Du bon usage des usagers

GRAJEP, le dernier « machin » dont on cause ?

  • Grajep, CapaCités, Conseils citoyens et citoyens conseils, les habits neufs de la nouvelle Politique de la ville

« Comment soutenir et créer une communauté d’adultes soucieuse de faire de l’espace public un espace de socialisation ? », (s)interrogent les associations les plus anciennes du quartier de la Goutte dOr en lançant le septième plan quinquennal du soutien associatif à la ZUS.

« Comment soutenir et créer ? », demandent-elles en créant (et en soutenant) le GRAJEP (Groupe Recherche Action Jeunes et Espace Public).

On aurait pu penser qu’il s’agisse de soutenir quelque chose de créé, mais on observe d’emblée que le soutien vient – ici – avant la création. Et pour cause ! À l’initiative en effet de cinq associations déjà créées de longues dates, auxquelles est venu s’agglutiner l’EDL, Équipe de développement local qu’on ne présente plus ici (voir sur le blog), bras armé de la Politique de la ville dans les quartiers, le GRAJEP a, à son tour, « créé un comité d’experts d’usages (CEU), qui se réunit une fois par mois pour échanger sur la problématique et les sujets qui en découlent et envisager des actions collectives permettant d’y répondre et un comité scientifique et technique, composé d’institutions, intéressées à cette question et souhaitant participer à la réflexion ».

1984 dans les gênes

Avec la Politique de la ville et ses ZUS nées il y a trente ans, 1984 n’est jamais très loin, et le jargon de circonstances non plus, qui évoque rien moins que « la problématique et les sujets qui en découlent », « les actions collectives qui permettent de répondre », « les institutions souhaitant participer à la réflexion »…

Mais Big Brother avait-il pensé à créer et soutenir, soutenir et créer, un « Comité d’Experts d’Usages » ? – pas d’usagers, encore moins d’usagés, mais d’usages.

La première réunion du GRAJEP, le 12 mars 2014, devait « aboutir à deux premiers axes de réflexion : une définition partagée des mots clés du sujet (espace public, espaces intermédiaires, communauté d’adultes, socialisation) et le projet d’élaborer ensemble une cartographie partagée du quartier ».

Le premier axe a été « abordé » le 20 mai et, après plusieurs rencontres du CEU (Comité d’Experts d’Usages donc), le GRAJEP préparerait l’abordage du barbecue d’une association qui avait pourtant brandi le slogan « Touche pas à mon barbec’ ».

barbecueLe projet de LGd’OrL – nom de code de l’association Laghouat Goutte d’Or Léon – devenait une « invitation à échanger », lancée par « des jeunes du quartier de la Goutte d’Or et le comité d’experts d’usages du GRAJEP », et que je me mets sur la photo (affiche ci-contre) pour mieux « faire se rencontrer les habitants de la Goutte d’Or, toutes générations confondues ». Car ce n’est pas tant LGd’OrL qui se dit « les jeunes » que le GRAJEP qui ne voudrait pas faire ses trente ou quarante ans de quartier.

Le « barbecue convivial » (slogan pléonasmique autant que les générations confondues savoyardes ou jurassiennes) eut lieu le 11 octobre et Le 18e du mois ne manquerait pas de saluer l’événement en grande pompe : « Quand les habitants s’approprient l’espace public », lançait-il en effet, sous-titrant avec force : « Le barbecue ouvert à tous à l’angle des rues Myrha et Léon est une des initiatives soutenues par le collectif inter associatif GRAJEP ».

Soutenues et pas créées ?

Certes, mais le bruit court qu’il fallut d’abord que le GRAJEP s’appropriât l’initiative de LGd’OrL, laissant entendre au passage que celle-ci n’était peut-être pas suffisamment « ouverte à tous », l’image des barbecues sauvages venant à l’esprit. À en croire Le 18e du mois, « l’objectif affiché (de LGd’OrL) était d’offrir un moment populaire et convivial propice à l’échange entre les habitants du quartier, toutes générations confondues » , – et que je remélange la fondue au barbec pour afficher mon objectif pas sauvage, un peu comme quand le FSIH soutient des soirées techno qu’il ne crée par (voir notre article « Mère porteuse » et notre saga friches).

En réalité, le barbecue de l’aile G d’Orelle – puisque aussi bien les « jeunes du quartier » vont chercher midi à quatorze heures pour se donner un nom alors qu’il suffirait de s’appeler, par exemple, Là où j’dors pour bien dire en local qu’on est d’ici (et réciproquement) – servait de prétexte au 18e du mois actuellement en kiosques pour parler (longuement) du GRAJEP dont « l’idée est de considérer l’espace public comme une ressource potentielle plutôt qu’une nuisance ».

Mais qui d’autre que le GRAJEP pourrait imaginer l’espace public comme une nuisance ?

  • « Plus les gens se connaîtront, créeront des liens, plus ils pourront intervenir sur leur cadre de vie », explique au 18e du mois Estelle Verdier, directrice de la Salle Saint Bruno, partenaire du projet auquel – cerise sur le ghetto – seraient associés des sociologues, sociologues d’usage il s’entend, et le journal ne s’y trompe pas qui, dans un lapsus naturel, évoque le CEU comme un « Comité d’Experts d’Usage », mettant au singulier l’usage que le GRAJEP et sa communication mettent bien au pluriel, comme c’est le cas de Goutte d’Or et vous.

Ce sympathique journal associatif en ligne annonce d’ailleurs la prochaine réunion du Comité d’experts d’usages pour… le 20 novembre 2014 à 19 heures : « Caramba, encore raté ! », observe le blogmaster (hors d’âge mais pas d’usage[s]) qui se dit qu’on ne peut pas être partout à la fois, au CEU et à la Fête du Beaujolais nouveau du bar à vin Le Tout monde.

le tout monde

4 rue Affre

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De Nantes à la Goutte d’Or ? Le projet des « Pas sans nous » se rapproche

  • CapaCités annonce la première rencontre de la Table de quartier Amiraux Simplon Poissonniers.

Proche de la Coordination nationale des « Pas Sans Nous » réunie cet été à Nantes, dont nous avions parlé ici à l’époque où la SEMAVIP se piquait de créer du lien social en sponsorisant des soirées bobo-techno sur ses friches (voir « La SEMAVIP, combien de divisions ? » sur la page Friches du blog), CapaCités tient sa première « Table de quartier Amiraux Simplon Poissonniers » mardi prochain 25 novembre 2014 à 19 heures (invitation).

La ville par tous et pour tous

Sur son site, CapaCités explique qu’elle « conçoit et accompagne les étapes des processus de construction collective entre l’ensemble des acteurs de la vie urbaine : habitants, élus, techniciens, professionnels, institutions, structures associatives, acteurs économiques (…) Pour coproduire une ville durable, CapaCités se donne l’ambition de passer des rapports de force et de pouvoir à des liens de puissance collective et collaborative ».

Et encore : « Puisque la ville se décline simultanément en termes d’urbanisme, architecture, innovation, citoyenneté, politique, usage, temporalité et surtout êtres humains, CapaCités travaille à géométrie variable ».

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Un pas sans nous + un pas sans vous = deux pas en avant ? deux pas en arrière ? ou rien ne bouge ?

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Illustration du Rapport Bacqué/Mechmache à François Lamy (juillet 2013).

Quatre titres à la une : « Le pouvoir d’agir », « Pour une réforme radicale de la politique de la ville », « Ça ne se fera pas sans nous », « Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires »… Le dernier semble être le plus officiel, mais on les prend tous les quatre, laissant au lecteur le soin de faire le travail d’analyse graphique (l’anophtalmie des cinq présumés citoyens ci-dessus entourant leur collègue à lunettes est édifiante, quand les bâtiments – eux – ouvrent tous de grands yeux sur la rue).

Ces quatre titres introduisent, et c’est peu dire, le rapport officiel remis en juillet 2013 à François Lamy, alors ministre délégué chargé de la Ville, par Marie-Hélène Bacqué, sociologue et urbaniste, professeur à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, et Mohamed Mechmache, fondateur d’AC le feu qui se définit lui-même comme « porte-voix des banlieues ».

Ce rapport est à l’origine de la création des conseils citoyens.

Pour en savoir plus

La Salle Saint Bruno organise, en coopération avec le journal Le 18e du mois dont le président Noël Bouttier animera le débat, un échange autour de ces futurs conseils : «acteurs associatifs, habitants, institutions, élus sont invités le vendredi 28 novembre à cet échange» et on se plait ici à saluer l’effort pédagogique de l’entreprise, dont les initiateurs communiquent en effet une véritable bibliothèque pour étudier la question. On les cite :

  • « La réforme de la Politique de la ville (loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine), outre le redécoupage des « zones prioritaires », (ré)introduit l’objectif de participation des habitants en créant des « conseils citoyens » dans les quartiers de la politique de la ville.
    Ces conseils citoyens visent la co-construction de la politique de la ville entre les institutions et les citoyens et acteurs. Composés d’habitants (au moins 50%) et d’acteurs locaux (associations, commerçants…), ils seront associés au diagnostic, à la définition des objectifs et priorités et au suivi des actions du contrat de ville.
    La Salle Saint Bruno, espace d’échanges et d’initiatives collectives pour les associations et les habitants de la Goutte d’Or, souhaite participer à enrichir la participation citoyenne et la représentation, dans le débat public, du plus grand nombre d’habitants et d’acteurs, représentatifs de la diversité des habitants et usagers du quartier».
  • «Dans cette perspective, poursuit-elle, léchange proposé le 28 novembre s’inscrit dans une démarche à moyen terme. Il s’agit dans un premier temps de présenter le cadre de référence de ces conseils, d’en identifier les intérêts, les questions, les réflexions, les enjeux et de commencer à entendre les propositions et avis des habitants et des acteurs.
    D’autres réunions auront lieu dans les prochains mois pour élargir l’implication à d’autres acteurs et affiner les contours et modes de fonctionnement de ce conseil, qui devrait se construire en même temps que le contrat de ville et le projet de territoire».
  • «Pour s’informer, quelques documents :
    – Le cadre de référence des conseils citoyens
    – la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine
    – la nouvelle carte de la Politique de la Ville
    – le rapport « Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires » de Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache remis à François Lamy, ministre de la ville, qui a inspiré la création des conseils citoyens».

Vendredi 28 novembre 2014, 19 heures, Salle Saint Bruno.

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