Dos de Mayo

Boris Vian fait encore le pont !

  • Cavé Goutte d’Or ouvre les dossiers de la réhabilitation de sa rue
verger urbain 1

Les créatifs se rapprochent de la rue Boris Vian. Ici, le projet de Vergers urbains pour une partie de la rue de la Goutte d’Or (voir le projet).

La Cohérie Boris Vian et les associations La Table ouverte et Cavé Goutte d’Or font deux fois par année – le 2 mai (Fête des Boris) et le 30 novembre (jour anniversaire de l’arrêté municipal donnant le nom de Boris Vian à la voie séparant la rue Polonceau du carrefour des rues de Chartres et de la Charbonnière) – le bilan de l’état de cette rue et de l’évolution des projets destinés, dit-on, à la réhabiliter.

On se souvient que Nicole Bertolt, porte-parole des héritiers de Boris Vian, avait été reçue le 15 février 2013 par le patron de l’Espace public du 18e arrondissement de Paris, Monsieur Félix Beppo. Suite au courrier de la Cohérie Boris Vian à Bertrand Delanoë, évoquant l’éventualité d’un retrait du nom accordé en 1992 si la rue n’était pas sérieusement réhabilitée (voir sur le blog : « Exercice de pataphysique in situ »), la Mairie de Paris avait en effet adressé à celle du 18e un ordre de mission en vue de la révision de la rue, voire de l’ensemble du lotissement occupant l’angle des rues de La Goutte d’Or et Polonceau, comprenant le gymnase, les arcades dites « du Franprix » et la partie supérieure des escaliers Boris Vian, qui se prolongent ensuite de la rue de la Goutte d’Or à la place en croix de saint André formée par les rues Charbonnière et de Chartres, où se situent la Bibliothèque municipale et le Centre musical Fleury Barbara.

La mission était présentée comme d’envergure et, dans un message de suivi du 5 mars 2013, la Voirie du 18e informait la Cohérie Boris Vian qu’après « deux semaines d’activité intense », elle était en mesure de lui communiquer « quelques éléments de réponses ». Sous le titre « FICHE 1 / Pilotage de projet – Chef de projet urbain /équipe politique de la ville/suivi financier », on lisait alors l’objectif suivant : « Améliorer la qualité urbaine de l’espace public dans un secteur où les opérations de renouvellement urbain ont été réalisées, en créant une continuité urbaine, une traversée piétonne entre la rue Polonceau au droit du square Léon et la place située à l’intersection rue de Chartres/rue Charbonnière » (Voir pour mémoire notre billet du 7 mars 2013).

Peu avant, le 30 janvier 2013, la page facebook de la Mairie du 18e avait apostrophé Cavé Goutte d’Or : « La municipalité n’a pas attendu Cavé Goutte d’Or pour se préoccuper de ce secteur. Ce n’est pas uniquement la rue piétonne Boris Vian qui nécessite d’être repensée mais aussi la partie sous arcades de la rue de la Goutte d’Or. Dans le cadre du projet ‘Goutte d’Or quartier zone 30’, une étude urbaine a été demandée pour réaménager ces deux rues. Une réunion publique de présentation de ce projet ‘zone 30’ sera organisée en mars » (Notre billet du 3 février 2013).

Plus tard dans l’année, après un petit symposium sur les marches brisées des escaliers Boris Vian, Daniel Vaillant lui-même, maire sortant de près de vingt ans de gestion du quartier, reconnaissait que la Goutte d’Or Sud avait « très mal vieilli » (notre billet du 10 février 2014), et remettait au haut de la pile de son adjoint à la Voirie les fiches qui n’avaient soi disant pas attendu Cavé Goutte d’Or mais tardaient pourtant bel et bien à prendre corps :

  • « Sachez, écrivait le maire dans sa lettre du 6 décembre 2013 à la Cohérie Boris Vian, que, dans le cadre des dispositifs ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), j’ai demandé que soit lancée une étude urbaine visant à proposer une requalification de la rue Boris Vian et de la partie sous arcade de la rue de la Goutte d’Or. Ces deux espaces publics ont effectivement très mal vieilli et nécessitent une rénovation ».

La même ou une autre ? pouvait légitimement se demander le piéton qui ne voyait toujours rien venir.

La Commission missionne une mission

Dans la perspective de ce 2 mai 2015, Cavé Goutte d’Or a interrogé très récemment divers acteurs de la réhabilitation demandée et annoncée. L’association s’est entretenue notamment avec Sandrine Mees, conseillère de Paris EELV, référente de la Mairie auprès du Conseil de quartier Goutte d’Or et Solène Mourey, responsable des actions de formation au CAUE de Paris (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) et a réuni le 29 avril 2015 à La Table ouverte du 19 rue Léon : Rachid Arar, auteur d’un projet d’acclimatation du lieu par son nettoyage, sa remise en état confiée sans études préalables à des jeunes gens du quartier (voir le projet qui date de novembre 2012 et n’a jamais été suivi de réponse par la Mairie, Mairies de Paris et du 18e confondues) ; Bruno Hermet, plasticien et paysagiste habitant le quartier ; Thierry Payet, plasticien, auteur de « cartographies narratives », membre d’une mission d’étude confiée par la Ville de Paris à l’Agence d’architecture et d’urbanisme Andréi Feraru.

Si le projet d’un nettoyage lambda de ce secteur ne mettait, il est vrai, aucune étude en œuvre, il avait néanmoins l’intérêt de l’efficacité immédiate car force est de constater que, deux ans après l’ouverture des recherches annoncées par la Voirie à la Cohérie Boris Vian, un an et demi après le dramatique felix culpa de Daniel Vaillant, la situation n’a fait qu’empirer.

Aujourd’hui, c’est très volontiers que Cavé Goutte d’Or s’efface derrière le CAUE, dont le compte rendu de la visite des lieux effectuée le 14 février dernier est plus sévère encore que les aimables billets du blog  :

  • « Constat : Escalier sinistre. Mur en pavés de verre du centre sportif dégradé. Lieu de réunion. Bancs utilisés comme marchepieds pour uriner au-dessus des grilles dans les parterres plantés… Espace sportif pas ouvert sur le quartier, panneau d’information mal placé, derrière les grilles et illisible lorsque le centre sportif est fermé ».

Le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Paris (dont on rappelle qu’il est une association départementale créée par la loi sur l’architecture de 1977 ayant pour mission la promotion de la qualité architecturale, urbaine et environnementale et le développement de l’esprit de participation du public à travers des actions de conseil, d’information, de formation et de sensibilisation de tous les parisiens) lance ensuite quelques pistes de travail :

  • « Projet : Redonner de la gaîté au passage avec un traitement par le végétal ou par la couleur (peinture des contremarches de l’escalier par exemple). Réfléchir à un aménagement global qui reconnecte les deux côtés du passage, de part et d’autre de la rue de la goutte d’Or. Pourquoi ne pas utiliser un vocabulaire surréaliste en hommage à Boris Vian ? (…) » (Lire le compte rendu).

Vocabulaire surréaliste ?

Pas sûr que Boris Vian soit surréaliste, ou en tout cas pas sûr qu’il soit un représentant ‘manifeste’ du Mouvement des surréalistes dont il ne fut pas très éloigné, mais suffisamment quand même pour créer celui de la Pataphysique. C’est d’ailleurs à un exercice de pataphysique – « Exercice de pataphysique in situ » pour faire bonne mesure – que Cavé Goutte d’Or convia ses camarades le 30 novembre 2012, jour du vingtième anniversaire de l’arrêté municipal donnant le nom de Boris Vian à la rue que l’on sait (notre billet du 1er décembre 2012). Pour dire, comme des entrailles de la rue : « Vingt ans, ça suffit ! ».

On suivra néanmoins avec attention les propositions qui auront été retenues, quartier par quartier, des promenades exploratoires du CAUE. Certaines se trouvent sur le site dédié par la Ville à son budget participatif. Une pré-sélection a eu lieu mi-mars, le vote final est prévu pour septembre 2015.

Plus concrètement, veut-on croire, une offre de marché public a par ailleurs été lancée le 4 octobre 2014, dont la description était la suivante :

  • « Réalisation d’une étude urbaine de l’espace public constitué du passage Boris Vian et des arcades de la rue de la Goutte d’Or, à Paris 18e arrondissement, visant à analyser le site et ses éléments structurants et à faire des propositions d’aménagement permettant sa revalorisation et la résolution des difficultés constatées en matière d’usages et de fonctionnement » (point II.1.5 du lien).

C’est peut-être à cette offre que l’Agence AA Feraru a répondu. Notre enquête le dira et le patron de la mission nous a écrit un mot chaleureux annonçant une prochaine rencontre. Mais, d’ores et déjà, s’il ne parle pas au nom de la mission, Thierry Payet nous explique son travail consistant, dans un premier temps, à rencontrer « comme citoyen et pas comme urbaniste » des gens du quartier. Il souhaite que sa contribution à la mission soit d’« apporter du savoir faire humain aux urbanistes qui possèdent un savoir faire technique ».

Selon lui, « un diagnostic des infrastructures urbaines ne saurait se passer d’un diagnostic des infrastructures humaines ». Il convient de « partir de ce qui existe déjà pour faire de la ville ». À la question de savoir ce que signifie « faire de la ville », il précise : « Faire que les gens vivent ensemble » et explique que, sur une distance réduite comme celle qui sépare le bas des escaliers Boris Vian (bibliothèque municipale, centre Barbara, boulangerie, agence de voyage) du haut de la première volée (rue de la Goutte d’Or), puis le bas de la seconde volée (campement que la Municipalité tente d’entraver avec des buissons) du haut de la rue Boris Vian, lui-même en covisibilité avec l’église Saint Bernard monument historique que la Municipalité tente vainement de disqualifier, au moins quatre ‘groupes de gens’ se croisent et s’ignorent.

 Fabriquer de la ville

Tout en saluant le travail mené et le sérieux de la recherche, les gens du cru paraissent sceptiques et s’inquiètent de voir la DDCT – la très orwelliennement nommée Direction de la Démocratie des Citoyens et des Territoires – chapeauter la mission des architectes et urbanistes à travers les incontournables EDL (équipes de développement local).

Si Bruno Hermet se souvient du lancement, il y a juste un ans, d’un projet de coloriage des arcades dont le blog avait parlé avec espoir (voir « La rue de la Goutte d’Or va s’faire rhabiller », mis en ligne le 30 mars 2014 dans notre page Défense du quartier), il observe que, parrainé par une association pourtant bien implantée dans la Politique de la ville, le projet du Collectif Cultures Créations à la Goutte D’Or n’a pas encore porté tout le potentiel annoncé. Sauf à considérer que les images du projet Vergers urbains qui illustrent ce billet en sont l’estafette, sinon l’avant-garde.

Pour Rachid Arar, si les préposés aux EDL, bras armés de la Politique de la ville en Zone urbaine sensible, ont besoin de missionner des experts pour savoir comment « faire de la ville » alors que, justement, ils quadrillent le territoire et en surveillent toutes les activités associatives, c’est qu’alors les EDL ne servent que de tremplin personnel pour les jeunes carriéristes municipaux qui occupent la place.

Et la conversation de rappeler comment les EDL ont tenté de fourguer aux malheureuses friches du quartier en ZUS un prétendu « mobilier urbain » fabriqué hors de prix avec des palettes citoyennes, ou un prétendu « lien social » sous forme de rave parties déguisées en ciné club citoyen (voir nos pages Politique de la ville, Développement local et Friches).

Dos de Mayo, Francisco de Goya (1814).

Dos de Mayo, Francisco de Goya (1814).

Se libérer des EDL (puisque aussi bien les EDL sont inhérentes aux ZUS et que le but des ZUS ne peut être que leur propre fin) demeure une priorité – LA priorité – pour les habitants d’un quartier dit en Politique de la ville, c’est-à-dire sous tutelle, et la rue Boris Vian se réjouit que la fin des études sur le pourquoi du comment de son état de dégradation la libère à son tour de la médiocrité dans laquelle, il est vrai, elle a été conçue (« Un effort architectural important aurait abouti à dépasser les plafonds du Prêt locatif aidé [PLA] » est, depuis trente ans, le leitmotiv de la politique du logement et de l’urbanisme dans le secteur).

Il suffit de voir comment la Goutte d’Or est présentée par les EDL sur le site de la Mairie de Paris pour mesurer combien cette institution est destinée à maintenir les quartiers en ZUS plus qu’à les en faire sortir, à accumuler les recherches et études plus qu’à favoriser les démarches – on ne dit même pas solutions – de bon sens.

L’écume des ours

Si la pataphysique a pu être appelée « science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité », et si le Collège de Pataphysique a lui-même été qualifié par ses créateurs en 1948 de « Société de recherches savantes et inutiles », on peut imaginer que ses membres verraient aujourd’hui toutes ces recherches comme autant de manifestations d’une mécanique bien rodée.

La question des budgets n’a pas été abordée dans cette première phase de notre enquête. On y revient donc au rythme des deux rendez-vous fixes que nous avons instaurés, le 2 mai et le 30 novembre, avec la rue Boris Vian et les habitants de la Goutte d’Or.

  • En attendant, on signale le prochain débat organisé par le CAUE de Paris le 7 mai 2015 de 19 h à 21 h sur le thème «Ville, espace public et participation citoyenne» au Pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland, 75004 Paris. Renseignement auprès du CAUE.
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