Sauvetage

Les Verts votent le PLU avec Bonnefoy

  • Selon le conseiller de Paris EELV David Belliard, qui cite le poète Yves Bonnefoy récemment disparu, c’est dans l’acceptation d’un PLU imparfait que se situe l’acception positive de l’imperfection.
  • Anne Hidalgo applaudit : « J’apprécie beaucoup l’approche un peu théorique sur ‘perfection’ et ‘imperfection’ », félicite-t-elle son poétique allié.
Le vote

« Un vote, c’est toujours une forme de réduction à un choix binaire d’un processus souvent complexe, le signe (ou la cime) de l’imperfection prise dans son acceptation positive » (David Belliard, Conseil de Paris, 4 juillet 2016).

Nous avons déjà salué ici le travail des Verts sur le PLU de Paris en amont du vote et observons aujourd’hui la vigilance prudente avec laquelle ils ont finalement accordé leur vote favorable à la modification laborieuse de ce texte fondamental, approuvée le 4 juillet dernier.

Au risque de paraître une nouvelle fois orientés pro-domo sur les horizons restreints du 18e arrondissement de la capitale, et plus encore de sa partie Est maintenue avec application en zone-urbaine-sensible-et-de-sécurité, nous répétons que certains combats gagnés et/ou en bonnefoy bonne voie d’être gagnés sur ce secteur sur-zoné doivent beaucoup à l’engagement du Groupe écologiste de Paris (GEP) dans les études des derniers mois, les combats des dernières minutes et les négociations avec le pouvoir (partagé) pour que l’alliance Verts-PS de la municipalité en place soit réelle.

Une opposition d’amendements

Les Verts ont dominé la situation de part en part, de l’étude des modifications à leurs aménagements sous forme de vœux et d’amendements dont un bon nombre a été repris (souvent avec contre-aménagements et contre-amendements il est vrai), et s’en seraient presque transformés en opposition. Méchamment condamnée au rôle de méchant de service, l’opposition en titre en serait presque devenue verte elle-même, – de rage.

« S’il faut aimer la perfection parce qu’elle est le seuil », retient donc Belliard de Bonnefoy, « il faut aussi la nier sitôt connue, l’oublier morte. L’imperfection, c’est la cime ».

La difficile citation d’Yves Bonnefoy, décédé trois jours avant que David Belliard ne s’en serve pour justifier le vote positif de son groupe au Conseil de Paris, mérite un instant de réflexion. Ces vers sont contenus dans un recueil paru en 1958 dont on trouve une présentation de Pierre Trottier en 1960 sur le site interuniversitaire Érudit et une autre de Anja Pearre en 1995 qu’on peut lire sous le titre de La présence de l’image : Yves Bonnefoy face à neuf artistes plastiques (Amsterdam/Atlanta, 1995, pages 27-28), travail qui interroge la position du poète face à l’inachevable, à la perfectibilité.

Selon cet auteur, « le manque de perfectibilité résume, depuis longtemps, pour Bonnefoy, la qualité de notre être au monde ». Voilà ainsi mise en perspective une loi de la nature, nature législative incluse ! Et les Verts ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, qui ont contesté plusieurs aspects du nouveau PLU, rappelé qu’ils n’avaient pas voté la précédente modification, regretté à maints égards (en forme plus soft mais pas moins affirmée que l’opposition officielle) qu’on ait préféré en hauts lieux une nouvelle modification à une révision plus fondamentale du texte.

Poursuivant dans la verve poético-philosophique de David Belliard, l’allié Vert dont Galla Bridier avait averti avant le vote qu’il lutterait pied à pied pour éviter la sur-densification de Paris, précisera encore : « Un vote, c’est toujours une forme de réduction à un choix binaire d’un processus souvent complexe, le signe (ou la cime) de l’imperfection prise dans son acceptation positive ».

Bien qu’il soit possible – ô combien ! – d’accepter l’imperfection, on devine qu’il s’agissait ici d’évoquer l’acception positive de l’imperfection et on laisse l’élu conclure :

  • « Dans cet esprit, nous voterons favorablement cette modification du PLU, à cause de toutes ses avancées et malgré toutes ses imperfections. Et nous continuerons à lutter, projet par projet parcelle par parcelle, pour que notre vision soit entendue et défendue ».

C’est dans une perspective proche – un travail en dentelle – que plusieurs associations parisiennes de défense de l’environnement étudient maintenant dans le détail la délibération finalement votée, en vue d’éventuelles oppositions : projet par projet, parcelle par parcelle.

Une méthode contestable et contestée

Végétalisation de surface, rue des Poissonniers (75018)

Végétalisation de surface, rue des Poissonniers (75018).

Car le nouveau PLU souffre, dans ses dispositions comme dans la méthode choisie pour les mettre en place, d’un défaut grave de démocratie qui n’a pas manqué de créer un certain malaise au sein de l’hémisigne hémicime hémicycle.

Un hémicycle bruissant (jusque dans les formules de politesse, la façon de l’exécutif de s’adresser aux intervenants selon le groupe qu’ils représentent ou la virulence de leurs critiques, les remerciements prodigués à qui retirait tel amendement ou acceptait tel contre-amendement) d’un clivage très fort entre majorité et opposition. Normal ? Pas sûr, si l’on en croit les jolies perles qui égrenaient le débat, dont nous retenons ici les deux plus… perfectibles à nos yeux :

À propos de « la profondeur du désaccord droite/gauche » qu’il crut devoir constater, le conseiller de Paris Claude Dargent, dont la parole doit l’être aussi, assurerait en effet sans grande nuance :

  • « La droite défend les intérêts de quelques-uns, ou plutôt les intérêts qu’elle leur prête (à ces quelques-uns, ndlr) alors que la Ville défend l’intérêt général » (vidéo du conseil de Paris, minute 02:02:00). L’asymétrie de la proposition vient du fait qu’à « la droite » n’est pas opposée « la gauche » mais « la Ville». Ce choix lexical prive la proposition de toute valeur car, si la Ville était à droite, la droite défendrait-elle pour autant l’intérêt général aux yeux du locuteur ?

Et la maîtresse des lieux Anne Hidalgo, soucieuse de faire cesser un début de messes basses venant de ses propres rangs et couvrant la voix de son adjoint à l’Urbanisme Jean-Louis Missika, d’interpeller un groupe de collègues bavards en un délicieux :

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