Vue imprenable

Les projets de la Mairie de Paris sur la parcelle de l’école Saint Bernard ?

  • Tout en instruisant successivement trois demandes de permis de construire vouées à l’échec pour son extension, la Municipalité semble convoiter le terrain de l’école Saint Bernard pour du logement social.
  • Elle ferait inscrire au PLU un « emplacement réservé pour logements intermédiaires » à l’angle des rues Saint Bruno et Pierre L’Ermite sur lequel l’OGEC Saint Bernard Sainte Mairie voudrait construire.
  • Cavé Goutte d’Or saisit le Commissaire enquêteur des perspectives à protéger autour de l’église Saint Bernard monument historique.
PLU couve

Le document soumis à enquête publique où la propriété de l’OGEC serait convoitée par la Ville de Paris (Voir la page 98 du pdf, page 23 de l’Annexe II, modification L18-13).

La modification du Plan local d’urbanisme (PLU) de Paris est actuellement l’objet d’une enquête publique qui se poursuit jusqu’au vendredi 10 juillet 2015. Le public peut prendre connaissance des modifications apportées au PLU de Paris dans les vingt Mairies d’arrondissement de la capitale où le projet est déposé, et consigner ses observations sur les registres d’enquête mis à sa disposition sur place, chacun pouvant également s’adresser par écrit au président de la commission, voire rencontrer un de ses membres (pour le détail, lire l’arrêté de la maire de Paris du 13 mai 2015 et le calendrier au bas de ce billet).

Un public averti en vaut deux

Plusieurs adresses sont impactées dans le 18e arrondissement. Nos lecteurs nous pardonneront de porter principalement attention à la parcelle immédiatement voisine de l’église Saint Bernard sur laquelle le projet de construction ci-contre est contesté par Cavé Goutte d’Or.

La modification du PLU soumise à enquête publique inclut en effet la parcelle n° 66 du cadastre de Paris, correspondant à l’adresse des 11 rue Saint Bruno, 6 rue Saint Luc et 7 rue Pierre l’Ermite, sur laquelle est proposée l’« inscription d’un emplacement réservé pour logements intermédiaires », cela afin de « mettre le PLU en compatibilité avec le PLH approuvé en 2015 ».

cadastre école St Bernard

La parcelle n° 66 du cadastre de Paris réservée au logement intermédiaire par le projet de PLU modifié.

Le PLH en question, ou Plan local de l’habitat modifié, avait été l’objet d’une présentation suivie d’un vote d’approbation au conseil d’arrondissement du 26 janvier 2015, séance dont le blog a rendu compte, d’autant qu’elle comportait aussi un temps de réflexion sur l’évolution de la physionomie urbaine dans la Goutte d’Or.

C’est lors de cette séance du 26 janvier 2015, en effet, que le conseiller de Paris Pascal Julien évoquait, au nom des Verts, les trois permis de construire accordés autour de l’église Saint Bernard monument historique, tous les trois viciés pour absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France et tous les trois remis sur le métier, – deux par la procédure de permis de construire modificatifs, un par le retrait et le dépôt d’un nouveau permis.

C’est lors de cette séance aussi qu’en réponse à son collègue EELV, le maire adjoint à l’Urbanisme a menti à la représentation démocratique de l’arrondissement en évoquant des dates fausses quant à la protection du monument historique et aux avis d’ABF, manipulation censée détourner l’attention du conseil et faire valoir une chronologie laissant entendre que l’église avait été protégée après le passage des ABF (vidéo CA 26/01/2015, 2e partie, à compter de 01:01:05), alors qu’elle l’avait été avant, comme il n’est plus contesté par personne (voir notre billet du 9 mars 2015 : « Les arrêtés qui tordent le cou à la rumeur »).

Les recours dont on ne
voulait pas parler en hauts lieux

Malgré les tentatives du maire Éric Lejoindre de ne pas débattre des recours (« Je rappelle que les questions orales n’entraînent pas de débat », dira-t-il en introduisant celles de Pascal Julien le 26 janvier 2015 [vidéo CA, minute 00:51:25]« On ne parlera pas des recours », insistera-t-il lors de son meeting du 1er avril 2015 en hommage à son prédécesseur et à l’aménageur de Château Rouge [voir « SEMAVIP : La quille !? »]), les lecteurs du blog auront suivi les péripéties de ces permis et de leurs modificatifs, ceux-ci ne satisfaisant toujours pas – selon Cavé Goutte d’Or – à l’obligation de recueillir l’avis conforme de l’architecte des bâtiments de France quant à l’impact des constructions nouvelles sur le monument historique.

L’un deux (celui du CROUS de la rue Cavé) était l’objet, vendredi dernier 3 juillet, d’un référé suspension au Tribunal administratif ; un autre (celui de Batigère à l’angle des rues Affre et Myrha) est l’objet d’une instance close le 26 juin 2015, le permis modificatif étant lui-même l’objet d’un recours gracieux). Le troisième enfin, qui concerne l’extension de l’école Saint Bernard sur la parcelle de l’angle des rues Saint Bruno et Pierre L’Ermite, a suscité un recours le 27 mai 2015, l’association Cavé Goutte d’Or estimant que le nouveau projet déposé le 26 septembre 2014, accordé par la maire de Paris le 27 mars 2015, ne modifiait en rien l’aspect de l’immeuble qui avait valu un refus du premier projet par le maire Bertrand Delanoë le 14 mars 2012 au motif que :

  • « Par son aspect, le projet serait de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, notamment aux abords de l’église Saint Bernard (article UG.11 du règlement du PLU de Paris » (voir sur le blog).

Perspectives monumentales

Cette chronologie prend aujourd’hui un sens nouveau à la lumière du projet de la Municipalité d’inscrire au PLU l’espace concerné par ces trois permis pour y construire du logement social.

Si le projet de la Ville de réserver cet espace privé à la construction de logements sociaux devait être confirmé, n’irait-il pas en effet à l’encontre de celui de l’OGEC consistant à étendre son bâtiment existant ? Et ne serait-il pas légitime de se demander alors si le maître d’ouvrage a été bien guidé par la direction de l’Urbanisme dans ses tentatives d’obtenir le permis qui lui est nécessaire ?

Cavé Goutte d’Or a tenté d’évoquer – sur son blog comme dans ses contacts privés pour sauver le projet d’extension de l’école Saint Bernard de l’ornière architecturale et administrative dans laquelle il était à ses yeux enfermé – l’éventualité de construire autrement, par exemple en surélevant le bâtiment  existant, le cas échéant de le remplacer par un immeuble de cinq ou six étages, ou encore de déplacer en fond de parcelle, au-dessus du gymnase actuel, le projet de construire sur la cour : d’éviter ainsi l’angle Nord-Est des rues Pierre L’Ermite et Saint Bruno, de sacrifier le fond de cour (toutes études de limites séparatives faites) et de ne pas briser la perspective du monument historique saluée par Bertrand Delanoë avant même que les ABF ne la voient.

Perspectives socio économiques ?

À l’encontre de cette attention de l’ancien locataire de l’Hôtel de Ville (dont on se souvient – ici ô combien ! – qu’il avait déjà voulu sauver le 25 rue Stephenson – «dont la destruction n’est pas souhaitée», insistait-il – des griffes des son ami local qui en trouvait la façade «dégueulasse»), à l’encontre donc de cet arrêté monumental de Bertrand Delanoë, la Municipalité actuelle voudrait pouvoir accepter un immeuble qui « par son aspect serait de nature à porter atteinte au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants » et, à défaut, utiliser l’espace pour du logement social.

Cela éclaire d’une lumière plus crue encore qu’il n’y paraissait alors le débat du 1er avril 2015 en Mairie. Car ce soir-là  (et on le regrette pour les parents d’élèves qui s’étaient mobilisés pour un projet que l’OGEC venait de retirer, remplacé qu’il avait été par un projet à l’aspect pourtant très proche de celui qui avait été refusé trois ans plus tôt), la Mairie avait peut-être déjà en tête le jeu gagnant / gagnant du permis fragile (Bruno Julliard dixit) et du logement social intermédiaire.

Cela remet en cause aussi le rôle de méchant que l’on voudrait faire jouer à Cavé Goutte d’Or qui serait responsable de l’échec des permis de construire alors que l’association s’applique, au contraire, et au-delà de ce qui lui incombe, à lancer des pistes d’actions ou de réflexions alternatives : les habitants du quartier sont même allés jusqu’à imaginer que l’école trouverait place au 25 rue Stephenson, justement (avec un espace vert qui assurerait un avenir à la Goutte verte de la Goutte d’Or), ou à la place du malheureux CROUS, manifestement mal pensé entre les mains aussi arrogantes qu’inexpertes d’architectes soucieux d’un ping-pong en terrasse sans la moindre vision et compréhension du quartier : «C’est vrai qu’on peut difficilement faire plus autiste et avec aussi peu d’allure !», nous écrit encore récemment un jeune architecte habitant le quartier.

Cavé Goutte d’Or conteste donc auprès du Commissaire enquêteur le projet de réserve de la Ville sur la parcelle de l’école Saint Bernard, et encourage les élus et les ABF à en faire autant :

  • Les Verts n’ont-ils pas expressément pris date sur les perspectives dans leur intervention du 26 janvier 2015, soulignant que «les projets (autour du monument historique) méritent d’être revus et améliorés de telle sorte que de nombreuses perspectives urbaines qui font le charme de ce quartier ne soient pas détruites» ?
  • L’ABF siégeant à la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (CRPS) le 29 mai 2012 n’a-t-il pas, dans la foulée de Bertrand Delanoë, soutenu l’inscription de l’église Saint Bernard au titre des monuments historiques «(…) non seulement pour (ses) qualités architecturales mais aussi pour son rôle essentiel dans l’urbanisme du quartier et la façon dont l’architecte a su réorganiser l’espace et les perspectives de la place» ?

*

Étude des modifications du PLU en Mairie 18
Place Jules Joffrin

Lundi 6, mardi 7, mercredi 8 et vendredi 10 juillet 2015 de 8 h 30 à 17 heures /
jeudi 9 juillet de 8 h 30 à 19 h 30 / Présence de membres de la Commission : vendredi 10 juillet de 14 à 17 heures.

Pour en savoir plus :
– Sur les emplacements réservés et le droit de destiner des espaces privés aux opérations d’intérêt général : Action municipale logement ; Le programme local de l’habitat (PLH) ; Les emplacements réservés sur le site du CEREMA ; Les outils de l’action foncière au service des politiques publiques ; Programme local de l’habitat (fiches d’actions par arrondissements).
– Sur le rôle d’alerte du Paris Historique, le premier à avoir signalé, en décembre 2011, le projet de l’école Saint Bernard comme incompatible avec son environnement patrimonial.

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