Dernière chance

Marche exploratoire de 11 associations de la Chapelle et la Goutte d’Or à l’Hôtel-de-Ville de Paris

  • « Crise aiguë depuis 4 ans, résultats tangibles avant fin 2019 » : aux mauvais esprits qui pourraient voir dans les mots du premier-adjoint Emmanuel Grégoire un comput couvrant opportunément le premier mandat d’Anne Hidalgo à la tête de la Mairie de Paris en en annonçant un second qui ira mieux, les onze associations de La Chapelle et La Goutte d’Or invitées à « un moment de rencontre et d’échange » à l’Hôtel-de-Ville le 1er février 2019 semblent vouloir opposer le temps de la dernière chance.
  • Pas de nouvelle plateforme ni de nouveaux dispositifs, pas de nouvelles réunions, marches exploratoires ou autres modules participatifs, mais des actes déterminés pour un retour au droit.
  • Selon Cavé Goutte d’Or, la « carence fautive » est à nouveau en jeu.

Calendrier grégorien (de Emmanuel Grégoire 1er adjoint, Hôtel de Ville de Paris, 1er février 2019).

Emmanuel Grégoire et Colombe Brossel, Hôtel de Ville, 1er février 2019 (photo empruntée au compte tweeter de La Vie Dejean).

Il est probable que, vendredi à l’Hôtel-de-Ville, la maire de Paris a une nouvelle fois fait acte de candidature pour un deuxième mandat à la tête de la capitale. En prenant qui plus est à nouveau la difficulté des quartiers Est de la capitale comme terrain de communication. Alors qu’elle avait elle-même fait le premier pas à l’occasion de ce qu’elle devait appeler (sans en mesurer l’ironie) une « marche exploratoire » dans la Goutte d’Or le 19 janvier dernier (voir notre billet « Anne Hidalgo : La Goutte d’Or, c’est maintenant ? »), c’est à son premier-adjoint Emmanuel Grégoire que reviendrait le soin d’engager la deuxième étape du processus en recevant les onze associations signataires d’une lettre ouverte adressée à la maire de Paris, au premier-ministre, aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, au procureur et au préfet de police.

Presque un an après les deux pétitions de riverains et de commerçants qui avaient été remises solennellement aux mêmes destinataires, le 27 mars 2018 sur la place Polonceau (voir ici pour mémoire), M. Grégoire a ainsi été investi, annoncera-t-il ce 1er février 2019, d’une mission consistant notamment à « installer un cadre de travail pérenne » et à « obtenir des résultats tangibles avant fin 2019 ».

Huit mois après la séance censée avoir relancé, dans le bureau magnifique et sous les auspices prometteurs de la secrétaire générale de la Ville de Paris, le projet de requalification de la Goutte d’Or Sud autour de la rue Boris Vian qui venait d’être ‘débaptisée’ à l’initiative de la Cohérie Boris Vian pour cause, déjà, de carence dans le traitement du quartier (voir ici pour mémoire), M. Grégoire s’appuierait par deux fois sur les « moyens colossaux » mis sur le quartier.

Un pognon de dingue colossal

Dans ce qui risqua un instant de devenir, par le ton agacé du premier-adjoint, une prise à partie de l’association « Demain La Chapelle » (qui regrettait que la réunion ne se tienne pas dans le 18e arrondissement), M Grégoire devait déclarer que c’était faire un mauvais procès à la Mairie de Paris que de suggérer qu’elle se tenait éloignée du terrain :

  • « La situation, nous la connaissons d’autant mieux que nous y mettons des moyens colossaux », assura-t-il peu après avoir évoqué, déjà, les « investissements colossaux » faits notamment en matière de rénovation urbaine et « l’obligation de résultat » qu’une telle intensité de moyens finirait par induire.

Or, s’il y a en effet quelque chose de l’ordre du ‘pognon de dingue’ dans la colossitude avec laquelle Emmanuel Grégoire évoque des investissements aussi énormes que vains, il convient probablement de réviser l’approche des  problèmes en termes de retour sur investissement et, devant l’échec, d’appréhender la question sous l’angle de l’efficacité des moyens mis en œuvre plus que sous l’angle de l’égrenage répété de leur multiplication. Inutile, à force, d’énumérer les actions ne changeant rien. Devant « l’exaspération qui est la vôtre », pour reprendre encore l’adresse d’Emmanuel Grégoire à ses invités, « exaspération étayée et bien connue » précise-t-il (dont acte), il convient de reconsidérer la destination des investissements.

Quitte à faire – comme on sait le faire – de sérieuses coupes au budget participatif dont un prétendu ‘vote’ récent voudrait que l’on coloriât les rues de la Chapelle et de la Goutte d’Or pour « égayer » ces quartiers maltraités (voir ci-dessous).

Au moment où le budget participatif 2019 tire ses dernières cartouches (dernier jour aujourd’hui), où celui de 2016 et sa soi-disant fresque ‘votée’ a été mis en déroute par les riverains attentifs (ici pour mémoire), où ceux de 2017 et 2018 sur les abords de l’église Saint Bernard et la rue Cavé apaisée sont fondus dans les réaménagements de rues, il est temps d’appréhender sérieusement les vraies questions qu’affrontent les habitants de la Goutte d’Or et la Chapelle.

Carence fautive

À défaut, proposa Cavé Goutte d’Or à l’assistance, une nouvelle page du procès fait à la Ville et à l’État pour discrimination, inégalité devant la charge publique, carence fautive risque de s’écrire, – risque car on peut l’éviter (et ces procédures sont d’autant plus couteuses et longues que la Ville et l’État les prolongent). La Vie Dejean a ouvert la voie de la procédure (en épuisant les trois instances administratives que sont le Tribunal, la Cour d’appel et le Conseil d’État) et forcé la voix des quartiers en Politique de la ville en obtenant en novembre dernier la condamnation de la Ville de Paris et de l’État pour carence fautive dans l’exercice de leurs missions de protection de la sécurité et de la tranquillité, et de maintien de la salubrité (voir notre billet du 11 novembre 2018).

Malgré le soutien inattendu (et peut-être involontaire) d’Anne Hidalgo, Cavé Goutte d’Or n’a pas encore réussi à faire valoir le concept de carence fautive en matière d’urbanisme mais s’y applique (désormais plus par l’étude, la communication et le conseil que par l’action directe), de grandes organisations rassemblées sous le label « L’affaire du siècle » s’y sont engagées en matière d’environnement avec le soutien de plus de deux millions de personnes, et derrière la demande d’égalité de territoire du Collectif Marcadet se profile le grief potentiellement judiciaire de l’inégalité de traitement.

En proposant de « se retrouver une fois par mois » (« une fois tous les deux mois », tempéra La Vie Dejean), il n’est pas certain qu’Emmanuel Grégoire ait mesuré le niveau et le besoin d’action plus que de rendez-vous pour de ce qu’il appelle l’« exaspération étayée » des associations qu’il recevait le 1er février. D’autant qu’étayée peut vouloir dire soutenue au sens d’argumentée comme soutenue au sens où le ferait l’étai qu’on placerait pour éviter un effondrement (voir l’illustration bien connue ci-dessus).

Réseau 10-18

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