Cash misère

Rénovation urbaine de la Goutte d’Or : pas de fumée sans feu

  • « C’est la rue Anne Hidalgo qui a brûlé », lance un riverain qui se souvient du dernier happening organisé le 2 mai 2018 par les habitants sur le carrefour Boris Vian/Arcades Goutte d’Or (et des multiples avertissements lancés sur les risques de feu de la fresque cache-misère devenue squat).
  • Tel le mur de protection de la Tour Eiffel, qui n’a pas tenu face aux assauts du week-end, la palissade coloriée qui devait « embellir le cadre de vie » de la Goutte d’Or n’a pas résisté à l’incurie de la Ville et de l’État qui, depuis plus de 30 ans, ‘embellissent’, ‘aménagent’, ‘rénovent’ ou ‘réhabilitent’ ce quartier n’importe comment.
  • Aux dernières nouvelles, les multiples chantiers d’oasis urbaines, de promenades urbaines, placettes réenchantées, boulevards civilisés, trottoirs coloriés et autres improbables apaisements de rues se poursuivent, tentant désespérément de masquer le mal-vivre du quartier et, peut-être, l’absence de véritable politique urbaine.

2 mai 2018 – 10 février 2019. La « rue Anne Hidalgo » renait de ses cendres.

À gauche sur ce montage photographique, l’éphémère « rue Anne Hidalgo » souligne le désarroi des riverains de la rue Boris Vian devant les rénovations urbaines qu’ils subissent (nos billets des 2 mai et 3 mai 2018). À droite, la rue Boris Vian, devenue elle-même éphémère dans la nuit du 9 au 10 février 2019, comme en avertissaient les experts en 1984, souligne le désarroi de la Mairie devant une Goutte d’Or Sud qui confirme qu’elle a décidément « très mal vieilli », comme le posait Daniel Vaillant lui-même à la famille Boris Vian en 2013.

Y a-t-il une politique urbaine
derrière les promenades urbaines ?

Interpellation populaire de la Mairie de Paris sur la future « promenade urbaine » de Barbès à Stalingrad.

Sur le ton pseudo-populaire du « C’est quoi ça ? » censé traduire la façon dont les gens parlent, la Mairie de Paris explique à ses quartiers ce qu’elle fait de leur paysage urbain. La Goutte d’Or et la Chapelle sont à cet égard servies, si l’on peut dire, tant les chantiers d’enchantement (quand ce ne sont les ré-chantiers de ré-enchantement) se bousculent les palettes dans ces zones en rénovation urbaine depuis trente ans.

Invitation ce soir 12 février, 19 h, Mairie du 10e.

En amont de la présentation de la « Promenade urbaine » qui reliera bientôt Barbès à Stalingrad, ce mardi 12 février 2019 en la Mairie du 10e arrondissement, il a semblé utile au blog de Cavé Goutte d’Or de recenser quelques-uns des multiples projets d’oasis, de placettes, de promenades, de trottoirs coloriés et autres improbables apaisements de rues qui tentent désespérément de masquer le mal-vivre de ces deux quartiers longtemps maltraités par l’urbanisme prétendument social et sensible qui leur est imposé.

Si l’on doit saluer la ténacité d’Action Barbès, à l’origine du projet qui sera présenté ce soir en Mairie du 10e et de la Cohérie Boris Vian, à l’origine de celui de requalification des arcades qui le fut le 13 décembre dernier en Mairie du 18e, force est d’observer que la quantité de projets parallèles que la Ville de Paris met en place directement dans ses prétendues « oasis » en zones urbaines perdues ou indirectement en soutenant de prétendus « votes » du budget participatif vient brouiller la rénovation qu’elle s’applique à mener.

Plus encore qu’ils ne se plaignent d’avoir à se frayer un chemin entre les palissades des chantiers qui se suivent dans le temps et dans l’espace, comme l’évoque le Parisien du 4 février 2019, les habitants s’interrogent sur l’organisation brouillonne de cette rénovation en mille-feuilles.

« Emplâtres et désolations »

Dans un propos que nous n’oserons qualifier d’incendiaire, diffusé hier après le sinistre qui a ravagé le Leader Price et la rue Anne Hidalgo dans tout ce que ce label avait de symbolique depuis le 2 mai 2018, un riverain qui nous a autorisé à reprendre son texte écrit notamment : « Ce n’est pas un hasard si l’endroit qui a brûlé est très précisément celui où il y a quelques mois nous avions posé la plaque ‘rue Anne Hidalgo’, pour dénoncer les inconséquences de la Mairie ».

  • « (…) Cet incendie n’est que l’étape du jour d’un scandale qui se continue depuis trente ans : la Mairie de Paris a imposé la destruction complète de la rue de la Goutte d’Or(*), et la construction de cette colonnade dont tout le monde à l’époque disait que c’était une folie. L’échec étant patent et cinglant, il faut rénover la rénovation, à coup de millions d’euros, mais la mairie patauge. En attendant, on nous installe cette piteuse palissade aux atours ‘art de rue’. Cet emplâtre sur une jambe de bois crée lui-même des problèmes, que la mairie s’avère incapable de régler : depuis un mois elle n’a pas su envoyer une équipe pour clouer deux planches et condamner l’accès. Maintenant il va falloir gérer les conséquences de l’incendie, qui sont lourdes. Il n’est pas du tout sûr que le supermarché rouvre et nous allons avoir droit à un spectacle supplémentaire de désolation, qui va contribuer à plomber un peu plus le secteur. En attendant les travaux promis, pour bientôt, ou pas… (…) ».

Une fois rappelé que la Mairie de Paris n’a pas imposé seule la destruction de la Goutte d’Or, qui est le fait d’une action politique conjointe la Mairie de Paris et de l’État (époque Chirac/Tibéri et Mitterrand/Jospin), l’auteur du texte diffusé hier signale avec justesse les effets de cette politique ravageuse faite d’« emplâtres » qui se chevauchent et de « désolations » qui se suivent.

Il se garde, en même temps, d’attaquer personnellement les élus, – dont nous-mêmes soulignons régulièrement ici que tous n’étaient pas aux commandes à toutes les étapes des rénovations qui se sont suivies -, et il faut en effet aujourd’hui aider les élus plus que les accabler, les aider notamment à sortir de l’ornière qui les pousse à penser, non sans une certaine condescendance, en termes de métamorphoses plastiques.

La présentation mirobolante (par la Mairie de Paris) de la fresque qui a brûlé dans la nuit du 9 au 10 février 2019 (notre billet du 26 mars 2018, page humeur, version pdf).

Autre figure du quartier qui nous autorise également à faire état de son courrier, le patron de la Table ouverte s’est adressé hier à Colombe Brossel en même temps qu’à Cavé Goutte d’Or (avec qui il a participé au désenclavement de la rue Boris Vian dès les premières interventions de la famille de l’écrivain en 2012, rappelle-t-il). Rachid Arar salue « la tâche difficile » de la maire adjointe et évoque les responsabilités partagées : « Il faut absolument mettre l’État face à ses responsabilités dans les quartiers et informer sans cesse les habitants des responsabilités des uns et des autres : États, Ville et habitants », écrit-il. « Faisons en sorte d’impliquer les jeunes du quartier dans des vraies missions professionnelles en imposant aux sociétés qui prennent les marchés publics d’en restituer 5% aux petites structures locales pour insertion professionnelle », ajoute-t-il en proposant « d’être plus exigeants sur les résultats des actions menées en termes de prévention et de sécurité ».

Mille-feuilles urbain

Fond de carte emprunté à Mappy. Voir ci-dessous le renvoi des chiffres aux chantiers en cours.

1. « Oasis urbaine La Chapelle » : Budget participatif 2016 (1.121 voix, 1.500.000 €) ; Site de la Mairie de Paris ; Le Parisien du 14 janvier 2019.
2. Carrefour Chapelle, Tombouctou, Maubeuge, Chartre : « C’est quoi ce chantier ? ».
3. « Promenade urbaine Barbès-Stalingrad » : Présentation publique le 12 février 2019 à 19 h en Mairie du 10e arrondissement ; présentation d’Action Barbès du 13 décembre 2018 ; notre billet du 23 décembre 2013.
4. « Requalification arcades Goutte d’Or/rue Boris Vian » : Présentation publique le 13 décembre 2018 en Mairie du 18e ; compte-rendu de la présentation du scénario retenu le 25 mai 2018.
5. « Ré-enchantement de la place Polonceau » : Déclaration préalable de travaux de la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris ; notre billet du 10septembre 2018 ; le texte de ka DAC.
6-9. « Des couleurs éclatantes à la Goutte d’Or et à la Chapelle » : Quatre projets réunis au Budget participatif 2018 (1.566 voix et 100.000 €) ; notre billet du 4 octobre 2018 :
– 6.
« Rénover le TEP Goutte d’Or en prenant des couleurs flashy » (syntaxe d’origine respectée, 1/4 de 1.566 voix et de 100.000 € ) ;
– 7. « De la couleur sur le sol de la rue de la Goutte d’Or » (projet empiétant sur la requalification du secteur Boris Vian/Arcades Gouttes d’Or néanmoins soutenu par la Mairie dans le cadre du Budget participatif 2018, 1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €) ;
– 8. « De la couleur dans notre quartier » (1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €) ;
– 9. « Un espace dédié au street art au sol à l’angle Pajol-Kablé » (1/4 de 1.566 voix et de 100.000 €).
10. Rénovation du square Léon : Retour sur concertation.
11. Aménagement des pourtours de l’église Saint Bernard : Budget participatif 2017, (1.013 voix ; 590.000 €) : en stand by ; notre billet du 30 septembre 2017 ;
12. Apaiser la rue Cavé : Budget participatif 2017 (876 voix, 590.000 €) ; livraison annoncée pour juin 2019 ; sans doute incohérent avec le réaménagement de la rue Léon (voir chiffre 14) ;   notre billet du 30 décembre 2017.
13. Rue-Jardin Richomme
 : Budget participatif 2017 (925 voix, 450.000 €), sans doute incohérent avec le réaménagement de la rue Léon (voir chiffre 14).
14. Aménagement des rues Myrha et Léon : Le site de la Mairie ; notre billet du 13 décembre 2018.
15. Château Rouge Respire 
: Selon Action Barbès, « ce n’est toujours pas ça ».

À suivre!

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