Stop ou encore ?

Le Budget participatif en trompe l’œil

  • Ce serait « grâce au Budget participatif » que Paris a pu, cet été, offrir aux Parisiennes et aux Parisiens… aux Parisiens d’immondes vespasiennes sur lesquelles le monde entier s’est penché en riant.
  • À la Goutte d’Or, un détournement du budget participatif 2016 impose à un quartier parmi les moins favorisés de Paris une fresque à 22.500 € sur un mur qui sera détruit dans un an et demi.
  • Autour de l’église Saint Bernard monument historique, trois projets inscrits au budget participatif tentent de camoufler la destruction du patrimoine à laquelle se livrent les Mairies de Paris et du 18e dans ce quartier.
  • Tel est le contexte dans lequel la Mairie appelle une nouvelle fois au soi-disant vote citoyen, festif, solidaire et convivial.

On en rit jaune mais, avant qu’ils ne deviennent la risée de tous et soient vandalisés comme le rapporte Le Parisien du 5 septembre 2018, les piss’lib’ étaient présentés, au siège de la Mairie de Paris, comme de joyeuses « pissotières écolos », dont on assurait qu’elles « fleurissent dans Paris ». Le « dispositif » était destiné aux zones « fortement encombrées », expliquait sans rire le site dédié de la Mairie, le projet lui-même faisant état en 2016 de quartiers « ciblés ».

Ce « surprenant dispositif » aurait été le résultat d’un besoin pressant de « renforcer l’offre de toilettes publiques à Paris », expression qui venait confirmer que la loi de l’offre et de la demande est elle-même une loi naturelle.

Les Parisiens ne pouvaient ignorer le projet puisqu’il avait été annoncé, expliqué, illustré par une photographie ne cachant rien et laissant même percevoir un Parisien courageux assis à un jet de pierre de l’utilisateur virtuel de l’urinoir. À moins qu’il ne s’agisse du porteur du projet qui le tenait bien sanglé dans le dos (sources Budget participatif  2016). L’un des textes publiés sur le site du Budget participatif 2016 au soutien de l’uritrottoir présentait « une solution écologique pour recycler l’urine en matière fertilisante phosphorée », ajoutait que le projet visait plutôt un public masculin en évoquant « des sanisettes publiques, principalement pour hommes et également, dans la mesure du réalisable et des possibles, des équipements destinés au public féminin ».

Le projet ne serait donc qu’à moitié réalisé, comme l’observait une internaute en 2016 sur le site du Budget participatif : « Pour que cette démarche soit égalitaire, là où seuls des urinoirs seraient installés, il faudrait les assortir d’un distributeur gratuit de pisse-debout en carton, afin que les femmes aussi puisse se soulager. Sans cela ce serait discriminant, d’autant plus considérant qu’il est plus difficile pour elles de se soulager à la sauvage » (sources Budget participatif 2016).

À la Goutte d’Or, c’est « à la sauvage » aussi que le Budget participatif 2016 débouche, si l’on peut dire, sur une fresque dont le coût exorbitant de 22.500 € est dû aux intermédiaires qui se sont insérés dans le projet initial, dont l’auteur a pour sa part été écarté au profit (et quel profit !) d’une maison de production chargée d’en assurer la réalisation.

Dans « Le Dessous des sous », le blog a évoqué en juillet dernier la fresque encore virtuelle de la place Polonceau et le système des prestataires amis de la Ville de Paris qui récupèrent les projets, en augmentent le budget, choisissent secrètement les auteurs ou artisans, organisent un vote fictif pour simuler une entreprise légale.

Budget participatif bananier

Si les habitants du quartier n’ont pas réussi à obtenir les informations sollicitées auprès du Secrétariat général de la Ville, de l’EDL (Équipe de développement local) et de l’agence de production Quai 36 quant à la destination des 22.500 € finalement alloués au projet qui avait été présenté avec un budget initial de 5.000 €, il convient de saluer la franchise des EDL qui, dans leur compte rendu de la séance de restitution du 13 juillet 2018, ont reconnu qu’une partie de l’assistance avait, dans les pas de Cavé Goutte d’Or, contesté la légitimité des prétendues décisions pouvant émaner des prétendus votes organisés autour de ces projets.

Toute autre est, en plus haut lieu, la position de la Mairie du 18e qui, en page 4 de son journal, annonce à propos de la fresque Polonceau : « Vous l’avez voté au budget participatif, c’est en cours » :

Or cette fresque et la dépense qu’elle implique sont en contradiction avec le projet qui consiste à requalifier l’ensemble de l’îlot Goutte d’Or/Boris Vian tel qu’il a été retenu officiellement par la Mairie et présenté aux diverses Directions chargées de le suivre, à la Cohérie Boris Vian et aux associations représentant les riverains. Selon ce projet de requalification, le mur sur lequel devrait prendre place la fresque de Quai 36 sera démoli au printemps 2020, ce qui implique une dépense de 22.500 € pour un « embellissement » de dix-huit mois (1.250 € par mois).

  • Sinon, estiment les associations, si le mur reste et sa fresque avec, c’est que le projet présenté le 25 mai 2018 sous les auspices de la Secrétaire générale de la Ville de Paris n’était qu’un énième mensonge, une énième parade de la Mairie pour redonner (provisoirement) le nom de rue Boris Vian à ce qui fut quelques jours la rue Anne Hidalgo, – et risque de rester dans les mémoires comme une impasse.

Le projet de fresque sur la place Polonceau n’aurait en outre pas été l’objet d’une autorisation de la Direction de l’Urbanisme alors qu’il implique naturellement un changement de façade exigeant, pour le moins, une déclaration préalable de travaux (*).

Lépine dans le pied

Pour ce qui est des abords de l’église Saint Bernard, deux projets soumis au « vote » de cette année sont rassemblés sous le titre « Mettons en valeur l’église Saint-Bernard ! » (on apprécie le mode impératif censé exprimer un ordre, un conseil, une recommandation quand toute la politique de la Mairie de Paris et du 18e a consisté jusqu’à aujourd’hui à enlaidir le secteur).

Le premier des deux projets reprend l’idée d’éclairage de l’église soutenue par Action Barbès en 2016 et 2017 ; le second propose de rénover le pont Jean-François Lépine, d’embellir ainsi l’accès à l’église Saint-Bernard depuis la rue Marx Dormoy et de « valoriser l’une des plus belles perspectives sur ce monument parmi les plus anciens et pittoresques du quartier de la Goutte d’Or ». Le collectif Lépine Saint Bernard auteur du projet ne relève pas que, pour « pittoresque » qu’il lui apparaisse, l’édifice est aussi  classé au titre des monuments historiques, ce que rappelle sommairement  la présentation commune des deux projets par l’équipe dite de co-construction travaillant en amont du « vote » :

  • « L’église Saint-Bernard de la Chapelle est un monument historique du quartier de la Goutte d’Or. Ce projet propose d’agir sur l’éclairage de l’église et sur l’embellissement de son accès par Marx Dormoy ». Nous précisons ici que l’église Saint Bernard n’est pas « un monument historique du quartier », mais le seul (comme le fait valoir correctement la présentation du projet d’Action Barbès).

Les perspectives

Pour ce qui est des perspectives, on salue le souci des concepteurs du projet de préserver celles qui seraient offertes depuis Marx Dormoy tout en rappelant le combat que Cavé Goutte d’Or a longuement mené contre la Ville de Paris et sa décision d’autoriser le projet d’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil du monument historique, à l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, projet d’abord interdit par le maire de Paris Bertrand Delanoë au motif, précisément, qu’il portait atteinte aux « perspectives monumentales » qu’on avait de la rue Pierre L’Ermite sur l’église depuis plus d’un siècle et demi.

Les perspectives sur l’église Saint Bernard depuis le pont Jean-François Lépine (à préserver surtout en hiver).

Les perspectives sur l’église Saint Bernard depuis la rue Pierre L’Ermite (1860[1874]-2018).

Enfin, dans la disponibilité soudaine de la Ville de Paris à mettre en valeur l’église Saint Bernard, on peut s’interroger sur le devenir d’un des projets soumis au budget participatif 2017 consistant à aménager les pourtours de l’église Saint Bernard, projet lauréat en 2017 qui n’aurait pas encore fait l’objet de mise en œuvre.

(*) Correctif du 10/9/18 : Une autorisation a été accordée le 8 août 2018 mais, en infraction avec le code de l’Urbanisme (article R*424-15), l’autorisation n’est pas affichée sur le terrain, d’où notre proposition exprimée au conditionnel (lire notre billet du 10 septembre 2018).

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