Dédain

Journées du patrimoine : l’école Saint Bernard tourne le dos à l’église Saint Bernard

  • La contribution de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie aux Journées européennes du patrimoine dédiées au jeune public : priver les écoliers de Saint Bernard du patrimoine de Saint Bernard.
  • Les associations SOS Paris et Cavé Goutte d’Or mobilisées ce week-end en prévision de la clôture de l’instruction devant la Cour administrative d’appel le lundi 18 septembre.

Crédit photo : OGEC Saint Bernard Sainte Marie (Mémoire en défense devant la Cour administrative d’appel, septembre 2017).

On savait que l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie se moquait de l’environnement dans lequel il prétendait pouvoir agrandir l’école Saint Bernard, environnement qualifié par l’APUR d’« espace urbain exceptionnel ».

Après l’avoir contesté sur plan, on découvre sur pièce le choix architectural de l’OGEC (acronyme d’« Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique ») consistant à placer l’extension de l’école Saint Bernard dos à la rue, avec un rez-de-chaussée entièrement aveugle, contrairement à l’article UG 11.1.4 qui prescrit :

  • « Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possibles en évitant l’implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service…) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l’affichage ou la mise en œuvre de graffitis ».

Les étudiants en architecture de l’Université de Hong Kong découvre l’extension de l’école Saint Bernard le 12 juillet 2017 (voir notre Humeur du 17 juillet 2017).

Les croquis dits « d’insertion » déposés à l’appui du permis montraient bien un rez-de-chaussée entièrement bétonné et aveugle (voir sur le blog). On observe que, parmi les multiples erreurs déjà signalées sur le blog, l’OGEC évoque une improbable « rue Saint Bernard » dans les documents officiels présentés à l’administration qui ne connait pas mieux le quartier que le pétitionnaire (voir sur ce point notre billet du 17 septembre 2017 en page Défense du quartier).

La réalité dépasse l’affliction.

Les abords de l’école Saint Bernard

Pour ce qui est des perspectives monumentales, l’OGEC propose une analyse littéralement renversante dans le mémoire en défense qu’il a déposé le 6 septembre en prévision de la clôture de l’instruction fixée à ce lundi 18 septembre 2017.

L’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique Saint Bernard-Sainte Marie se soucie en effet des perspectives qui s’ouvrent sur l’école depuis l’église comme pour mieux montrer que celles qu’on a sur le monument historique ne sont pas sa préoccupation.

Sur ce point, l’OGEC va jusqu’à produire en défense devant la Cour administrative d’appel la photographie qui illustre ce billet et montre son œuvre vue depuis l’abside de l’église Saint Bernard (photo ci-dessus) alors que , suivant celle du maire de Paris en 2012, la contestation des associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris démontre, par une vue qu’on a sur l’abside et non depuis l’abside, que le monument historique est amputé par l’édifice nouveau d’une partie majeure des perspectives qu’on peut en avoir (photos ci-dessous).

En dépit du fait avéré que l’abside – plus précisément « le chevet et la chapelle de la vierge » (page 38 de l’ouvrage de Joseph Garin, L’Église de Saint-Bernard, Description avec illustrations et plan, 1933, 2011) – sont coupés à la vue du public, l’OGEC pense pouvoir soutenir, dans son mémoire en défense, qu’« il ressort clairement (des photographies produites) que (l’extension) ne porte aucune atteinte aux perspectives monumentales de l’église ».

L’OGEC en arrive à prétendre devant la Cour qu’il respecte les lieux avoisinants dès lors qu’il respecte les gabarits et la hauteur de l’ancien bâtiment de l’école, méconnaissant ainsi que c’est précisément en construisant dans la cour de l’école – cour offrant un espace libre de construction, « une respiration intéressante dans le paysage urbain » (Rapport de présentation du PLU, page 63) devant être protégé au titre de l’article 13 du PLU – qu’il porte atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, au paysage naturel et urbain, à la conservation des perspectives monumentales.

L’accord fautif de la Mairie de Paris

Dans le mémoire commun qu’elles ont déposé devant la Cour administrative d’appel de Paris le 16 septembre 2017, les associations Cavé Goutte d’Or et SOS Paris soutiennent que les éléments de paysage amputés par la construction de l’OGEC constituent une partie majeure du monument historique et qu’ainsi une atteinte violente est portée aux abords du monument quand bien même, précisément, « le principal mérite de l’édifice est la variété et l’animation de son volume extérieur », comme le pose le PLU lui-même dans son annexe sur les protections patrimoniales :

Les associations soutiennent que la Mairie de Paris a ainsi fautivement manqué à ses obligations de protection de l’« espace urbain d’intérêt exceptionnel » autour d’un « édifice de qualité exceptionnelle » que lui avait décrit l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) :

  • « Dès la deuxième tentative de l’OGEC de porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, comme le lui reprochait le maire en refusant le projet en mars 2012, la Ville devait prendre elle-même l’initiative de créer un espace libre protégé (ELP) sur la parcelle sur laquelle l’OGEC prétendait pouvoir construire », écrivent SOS Paris et Cavé Goutte d’Or dans leur mémoire en réplique.

Le PLU le prévoit expressément et l’impose en pareil cas, comme le soutiennent les associations :

  • « En application de l’article UG.13 du règlement du PLU de Paris aux termes duquel, ‘afin de préserver le paysage urbain parisien, d’améliorer la qualité de vie des habitants, de sauvegarder et développer le biotope, il convient d’apporter un soin tout particulier au traitement des espaces libres (…)’, la Ville devait en effet faire usage de l’article L.151.19 du code de l’urbanisme qui stipule pour sa part : ‘(Le PLU) peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d’ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration (…)’ ».

Les écoles à l’honneur
des Journées du patrimoine 2017

Vers une séance de rattrapage
pour les écoliers de Saint Bernard

Lire en page Défense du quartier : « L’organisme qui exploite l’école Saint Bernard ignore le quartier autant qu’il en ignore la patrimoine ».

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