Anguille sous roche ?

Le pied d’immeuble de l’angle Myrha/Affre fragiliserait encore le projet Batigère

  • Le blog d’Action Barbès révèle cette semaine une éventuelle attribution non commerciale au rez-de-chaussée de l’édifice controversé actuellement en construction en face du 9 rue Myrha récemment réaménagé.
  • Une telle attribution serait contraire aux obligations posées par la SEMAEST, dont l’opérateur Batigère et l’architecte Louis Téqui avaient informé Cavé Goutte d’Or qu’elles déterminaient la surface du rez-de-chaussée et imposaient l’entrée du futur complexe immobilier au 5 rue Myrha, petit édifice Louis-Philippe qui n’en demandait pas tant.  

Un pied d’immeuble en pied de nez ? Illustration : le 9 rue Myrha éblouissant le futur 7 rue Myrha (Photo D.R. 19 mai 2017).

Nos lecteurs connaissent bien les aléas du projet Batigère sur l’angle des rues Myrha et Affre. Le Tribunal administratif aussi, qui a annulé l’un des permis de construire attribués au bailleur social sur cet angle au motif du « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France », défaut d’examen complet et sérieux qui caractérise l’action de l’ABF dans la Goutte d’Or.

Nos lecteurs et le Tribunal administratif savent aussi que le projet annulé par jugement du 26 novembre 2015 a été re-présenté à l’identique et a ré-obtenu, le 23 juin 2016, l’aval de la Mairie sur le fondement, si l’on peut dire, d’un avis de l’ABF dont rien n’établit qu’il aurait été émis après un examen plus complet et plus sérieux que les précédents. Au contraire puisque nous avons découvert, depuis, que l’ABF (qui ne se déplace manifestement jamais dans le secteur) s’était encore trompé de fiches sur le même angle dans son examen sérieusement incomplet du 9 rue Myrha, en face du 7 rue Myrha, confondant alors deux monuments historiques du même architecte Joseph-Auguste Magne sis dans deux quartiers différents du 18ème Est, l’un d’eux seul pouvant en l’occurrence entrer en matière (Lire notre billet du 4 septembre 2017 : « Non bis in idem »).

Sur le carrefour Myrha/Affre, l’ABF demande son chemin vers le MH le plus proche. Et se trompe encore ! Lire sur le blog.

Alors que le dernier projet Batigère en date, contesté devant le Tribunal administratif comme le fut celui qui avait été annulé et auquel il est expressément dit « identique », n’avait suscité aucun mémoire en réponse du bâtisseur dans les délais de la dernière clôture d’instruction, le 29 septembre 2017 – ce qui peut indiquer que le bailleur social se trouve sans défense devant la contestation de Cavé Goutte d’Or, ou qu’il s’en remet, ou encore qu’il est débordé (celà arrive même à Cavé Goutte d’Or !) –, voilà donc que l’édifice est fragilisé sur ses bases mêmes puisque le devenir de son rez-de-chaussée est mis en cause.

Une question de design ?

Selon le blog d’Action Barbès du 18 octobre 2017, l’attributaire pourrait en effet être l’association Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design, association bien connue du quartier dont nous avons ici même souvent rendu compte des activités, le plus récemment lors de l’opération audacieusement baptisée « Barbès Tendresse », présentée dans notre billet « À plates coutures » du 11 septembre dernier. Suggérant que, dans leur parcours même (voir carte ci-dessous), Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design pourraient prendre sous leurs ailes toute de tendresse la protection du quartier contre une architecture qualifiée dès 1984 par les experts Maurice Culot, François Loyer et autres d’« agressivement en rupture », l’idée de les voir prendre place au rez-de-chaussée d’un des immeubles controversés en raison de l’agression qu’on peut y voir pourrait être un premier pas vers une prise de conscience partagée.

Sur la carte des Gouttes d’Or de la Mode et du Design (parcours en rouge), ajout en jaune des points chauds créés par la direction de l’Urbanisme et les architectes des bâtiments de France (photomontage de Cavé Goutte d’Or).

Mais, comme le suggère Action Barbès, « si la demande de visibilité (de l’association Les Gouttes d’Or de la Mode et du Design) est bien légitime, en revanche, son implantation à cet endroit nous laisse dubitatifs ». Selon Action Barbès, en effet, le local du rez-de-chaussée de l’immeuble émergeant à l’angle des rues Affre et Myrha « est idéalement situé pour accueillir une activité commerciale et répondrait ainsi parfaitement aux attentes et aux besoins des habitants » :

  • « C’est également l’avis de bon nombre de commerçants riverains qui réclament à cet endroit une densification de l’offre commerciale, promise lors de leur installation. Soulignons encore que l’attractivité commerciale d’une rue tient à la diversité de l’offre mais également à sa relative concentration qui crée une animation propice à l’activité marchande, un rôle qu’un local associatif ne remplit pas, bien au contraire », poursuit Action Barbès.

Et l’association, très active sur les trois arrondissements qui se croisent sur le carrefour des boulevards Barbès, Magenta, de La Chapelle et Rochechouart, de rappeler que l’activité commerciale du rez-de-chaussée de l’immeuble en construction sur l’angle Myrha / Affre était précisément la raison invoquée par le constructeur et son architecte pour placer au 5 rue Myrha l’entrée du futur complexe immobilier couvrant trois parcelles et quatre adresses (5 Myrha, 7 Myrha/32 Affre, 30 Affre).

La question était en effet au cœur des « entretiens de Batigère », comme nous avons appelé ici ce qu’Action Barbès présente comme « les différentes discussions menées par l’association Cavé Goutte d’Or avec Batigère, échanges cordiaux auxquels nous avons été conviés et portant sur la construction contestée de ce bâtiment ».

Pour une vraie préservation du 5 Myrha

Devant le projet de faire du 5 rue Myrha l’entrée principale du futur complexe immobilier, ce qui en dénaturait à leurs yeux le caractère, Cavé Goutte d’Or et le représentant d’Action Barbès à ces entretiens proposaient activement de placer l’entrée du complexe immobilier aux numéros 30 et/ou 32 de la rue Affre (voir les projets présentés à Batigère). Serait ainsi vraiment protégées la façade de l’édifice Louis-Philippe que le bailleur social s’applique à conserver, la belle facture de l’entrée du 5 rue Myrha et de ses deux boutiques latérales boisées. Or, en réponse, rappelle Action Barbès dans son billet du 18 octobre 2017, « il a été affirmé par l’aménageur qu’il était essentiel que le local créé en pied d’immeuble soit d’une surface suffisamment importante pour qu’un commerce y soit installé ».

« Une exigence émanant de la SEMAEST et des édiles municipaux » venait ainsi contrecarrer à l’avance toute réflexion sur une alternative à la destruction du rez-de-chaussée du 5 rue Myrha, voué par Batigère et l’architecte aux hall d’entrée, boîtes aux lettres, locaux techniques et local à vélos du futur complexe. Cavé Goutte d’Or a longuement demandé à Batigère et Louis Téqui d’exposer les impératifs qui auraient été édictés par la SEMAEST, afin de pouvoir les travailler et, le cas échéant, les contester à leurs sources, – sans succès comme nous l’avons déjà regretté dans notre billet « Tristes tropismes » du 15 août 2017.

Action Barbès estime que, si l’attribution devait se vérifier, ce serait « en toute incohérence » qu’on verrait « l’arrivée d’une association dans ce local ». Citant le Parisien du 10 août 2017, elle en veut pour preuve le contexte dans lequel ces décisions se prennent : « La ville de Paris et les bailleurs sociaux vont booster et soutenir l’implantation de commerces et d’artisans en bas des cités, particulièrement dans les rues abandonnées, dans les quartiers les plus fragiles, ceux qui sont classés ‘politique de la ville’. En toile de fond de ce projet, il y a aussi la lutte contre la délinquance… ».

Lire aussi :

  • Batigère sans défense ? Le bailleur social a laissé l’instruction se clôturer le 29 septembre sans déposer de mémoire devant le Tribunal administratif.
  • Angle Myrha/Léon : Les 20 ans d’Accords croisés sur la première dalle du futur 360 Paris Music Factory (page défense du quartier).
  • Barcelone bientôt en zone urbaine sensible ? (page humeur)
  • À suivre. Saint Jérôme et Saint Mathieu : Un pied d’immeuble qui aurait échappé à la vigilance de la SEMAEST.

 

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