Stephenson/Jessaint

Paris Habitat construit un jardin vertical donnant sur le square Alain Bashung

  • Le bailleur social propriétaire de l’immeuble des 1 rue Stephenson et 12 rue de Jessaint réhabilite cet édifice de 1867, dont il perce le pignon ouest de baies éclairantes qui ouvriront sur un « jardin vertical » à la faune naturelle savante (la dernière page de la notice d’architecte est écrite en latin).   
  • Le permis de construire du 26 juin 2019 est assorti d’un permis de végétaliser valant « occupation temporaire du domaine public de voirie ».
  • Poursuite de notre enquête sur les décisions d’urbanisme de l’été.

Le pignon Ouest du projet situé sur l’angle des 1 rue Stephenson et 12 rue de Jessaint (dossier consulté au PASU le 16 août 2019).

Le deuxième volet de notre enquête sur les récentes autorisations d’urbanisme dans la Goutte d’Or porte sur l’immeuble d’angle des 1 rue Stephenson et 12 rue de Jessaint. Le premier volet concernait le 1 rue de la Charbonnière (lire ici).

Nous rappelons que l’objet de cette enquête n’est pas de préparer d’éventuels recours contre tel ou tel permis de démolir ou de construire, mais d’en porter les éléments les plus immédiats à la connaissance des habitants de la Goutte d’Or, invités à s’approprier le contrôle de ces décisions d’urbanisme.

Comme l’a parfaitement posé un de nos correspondants à la lecture de notre enquête sur le 1 rue de la Charbonnière, le constat désolant que nous sommes contraints de faire devant l’urbanisme destructeur de la Goutte d’Or depuis quarante ans concerne « le devenu du quartier. C’est son devenir qu’il va falloir à présent façonner autrement et surtout plus respectueusement ».

Devenu n’est pas devenir

Cela passe par une prise de conscience des habitants. Ce que le quartier est devenu sous les coups de l’urbanisme qui en a changé l’image, mais finalement peut-être pas l’âme, ne doit à aucun moment être le support de ce qu’il peut devenir, comme les promoteurs d’aujourd’hui le voudraient lorsqu’ils affirment, comme en excuse : « L’analyse du site fait ressortir une rue déjà fortement transformée par les opérations des années 1980/90 avec des bâtiments voisins assez disparates et offrant de nombreux volumes différents sans rapport avec le tissu des faubourgs parisien ».

Tirée de la présentation du 1 rue de la Charbonnière par les architectes du projet (notre billet du 11 septembre 2019),  cette observation se trouvait déjà presque mot pour mot dans la défense de la Ville de Paris sur la malheureuse adresse du 11 rue Saint Bruno, qui vit se construire l’extension de l’école Saint Bernard avec le soutien de la Mairie de Paris qui, dans son mémoire du 18 septembre 2017 devant le Tribunal administratif, présentait en effet avec insistance un quartier dont l’architecture « disparate » serait le témoignage d’un n’importe quoi appelant et/ou autorisant n’importe quoi.

Ne s’appuyant que sur des vues du quartier constituées de captures d’écrans du site Google maps street views, la Mairie de Paris (qui montrait ainsi que ses agents et ses avocats – à l’instar peut-être des ABF – ne travaillent que par écrans interposés, sans connaître les lieux, sans s’y déplacer) écrivait en effet :

  • « Les photos issues du site Google.maps permettent de se rendre compte de ce caractère très disparate des lieux, offrant des bâtiments de toutes les époques depuis celle de construction de l’église (19e, haussmannien, art nouveau, après-guerre et années 1960), et qui peut donc tout à fait accueillir un élément supplémentaire de l’histoire architecturale de Paris, sans que l’intérêt des lieux ne s’en trouve affecté » (voir extrait de la défense de la Ville de Paris).

On se souvient aussi de l’ahurissant moyen développé devant le Tribunal administratif de Paris par l’avocat du promoteur Sefri-Cime sur la parcelle du 25 rue Stephenson :

  • « Il convient de préciser que le projet de Sefri-Cime Promotion sur l’angle des rues Cavé et Stephenson ne s’inscrit pas dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles » (Laurent Karila, avocat de la société Sefri-Cime Promotion, Mémoire en défense du bâtisseur de l’œuvre de Bruno Fortier, Grand Prix de l’Urbanisme 2002, Tribunal administratif de Paris, 24 avril 2017, page 28 – extrait pdf ici).

Il ne tient désormais qu’aux habitats du quartier de suivre les dossiers d’urbanisme et renvoyer à leurs études celles et ceux qui prétendent profiter des échecs des quarante dernières années pour enfermer définitivement la Goutte d’Or dans ce qu’ils en ont fait.

2.
Réhabilitation du 1 rue Stephenson
/ 12 rue de Jessaint

La consultation au PASU, 16 août 2019 (Merci à Mehdi et Jamila).

Une équipe du blog a consulté le dossier au PASU (Pôle accueil et service à l’usager de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris) le 16 août 2019 et en a rapporté de quoi créer pour nos lecteurs un PDF de la notice PC4 (merci à Mehdi et Jamila). Ce document doit ou peut maintenant susciter la réflexion et l’appropriation du projet par les riverains et, plus largement, les défenseurs du quartier qui pourront recueillir toutes autres pièces au PASU où les dossiers des permis de moins de quatre mois sont immédiatement consultables (rendez-vous conseillé).

Le permis affiché le 13 août 2019 (Photo RA). Agrandir l’image.

De fait, contrairement au 1 rue de la Charbonnière dont la démolition totale a été décidée dans des conditions demeurant floues (notre billet du 11 septembre 2019) et au 39 rue Myrha, également voué par la Ville à la démolition (voir la prochaine séquence de notre enquête), le 1 rue Stephenson faisant angle avec le 12 rue de Jessaint ne sera pas démoli, mais réhabilité.

Cela répond aux inquiétudes transmises à Cavé Goutte d’Or, début août, par une habitante du quartier qui « (se) demandai(t) depuis un moment pourquoi les marchands de menthe de gauche rue Stephenson n’y étaient plus, puis pourquoi leur local avait été muré, et l’ensemble du bâtiment visiblement vidé de ses occupants » : « Dans quelle mesure peut-on aller demander des renseignements en Mairie ? À qui s’adresser avant un désastre urbanistique de plus ? », interrogeait notre riveraine attentive (merci à Vinca). Peu après, comme en réponse, le permis signalant la réhabilitation serait affiché (merci à Rachid Arar qui apporta l’élément probant de l’affichage le 13 août et aux commerçants de l’angle encore ouvert qui en confirmèrent la date approximative à début/mi-août, portant le délai d’intervention éventuelle sur ce permis à début/mi-octobre, en réalité à fin septembre par sécurité).

Ces remerciements disent le travail en amont de la visite au PASU, a fortiori de toute contestation d’une autorisation d’urbanisme, et on ne peut qu’encourager les habitants du quartier à s’enquérir rapidement de la cause des changements qui apparaissent dans la vie d’un immeuble ou des fermetures prolongées de locaux commerciaux.

Réhabilitation et extension

D’un bref examen de la notice architecturale, il ressort :

– que l’immeuble date de 1867 et que « son intérêt architectural et patrimonial est indéniable » (page 4, NB il n’y a pas de pages 2 et 3 et la page 9, occupée par de mauvaises photos, n’a volontairement pas été scannée).
– que l’espace public constitué de la petite placette entre son pignon Ouest et le jardin Bashung est défini au PLU de Paris comme « espace libre à végétaliser » (page 5).
– que « le projet se situe dans le périmètre de protection des monuments historiques avec la proximité de la paroisse Saint Bernard à 150 mètres, inscrite récemment à l’inventaire » (pages 6-7).

Erratum 1 : Ce n’est bien sûr pas la « la paroisse Saint Bernard » qui est inscrite à l’inventaire, mais l’église Saint Bernard. Erratum 2 : L’église Saint Bernard n’est pas « inscrite à l’inventaire » mais classée. Erratum 3 : Ce n’est pas récent, l’inscription datant de novembre 2012 et le classement de juin 2015.
Cela dit, on salue les architectes du projet qui sont ici plus attentifs au monument historique voisin que l’ABF. Pour ce dernier, qui estimait généreusement que le 1 rue de la Charbonnière était en covisibilité avec le monument historique (en attique peut-être), « le 12 rue de Jessaint n’est pas situé dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ visibilité d’un monument historique ». Va pour la covisibilité, mais on demande à vérifier cet avis pour ce qui est du périmètre. À sa décharge, l’ABF se prononce sur un projet dont la nature lui aurait été présentée comme « Installation et travaux divers ». Et son avis (non obligatoire selon son propre jugement) contient une proposition concernant un balcon au motif que « ce projet appelle des recommandations ou des observations au titre du respect de l’intérêt public attaché au patrimoine à l’architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant » (lire son avis du 12 octobre 2018).

– que le commerce actuellement fermé sur la rue Stephenson sera réhabilité, alors que le commerce toujours ouvert sur la rue de Jessaint, qui ne subira que des interventions légères, restera ouvert pendant la durée du chantier (pages 7 et 8).
– que « l’intervention sur les façades (des 1 rue Stephenson et 12 rue de Jessaint) vise à conserver l’aspect d’origine du bâtiment et préserver les modénatures qui (les) rythment » (page 10).
– que le pignon ouest, après avoir été « isolé par l’extérieur en surplomb du domaine public » et percé de « vues pour la création de cuisines et salles de bains » (page 5), « fera l’objet d’une végétalisation verticale et horizontale sur le domaine public afin de palier (sic) à l’absence d’espaces libres végétalisables sur le terrain et l’absence de toiture végétalisée » (page 10).

Leçon 1 : S’il faut pallier à l’absence d’espaces verts sur la parcelle, c’est parce qu’on ne touche pas aux paliers pour agrandir les logements (d’où la confusion du claviste) : « Le comblement de la courette sud permettra de créer de la surface de plancher supplémentaire pour les logements » (page 7). Leçon 2 : Le complément de la courette sud à cette fin (et de l’autre courette pour y installer un ascenseur) fera que « le site ne dispose donc actuellement d’aucun espace vert » (page 8). Leçon 3 : L’absence de toit plat (normale pour un immeuble de 1867 présenté comme « typiquement parisien » entraîne aussi l’absence de végétalisation possible en toiture. Leçon 4 : À quoi ça tient ?!

– que « le traitement soigné des baies créées sur le domaine public permet de requalifier l’espace de la placette qui jouxte le square Bashung », et dont on sait qu’il accueillera bientôt un bar à pétanque (page 11).
– le pied du pignon à végétaliser, « actuellement espace public entièrement minéral, peut être aménagé en espace de pleine terre sur une profondeur de 60 cm minimum pour permettre la plantation » (page 11).

Voilà. Veilles et échanges assurés jusqu’à fin septembre.

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