bardot/Dominique Marceau dans le box des accusés.

Car c’est dans cet immeuble qu’arrivant de Rennes, s’installent les sœurs Dominique et Annie Marceau, interprétées par Brigitte Bardot et Marie-José Nat dans le film de Clouzot.

Excentrique, sain, aéré

Sur les images du 1 rue Stephenson, le magistral Louis Seigner (grand-père de Mathilde et Emmanuelle) reproche à Brigitte Bardot/Dominique Marceau de n’avoir pas su profiter de l’effort financier que faisaient ses parents en la laissant accompagner sa sœur à Paris: – « À la Chapelle, à une heure de métro », nuance Dominique Marceau depuis le box, comme pour dire que ce n’était pas vraiment Paris, pas Saint-Germain-des-Prés en tout cas.

En réaction à cette précision de Dominique Marceau sur le quartier excentré – comme s’entendait alors « excentrique » dans la bouche du juge de Clouzot qui n’évoquait pas là les sols coloriés du marché Barbès ou les fresques participatives qui donneront peut-être un jour « des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle » – le président Seigner semble acquiescer avec une certaine bonhomie :

  • « Un peu excentrique peut-être, mais sain et aéré, où pour un prix modeste, vous jouissez d’un certain confort », affirme-t-il pendant que Clouzot organise un travelling vertical sur la mansarde du 6e étage où il a installé Dominique et Annie Marceau.

« A remote suburb, but clean and wholesome … where you found cheap but comfortable lodgins ». Captures d’écran de « La Vérité » (Henri-Georges Clouzot, 1960). Le bâtiment aujourd’hui (crédit photo : Google).

Si la bonhomie du propos d’assises nous est soufflée par le fait que Louis Seigner donnera plus tard des cours de bonhomie au général de Gaule (ici pour s’en convaincre), l’heure de métro évoquée par Brigitte Bardot n’est explicitée que par la traduction anglaise du film qui précise en sous-titre que La Chapelle serait « à une heure du centre-ville » (« an hour from town »). À vérifier avec les données de 1960.

Le tournage commence en effet le 2 mai 1960 : un 2 mai prémonitoire si l’on pense aujourd’hui que cette date ne marquait pas encore officiellement la Saint Boris au sens où les habitants du quartier l’ont investie depuis, en hommage à Boris Vian dont la malheureuse rue ne sera ouverte que trente ans plus tard, à un jet de pierres du 1 rue Stephenson.

Un carrefour de célébrités

Le blog avait déjà suivi les pas de Chiara Mastroianni dans « Les Bien-aimés » de Christophe Honoré sur le même carrefour où, venant du métro La Chapelle, l’actrice empruntait la rue Stephenson sur sa droite et marchait jusqu’au numéro 12 (voir notre billet du 25 septembre 2013 : nous sourions aujourd’hui à la coquille du blogmaster qui, en 2013, un an pourtant avant les dernières élections municipales qui mettraient en lumière le futur conseiller de Paris Christian Honoré, lui attribuait la paternité des « Bien-aimés » en lieu et place de Christophe Honoré).

Plus récemment, le carrefour Jessaint / Tombouctou / Stephenson – où se trouve l’un des nombreux Nemrod de Paris, café-tabac présenté laconiquement sur Google comme « lieu chaleureux, décontracté » (« Le Nemrod » est un nom très prisé de cafés ou tabacs parisiens, il évoque un personnage biblique, petit-fils de Cham, lui-même fils de Noé, et le goût de la chasse, alors que c’est plutôt Esaù qui, quelques générations plus tard, sera le grand chasseur de l’histoire biblique, mais Nemrod est resté dans la mythologie comme le premier roi d’après le Déluge ce qui, en période de confinement, en fait un personnage central de ce billet) – le carrefour donc du Nemrod de la rue de Tombouctou verra s’installer l’équipe de tournage du film « Deux moi » de Cédric Klapisch, sorti en 2019 (notre billet du 18 octobre 2018).

Nos cinéphiles amis nous signalent de nombreuses autres séquences sur lesquelles le blog reviendra : Le « Mesrine » de Jean-François Richet, bien sûr, qui occupa le carrefour Jessaint en 2007 après avoir investi  la rue Cavé et son café du 9 qui n’était pas encore l’ineffable « Soleil d’Oran », mais aussi « L’Amour est une fête » de Cédric Anger (2018), avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche, où le 1 rue Stephenson est pris, dans un bel échange de volutes, depuis la célèbre boutique Colorine (ci-dessous).

Pas la dernière séance

24 place de la Chapelle au départ du pont de Jessaint, années 1990 (Photo collection privée).

Dans un livre sur Mesrine paru en 2012, on lit, de la rue de Jessaint qui fut un lieu d’action de Mesrine avant d’en être un du film qu’en a tiré Jean-François Richet, qu’elle est « près de la Goutte d’Or » (Michel Laentz, Jacques Mesrine: L’histoire vraie de l’ennemi public numéro un, International Stars Edition, Marseille, page 111). Ce n’est pas faux puisque l’entrée de la rue de Jessaint n’est pas tout-à-fait dans la Goutte d’Or. La rue de Jessaint commence en effet là où se termine la place de la Chapelle (tronçon Est) et finit au 1 rue de la Goutte d’Or qui la prolonge (tronçon Ouest). Pour illustrer cet accès bien connu à la Goutte d’Or, on ajoute à nos arrêts sur image un cliché historique de l’Hôtel Mondain (ci-dessus) et une photo de l’angle Marx Dormoy/place de la Chapelle/pont de Jessaint qui a eu, récemment  encore, les honneurs du Pavillon de l’Arsenal lors de son exposition Paris Haussmann (31 janvier-4 juin 2017).

Au détour d’une des salles de l’exposition Paris Haussmann qui présentait plusieurs planches de l’étude de François Loyer bien connue de nos lecteurs, on reconnaissait un immeuble familier de la place de la Chapelle (Photo Pavillon de l’Arsenal). La photographie exposée par le Pavillon de l’Arsenal est de Cyrille Weiner, elle a été reprise dans le compte rendu de l’exposition paru dans LibérationNotre zoom sur l’immeuble de la rue Marx-Dormoy.

Pour mémoire, Gaël Coto est également l’auteur du séquençage des deux célèbres ‘‘interviews’’ de Michel Neyreneuf (bientôt ci-devant adjoint au maire du 18e chargé de l’Urbanisme*) pour le compte youtube de Cavé Goutte d’Or : « L’esthétique au rencart » et « Type de population ». Parfois présentées comme des interviews par les lecteurs du blog qui les reprennent sans toujours savoir comment les citer, ces séquences désormais célèbres sont en effet des extraits de deux films, respectivement  « Pour tout l’or d’une goutte »  de Sami Sarkis (1993) et « La Goutte d’Or » de Jean-Paul Guirado et Marie-Agnès Azuelos (2001). La diffusion de ces extraits est le fruit d’un travail en amont qui est celui de chercheurs et documentalistes (merci notamment à Bert Bernath pour le visionnage attentif des deux films et à Cavé Goutte d’Or qui a obtenu des auteurs les autorisations amiables de séquençage et diffusion) et de techniciens qui ont ensuite fabriqué ces deux pièces d’anthologie de l’Urbanisme contemporain de la Goutte d’Or (nos billets des 29 mai 2012 et 14 décembre 2012).

* Les fonctions du maire adjoint à l’Urbanisme chargé du 18e (ou inversement), qui devaient prendre fin le 22 mars 2020, sont prorogées jusqu’à nouvel ordre pour cause d’état d’urgence sanitaire (cf. Titre III de la loi du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19).

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Municipales

L’Atelier urbain de la Goutte d’Or diffuse les réponses reçues à son questionnaire

  • Ont répondu, dans l’ordre alphabétique, Pierre-Yves Bournazel (LREM), Anne-Claire Boux (L’Écologie pour Paris 18), Hela Daboussi (Un nouveau souffle pour le 18e/Parisiennes, Parisiens), Vikash Dhorasoo (Décidons Paris/LFI), Rudolph Granier (Engagés pour changer Paris, LR), Anne Hidalgo et Éric Lejoindre (PS/Paris en commun).

La marque de la Politique de la ville dans la Goutte d’Or. Vitrine des locaux de l’équipe de développement local brisée en début d’année 2020, non encore remplacée. (À suivre).

Nos lecteurs trouveront sur la page du blog dédiée à L’Atelier urbain l’intégralité des réponses reçues au questionnaire que, dans le prolongement de son Manifeste appelant à un moratoire sur la requalification de la Goutte d’Or Sud, L’Atelier avait soumis aux candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars.

Les réponses sont publiées sous la forme où elles ont été reçues, sans commentaire ou analyse, L’Atelier se réservant la possibilité d’en examiner les éléments les plus porteurs dans le cadre de ses travaux futurs.

Les challengers unanimes
sur la requalification de la Goutte d’Or Sud

D’ores et déjà, sans empiéter sur les prérogatives de L’Atelier urbain et sans nuire à l’analyse attentive que méritent ces réponses elles-mêmes très attentives, Cavé Goutte d’Or observe que la demande d’un moratoire sur la requalification urbaine du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or, telle qu’elle a été lancée en octobre 2019, recueille l’unanimité des challengers aux Mairies de Paris et du 18e, seule l’équipe sortante estimant en effet qu’un moratoire « risquerait de stopper tout projet pour le quartier ».

  • « Si je suis élu, je reprendrai un à un les projets en cours pour tenir compte des souhaits exprimés par les habitants », indique Pierre-Yves Bournazel (LREM).
  • « Nous nous engageons à relancer la concertation et à co-construire avec les habitants, les associations et les commerçants le projet dont a besoin le quartier », écrit Anne-Claire Boux (L’Écologie pour Paris 18) en rappelant l’engagement des Verts contre le forcing de la Mairie pour imposer son projet en dépit des conclusions négatives du commissaire enquêteur.
  • « Notre ambition est de reconcerter ce sujet », affirme Hela Daboussi (Un nouveau souffle pour le 18e) qui propose que le coût en soit mesuré avec les citoyens.
  • « Nous soutenons l’idée d’un moratoire et une discussion large avec les habitants en vue d’établir un nouveau projet », indique Vikash Dhorasoo (LFI) qui dénonce « la manière pour le moins agressive avec laquelle le projet de requalification s’est imposé dans un délai très court ».
  • « Je demanderai un moratoire et reprendrai à zéro l’ensemble des dossiers avec les habitants, les associations et collectifs », écrit Rudolph Granier (LR) qui souhaite « mettre en place un comité permanent de concertation et une maison de l’urbanisme du 18e ».
  • « La mise en place d’un moratoire risquerait de stopper tout projet pour le quartier », estiment Anne Hidalgo et Éric Lejoindre (Paris en commun) qui annoncent la reprise des comités de suivi dans le cas où ils seraient réélus : « Cependant, la consultation n’est pas terminée et d’autres comités de suivi permettront de concerter à nouveau dans les prochaines semaines ».

Voir les réponses complètes sur la page de L’Atelier urbain

Vers une sortie des urnes

Le questionnaire de L’Atelier urbain portait également sur le moratoire concernant les projets dits « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à La Chapelle », quatre projets de coloriage de rues, dotés au total de 100.000 € au budget participatif 2018 (lien).

La plupart des candidats répondent à cette question dans les mêmes termes qu’à la première et soulignent le dévoiement des principes du budget participatif. Le moratoire est notamment accordé par Pierre-Yves Bournazel, qui pointe une ambiguïté sur le statut de ce projet, et par Rudolph Granier, Vikash Dhorasoo dénonçant les projets de « dit embellissement » qui seraient utilisés « comme des outils dissimulant un délaissement de l’espace public ».

Tout en prônant « le retour du beau en ville », Anne-Claire Boux indique que « les écologistes ne reviendront pas sur les projets sélectionnés dans le cadre de la démocratie participative ». Les Verts rejoignent ici Anne Hidalgo et Éric Lejoindre qui assurent que « le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle’ a été soumis au vote après un contrôle de recevabilité technique » et concluent : « C’est pourquoi, dans le respect de la démocratie participative et de la parole des habitants, nous mettrons en œuvre ce projet d’embellissement du quartier ».

Il doit être noté sur ce point que le premier volet d’exécution de ce projet prétendument démocratique consiste précisément à mettre en peinture un mur qui ne fait pas partie du projet voté, remettant ainsi en question le principe même du système (lire sur ce point notre billet du 20 janvier en page Vie du quartier :

  • « Le mur de la Bibliothèque Goutte d’Or, dont la mise en peinture est un vrai projet, nécessaire et nullement dérisoire, ne dépend en rien du projet contesté consistant à colorier les rues et les trottoirs de la Goutte d’Or et de la Chapelle. Le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle’ est en effet circonscrit à quatre lieux bien déterminés. Le mur de la Bibliothèque n’en fait pas partie, pas plus que le boulevard de la Chapelle sur lequel il donne. S’agissant d’un travail nécessaire, il n’avait pas besoin du ‘vote’ des habitants. Il aurait donc dû être financé séparément et ne pas subir les aléas que le projet ‘Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et la Chapelle’ lui fait subir, – dont l’absence de déclaration préalable sur lequel il a été retoqué en novembre 2019 n’est que l’élément le plus récent et saillant de ce dossier mal ficelé »).

Outre « l’instauration d’une réelle concertation et d’un processus de codécision avec les habitants sur l’ensemble des projets d’urbanisme dans la Goutte d’Or, incluant dès le départ de leur élaboration les permis de démolir et de construire, les modifications de façade, agencements de vitrine, fresques et opérations artistiques, végétalisation de l’espace public », les autres points soulevés par le questionnaire de L’Atelier urbain portent sur l’occupation de l’espace public ; sur une demande d’audit du processus d’attribution des locaux de commerces ou d’activités en pieds d’immeubles des bailleurs sociaux, des logements sociaux et des subventions aux associations municipalisées) ; sur la suppression des sources identifiées des trafics divers qui affectent le quartier au vu et au su de tous depuis plusieurs décennies.

C’est dire que les questions, comme les réponses, seront à l’ordre du jour de la prochaine mandature.

À lire sur le blog d’Action Barbès

Aux questions aux candidats, l’association Action Barbès a préféré les propositions aux candidats. Ce qui offre un tour d’horizon des chantiers à venir pour la prochaine mandature, tour d’horizon duquel Cavé Goutte d’Or retient le beau projet de Diagonale verte qui, avec les esquisses de L’Atelier urbain et les plans de L’Atelier 26, fera peut-être un jour liste commune de quatrième tour.

Le blog d’Action Barbès publie également toutes les listes officielles des candidats pour le 18e (ici) et un rappel bienvenu sur le fonctionnement des municipales (ici).

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