Deux moi ?

Jours tranquilles à Barbès

  • Au moment où le cinéaste Cédric Klapisch tourne entre le pont de Jessaint, la rue Myrha et la rue Léon ce qui deviendra peut-être le film « Deux moi », une association qui revendique le sigle ZSP de la « Zone de sécurité prioritaire » qu’est la Goutte d’Or depuis six ans pour se désigner « Zone de solidarité populaire » couvre les murs du quartier d’un affichage intensif au bandeau  « Crime raciste à la Goutte d’Or ! » pour annoncer la projection du film « Les Ambassadeurs » de 1975-77.
  • Le marché sauvage des mercredis et samedis sur le carrefour des rues de Jessaint et de Tombouctou n’est pas déprogrammé pour autant.

L’équipe du tournage de Cédric Klapisch, Pont de Jessaint, 15-17 octobre 2018 (photo VDB).

Affichage, rue Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO). Agrandir l’image.

L’histoire retiendra peut-être du mercredi 17 octobre 2018 qu’il aura été « un mercredi de plus », comme le suggère une de ses chroniques d’habitants, un jour de marché officiel aux abords duquel la police fait la course aux marchés sauvages qui se répandent toujours plus dans le quartier où, selon la maire de Paris, des « réseaux de délinquance organisés déjà installés sur le secteur et très actifs » provoquent « la spirale dans laquelle (les mineurs marocains) sombrent sous l’emprise de délinquants majeurs implantés de plus longue date et qui les exploitent ».

Anne Hidalgo inscrit cette analyse (ici partagée avec le premier ministre Édouard Philippe) dans celle de l’association Trajectoires à laquelle la Mairie de Paris a confié une étude qui souligne « l’attraction » que présente la Goutte d’Or en raison des « opportunités économiques » pour le moins parallèles offertes, Barbès étant désigné dans l’étude de Trajectoires de « quartier où la vente de drogues et de cigarettes de contrebande est très présente », comme l’a rappelé avec humour le groupe de street-art omerta project.

Lire ou relire sur le blog :
Marlboro, ce n’était donc pas Gabelotaud
Hidalgo dénonce la « dégradation de l’environnement urbain »
Trajectoire : « Le quartier où il est très facile de revendre les produits volés ».

Affichage, angle Myrha/Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO).

Désaffichage, rue Léon, 17 octobre 2018 (photo CGO).

Au moment où, entre l’église Saint Bernard et le secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or, se jouait, un jour une scène du prochain Klapisch, le lendemain la scène des marchands à la sauvette refoulés de la rue de Tombouctou sur la place Polonceau, scène bien connue celle-là des riverains très proches du Marché Dejean, les services du nettoyage de la Ville enlevaient, rue Léon, les affiches dont le passant pressé n’aurait gardé en tête que « Crime raciste à la Goutte d’Or ! ».

Quoi ! Où ? Quand ?
Hier ? Demain ?

« On a reçu l’ordre de les enlever », énoncèrent-ils à l’attention du correspondant de Cavé Goutte d’Or en reportage sur l’affiche et il est vrai que Les Enfants de la Goutte d’Or devenus grands et ZSP-18 pour « zone de solidarité populaire » n’avaient pas fait dans la légèreté pour inviter les habitats du quartier à voir ou revoir un film que Le Monde diplomatique avait présenté, à l’époque de sa sortie, comme « une œuvre de réflexion sur les rouages du mépris » :

  • « La rue, l’école, le chantier, l’immeuble, le bistrot, autant de lieux où les regards, les paroles, les gestes, témoignent d’une méfiance, d’un mépris, d’une crainte qui tissent lentement l’image du froid racisme quotidien », écrivait Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de juin 1976.
  • « Crime raciste à la Goutte d’Or ! » titreraient quarante-deux ans plus tard les Enfants de la Goutte d’Or et ZSP-18 relayées par Paris-Luttes-info avec les hashtags « extrême-droite », « anti-racisme », « violences policières », « 18e arrondissement ».

Comme pour ajouter à ces hashtags, le journal officiel associatif Goutte d’Or et vous renvoie toute éventuelle interrogation sur « Les Ambassadeurs » au célèbre tableau éponyme de Hans Holbein le Jeune.

Goutte d’Or et vous, capture d’écran, 17-18 octobre 2018. Le lien indiqué pour le synopsis du film de Naceur Ktari (1975-77) renvoie sur le tableau de Hans Holbein le Jeune (1533). Agrandir l’image.

Les 2 moi de Klapisch
(et de la Goutte d’Or)

Sur le tournage de Cédric Klapisch, Pont de Jessaint, octobre 2018 (photo VDB).

Si le travail de Cédric Klapisch dans la Goutte d’Or devait être lié au tournage de « Deux moi », qui a commencé début octobre selon Allociné, le quartier y retrouvera peut-être les siens. Selon nos correspondants sur place, il semblerait que l’équipe tourne aujourd’hui 18 octobre au large du café de l’Olympic, bien connu de nos lecteurs.

*

  • À suivre, samedi 20 octobre 2018 dans la matinée : la Mairie de Paris toute à son affaire organise un « nettoyage participatif de la place Polonceau ». Avant même d’annoncer officiellement qu’elle renoncerait à son idée folle de fresque à 22.500 € (*), produite par Quai-36 sur un mur de la place Polonceau appelé à être absorbé dans la requalification globale du secteur Boris Vian/Arcades Goutte d’Or, la Mairie investit une nouvelle fois la place dont les habitants et commerçants du quartier ont fait un forum critique (séance du 27 mars 2018, séance du 30 juin 2018).

Image Mairie de Paris 18.

(*) Sur l’idée folle de la fresque de Quai-36, lire ou relire nos billets Fiction juridique et Code couleur.

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