Journées du patrimoine

Le cadeau de l’urbaniste Bruno Fortier au patrimoine de la Goutte d’Or

  • Le célèbre architecte lauréat du Grand prix de l’urbanisme 2002 signe sur l’angle des rues Cavé et Stephenson un des derniers projets infligés à la Goutte d’Or dans le cadre de son interminable destruction.
  • Le hasard du calendrier fait que le Tribunal administratif de Paris tenait ce jeudi 13 septembre, avant-veille des Journées européennes du patrimoine dédiées à « l’Art du partage », l’audience publique de la contestation du permis de construire portée par Cavé Goutte d’Or.
  • Dans un vibrant plaidoyer pour la Ville de Paris et le promoteur immobilier, le rapporteur public a défendu ce nouveau joyau architectural sur-densifiant l’une des plus belles parcelles du quartier, offerte à Sefri-Cime pour l’euro symbolique.

En co-visibilité avec l’église Saint Bernard, seul monument historique de la Goutte d’Or, l’immeuble de l’angle Cavé/Stephenson pris de haut (Photo CGO, 2 septembre 2018).

Bruno Fortier, présenté comme un « architecte urbaniste renommé » sur le site de la Cité internationale universitaire de Paris qui l’a d’ailleurs chargé de la maîtrise d’œuvre de l’aménagement de la Cité,  s’était déplacé en personne pour présenter son projet de logements sociaux à l’angle des rues Cavé et Stephenson le 12 février 2014 à la salle Saint Bruno sous les auspices de l’association Foncière Logement, pressentie pour la maîtrise d’œuvre d’une opération immobilière très prometteuse, la parcelle étant cédée par la SEMAVIP pour un euro symbolique.

La FL a ensuite sous-traité le dossier à la Société Sefri-Cime Promotion, qui a géré le chantier en cow-boy, générant plusieurs plaintes du voisinage, comme le blog l’exposera dans un prochain reportage.

À l’occasion des Journées du patrimoine, le blog souhaite partager – puisque tel en est le thème cette année – partager avec ses lecteurs une réflexion avant/après à travers la photographie du paysage urbain marqué par l’intervention de Bruno Fortier sur les ruines des anciennes plumasseries Loddé, élégant immeuble de la moitié du XIXe siècle salué par l’architecte des bâtiments de France, élégant immeuble dont Bertrand Delanoë assurait le Conseil de Paris que la démolition n’était « pas souhaitée » mais que Daniel Vaillant et Michel Neyreneuf démoliront néanmoins. Élégant immeuble que Cavé Goutte d’Or avait tenté de préserver en 2011 et dont la Cour d’appel de Paris avait reconnu les qualités architecturales dans un hommage posthume du 31 janvier 2013.

L’îlot Cavé-Stephenson-Myrha-Affre (juillet 2018).

Et partager également, en en rendant très brièvement et provisoirement compte, la dernière étape en date de la procédure engagée par Cavé Goutte d’Or contre la Ville de Paris. Après une précédente diffusion partielle de ses moyens, le 4 juillet dernier en écho à la mise en garde de Nicolas Hulot contre la bétonisation de la ville, l’association publie ici son mémoire récapitulatif du 8 juin 2018 auquel le rapporteur public devait dédier, le 13 septembre dernier, de longues, très longues conclusions orales, – des conclusions qu’il qualifia lui-même d’« interminables », comme pour s’en excuser avant que le président du tribunal n’accorde la parole à l’association Cavé Goutte d’Or et à la société Sefri-Cime pour de très brèves observations de quatre minutes chacune.

Vue et points de vue
devant le Tribunal administratif de Paris

Cavé Goutte d’Or a annoncé la diffusion prochaine, sous forme de restitution critique synthétique, de  l’ensemble des procédures menées au cours des sept dernières années contre les décisions d’urbanisme qui ont fini de démolir le quartier saccagé par trente années de prétendue réhabilitation. La publication de son mémoire récapitulant  l’opposition portée au projet de Bruno Fortier ne se veut aujourd’hui qu’une modeste contribution provisoire à la défense du patrimoine que, selon elle, l’édifice de l’urbaniste contribue pour sa part à annihiler.

En proposant une photographie prise du même lieu en 2001 et en 2018, l’association n’entend pas démontrer (ni même proposer) que « c’était mieux avant », mais interroger les services compétents de la Mairie de Paris sur l’adéquation du projet qu’ils ont autorisé avec le bâti existant, en l’occurrence un îlot majeur de la Goutte d’Or, dont les deux angles Stephenson/Myrha et Stephenson/Cavé sont recensés par l’Atelier parisien d’urbanisme comme formant un « espace urbain d’intérêt élevé », îlot qui présentait en hauteur une unité de toitures que vient sérieusement briser l’immeuble de Bruno Fortier.

L’îlot et ses angles Stephenson/Cavé et Stephenson/Myrha au cœur d’un « espace urbain d’intérêt élevé ». Planche extraite de l’étude de François Loyer pour l’APUR (1982).

Rien de tout cela, dira le rapporteur public en égrenant avec un agacement non feint et encore moins caché les dix moyens principaux retenus par l’association dans son mémoire récapitulatif du 8 juin dernier.

Manifestement fâché par une procédure trop longue à ses yeux, dont il prétend pouvoir imputer la faute à l’association requérante, le rapporteur public omet activement de considérer que la Ville et le promoteur immobilier ont de concert entrepris de la prolonger indument à coups répétés de permis modificatifs estimés fictifs par Cavé Goutte d’Or. Comme il ressort des pages 2 et 3 de son mémoire récapitulatif, l’association s’est plainte à chaque étape de la prolongation artificielle de la procédure, en en dénonçant les effets manifestement recherchés : l’enrôlement de la cause à l’audience du Tribunal administratif une fois l’immeuble sous toit.

Nul doute que le Tribunal ne suivra pas le rapporteur sur ce point, pourtant fondateur de son courroux, pas davantage que sur son étrange tentative de valider l’un des permis modificatifs accordé par la Ville à Sefri-Cime en dépit de l’absence d’avis conforme de l’ABF (point III.2 pages 18-19 du mémoire récapitulatif de Cavé Goutte d’Or) : « L’ABF avait déjà donné son avis conforme au premier permis modificatif, il n’avait donc pas besoin de le donner au second », devait suggérer en substance le rapporteur public qui proposera un même type de démonstration concernant la largeur des vues des pièces enfermées dans la cour intérieure de l’immeuble de Bruno Fortier : « L’article UG 8.1.1° du règlement du PLU de Paris fixe à 4 mètres au minimum la largeur d’une baie éclairant une pièce principale, mais cela ne vaut que pour les fenêtres en vis-à-vis d’un immeuble voisin, pas pour celles donnant sur la même parcelle », distinction que rien ne permet dans le règlement du PLU dont l’article UG 8.1.1° indique que le ‘point de vue’ est celui de l’habitant de la pièce à éclairer, non de l’immeuble voisin (point II.7, pages 12-13 du mémoire récapitulatif de Cavé Goutte d’Or), ou encore l’emprise de l’immeuble sur une plus longue façade dans la rue Cavé que dans la rue Stephenson, – ce qui ne serait, selon le rapporteur public, « pas établi ».

La parcelle et ses deux emprises respectives sur les rues Cavé et Stephenson (pour mémoire). Extrait de « 12 ans d’action à Château Rouge », Lettre d’information n° 15 (juin 2015) émise par la Mairie de Paris, la Mairie du 18e, l’ANRU et la SEMAVIP (voir notre billet Biodiversité du 4 juillet 2018).

L’affaire a été mise en délibéré au 25 septembre 2018.

Rentrée chaude 

  • Le hasard du calendrier voulait également que l’affaire dite du 25 rue Stephenson soit entendue par le Tribunal administratif au moment où la SemPariSeine recevait les candidatures à la maîtrise d’œuvre  du projet de requalification des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or, requalification obtenue de haute lutte par Cavé Goutte d’Or et la Cohérie Boris Vian au terme de six ans de combat commun pour que la Ville de Paris prenne en considération l’échec de la rénovation de la Goutte d’Or Sud dans les années 1990 seulement. Les candidatures à la maîtrise d’œuvre devaient en effet être déposées jusqu’au lundi 10 septembre 2018 avant midi (Lire en page Défense du quartier notre billet « L’été Boris Vian »).
  • Le décalage du rapporteur public avec la réalité du dossier est trahi ici par le dénigrement avec lequel il a demandé au tribunal d’écarter les moyens et les pièces du dossier liés à cette étape historique de l’urbanisme parisien (Lire notre billet du 3 septembre 2018 : « Anne Hidalgo dénonce ‘la dégradation de l’environnement urbain’ dans la Goutte d’Or et désigne les responsables »).
  • Du Vide Grenier aux Journées du patrimoine.

    Le 10 septembre 2018 devaient également commencer les travaux d’aménagement du mur de la place Polonceau sur lequel la Ville de Paris prétend pouvoir autoriser la construction contestée d’une fresque à 22.500 € (Lire notre billet du 10 septembre 2018 : « Fiction juridique ») et dès lundi, notre enquête sur la Déclaration préalable déposée par la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris.

  • Les 15 et 16 septembre 2018, durant les Journées du patrimoine, la cagnotte lancée en mai dernier par SOS Paris et Cavé Goutte d’Or pour le patrimoine de la Goutte d’Or se prolonge. Plusieurs lieux du quartier tiennent une tire-lire ouverte à disposition des visiteurs.  Voir l’affiche.
Publicités
Cet article, publié dans Articles, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s