ZSP en danger

La Ville et l’État victimes d’un pickpocket à Barbès

  • L’agression qu’a subie lundi soir Samir Lebcher, le célèbre kiosquier de Barbès, suscite la compassion amicale des plus hautes autorités municipales, précisément en campagne cette semaine dans ce qu’elles persistent à appeler « les quartiers populaires » quand ce n’est, plus cyniquement encore, « les quartiers pop ».
  • En tweetant leur soutien au kiosquier agressé à la veille d’un nouveau comité de suivi de la Zone de sécurité prioritaire Barbès-Chapelle-Lariboisière, Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, Colombe Brossel, Olivia Polski, Alexandra Cordebard, Éric Lejoindre, révèlent la misère des plans de sécurité qu’ils alignent sur zone en leurs qualités respectives pourtant appropriées de maire de Paris, premier adjoint de la maire de Paris, adjointes à la Sécurité, à la Prévention, aux Quartiers populaires, au Commerce, maires des 10e et 18e arrondissements.

Le Parisien du … 25 septembre 2018.

À notre connaissance, Le Parisien n’a pas encore réagi à la dernière agression du kiosquier de Barbès. Qu’à cela ne tienne, nous pouvons recycler son papier du 25 septembre 2018 qui, déjà, partait de la situation impossible de Samir Lebcher – ce « trentenaire lassé de travailler au milieu des vendeurs de cigarettes de contrebande de plus en plus actifs depuis la récente augmentation du prix du tabac, des dealers, usé par la multiplication des vols à l’arraché et des agressions » – pour conclure sur les comités de suivi qui se suivent en matière de zone de sécurité prioritaire :

  • « ‘Même lui a lâché! Une figure emblématique qui a toujours tenu bon’, s’étrangle un habitant du boulevard de la Chapelle. ‘Ce quartier est en perdition’… », expliquait Le Parisien le 25 septembre 2018.

« Et pourtant, le quartier placé en Zone de sécurité prioritaire (ZSP) depuis 2012 bénéficie d’une extension à Chapelle-Lariboisière depuis plusieurs mois, et d’effectifs policiers qui ne ménagent pas leurs efforts », poursuivait le quotidien du quotidien quelques jours après la séance d’un comité de suivi de cette ZSP réunissant, le 11 septembre 2018, les associations et collectifs du quartier qui, selon le commentaire qu’en fera Action Barbès sur son blog le 19 septembre 2018, « ont tous marqué leur impatience de voir se concrétiser enfin une réelle amélioration, notamment pour des phénomènes signalés et connus de longue date ».

« Phénomènes signalés
et connus de longue date »

Si SOS La Chapelle avait boycotté la réunion du 11 septembre 2018 au motif dûment consigné la veille sur son compte facebook, selon lequel « l’été, dans notre quartier, digne d’une favela, a été épouvantable. Malgré les alertes adressées à la préfecture, c’est toujours la même violence, encore accentuée et de mieux en mieux organisée », Action Barbès y avait « déploré que le pourtour de la station Barbès-Rochechouart soit toujours totalement confisqué par les ‘vendeurs de clopes’, rendant très difficile la vie des habitants et des commerçants du secteur et en particulier pour le kiosque à journaux dont l’activité pâtit très fortement de cette situation ».

Et le blog d’Action Barbès d’illustrer son propos par l’image devenue célèbre en quelques heures d’une carotte de buraliste installée (au sens d’installation politico-artistique) au cœur  du marché frauduleux de vente de cigarettes dans la nuit du 15 septembre 2018 (notre billet du 24 septembre 2018).

Toujours selon Action Barbès, la réunion du comité de suivi SZP du 11 septembre 2018 avait été « amplement marquée par l’agacement et l’impatience des habitants qui sont vraiment las d’un quotidien difficile sur certains secteurs et exigent de la Ville et de l’État, via la préfecture de police, qu’enfin la vie de nos quartiers redevienne plus paisible et vivable pour tous, les habitants mais aussi les commerçants, les artisans et les visiteurs ».

Exigence ?

Dans un quartier qui en connait tant, en a connu tant, en vit tant, au point qu’on lui doit la jurisprudence « La Vie Dejean » du nom de l’association qui, au cours de cinq années de procédures (2013-2018), a fait confirmer à chaque étape, par chaque instance (Tribunal administratif, Cour administrative d’appel, Conseil d’État), la responsabilité de la Ville et de l’État pour carence fautive en matière de sécurité et de salubrité, les exigences émises en comité de suivi paraissent aujourd’hui dérisoires.

D’autant plus dérisoires peut-être que, depuis la séance ZSP du 11 septembre 2018, Anne Hidalgo a perdu définitivement son procès contre La Vie Dejean – c’était en effet devenu son procès puisqu’elle aurait pu l’interrompre dès la décision de première instance (l’arrêt du Conseil d’État date du 9 novembre 2018) – et chargé son premier adjoint Emmanuel Grégoire d’une mission sur les quartiers populaires qui a conduit à un plan d’action général dévoilé le 15 avril 2019, il y a juste un mois (voir notre billet « Réseau 10-18 » du 20 avril 2019) et à des réponses spécifiques sur des questions de vigilances particulières, – réponses jugées largement insuffisantes par les associations du réseau 10-18 qui les ont provoquées

Quelle vitesse supérieure engager aujourd’hui ? Dans son message de solidarité avec Samir Lebcher, le Collectif Marcadet, membre du réseau 10-18, évoque une « réunion de suivi et pilotage ZSP qui s’annonce riche en débat », ce soir, et suggère que « l’insécurité croissante de nos quartiers requiert une réponse plus ferme contre l’ensemble des trafics qui y prospèrent ».

Cavé Goutte d’Or rejoint cette préoccupation qu’elle a tentée de mettre en perspective dès la diffusion du Rapport de l’association Trajectoires, demandé par la Ville de Paris dans le cadre de la question des mineurs isolés dans le quartier de la Goutte d’Or. L’étude de Trajectoires met en effet en lumière les conditions créées par ce que les associations appellent « des phénomènes signalés et connus de longue date », phénomènes que Trajectoires appelle, pour sa part, « l’attraction de la Goutte d’Or ».

« L’attraction de la Goutte d’Or »

Les « phénomènes signalés et connus de longue date » sont en effet, de notoriété publique internationale, ce qui fait l’attraction de la Goutte d’Or puisque aussi bien « l’attraction de la Goutte d’Or » vient, selon Trajectoires qui le répète en maints endroits de son étude, des « opportunités économiques » qu’elle offre et qui favorisent « l’ancrage dans l’errance ».

Les plus hautes autorités de la Ville et de l’État connaissent cette situation puisque, dans la foulée de cette étude commandée par elle, Anne Hidalgo faisait elle-même, à propos des jeunes mineurs dont elle exposait la situation au premier ministre Édouard Philippe, le constat d’« interactions extrêmement complexes », interactions parmi lesquelles la maire plaçait les « réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs », « la spirale dans laquelle ces jeunes sombrent sous l’emprise de délinquants majeurs implantés de plus longue date et qui les exploitent » (nos billets des 1er septembre 2018 et 3 septembre 2018).

La maire de Paris indiquait ainsi ne rien ignorer de la situation rappelée par l’étude de Trajectoires lorsqu’elle la transmettait au premier ministre : « À  Barbès, ces mineurs s’installent dans un quartier où la vente de drogues et de cigarettes de contrebande est très présente ».

SOS Police

Pour sincères qu’ils soient, et nous n’en doutons pas ici, les messages de sympathie adressés à Samir Lebcher par les autorités dont on attend qu’elles prennent à bras le corps les causes identifiées de la délinquance doivent être lus à la lumière de ce que leurs auteurs connaissent, non pas tant de la réalité du terrain que des conditions qui sont à l’origine de la dégradation. Ainsi en sera-t-il notamment du tweet du premier adjoint Emmanuel Grégoire qui « espère que la police pourra retrouver l’auteur de cette lâche agression » et de celui de l’adjointe Colombe Brossel , en charge précisément de la Sécurité, de la Prévention et des Quartiers populaires, qui « espère que ta plainte et ton témoignage permettront d’interpeller l’auteur de cette lâche agression », Anne Hidalgo elle-même en appelant à ce que l’agresseur soit « rapidement interpellé par la police ».

Aux dernières nouvelles, ces appels à la police (pas encore municipale) auraient bloqué l’application « Dans ma rue » et les autres sites de géolocalisation d’anomalies. De là à ce qu’on crée quelque chose comme « Dans marre » (petit nom de Dans ma rue) comme on vient de le faire pour « Quartiers pop » (très diminutif de Quartiers populaires), le tout avec plein de petits cœurs pour nous le dire avec amour…

 

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