Rétro roudoudou

Mistrals perdants à Saint Nazaire ?
Mistrals gagnants à La Goutte d’Or !

  • « Te raconter un peu comment j’étais, mino / Les bonbecs fabuleux qu’on piquait chez l’marchand / Car-en-sac et Minto, caramels à un franc / Et les Mistrals gagnants »…
DoDooR

Le Mistral Gagnant à l’angle des rues Saint Matthieu et Stephenson remplace l’ancien Mistral, navire amiral des vieux bistros de la Goutte d’Or. Image Foursquare.

Cavé Goutte d’Or y tenait ses assemblées générales annuelles,  y donnait ses rendez-vous, y organisait ses pots de travail : c’est notamment là qu’eut lieu la première rencontre avec la DRAC (dont les fruits ont donné sa première étoile [patrimoniale] à l’église Saint Bernard juste en face, inscrite et bientôt classée aux monuments historiques), là que le journal en ligne Dixhuitinfo.com réalisa son inoubliable entretien avec Cavé Goutte d’Or sur la démolition du 25 rue Stephenson (jamais paru, l’entretien est évoqué dans le premier billet du blog, le 8 juin 2011), là aussi que les riverains les plus proches de l’improbable CROUS des 22-24 rue Cavé (dont Paris Habitat a commencé, en juillet, de jeter les fondations en dépit des nombreux faux dont l’instruction est truffée), ont décidé de s’opposer à cet énième cube mal pensé, dégradant l’image du quartier faubourien dont Le Mistral était une pièce majeure.

C’est dire combien Le Mistral a accompagné Cavé Goutte d’Or durant ces quatre dernières années (quatre dernières du café, quatre premières de l’association) et, si l’association n’a pas encore évoqué la fermeture du Mistral, le 31 mars dernier, veille de l’incroyable premier avril organisé en Mairie du 18e en l’honneur de la SEMAVIP (également partante), c’est notamment en raison des vents contraires qu’elle a dû affronter ce printemps, harcelée qu’elle fut par les multiples procédures en cours (celles dont Éric Lejoindre interdit qu’on parle le 1er avril) contre les permis accordés autour de l’église Saint Bernard, monument historique qu’elle a encore tout récemment dû défendre dans la tentative de la Mairie de Paris de préempter ses abords protégés (voir : « Belle mobilisation contre le projet d’accaparement municipal de la parcelle de l’école Saint Bernard »).

Le Mistral a donc cessé ses activités le 31 mars. Assez discrètement, comme il les avait menées au cours des trente dernières années, même si quelques fidèles ont su lui rendre l’hommage qu’il méritait (voir les pages facebook de Sylvie Haggaï [28-29 mars 2015] et Lesly Hamilton [4 avril 2015]).

Ahmed, Amar et Ferhat (Madame Geneviève en cuisine jusqu’il y a une quinzaine d’années ?) ont passé le témoin à leurs voisins de La Môme, enfants du quartier qui ont transformé il y a quelques temps l’angle d’en face en haut lieu de subtiles tagines marocaines puis, en traversant la rue, ont ajouté un café à leurs enseignes et le mot gagnant à celle du Mistral. Non que l’ancien Mistral était perdant, temps sans faux…, mais face à La Môme, la référence culturelle se devait de rester dans la chanson. Ce serait en l’occurrence celle de Renaud : « Ah… m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi / Et regarder les gens tant qu’y en a / Te parler du bon temps qu’est mort ou qui r’viendra / En serrant dans ma main tes p’tits doigts / Pi donner à bouffer à des pigeons idiots / Leur filer des coups d’pied pour de faux / Et entendre ton rire qui lézarde les murs / Qui sait surtout guérir mes blessures (…) » (« Mistral gagnant » : les paroles ; la chanson).

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Le nouveau Mistral (août 2015).

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L’ancien Mistral. Photo Lesly Hamilton (avril 2015).

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue imprenable sur l'église Saint Bernard (Photo Lesly Hamilton).

Vue imprenable sur l’église Saint Bernard (Photo Lesly Hamilton).

On se souvient qu’un autre angle de la place (ils sont seize, les angles autour de l’église Saint Bernard, dont les perspectives sont saluées de toutes parts) a été rendu célèbre par une scène du film «Les Bien-Aimés»  de Christophe Honoré (voir sur le blog).

Chiara Mastroianni sonne au 12 rue Stephenson (revoir), la Môme répond au 16, le Mistral Gagnant reçoit à l’angle Saint Mathieu / Stephenson et d’autres futurs hauts lieux se profilent à l’horizon de l’année 2015, dont les Journées du patrimoine célèbreront, les 19 et 20 septembre prochains, le patrimoine futur.

« Patrimoine du XXIe siècle,
une histoire d’avenir »

Dans ce qui pourrait paraître un oxymore, le ministère de la Culture a en effet décidé d’évoquer cette année le patrimoine à venir : « La notion de patrimoine ne cesse de s’enrichir, dans une continuité historique qui fait des créations les plus récentes le patrimoine des générations à venir. Le thème retenu pour 2015 a pour ambition de présenter au public ce processus continu de fabrication du patrimoine, trait d’union entre passé et avenir ».

Cette préoccupation avait été joliment formulée, déjà, par le président de l’Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique, lors de la rétrospective 2012 que Cavé Goutte d’Or avait organisée sur le chantier de l’Olympic, le 19 décembre 2012. « Il faut laisser de la place au patrimoine futur », disait Pierre Housieaux. Et Cavé Goutte d’Or de souligner alors :

  • « Dans le tissu faubourien de l’Est parisien, étroit et dense, la formule du président de l’Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique rappelle judicieusement que le souci de la sauvegarde et de la mise en valeur s’associe parfaitement à celui de la modernité, le respect du passé à celui du futur via un présent attentif, et d’écarter le reproche souvent fait aux ‘gens du patrimoine’ de ne se soucier que de vieilles pierres. La notion de « patrimoine futur » éclaire aussi positivement le sentiment de gêne qu’ont parfois les habitants de la Goutte d’Or d’être les contemporains des constructions qu’ils voient sortir de terre, des matériaux dont elles sont faites, de l’urbanisme sauvage qu’elles consacrent, – autant de traces (si encore elles demeurent) qui rappelleront leur passage, leur époque » (Lire sur le blog).

Cavé Goutte d’Or ne manquera pas le rendez-vous des 19 et 20 septembre 2015. Sur la place, à l’un de ses seize angles. Sur l’un de ses seize angles. « Sur ou sous l’angle ? », réfléchit encore l’association en lisant l’annonce du ministère qui indique avoir « choisi de placer la 32e édition des Journées européennes du patrimoine sous le thème ‘Patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir' ». Sous ou sur le thème, dilemme québecois, dirait-on ?

Remboursez !

Pour ce qui est de l’ironique télescopage d’actualités, qui voudrait que le Mistral soit aussi un bateau de guerre en déshérence ou, selon l’idée d’un ancien ministre français (des Transports !), la plateforme d’un bureau de douane post-moderne servant à dédouaner l’Europe de Bruxelles de ses errances en matière de migrances (voir Le Parisien du 20 mai 2015 ; Le Figaro du 31 juillet 2015), ce ne sera en effet qu’un télescopage, dont le blog avait d’ailleurs déjà souligné l’ironique actualité lors des élections municipales (voir notre humeur du 21 mars 2014). Donc on va pas le refaire !

les angles

Les seize angles, the new place to be in the Goutte d’Or.

Merci à Jeanne, à l’origine de ce billet.

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