Dommage

Histoire, patrimoine et réseaux sociaux 

  • Selon une conversation surprise au début de l’été sur tweeter, il y aurait « plein d’associations à la Goutte d’Or sur le patrimoine historique ».
  • S’agissait-il d’un compliment à Cavé Goutte d’Or qui aurait fait ‘plein d’émules’ en à peine huit ans ? Ou au contraire d’une pierre dans son jardin puisque le quartier ne serait toujours « pas en mesure de défendre ce qu’il reste d’histoire » ?
  • Devant cette interrogation existentielle s’il en est, l’association s’est livrée à un petit historique sous forme d’enquête sur les démolitions programmées des 1 rue de la Charbonnière et 39 rue Myrha (dont les commerces en rez-de-chaussée sont encore actifs, le 39 rue Myrha étant même encore habité) et sur les autorisations données ou en cours d’instruction sur les 1 rue Stephenson/12 rue de Jessaint, 9 rue Saint Bruno, 19 rue des Gardes ainsi qu’autour du TEP Goutte d’Or.
  • Passionnante recherche technique et juridique (désolé !), qui s’arrête aux grandes lignes de ce qui était découvrable au-delà des tweets par définition un peu rapides de l’été et se veut un (nouveau) prélude à un (nouveau) passage de témoin aux habitants de la Goutte d’Or et à leurs associations.

Lors de son Assemblée générale du 24 mars 2018, Cavé Goutte d’Or avait mis en avant deux lignes directrices : « transition douce et passage de témoin ». On lisait ainsi sur le compte rendu du blog : « Parallèlement à la poursuite des dossiers en cour(s), Cavé Goutte d’Or fera en 2018 le bilan de sept années d’études et d’actions sur l’urbanisme du quartier et restituera ses dossiers dans le projet de voir les habitants se les approprier ».

Une carte pointait les lieux sur lesquels l’association était intervenue et le rapport d’activité dressait le bilan de ses actions sur chaque adresse. Celle du 1 rue de la Charbonnière, qui a mobilisé les claviers de tweeter fin juillet, n’y apparaissait pas et pour cause : le permis de construire n’a été accordé qu’un an plus tard, le 26 mars 2019. Son affichage aura suivi peu après et le délai de deux mois du recours des tiers est aujourd’hui dépassé. L’histoire dira s’il l’était le 22 juillet 2019, au moment où se déployait la courte conversation qui, du 22 au 24 juillet, suscita de belles réflexions autour d’un petit immeuble du XIXe siècle dont, selon un tweeto qui le dira en termes peu patrimoniaux, « la Mairie du 18e arrondissement veut avoir la peau », ce qui fut perçu par un autre tweeto comme le « triste constat d’une politique d’urbanisme qui emprisonne le quartier depuis 30 ans et qu’il faut continuer de dénoncer ».

À la recherche du dommage perdu (échange de tweets du 22 juillet 2019).

De tweet en tweet, on s’interrogerait ensuite sur la date de l’affichage du permis (de construire, rappelons-le) pour tenter de paralyser la démolition (incluse dans le permis de construire mais qui aura sans doute été précédé de l’affichage d’un permis de démolir), sur le caractère énergivore des bâtiments en pierre de Paris, sur les combats prioritaires dans les quartiers du même nom (« Je pense qu’il y a d’autres combats à mener que sauver ce bâtiment dans une des rues les plus crades et ‘dangereuses’ du quartier [guillemets de distanciation pour dangereuse ?]« ),… (Lire la discussion sur tweeter).

Saluons la prise de conscience : « Assez de la démolition de la Goutte d’Or » (le tweet évoque bien la démolition de la Goutte d’Or, et non d’un bâtiment en particulier, et rejoint ainsi l’analyse de Violette Roland dans le Bulletin n° 100 de SOS Paris, souvent citée sur ce blog), et arrêtons-nous un instant sur le point d’orgue de la conversation, propoposé en réponse à la remarque sur les combats prioritaires :

  • « Il y a en effet un plus gros combat à mener : celui de changer les mentalités sur l’image du quartier qui est façonnée par les erreurs de politique de la Ville depuis 30 ans. Cela passe par une réappropriation du devenir du quartier par ses habitants » (voir le tweet).

Cavé Goutte d’Or partage cette analyse et la décortique une seconde avant d’ouvrir son enquête. L’auteur propose en effet :
– de changer les mentalités sur l’image du quartier : pas de changer l’image du quartier mais bien les mentalités sur l’image du quartier, ce qui est plus subtil et porteur ;
– celle-ci, l’image, a été selon lui façonnée par les erreurs politiques de la Ville ; à le suivre, ce n’est donc pas le quartier qui a été façonné par les erreurs politique de la Ville, mais l’image de ce quartier, nuance dans laquelle nous nous retrouvons ; et l’auteur n’évoque pas les erreurs de la Politique de la ville, comme nous le faisons souvent, mais « les erreurs politiques de la Ville » : sa proposition ne se place pas sur le terrain de la Politique de la ville (« politique de cohésion urbaine et de solidarité, nationale et locale, envers les quartiers défavorisés et leurs habitants », selon la définition de l’Insee), qui « se déploie sur des territoires infra-urbains appelés ‘quartiers prioritaires de la Politique de la ville’ », ces fameux quartiers que les responsables de la Politique de la ville appellent euphémiquement ‘quartiers populaires’. Elle déplace le curseur sur la politique au premier chef, les erreurs politiques tout simplement. Elle replace ainsi la politique au cœur de la question.

La malheureuse expression « Politique de la ville » (avec un P majuscule et un v minuscule), que la plupart des médias, observateurs politiques et sociaux écrivent d’ailleurs « politique de la Ville » en inversant les majuscules (voir notre distinction sur ce point), est une mauvaise appellation que nous avons longuement regrettée dans les pages dédiées de ce blog, jusqu’à proposer, pour insister sur la difficulté à sortir de l’impasse lexicale, un billet intitulé « Quand la politique de la Ville rejoint la Politique de la ville ». Ce billet datant du 24 septembre 2014 (inspiré de la première édition du Budget participatif d’Anne Hidalgo alors récemment élue maire de Paris) aura-t-il « très mal vieilli » pour le dire comme Daniel Vaillant le dit de la Goutte d’Or Sud ? Nos lecteurs en décideront, s’ils veulent bien lire ou relire la critique lexicale qui y est posée à l’aide des expériences de 1984 (1984 dans le quartier, point de départ de sa soumission à la Politique de la ville, et 1984 dans la littérature politique).

Orwell dans les ‘quartiers populaires’

Pour notre part, sans relire notre billet d’il y a cinq ans, nous saluons le tweet qui met en lumière « les erreurs politiques de la Ville », et il est probable que l’auteur du rapport de l’APUR sur les richesses architecturales et historiques du quartier de la Goutte d’Or, par ailleurs membre de l’équipe d’experts qui a mis en garde contre le projet de destruction de la Goutte d’Or, voie lui aussi une erreur politique de la Ville dans le choix de sacrifier la Goutte d’Or pour mieux façonner dans les consciences l’image d’un quartier comme meurtri par nature, par destination. Ce serait donc bien une erreur politique qui a façonné l’image de la Goutte d’Or, erreur politique dont se servent aujourd’hui bien des esprits pour l’empirer encore.

Le rapport de François Loyer pour l’APUR qui, en 1981, qualifiait « d’intérêt élevé » l’espace urbain constitué du carrefour Charbonnière/Jessaint/Goutte d’Or (extraits sur le blog).

En attendant le changement de nom qui devra tôt ou tard être opéré pour enfin dézoner le zonage meurtier des années 1980 (notre billet du 3 septembre 2012 déjà), examinons les autorisations d’urbanisme accordées, refusées ou en cours d’instruction qui, du 1 rue de la Charbonnière au 1 rue Stephenson en passant par le 39 rue Myrha, le 9 rue Saint Bruno, le 19 rue des Gardes,… ont continué à façonner, cet été, l’image de la Goutte d’Or.

Cette enquête sommaire sera présentée en diverses sections sur le blog, la première portant sur le petit bâtiment du 1 rue de la Charbonnière voué à une très prochaine démolition.

1.
Démolition et reconstruction
du 1 rue de la Charbonnière

L’actuel bâtiment sur rue du 1 rue de la Charbonnière hachuré sur le projet de reconstruction après démolition totale. Agrandir l’image.

Répondant à un projet déposé le 30 mars 2016, d’abord rejeté suite à l’avis défavorable de l’Inspection générale des carrières, le permis de construire a finalement été délivré le 26 mars 2019. Il pouvait être contesté devant le Tribunal administratif dans les deux mois de son affichage, qui aura sans doute eu lieu dans les jours qui suivirent la date du permis. Peut-être même le permis du 26 mars 2019 avait-il été précédé d’un permis de démolir, qui aura alors été affiché avant celui de (re-)construire et qui pouvait lui-même être contesté au motif du maintien du patrimoine architectural.

Quoi qu’il en soit des étapes passées, que nous allons tenter de reconstituer, l’opération autorisée sur le 1 rue de la Charbonnière présente quelques incohérences qu’il aurait été utile de mettre en lumière par une contestation en temps et heures, et qui peuvent peut-être encore l’être par des biais à imaginer, les recours de tiers n’étant apparemment plus guère possibles à ce stade (contrairement aux adresses qui seront évoquées dans les autres sections de cette enquête).

Mars 2014 : « Aucun risque pour les habitants » – Parmi ces incohérences, on observe d’abord que l’immeuble n’était pas voué à la démolition en mars 2014 encore lorsqu’un habitant du quartier qui y avait des amis signala à l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement une installation électrique dégradée dans les parties communes. Dans un mail du 4 mars 2014 à Immobilier 3F, l’édile s’enquit de la situation auprès du bailleur social propriétaire en ces termes : « J’ai cru comprendre qu’I3F était propriétaire de cet immeuble. Les parties communes mériteraient d’être améliorées (fils apparents, peinture qui cloque ou s’effrite, etc…). D’autre part, on aperçoit pas mal de fissures dans les murs. Avez-vous prévu de faire quelque chose à cette adresse ? ».

Le bailleur social répondit : « Nous sommes propriétaires de cet immeuble depuis moins de deux ans (un peu plus selon la maire de Paris, voir ci-dessous le projet de délibération qu’elle a soumis au Conseil de Paris sur cette adresse). Actuellement, des études de structures sont en cours avec un cabinet d’architecte afin de vérifier si le bâtiment bouge ou non en contrôlant les niveaux fixés sur les fissures. Les fissures visibles datent de plusieurs années et la SADIF (ancien propriétaire) avait renforcé la structure du bâtiment en effectuant des travaux de renforcement de la structure dans les caves des deux bâtiments. Il n’y a aucun risque pour les locataires habitant dans cet immeuble. En attendant, l’électricité des parties communes a été refaite entièrement et les derniers câbles qui restent apparents sont soit devenus obsolètes, soit à changer par EDF (…) ».

Juin-Septembre 2016 : Opposition ahurissante de la Commission du Vieux Paris suivie d’un constat de « réhabilitation incompatible avec l’équilibre financier du projet » – Dans une « analyse du bâti (existant) » datant du 23 septembre 2016 et valant « étude d’intégration (du futur bâtiment) », l’agence d’architectes Khora tient pour acquis que la réhabilitation ne peut satisfaire des conditions liées à ce qui n’est déjà plus de la réhabilitation puisque le projet prévoit, à l’avance, une surélévation et, donc, un ascenseur.

L’architecte passe ainsi très vite de « l’analyse du bâti » à « l’analyse du site » qui, ça tombe bien, « fait ressortir une rue déjà fortement transformée par les opérations des années 1980/90 avec des bâtiments voisins assez disparates et offrant de nombreux volumes différents sans rapport avec le tissu des faubourgs parisiens ». D’où un projet à son tour disparate qui, selon l’architecte, n’aura pas de peine à « s’insérer dans ce contexte » (Voir le projet sur le site de l’architecte).

« Rare vestige du premier lotissement
de la Goutte d’Or »

Enlèvement d’immeubles encombrants (Photo montage de Gaël Coto, 2012).

Entretemps, la Commission du Vieux Paris (CVP) avait tenté de s’opposer à la démolition, mais elle l’a fait peu habilement en prétendant pouvoir réhabiliter l’opération des années 1980, ce qui n’était pas très sérieux. Réunie le 24 juin 2016, la CVP s’est en effet opposée à la démolition au motif que l’immeuble du 1 rue de la Charbonnière représentait un « rare vestige du premier lotissement du quartier », ajoutant dans une incroyable incise parfaitement inutile que « de surcroit, la construction neuve prévue en remplacement de l’immeuble démoli s’intégrerait mal dans le paysage de la rue alors même que les immeubles neufs élevés à proximité ont réussi à en préserver le caractère ancien ».

On ignore si les membres de la Commission du Vieux Paris avaient fait une halte à l’excellente table toute voisine du Chien de la Lune (une halte d’autant plus enivrante que Le Chien de la Lune était sauf erreur encore dans les limbes de Coco-bohême en juin 2016), mais force est de constater que ni le 23 rue de Jessaint, ni le 3 rue de la Charbonnière, ni aucun des immeubles qui entourent le 1 rue de la Charbonnière ne respectent le caractère faubourien d’antan et que, s’ils purent apparaitre à la Commission du Vieux Paris comme ayant « réussi à préserver le caractère ancien du paysage de la rue », c’est sans doute parce qu’ils avaient vieilli prématurément, pour reprendre encore le bon mot de l’ancien maire du 18e.

Exit donc la CVP et son joli rapport, qui pose sans conséquences immédiates (Cavé Goutte d’Or travaille sur les conséquences à venir de tous ces dommages) que « le quartier a déjà été victime de nombreuses démolitions » :

  • « Au début des années 1980, le constat de dégradation de ce quartier au bâti simple a conduit à un important programme de rénovation urbaine incluant la démolition de nombreux immeubles et bientôt controversé pour cette raison », assure la Commission du Vieux Paris dans son rapport du 24 juin 2016.

Par respect pour l’histoire du quartier et ses défenseurs de longue date, nous devons rappeler que la controverse alors menée par Paris Goutte d’Or fut antérieure à la démolition (voir la Une de son journal de juin 1984). Quoi qu’il en soit, la CVP casse le rythme de sa défense en assurant que quelques-uns de ses membres « s’interrogent sur l’opportunité d’une telle démolition, tout en reconnaissant que la façade de l’immeuble ne présente pas un intérêt architectural de premier ordre ». Si la façade à préserver ne présente pas d’intérêt architectural de premier ordre et si les immeubles construits à la place de ceux qui avaient été démolis dans les années 1980 ont su préserver le caractère ancien de la rue, inutile de déranger plus avant la noble institution (Consulter le rapport de la CVP).

Les vues de l’ABF sur l’église Saint Bernard – Du côté de l’architecte des bâtiments de France, qui semble avoir lui aussi été subjugué par Coco-bohême et le Chien de la Lune (qui ne le serait pas d’ailleurs ?), il fut décidé par avis du 11 avril 2016 que l’immeuble était dans le champ de visibilité de l’église Saint Bernard, ce que les architectes du projet contestent poliment par deux fois dans leur notice, évoquant d’abord un terrain « situé proche de l’église Saint Bernard de la Trinité (sic pour Trinité) avec covisibilité d’après l’avis de l’ABF » (nous soulignons), présentant ensuite l’église sous son nom correct de Saint Bernard de la Chapelle en indiquant qu’elle est « classée au monument historique et dont l’ABF a estimé que nous nous trouvions en covisibilité ». On s’étonnera toujours que les architectes, qui doivent faire tenir tant de choses ensemble, maîtrisent si peu la syntaxe, mais on sourit devant la distance prise ici avec l’ABF, qui n’a au demeurant que prescrit une façade plus claire : « Pour diminuer l’impact de la façade dans l’espace public, le revêtement de celle-ci, sur les trois premiers étages, sera d’une couleur plus claire ».

Avant-après le visa de l’ABF : « Pour diminuer l’impact de la façade dans l’espace public, le revêtement de celle-ci sera d’une couleur plus claire » (prescription de l’ABF, 11 avril 2016). Crédit photo Agence d’architecte Khora.

Des éléments du dossier consulté par cavé Goutte d’Or le 2 août 2019 au PASU (Pôle accueil et service à l’usager de la Direction de l’Urbanisme de la Mairie de Paris), on retient au final que la notice d’architecte datant d’octobre 2017, tamponnée du 26 février 2019 par l’instruction, fait état d’un projet double : « Après un diagnostic approfondi de l’état des constructions existantes, il a été décidé de démolir le bâtiment sur rue et de conserver le bâtiment sur cour en le réhabilitant de manière importante afin d’atteindre les objectifs du plan Climat ».

Une démolition programmée ? – Mais qu’en est-il du permis de démolir ? Le permis de construire n’en dit rien sinon qu’il autorise « la reconstruction, après démolition totale, du bâtiment de R+5 étages sur rue (…) et la réhabilitation sur cour du bâtiment de R+5 (…) ». La formulation est ambiguë, sinon erronée, dès lors qu’il ne s’agit pas, pour l’immeuble sur rue, de reconstruire un édifice de cinq étages puisque l’édifice à démolir n’en comporte que trois (quatre avec les combles).

Vue de l’escalier (Rapport CVP, 24 juin 2016).

Par recoupements, en réalité par simple chronologie, on observe que le permis de construire incluant la démolition totale du bâtiment sur rue, déposé le 30 mars 2016, était entre les mains de l’Urbanisme avant la réunion de la Commission du Vieux Paris du 24 juin 2016 et avant l’étude d’intégration de l’Agence Khora pour Immobilier 3F du 23 septembre 2016.

Le principe de la démolition totale du bâtiment sur rue était ainsi acquis dès le 30 mars 2016, comme validé ensuite le 11 avril 2016 lorsque l’ABF travaillait sur un projet de « reconstruction après démolition totale » pour lequel il ne demanderait aucun autre éclaircissement que celui de la façade (rien n’est dit alors du bâtiment à démolir avant que la façade du nouveau ne soit plus claire), validé encore le 19 avril 2016 lorsque le maire du 18e arrondissement Éric Lejoindre ajoutait son avis favorable à l’opération consistant à « reconstruire après démolition totale » le bâtiment sur rue du 1 rue de la Charbonnière.

C’est dire que le 24 juin 2016, lorsque la Commission du Vieux Paris émet l’idée saugrenue de s’opposer à la démolition du même bâtiment tout en saluant la réussite des bâtiments « élevés » (sic) dans les années 1980 à ses côtés, le propriétaire de l’immeuble, son architecte, l’architecte des bâtiments de France et le maire du 18e s’étaient déjà tous prononcés pour une reconstruction qui impliquait la démolition totale.

L’équivalent municipal de la Cour des comptes viendra-t-il un jour invalider les notes de frais des membres de la Commission du Vieux Paris ainsi réunis pour rien le 24 juin 2016?, – doublement pour rien en raison de l’incongruité de leur position et du fait que tout était déjà plié ?

Une démolition délibérée ? – Ne restait que le Conseil de Paris, dernier intervenant qui, dans sa session du 10 au 13 décembre 2018, n’aura pu qu’entériner la délibération concoctée en amont par tous les démolisseurs qui se sont succédé au chevet du 1 rue de la Charbonnière, avec 500.000 € en prime et la garantie de la Ville pour les prêts immobiliers sociaux que devraient contracter le promoteur social.

La délibération emportant le 1 rue de la Charbonnière (Conseil de Paris des 10-13 décembre 2018). On observe que la délibération ne porte que sur le bâtiment rue (construction de 7 logements sociaux après démolition totale du bâtiment existant).

C’est dans le projet de délibération soumis en fin de course au Conseil de Paris que se lit le plus la décision de se débarrasser de cet immeuble dès 2011 en tout cas. Dans un raccourci foudroyant de son projet de délibération 2018 DLH 311, soutenu devant le Conseil de Paris de décembre 2018 par Ian Brossat, la maire de Paris écrit en effet :

  • « La société SADIF (Société Anonyme d’HLM de L’Ile de France) a acquis un ensemble immobilier constitué de deux bâtiments en 1980 situé au 1 rue de la Charbonnière dans le 18e arrondissement. La société Immobilière 3F a bénéficié d’un transfert de propriété de cet ensemble immobilier en 2011 ».

On comprend donc que le petit immeuble a échappé à la destruction de la rue (et du paysage de la rue) dans les années 1980 et qu’il a vécu tant bien que mal pendant une vingtaine d’années avant de se faire rattraper par les 3F qui, dans le langage de la maire de Paris, a entretemps « bénéficié d’un transfert de propriété » (nous soulignons). La phrase immédiatement suivante du projet de délibération saute sur les années 2011-2018 alors que, nous l’avons vu au début de ce récit, la vigilance d’un habitant du quartier a suscité un intéressant propos des 3F indiquant que tout allait bien à l’époque : « (…) La SADIF avait renforcé la structure du bâtiment en effectuant des travaux de renforcement de la structure dans les caves des deux bâtiments. Il n’y a aucun risque pour les locataires habitant dans cet immeuble (…) ». Tout au plus, EDF devait-elle passer en semaine 12 pour couper les fils qui sortaient des fourreaux tout neufs.

L’abîme en équilibre

Les études de structures en cours en mars 2014 devaient avoir raison de ce propos rassurant. S’il n’est pas ici le lieu de mettre en cause la régularité de ces études, nous devons en revanche souligner la franchise de l’architecte qui limite les causes du rejet de la réhabilitation à l’équilibre financier du projet :

  • « Notre analyse du bâti nous a amenés à la conclusion que les travaux à prévoir pour une réhabilitation étaient incompatibles avec l’équilibre financier du projet », écrit l’agence Khora en ouverture de son « étude d’intégration », dont le titre même indique le renoncement.

C’est sans doute la raison pour laquelle le Ville ne déboursera sur cette adresse ‘que’ 516.768 €, une misère municipale pour participer à la « reconstruction après démolition totale » de l’édifice sur rue, et qu’elle a ainsi pu mettre de côté près de 30.000 € pour « ré-enchanter la place Polonceau » juste en face, via un totem à 3.000 € (projet réalisé par les EDL) et une fresque à 22.500 € (projet paralysé par Cavé Goutte d’Or).

*

À suivre cette semaine sur le blog : Le 1 rue Stephenson s’approprierait la future terrasse de la future pétanque du 14 rue de Jessaint Le 39 rue Myrha compterait sur le 37 pour ses gabarits Le 9 rue Saint Bruno (Salle Saint Bruno) aurait le projet encore secret de modifier la façade de sa chapelle pour construire un accès PMR La Goutte verte demanderait un permis de végétaliser son impasse Les Intruses auraient eu l’aval de l’ABF Des demandes de permis seraient en cours sur le TEP Goutte d’Or malgré la paralysie du dossier suite à l’avis du commissaire enquêteur

En parler avec Cavé Goutte d’Or : Pourquoi pas à l’occasion du repas de quartier organisé par La Table ouverte et Paris Goutte d’Or le dimanche 15 septembre sur la friche Poissonniers/Polonceau ?

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