Ovni soit !

L’ICI Barbès cherche son imam

  • L’ACAM, candidate à l’occupation de l’espace cultuel de l’Institut des Cultures d’Islam des rues Polonceau et Poissonniers, est à la recherche de 2.700.000 €.
Local de préfiguration au 40 rue Cavé.

Appel aux dons. 40 rue Cavé (juin 2015).

Nous avons salué sur le blog l’inauguration de l’ICI de la rue Stephenson par le maire Bertrand Delanoë, le 28 novembre 2013 (pour mémoire). Le projet avait connu quelques vicissitudes et, une fois contournés les obstacles évoqués par M. Delanoë (obstacles « immenses, culturels, politiques, psychologiques »), l’ICI 1 (puisque le projet se déploie en deux bâtiments) peinait à trouver l’entité devant s’occuper de la partie cultuelle de la structure culturelle chapeautant l’ensemble appelé « Institut des Cultures d’Islam ».

Un an à peine avant l’inauguration de l’ICI 1, le maire adjoint à l’Urbanisme et au Logement du 18e arrondissement (nous nous étions étonnés alors que ce ne fût le maire adjoint à la Culture ou le ministre des Cultes) avait exprimé ses inquiétudes dans Le 18e du mois, dont le numéro de novembre 2012 titrait « Futures mosquées : la Ville court après un acheteur » (Le Parisien du 12 novembre 2012 reprendra le titre sans courir après). L’AMO (Association des Musulmans de l’Ouverture) n’avait en effet « pas un sous » pour assumer le rôle qui lui était dévolu dans le montage de la Mairie, indiquait Michel Neyreneuf dans les colonnes du mensuel.

Le 18e du mois de novembre 2012 (voir Poteaux bohèmes).

L’acheteur serait finalement trouvé, comme l’expliquera dès l’inauguration de l’ICI 1, le journal en ligne dixhuitinfo.com du 26 novembre 2013 dans un article très complet et didactique : « La salle de prière de l’ICI Goutte d’Or, rue Stephenson, sera gérée par la société des Habbous et Lieux Saints de l’Islam qui en a fait l’acquisition pour 2,2 millions d’euros. Cette association dépend de la Grande Mosquée de Paris, dont le recteur est Dalil Boubakeur, par ailleurs actuel président du Conseil Français du Culte Musulman ».

L’ICI 2, dont dixhuitinfo.com rappelait alors qu’il devait « donner au projet sa forme définitive à fin 2015 » (nous y sommes presque), n’est pas sorti de terre et on ne compte plus les interventions se demandant ce qu’il en est du projet, d’une part, ce qu’il convient de faire pour que la friche qui doit l’accueillir ne serve pas de décharge, d’autre part, comme s’en inquiétait avec humour le blog d’Action Barbès du 7 février dernier.

De l’AMO à l’ACAM

« L’acheteur de la salle de prière du second bâtiment, l’ICI Barbès, n’a pas encore été choisi », observait déjà le journal dixhuitinfo.com du 26 novembre 2013 : « Les acquéreurs potentiels (et sérieux) ne se bousculent pas. Selon Michel Neyreneuf, l’adjoint à l’Urbanisme du 18e arrondissement qui suit le dossier, ‘trois candidats issus des mouvances du Maroc et d’Algérie ont fait des offres’. Le prix est fixé à 2,7 millions. Primeront, dans le choix, ‘la fiabilité financière et l’ouverture aux musulmans d’origine subsaharienne’. La salle de prière du futur ICI Barbès viendra en effet remplacer la mosquée El-Fath fréquentée par une importante communauté de fidèles d’Afrique noire ».

« Cette communauté espérait elle-même acheter et gérer la nouvelle salle, via l’AMO, l’association des musulmans de l’ouverture », poursuivait dixhuitinfo.com en novembre 2013. « Elle s’était constituée en 2009 dans ce but, mais depuis, elle n’arrive pas à rassembler les fonds nécessaires. Son président, le recteur Moussa Niambele, assure néanmoins être ‘toujours sur les rangs’, dans l’attente d’un chèque providentiel ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERAC’est aujourd’hui le but de l’ACAM (Association Culturelle Africaine et Musulmane) que de réunir la somme de 2,7 millions d’euros, comme l’annonce le modeste A3 affiché en juin dernier sur la porte du modeste 40 rue Cavé, pied d’immeuble de type Politique de la ville (donc de facture médiocre, et déjà bien dégradé) à l’angle des rues Cavé et des Gardes, proche de l’ancien Mont de piété du 36 rue Cavé, beau bâtiment repéré par le blog Paris-bise-art qui assure que « dans l’Assommoir d’Émile Zola (…) c’est précisément dans cette agence du Mont-de-piété que Lantier enverra Gervaise vendre pour cent sous un pantalon et un châle ». À l’instar du quartier assommé par Zola, l’îlot serait ainsi prédestiné au misérabilisme humanitaire et, dans l’espoir de recueillir 2.700.000 euros, l’ACAM déposerait provisoirement ses tapis de prière au 40 rue Cavé (32-30 rue des Gardes), agence moderne de piété à la Paris Habitat, maître d’ouvrage pressé, le temps qu’un nouveau local – social par définition – permette à l’association de poursuivre sa collecte dans un autre pied d’immeuble.

Le 40 rue Cavé (Photo CGO 2013).

Le 40 rue Cavé/30-32 rue des Gardes  : Un immeuble de Paris Habitat de facture médiocre, livré en 2004 et déjà bien dégradé en 2013 (Photo CGO 2013) (Voir aussi photos SEMAVIP 2004 et Architopic 2004).

Mt de piété rue cavé

Image : Paris-bise-art. On distingue sur la gauche le 40 rue Cavé/30-32 rue des Gardes. Cliquer pour agrandir.

Cohabitation culte-culture

Déjà, l’affiche de l’ACAM annonce une adresse au 25 rue la Goutte d’Or, où nous ne l’avons pas trouvée à ce jour. Autre détail de l’affiche : l’ACAM y est présentée comme une association culturelle (et pourquoi pas ?) alors qu’elle brigue l’activité cultuelle des lieux. L’r de la nuance devant distinguer le cultuel du culturel, exigence qu’on relie à la loi de 1905, reflète peut-être la difficulté à trouver, ou à créer de toutes pièces, ce que l’ICI qualifie de « cohabitation inédite culte-culture » et le maire adjoint du 18e à l’Urbanisme et au Logement d’« OVNI ».

On se souvient en effet de « l’OVNI » qu’évoquait encore en début d’année Michel Neyreneuf devant le Conseil d’arrondissement lorsque, pour expliquer un dépassement budgétaire soumis au vote des élus du 18e et de Paris, il prit l’exemple des toilettes turques qu’il avait fallu construire pour l’ICI 1 qui n’avait été doté que de « toilettes anglaises », pour le dire comme sous l’empire ottoman (voir l’avenant n° 2 au marché de maîtrise d’œuvre de l’ICI Stephenson, l’extrait des débats du Conseil d’arrondissement du 26 janvier 2015 et notre Humeur du 5 février 2015 toujours en ligne (cf. « Les trucs à la turque de l’adjoint à Lejoindre » sur notre page Humeur à la date du 5 février 2015).

Quoi qu’il en soit des nuances mises en place pour distinguer le cultuel du culturel, il est dit parfois que le projet lui-même n’est plus en grâce dans les salons de l’Hôtel de Ville, certains commentaires politiques sur la question, recueillis notamment par Le Parisien du 28 juin 2015, laissant entendre que l’actuelle maire de Paris serait moins enthousiaste que ne l’était son prédécesseur pour le mener jusqu’au bout.

La friche est bonne hôtesse

Sans préjuger du résultat des délibérations et négociations en cours, le blog relaie ici la récente proposition de l’association La Table ouverte (qui doit bientôt quitter la friche de l’angle Myrha / Léon et laisser la place au chantier du futur Studio 360°), proposition consistant à occuper provisoirement la friche Polonceau / Poissonniers pour y installer ses activités sociales, ses distributions de repas gratuits et sa pétanque, préfiguration – on l’espère – d’un vrai club de pétanque à la Goutte d’Or, sur un lieu dédié et pérenne.

Pourquoi pas entre les escaliers Boris Vian et l’église saint Bernard, en covisibilité rêvée avec le monument historique de la Goutte d’Or, sur un espace proche de l’ancien Démol qui avait accueilli dans les années 1970 et 80 l’association « la Boule Polonceau », un espace à retrouver ou à inventer pour remplacer les terrains vagues que sont devenus les vagues terrains de tennis de la malheureuse opération Goutte d’Or Sud, dont Daniel Vaillant lui-même avait lucidement écrit qu’elle avait, en plus, « très mal vieilli » (voir notre billet : « Felix culpa »).

Lire notre billet : « Les boules à Château Rouge ».

* Culte et culture, patrimoine et architecture.  À la Mairie centrale, l’avenant sur l’ICI Stephenson, présenté par la Direction du Patrimoine et de l’Architecture (DPA) sous la référence 2015 DPA 12 et voté à mains levées par le Conseil de Paris des 9-10-11 février 2015, était traité par la 2e Commission dont le rapporteur était Bruno Julliard, adjoint à la Culture. À la Mairie du 18e, Patrimoine et Architecture sont séparés et c’est l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement qui était rapporteur au titre de sa délégation à l’Architecture. L’Architecture dépend en effet de l’adjoint à l’Urbanisme et au Logement (comme le quartier le vérifie hélas tous les jours, Michel Neyreneuf ayant instauré « la mise au rancart des questions architecturales et esthétiques » bien avant de recevoir ses attributions municipales et de promulguer alors un « type d’habitat par type de population » et « l’architecture blockhaus »), tandis que le Patrimoine dépend de l’adjointe à la Culture (comme le quartier l’a appris lorsque Carine Rolland a évoqué le classement de l’église Saint Bernard en termes très approximatifs, sous l’oeil néanmoins ravi du maire titulaire Éric Lejoindre).

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