Action de grâce

Les petits plats dans les grands

  • Ce dimanche 24 juin, à l’issue d’une « messe d’action de grâce pour l’année pastorale », l’école Saint Bernard dont la construction récente d’une extension nargue l’église Saint Bernard monument historique invitait les paroissiens à un pique-nique partagé dans la cour de l’école (ou ce qui reste de cette cour qui devait être un espace libre protégé).
  • On ignore si le curé portait une veste à la Melania Trump : « I really don’t care. Do you ? ».
  • En tout cas, le diocèse de Paris se moque bien de cet imbroglio qui permet, grâce à l’intervention active de la Mairie du 18e, que l’appendice architectural d’une école catholique porte atteinte à un édifice catholique classé MH : le secrétariat de l’archevêque de Paris n’a en effet pas hésité à envoyer un courrier à l’une des victimes de l’OGEC constructeur contre remboursement des frais de port. Une action de grâce avant la lettre !

Sur les grilles de l’église Saint Bernard monument historique.

Nos lecteurs se souviennent que plusieurs riverains de l’école et de l’église Saint Bernard, au cœur de la Goutte d’Or, avaient tenté d’empêcher la construction de l’appendice sans âme que l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie a construit dans la cour de l’école, à deux pas de l’église classée Monument historique, lui infligeant une atteinte durable (la nouvelle construction n’aura pas la longévité de l’ancienne).

Comme l’a rappelé SOS Paris dans son message du 26 mai 2018 à l’occasion du vide grenier de Paris-Goutte d’Or sur le parvis du monument historique, ils ont perdu le référé déposé devant le TGI de Paris et se sont vu poursuivre par l’OGEC qui, pour récupérer un article 700 de 3.000 € auquel il pouvait renoncer, n’a pas hésité à augmenter cette somme de 2.000 € d’intérêts et de frais d’huissiers, allant jusqu’à saisir le compte en banque de l’un d’entre eux alors qu’il avait lui-même payé sa quote-part et que les deux tiers de la dette avaient été versés au gestionnaire de l’école (commandement de payer et saisie).

L’une des requérantes victimes de l’OGEC, de son architecture anxiogène et de ses poursuites agressives s’est vu récemment retourner les 100 € qu’elle avait envoyés à l’archevêque pour payer une partie de sa quote-part et lui expliquer son désarroi, deux billets de 50 € glissés dans une lettre qui disait notamment :

  • « Je fais partie des 13 personnes qui ont fait une action en justice contre la nouvelle construction de l’école Saint Bernard dont l’architecture ne correspond pas au quartier et qui porte atteinte à l’église Saint Bernard que je connais depuis toujours. J’y ai été baptisée en 1984, je suis membre de la paroisse, j’ai participé au JMJ de 1997 à l’époque du père Marcel en tenant la permanence téléphonique au presbytère rue Saint-Luc, et au 150e anniversaire en 2011. Je connais aussi très bien l’école Saint Bernard, où j’ai été surveillante salariée de l’OGEC pendant environ 5 ans dans les années 1990 et où j’ai donné des cours bénévoles de théâtre pour la classe d’adaptation Je connais Madame De Bonneuil et lui envoie une copie de cette lettre. Je suis étonnée que la direction de l’école réclame le montant de l’indemnité qu’elle pourrait ne pas réclamer (…) » (lire ici pour mémoire).

Et cette paroissienne de l’église, ancienne salariée de l’école, de poursuivre sur des considérations personnelles très touchantes dans lesquelles elle dit « envoyer 100 € », ne pouvant pas plus pour l’instant.

Alors que le directeur diocésain de l’Enseignement catholique lui répondait sèchement (lire ici), le secrétariat de l’archevêque était pour sa part chargé de lui renvoyer les cent euros au motif que « nous ne pouvons interférer en aucune manière dans la procédure en cours ». De fait, la procédure était terminée depuis longtemps, et l’exécution du jugement était bouclée elle aussi puisque l’huissier venait d’opérer une saisie bancaire à l’encontre d’un autre riverain victime de l’organisme de gestion de l’enseignement catholique.

Le diocèse pouvait donc parfaitement suggérer à l’OGEC de se montrer moins agressif avec les riverains de son école qui représentaient assurément un courant de pensée partagé par plusieurs habitants de la Goutte d’Or et bien au-delà si l’on en juge par les réactions suscitées face à son projet architecturale d’extension. La méthode que le secrétariat de l’archevêque a choisie pour retourner les 100 € qui lui avaient été envoyés semble d’ailleurs indiquer que ce n’est pas tant qu’il « ne pouvait en aucune manière interférer dans la procédure en cours », mais surtout que la paroissienne, déjà victime des architectes et des huissiers de l’OGEC, devait encore être punie d’avoir osé envoyer deux billets de 50 € à l’archevêque : le coût de leur renvoi lui serait ainsi facturé. C’est du moins ce qui semble ressortir du célèbre cachet-de-la-poste-qui-fait-foi :

LRAR n° 1A13940848199 du diocèse de Paris.

« Cet envoi vous sera remis contre paiement de la somme de 4,91 € » (encadré en bas à gauche de l’avis de passage pour le LRAR n° 1A13940848199 du diocèse de Paris). Il semble manquer deux centimes à la demande de remboursement, option offerte par La Poste pour les valeurs déclarées.

Le secrétariat de l’archevêque ne pouvait mieux « interférer dans la procédure », comme il s’en défend et fût-elle terminée pour ce qui concerne sa correspondante, qu’en lui faisant payer les frais de port de sa réponse. De même, le responsable de l’enseignement diocésain ne pouvait mieux, comme on l’a vu déjà dans un précédant billet, conforter les requérants dans leurs dénonciations d’un permis mal instruit et accordé pour de mauvaises raisons qu’en invoquant l’état de délabrement de l’école pour en justifier la demande (lire notre billet « En défendant (trop) l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, le diocèse de Paris met en lumière le conflit d’intérêts à l’origine du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard ».

Comme l’a en effet souligné par ailleurs le requérant qui a vu son compte bancaire saisi par l’OGEC : « (…) Il n’est pas nécessaire de déformer la réalité : personne ne s’est jamais opposé aux travaux de modernisation ou d’agrandissement de l’école Saint-Bernard, et ce n’est pas de notre faute si elle ne respectait pas les normes en vigueur et se retrouvait dans un état qui pouvait motiver sa fermeture. Nous n’avons pas attaqué le projet de travaux, mais le projet architectural, qui avait déjà été, comme vous le savez, récusé par le maire de Paris lorsqu’il avait refusé d’accorder le permis de construire. Votre réaction me conforte définitivement dans l’idée que nous avions raison de réagir, même si aujourd’hui vous nous le faites payer, en appliquant avec brutalité la loi du plus fort ».

Lancée sur le parvis de l’église Saint Bernard le 27 mai, la cagnotte de SOS Paris pour la défense du patrimoine de la Goutte d’Or s’est prolongée lors des Portes ouvertes des ateliers d’artistes du quartier du 8 au 11 juin. On la trouvera lors de diverses manifestations de la Goutte d’Or en fête du 29 juin au 1er juillet et elle restera ouverte jusqu’aux Journées du patrimoine des 15 et 16 septembre (voir aussi nos reportages sur la page Vie du quartier).

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