Hommage à Pierre Housieaux

Le Paris historique en deuil

  • Décédé du Covid-19 à 61 ans, le président de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique était un grand défenseur du patrimoine parisien et un fidèle soutien de Cavé Goutte d’Or dès ses origines.
  • Membre de son conseil scientifique et d’orientation, Pierre Housieaux a accompagné Cavé Goutte d’Or dans plusieurs de ses combats, notamment pour la protection du Café de l’Olympic et la tentative de sauvetage du 83bis rue Philippe de Girard qu’il inscrivit au programme des Journées d’études sur l’habitat parisien organisées en juillet 2012 par le Paris Historique, l’École d’architecture de Paris-Belleville et l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Comme l’indique le communiqué du Paris Historique, « Pierre Housieaux a œuvré avec beaucoup de force et de détermination pour la défense du patrimoine parisien, dont il avait fait un véritable combat personnel ». Ce combat portait sur le grand patrimoine parisien comme sur celui, plus modeste, qu’on peut parfois ne pas voir au premier coup d’œil mais que Pierre Housieaux savait reconnaitre et ne manquait jamais de mettre en valeur, – objectif que s’était donné dans son nom même l’association qu’il a présidée pendant les vingt dernières années.

C’est ainsi qu’il soutint le combat de Cavé Goutte d’Or avant même que le collectif ne se constitue en association en publiant une première étude sur « le tissu faubourien de la Goutte d’Or lacéré par une vision asociale du logement social » (Paris historique, juin 2011).

Puis, à l’occasion des « Journées d’études sur l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », organisées en juillet 2012 avec Marie-Jeanne Dumont et Jean-François Cabestan, Pierre Housieaux invita Cavé Goutte d’Or à présenter son travail et à préparer une promenade du quartier illustrant le thème du colloque et embrassant les opérations d’aménagement de la Goutte d’Or et de la Chapelle. Au programme, notamment, un arrêt spécial des participants au Café de l’Olympic, joyau art-déco sur l’angle Léon/Laghouat qui risquait alors de disparaître, et au 83bis rue Philippe de Girard, bel immeuble de l’époque Restauration qui sera englouti dans les projets destructeurs de la Ville de Paris en dépit d’une mention de l’architecte des bâtiment de France qui en jugeait la démolition « dommageable », – un concept fort qui a fait l’objet de plusieurs études, dont une publiée dans le journal du Paris Historique (cf. « Quel préjudice pour un dommage au patrimoine ? »).

Culminant avec un apéritif offert par le Paris Historique dans la cour du 83bis rue Philippe de Girard, la visite du 2 juillet 2012 avait proposé au préalable une halte au Café de l’Olympic, où Pierre Housieaux soutenait le projet de Cavé Goutte d’Or d’empêcher la vente de cet espace à une marque de supérette qui n’en aurait peut-être pas conservé le bar en bois d’acajou et les magnifiques mosaïques au sol que saluera quelques mois plus tard l’architecte Maurice Culot. Pierre Housieaux fut en effet intéressé par l’idée audacieuse de préempter (ou faire préempter) l’Olympic pour y jeter « les bases d’un projet culturel offrant in situ un ancrage aux institutions de défense du patrimoine et de l’architecture, institutions aujourd’hui de plus en plus attentives à la préservation des anciens quartiers de faubourg, au patrimoine et à l’architecture de l’Est parisien » (notre billet du 1er juillet 2012) :

« La situation (de squat qui sévissait alors dans les parties communes du 20 rue Léon) fait de l’Olympic un lieu dont la protection en 2012 peut être un objectif majeur pour les quartiers de la Goutte d’Or et Château Rouge qui souffrent d’avoir été et d’être maintenus artificiellement en zone de précarité et de politique de la Ville depuis que la rénovation de la Goutte d’Or Sud a été décidée au plus haut niveau de l’État et de la Ville en 1983 », disait le projet. « Le fait qu’un quartier puisse demeurer pendant trente ans en zone de précarité et d’insalubrité, de pauvreté et de déficience scolaire selon les rapports officiels, tels qu’aujourd’hui ceux de l’APUR, doit interpeller les instances politiques et culturelles chargées de la protection de l’habitat comme du patrimoine ».

« Inscrivant ce projet dans la ligne de son étude historique de la mutation de la Goutte d’Or durant les trente dernières années, l’association propose que l’installation au cœur de la Goutte d’Or d’un collectif qui réunirait une délégation des institutions les plus actives sur ce terrain au plan national et municipal serait en soi un élément majeur de protection, d’autant que ces institutions et plusieurs historiens, architectes, historiens de l’architecture, urbanistes, artistes agissant en leurs seins ou à titre individuel se penchent sur la problématique de l’habitat parisien entre réhabilitation et substitution », poursuivait le blog à la veille de la visite. 

Un peu plus tard dans l’année 2012, le 19 décembre précisément, à l’occasion de la première Saint Urbain de Cavé Goutte d’Or, Pierre Housieaux et le Paris Historique aidaient encore l’association en participant activement, au cœur de l’Olympic, dans ce majestueux décor de brasserie en chantier, à une rencontre entre les habitants de la Goutte d’Or et un groupe d’experts, historiens et architectes venus confirmer sur place la richesse patrimoniale de leur quartier pas encore complétement détruit par sa prétendue réhabilitation (notre billet du 31 décembre 2012).

Pierre Housieaux à l’Olympic le 19 décembre 2012. Notre billet du 31 décembre 2012 (photo GC pour CGO).

C’est lors de cette soirée et dans ce contexte de préservation du patrimoine que Pierre Housieaux développa l’idée de « patrimoine futur », qui sera reprise en 2015 pour les Journées européennes du patrimoine dont le thème évoquera le patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir :

  • « Dans le tissu faubourien de l’Est parisien, étroit et dense, la formule du président de l’Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique rappelle judicieusement que le souci de la sauvegarde et de la mise en valeur s’associe parfaitement à celui de la modernité, le respect du passé à celui du futur via un présent attentif », retenait le blog dans son billet du 31 décembre 2012.

Affiche de Yves Le Marchand et François Cochin, photo de Gaël Coto. Nos billets des 3 mai et 4 septembre 2013.

En une formule lui permettant de rappeler que « la ville bouge, la ville évolue, la ville vit », Pierre Housieaux écartait le reproche souvent fait aux ‘gens du patrimoine’ de ne se soucier que de vieilles pierres.

Pierre Housieaux, le Paris Historique et Cavé Goutte d’Or faisaient encore cause commune dans une exposition sur La Chapelle à l’occasion du 50e anniversaire du Paris Historique. Intitulée « Le patrimoine des faubourgs victime du renouvellement urbain ? », l’exposition se tenait du 2 avril au 1er septembre 2013 dans les locaux de la rue François-Miron – à un jet de (vieilles) pierres du Tribunal administratif devant lequel Cavé Goutte d’Or se battait alors beaucoup, ironisions-nous ici – mais son affiche reproduisait un impressionnant regard intérieur sur les entrailles du 25 rue Stephenson en pleine démolition (notre billet du 3 mai 2013).

Merci Pierre Housieaux pour tes combats, ton enthousiasme, la chaleur de ton soutien.

Cavé Goutte d’Or présente ses amitiés et condoléances à sa famille et au Paris Historique.

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