Je suis Charlotte

L’ouverture princière de la Brasserie Barbès enrichit le débat sur la gentry populaire

  • Cavé Goutte d’Or a surfé sur la naissance de la princesse de Cambridge pour annoncer l’inauguration de la Brasserie Barbès.
  • Une intéressante conversation sur « l’embourgeoisement du quartier » s’en est suivie sur le compte facebook de Cavé.

Notre billet du 2 mai intitulé « Royal Baby » et son reportage photographique ont suscité un débat digne de l’effervescence qui a précédé l’ouverture de la Brasserie Barbès.

Tout en saluant le retour du quartier à la vie normale (dont la Politique de la ville l’a longuement privé) avec des brasseries comme partout et une recherche d’harmonie et de bon goût dont les bâtiments du boulevard Barbès démontrent qu’il s’agit bien d’un retour (voir à cet égard les excellents billets de Chez Les Libraires Associés), le blog souhaitait prendre quelque distance avec l’effervescence ambiante en titrant sur l’allégresse presque princière qui avait précédé et entouré l’ouverture.

 Sortir de la Politique de la ville

De fait, l’inauguration était évènementielle, tant l’ouverture de cette brasserie était attendue.

Si l’incantatoire « gentrification » emplissait comme machinalement les journaux pour évoquer « un nouveau pas vers la boboïsation du quartier », les habitants iraient-ils plus loin et verraient-il avec raison (auraient-ils raison de voir) dans la métamorphose du Vano « un nouveau pas vers leur libération de la Politique de la ville », demandait le blog avec un indice de réponse à lui lorsqu’il évoquait le précédent de l’Olympic.

L’Olympic n’a en effet pas encore rencontré les espoirs qui se sont manifestés lorsque le rez-de-chaussée du 20 rue Léon a échappé (définitivement ?) à la menace d’une supérette qui casserait l’ambiance et le patrimoine culturel de ce lieu souvent évoqué sur le blog (voir notamment notre St Urbain à l’Olympic, le 19 décembre 2012).

Outre les blogs de quartier, l’Olympic avait eu les honneurs du pauvre reportage de D8 sur les filières de cigarettes. La Brasserie Barbès a reçu, pour sa part, une couverture auto-branchée ou pré-branchée qui n’a pourtant pas lésiné sur les clichés relatifs à la prétendue gentrification :

  • Le nouveau lieu voisin du Louxor et de Tati, « nouveau temple de la branchitude » selon le Parisien qui a vu, pour l’inauguration, « la foule des grands jours », « l’adresse à tout faire à toute heure » (Le Figaro) serait « un symbole de la lente mutation de ce quartier populaire et cosmopolite » (Libération), « un pas de plus vers Boboland » (Konbini), « le challenge d’un quartier tout entier » auquel «la brasserie qui voulait conquérir Barbès offre un nouveau souffle » (Openminded).

Autre webzine qui entend « prendre la parole pour poser un regard à la fois alternatif et plus personnel sur son environnement », Le Cent Deux de l’agence Nomen (« Pas d’hommes » en anglais, « Nom » en latin) évoque peu alternativement « le virage bobo du quartier ? » avec un point d’interrogation en titre et une photo piquée sans le dire au billet de Cavé Goutte d’Or du 2 mai (l’agence Nomen ne se présente-t-elle pas comme « un observatoire des tendances de marques en général, du branding et du naming en particulier » ?).

Don de Nomen

Plus inspiré que ses collègues – plus inspiré surtout qu’il le fut lui-même dans son aimable billet de commande sur les chineurs de la malheureuse friche en cloque, qui ont imposé l’été dernier leurs hipstères de bois de palettes sur une terre sociale de la SEMAVIPTime Out Paris a sans doute vu justement dans la Brasserie Barbès un symbole qui donnerait « un nouveau visage au quartier présenté, non sans raison, comme un retour aux sources » :

Le « havre de raffinement » que voit encore Konbini dans la Brasserie Barbès doit donner de l’urticaire aux tenants d’un cloisonnement du quartier par types de populations. Mais le webzine s’interroge : le résultat sera-t-il « melting-pot ou gentrification » ?

C’est que, dans les clichés véhiculés autour de la gentrification (dont on rappelle qu’il s’agit d’un anglicisme créé à partir de gentry : « petite noblesse » puis « embourgeoisement urbain »), les deux seraient exclusifs. Wikipédia enfonce le clou : il s’agirait d’un « phénomène urbain par lequel des arrivants plus aisés s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social du quartier au profit exclusif d’une couche sociale supérieure ».

Sur les réseaux sociaux du quartier, on lit pourtant presque une tendance à voir ou souhaiter voir un mélange des deux, une melting-gentrification, un embourgeoisement dissous (pas dissolu mais dissous, fondu dans la masse : partagé, pourquoi pas ?).

On assiste à « une très partielle ‘dé-paupérisation’ », explique Chez Les Libraires Associés, qui ajoute : « Bien sûr on peut le regretter, et cultiver le charmant souvenir du déclin et de la misère ». Et d’affirmer dans la foulée que le risque mérite d’être pris : « Il y a un embourgeoisement du quartier (ou plutôt un ‘ré-embourgeoisement’) et on espère tous qu’il n’y perdra pas son âme (il y a encore de la marge…) ».

Le Barbès Palace
ou comment on a évité la KATA

Chez Les Libraires Associés complète judicieusement l’analyse en évoquant l’idée de dé-gentrification à travers l’histoire du Barbès Palace : «Le Barbès Palace, un des plus luxueux cinémas de la capitale, est devenu dans les années 1980 une solderie de chaussures. Aucune image de l’état d’origine de la façade n’est connue, mais l’intérieur est miraculeusement resté intact», rappelle un billet du 6 mai 2015 (images ci-dessous).

KATA intérieur

Le KATA côté scène (Photo Chez Les Libraires Associés).

Cavé Goutte d’Or livre ici, brute de décoffrage, la conversation qui s’est développée cette semaine autour de la Brasserie Barbès sur sa page facebook et invite les lecteurs du blog (qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux de sa page facebook) à y participer. (N.B. Si le lien direct sur la conversation ne fonctionne pas, vous pouvez demander Cavé en ami sur sa page facebook elle-même ou demander à un ami facebook de Cavé qu’il vous ouvre la conversation).

On lira aussi avec un grand intérêt les échanges publiés à propos de la Brasserie Barbès, de la dé-paupérisation / dé-gentrification, sur le compte facebook de Chez Les Libraires Associés.

*

*     *

Le comble du ‘quartier bobo’ de banlieue :
« Être parfois même considéré comme
un nouvel arrondissement de Paris »
 !

« Comment le Bas-Montreuil, autrefois quartier populaire rouge de la ceinture parisienne, est devenu peu à peu un coin bobo parfois même considéré comme un nouvel arrondissement de Paris ? », demande gratuitement le journal 20 Minutes. « Anaïs Collet, sociologue, maître de conférences à l’université de Strasbourg et chercheuse au laboratoire Sage (Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe) s’est penchée sur la question dans un livre (sorti) le 19 février », répond-il :

  • rester bourgeoisRester bourgeois. Les quartiers populaires, nouveaux chantiers de la distinction (Éditions La Découverte) décrit le phénomène de la gentrification qui transforme des quartiers populaires au fur et à mesure que les classes moyennes s’y installent.

L’éditeur confirme : « (…) En transformant d’anciens espaces ouvriers à l’image dévalorisée en lieux désirables, les gentrifieurs – ceux que la presse nomme les « bobos » – travaillent à reclasser ces lieux mais aussi à consolider leur propre trajectoire sociale, bref, à rester bourgeois ».

On se souvient, chez le même éditeur et sur le même sujet, de Paris sans le peuple (Voir notre billet du 26 janvier 2015 « Ségrégation : La Politique de la ville en mal de mots »).

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