PLU École Saint Bernard

La Ville de Paris maintient son emprise sur l’école Saint Bernard

  • En dépit de l’intervention de Cavé Goutte d’Or, qui a suscité celles de l’OGEC Saint Bernard-Sainte Marie, de parents d’élèves, du curé de la paroisse et même de l’adjoint à contre emploi du Maire du 18e, chargé des logements sociaux, l’incroyable réserve de 60% de logements sociaux sur la charmante cour de l’école Saint Bernard demeure inscrite au projet de nouveau PLU.
Photo AM, avril 2016.

La désormais célèbre cour de l’école Saint Bernard jouxtant l’église Saint Bernard monument historique classé (Photo AM, avril 2016).

On se souvient que Cavé Goutte d’Or avait levé un sacré lièvre, en juillet 2015, en dénonçant la réserve faite sur la parcelle des 11 rue St Bruno, 6 rue St Luc et 7 rue Pierre l’Ermite par la Mairie de Paris qui prétendait pouvoir construire du logement social (en réalité du logement social intermédiaire sixty-sixty) sur le toit de l’école estampillé en effet LI 60-60 dans le projet soumis à enquête publique (Voir notre billet du 5 juillet 2015).

Une fois vérifié qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie de l’association, l’OGEC dirigeant l’école diocésaine fit fi, pour l’occasion, du différend qu’il avait (et est appelé à avoir encore hélas) avec Cavé Goutte d’Or qui soutient l’école Saint Bernard et son extension nécessaire mais conteste (hier devant le tribunal administratif et demain devant la cour administrative d’appel de Paris) un permis de construire qui porte atteinte, à ses yeux et à ceux (notamment) de Bertrand Delanoë, aux perspectives monumentales de l’église Saint Bernard (Voir notre billet du 10 juillet 2015).

L’OGEC s’opposa ainsi à son tour au projet de mainmise de la Mairie, suivi par les parents d’élèves et le curé de la paroisse, le diocèse de Paris lui-même s’insurgeant de voir, sur cette adresse notamment (il y en aurait deux cent neuf sur Paris), la Ville s’octroyer des « emplacements réservés » par un choix jugé « injustifié et des plus inopportuns (Rapport de la commission d’enquête, pages 94 et 95).

La marque au fer rouge que la Ville n'a pas enlevée.

La marque au fer rouge que la Ville n’a pas enlevée.

L’avenir de l’école et de son extension nécessaire demeure entre les mains de l’OGEC qui a confié à un seul architecte, qui lui même n’a établi qu’un seul plan, avec gabarits identiques aux centimètres près, plan duquel le tribunal administratif a néanmoins retenu (à quatre reprises dans quatre considérants successifs, ce qui indique l’importance de ce moyen dans la construction de son jugement du 7 avril 2016) l’idée que le permis querellé, accordé par Madame Hidalgo en mars 2015, reposait sur « un projet différent » de celui qui avait entraîné un refus de Monsieur Delanoë en mars 2012. On sait que Cavé Goutte d’Or soutient le contraire et pense l’avoir établi devant le Tribunal administratif, allant jusqu’à produire sous forme de plans A3 les élévations et coupes transversales des deux projets démontrant que les deux ne sauraient porter qu’une seule et même « atteinte aux perspectives monumentales », fondement du rejet du permis en 2012 (Voir notre billet du 7 juin 2015).

Cavé Goutte d’Or reviendra très prochainement sur ce jugement et la suite qu’il y donne mais, d’ores et déjà, souhaite que la procédure d’appel n’entrave pas les recherches de solutions meilleures pour l’extension nécessaire de l’école et n’éloigne pas l’attention qu’il convient de porter à la tentative de la Mairie de Paris de prendre possession de la parcelle sur laquelle se situe l’école Saint Bernard, en vis-à-vis immédiat de l’église Saint Bernard, monument historique classé.

Car enfin, le commentaire de la Ville de Paris sur les critiques du diocèse, de Cavé Goutte d’Or, de l’OGEC, du curé, des parents d’élèves et du conseil de quartier qui a également émis « des réserves sur la servitude », laisse songeur :

  • « L’emplacement réservé pour le logement intermédiaire LI 60-60 qui grève partiellement cette parcelle ne concerne que l’emprise du bâtiment scolaire, à l’exclusion de l’immeuble du 6 rue Saint-Luc qui abrite le presbytère. En tout état de cause, cette servitude est compatible avec la restructuration de l’équipement scolaire qui bénéficie du statut de CINASPIC. Des discussions ont été engagées avec le diocèse de Paris sur la base des propositions soumises à l’enquête », indique en effet la Mairie de Paris (Rapport de la commission d’enquête, pages 94 et 95).

On rappelle que CINASPIC vaut pour « Constructions et installations nécessaires aux services publics ou d’intérêt collectif » et on observe qu’en considérant sa servitude compatible avec la construction prévue dans la cour de l’école, la Ville envisage rien moins de construire du logement social par dessus ou à côté des trois plateaux sur pilotis que le cabinet d’architectes Alter Ego a concoctés pour faire un bout de chemin avec son illustre collègue Auguste-Joseph Magne (1816-1885).

En un autre endroit du rapport de la commission, un commentaire de la Ville précise :

La réserve n’est donc pas supprimée en l’état. Tout au plus sa suppression pourrait-elle être « envisagée ». Et cela pour la bien médiocre raison de productivité insuffisante de logements, bien médiocre en effet dans le contexte car, sauf le respect naturellement dû à la « production de logements », personne (ni la Ville, ni le diocèse, ni l’OGEC, ni les parents d’élèves, ni le conseil de quartier, ni même le curé) n’évoque la présence d’un monument historique classé, situé à cinq mètres de l’espace convoité, espace destiné quant à lui à l’enseignement, – y compris, on veut le croire, à l’enseignement de l’histoire, de l’art et des beaux-arts.

Querelles de chapelles

On sourit à l’idée que, dans une « note de présentation pédagogique » du 25 mai 2012 jointe à la demande de permis de construire et produite par l’OGEC devant le tribunal administratif, la directrice de l’école Saint Bernard salue, dans le projet architectural querellé, le fait qu’« il dote l’école d’une bibliothèque » (il n’y en avait donc pas ?) et, plus encore, qu’elle croie devoir préciser (à l’attention de l’ABF, peut être ?) qu’une bibliothèque est un « lieu indispensable pour ouvrir nos élèves à la culture » (lire la note de présentation pédagogique).

Un "espace urbain d'intérêt exceptionnel" autour d'un "édifice de qualité exceptionnelle" (François Loyer, APUR, 1982).

Un « espace urbain d’intérêt exceptionnel » autour d’un « édifice de qualité exceptionnelle » (François Loyer, APUR, 1982).

On regrette en revanche que, dans l’intervention qu’il a consignée au registre de la commission d’enquête, le curé de la paroisse Saint Bernard de la Chapelle se soit limité à « demande(r) que soit levée une servitude LI 60-60 qui frappe l’ensemble immobilier sis aux 11, rue St Bruno – 6, rue St Luc – 7, rue Pierre l’Ermite – Paris 18ème (LI 60-60) qui porte le Presbytère de la paroisse (logement prêtres, bureaux, salle paroissiale), (considérant) que l’objectif d’intérêt général de création de logements intermédiaires ne peut se faire au détriment de la poursuite d’autres missions d’intérêt public » (Rapport de la commission d’enquête, page 257).

Nullement portée sur le monument historique qu’est l’église située en face du presbytère, la préoccupation du curé pour le logement des prêtres, les bureaux, la salle paroissiale au motif que la servitude contestée « affecte les biens immobiliers dont bénéficie la paroisse dont je suis le curé », écrit-il au président de la commission le 9 juillet 2015, a offert une jolie occasion de défausse à la Ville de Paris qui a ainsi pu répondre, on l’a vu plus haut, que « l’emplacement réservé pour le logement intermédiaire LI 60-60 qui grève partiellement cette parcelle ne concerne que l’emprise du bâtiment scolaire, à l’exclusion de l’immeuble du 6 rue Saint-Luc qui abrite le presbytère ».

Le logement social n’affectera pas le logement des prêtres (dont une ancienne maman d’élève se souvient qu’il était à l’origine le logement du directeur de l’école) et il est ma foi vrai que « les biens immobiliers dont bénéficie la paroisse » n’englobent pas l’église Saint Bernard (Loi de 1905 oblige) dont le statut de monument historique est purement républicain.

Une partie de la requête de Cavé Goutte d’Or
passée sous silence

Si elle retient scrupuleusement chacune des interventions et toutes les demandes de levée de la servitude, y compris celle de Cavé Goutte d’Or (et jusqu’à celle de l’adjoint au maire du 18e chargé de l’urbanisme et du logement, qui s’était prononcé contre la réserve LI 60-60 à cinq minutes de la fermeture des registres [Voir le post-scriptum de notre billet du 11 juillet 2015 et notre page Défense du quartier]), la commission d’enquête ignore étrangement un élément de la requête de Cavé Goutte d’Or qui, dans le mémoire qu’elle a déposé le 10 juillet 2015, demandait l’inscription sur cette parcelle d’une protection des perspectives monumentales, saluées avant elle par Bertrand Delanoë et l’architecte des bâtiments de France qui officiait à la commission régionale du patrimoine et des sites qui se prononçait en faveur de l’inscription du bâtiment au titre des monuments historiques en 2012 ou encore François Loyer dans son étude de 1982 pour l’APUR :

  • « Si par ailleurs cela entrait, à ce stade, dans les prérogatives de la Commission, l’association Cavé Goutte d’Or vous serait reconnaissante de bien vouloir enregistrer et soutenir sa demande d’inscription, sur cette parcelle, d’une protection des perspectives offertes par la réunion des bâtiments existants autour de l’espace non bâti formé par la cour de l’école, véritable respiration urbanistique et architecturale telle qu’elle se manifeste dans les documents joints ».

Le texte de Cavé Goutte d’Or est parvenu au président de la commission par deux biais : s’il lui fut adressé par courtoisie en courrier recommandé reçu le 13 juillet 2015, il fut d’abord officiellement déposé en Mairie et joint en copie intégrale à la mention manuscrite opérée sur le registre dédié, – cela dans les temps, le 10 juillet avant 17 heures (voir ci-contre). Il serait donc vain, comme tente de le faire la commission en listant les divers courriers postés le vendredi 10 juillet 2015 qui lui sont parvenus le lundi 13 juillet 2015, d’en écarter le contenu puisque, preuve en est au demeurant l’inscription de la demande au registre, la requête est bel et bien considérée et traitée quant à la levée de la servitude, seule la demande de protection des perspectives monumentales étant indument écartée.

Une enquête est en cours sur cette absence apparente (si l’on peut dire) afin que l’objectif de protection soit remis… en perspectives. À suivre.

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