Nouvelle lune

Du bon, du beau, du débat

  • L’excellente étude d’Action Barbès sur l’architecture du projet d’extension de l’école Saint Bernard a brisé la chape de silence imposée par 30 années de « Politique de la ville » sur la Goutte d’Or.
  • Un débat a suivi sur son blog, qui montre un mal-être dépassant largement le seul projet de l’agence Alter Ego sur le seuil de l’église Saint Bernard monument historique.
Bientôt pleine, bientôt nouvelle (Photo Bert, 20 janvier 2016).

Bientôt pleine ? Bientôt nouvelle ? (Photo Bert, 20 janvier 2016).

La défense d’un monument historique sur le seuil d’une école privée qui doit s’agrandir ? – Il y aurait… « des choses plus primordiales », dit une mère d’élève, par exemple « le respect des lois républicaines vers la rue Dejean », « les friches qui vérolent notre quartier » … La défense de l’OGEC Saint Bernard Saint Marie, qui dénonçait dès juillet 2014 « un objectif de pur formalisme juridique » ira lui-même jusqu’à évoquer « un abcès de fixation » dans ses dernières conclusions en date devant le Tribunal administratif …

Extrait du débat
sur le blog d’Action Barbès

Le caractère privé et catholique de l’école sera vite évacué : à l’évocation d’« une attaque à cette école car elle est catholique », la réponse claire et immédiate d’Action Barbès et les développements de plusieurs visiteurs de son blog viendront apporter avec sérénité la réponse qui convient : ce n’est pas l’école qui est « attaquée », encore moins parce qu’elle serait de telle ou telle confession, c’est le projet architectural de son extension. L’extension de l’école elle-même est largement défendue, les commentateurs mettant surtout l’accent sur la responsabilité des pouvoirs publics dans l’abandon politique du quartier.

  • « Il n’est pas question d’empêcher cet agrandissement de l’école, juste que cela ne se termine pas en cube disgracieux », écrit un riverain.

Très vite, le sentiment de forcing et d’injustice domine : l’évocation de travaux « sans autorisation en bonne et due forme » fait d’abord dresser l’oreille des juristes formalistes car les travaux sont bel et bien autorisés, mais le commentateur retient justement qu’ils ne l’ont pas été « en bonne et due forme ». Manifestement, la qualité de l’examen du dossier par l’architecte des bâtiments de France permet de prendre quelque distance avec la forme, en effet.

« Le caractère du quartier », « son authenticité » dictent plusieurs contributions : les pouvoirs publics et les architectes s’en moquent. Le patrimoine y est d’abord « nié », puis « détruit ». La fatalisme qui peut en découler se lit en quelques endroits : « La rue de la goutte d’or est un désastre architectural honteux et le reste suit !! Alors le projet d’extension de cette école de quartier qui fait ce qu’elle peut pour accueillir les enfants ….. ».

À l’opposé, on retient une proposition d’extension de la protection à la salle Saint Bruno, ancienne chapelle de catéchisme : « Cet endroit doit être préservé, le bâtiment prévu va masquer une partie de la Salle St Bruno dont l’architecture est remarquable. Ensuite le futur bâtiment sera trop près de l’église et son architecture très éloignée de la salle St Bruno et de l’église. Le diocèse est propriétaire de tout l’ensemble immobilier comprenant l’école et la salle paroissiale et des logements au dessus situés au 6 rue Saint Luc, Peut être qu’il existe une solution d’extension de l’école dans ces bâtiments déjà existants ? À méditer ».

L’état de droit

Un commentaire réunit judicieusement ces remarques sous l’angle de l’état de droit (pas forcément avec la majuscule de l’État, l’expression désignant alors non l’entité politique mais le système où la loi s’applique) : « Le rapprochement avec les friches, les situations scandaleuses auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement, etc., paraît assez justifié » (plusieurs commentateurs se disent clairement confrontés quotidiennement à une situation de non droit). « Nous ne devons pas admettre que ce quartier mérite moins de considération ou moins d’exigence que d’autres« .

  • « Par exemple, ce n’est pas parce que la rue de la Goutte d’or a été massacrée par les pouvoirs publics qu’un propriétaire privé, quel qu’il soit, doit se croire autorisé à agir de la même manière. Particulièrement quand ce propriétaire joue un rôle éducatif et social éminent dans le quartier, et est supposé montrer le bon exemple plutôt que le mauvais. »

Comme en écho, une autre contribution affirme avec force : « La balance faite par les habitants du quartier entre la violence quotidienne qu’ils subissent dans leur définition même d’habitants de la Goutte d’Or et la construction litigieuse » ne peut pas être négligée : « Le discours du droit, ici l’argument du classement de l’église, sont vécus dans ce quartier comme une provocation, comme un mépris de la réalité de la vie littéralement invivable dans tous ses détails et surtout dans le fait massif que personne ne peut dire de quoi il est réellement question. Quelle est cette violence et quelles sont ses causes? Question sans réponse ».

Hélas, dira le lecteur pressé ! car cela risque bien, poursuit le commentaire, de « permettre à la ville de continuer à détruire l’espace urbain dans le plus parfait mépris de la sauvegarde des ensembles typiques du début du XIXème siècle aux abords de la ceinture des fermiers généraux. Elle le permet parce que les habitants sont formés à croire que c’est en détruisant / reconstruisant les immeubles, les lieux, que les désordres de l’ordre public seront traités, que quelque chose au moins va changer ».

« La qualification de ‘patrimoine historique’ est refusée à la Goutte d’or nord comme elle l’a été il y a trente-trois ans à la Goutte d’or sud », lit-on encore. « C’est pour cela qu’il faut saluer l’effort de Cave goutte d’or, seule résistance locale aux coups portés au quartier. La reconnaissance officielle du monument historique qu’est l’église St Bernard est une victoire sur la négation de l’histoire, un bien pour tous les habitants ».

  • « Les enfants de l’école, initiés au beau plutôt qu’au laid, au bien plutôt qu’au mal, devraient bénéficier de l’enseignement que leur apporte le site de leur école, l’extension de leur école dans ce cadre architectural remarquable. Quelle tristesse de constater que leurs instituteurs, leurs parents ne fassent pas équipe avec Cave goutte d’or afin d’obtenir une extension digne de la valeur du site et de la valeur de ses habitants ! Mais le souci du beau, de l’importance de l’histoire du lieu, est, semble-t-il, incompatible avec les pratiques en vigueur dans le quartier. C’est pour cette raison que le cas de ce conflit absurde est symptomatique de ce qui ne va décidément pas à la Goutte d’or ».

Une intervenante adresse une supplique aux édiles :

  • « Mesdames et Messieurs les élus, redonnez nous de l’espoir, de l’oxygène, sortez nous de la vision carcérale que vous avez de la goutte d’or !!! ».

Conflit d’intérêts publics

Le lien entre cette situation et les élus est fait de façon très précise au détour d’une déclaration du maire adjoint à l’Urbanisme au journal Le Parisien du 13 janvier 2016 : « Dans Le Parisien, le projet est défendu par M. Neyreneuf, adjoint chargé de l’urbanisme à la mairie du 18e, pilote depuis près de 15 ans du bulldozer qui ravage la Goutte d’Or (…) on aimerait savoir si ce soutien est un point de vue personnel ou celui de la municipalité », observe un commentateur.

Cavé Goutte d’Or a également noté ce soutien et en a fait un des points de son dernier mémoire devant le Tribunal administratif, déposé le 9 février 2016 :

  • « La communication de l’école Saint Bernard en faveur du commencement des travaux a révélé le soutien de la Ville de Paris au projet architectural combattu par l’association requérante, soutien qui va, de la part de la municipalité d’arrondissement, jusqu’à ‘trancher’ en faveur de la construction : ‘Les recours peuvent prendre du temps avant d’être étudiés. Il fallait trancher et se lancer’, indique au quotidien Le Parisien du 13 janvier 2016 le maire adjoint du 18e arrondissement de Paris chargé de l’Urbanisme, du Logement et de l’Architecture, venant ainsi confirmer les moyens soulevés par la requérante quant à l’erreur d’appréciation de l’autorité instructrice sur son propre rôle dans la formation de la décision de Madame la maire de Paris d’autoriser une construction que son prédécesseur avait très catégoriquement refusé ».

Et de poursuivre :

  • « Mis en parallèle avec la fronde des mêmes autorités contre la protection du monument historique (cf. notamment TA n° 1318304 et 1509690/7-3 et recours indemnitaire pour faute de l’administration n° 1517961/7-1), ce soutien pour un projet qui met en péril la sauvegarde des perspectives monumentales, laisse planer le plus grand doute sur l’indépendance de l’instruction qui a conduit l’administration à accepter un avis d’ABF manifestement irrégulier en raison du défaut d’examen complet et sérieux du dossier et, consécutivement à l’acceptation de l’avis, à accorder le permis qui ne saurait l’avoir été légalement ».

Une « mise au point » de la directrice de l’école

Sous le titre de « Mise au point concernant le projet de rénovation et extension de l’école Saint Bernard suite aux échanges parus sur le blog d’Action Barbès », on peut lire également un texte de Madame Nicole Detoc, que nous publions intégralement :

« 1 Qui parmi ceux qui s’expriment connaissent les locaux actuels de Saint-Bernard et donc nos besoins ? Qui s’est donné la peine de nous rencontrer ?
2 Il ne s’agit pas d’un collège mais d’une école- un minimum d’exactitude ne nuit pas-.
3 Pas de problème incendie : comme tous les établissements recevant du public, l’école bénéficie d’une visite de la commission de sécurité. La dernière a eu lieu en 2014 et l’école n’a pas fermé, donc elle est en capacité d’accueillir du public, sans danger aucun.
Il s’agit de répondre aux normes d’accessibilité pour les personnes porteuses de handicap, de rendre ce lieu fonctionnel où les élèves et le personnel se sentiront dans un cadre accueillant, où il fait bon vivre et travailler.
4 L’aspect architectural : mettez 20 personnes autour de plusieurs projets et même après une nuit blanche, vous n’aurez sans doute aucun accord sur le projet choisi.
Un architecte, connaissant parfaitement bien les lieux, a été missionné et il a répondu à nos demandes, qu’elles soient d’espace, d’aspect ou financières. Il ne faut pas oublier que nous sommes un petit établissement, dont les moyens sont en rapport avec sa taille !
5 Nous avons fait les choses dans l’ordre : un premier permis a été déposé, il a été refusé sur des critères architecturaux, à mon avis subjectifs, mais nous avons revu notre copie. Un deuxième permis a été déposé et accordé. L’association CGO a fait invalider ce PC. Nous avons renoncé à ce PC et présenté un troisième permis, accordé en mars 2015.
En même temps pour nous défendre nous avons dû prendre un avocat. Et oui, tout ce temps perdu et cet argent ….. Tout cela est déplorable.
Enfin à ceux qui disent que nous aurions pu faire autrement …..
1 Ils ne connaissent pas nos besoins et n’ont jamais cherché à les connaître.
2 Nous sommes des personnes responsables et nous avons étudié bien des idées avant de nous lancer. Mais sans doute certains détiennent la vérité et savent mieux que nous.
Pour terminer, directrice depuis plus de 20 ans sur ce quartier- et j’y vis depuis autant d’années-, je sais que cette école apporte son lot d’équilibres à bien des niveaux, et qu’elle donne une alternative légitime aux familles.
Alors, parlementer sur l’aspect esthétique de la construction ….. Je pense qu’il existe bien d’autres choses à penser sur ce quartier ! J’ai en tête, en toute modestie !, les réactions lors de la construction de Beaubourg ou de la pyramide du Louvre ….
Comment plaire à tous ?
Nous avons au moins l’avantage d’agir et d’œuvrer pour ce à quoi nous croyons et ce, avec de petits moyens !
Nicole Detoc, directrice de l’école Saint Bernard Sainte Marie Paris le 18/01/2016 ».

Une réaction sur le blog d’Action Barbès, hors de celles que pourra émettre Cavé Goutte d’Or :

  • « Merci Mme Detoc pour ces précisions, même si elles sont formulées sur un ton agressif qui surprend un peu. On peut imaginer que vous faites face à des contraintes multiples, pas faciles à gérer, mais votre projet concerne aussi les habitants, qui l’auront sous les yeux pendant très longtemps… Le problème est que vous justifiez les inquiétudes, en suggérant que l’aspect esthétique n’est pas prioritaire dans ce quartier, qui a d’autres soucis plus urgents. C’est aussi ce qu’affirmait M. Neyreneuf à propos des logements sociaux, et nous en voyons le résultat : le brutalisme architectural « bas de gamme » (càd sans les moyens accordés à des œuvres de prestige) est aussi une brutalité environnementale et sociale. »

L’étude est toujours en ligne sur le blog d’Action Barbès. Le débat reste ouvert.
Lire aussi : les échanges sur la page Facebook des Amis de l’école Saint Bernard (extrait).
Et encore : « L’OGEC voudrait réduire Cavé Goutte d’Or au silence devant le TA » ; « Ce que l’ABF ne pouvait ignorer » : développement sur « un espace urbain d’intérêt exceptionnel » selon une étude de l’APUR de 1982.

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