Tissu urbain

Les Beaux-Arts remettent l’église Saint Bernard au milieu du village de la Goutte d’Or

  • De récentes prises de position de la Mairie de Paris et de ses démolisseurs reconstructeurs avaient laissé entendre que le rôle central de l’église Saint Bernard dans l’urbanisation du quartier et l’étude de l’APUR sur « l’espace urbain d’intérêt exceptionnel » constitué par le monument classé et ses rues adjacentes n’avaient plus cours à l’heure des ZUS et ZSP qui voudraient plomber le quartier sous sa prétendue rénovation.
  • Le dernier Hors-Série de Beaux-Arts éditions rappelle au contraire « l’adéquation au tissu urbain dont le monument constitue un élément moteur » et souligne que « son rôle de pôle urbain majeur reste inchangé ».

On se souvient que les avocats du Diocèse de Paris et de son OGEC Saint Bernard Sainte Marie et ceux de la SA Sefri-Cime Promotion, qui défendent respectivement les permis de construire querellés par Cavé Goutte d’Or sur les angles Saint Bruno-Pierre L’Ermite (extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard) et Cavé-Stephenson (immeuble de 29 logements peu sociaux et une prétendue crèche non encore autorisée) ont lourdement insisté sur la pauvreté architecturale et patrimoniale du quartier pour justifier des constructions de modes et de factures dont les experts estiment qu’elles n’ont « pas leurs places dans ce quartier ».

Selon les premiers, l’église Saint Bernard en entourée de constructions banales flanquées de voies de chemins de fers par définition disgracieuses :

  • « Le site du projet (l’angle Saint Bruno/Pierre L’Ermite) n’est soumis à aucune mesure de protection patrimoniale ni à aucune disposition partulière », assure Me Corine Lepage pour l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, omettant que la parcelle est à cinq mètres d’un monument historique classé qui, par son classement, entraîne une « protection patrimoniale » de trois cents mètres alentour. « Le secteur est très largement urbanisé », poursuit l’avocate, pensant sans doute qu’urbanisation implique in-urbanité, d’autant que la Gare du Nord n’est qu’à quatre cent vingt mètres de l’école, renchérit-elle pour faire nombre :  « À 150 mètres au bout de la rue Saint Bruno se trouvent les voies SNCF desservant la Gare du Nord, elle-même à seulement 420 mètres du terrain ».

Pour les seconds, qui ne s’embarrassent d’aucune fioriture, le quartier est simplement « marqué par l’insécurité » et son improbable intérêt patrimonial n’intéresse personne :

  • « D’emblée », écrit en effet Me Laurent Karila dans ses conclusions pour la société anonyme Sefri-Cime Promotion, dont on rappelle qu’elle a obtenu la parcelle pour un euro symbolique, « d’emblée, il convient de préciser que le projet (de Sefri-Cime Promotion) ne s’inscrit pas, comme le soutient (Cavé Goutte d’Or), dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles ».

Fausse identité

La publication de Beaux-Arts éditions vient à point nommé remettre ces propos très condescendants et très faux à leur place, celle de la défense bien comprise d’intérêts patrimoniaux privés pas forcément en lien avec le patrimoine national, et renvoie leurs auteurs à une réalité qu’ils méconnaissent opportunément avec le soutien actif de la Mairie de Paris qui s’applique, elle aussi, à minimiser le patrimoine qu’elle démolit depuis trois décennies, révélant en cela un conflit d’intérêts publics majeur.

En exergue à son hors-série sur La protection du patrimoine en Île-de-France au XXIe siècle, Beaux-Arts éditions cite l’historien Jacques Le Goff (1924-2014) :

  • « Le patrimoine, comme l’identité, est, depuis ses origines, étroitement lié à l’histoire et à la mémoire ; il est ipso facto enjeu de choix passionnés et de confits ardents. Est-il plutôt du côté de la mémoire irrationnelle ou de l’histoire raisonnée ? Le passé est-il, à travers lui, nostalgique et paralysant ou inspirant et activant ? Se construisant dans la durée et s’y référant, est-il immobilisateur ou propulseur, fondant une identité tournée vers le passé ou vivant dans le présent et tendue vers l’avenir ? » (Introduction des Actes des Entretiens du Patrimoine 1997. Patrimoine et passions identitaires, 1998).

Extrait de l’article « Le néogothique retrouvé », par Isabelle Balandre et Florent Tesnier, La protection du patrimoine en Île-de-France au XXIe siècle, Beaux-Arts éditions, Hors Série, été 2017, pages 22-23.

Sachez croiser !
Le grand télescopage du 15-Août

L’Hôtel de Ville et la protection du patrimoine enfin réunis : parution simultanée de deux hors séries de Beaux-Arts éditions le 16 août 2017.

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