Indulgence

Saint Bernard : ABF et Direction de l’Urbanisme renforcent l’inégalité de traitement autour du monument historique

  • La Ville de Paris a fait opposition à la restitution d’une des fresques du square Léon en évoquant sa covisibilité avec l’église Saint Bernard et la qualité des pièces : « L’intégration du projet par rapport au monument doit être appréciée sur la base d’éléments graphiques de bonne qualité ».
  • Le projet d’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil du monument historique avait, pour sa part, été accepté en dépit de plans et notices d’architectes de très mauvaise qualité et truffés de fautes.
  • Le Diocèse de Paris aura-t-il bénéficié, pour l’extension de l’école Saint Bernard, d’un traitement de faveur au détriment de l’église du même nom, atteinte dans ses perspectives monumentales protégées ? 
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« Heureux les géomètres, qui résolvent de temps à autre telle nébuleuse de leur système; mais les poètes le sont moins; ils ne sont pas encore assurés de l’impossibilité de quarrer toute pensée dans une forme poétique » (Paul Valéry).

L’extension malheureuse de l’école Saint Bernard dans son préau, en violation d’un arrêté municipal de mars 2012 toujours en vigueur, aura-t-elle bénéficié d’une indulgence municipale ? On se souvient que le projet de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie (OGEC valant pour « Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique ») fut refusé en mars 2012 au motif qu’il était « de nature à porter atteinte aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard » et que, trois ans plus tard, un permis fut accordé à l’OGEC pour un édifice identique dans ses gabarits et sa volumétrie à celui qui avait été interdit (voir pour mémoire).

Or, en comparaison avec la légèreté qui a conduit finalement à l’octroi du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil de l’église Saint Bernard, entretemps protégée au titre des monuments historiques, la sévérité de la Mairie de Paris face à plusieurs projets d’aménagement récemment retoqués dans les abords de l’édifice classé pose question et remet en perspective, sinon encore monumentale du moins juridique, la légalité du permis actuellement exécuté par l’OGEC, – une légalité au demeurant toujours contestée devant la cour administrative d’appel de Paris (voir pour mémoire).

Au regard du trompe l’œil

Sans prendre ici parti pour ou contre la restitution de la fresque (elle-même monumentale) sur l’un des pignons du square Léon dont elle avait disparu, force est d’observer que la Ville de Paris a invoqué, pour faire opposition à cette restitution, un argument qu’elle a laissé de côté – ô combien ! – lorsqu’il s’était agi, pour elle, d’autoriser l’extension de l’école Saint Bernard.

Il y a plus car ce serait, selon ses propres services, en contradiction avec le code de l’urbanisme que la maire de Paris aurait évoqué la mauvaise qualité des pièces produites par l’auteur de la fresque puisque aussi bien le syndicat de copropriétaires requérant avait été assuré par la Direction de l’Urbanisme que son dossier était « complet au regard du code de l’urbanisme ». Ce devait être sans compter avec « le caractère très particulier (du) projet » qui, toujours selon la Direction de l’Urbanisme, aurait incité l’architecte des bâtiments de France à « demander des documents supplémentaires comme il en a la possibilité ».

L'instruction du permis de construire dans les perspectives monumentales

L’instruction du permis de construire l’extension de l’école Saint Bernard dans les perspectives monumentales protégées de l’église Saint Bernard bientôt dévoilée ? (Photo D.R. 2 février 2017)

De fait, le « caractère très particulier du projet » de fresque sur le square Léon n’est dû qu’à sa proximité et sa covisibilité avec un monument historique classé. L’extension de l’école Saint Bernard sur le seuil du monument devait ainsi, pour le moins, donner au projet de l’OGEC le même « caractère très particulier » et éveiller en conséquence l’attention de l’ABF et de la Direction de l’Urbanisme. Dans une note du 1er décembre 2016 que Cavé Goutte d’Or a pu se procurer, l’architecte des bâtiments de France indique en effet :

  • « Nota : l’église Saint-Bernard de la Chapelle est classée monument historique depuis le 18 juin 2015 et se situe en covisibilité avec le mur pignon (du 13 rue Saint Luc) : l’intégration du projet par rapport au monument doit être appréciée sur la base d’éléments graphiques de bonne qualité ».
Le projet tel qu'il doit avoir été autorisé par la Ville en 1992. La question des autorisations n'est pas résolue.

Le projet tel qu’il doit avoir été autorisé par la Ville en 1992. La question des autorisations n’est pas résolue (image : D.R.).

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Pignon blanchi en covisibilité avec l’église Saint Bernard monument historique.

Sans laisser le temps à l’artiste de communiquer les éléments graphiques qui auraient pu manquer et à l’ABF de les consulter, la Direction de l’Urbanisme semble avoir préféré la carte de la prudence en s’opposant à la fresque au motif qu’« il n’est pas possible de vérifier que le projet n’est pas susceptible de nuire à la protection de l’édifice protégé précité ».

« Vérifier que le projet n’est pas susceptible de nuire à la protection du monument historique » :  que la DU ne s’est-elle donné la même mission pour le projet architectural de l’école Saint Bernard, dont il avait déjà été posé que « par son aspect, il serait de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, notamment aux abords de l’église Saint Bernard »?

« Être susceptible de nuire » et « être de nature à porter atteinte » sont deux expressions synonymes qui impliquent une attention idéalement et légalement identique. Or, à l’évidence, les deux projets ont été différemment instruits, différemment traités, l’ABF estimant, pour la fresque du square Léon, qu’il n’était « pas en mesure d’exercer sa compétence » et, pour l’école Saint Bernard, qu’il le serait bien assez dès lors qu’il était « averti du démarrage du chantier et informé de son déroulement », précisant que « les échantillons, teinte de matériaux et peintures lui seront soumis préalablement à toute mise en œuvre ».

Deux poids, deux mesures

Nous avons déjà ironisé ici sur le discrédit d’instructeurs qui prétendraient se préoccuper de « la teinte des peintures » quand un arrêté du maire de Paris les rendaient attentifs à « l’atteinte aux perspectives monumentales » protégées par le Règlement du PLU de Paris.

Au-delà de l’ironie, en jouant la carte des « éléments graphiques » pour retoquer la fresque du square Léon, la Direction de l’Urbanisme a mis au jour, par opposition, la négligence ou l’indulgence avec lesquelles avait été instruite la demande de permis de l’OGEC Saint Bernard Sainte Marie, demande dont les éléments graphiques étaient de particulièrement mauvaise qualité alors même qu’ils auraient dû redoubler de qualité et précision, compte tenu du fait qu’un arrêté municipal rendu sur la même parcelle pour le même projet en termes de gabarits et volumétrie l’avait écarté précédemment.

L’argument des dossiers imprécis porte en effet l’ironie à son comble quand on observe que les trois projets soumis par l’OGEC à l’administration communale étaient largement présentés en copié/collé, les plans et notices de l’architecte comprenant le même texte, avec les mêmes croquis, les mêmes erreurs de fait, de noms de rues et d’orthographe.

Sans évoquer la présentation et la lecture erronées des plans qui ont conduit l’OGEC à prétendre (avec succès jusqu’ici) que le projet finalement autorisé était différent du projet initialement refusé (présentation et lecture erronées selon Cavé Goutte d’Or qui fait valoir devant la Cour administrative d’appel de Paris l’identité des projets en termes de volumétrie et gabarits, seuls déterminants en matière de perspectives monumentales), l’imprécision des documents fournis par l’OGEC auraient dû, dans une stricte égalité avec l’attention portée au projet de fresque, conduire à un rejet.

On se souvient effet de l’évocation, par l’OGEC et ses architectes, d’une prétendue « rue Saint Bernard » en lieu et place de la rue Affre, ou d’une « rue l’ermite » qui ferait angle avec la rue Saint Bruno, autant de méconnaissances du terrain qui rivalisaient avec une méconnaissance de la syntaxe et de l’orthographe qu’on laisse ici de côté pour ne souligner que « les éléments graphiques » appelés à être de bonne qualité pour la fresque du square Léon et laissé en leur état imprécis pour l’école Saint Bernard, comme en témoignent les extraits ci-dessous du dossier de l’OGEC que la Direction de l’Urbanisme a estimé, vu du square Léon et par opposition,  « de bonne qualité » :

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L’improbable « angle des rues l’ermite et Saint Bruno » (dossier architecte, 2014).

La rue Saint Bernard tant qu'à faire (dossier architecte, 2014).

La « rue Saint Bernard », tant qu’à faire (dossier architecte, 2014).

Les cours dans la cour, tant qu'à faire aussi (dossier architecte, 2014).

Les « cours dans la cour », tant qu’à faire aussi (dossier architecte, 2014).

Confusions sur les abords (dossier architecte, 2014).

Confusions sur les abords (dossier architecte, 2014). En cliquant sur l’image pour l’agrandir, le lecteur peut suivre les légendes imprécises qui n’ont (jusqu’ici) pas empêché l’administration de considérer le dossier de l’OGEC comme doté « d’éléments graphiques de bonne qualité ».

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