Mob’lib’

Anne Hidalgo désenchantée par l’accueil réservé à son opération « Tous mobilisés pour la Goutte d’Or Sud »

  • « C’était mieux à Château rouge », « va falloir travailler avant ma prochaine visite », dit en substance la maire de Paris à un public plus prompt à critiquer  les erreurs structurelles dont souffre le quartier depuis près de 40 ans qu’à étudier le diamètre des nouvelles poubelles de rue.
  • La Goutte d’Or était sans doute déjà trop mobilisée pour répondre aux critères étriqués de « Tous mobilisés ».

La maire de Paris, qui n’avait pas manqué de venir spontanément donner le départ du cross de la Goutte d’Or dix jours plus tôt (« un #cross très sportif et très festif » poste-t-elle le jour-même sur son compte Facebook), a renouvelé l’exercice, très sportif en effet, du contact avec les habitants de ce quartier récemment présenté comme « maltraité » par Le 18e du mois de mai 2018, qui remet le couteau dans la plaie dans son édition de juin : « Exit Boris Vian et… quelles suites ? » (Lire le titre/Acheter le journal).

« Tous mobilisés », Mairie du 18e, 14 juin 2018.

Très sportif mais moins festif, pour le coup : peu de selfies, en effet, ce jeudi 14 juin dans la salle des mariages de la Mairie du 18ème et beaucoup de doléances à l’encontre de la gestion du quartier, remontant à une quarantaine d’années pour certains des intervenants qui ont évoqué « un problème structurel » et remis en cause l’urbanisme et l’habitat autant que les questions de propreté et de sécurité qui, pour être très exacerbées actuellement, sont sans doute plus conjoncturelles et, en tout état de cause, liées par un rapport certain de causalité aux erreurs historiques dans l’aménagement du quartier, telles que les dénonce la pétition toujours en ligne lancée cet hiver sur change.org.

  •  « Les immeubles qui ont été construits dans les années 1990 sont une catastrophe », confirme une habitante de la Villa Poissonnière, rare partie sauvegardée des « espaces urbains de qualité élevée » qui avaient été recensés à la fin des années 1970 par l’Atelier parisien d’urbanisme, un ‘machin’ dont Anne Hidalgo sera la présidente du conseil d’administration au cours de la seconde mandature Delanoë. Ils consacrent « un échec flagrant en matière de mixité », les pieds d’immeubles sont « immondes », rien ne « donne envie d’être dans ce quartier vilain ».

La charge était forte et remettait en perspectives les propos de la maire de Paris qui appelait au contraire les habitants de la Goutte d’Or à être fiers de leur quartier, un quartier qu’elle présente comme  « emblématique », « historique », « connu dans le monde entier », un quartier au « potentiel énorme ».

L’esquive à Lejoindre

32 rue des Gardes livré en 2003.

Cette charge, le maire d’arrondissement Éric Lejoindre tenta à nouveau de l’écarter avec l’argument qui voudrait que : 1) ce n’était pas nous, c’était Juppé ; et 2) les leçons ont été tirées, – argument à double détente que nous avons déjà combattu dans ces pages en rappelant : 1) que la destruction du quartier est l’œuvre de la droite et de la gauche réunies, la droite à la Ville, la gauche à l’État et que c’est Lionel Jospin, alors député de la Goutte d’Or, secrétaire général du Parti socialiste, et non Alain  Juppé, qui, en juin 1984, a éconduit une délégation de l’association Paris-Goutte d’Or qui lui demandait d’intercéder en faveur du sauvetage du quartier (lire ici) ; et 2) la rénovation du Nord ne rattrape pas le désastre du sud, plusieurs immeubles livrés dans les années 2000 dans les rues Laghouat, Léon, Myrha ayant le même caractère anxiogène que ceux de la Goutte d’Or Sud et étant aujourd’hui dans un état de décrépitude avancé. Sans compter les projets tout neufs qui ont vu le jour en 2017, comme l’extension de l’école Saint Bernard qui consacre le mépris de l’équipe actuellement aux responsabilités pour l’unique monument historique de la Goutte d’Or qu’est l’église Saint Bernard (Lire notre billet du 13 juin 2018 : « Lejoindre remet son métier sur l’ouvrage »).

Éric Lejoindre : « Nous avons tiré les leçons de la Goutte d’Or Sud ». Ici le 45bis rue Myrha livré en 2004.

Résultat : les mesures qui auraient dû être proposées par les équipes de « Tous mobilisés » ne le purent pas en raison de l’orientation prise par les débats, remettant en cause des décennies de zonage d’exception (zones urbaines sensibles, zones de sécurité prioritaire, « tous ces trucs qui commencent par Z », selon le mot du représentant d’Action Barbès), la méthodologie (critiquée d’emblée par représentant de Paris-Goutte d’Or) et une attitude dans la méthodologie qui pouvait être perçue comme de la malveillance, selon un autre intervenant.

Nous dirons plutôt négligence, inattention, maladresse – comme dans cette réponse de la commissaire à l’inquiétude d’un intervenant de voir des policiers inexpérimentés, à peine sortis de l’école (de police certes), venir en renfort dans le quartier : « Ne vous inquiétez pas, en six mois, à la Goutte d’Or, les nouveaux deviennent des anciens ») – ou inadéquation, inadéquation de projet autant que de méthode.

Au-delà en effet de la méthodologie (« la méthodo », dira Éric Lejoindre dans un langage d’initiés que trahit aussi le titre « Les objectifs du copil » pour « comité de pilotage » en page 2 du document remis aux participants), l’objectif même de l’opération est en cause. Et cela se traduit dans la déception d’Anne Hidalgo : « Ce n’est pas aussi efficace que ‘Tous mobilisés pour Château-Rouge’ », conclut-elle le 14 juin en référence à l’expérience qu’elle a récemment menée à quelques rues de là, lançant encore, plus par dépit que par défi, des slogans aussi étranges que « Je peux débloquer des trucs plus rapidement », « Je vous demande de m’utiliser intelligemment ».

Vers un shadow cabinet

À la question improbable « Y a-t-il un copil dans l’avion ? » semble répondre le sentiment de beaucoup d’habitants de la Goutte d’Or que les Mairies de Paris et du 18e arrondissement, dont tous reconnaissent en même temps qu’elles sont confrontées à une situation particulièrement difficile, n’en ont pas pris la mesure, et que la démarche « Tous mobilisés » – démarche exploratoire s’il en est – ne peut remplir les fonctions qui lui sont attribuées. Et là est sans doute l’ultime et première question : quelles sont ces fonctions ?

Elles doivent, à nos yeux, incorporer la sortie du dispositif « Z », pour l’appeler comme l’a joliment fait Action Barbès, sortie que le blog a proposée expressément lors des élections municipales de 2014 et législatives de 2017.

Pour accompagner le mouvement, un groupe de suivi est en phase de constitution. Une première consultation a été lancée le 14 juin, peu avant la réunion en Mairie, à l’attention du secrétariat général de la Ville de Paris, des EDL et de l’association Extra-muros. Elle porte notamment sur les opérations et le coût des opérations en cours sur la place Polonceau (fabrication d’un totem annulée pour cause d’orage, reportée du 11 au 30 juin 2018) où une fresque devrait être apposée prochainement pour un coût de 22.500 € (lire la consultation, lire le totem renvoyé, lire l’article sur la fresque Polonceau).  Aucune réponse n’avait été reçue au moment de poster ce billet. À suivre.

  • Lire aussi, à l’occasion du 3e anniversaire du classement de l’église Saint Bernard,  l’intervention de Cavé Goutte d’Or auprès de Véronique Levieux, adjointe d’Anne Hidalgo chargée du Patrimoine, pour demander la signalisation MH de l’édifice et le déplacement des containers Trilib’ dans ses abords protégés (notre billet du 18 juin 2018).
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