Culture urbaine

Françoise Nyssen envisage de délocaliser la rue de Valois dans la Goutte d’Or

  • Le célèbre quartier parisien où la direction de l’Urbanisme, les ABF, les associations de défense des sites et monuments historiques, les journaux, laissent se dérouler tranquillement les atteintes au patrimoine et aux lois qui le protègent, serait un terrain de repli pour la ministre de la Culture.
  • Brièvement nommée rue Anne Hidalgo au printemps passé, la rue Boris Vian en pleine requalification urbaine lui aurait fait des offres d’accueil.
  • Mais « Paris respire », les EDL*, Ville ouverte, Extramuros, Quai 36 et autres prestataires actifs au sein de « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or » sont vent debout contre toute remise en cause du statut du quartier inscrit à l’inventaire des Zones de sécurité prioritaire.

Le Lavoir Moderne Parisien de la rue Léon garde sa confiance dans la ministre et le fait savoir (photo CGO 23 août 2018). N.B. Le message était initialement affiché en façade à l’attention d’Aurélie Filipetti (cf. Mediapart) et de Fleur Pellerin (cf. Avaas.org) précédentes ministres de la Culture. La dernière pétition en date est adressée à Françoise Nyssen (cf. Change.org).

On sait que l’association Cavé Goutte d’Or, dont l’objectif 2018 est de partager plus encore ses études et actions à caractère juridique dans le projet de voir les habitants se les approprier (lire son PV d’AG ici), souhaite investir notamment les très prochaines Journées du patrimoine consacrées cette année à « l’Art du partage », pour procéder à cette restitution en forme de passage de témoin avec le quartier.

L’association a ainsi accompagné le mouvement d’habitants et de commerçants qui, l’hiver dernier, s’est constitué avec force autour de pétitions qui ont mis en lumière « les erreurs historiques dans l’aménagement du quartier depuis l’opération de renouvellement urbain de la Goutte d’Or sud » (la pétition des habitants pour mémoire).

Elle a contribué à installer ce mouvement sur la place Polonceau, abandonnée par la Ville aux trafiquants de tous ordres (dont les EDL* qui l’ont flanquée d’un totem de vigilance) en imposant sur cet improbable carrefour, avatar de la destruction de la Goutte d’Or dans les années 1980, une forme de Landsgemeinde, exercice de démocratie active qui, depuis la cérémonie du 27 mars 2018, se prolonge de débats en fêtes.

Retour sur le premier semestre 2018
Exercice de démocratie en plein air
La remise des pétitions du 27 mars 2018
La dernière Saint Boris
La mascarade de « Tous mobilisés »
L’occupation positive du secteur Boris Vian/Goutte d’Or/Polonceau
Cross, Portes d’Or, Vide Grenier

Dernière Saint Boris
Première Anne Hidalgo

La Saint Boris 2018, événement jusque-là très confidentiel, fut cette année une performance de rue à laquelle se sont jointes les forces vives du quartier, l’association Action Barbès allant jusqu’à préférer officiellement l’inauguration de l’éphémère rue Anne Hidalgo à l’énième marche exploratoire proposée par les prestataires privés de la maire de Paris, en l’occurrence l’agence Ville ouverte dont les contrats demeurent protégés par le secret commercial (voir le blog d’Action Barbès du 16 mai 2018).

Dans la foulée, le barbecue des commerçants en ouverture des Fêtes de la Goutte d’Or le 29 juin, le concert improvisé au large du restaurant de la Goutte d’Or le même soir, la guinguette du café Polonceau le 30 juin seront autant de prises de bastilles que le prétendu vote des EDL* le 1er juillet, ne réussira pas à enfermer dans son totem.

Après l’étude de Violette Roland publiée quelques mois plus tôt par SOS Paris sur la destruction programmée de la Goutte d’Or au début des années 1980 – programmée de concert par la gauche et la droite, Lionel Jospin et Alain Juppé étant alors au pouvoir dans la Goutte d’Or, à l’Hôtel de Ville, à Solférino et à l’Elysée (fait historique avéré que le certes très jeune Éric Lejoindre, actuel maire du 18e arrondissement,  ne saurait ignorer plus longtemps en cachant sa famille politique derrière un improbable « c’était pas nous ») –, Cavé Goutte d’Or voyait ainsi relayée sa critique de l’abandon du quartier à la perception étriquée du logement social que le pouvoir avait réussi à faire passer comme venant des associations d’habitants : C’est en effet en qualité de responsable associatif d’abord que Michel Neyreneuf, ensuite responsable politique, adjoint au maire du 18e arrondissement chargé de l’Urbanisme, du Logement et de l’Architecture, soutenait en 1993 qu’« un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (Prêts locatifs aidés »).

Forte de ce credo dépréciant, la Mairie laisserait impunément (on revient à ce mot plus loin) libre cours à son entreprise politique de destruction du quartier dont l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) estimait en même temps, au début des années 1980 aussi, qu’il était digne de la plus grande attention patrimoniale.

Les « espaces urbains d’intérêt élevé » (en jaune) et les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » (en rouge foncé) identifiés par l’historien François Loyer pour l’APUR dans un rapport publié en 1981. Agrandir l’image.

Le souci de ne pas dépasser les plafonds PLA aura-t-il fragilisé le quartier ? Et paradoxalement (?), involontairement (?), aidé Barbès et la Goutte d’Or à s’installer durablement dans les économies parallèles, y entrainant la Chapelle, zones devenant d’autant plus sensibles qu’on les plaçait en sécurité prioritaire ?

Trajectoire

Difficile en tout cas, aujourd’hui, de remonter la pente, d’infléchir le « sentiment d’impunité » qui se serait installé dans le quartier (comme l’adjoint à l’Urbanisme, au Logement et à l’Architecture l’a encore relevé lors du lancement de « Tous mobilisés » le 19 avril 2018), d’appréhender « la question des mineurs non accompagnés » qui préoccupe aujourd’hui Barbès et la Goutte d’Or, – une question en réalité bien plus vaste dont l’étude proposée par l’association Trajectoires en avril 2018 relève combien hélas le terrain est propice à son installation durable.

En titrant en page 7 « L’attraction de la Goutte d’Or, opportunités économiques et ancrage dans l’errance », les auteurs de l’étude soulignent en effet les perspectives offertes par le quartier, – et il s’agit bien d’offres, répètent-ils en page 46 de leur travail : « Chaque ville européenne est également décrite par les ‘opportunités économiques’ qu’elle offre : Barbès grâce à ses receleurs, Göteborg et ses circuits pour la revente de drogue, etc. ».

Et Trajectoires de poursuivre :

  •  « À  Barbès, ces mineurs s’installent dans un quartier où la vente de drogues et de cigarettes de contrebande est très présente. Au-delà de ces activités anciennes, d’autres activités semblent en augmentation depuis l’arrivée de ces enfants : le recel de téléphones portables, d’appareils multimédia et de bijoux. Leur participation à des circuits de vols et de recel dans un quartier connu pour ses activités organisées accrédite l’hypothèse selon laquelle ces jeunes présentent un intérêt pour des organisations délinquantes locales. Si des épisodes de violence entre les groupes installés depuis plusieurs années et ces mineurs peuvent laisser penser qu’ils nuisent à certains ‘business’, l’intensité de l’activité délinquante des plus jeunes révèle une forme d’acceptation par des groupes criminels locaux trouvant un intérêt à leur présence sur le territoire de la Goutte d’Or » (Étude Trajectoire, page 46).

Plus loin encore :

  • « Les mineurs qui sont à Barbès se plaignent des conditions difficiles et de la violence mais  expliquent qu’ils peuvent faire beaucoup d’argent et qu’il est très facile de revendre les produits volés. Après des périodes d’activité intense à Barbès, certains partent se reposer dans une autre ville en France, dans un centre en Allemagne ou ailleurs, puis reviennent au bout de quelques semaines faire de l’argent à Barbès » (Étude Trajectoire, page 50).

« Plafonds PLA » et « faire de l’argent à Barbès » 
Urbanisme cheap et économie parallèle

Évoquant rien moins que la « sous-traitance d’actes délinquants » au vu et au su de tous dans « un quartier connu pour ses activités organisées » (et où « le sentiment d’impunité est tel », pose comme un acquis l’adjoint à l’Urbanisme, au Logement et à l’Architecture), l’étude de Trajectoires – dont on recommande encore la lecture – avait déjà fait ironiser le blogmaster sur l’éventuelle installation du Quai d’Orsay place Polonceau (notre billet du 24 avril 2018). Avec le transfert de la rue de Valois sur la rue Boris Vian, c’est bien une boucle qu’on bouclerait.

  • EDL : Équipes de développement local, bras armés de la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires à la Mairie de Paris (voir nos pages Politique de la ville).
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