Vœux pieux

Anne Hidalgo : « ‘Tous mobilisés’ toujours sous les applaudissements collectifs »

  • Dépourvue de confrères avisés (ou simplement présents aux réunions), la journaliste de France culture qui la reçoit en studio laisse la maire de Paris assurer que « chaque réunion sur Château Rouge et la Goutte d’Or s’est toujours terminée par des applaudissements collectifs ».

Les correspondants de Cavé Goutte d’Or n’ont sans doute pas assisté à toutes les réunions tenues par Anne Hidalgo autour du dispositif « Tous mobilisés », la dernière marotte mascotte que la Politique de la ville tente laborieusement de vendre (et à quel prix ? demandent les habitants toujours plus insistants) dans les quartiers défavorisés de la capitale.

Mais par recoupements et les retours de plusieurs de ces réunions sur les réseaux sociaux, par expérience aussi pour avoir assisté à celle du 14 juin à la Mairie du 18e, l’association peut affirmer que la déclaration d’Anne Hidalgo sur ce point se situe entre, au mieux : le wishfull thinking, et au pire : le fake news.

Si la séance du 14 juin 2018 ne s’est assurément pas conclue sous les sifflets, la maire de Paris et l’aréopage qui l’assistait ce soir-là s’étant montrés très aimables et patients, son déroulement a néanmoins mis au grand jour des carences de méthode et de principe qu’il eût été indécent d’applaudir.

On peut lire à cet égard le billet posté sur le blog le 19 juin 2018 : « Anne Hidalgo désenchantée par l’accueil réservé à son opération ‘Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud’ ».

La maire fait du Macron sans le texte

Lors du Magazine de la rédaction, que France culture a eu la gentillesse de programmer vendredi à 17 heures au moment où s’ouvraient les Fêtes de la Goutte d’Or tout en réussissant à ne pas en parler et à ne pas interroger la maire de Paris sur les coupes budgétaires infligées cette année aux organisateurs de La Goutte d’Or en fête, institution de 33 ans, et sur les dépenses somptuaires engagées en revanche pour payer une agence d’urbanisme, une association de mobilier urbain et une fresque sur la place Polonceau, Madame Hidalgo a soutenu la thèse du « pognon de dingue » sans utiliser la délicate expression du président de la République :

  • « Si on regarde les dispositifs, les outils, les moyens, les quartiers de la Chapelle, de la Goutte d’Or et de Barbès sont les quartiers dans lesquels on met beaucoup de moyens, assure Anne Hidalgo, beaucoup plus de moyens que dans d’autres quartiers. C’est un choix délibéré, sauf que ça ne se voit pas ».

Et la maire de poursuivre : « Si le résultat n’est pas visible et si les gens nous disent ‘À quoi ça sert puisqu’on ne voit pas de résultat’, il faut inverser et partir du quartier », – pas au sens de le quitter, bien sûr, comme le suggère presque la Une de Télérama ce week-end, mais au sens de le mettre au point de départ de la réflexion. D’où l’invention de « Tous mobilisés » que la maire présente comme une recherche de nouveaux interlocuteurs.

Contourner les associations

La « méthode nouvelle » que revendique la maire de Paris est en effet très explicitement présentée comme une recherche de nouveaux acteurs, et en réalité d’acteurs tout court, monsieur-et-madame-tout-le-monde que l’agence Ville ouverte et l’association Extra-Muros sont sans doute censées débusquer autour de leurs « marches exploratoires » et panneaux d’informations en kit de récupération.

 « Les marches exploratoires sont parfois perçues comme une insulte », ose la journaliste de France culture. Que nenni, rétorque la maire de Paris qui évoque le concept de « démocratie collaborative » en lieu et place de celui de « démocratie participative » qu’elle a longuement soutenu dans le cadre du budget du même nom, autant de slogans trahissant ce qu’une habitante du quartier depuis une quarantaine d’années appelle « démocratie approximative ».

  •  « Cette méthode nouvelle, qui est une méthode plus pragmatique, part beaucoup plus des acteurs, et pas des acteurs institutionnels parce qu’il y a aussi de l’institutionnalisation dans l’univers des associations ».

Il y a dans ce propos une réponse directe aux associations qui se sont adressées le 20 juin 2018 à la maire de Paris pour précisément contester la méthode de « Tous mobilisés » (lire ici) ; et un blanc-seing donné au Secrétariat général de la Ville de Paris comme aux équipes de développement local dans leur politique de black-out de l’information sur les décisions prises et leurs coûts.

Le mobilier urbain réservé aux quartiers maltraités (ici au carrefour des rues des Gardes et de la Goutte d’Or).

On a pu lire en effet récemment sous la plume du Secrétariat général de la Ville de Paris que le mémoire technique de l’agence Ville ouverte n’était « pas communicable en ce qu’il est en totalité couvert par le secret en matière industrielle et commerciale » (voir notre billet du 29 juin 2018).

Et, si les animateurs des EDL qui ont courageusement affronté la critique de leur totem sur la place Polonceau vendredi (voir « La Goutte d’Or Sud en goguette »), ils ont assuré avec humour que « tout est carré ». À entendre les EDL vendredi sur site mais sous réserve des réponses écrites sollicitées, une ligne budgétaire spécifique serait ouverte avec Extra-Muros et, pour évaluer le coût des prestations de cette association avec laquelle les services de la Ville semblent donc être en relation contractuelle installée, on peut se référer au devis qui avait été proposé à La Table ouverte lorsqu’elle animait la pétanque de la friche située au carrefour des rues Myrah et Léon.  Les places assises étaient chères si l’on en croit le projet alors présenté par Extra-Muros.

Au-delà même des prix confortables pratiqués, on peut se demander si monsieur-et-madame-tout-le-monde seraient finalement plus dociles que les associations dans leurs relations avec les agences et artisans sociaux. Le reportage de terrain sur lequel s’appuie par endroits la Magazine de la rédaction de France culture suit en effet un instant une ‘marche exploratoire’ de l’agence Ville ouverte dans laquelle on entend un habitant exprimer son désarroi devant les créations d’Extra-Muros consistant, par exemple, à utiliser des palettes de chantier ou de marché pour faire des bancs, – un peu comme l’avaient fait naguère les animateurs de la délicieuse « friche en cloque » avec la complicité active de la SEMAVIP (acteur institutionnel du quartier s’il en est) ou le font encore, dans une étrange impunité, l’association Les Magnolias sur le flanc de l’église Saint Bernard qui, il est vrai, en a vu d’autres avec, par exemple, l’extension de l’école Saint Bernard et les containers Trilib’.

Lire notre enquête dans la page « Développement local » du blog à la date du 6 octobre 2014. Le temps passe, les palettes restent.

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