Leurre dealers

Anne Hidalgo annonce encore des jours difficiles dans le 18e

  • Au moment où Éric Lejoindre s’apprête à présenter une extension de « Paris respire » de Château Rouge à la Goutte d’Or, Anne Hidalgo lui coupe tout élan expliquant que le 18e est bien sympathique mais va encore souffrir quelques années.

BFMTV-Paris, en boucle, le 13 mars 2019.

Devant tous les dérèglements que doivent affronter la Ville et l’État dans le Nord-Est parisien, la Mairie du 18e organise ce soir 13 mars 2019 une « présentation » (exit à nouveau la concertation) du projet d’extension du périmètre « Paris respire » de Château Rouge (où il n’a guère fait ses preuves selon ses plus fervents défenseurs) à la Goutte d’Or, où les habitants n’avaient pas pris conscience que Paris n’y respirait pas, tout occupés qu’ils étaient jusqu’ici à mobiliser l’attention des autorités sur la sécurité et la salubrité du quartier qui, depuis le 27 mars 2018 (bientôt un an), enchaîne les réunions avec les représentants de haut niveau de la Mairie et de la Préfecture de Paris.

Une virgule de respiration. Affiche et intervenants.

Après la tentative laborieuse de la Mairie de Paris de récupérer la mobilisation citoyenne du 27 mars 2018 sous le logo « Tous mobilisés » (tiens donc : « Vous voulez vous mobiliser, on va vous mobiliser ! », dit en substance l’inventeur du dispositif), les quartiers à maints égards sous perfusion que sont la Goutte d’Or et la Chapelle se réjouissent-ils, à quelques jours du premier anniversaire de leur mobilisation, de la perspective de se voir ainsi gratifiés d’un moment de respiration ? Oh pas bien long : le samedi de 10 h à 18 h comme le précisent le programme et la carte à consulter sur le site de la Mairie qui assure : « Il existe forcément un ‘Paris Respire’ près de chez vous ».

Respiration artificielle ?

Toute extension de « Paris respire » est sans doute bienvenue et on remercie à l’avance Éric Lejoindre, Gilles Ménède et Sandrine Mees (les Verts l’avaient d’ailleurs à leur programme) de passer une soirée avec les citoyens qui se réuniront autour du projet, qui reste hélas bien dérisoire au regard de la situation du quartier qu’Anne Hidalgo prétend « bousculé par les réfugiés, les campements, les dealers ».

Les réfugiés et les dealers ont bon dos. Les quartiers de la Goutte d’Or et la Chapelle ont été ‘bousculés’ par l’État français et la Mairie de Paris, qui en ont sciemment détruit l’âme et l’histoire au prétexte de les rénover. C’est parce que ces quartiers ont été ‘bousculés’ au mépris de tous les avertissements d’experts sociologues, historiens, architectes, urbanistes (voir les divers posts sur notre page Études), que les dealers en ont fait leur terrain de travail, que l’État et la Ville les ont laissés faire, et qu’aujourd’hui, la Goutte d’Or et la Chapelle sont des lieux de destination pour argent facile, indépendamment du lieu de transit vers le Nord de l’Europe.

L’association Trajectoires a fait le constat de cette situation à la demande de la maire de Paris qui l’a transmis au chef du gouvernement (lettre d’Anne Hidalgo du 5 avril 2018 à Édouard Philippe).

Concernant le problème dit « des Mineurs Non Accompagnés » (MNA), l’étude de Trajectoires publiée en avril 2018 souligne à plusieurs reprises que Barbès, la Goutte d’Or et la Chapelle offrent les conditions à ce que ses auteurs appellent « l’ancrage dans l’errance ».

Dans la foulée de cette étude commandée par la Mairie de Paris, Anne Hidalgo faisait elle-même, l’an dernier, à propos des jeunes mineurs dont elle exposait la situation au premier ministre, le constat d’« interactions extrêmement complexes », interactions parmi lesquelles la maire plaçait les « réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs », « la spirale dans laquelle ces jeunes sombrent sous l’emprise de délinquants majeurs implantés de plus longue date et qui les exploitent ».

Madame Hidalgo indiquait ainsi connaitre les conditions de terrain mises en lumière par l’étude de Trajectoires dans laquelle on lit, presque dans les mêmes termes : « À  Barbès, ces mineurs s’installent dans un quartier où la vente de drogues et de cigarettes de contrebande est très présente ».

Cette vente de drogue et de cigarettes de contrebande – dont on rigole quand on n’hausse pas les épaules à son évocation – ne date donc pas des « bouleversements » qu’auraient apportés les réfugiés, comme la maire de Paris voudrait le croire aujourd’hui pour annoncer, justifier, excuser « encore quelques années difficiles ».

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