Collapse

La Mairie de Paris interdit une « atteinte grave à la sécurité publique » sur la place Polonceau

  • La Mairie de Paris refuse un permis de construire au 6 rue Polonceau au motif qu’en présence d’anciennes carrières en sous-sol, « le projet est susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique ».
  • Ou comment la carrière du 6 rue Polonceau risque de compromettre celle du TEP Goutte d’Or situé dans le même périmètre.
  • Et celle des autres trafics qui, sur la place Polonceau notamment,  spolient depuis 30 ans le cœur de la Goutte d’Or en permanente rénovation urbaine.

« Un immeuble situé à la fois dans une zone d’anciennes carrières et dans le périmètre de recherche de poches de dissolution du gypse antéludien » (Mairie de Paris, Direction de l’Urbanisme, arrêté de refus de permis de construire du 30 décembre 2019). Illustration : extrait de la demande de permis (le cercle rouge est sur l’original, il désigne en son centre le 6 rue Polonceau).

La demande de permis de construire déposée le 5 septembre 2019 porte sur la rénovation de l’immeuble situé au 6 rue Polonceau. Aucune démolition ni reconstruction n’est prévue, donc apparemment aucun travail sur les fondations de la construction existante ne serait engagé. Mais l’IGC (Inspection Générale des Carrières) est systématiquement consultée dans cette zone et, « faute d’éléments suffisamment précis sur l’état du sous-sol pour garantir la stabilité et la mise en sécurité des personnes », elle a rendu un avis défavorable en date du 24 septembre 2019, entrainant un refus du permis en date du 30 décembre 2019.

La syntaxe de l’IGC est aussi fragile que le sous-sol qu’elle voudrait décrire. Il manque sans doute les mots de l’immeuble après stabilité dès lors qu’on voit mal ce service de la Mairie de Paris se préoccuper de « la stabilité des personnes », – d’autant que l’ancien Café du Stade, dont on nous assure qu’il exploitait une licence IV, est aujourd’hui fermé. Il s’agit donc de distinguer la stabilité de l’immeuble d’une part, et la mise en sécurité des personnes, d’autre part, ce qui n’est pas plus rassurant en soi car, si le propos consiste à dire que les personnes doivent être mises en sécurité, c’est qu’elles ne l’étaient pas. Sinon on lirait : « sécurité des personnes » au lieu de « mise en sécurité des personnes ».

Pour éviter la constitution de nouvelles poches de dissolution grammaticale, nous corrigerons donc la formulation de l’IGC pour lui donner sa réalité :

  • C’est ainsi « faute d’éléments suffisamment précis sur l’état du sous-sol pour garantir la stabilité de l’immeuble et la sécurité des personnes » que l’Inspection Générale des Carrières a émis un avis défavorable et que la Mairie de Paris a rejeté la demande de permis de construire en concluant de cet avis que « le projet est donc susceptible de porter gravement atteinte à la sécurité publique ».

Il peut paraître étonnant qu’un immeuble dont la demande d’autorisation d’urbanisme du 5 septembre 2019 indique que la façade sur rue a été ravalée il y a cinq ans (certes « pas dans les règles de l’art », précise le pétitionnaire) ne soit devenu que tout récemment dangereux pour les personnes. Il serait d’ailleurs encore occupé aujourd’hui et les diverses vignettes consultables sur Googlemap le montrent habité jusqu’en juin 2016 en tout cas, avec jardinières fleuries en 2015 et échafaudage (de ravalement ou de travaux intérieurs ?) en avril 2018.

Image Akelius et A&B Architectes. Extrait de la demande de permis.

Il n’appartient pas au blog de se pencher sur les tenants et aboutissants d’une opération immobilière privée, d’autant que l’avis défavorable de l’IGC n’est pas définitif.  Son texte précise en effet que, « si le pétitionnaire souhaite persister dans son projet, l’IGC suggère qu’il fasse procéder à une reconnaissance de sol », dont les résultats pourraient conduire à une levée de l’avis défavorable (donc à un avis favorable, NDLR pour celles et ceux d’entre nous qui peinent à s’y retrouver dans les « avis favorables avec réserves » qui sont « réputés défavorables jusqu’à la levée des réserves » ici pour mémoire).

Le sous-sol du TEP Goutte d’Or

C’est davantage dans la comparaison des avis de l’IGC sur le projet du 6 rue Polonceau, d’une part, et sur le projet bien connu de nos lecteurs consistant à reprendre le TEP Goutte d’Or situé juste en face, d’autre part (projet ô combien public quant à lui), que pourrait se situer l’intérêt du dossier aux yeux d’habitants ou collectifs d’habitants attentifs aux diverses demandes de permis de démolir et construire dont la rénovation programmée du secteur Boris Vian/Polonceau/Goutte d’Or est et sera l’objet au cours des prochains mois.

À cet égard, le premier permis accordé sur le TEP Goutte d’Or en même temps qu’était refusé celui du 6 rue Polonceau est un permis de démolir certains des éléments du complexe à requalifier, notamment les escaliers conduisant de la rue de la Goutte d’Or à l’entrée du gymnase et une partie du TEP lui-même (voir ci-contre la bien nommée « emprise de démolition » sur l’illustration issue du dossier d’instruction). On objectera à cette tentative de comparaison le fait que le TEP Goutte d’Or et les escaliers Boris Vian ne touchent pas au sous-sol. Soit, mais le projet de « travaux sur structures existantes » développé sur le 6 rue Polonceau n’y touche pas davantage. Et le fait que le dossier du TEP Goutte d’Or contient lui aussi un avis de l’IGC conduit naturellement à la comparaison. L’avis donné aura pour le moins une valeur indicative quant à son sous-sol.

Or, les deux avis de l’IGC portent littéralement le même texte introductif quant au terrain sur lequel les opérations auront lieu :

  • « Le projet est situé sur un terrain inclus dans un périmètre de risque défini (…). D’après les documents de l’IGC (Atlas 28-36), le projet est situé dans un périmètre de recherche des poches de dissolution du gypse antéludien, jusqu’au toit du Calcaire Grossier, estimé à une profondeur d’environ 75 mètres ».

Puis ils s’affinent : le 6 rue Polonceau est en effet « situé à proximité d’une ancienne carrière à ciel ouvert de gypse, avec un épaisseur de remblais d’environ 5,40 à 10,00 mètres », alors que le TEP est « en totalité au-dessus d’une ancienne carrière à ciel ouvert de gypse, avec une épaisseur de remblais d’environ 6 mètres » (Avis IGC pour le 6 rue Polonceau, Avis IGC pour le TEP Goutte d’Or, soulignements ajoutés).

Pour un profane, le TEP pourrait apparaitre comme davantage fragilisé par le sous-sol mais, là encore, l’objection se fait entendre : on a déjà creusé trois étages de parking à cet endroit, donc les poches de dissolution du gypse antéludien et autres toits de calcaires grossiers n’ont plus de secrets pour nous, – et nos travaux resteront en surface (sauf si le projet d’installer une fourrière en lieu et place de l’ancien parking se concrétise, comme le bruit persiste à en courrir).

Panneau bientôt affiché entre le 6 rue Polonceau et le TEP Goutte d’Or sans qu’on sache si le principe de précaution y retrouvera les siens (Photo CGO, ailleurs, janvier 2020).

Nous laisserons ces analyses aux études qui ne manqueront pas d’être diligentées dans le cadre, notamment, des recours déposés contre le permis de démolir les escaliers Boris Vian et le tarmac du TEP et contre la délibération du Conseil de Paris qui prétend pouvoir autoriser le déclassement de la rue Boris Vian (sur ces deux recours, voir notre page Défense du quartier).

Quelle sécurité publique ?

La carrière de « Tous mobilisés » (n’)a (pas) fait long feu sur la place Polonceau. 

Ici, nous nous limitons à mettre en lumière – et le mot prend tout son sens quand on sait que cette partie du quartier est régulièrement plongée dans l’obscurité (sinon dans les ténèbres qui ont inspiré les vœux du blog) – la franchise avec laquelle la Mairie de Paris s’exprime quand il s’agit du sous-sol de la Goutte d’Or. Les riverains ne comptent plus, en effet, les évènements qu’ils vivent en surface de ce même territoire bien connu pour ses poches souterraines de dissolution du gypse antéludien, évènements dont ils pensaient qu’ils étaient eux aussi « susceptibles de porter gravement atteinte à la sécurité publique » et qu’ils signalaient donc régulièrement aux autorités qu’ils avaient reçues sur place le 27 mars 2018.

Ils n’ont eu pour toute ‘réponse’ que la construction approximative d’un improbable totem de bric et de broc où s’afficherait quelques jours le programme municipal de « Tous mobilisés » et la pose d’une caméra (souvent plongée elle aussi dans les ténèbres ambiants). Or, sachant que le Ludien est un âge géologique qui date d’une quarantaine de millions d’années avant l’ère chrétienne et qu’en conséquence, voire a fortiori, le gypse antéludien était donc déjà là lors de la première réhabilitation de la Goutte d’Or et de son classement en zone urbaine sensible au début des années 1980, les habitants de ce quartier historique bien avant d’être institutionnellement ‘populaire’ étaient en droit de penser que la sécurité publique avait déjà été portée atteinte, pour le dire comme ne manquerait pas de l’écrire la Direction des Affaires culturelles dans le moule littéraire de son inoubliable tirade sur « le ré-enchentement de la place Polonceau » (voir notre billet du 10 septembre 2018 et notre vidéo « La Goutte d’Or, 35 ans de rénovation urbaine »).

Vers un sauvetage
du 1 rue de la Charbonnière ?

On se souvient que la démolition du 1 rue de la Charbonnière avait ému, hélas trop tardivement, les riverains et les réseaux sociaux en juillet 2019.

Une enquête de Cavé Goutte d’Or avait alors révélé l’absence apparente, si l’on peut dire, du permis de démolir, qui parait en effet comme aller de soi, inclus dans la formulation du « permis de construire après démolition totale » délivré le 26 mars 2019 (voir notre billet du 11 septembre 2019). Or, la demande de permis de construire, initialement déposée le 30 mars 2016, avait d’abord été rejetée suite à un avis défavorable de l’IGC, suivez son regard, avant d’être accordée le 26 mars 2019.

Peut-être conviendrait-t-il de remettre au jour cet avis de l’IGC et le rejet de la Mairie qui l’avait suivi. D’autant que l’immeuble n’est toujours pas démoli et que le permis de construire accordé le 26 mars 2019 est actuellement l’objet d’une demande de permis modificatif. La modification semble être ‘de façade’ (« Modification des façades sur rue et jardin et de l’aménagement intérieur du commerce, déplacement des panneaux solaires en toiture et rectification des surfaces de plancher »).

Mais il faut peut-être creuser un peu, comme on dit à l’IGC.

Cet article, publié dans Articles, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.