Folle semaine

Vers un shadow cabinet pour la Goutte d’Or et la Chapelle ?

  • Opération Boris Vian sous scellés, promenade urbaine Barbès-Stalingrad dégradée, projets votés au budget participatif détournés, contrebande et insécurité installées,…
  • Avec Libération en poche, et même carrément dans sa poche, le tandem de l’exécutif municipal dans la Goutte d’Or et la Chapelle a fait main basse médiatique, cette semaine, sur le quartier auquel Anne Hidalgo annonce, pour faire bonne mesure, « encore quelques années de bouleversements ».

La une de Libération du 25 mars 2019 en ouverture d’un publireportage de cinq pages en faveur de la maire sortante, suivie dans la Goutte d’Or le 22 mars 2019. © Photo Corentin Fohlen pour Libération.

« Hidalgo défend son bilan ». Notre billet du 13 mars 2019.

Accompagnés d’une aimable équipe de Libération, journal que les anciens du quartier ont connu en voisins, rue Christiani, les maires de Paris et du 18e ont fait, le 22 mars dernier, une aimable promenade sur leurs terres de la Goutte d’Or, inaugurant les chrysanthèmes du joliment nommé « Collectif magnolias » et ré-inaugurant la ferme du square Bashung.

Si aimable la promenade, et si aimable le journal, que Libération en perd sa légendaire distanciation, au sens où Brecht a théorisé l’esprit critique et le recul dans ses Écrits sur le théâtre. « Remontada », éditorialise ainsi l’ancien quotidien de la rue Christiani en page 5 sur 5 du publireportage qu’il a consacré à la maire de Paris le 25 mars 2019, Anne Hidalgo bénéficiant ce jour-là d’un sondage favorable, au demeurant déjà remplacé par un autre sondage dans le cœur et la raison d’un autre journal.

Jeu de mains

Loin des sondages et de la campagne précoce, plus loin encore de tout parti qui serait à prendre en faveur de tel ou tel candidat à la Mairie de Paris, c’est l’absence de distance du journal, l’absence de travail de la journaliste, qui peuvent interpeler l’habitant de la Goutte d’Or à la lecture de ce numéro vraiment très spécial de Libération qui joue de la main à chaque page – la main qui gifle ou se retient, la main qui nourrit, la main qui en serre (enserre, en sert) une autre – sans jamais entrer dans le quartier, un quartier qui n’aurait pour rôle que de servir de tremplin à la maire qui la reprend, la main :

  • « Après avoir encaissé de violentes critiques en 2018, mettant en danger sa réélection, l’édile parisienne a redressé la barre et attaque la dernière ligne droite avant les municipales avec le vent en poupe », écrit le journal.

Ce serait donc les critiques qui, selon Libération, auraient mis en danger la réélection de la maire, et non la maire elle-même, notamment pas ses échecs à la Goutte d’Or précisément, pour rester dans ce quartier visité par la sympathique escouade du 22 mars, visité très superficiellement à la veille d’une semaine pourtant cruciale en termes de respect et de bilan.

Paru en effet le lundi 25 mars 2019, le journal aura accompagné la semaine anniversaire des pétitions qui ont contribué à marquer 2018 du sceau de l’annus horribilis de la municipalité parisienne. D’ailleurs il pleuvait finement et froidement, le 27 mars 2018, pour la remise des pétitions des habitants et commerçants du quartier qui tenaient ce jour-là une sorte de landsgemeinde, proposant un exercice de démocratie directe en plein air, place Polonceau, à quelques mètres seulement du square Alain-Bashung que la maire visita sous un soleil radieux le 22 mars 2019 pour mieux reprendre la main, tout en serrant celle des épiciers et en tenant celle de Libération afin que le reportage ne déborde pas. Car, sauf à s’y être aventurées sans photographe, ni la maire ni la journaliste n’ont semble-t-il poussé jusqu’à la place Polonceau, qu’on distingue clairement au fond de la prise de vue (et de mains) qui illustre ci-dessous le reportage.

Angle des rues Stephenson et de Jessaint, 22 mars 2019. © Photo Corentin Fohlen pour Libération.

Exit également du programme, la rue Boris Vian, pourtant connue aussi dans le quartier sous le nom de « rue Anne Hidalgo » depuis que les riverains rendirent, le 2 mai 2018, un éphémère hommage à leur maire suite à la décision de la famille Boris Vian de retirer l’autorisation de donner le nom de l’écrivain et musicien à la rue qui le porte depuis 1992 :

À gauche, l’éphémère rue Anne Hidalgo (2 mai 2018). À droite, l’incendie du même angle (10 février 2019).

Les moutons
du square Bashung

Au jardin Bashung, Anne Hidalgo inaugurerait une ferme pourtant inaugurée de longue date par le quartier. En bon petit soldat, Libération suivit « l’édile (qui avait) mis des bottines pour arpenter les quartiers populaires » et y récolter « la moisson » : « Une récolte de sourires, remerciements, encouragements venus des responsables associatifs, éducatifs ou simples usagers qui accompagnent – c’est bien le moins – l’achèvement des projets petits ou gros lancés depuis son installation à l’Hôtel de Ville ».

Ce sentiment que « c’est bien le moins », qui vient d’on ne sait où pour qualifier la satisfaction supposément due à la maire par les « associatifs, éducatifs ou simples usagers », ce n’est probablement pas dans la Goutte d’Or que la journaliste l’a forgé. Car ce n’est pas dans « cette partie ultrapopulaire du 18e que La France insoumise a ravie aux socialistes aux dernières législatives », comme Nathalie Raulin appelle la Goutte d’Or, qu’elle put rencontrer un panel suffisamment représentatif d’habitants.

Les maires de Paris et du 18e avaient en effet pris le soin de ne pas informer grand monde de leur visite, histoire peut-être d’éviter que les habitants les plus actifs dans le quartier, souvent les plus critiques devant les difficultés à affronter, habitants déjà rencontrés par Anne Hidalgo dans un rendez-vous difficile le 14 juin 2018 en Mairie du 18e (ici pour mémoire), viennent troubler la fête promotionnelle du 22 mars, qu’un autre journal, le journal Le Bonbon, n’avait pas manqué d’annoncer en termes très empathiques lui aussi :

  • « Paris ne cesse de se transformer en un véritable éden urbain. Après les potagers perchés ou les jardins collectifs, voilà qu’une ferme urbaine se réinstalle en plein cœur du 18e arrondissement parisien ! », écrit Le Bonbon. « Si la campagne vous manque, que le béton vous étouffe ou que vous avez toujours rêvé de nourrir des animaux de la ferme, bienvenu à la P’tite Ferme de la Goutte d’Or ! Nichée dans le Square Alain-Bashung et gérée par les Fermiers de la francilienne, cette petite ferme urbaine accueille petits et grands pour partir à la rencontre des animaux. Moutons, poules et lapins vous attendent dès le 22 mars pour une réouverture insolite ! »

Du moins, Bonbon ne frimait pas en évoquant, comme le tweet de la Mairie ci-dessus,  une ferme qui s’installait le 22 mars. Il s’agissait bien d’une réouverture, – « réouverture insolite », certes, mais réouverture d’un espace installé depuis le 13 octobre 2018, créé sur « une idée d’associations locales et d’habitants du quartier », comme le posait alors le blog d’Action Barbès.

Le collectif du 27 mars

En contrepoint de la promenade d’Anne Hidalgo avec, raconte encore Libération, « les bises que lui claquent des Parisiennes en boubou sur le pont de la Chapelle (appelons-le comme ça), les habitants et commerçants réunis le 27 mars 2018 ont célébré plus discrètement le premier anniversaire du collectif qu’ils forment depuis, et de leurs pétitions, – plus discrètement mais non sans fête, saluant le printemps en concert live blues et tapas au Chien de la Lune le 21 mars, terminant le montage de leur petit film sur « trente cinq ans de rénovation urbaine » le 27, le diffusant sur youtube le 29 après un salut à l’installation de François Morellet le 28, œuvre d’un maître de l’abstraction toujours invisible à l’ICI Léon, le tout dans la perspective d’une réunion décisive de leur comité de suivi de l’opération rue Boris Vian le… 1er avril, opération qui affronte un défaut de communication préoccupant, d’autant plus préoccupant que le projet de promenade urbaine entre Barbès et Stalingrad porté par les associations Action Barbès, SOS La Chapelle et Demain La Chapelle semble être devenu, à son tour, le terrain de jeu des aménageurs destructeurs de l’âme du quartier, comme le site appelé par antiphrase « Embellir Paris » l’a annoncé le 22 mars 2019 et comme le blog d’Action Barbès s’en est fait l’écho atterré le 27 mars 2019.

22 mars, 27 mars,… « Folle semaine » est bien le surtitre de ce billet.

  • « La Goutte d’Or, 35 ans de rénovation urbaine » : la vidéo tournée cet hiver par Cavé Goutte d’Or est en ligne sur youtube. Les textes lus par des habitants du quartier sont diffusés sur le blog. Voir en page Défense du quartier.
  • Lettre ouverte de Cavé Goutte d’Or à Christophe Girard, maire-adjoint à la Culture, demandant la restitution de l’œuvre créée par François Morellet à l’ICI Léon. Voir notre billet du 28 mars 2019.
  • « Opération Rue Boris Vian : 2 mai 2018 – 2 mai 2020 ». Chronologie difficile de la nouvelle rénovation urbaine de la Goutte d’Or. Voir en page Vie du quartier qui présente également le projet festif et triste qui, en attendant les recours administratifs, aurait reçu l’aval d’en haut lieu :
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