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ANRU, GPRU, PNRU, NPNRU,… la rue Boris Vian envahie par les projets de rénovation urbaine

  • De l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) au Programme national et Nouveau programme national de renouvellement urbain (PNRU et NPNRU) en passant par le Grand projet de renouvellement urbain (GPRU), le secteur Arcades Gouttes d’Or/rue Boris Vian sombre sous les « rénovations » et « renouvellements » qui le minent depuis 30 ans.  
  • Alors que la Cohérie Boris Vian, qui soutient le quartier dans ses tentatives de requalification urbaine, s’apprête à retirer l’autorisation qu’elle a donnée en 1992 pour que la rue porte le nom de l’écrivain, la Mairie du 18e contredit la Mairie centrale quant au respect des délais.

Malgré une communication étrangement limitée, la réunion de travail organisée en catimini le 19 avril 2018 par la Mairie du 18e a rassemblé les forces vives du quartier : les associations historiques Paris-Goutte d’Or et Action Barbès étaient représentées en force, la toute jeune Union des Commerçants de La Chapelle-Goutte d’Or, la Goutte verte, la Salle Saint Bruno et Cavé Goutte d’Or étaient là aussi ; les initiateurs des pétitions remises aux autorités municipales et étatiques lors d’une cérémonie sur « la place Polonceau » le 27 mars dernier rappelaient leur combat et ses développements.

De la place Polonceau au Quai d’Orsay

Dans les tweets et retweets qu’il a suscités, notre billet d’annonce du 19 avril – le jour-même de la réunion en Mairie en effet car nous n’en fûmes, comme beaucoup, que très tardivement informés – a soulevé l’étonnement de voir le Maire du 18e lancer un dispositif « Tous mobilisés » pour la seule Goutte d’Or (et même pour le seul « quartier Polonceau » selon les termes d’Éric Lejoindre) alors que les problèmes qu’il voudrait voir ainsi abordés concernent tous ses quartiers Est.

  • « Peut-être faudrait-il être ‘Tous mobilisés pour le nord du 18e Goutte d’or, Barbès, Château Rouge, Place de la Chapelle, Marcadet, Marx Dormoy, Porte de la Chapelle, Pajol….’ Les problèmes d’occupation d’espace public sont partout », suggérait SOS La Chapelle dans un tweet beaucoup aimé et retweeté.
  • « Pas sûr que @mairie18paris soit vraiment au courant que #lachapelle fait partie de son arrondissement », répliquait un internaute.

Les sigles qui forment le titre de ce billet sont là pour rappeler la dimension nationale des problèmes que rencontrent les quartiers Est du 18e arrondissement et le dispositif « Tous mobilisés (…) pour l’espace public à Polonceau » paraissait bien dérisoire, ce 19 avril, lorsque l’assistance se vit remettre la copie d’une lettre que la maire de Paris adressait, le même jour, au premier ministre Édouard Philippe pour lui rappeler qu’il en allait, pour ce qui concerne en tout cas les enfants marocains en errance dans la Goutte d’Or, de sa mission et de celle des affaires étrangères.

Mais avant de voir le Quai d’Orsay s’installer sur « la placette Polonceau » (dont l’ANRU annonce la rénovation de façon renouvelée), force est de rappeler les engagements pris par la municipalité quant au calendrier de la requalification du secteur.

Printemps 2020

Interrogés sur ce point lors de la réunion du 19 avril, Éric Lejoindre et Michel Neyreneuf peinèrent à admettre qu’un quelconque engagement sur la question eût été émis : « En tout cas pas par moi », dira élégamment le maire du 18e en laissant ainsi à Colombe Brossel, absente, la responsabilité du calendrier. Ce qui tombe bien puisque Colombe Brossel a déjà confirmé la date du printemps 2020 dans un entretien avec une délégation de signataires de la pétition Une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier Goutte d’Or/La Chapelle : « Le projet sera livré en temps et en heure et des concertations avec les riverains auront lieu, elles aussi, en temps et en heure », indiquait en effet l’adjointe d’Anne Hidalgo le 6 mars 2018 (lire le compte-rendu ici).

Il ressort d’ailleurs de tous les recoupements possibles que la date de « mai 2020 » est bien celle annoncée par la Mairie pour la livraison du projet. Cette date fut notée par Cavé Goutte d’Or sur son blog le 28 novembre 2016, quelques jours après son annonce par Colombe Brossel :

  • « L’assistance a salué les efforts que la Ville de Paris s’apprête à entreprendre sur le secteur avec un calendrier en trois temps – immédiatement pour l’entretien et les réparations urgentes nécessaires, dès le prochain conseil de Paris pour les décisions et le budget, avant la fin de la mandature en 2020 pour la réalisation des travaux » (lien).

Elle fut corroborée par Action Barbès le lendemain, 29 novembre 2016 :

  • « Colombe Brossel reprend la parole pour souligner qu’avec l’ANRU, on est dans le moyen terme, à cause des études à mener, des permis de construire à déposer,  à obtenir…. , à la louche on arrive à la fin de la mandature… » (lien).

Le billet d’Action Barbès est illustré d’un cliché de l’estrade sur laquelle avaient pris place, de droite à gauche : Michel Neyreneuf et Éric Lejoindre (qui ne se souviennent d’aucune date), Colombe Brossel (qui a annoncée la date de 2020) et Jacques Baudrier (qui l’a confirmée), ce dernier étant chargé des questions relatives aux constructions publiques, aux grands projets de renouvellement urbain et à l’architecture.

Le visuel surplombant la représentation municipale le soir du 22 novembre 2016, repris pour et illustrer ce billet, rappelle au besoin le titre de la présentation : « Choix d’un scénario privilégié ».

À cet égard, si les plans présentés ce soir-là par l’agence d’architectes A AFeraru étaient naturellement ceux d’un projet, laissant la Ville libre des appels d’offres à lancer et des contrats de maîtrise d’œuvre à mettre en place, un engagement était assurément pris par la Mairie de Paris auprès des habitants, pour ne pas dire des électeurs puisque aussi bien, selon la formule que retient Action Barbès, le projet était présenté comme pouvant être réalisé « à la louche à la fin de la mandature ».

Un encadrement solennel

La date de 2020 répond aussi au terme même du contrat quinquennal dans lequel s’inscrit le soin apporté par l’État et la Ville au quartier de la Goutte d’Or, déjà mis à mal par sa destruction décidée au mépris des études d’experts et d’un projet de l’APUR qui en proposaient la rénovation fine au début des années 1980.

Dans son avant-propos, le contrat de ville parisien 2015-2020 pose en effet : « La lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme, l’égalité entre les femmes et les hommes, la participation des habitants et la mobilisation en faveur des valeurs républicaines et de la laïcité sont des principes intangibles qui guident l’ensemble de nos politiques publiques.  Notre  intervention  dans  les quartiers populaires sera fidèle à ces principes. Une nouvelle  page  de  la  République  s’écrit depuis le 11 janvier 2015 ».

Le Contrat de ville parisien sur lequel repose la requalification de la Goutte d’Or poursuit : « La mobilisation citoyenne après les attentats qui ont visé le cœur des valeurs républicaines est porteuse d’une exigence vis-à-vis de l’ensemble de la société, et singulièrement des pouvoirs et services publics. Accompagner le besoin de cohésion sociale, de fraternité, de promotion de la citoyenneté et des valeurs républicaines qui s’exprime dans le pays, telle est notre mission. Dialoguer, encore et toujours avec les habitants, et apporter aux acteurs du lien social les outils dont ils ont besoin pour échanger librement, en particulier avec la jeunesse et les populations les plus fragiles, telle est notre méthode ».

« Une exigence singulière
vis-à-vis des pouvoirs publics »

Dans son préambule, le contrat de ville parisien 2015-2020 indique encore :

  • « Avec le contrat de Ville parisien 2015-2020, l’État, la Ville et l’ensemble des partenaires signataires se fixent des objectifs ambitieux d’intervention dans les quartiers populaires parisiens jusqu’en 2020. En effet, seule une action déterminée en faveur des quartiers qui en ont le plus besoin permet à la solidarité territoriale de s’exprimer pleinement et au pacte républicain de prendre tout son sens.
    L’État, dans la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine (dite loi VECU), a formalisé la volonté de la Nation de concentrer les moyens pour garantir l’égalité, la justice sociale et l’émancipation de tous. Pour la première fois, les crédits dédiés à la politique de la Ville viendront appuyer une mobilisation sans précédent des crédits de droit commun ».  

La réunion publique du 22 novembre 2016 fut officialisée sur le site de Mairie de Paris : le citoyen parisien sait ainsi qu’une étude urbaine a été officiellement menée et  officiellement présentée au quartier et sur le site « Imaginons Paris ». Il sait ou peut savoir, par des sites sérieux et reconnus comme tels (cf. Le 18e du Mois de novembre 2016), que des engagements ont été pris pour le printemps 2020.

L’étude d’AAFeraru est disponible et approfondie (lien). Les visuels en ont encore été présentés au quartier lors de la dernière Saint Boris du 2 mai 2017, en présence notamment des architectes de l’agence, d’Action Barbès, de SOS Paris, de l’élue référente pour le quartier (lien).

Le dispositif « Tous mobilisés » lancé le 19 avril pour la Goutte d’Or Sud (à moins que ce ne soit pour Polonceau) ne saurait ignorer ces engagements et ce calendrier. Or, en proposant de recouvrir le désastre de palissades et de fresques (dont l’une à venir très précisément sur la place Polonceau que le projet d’AAFeraru destine à un bar en rotonde [image]), ou d’organiser des promenades urbaines, des animations – parfois avilissantes, craignait à bon droit un intervenant – agrémentées de « concertations citoyennes », ce dispositif s’écarte activement de l’exigence de civisme et de responsabilité posée par le contrat de ville. Il s’en écarte d’autant plus activement qu’il est prétend répondre à l’urgence qui conduit la maire de Paris à alerter le premier ministre.

Le texte de « Tous mobilisés »

« Construire une vision »

« Aujourd’hui, l’opération ‘Tous Mobilisés pour notre quartier’ est lancée sur le secteur de la Goutte d’Or Sud – Polonceau, quartier dense, animé, au cœur de phénomènes multiples et complexes qui nécessitent une mobilisation renforcée. Il s’agit de construire avec vous les solutions pour améliorer votre quartier. (…) Il s’agit dans un premier temps d’identifier les problèmes et les possibilités d’amélioration du quartier afin de construire ensemble une vision partagée de la vie de la Goutte d’Or Sud et de faire ensuite des propositions pour améliorer la vie du quartier en remédiant aux difficultés rencontrées et en développant les avantages du quartier (…) Il s’agit de définir de manière collective des priorités sur les solutions proposées. Il s’agit pour les riverains, les associations, les commerçants, les services techniques de la Ville de Paris et les acteurs institutionnels de réaliser les actions identifiées comme nécessaires à l’amélioration des conditions de vie du quartier. Cette étape débutera dès la mi-juin, se poursuivra tous l’été avec les personnes souhaitant s’investir pour le quartier et sera suivie dans le temps pour une réalisation complète des actions choisies » (lire ici).

Nos lecteurs savent que la Politique de la ville tient ses états généraux ce jeudi 26 avril 2018, autre « mobilisation générale » annoncée qui devait avoir lieu le 12 avril mais fut reportée pour cause d’agendas contrariés (aucune autre raison ne fut proposée contre celle que nous avons suggérée), et ceux d’entre eux qui suivent cette mobilisation-là apprennent qu’un programme encore prévisionnel le 20 avril prévoit des « mots d’accueil de la Ville » à 14 heures et une « conclusion de Jean-Louis Borloo » à 17 h 30. Trois heures trente dont on se réjouit néanmoins de connaître le résultat.

Ce sera juste avant le 2 mai et, de toutes les « mobilisations » annoncées ici, celle de la Cohérie Boris Vian sera-t-elle la seule qui tienne ses engagements ? Aux dernières nouvelles, Sandrine Mees, l’élue EELV référente du quartier, annonçait qu’elle cherchait le compte rendu du Conseil de Paris de janvier 2017 qui devait voter le financement du projet de requalification urbaine et la Cohérie Boris Vian confirmait qu’elle renoncerait à laisser le nom de l’écrivain à la rue si elle n’avait pas reçu les garanties sollicitées (depuis 6 ans).

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