Bonne pioche

Le budget participatif 2017 au secours des abords de l’église Saint Bernard

  • Au moment où, devant la Cour administrative d’appel, la Mairie de Paris rejoint le Diocèse de Paris au soutien d’une architecture portant atteinte à l’espace urbain d’intérêt exceptionnel identifié par l’APUR autour de l’église Saint Bernard, elle sélectionne pour le budget participatif un projet d’habitants qui propose la protection préconisée par l’APUR.

Le projet soumis au vote du budget participatif 2017 (capture d’écran du site de la Mairie de Paris, 30 septembre 2017).

En rouge foncé sur la carte de l’APUR, les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » identifiés par François Loyer dans une étude confiée à la fin des années 1970 par la Mairie de Paris à l’Atelier parisien d’urbanisme. En jaune foncé, les « espaces urbains d’intérêt élevé ». En noir au centre, l’église Saint Bernard qualifiée par l’étude d’« édifice de qualité exceptionnelle », inscrite en novembre 2012 et classée en juin 2015 au titre des monuments historiques à l’initiative de l’association Cavé Goutte d’Or.

La carte associée au projet actuellement soumis au vote des Parisiens semble sortir tout droit de l’étude de François Loyer pour l’APUR.

Or cette étude est dénigrée, quand elle n’est pas simplement niée, devant les juges administratifs  par la Ville de Paris et les promoteurs immobiliers qui investissent actuellement les angles Saint Bruno / Pierre L’Ermite (OGEC Saint Bernard Sainte Marie pour l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard) et Cavé / Stephenson (Société anonyme SEFRI-CIME PROMOTION, substitut de l’Association Foncière Logement). On ignore encore ce qu’en disent (s’ils en disent quelque chose) les défenseurs de la Société anonyme d’HLM BATIGÈRE qui devaient déposer, ce vendredi 29 septembre 2017 avant midi, un mémoire en défense suite au recours déposé par Cavé Goutte d’Or contre le permis obtenu sur l’angle Myrha / Affre.

Quoi qu’il en soit, il est utile de voir l’étude de l’APUR remise à l’ordre du jour par le biais de la consultation des habitants qui, fût-ce sans la connaître, en rejoignent les conclusions et préoccupations et rappellent que le quartier de la Goutte d’Or n’est pas dépourvu d’espaces urbains dignes d’intérêt qui méritent d’être « reconquis », pour le dire comme les auteurs du projet.

D’autant que le terrain à reconquérir est vaste, et les espaces urbains d’intérêt élevé nombreux, si l’on suit le tracé des plans qui accompagnent l’étude de l’APUR et englobent les rues de Jessaint et de la Goutte d’Or, la Goutte d’Or Sud dans son ensemble, les angles de la rue Stephenson (dont l’angle Cavé / Stephenson qui a été vendu par la SEMAVIP à la SEFRI-CIME PROMOTION pour un euro symbolique, et quel symbole !), la rue Myrha englobant les 5, 7 et 9 formant le carrefour dont la partie basse au Nord-Est, confiée à BATIGÈRE, est actuellement au rôle du Tribunal administratif dont on a rappelé ci-dessus qu’il avait prononcé la clôture de l’instruction au 29 septembre 2017 à midi.

Les « espaces urbains d’intérêts élevés » (traits jaunes) entourant les « espaces urbains d’intérêt exceptionnel » (traits rouges) identifiés par l’Atelier parisien d’urbanisme avec, au centre, les trois dernières agressions en date qu’ils subissent sous les coups notamment de la Mairie de Paris, de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, de la SEFRI-CIME PROMOTION, de BATIGÈRE.

Trois instructions en clôture…

Loin de former une barrière autour de l’« espace urbain d’intérêt exceptionnel » en péril (en rouge et noir au centre de la planche ci-dessus), l’« espace urbain d’intérêt élevé » constitué par les rues Stephenson, Myrha, Léon et de la Goutte d’Or (en jaune) est ainsi – malgré l’expérience difficile de la Goutte d’Or Sud (dont même Daniel Vaillant devait reconnaitre que la rénovation avait, en à peine vingt ans, « très mal vieilli ») – encore aujourd’hui le témoin d’agressions immobilières soumises au juge administratif.

Le vote s’arrête le 1er octobre à 20 heures ! Voter sur le site de la Mairie.

Au moment où le budget participatif 2017 invite à la réflexion sur la reconquête de ces espaces par les habitants, on note que les trois affaires sont presque simultanément mises en période de clôture de l’instruction. Notable aussi, le fait que les défendeurs dans les trois dossiers retardent l’expression de la justice : sur l’angle Cavé / Stephenson, après plusieurs mises en demeure de conclure et deux ordonnances successives de clôture, la Ville de Paris et SEFRI-CIME PROMOTION ont, de concert, instrumentalisé l’institution du permis modificatif pour corriger une irrégularité administrative du permis initial dont rien n’est pourtant modifié (prochaine clôture au 13 octobre 2017) ; sur l’angle Saint Bruno / Pierre L’Ermite, la Ville tarde à conclure devant la Cour administrative d’appel et provoque un report de la clôture du 18 septembre au 3 octobre 2017 (c’est déjà demain !) ; sur l’angle Myrha / Affre, ni la Ville ni BATIGÈRE n’avaient répondu au recours de Cavé Goutte d’Or lorsque fut prononcée cet été la clôture de l’instruction au 29 septembre 2017 (c’était déjà hier).

 … vers une prochaine application de la Loi Macron 1

Dans les trois cas, parallèlement à leur impéritie administrative, la Ville et les promoteurs immobiliers ont accéléré la construction sur le terrain. L’OGEC qui, dès la pose de la première pierre, avait mis au défi les riverains et la justice d’oser démolir la moitié d’une école (lire ici pour mémoire), arrive devant la Cour avec un édifice construit ; BATIGÈRE quasi, et SEFRI-CIME PROMOTION prétend vouloir en suivre le chemin (voir notre page Humeur à la date du 18 septembre). Mais la Loi Macron 1 veille : on se souvient en effet que, soucieuse de réduire le risque de démolition qui peut frapper une construction achevée jugée illégale, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques du 6 août 2015 avait finalement maintenu la démolition qui reste « indispensable » lorsque l’immeuble qui s’avérerait construit au bénéfice d’un permis jugé illégal l’a été dans les abords protégés d’un monument historique, ce qui est le cas des trois dossiers rappelés ici.

  • Autres projets du budget participatif dans les abords du monument historique :

L’éclairage de l’église Saint Bernard. Le projet n° 16, qui avait déjà concouru en 2016, est soutenu cette année par Action Barbès, ce qui est un gage de sérieux. Point faible : l’éclairage n’est prévu que de nuit, au détriment des écoliers de Saint Bernard qui ne pourront ainsi admirer nuitamment le monument historique sur la protection diurne duquel l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, son Diocèse et la Mairie laïque se sont assis allégrement.

La Rue-Jardin Richomme. Concourant également pour la deuxième année consécutive, et soutenu également, cette fois-ci, par Action Barbès, le projet n° 10 consiste à rendre piétonne la rue Richomme. Une végétalisation serait effectuée en plantant des arbres sur les trottoirs les plus larges, en aménageant un jardin partagé au n° 23 et en végétalisant les grilles de l’école en contre-bas de la rue. La Goutte verte qui, après la friche Cavé/Stephenson et le TEP de la rue Boris Vian, occupera désormais l’espace du jardin partagé de la rue Richomme, s’est aussi associée à ce projet et organise une « journée festive » ce dimanche 1er octobre pour accompagner le vote jusqu’à 20 heures.

Apaiser la rue Cavé. La rue Cavé, qui hébergea naguère la permanence du député Lionel Jospin et du député-maire Daniel Vaillant, déjà célèbre pour l’apaisement que lui a procuré le CROUS de Paris Habitat OPH, se veut aujourd’hui « périmètre » : « il est nécessaire d’agrandir les trottoirs de cette rue, trop étroits, afin d’apaiser ce périmètre » indiquent les auteurs du projet n° 3.

Fresque élue !

Hors compétition car refusé par la Ville de Paris au motif qu’il touchait à la propriété privée des 11 et 13 rue Saint Luc, le projet de nouvelle fresque au square Léon mérite d’être signalé néanmoins pour le fait précisément d’avoir été exclu du vote par une Mairie soudain bien soucieuse de la propriété d’autrui. La Ville de Paris ne s’était en effet pas gênée de laisser celle du 18e appliquer illégalement, sans autorisation administrative et sans ligne budgétaire claire, au début des années ’90, une fresque monumentale sur les quatre pignons des 11 et 13 rue Saint Luc qui, à l’époque, étaient déjà des propriétés privées donnant sur ce qui allait devenir le square Léon (voir notre page Fresque du square Léon).

Lire en page Défense du quartier : « La Mairie du 18e arrondissement se rapproche de la Goutte d’Or ».

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