Contrat de ville

La Ville et l’État passent un nouveau contrat sur les « quartiers populaires »

  • Cavé Goutte d’Or avait proposé la sortie de ZUS en 2014. C’est au contraire un renouvellement pour cinq ans que la Municipalité impose à ses protégés.

Une signature tambours battants
pour consacrer 30 ans d’échec

Anne Hidalgo a présenté au conseil de Paris, le lundi 4 mai, les grands axes du contrat de ville 2015-2020. Le 5 mai, le site de la Mairie titrait  « Contrats de Ville : Paris donne la priorité aux quartiers populaires ». Le 6 mai, la Mairie de Paris invitait les associations populaires des quartiers populaires pour la signature et le buffet qui se tiendraient le lendemain 7 mai sur le site de l’ancienne Halle Pajol en présence du premier ministre, que d’aucuns prétendent désœuvré.

carton

L’invitation de dernière minute de la maire de Paris à ses quartiers populaires.

Lui-même très œuvré (et n’ayant d’ailleurs pas reçu l’invitation ci-contre), le blog de Cavé Goutte d’Or n’a pu envoyer personne à la cérémonie.

Ses fidèles rabatteurs guettaient néanmoins.

Le blogmaster piquera donc ici et là, jusque parmi les anciens nombreux billets du blog sur la Politique de la ville, voire dans ses propres pages dédiées, les éléments lui permettant néanmoins de relater cette nouvelle phase de ce qu’il avait déjà appelé un contrat en septembre 2012 (voir « La quartiérisation en question »).

*

Premier élément, la page du site de la Mairie sur la fameuse « priorité aux quartiers populaires » (voir ci-contre) : Anne Hidalgo a donc présenté au conseil de Paris, le lundi 4 mai, les grands axes du contrat de ville 2015-2020. Le site de la Mairie choisit d’annoncer l’évènement avec une photo de la Goutte d’Or, plus précisément de la rue de Jessaint, illustrant on ne peut plus opportunément les façades tristes (populaires ?) du quartier sous rénovation précaire depuis trente ans. La photographe choisit en effet de tourner le dos au Jardin Bashung, une pierre sans doute dans celui de Bertrand Delanoë, qui l’inaugura le 21 juin 2012, au matin de la fête de la musique.

L’article du site de la Mairie se rattrape en assurant que, « depuis 2001, Paris a fait de ses quartiers populaires une priorité », ce qui prétend dater l’action humanitaire de l’année où Bertrand Delanoë a conquis la Mairie de Paris.

En réalité, « faire de ses quartiers populaires une priorité » est l’objet même de la Politique de la ville depuis les années 1980, priorité dont on rappelle qu’il ne s’agit pas d’une politique de la Ville mais d’un domaine d’action étatique ne portant, en conséquence, pas de majuscule à v.

Deuxième élément : Dans Politique de la ville ou politique de la ville, le mot ville s’écrit en effet avec un v minuscule pour mieux le distinguer de la Ville comme entité : une politique de la Ville n’est pas la même chose qu’une politique de la ville, encore moins que la Politique de la ville considérée en tant que champ d’action étatique, en l’occurrence confié à la secrétaire d’État à la Politique de la ville. Pour s’en convaincre, on capture un autre écran :

Troisième élément : La Mairie de Paris (ou Ville de Paris) ne l’entend pas ainsi et brouille activement les pistes sur son site à elle et dans ses productions sur le contrat de ville. Elle s’applique en effet à écrire politique de la Ville ce que l’État présente comme Politique de la ville.

Le résultat est confondant :

pV

Le contrat de ville parisien 2015-2020 (page 5 du pdf).

Le passage ci-dessus illustre en effet la confusion dans laquelle le lecteur est maintenu lorsque sont évoqués, à quelques lignes de distance, la politique de la Ville (c’est-à-dire, grammaticalement, la politique mise en place par la Ville), d’une part, et l’engagement de  la Ville de Paris, d’autre part.

Plus loin, le document évoque « six territoires politique de la Ville » (page 8 du pdf) une expression incompréhensible à l’écrit : il ne peut en effet s’agir – grammaticalement toujours (mais la grammaire n’est-elle pas générative, rappelle Noam Chomsky ?) – que de « six territoires politiques de la Ville » (et on se demande alors quels sont les territoires de la Ville qui ne seraient pas politiques) ou de « six territoires Politique de la ville » (et le lecteur est alors informé qu’on évoque six territoires en Politique de la ville, sous Politique de la ville).

onomatopée

Onomatopées de la chute des CUCS, ZUS, ZSP, QPV … et autres QPF inventés depuis 30 ans pour les quartiers populaires en difficultés.

Plus loin encore, on apprend qu’aurait été mis en place « un périmètre unique d’intervention, celui du quartier prioritaire de la politique de la Ville ou QPV, selon un critère simple et objectif de concentration urbaine de pauvreté ».

Le passage ci-dessus du contrat de ville parisien n’est pas confondant qu’au son, pour le dire en onomatopée, il est aussi confondant au fond. Les attentats de janvier y sont récupérés de manière difficilement soutenable :

  • « Depuis les attentats des 7, 8 et 9 janvier », raconte l’avant-propos du contrat de ville parisien, « élus et partenaires sont en dialogue permanent avec les acteurs de terrain, de la prévention spécialisée, les travailleurs sociaux, militants associatifs engagés dans l’éducation populaire, la politique de la Ville (sic donc) ou la lutte contre le racisme ». Or, cela est le propre de la Politique de la ville depuis sa création.

Conformément à la circulaire ministérielle du 15 janvier 2015, poursuit le texte,  « la Préfecture de Paris a engagé le travail d’écoute et de mobilisation des associations et adultes relais intervenant dans les quartiers prioritaires », mais que faisait-on des adultes relais et des associations Politique de la ville d’avant Charlie, sinon les écouter ?

« Cette démarche » (le dialogue permanent évoqué) « complète les actions de sensibilisation et de formation consacrées aux principes de laïcité, de vivre ensemble ainsi qu’à la prévention de la radicalisation violente engagées depuis 2012 par la conférence départementale de la laïcité placée sous l’autorité du préfet de Paris ».

Il en est de même du discours sur les associations et les mailles du « tissu social » :

  • « Un travail de maillage des quartiers en équipements publics et en structures associatives a été conduit (c’est dire qu’il n’est pas toujours spontané et que certaines associations émargeant à la Politique de la ville en sont parfois les créatures et instruments), permettant le renforcement de l’offre de proximité en matière sociale, culturelle, sportive, éducative…(…). Ce maillage des quartiers, indispensable au lien social (on se souvient de la SEMAVIP et du FSIH convaincus, l’été dernier, de faire du « lien social » en finançant de concert, si l’on peut dire, l‘imposture de La friche en cloque, vendue pour du cinéma mais utilisée pour la promotion de Cocoon et Generation Freedom Rights Ride), a été rendu possible par le soutien apporté à la vie locale et au tissu associatif de proximité » (plus loin, le texte reprend néanmoins l’idée de « conduite d’actions » contre celle de soutien).

*

Quatrième élément : La Politique de la ville se vend comme des dragées fictives ou placebo. On sait qu’elle maintient en difficultés les quartiers qui le sont déjà et on la promeut sous l’angle de ses échecs. Cela donne les pauvres partis pris ou partis pris de pauvreté de la politique du Logement, de l’Urbanisme et de l’Architecture, domaines particulièrement sinistrés dans la Goutte d’Or.

Tellement sinistrés que même les pages de la Politique de la ville sur le site de la Mairie de Paris présentent toujours la Goutte d’Or comme un « quartier (qui) se caractérise par un tissu d’habitat ancien fortement dégradé et une population immigrée très nombreuse (36% d’immigrés dans la population contre 18% à Paris). Les indicateurs font état de grandes difficultés économiques et sociales »(lien).

Se caractérise-t-il vraiment lui-même, ou est-il caractérisé ainsi par ses bienfaiteurs ? En tout cas, dans le discours prononcé et repris, la pauvreté demeure un leitmotiv, point de départ et point d’arrivée de toute réflexion. Dans un encadré du contrat de ville parisien, on lit en effet :

  • « Une approche multicritères, croisant des indicateurs significatifs en matière d’exclusion et de pauvreté, fait apparaître un fort cumul de difficultés pour (notamment) les quartiers du 18ème arrondissement (Porte Montmartre, Goutte d’Or et la Chapelle) » (page 14 du pdf).

Encore fallut-il aux auteurs du texte « croiser des indicateurs significatifs d’exclusion et de pauvreté » alors que les habitants lambda en ZUS depuis trente ans arrivent aux mêmes conclusions simplement en se croisant dans la rue (lien social non subventionné) et en échangeant leur ressenti citoyen !

Leitmotiv et marque, le cycle de ce que l’actuelle maire de Paris appelle « priorité aux quartiers populaires » n’aurait fait que maintenir les « quartiers pauvres » (dixit Le Monde) sous la chape des contrats successifs lancés pour eux, contre eux :

Or, sous la rubrique « essentiel » du site gouvernemental présentant la Politique de la ville, il est rappelé que celle-ci a été mise en place il y a trente ans pour sortir les quartiers des conditions qui auraient justifié, dans les années 1980, leur placement sous la tutelle commune de la Ville et de l’État, non pour les y maintenir :

  • « La politique de la ville désigne la politique mise en place par les pouvoirs publics afin de revaloriser les zones urbaines en difficulté et de réduire les inégalités entre les territoires. Cette politique a été initiée, en France, il y a une trentaine d’années, alors que le ‘problème des banlieues’ émergeait ».

C’est pour cela qu’en 2014, à l’occasion des Municipales, Cavé Goutte d’Or proposait de sortir de la Politique de la ville puisque aussi bien elle n’avait pas « revaloriser les zones urbaines en difficultés ».

Selon l’association, le véritable défi était dans la reconnaissance de l’échec et dans la transformation de l’essai :

  • La Goutte d’Or avait en effet inauguré le principe en devenant l’une des premières ZUS des années 1980 sous l’égide de Jacques Chirac (dont les journaux disent, aujourd’hui, qu’il serait devenu, depuis, le président « le plus populaire », justement, de la Ve République) et Lionel Jospin, qui siège désormais au Conseil constitutionnel (voir notre billet « Cohabitation précoce à la Goutte d’Or », 14 février 2012) ;
  • Près de trente ans plus tard, elle recevrait une nouvelle étoile et – récompense pour son échec ? – devint la première ZSP installée par Manuel Valls ministre de l’Intérieur (à la demande, disait le 18e du mois de septembre 2012, de Myriam El Khomri, alors adjointe au maire de Paris à la Sécurité, aujourd’hui secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville) ;
  • Et, cerise sur le ghetto (c’est vrai qu’on l’a déjà faite), Daniel Vaillant, très présent lors de la signature du dernier contrat sur le « quartier pauvre » de l’arrondissement qu’il a dirigé pendant vingt ans (photo d’ouverture), écrirait que la Goutte d’Or en ZUS avait « très mal vieilli » (voir « Felix culpa »).

Lui, ça va, merci, ajoutait – perfide – notre blogmaster, las d’être zoné en permanence et ne réussissant à faire passer ni le projet de dé-zonage, ni même celui de lancer une QPC sur les ZSP.

Fuite en avant :
La maire invente les Must-Go Zones et We-Go Zones
pour damer le pion à Fox News, pense-t-elle

Dans le contrat de ville parisien (page 7 du pdf), « les associations (encore elles) pourront tenir des forums citoyens dans les lieux publics* » et – coup de Trafalgar, coup de Jarnac ou coup de l’Assommoir pour faire plus local – la Ville propose « une démarche de cartographie participative des lieux à ne pas rater (must go zones) pour contribuer au rayonnement et à l’attractivité de ces territoires et rendre plus visibles les ressources de proximité (institutions culturelles, éco-quartiers, balades vertes…) ».

mustgozone

Les « quartiers populaires » sourient jaune (Site de la Mairie de Paris).

Vous avez dit no-go, je dis oui-go (déjà pris par la SNCF) donc we-go et must-go pour faire bonne mesure dans le suivisme à l’américaine. Au risque de se tirer une balle dans le pied car, quoi qu’elle fasse, la maire de Paris ne peut que reproduire la carte de Fox News pour illustrer ses « quartiers prioritaires ». C’est en effet une carte des ZUS de l’APUR (à gauche) qui servait de fond aux élucubrations de Fox (à droite).

cartes zuscartes zones Fox

 

* À propos des « Forums citoyens dans les lieux publics », on précise que, Cavé Goutte d’Or n’étant pas une association en Politique de la ville, le forum organisé le premier avril 2015 en Mairie du 18e sur « la physionomie urbaine de la Goutte d’Or » ne l’était pas par elle. Les nombreux participants auront même retenu que le maire d’arrondissement avait demandé d’emblée qu’on ne parle pas des recours (de Cavé Goutte d’Or contre les permis invalides autour de l’église Saint Bernard). Blocage psychologique, sans doute, sur la prétendue interdiction de parler des affaires de justice en cours ! Éric Lejoindre s’en sera mordu les droits les doigts car il a dû affronter un sacré autre débat. Voir bientôt sur le blog : « Physionomie, ma mie ! ou comment Éric Lejoindre récupère et censure le débat d’EELV sur les permis de construire autour de l’église Saint Bernard ».

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