Les héritiers

L’arrêt du chantier Boris Vian réveille le réflexe Neyreneuf

  • « En passant en 1993 d’une logique de lutte (contre la démolition de la Goutte d’Or) à une logique de partenariat (avec la Mairie), on a renoncé à un effort architectural important », expliquait l’ancien patron de l’urbanisme du 18e.
  • « Espérons que la Mairie règle ses erreurs juridiques et que les travaux, quoi qu’on en pense par ailleurs, puissent reprendre et s’achever sans durer des années », écrit aujourd’hui l’administrateur du groupe public LGO-La Goutte d’Or sur Facebook.
  • Tout étant dans le « quoi qu’on en pense par ailleurs ».

Le Groupe public LGO-La Goutte d’Or avait très tôt exprimé cette forme de défaitisme qui a marqué les années Neyreneuf, – qui les a faites, ces années 1993-2020 encore tout récemment saluées par Éric Lejoindre qui, rendant un hommage appuyé à Michel Neyreneuf sur le tarmac de la place Cheikha Remitti, rappela que l’ancien président de Paris Goutte d’Or et ancien adjoint à l’urbanisme du 18e n’était « pas pour rien dans les changements du quartier » (notre billet du 20 juin 2021).

Dès le 18 mars 2021, en effet, quelques minutes à peine après la parution du billet de Cavé Goutte d’Or annonçant que le chantier de réhabilitation de la Goutte d’Or Sud était suspendu (ce qui est dire combien les posts du blog sont attendus dans les officines), LGO-La Goutte d’Or s’inquiétait de « l’impact terrible » que la suspension pourrait avoir sur « ce secteur déjà plus que fragile et en difficulté ».

Derrière l’oxymore d’un « coup de théâtre » qui serait « pas très surprenant », le bon déroulé du chantier litigieux était ainsi présenté comme moins « dramatique » que sa suspension (une suspension pour cause de « doutes sérieux sur la légalité du permis de construire », convient-il de rappeler).

Alors que France Nature Environnement-Paris saluait la suspension du chantier comme une « bonne nouvelle » (ici pour mémoire), LGO-La Goutte d’Or ouvrait le parapluie des peureux, renvoyant comme dos à dos Mairie et opposants à s’entendre afin que le peuple ne souffrît point :

« Espérons que les requérants et la mairie trouveront très vite un terrain d’accord », posait son administrateur, par ailleurs très prolixe sur d’autres réseaux sociaux où il ne donne aucune chance à une maire de Paris (qu’il honnit) et à un maire d’arrondissement (qu’il juge « désastreux ») de pouvoir de quelque façon satisfaire ses prétendus espoirs d’accord.

Du « terrain d’accord à trouver entre requérants et Mairie », expression de son post du 18 mars qui, déjà, ne laissait aucune place au débat démocratique, à la concertation publique, à la reprise globale du projet, l’administrateur du groupe facebook LGO-La Goutte d’Or est d’ailleurs lui-même passé très vite à des « erreurs juridiques à régler » dans son post du 15 juin, confortant ainsi à l’avance la pratique de la Mairie et de son maître d’œuvre Pariseine, qui a récemment indiqué avoir déposé une nouvelle demande de permis « intégrant les modifications nécessaires pour entrer en conformité avec l’avis (sic) rendu par le Tribunal administratif » (notre billet du 20 juin 2021).

Il n’y aurait donc même pas de place, dans la gouvernance idyllique de LGO, à la « logique de partenariat » que Michel Neyreneuf opposait à la « logique de lutte ». À l’ère du défaitisme railleur des influenceurs de réseaux sociaux, les habitants du quartier seraient privés autant de la lutte que du partenariat, – parole d’influenceur :

« La densification via la surélévation du (TEP), c’est déjà décidé par la Mairie et jamais rien ne la fera revenir en arrière », écrivait doctement notre Monsieur Loyal sur son compte twitter personnel le 7 octobre 2020 (ici), donnant raison aux densificateurs avant même les recours et la suspension de l’opération pour doute sérieux quant à sa légalité.

Du quoi qu’il en coûte
au quoi qu’on en pense

Le problème de ce type de messages confondants (ils confondent en effet) est, avant tout, qu’ils ne respectent pas ce que les habitants peuvent penser et souhaiter, voire même ce qu’ils ont exprimé au cours des rares espaces d’échanges qu’ont été les comités de suivi de 2019. Sous l’aspect d’une bienveillance apparente, d’une commisération affichée, ils tiennent un double discours au vu et au su de tous, puisque aussi bien c’est en toute transparence de comptes publics sur Facebook et sur Twitter qu’ils invitent, au-delà de leurs propres critiques du projet, leurs suiveurs à faire abstraction de ce qu’ils pensent.

Mais les internautes lisent-ils les textes ou ne regardent-ils que les likes ?

Au lendemain d’une élection qui émeut en raison d’un taux d’abstention vertigineux et qui pousse soi-disant tout le monde à s’interroger sur l’offre démocratique, il serait ainsi prôné que les choses se fassent « quoi qu’on en pense par ailleurs ».

Cette injonction paradoxale est d’autant plus dangereuse que, sur les mêmes réseaux et les mêmes comptes, est entretenue l’idée que le projet de réhabilitation de la rue de la Goutte d’Or qui devrait « reprendre et s’achever sans durer des années » coûte onze millions alors que réparer Saint-Michel n’en coûterait que sept:

Mais va pour onze millions, puisque onze millions valent 102 j’aimes. Le post est  naturellement très populaire. Il est fait pour faire mouche, mouche du coche, mais prive sciemment ses lecteurs des éléments réels du dossier, puisque « la restructuration d’un tout petit bout de la rue de la Goutte d’Or » coûte cinq millions, et non onze, comme il ressort de la convention pluriannuelle ANRU publiée en annexe à l’exposé des motifs de la délibération 2019 DU 249 DDCT, citée par Cavé Goutte d’Or le 12 novembre 2020 (ici), décortiquée à l’attention des juges du Tribunal administratif dans le référé déposé par Cavé Goutte d’Or contre la délibération 2019 DU 245 le 17 février 2021, analysée dans le détail le 3 mai 2021 (cf. « Retour sur le coût et le financement de l’opération Boris Vian »).

*

Plus modérée que le modérateur du groupe facebook LGO-La Goutte d’Or, et peut-être aguerrie par les mauvais coups portés par la Ville au projet de promenade urbaine Barbès-Stalingrad dont elle fut l’initiatrice, l’association Action Barbès semble avoir, elle aussi, baissé les bras sur la Goutte d’Or Sud (sur sa rénovation en tout cas, on sait qu’elle est très attachée à sa sécurité [ici pour mémoire]). Du projet qu’elle estimait « déconcertant » il y a moins d’un an (son billet du 26 octobre 2020), elle semble en effet aujourd’hui penser que la place Cheikha Remitti récemment inaugurée l’attend sans aménagements (son billet du 18 juin 2020).

« Une petite place qui attend une rénovation dont elle aurait bien besoin, mais l’arrêt du chantier la jouxtant reporte de fait cette réhabilitation sine die » (Action Barbès, 18 juin 2021). Illustration: La rénovation proposée par la Ville dans son projet « déconcertant » (Action Barbès, 26 octobre 2020). Illustration: Pariseine.

De mauvais esprits en concluraient-ils que, dans le sillage de Michel Neyreneuf, le renoncement à l’effort architectural serait accepté par les forces vives du quartier? Il est vrai, en tout cas, que si le patron de l’urbanisme dans la Goutte d’Or durant les années 1980-2020 n’est « pas pour rien dans les changements du quartier », il n’est assurément pas non plus pour tout, car il bien fallu que les habitants acceptent le renoncement qu’il leur a proposé (ici pour mémoire).

À l’approche du transfert de ses dossiers et chantiers juridiques en cours, Cavé Goutte d’Or espère avoir jeté les bases d’une réflexion productive de contre-projets.

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