Saint Boris (6)

Un 2 mai en terrasses sur les escaliers de la rue Boris Vian

  • Cavé Goutte d’Or réunit les acteurs principaux de la requalification du secteur Goutte d’Or/Boris Vian pour un point d’étape public.
  • L’occasion d’un bilan de six années d’interventions ’pataphysiques qui ont conduit la Ville de Paris à prendre la mesure du désastre de son opération Goutte d’Or Sud dans les années quatre-vingts .

Sur les toits du 16 rue de la Goutte d’Or ou quand les escaliers Boris Vian n’avaient pas encore été inventés (Photo de Jean-Claude Larrieu, « La terrasse de la Goutte d’Or, 22 juin 1983 ». Merci à l’auteur et à la Galerie Patrick Gutknecht).

Cavé Goutte d’Or organise, ce 2 mai 2017 en fin d’après-midi, son sixième impromptu de la Saint Boris sur les lieux mêmes où s’élevait jadis l’immeuble du 16 rue de la Goutte d’Or qui accueillait, dans les années 1977-1987, le décor de ce qui deviendrait, au printemps 2017, la belle exposition de photographies de Jean-Claude Larrieu, actuellement visible à la Galerie Patrick Gutknecht du 78 rue de Turenne à Paris (3e).

« Les années Goutte d’Or 1977-1987 »

La Goutte d’Or en vitrine (Galerie Patrick Gutknecht, 78 rue de Turenne, Paris 3e).

L’exposition de la rue de Turenne n’est pas strictement d’architecture (on rappelle à cet égard celle du Pavillon de l’Arsenal sur Haussmann, où l’on peut voir, entre autres pièces de grand intérêt, les cartes qui illustrent l’étude de François Loyer pour l’APUR) mais, à travers l’atmosphère qui se dégage de l’ancien hôtel particulier du 16 rue de la Goutte d’Or, et les vues extérieures qu’elle laisse deviner, elle dit beaucoup de l’architecture (au sens plus large où on l’entend sur ce blog) de la Goutte d’Or d’avant la malheureuse démolition et terrible reconstruction qui suivit.

Car les années 1977-1987 qui encadrent l’exposition de Jean-Claude Larrieu correspondent à celles qui ont accompagné, de 1979 à 1982, l’étude de François Loyer désignant les rues de la Goutte d’Or, des Gardes, de la Charbonnière et de Chartres comme autant d’« espaces urbains d’intérêt élevé », les rues Caplat et Affre étant pour leur part qualifiées, comme celles qui entourent l’église Saint Bernard, « d’espace urbains d’intérêt exceptionnel » (voir planche ci-dessous).

Les espaces urbains d’intérêt élevé (jaune) et d’intérêt exceptionnel (rouge) identifiés par l’historien de l’architecture François Loyer pour l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) en 1979.

On sait qu’il faut aujourd’hui réparer les dégâts, non plus de l’habitat insalubre qui avait justifié l’intervention publique des années 1980 mais de la reconstruction sans âme, qui a suivi la démolition totale et brutale du quartier et s’est, comme naturellement, révélée être un échec : « La Goutte d’Or Sud a très mal vieilli », écrira en décembre 2013 Daniel Vaillant, alors maire du 18e arrondissement, à Nicole Bertolt, représentant la famille Boris Vian tant en 1992 lorsqu’elle donna son accord pour appeler la nouvelle voie en construction du  nom de l’auteur de L’Arrache-cœur qu’au cours des six dernières années qui l’ont vue s’engager aux côtés de Cavé Goutte d’Or pour que la rue Boris Vian reste digne de l’écrivain musicien et des habitants du quartier qui l’accueille.

On sait aussi que la Ville de Paris et l’Agence AAFeraru sont désormais à l’œuvre pour cette requalification, la Ville s’étant engagée publiquement, le 22 novembre 2016 au centre Barbara, à livrer le nouvel espace (« d’intérêt exceptionnel », on veut le croire) avant la fin de l’actuelle mandature, soit dans les trois prochaines années. Compte tenu des délais de décision, fabrication et autorisation, ce calendrier au printemps 2020 laisse à Cavé Goutte d’Or et à la Cohérie Boris Vian l’espoir de pouvoir passer le relai à la fin de cette année en 7 après la décennie de l’exposition (1977-1987), celle de la démolition / reconstruction de 1987 à 1997 (l’escalier Boris Vian actuel a été livré en 1994), celle des façades Potemkine de 1997 à 2007, celle enfin du constat d’échec et de la requalification en cours (2007-2017).

On sait enfin que le nouveau projet de rue Boris Vian, qui débouchera sur les rues Saint Luc et Polonceau, devra tenir compte d’un changement notable dans le quartier : depuis novembre 2012, soit bien après les années 1977-1987 et l’étude de l’APUR, l’église Saint Bernard a en effet été classée au titre des monuments historiques, rendant de ce fait impossible toute atteinte à elle-même, à ses abords, aux « espaces urbains d’intérêt élevé » et « d’intérêt exceptionnel » identifiés dans cette étude.

De la rue Boris Vian
à l’école Saint Bernard

La partie haute de la rue Boris Vian le long du TEP Goutte d’Or et l’angle des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno où l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie construit, sur le seuil de l’unique monument historique de la Goutte d’Or, un édifice contesté devant la Cour administrative d’appel de Paris (Image Google map).

On aimerait ne pas être ironique et on propose de ne pas l’être car, si une autorisation spéciale – un passe-droit, une faveur, une indulgence – semble bien avoir été accordée par la Mairie de Paris au Diocèse de Paris et son OGEC Saint Bernard Sainte Marie pour construire une extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église dont elle tire le nom, on veut croire que ce projet n’est qu’éphémère. Construit sur la foi d’un arrêté municipal de mars 2015 venu autoriser ce qui est interdit par un arrêté municipal de mars 2012 toujours en vigueur au motif que l’extension de l’école Saint Bernard porte préjudice aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard, l’extension a vocation à être détruite comme le permis a vocation à être jugé illégal, une fois démontré que l’édifice actuellement en construction est identique à l’édifice interdit pour ce qui est de ses gabarits et de sa volumétrie, seuls en cause en matière de perspectives monumentales.

Rescapée de la fameuse loi Macron du 10 juillet 2015 dite « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », la disposition du code de l’urbanisme prévoyant la possibilité qu’un édifice construit sur la base d’un permis illégal soit détruit demeure en effet dans les abords d’un monument historique, ce qui est le cas de l’école Saint Bernard construite sur le seuil de l’église Saint Bernard.

La démolition dans le texte

L’article L. 480-13 du code de l’urbanisme stipule :

  • « Lorsqu’une construction a été édifiée conformément à un permis de construire : 1° Le propriétaire ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à la démolir du fait de la méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes d’utilité publique que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir par la juridiction administrative et si la construction est située dans l’une des zones suivantes : (…) m) Les abords des monuments historiques prévus aux articles L. 621-30 et L. 621-31 du même code ».

Remise à l’endroit, la disposition indique que « le propriétaire d’une construction édifiée conformément à un permis de construire accordé en méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes d’utilité publique et annulé pour excès de pouvoir par la juridiction administrative peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à la démolir ».

Appliquée à l’espèce, elle signifie que les opposants à la construction tentent actuellement de faire « annuler pour excès de pouvoir par la juridiction administrative » le permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard, permis dont ils estiment qu’il a été accordé « en méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes d’utilité publique ». L’affaire a été portée devant la cour administrative d’appel de Paris par l’association Cavé Goutte d’Or en juin 2016. L’association SOS Paris est intervenue au soutien de la cause en avril 2017. SOS Paris a notamment dénoncé une manipulation de l’étude de l’APUR sur la préservation d’un « espace urbain de d’intérêt exceptionnel » et sollicité le transport de la cour sur place :

De l’école Saint Bernard
aux projets SEFRI-CIME et BATIGÈRE

L’étude de l’APUR est au cœur des trois procédures actuellement en cours contre l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie pour l’angle Saint Bruno/Pierre L’Ermite, la société SEFRI-CIME PROMOTION pour l’angle Cavé/Stephenson et la société BATIGÈRE sur l’angle Affre/Myrha. Ses conclusions deviennent un enjeu politique et juridique d’importance puisque aussi bien la Ville et les promoteurs immobiliers visés dans les recours de l’association tentent d’écarter cette étude dans une entreprise concertée qui prend des allures de manipulation.

Dans leurs mémoires en défense, la Ville de Paris, l’OGEC et la SEFRI-CIME (on attend encore celui de BATIGÈRE) s’appliquent de concert à dénigrer les « espaces urbains d’intérêt élevé » et « d’intérêt exceptionnel » identifiés par l’étude de François Loyer pour l’APUR au motif que le quartier se serait – depuis – laissé « enlaidir », pour le dire comme Daniel Vaillant, SEFRI-CIME mangeant carrément le morceau en écrivant :

  • « Le projet de SEFRI-CIME PROMOTION ne s’inscrit pas, comme le soutient (Cavé Goutte d’Or), dans un tissu urbain aux caractéristiques particulières, mais dans un quartier parisien marqué par l’insécurité – comme le révèle son classement en zone de sécurité prioritaire en 2012 – et dont les qualités architecturales ne peuvent être raisonnablement qualifiées d’exceptionnelles ».

À ce concert bruyant, l’impromptu Boris Vian du 2 mai 2017 viendra opposer un moment de délicate réflexion. Il permettra de consulter quelques planches du travail de requalification en cours en compagnie des architectes de l’Agence AAFeraru ; de voir et revoir l’exposition sur la vie de Boris Vian ; de deviner quelques vues des années 1977-1987, prélude à une exposition de photographies de ces années-là à l’occasion des Journées Porte d’Or de juin prochain ; et de saluer les abords de l’église Saint Bernard toute voisine avec le plan de l’APUR en mains.

  • Graffiti, 2 rue Cavé/25 rue Stephenson, avril 2017 (détail).

    2 mai 2017 : accueil de 16 heures à 20 heures sur le TEP Goutte d’Or au centre de la partie haute de la rue Boris Vian.

Quelques jardiniers de la Goutte verte, qui occupent actuellement une partie du TEP Goutte d’Or après leur départ de la parcelle SEFRI-CIME à l’angle Cavé/Stephenson, ont signalé qu’ils acceptaient volontiers ces quelques heures de cohabitation avec Cavé Goutte d’Or et ses invités. Séquence retrouvaille et nostalgie après cinq ans de covoisinage rue Cavé où, comme le signale une jardinière de la Goutte verte, les graffitis sont « porteurs » : « On est bien, donc on s’met mal ». Le blog reviendra sur ce message en effet porteur (comme on le dit d’un mur porteur ?).

Publicités
Cet article, publié dans Articles, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s