Solution durable

Une pétition met en cause les « erreurs historiques » qui auraient marqué l’opération de rénovation urbaine de la Goutte d’Or  

  • « Nous pensons que des erreurs historiques ont été faites dans l’aménagement et la gestion du quartier (ce, notamment depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980), et qu’il est urgent de corriger le tir », peut-on lire dans le texte d’une pétition récemment mise en ligne qui a recueilli plus de 800 signatures en quelques jours.

Mise en ligne le week-end dernier par des « habitants du quartier de longue date ou fraîchement installés, profondément attachés à l’esprit de solidarité et d’accueil qui le caractérise », la pétition « signale la forte dégradation de la sécurité dans le quartier Goutte d’Or / Barbès / La Chapelle / Marx Dormoy ces derniers mois » et « demande une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier » (Lire le texte de la pétition).

Adressée aux plus hautes autorités communales et nationales, à la maire de Paris Anne Hidalgo et au ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard en passant par Colombe Brossel, adjointe de la Mairie de Paris à la Sécurité, Prévention, Politique de la ville et Intégration, Julien Denormandie, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, Danièle Obono, députée de la 17ème circonscription de Paris, Michel Delpuech, préfet de police, préfet de la zone de défense de Paris, Éric Lejoindre, maire du 18ème arrondissement, Valérie Gœtz, commissaire de police du 18ème arrondissement, la pétition « exhorte solennellement (ses destinataires), en tant que représentants de la Ville et de l’État, à assumer la responsabilité qui incombe à (leurs) mandats et fonctions respectifs, et à prendre les mesures nécessaires ».

Urbanisme et sécurité

Au-delà du « dispositif de sécurité mis en place », qui doit être « revu et ajusté en fonction de son efficacité réelle », les pétitionnaires « demandent qu’une réflexion de fond soit relancée en impliquant les pouvoirs publics, la mairie, les associations, les commerçants et les habitants du quartier » sur les éventuelles « erreurs historiques dans l’aménagement et la gestion du quartier depuis l’opération de réhabilitation urbaine des années 1980 ».

Estimant qu’il est « urgent de corriger le tir », le texte poursuit :

  • « En 2012, la Goutte d’Or, déjà classée ‘zone urbaine sensible’, est devenue ‘zone de sécurité prioritaire’ (ZSP). Quel bilan pour ce dispositif qui, malgré les moyens annoncés et déployés, a laissé s’installer les marchés volants et trafics sur le pont Jessaint et aux alentours du métro Barbès, les dépôts sauvages d’ordure dans la rue, et la situation sécuritaire déplorable que nous vivons aujourd’hui ? »

Cavé Goutte d’Or avait évoqué les liens entre l’urbanisme et la sécurité du quartier dès septembre 2012, peu après l’instauration d’une ZSP sur la Goutte d’Or (notre billet du 10 septembre 2012).

Mais des architectes et urbanistes de renom l’avaient fait dès 1984 dans le cadre de la mise en garde qu’ils avaient adressée à la Commission chargée de l’enquête publique sur le projet de rénovation de la Goutte d’Or que le blog a déjà publiée ici. Plus récemment, Cavé Goutte d’Or a diffusé un article paru dans le Bulletin de SOS Paris de l’été 2017, dans lequel une habitante militante du quartier à l’époque de sa ‘rénovation’, ancienne membre de Paris-Goutte d’Or, rappelle les circonstances qui ont conduit à la destruction du quartier contre le projet de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) qui devait mener à sa préservation (lire ici).

La décision prise au début des années 1990 au nom des économies à faire sur le bâti et sur « l’effort architectural » (« Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds PLA (Prêts locatifs aidés ») est sans doute une des « erreurs historiques » à visiter aujourd’hui à la lumière de la pétition demandant une solution durable pour la sécurité et la salubrité du quartier. Elle peut assurément l’être sans vain reproche à ceux qui l’ont prise mais doit l’être, tout aussi assurément, au nom de la préservation de ce qui reste à préserver, – non pas seulement des vieux murs, mais de l’âme du quartier, de son histoire, de ce qui a été détruit et peut entraîner une nouvelle destruction.

Une architecture anxiogène ?

L’expérience menée par Cavé Goutte d’Or met en lumière que les destructions et reconstructions sauvages des années 1980-90 sont utilisées comme justificatifs des nouvelles destructions et reconstructions qui marquent les années 2010 : « Le quartier ne présente pas un intérêt architectural ou historique tel qu’il faille le préserver », disent en effet à l’unisson les promoteurs immobiliers et la Mairie dans les trois combats menés actuellement par l’association pour la préservation du quartier contre sa destruction par le Diocèse de Paris et l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie (angle Pierre L’Ermite/Saint Bruno), le bailleur social Batigère (angle Myrha/Affre) et le promoteur immobilier Sefricime (angle Cavé/Stephenson).

Le nouvel intérêt porté par une nouvelle génération d’habitants de la Goutte d’Or aux éventuelles « erreurs historiques dans l’aménagement et la gestion du quartier » offre-t-il la perspective d’une nouvelle prise de conscience et d’une responsabilité plus grande des habitants quant à leur environnement urbain ?

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