Leurs Sérénités

Comment la Mairie de Paris nargue la justice et les quartiers populaires

  • À nouveau condamnés pour rupture d’égalité au détriment des habitants de Château Rouge, la Ville et l’État envisagent de recourir encore.
  • L’occasion de faire le point sur les six années passées depuis que la Ville a claironné « refuser de se laisser impressionner par un petit nombre d’associations qui ont choisi de fonder leur raison d’être dans une opposition systématique aux projets municipaux ».
  • Et de recueillir les avis et engagements des candidats aux législatives des 11 et 18 juin sur cette arrogance.

On se souvient que le blog avait tenté un parallèle entre « les logements sociaux dans le 16ème », dont la construction commençait avant la fin des recours juridiques et en dépit de ceux-ci, d’une part, et les constructions entamées dans la Goutte d’Or par les sociétés Batigère, Sefri-Cime Promotion et le Diocèse de Paris sans l’aval final des juges, d’autre part (voir notre billet du 4 avril 2017 joliment titre : « Le droit dans les bottes »).

Alors que, pour la Goutte d’Or, la question d’une éventuelle bienséance républicaine consistant à attendre la fin des recours en justice ne se posait pour aucun des promoteurs immobiliers (et pour aucun des journalistes inquiets de cette bienséance dans les quartiers chics), la Mairie restait « sereine » pour ses œuvres sociales dans le Seizième, assurait Le Figaro. Élu PC du 18ème, son adjoint au Logement allait jusqu’à préciser : « C’est un risque mesuré et l’histoire nous donne raison ».

L’histoire qui donne raison !?

De ce rapprochement fulgurant serait né le surnom « Sa Sérénité » pour Ian Brossat, maire adjoint d’Anne Hidalgo, responsable du Logement. Ce qui lui va comme un gant quand on se souvient qu’en mars 2011, il affronta Madame Hidalgo, alors adjointe de Bertrand Delanoë, responsable de l’Urbanisme et de l’Architecture, pour le sauvetage des anciennes plumasseries Loddé, au 25 rue Stephenson :

Lettre de Ian Brossat à Anne Hidalgo, 25 mars 2011 (page une, page deux).

« Cet ensemble présente un intérêt architectural et historique justifiant sa conservation dans l’intérêt public », écrivait-il (voir ci-contre). « L’histoire contemporaine du bâtiment, y compris son habitat le plus récent, ajoute à l’intérêt historique et sociologique des lieux » ; et de citer tant l’architecte des bâtiments de France qui y voyait « un exemple modeste et très juste d’un bâtiment d’angle » que l’architecte des derniers propriétaires occupants qui, tout en en soulignant « la configuration totalement atypique des organes de circulations communes », en démontrait la réhabilitation possible.

On sait que, depuis, l’immeuble a été détruit, non pas tant par la volonté d’Anne Hidalgo et son patron, Bertrand Delanoë, que par celle de Daniel Vaillant qui fit campagne pour le démolir. Mais la question n’est plus tellement là que dans la prétendue « sérénité » des édiles face à la justice administrative. À l’époque en effet où le jeune Ian Brossat de 2011 croyait (du moins le croyions-nous) dans la possibilité de convaincre Anne Hidalgo de conserver le 25 rue Stephenson, la patronne de l’Urbanisme affichait la même soi-disant sérénité (en réalité : le même dédain) que le ferait le plus mûr Ian Brossat de 2017 à l’égard (à l’encontre) de « l’histoire » dont il fallait avoir confiance qu’elle donnerait toujours raison à la Mairie contre les associations qui l’attaquent.

Le journal 20 Minutes du 1er juin 2011 titrait en effet sur « Des associations à l’attaque » : « Le nombre de recours contre les projets urbanistiques de la Ville de Paris explose ». « Cela nous donne beaucoup de travail, mais on a de bons avocats et de bons juristes », souriait le directeur des affaires juridiques de la Ville de Paris. Des avocats adverses, on apprenait du même fonctionnaire souriant et condescendant : « C’est vrai qu’il y en a trois ou quatre que je retrouve assez souvent, et ils sont bons ! » (Des noms !, sourit à son tour le barreau). Anne Hidalgo, citée longuement par le gratuit, ajoutait : « Aucun projet de la Ville n’a jamais été abandonné sous la pression ». Et la Mairie elle-même concluait au Parisien du 31 mai 2011 : « La Ville de Paris refuse de se laisser impressionner par un petit nombre d’associations qui ont choisi de fonder leur raison d’être dans une opposition systématique aux projets municipaux ».

L’échec discret

Même si l’on comprend que la Ville ait l’échec discret, ses rodomontades sur les associations cachent mal le malaise né des procès que la Mairie ne gagne pas ou pire : des procès qu’elle empêche de se tenir ou de ceux qu’elle perd franchement.

Pour ne rester ici que dans le quartier et les dossiers abordés sur le blog depuis six ans, on peut évoquer ainsi les faits et méfaits d’une plaideuse arrogante et peu ‘citoyenne’, souvent à contre-emploi tant il est vrai que les procès perdus de la municipalité sont des procès où elle était, et est toujours, du mauvais côté de la barre (nos amis avocats nous pardonneront de penser qu’il pût y avoir un mauvais côté de la barre).

>>> Lire la suite 

  • La victoire posthume du 25 rue Stephenson

Le 25 Stephenson avant l’orage (image GC).

Non contente d’avoir démoli le 25 rue Stephenson en dépit des assurances données par Bertrand Delanoë au conseil municipal, la Mairie de Paris, agissant ici par son aménageuse la SEMAVIP, a voulu rogner sur les indemnités d’expropriation.  Les habitants, qui s’étaient battus contre la Mairie/SEMAVIP pour le sauvetage et la réhabilitation de l’immeuble, ont dû se battre ensuite pour que la Mairie/SEMAVIP n’en réduisent pas trop la valeur dans leurs offres d’indemnisation. La SEMAVIP (qui vendra plus tard la parcelle pour un euro symbolique à la SEFRI-CIME PROMOTION qui elle-même tente actuellement d’en exploiter chaque centimètre cube sur le dos des futures habitants et du quartier) se fit dire par la cour d’appel de Paris que l’immeuble qu’elle avait démoli était de « meilleure qualité architecturale » que ceux qu’elle avait expropriés ailleurs : « Il s’agit d’un immeuble d’angle donnant sur la rue Stephenson et la rue Cavé construit au milieu du 19ème siècle, harmonieux, au revêtement maçonné, relativement propre, austère, sans autre décoration sur la façade rue Stephenson qu’un cordon séparant les étages et des balustrades en ferronnerie ouvragée aux fenêtres et avec des fenêtres cintrées sur la façade rue Cavé. Le ravalement a été effectué », retenait en effet la Cour d’appel d’un édifice dont Daniel Vaillant avait raconté à son conseil d’arrondissement qu’il avait « une façade dégueulasse ».

Les habitants ont perdu leur combat pour l’immeuble, mais ont gagné sur le respect dû à sa valeur.  La Ville/SEMAVIP a donc perdu. Premier cas où, contre l’assurance d’Ian Brossat, l’histoire ne lui a pas donné raison (Lire pour mémoire : « La Cour d’appel de Paris rend un hommage posthume au 25 rue Stephenson »).

  • Le passage en force au 24 rue Cavé

Le 24 Cavé le 3 octobre 2011.

Si « la Ville de Paris refuse de se laisser impressionner par un petit nombre d’associations qui ont choisi de fonder leur raison d’être dans une opposition systématique aux projets municipaux », elle n’hésite pas, au besoin, à impressionner le juge d’un référé suspensif en accélérant les travaux pour qu’il n’ait plus rien à suspendre, en l’occurrence la démolition du 24 rue Cavé.

Le même duo Ville/SEMAVIP a failli manquer de sérénité, sur ce dossier, en précipitant rien moins que le juge dans le gouffre du fait accompli, n’hésitant pas à lui envoyer du « papier bleu » pour se faire bien comprendre : le juge piégé devait se rendre à « leur Sérénité » : « Considérant qu’il ressort du constat d’huissier dressé le 18 octobre 2011 (…) à la demande de la SEMAVIP, produit à l’audience (du 19 octobre 2011), que l’immeuble d’un étage sur rue sis au 24 rue Cavé (75018) faisant l’objet du permis contesté a été entièrement démoli (…) ; que les travaux autorisés par la décision litigieuse sont donc, à la date de la présente ordonnance, pour l’essentiel terminés, ce qui fait obstacle à ce que la condition d’urgence soit considérée comme remplie (…) ».

« Circulez, y a plus rien à voir », devait en quelque sorte signifier la Ville et son aménageuse à son tribunal administratif. Le crédo de Ian Brossat est sauf : « L’histoire nous donne raison », suffit que nous nous en donnions les moyens !

  • Les obscurs jours de souffrance du jardin Bashung

Tentative d’emmurement.

L’histoire s’est moins laissée faire lorsqu’il a fallu défendre les habitants du 14 rue Affre que la Ville voulait emmurer derrière des pavés de verre pour qu’ils ne la voient pas en son jardin.

La Ville et sa Direction de l’Urbanisme ont perdu, en effet, devant le Tribunal administratif contre la propriété du 14 rue Affre dont une façade entière, percée de quinze fenêtres depuis la fin du 19ème siècle, donne aujourd’hui sur le jardin Bashung après avoir donné sur des hangars depuis toujours. Récente arrivée après l’achat de la parcelle centrale de l’ilot constitué par les rues Stephenson, Saint Bruno, Affre et de Jessaint, la Ville voulut tout régenter et prétendit que ces fenêtres devaient être bouchées, ou en tout cas obstruées, fermées de pavés de verre, sans vue ni aération. L’opacité sur châssis dormants était requise. Tout au plus seraient tolérés des « jours de souffrance ».

Assistée par Cavé Goutte d’Or qui a rencontré la Ville, affronté la violence des services, étudié les archives (de la Ville elle-même !), rédigé les déclarations préalables et mémoires au tribunal administratif, constitué des dossiers de plans et photographies intérieures des appartements que la Ville voulait enfermer, préparé les plaidoiries, la propriété du 14 rue Affre a gagné. L’antériorité de ses fenêtres au jardin Bashung a été établie et les baies existantes ont été reconnues par le tribunal comme n’offrant pas de vues en contrebas sur le fonds voisins, le tribunal ajoutant à l’attention de la Ville qui devait s’en douter : « Le fonds voisins étant un jardin public, la vue depuis l’intérieur des appartements par ces baies n’est, en tout état de cause, pas susceptible de porter atteinte à l’intimité et au respect de la vie privée » (jugement disponible sur demande).

La Ville a perdu. Elle n’a, à notre connaissance, pas encore payé l’indemnité de l’article 761 du code de justice administrative à laquelle elle a été condamnée par jugement du tribunal administratif du 1er décembre 2015.  Le plus troublant, le plus opaque dans cette histoire d’opacité, est l’acharnement des « Espaces verts » (de la DEVE et autres jardins) à vouloir fermer ces baies, comme si c’était sur leur intimité à eux, services des espaces verts, que donnaient (et en réalité ne donnaient pas) les cuisines ou salles de bains des huit logements parisiens concernés ici.

  • Le « défaut d’examen complet et sérieux » du projet Batigère

À l’initiative de Cavé Goutte d’Or agissant ici pour elle-même, la Mairie a vu le permis de construire qu’elle avait accordé à la société Batigère annulé pour cause de « défaut d’examen complet et sérieux du dossier par l’architecte des bâtiments de France » (voir notre billet du 9 décembre 2015 pour mémoire). L’ABF n’est sans doute pas à la fête dans ce verdict, mais c’est la Ville qui a été condamnée car c’est elle qui, dans trois instructions successives avec trois avis d’ABF successifs, n’a pas noté que « les prescriptions de l’ABF ne prenaient pas en compte la problématique de la co-visibilité ». Malgré une demande formelle, la Ville n’a pas encore payé l’indemnité de l’article 761 du code de justice administrative à laquelle elle a été condamnée par jugement du tribunal administratif du 26 novembre 2015.

Batigère et la Ville pensent aujourd’hui pouvoir mener à bien un projet identique sur la base d’une demande de permis identique simplement dotée de la bonne croix de l’ABF dans la bonne case du formulaire cerfa de la Direction de l’Urbanisme. À suivre sereinement avec les candidats aux législatives des 11 et 18 juin prochains, invités à se prononcer sur ce dossier.

  • Les bricolages juridiques sur le CROUS de la rue Cavé

Bricolages juridiques et techniques (D.R.).

La fraude invoquée par l’association n’a pas été reconnue par le tribunal. Cavé Goutte d’or a donc perdu sur ce point, mais une victoire au fond demeure, comme par forfait, puisque l’association a vu ses griefs reconnus comme valides par le fait même qu’ils ont été l’objet de permis modificatifs (voir le jugement « trois en un » rendu par le TA ; et sa critique).

Il demeure de ce dossier et de ses avatars (les permis modificatifs ont été combattus aussi, et des référés suspensions se sont succédés) comme une odeur de soufre, la Ville ayant encore dû être saisie par le biais de son directeur de l’Urbanisme car le promoteur Paris Habitat tentait une énième manœuvre en s’abstenant de percer une baie dans son pignon Ouest, baie dont Cavé Goutte d’Or a démontré qu’elle était déterminante dans la demande de permis, dans l’octroi du permis et jusque dans la défense de la Mairie devant le Tribunal administratif.

Exécution du permis en lousdé, là aussi. « Dura lex, sed lex », titrait Cavé Goutte d’Or discrètement le 7 août 2016, aussi discrètement que la Direction de l’Urbanisme s’était finalement résolue à faire respecter la loi ! L’Urbanisme et Paris Habitat ont œuvré discrètement en effet pour que le pignon ait une baie, pas encore sa baie, pas encore exactement comme les plans acceptés la prévoyaient, mais, compte tenu des nombreuses illégalités qui ont accompagné les instructions et les permis de ce bâtiment, une épée de Damoclès pèse sur sa terrasse, qui ne manquera néanmoins pas d’accueillir bientôt les inaugurants édiles (le soufre, on vous dit).

  • La Mairie tague social sur le square Léon

Symptomatique des décisions (?) estampillées « action sociale de la Politique de la ville », celle d’apposer sans autorisation de monumentales fresques sur des murs privés devenus pignons sur square lors de la démolition du célèbre Démol de la Goutte d’Or, met en lumière la gestion de la ZUS. Dans ce dossier, la Mairie de Paris ne semble pouvoir ni vraiment prouver ni vraiment nier son intervention dans la peinture, en 1992, d’une fresque en quadriptyque sur quatre pignons de deux immeubles sis aux 11 et 13 rue Saint Luc. Qui a commandé la fresque ? Sur quelle base juridique ? Avec quelles autorisations ? Les services de la Ville n’ont pas même besoin de ce « petit nombre d’associations qui ont choisi de fonder leur raison d’être dans une opposition systématique aux projets municipaux » pour montrer la carence de la loi dans ce dossier où toutes les directions municipales se renvoient aujourd’hui les unes aux autres quant aux éventuelles autorisations administratives qui auraient pu être obtenues (si demandées). Les propriétaires actuels des immeubles peints ignorent tout de cet historique et des autorisations qui auraient pu leur être demandées à eux.

Après plusieurs longues procédures dans lesquelles elle n’a pour le moins pas été assistée par la Mairie, qui l’a au contraire souvent enfoncée, la copropriété du 13 rue Saint Luc sur le mur de laquelle un pan de la fresque avait été peint sans autorisation s’est vue récemment condamnée par la justice civile à la restituer au nom du droit moral de l’auteur après l’avoir blanchie pour cause de ravalement rendu nécessaire en raison d’infiltrations.

La justice administrative sera peut-être appelée à se prononcer sur cette restitution en raison de sa covisibilité avec l’église Saint Bernard, monument historique classé depuis. Alors il  sera temps d’étudier la prise de décision, la répartition des rôles, les présupposés de justesses et justices sociales… Déjà, l’architecte des bâtiments de France s’inquiète de l’intégration de la fresque dans le paysage de l’édifice protégé et la Ville s’engouffre courageusement dans cette inquiétude. Une page du blog est dédiée à l’évolution de ce dossier. Les candidats aux législatives des 11 et 18 juin prochains sont invités à se prononcer sur la méthode et le discours.

  • Les indulgences accordées au Diocèse de Paris contestées devant la Cour administrative d’appel

L’espace et les perspectives de la place.

Par opposition à l’attention portée par l’ABF et la Mairie à la co-visibilité des fresques du square Léon sur le flanc Ouest de l’église Saint Bernard, la protection du flanc Est du monument historique a été négligée. Agissant par l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie gérant l’école Saint Bernard, le diocèse de Paris semble avoir bénéficié d’indulgences pour construire sur le seuil de l’église Saint Bernard par le jeu d’un arrêté municipal de mars 2015 qui autoriserait la construction pourtant interdite par un arrêté municipal antérieur de mars 2012 et toujours en vigueur. La contestation a été portée devant la Cour administrative d’appel de Paris par l’association Cavé Goutte d’Or, rejointe par SOS Paris qui pointent, entre autres irrégularités de l’instruction, la rupture d’égalité au détriment du patrimoine historique de la Goutte d’Or. Plusieurs articles du blog relatent les étapes de ce dossier (article central). Les candidats aux législatives des 11 et 18 juin prochains sont invités à se prononcer sur ses suites.

  • La tentative ratée de préempter les combles de l’école Saint Bernard

Servitude de construction sur les toits.

Tout en octroyant au gestionnaire de l’école Saint Bernard une autorisation de construire estimée illégale par Cavé Goutte d’Or, la Ville tentait d’amputer la parcelle d’une partie de ses possibilités de construction en hauteur pour y faire du logement. Or, précisément cette partie pouvait servir à l’extension de l’école souhaitée et nécessaire et éviter l’atteinte que serait la construction au sol. Mis en lumière par Cavé Goutte d’Or, la tentative de la Ville de réduire la liberté du diocèse sur l’immeuble dont il est propriétaire sur la parcelle d’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno a échoué. Bien réelle, cette atteinte au droit de propriété a été combattue par Cavé Goutte d’Or devant la Commission d’examen et sur son blog : son intervention a été suivie de celles du diocèse, de l’OGEC, de parents d’élèves, du curé de la paroisse,… L’action a suscité le retrait de la réserve. Encore un dossier où l’on ne peut affirmer, comme se plait à le faire Madame Hidalgo, qu’ « aucun projet de la Ville n’a jamais été abandonné sous la pression ». Article central.

  • La requalification contrainte de la rue Boris Vian

Pression ou non, la Ville est ici contrainte par la Cohérie Boris Vian et l’association Cavé Goutte d’Or (avec, au début, le soutien de la Table ouverte qui avait même proposé un devis de nettoyage) de requalifier l’un des secteurs les plus difficiles de sa réhabilitation ratée de la Goutte d’Or sud

Le processus de requalification est en cours, sous la responsabilité de Colombe Brossel, adjointe à la maire de Paris, chargée de la Sécurité et de la Politique de la ville, candidate à la succession de Daniel Vaillant pour représenter la 17e circonscription de Paris au Parlement. Lors de la présentation publique du projet, le … novembre 2016, Madame Brossel a promis la livraison du secteur requalifié avant la fin de la mandature, soit avant mars 2020. Cette promesse sera soumise à sa confirmation dans le cadre de la campagne actuellement en cours pour les législatives.

Boris Vian comme ticket d’entrée au Parlement ? Les candidats des deux côtés de la rue des Poissonniers (limite entre les 17e et 18e circonscriptions) serons invités à s’engager sur ce dossier, la famille Boris Vian étant dans la 18e, la famille Cavé dans la 17e.

  • Le rejet du rapport de l’APUR

En jaune, les espaces urbains d’intérêt exceptionnel recensés par l’APUR avant leur démolition par la Ville.

Le désastre de la Goutte d’Or sud avec, en son centre, le carrefour des rues Boris Vian et de la Goutte d’Or est « le fruit », si l’on ose dire, d’un renoncement à la protection de plusieurs « espaces urbains d’intérêt exceptionnel », recensés en 1982 par l’historien François Loyer pour une étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR).

Là, il n’est pas question, pour la Ville, de « refuser de se laisser impressionner par un petit nombre d’associations qui ont choisi de fonder leur raison d’être dans une opposition systématique aux projets municipaux »… Il n’est question que de respecter le travail d’un historien de renom mandaté par elle, la Ville, pour effectuer une étude sous l’égide d’une institution dont la Ville est en outre membre statutaire. Aujourd’hui, la Ville prétend ignorer jusqu’à l’existence de ce rapport, qu’elle évoque au mode conditionnel dans ses mémoires devant le juge administratif, en défense des actions de Cavé Goutte d’Or qui s’appuie, quant à elle, sur l’étude de l’APUR pour sauver ce qui peut encore l’être (Suivez le guide ! la carte trace en jaune foncé « les espaces urbains d’intérêt exceptionnel »).

Vu la quantité de ces espaces, supérieurs à ceux retenus pour le quartier voisin de Montmartre, une thèse circule : la Goutte d’Or aurait été volontairement sacrifiée au bénéfice de Montmartre et l’APUR dessaisi au bénéfice, si l’on peut dire, du service technique de l’habitat qui, au nom de la résorption de l’habitat insalubre, doublée d’une déclaration d’utilité publique opportune, n’a tenu aucun compte des recommandations de l’étude de son atelier d’urbanisme. Va-t-on dire de la mise à l’écart de l’APUR que « c’était un risque mesuré et l’histoire nous a donné raison » ? – La partie nord de la Goutte d’Or  n’a pas encore fini de subir l’autoritarisme de barres à trous qui pleurent du brun dès les premières pluies sur un parcellaire cassé (étroit au départ, devenu trop grand pour faire trop barre), que déjà le sud réclame de nouvelles rénovations. « L’insalubrité permanente d’un bâti jetable, tel est le résultat de trente deux ans de rénovations. Quel coût ? Personne ne le calcule. Pourquoi ? », demande une étude à paraître.

  • Le voisinage de l’Univers

Où plusieurs élus ont leurs habitudes.

Également symptomatique du mépris avec lequel la municipalité traite son quartier populaire et ses habitants (on sait que l’Urbanisme du 18e a officialisé la rupture d’égalité entre habitants parisiens en évoquant expressément « un effort architectural moindre » pour « le type de population de la Goutte d’Or ») est le sort réservé par la municipalité et ses agents (ici la SEMAVIP aménageuse et la RIVP bailleuse) au Café Hôtel de l’Univers. Même s’il apparait a priori de caractère plus privé, le dossier est emblématique d’une façon de faire. Longtemps partie d’une copropriété couvrant les 70 rue Myrha, 18 et 20 rue des Poissonniers, le Café Hôtel de l’Univers semble en effet rescapé de l’opération immobilière de la Ville de Paris qui a vu récemment émerger la belle proue de l’angle Myrha/Poissonniers. Mais à quel prix ? Voilà un véritable cas d’école dont Cavé Goutte d’Or tente, à la demande des propriétaires de L’Univers, de démêler les tenants et aboutissants qui ont vu le célèbre café (dans lequel plusieurs élus ont leurs habitudes) tantôt englobé dans une procédure d’expropriation pour cause d’insalubrité, tantôt exclu de cette procédure et de la déclaration d’utilité publique parce que « ne nécessitant pas d’intervention publique », le tout sous l’action moins concertée qu’il n’y parait, plutôt négligente mais finissant par devenir envahissante des deux agents de la Ville : la SEMAVIP pour la démolition, la RIVP pour la reconstruction.

Mal nommés, mal convoqués, mal assignés par la Mairie et ses aménageurs/bailleurs, mal représentés par le syndic de copropriété en fin de course et ne répondant plus qu’à la SEMAVIP majoritaire (comme pour le 25 rue Stephenson, la copropriété initiale était achetée lot par lot par la SEMAVIP au bénéfice de la démolition programmée), les propriétaires de L’Univers ont été et demeurent ballotés – comme phagocytés – dans un chantier qui semble regretter de ne les avoir finalement pas inclus : « Contrairement à ce qui avait été initialement projeté, l’immeuble du 20 rue des Poissonniers [hôtel L’Univers] est conservé et sa scission par rapport au syndicat des copropriétaires des 18-20 rue des Poissonniers/70 rue Myrha est en cours », lit-on dans une note d’expert du 23 mars 2011.

Et les acteurs municipaux du dossier de mener à leur encontre d’incessantes tentatives de déstabilisation (au sens propre et figuré) pour leur faire payer (au sens propre) les lacunes de la machine municipale, en l’occurrence un retard de chantier ici, un défaut de sécurisation de mur mitoyen là, le tout censé être contrôlé par des experts judiciaires dont L’Univers a été contraint de soumettre les actions au juge du contrôle de l’expertise…  (« Un risque mesuré », dirait peut-être encore Ian Brossat, dans le climat ambiant).

  • La rupture d’égalité et le marchandage de la Ville sur le marché Dejean

Last but not least, de l’autre côté de la rue, en face de L’Univers, la Mairie mégote, ergote, discute sa responsabilité alors qu’à en croire Le Parisien, la justice administrative l’étrille une seconde fois sur la rupture d’égalité que représente la situation du marché Dejean et des rues avoisinantes (voir le premier jugement, du 24 mai 2016 ; le communiqué de la Mairie annonçant sa décision de faire appel ; les échos de l’audience devant la Cour administrative d’appel). L’association La Vie Dejean à l’origine de ces jugements a interrogé les candidats aux législatives en cours sur l’éventualité d’un recours de la Ville et de l’État contre la décision récente de la Cour administrative d’appel de Paris qui les condamne. Selon un document diffusé par des proches de La Vie Dejean, les candidats de la 18e circonscription pour la France insoumise, Paul Vannier et Sabrina Ali Benali, auraient déclaré que « le simple fait que la Mairie, et sans doute l’État, puissent envisager un nouveau recours est la marque d’un profond mépris pour les habitants de la Goutte d’Or ».  

Si le Marché Dejean est, stricto sensu, dans la 18e circonscription, juste de l’autre côté de la rue des Poissonniers qui la sépare de la 17e circonscription à cet endroit là, les candidats des deux circonscriptions seront naturellement invités à exprimer leur circonspection sur cette affaire qui, vue du terrain, ne semble pas suivre les décisions rendues.

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