France 3

Barbès Batailles contre les clichés

  • Primé en 2016 au Festival international du grand reportage et de documentaire de société (FIGRA), le film de Lydie Marlin et Andrès Criscaut a été projeté à la Salle Saint-Bruno dans une ambiance chaleureuse de quartier le 14 mars dernier et sera diffusé ce soir 18 mars sur France 3.
  • Un documentaire intense autour de trois axes – la guerre d’Algérie, les sans-papiers de Saint-Bernard, les mosquées et prières dans la rue – qui devrait être prolongé, si l’on suit les demandes de l’assistance, par un « Barbès Batailles II » qui couvrirait la période 2000-2020.

« Barbès Batailles », la dernière séquence, tentative de capture in situ, 14 mars 2019.

Pour qui suit, depuis un an, le rythme accéléré des réunions de Mairies (10, 18 et centrale), de Préfectures (de Police et de Paris), de zones et/ou de citoyens autour des graves problèmes que traverse actuellement le quartier, la soirée consacrée à la projection du film « Barbès Batailles » jeudi dernier avait un petit air de réunion de familles à laquelle étaient conviés les parents, amis et voisins. Ambiance calme et apaisante, accueil chaleureux de l’équipe de la Salle Saint Bruno, buffet somptueux de la Table ouverte, exposition d’archives et de livres, échanges de souvenirs des années 1950 à 2000, débat avec la salle ont accompagné la projection elle-même de 52 minutes.

52’

Revue de presse.

« 52 minutes chrono » était d’ailleurs la réponse amusée des deux réalisateurs au public qui regrettait de ne pas en voir plus. Et, s’il est vrai que la voix off qui accompagne la dernière image du film précédant le générique évoque avec un brin d’anxiété l’éventualité que la gentrification, pour le dire comme les universitaires, vienne briser l’âme du quartier, sa générosité et ses qualités d’accueil, l’assistance se déclare prête à poursuivre cet accueil et remercie les réalisateurs de l’empathie qu’ils ont montrée à l’égard du quartier.

En dépit du pitch qu’on peut lire sur le site de France 3, qui fait état de « regards sur un quartier / monde », d’un « quartier cosmopolite sur lequel nous (?) projetons toutes sortes de désirs et de fantasmes », d’un « lieu hanté par les combats politiques, sociaux et religieux qui s’y sont déroulés », ou encore d’un « quartier ghetto », c’est en effet un film plus historique et politique que socio-culturel, dépouillé des traditionnels clichés racoleurs, qu’ont présenté Lydie Marlin et Andrès Criscaut, – « un film pour la mémoire des luttes », comme le qualifie sobrement Le 18e du mois en titre de son entretien avec les deux réalisateurs (n° de mars 2019 actuellement en vente, page 17).

Le buffet de la Table ouverte.

Autour des trois axes précités, le film et le débat qui suivit devaient évoquer la vie du quartier dans les années 1960-2000, qui à maints égards tranchent avec les années actuelles.

On put ainsi entendre Rachid Arar rappeler qu’un enfant de la Goutte d’Or, son frère Abdelaziz né rue de la Goutte d’Or en 1958, était devenu champion de pétanque, remportant la coupe 2015 de triplette, catégorie vétérans (le blog en avait parlé), ou Mohand Dehmous évoquer la période de son enfance et de sa jeunesse dans le quartier, rappelant la modernité des mosquées et des prières publiques (ni mosquées ni prières publiques, a fortiori dans la rue, dans les premières années de la petite Algérie et jusqu’à tout récemment, rappela-t-il) ou encore Claude Sauton regretter que les maisons de quartier, de type « maisons de jeunesse » proposées de longue date, demeuraient des lieux manquant à la culture du quartier.  Le débat devait également donner à Bernard Massera, pionnier au sein de Paris-Goutte d’Or du combat des habitants contre la démolition de la Goutte d’Or dans les années 1980, l’occasion de proposer que ce combat (« mené contre Chirac et Tibéri », précise-t-il) n’avait pas été entièrement perdu, qu’il avait même été « gagné » dès lors que 40 % de la population y résidant dans les années 1980 y avaient trouvé relogement dans les années 1990, – une opinion que ne partage pas Cavé Goutte d’Or qui estime que la démolition a été presque totale dans le secteur sud pourtant protégé par l’APUR, que les habitants qui auraient été relogés l’ont été dans des immeubles indignes, au cœur d’un secteur que l’ANRU doit requalifier aujourd’hui, trente ans plus tard, pour un coût de 4,5 millions d’euros, tant il été mal conçu, et que Lionel Jospin, député PS de la circonscription en 1981, a toute sa part dans ce désastre, comme ont toute leur part aussi les maires PS qui ont dirigé la place Jules Joffrin au cours des dernières décennies (on peut lire sur ce point, pour mémoire, l’étude de Violette Roland parue dans le bulletin de SOS Paris en été 2017).

Salle comble.

D’autres propos, sur lesquels nous reviendrons après avoir rencontré leurs auteurs, feraient état, si nous les avons bien entendus, du bonheur de vivre dans la Goutte d’Or actuellement : « quartier où il fait bon vivre, marqué par la répression », devait en effet déclarer un ancien sans mesurer le caractère antinomique de l’équation « bien vivre/répression », répression des années de guerre (les 60’), dit-il, répression des années sans papiers (les 90’), répression des prières de rue (les années 2000) et répression encore des attroupements de jeunes aujourd’hui, entendit-on comme en écho pour le moins heurté à l’absence de la moindre répression de la délinquance économique à ciel ouvert au pied du métro Barbès et aux propos de la maire de Paris qui, dans son propre bilan, déclarait juste avant la projection de « Barbès Batailles », le 12 mars dans la matinée : « La situation reste difficile et le quartier va encore vivre quelques années avec des bouleversements. Il faut du temps, mais nous allons réussir » (lire ici pour mémoire).

  • Ce soir 18 mars 2019 sur France 3 après le journal du soir.
  • Nouvelle projection à la salle Saint Bruno le 11 avril 2019.
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