Mère porteuse

La Friche en cloque accouche d’une belle résistance

  • Un collectif de riverains inquiets des rave parties en zone dense sensible engage un débat utile sur le rôle social et politique des friches de Château Rouge
Un apéro electro techno en zone dense sensible (image Collectif Friches Goutte d'Or).

Un apéro musical electro techno en zone dense sensible (image Collectif Friches Goutte d’Or).

On sait, sur ce blog, que le quartier de la Goutte d’Or / Château Rouge a été l’objet d’un grand nombre de démolitions d’immeubles faubouriens, souvent à l’arrache, sans les précautions sociales, politiques et juridiques nécessaires.

Ces démolitions – parfois savamment appelées déconstructions par les démolisseurs – ont créé des espaces vides, dents creuses ou friches que des associations d’animateurs sociaux convoitent avec fougue sous la houlette de la très fougueuse aussi SEMAVIP, société d’économie mixte et d’aménagement de la Ville de Paris a qui a été confiée la déstructuration du quartier.

L’aménageur de moins de 50 ans
et ses petits bobos

Les derniers venus dans la ronde des friches de la Goutte d’Or se sont appropriés l’espace de l’angle des rues Cavé et Stephenson où ils ont installé une exposition permanente de friches dans la friche, amas de meubles abandonnés (« chinés », assure benoîtement le journal Time out Paris), en réalité de palettes et carcasses jetées et posées là, à même le sol, à même le regard de riverains médusés et de passants pressés.

Sous le doux nom de « La friche en cloque » et sous couvert d’un cinéma en plein air sur bâche assortie, les animateurs de « Generation Freedom Ride-Le Collectif », titulaire du bail précaire de la SEMAVIP, organisent avec les subsides affichés du FSIH (Fonds de soutien aux initiatives des habitants) des concerts très prisés par les jeunes parisiens en goguette et très étrangers aux habitants du quartier, plus encore à l’initiative desdits habitants.

Suite à un très dense « apéro musical » (cinq heures sans interruption de musique electro-techno proche de la rave party en zone dense sensible) organisé le 6 septembre au grand dam des habitants censés le financer en partie, plus d’une trentaine d’entre eux, représentant autant de foyers donnant immédiatement sur la friche ont adressé cette semaine un appel à la SEMAVIP, propriétaire de l’espace, aux Mairies de Paris et du 18e, au Ministère public, aux EDL (Équipes de développement local) et au FSIH.

Ils souhaitent attirer l’attention des responsables sur une activité qu’ils estiment en parfaite inadéquation – voire en parfaite contradiction – avec la zone dans laquelle elle se déroule et les actions menées de toutes parts pour que cette zone aille simplement mieux (lire l’appel).

Gentrifiction

Situé au cœur d’un habitat populaire, en l’occurrence constitué des rues Stephenson, Cavé, Affre et Myrha – îlot au demeurant bien connu de la SEMAVIP qui l’exploite depuis plusieurs années dans le cadre d’une convention publique d’aménagement – l’espace confié à la Friche en cloque et à Generation Freedom Ride ne saurait être la proie d’une « entreprise économique privée destinée à la promotion d’activités commerciales de communication étrangères au quartier », proposent les signataires de l’appel, qui ajoutent « qu’aucun des jeunes de Château Rouge ne participe aux soirées privées très ‘‘parisiennes’’ » dont la friche en cloque accouche chaque samedi soir.

« Le ‘‘cœur de la Goutte d’Or’’ qui est parfois mentionné dans la communication des animateurs est une accroche commerciale canaille », indiquent les riverains de la friche qui se disent « familiers des jeunes du quartier réunis autour des grilles du square Léon ou sur les trottoirs des rues de Panama et Léon, occupant les devantures ou les terrasses du Café de l’Olympic, du restaurant de la Goutte d’Or à la pointe des rues de la Goutte d’Or et de Chartres, sur le palier de la Brasserie de la Goutte d’Or,… », dont aucun en effet, assurent-il, ne s’autoriserait à franchir le mur culturel érigé par « Generation Freedom Ride-Le collectif » dont le nom paraît lui-même inadéquat avec le projet très fermé et élitiste mené.

Mur du son

Au-delà du trouble de voisinage causé par le bruit de ces manifestations, les signataires – qui précisent avec élégance qu’ils « n’entendent pas porter plainte contre leurs voisins (le fussent-ils incidemment et à titre précaire), mais enjoindre les autorités responsables (particulièrement responsables dans un quartier qu’elles-mêmes qualifient de particulièrement sensible) de prévenir le trouble et de diligenter les enquêtes et actions demandées à cette fin » – observent que le véritable ‘‘souci’’ se situe précisément dans l’incohérence de la Politique de la ville dont les animateurs paraissent aussi éloignés des réalités du terrain que ceux auxquels ils le confient.

Certains parlent d’irresponsabilité, d’autres d’usurpation, d’autres encore d’une mécanique volontaire pour décourager les habitants d’un quartier maintenu en zone sensible ou de sécurité prioritaire depuis trente ans.

traumatic

Capture d’écran d’une vidéo de Cocoon.

Cavé Goutte d’Or a déjà évoqué, dans ces pages, le malaise que pouvait provoquer le projet COCOON qui affiche clairement que son outil de travail est la misère et son ancrage de prédilection les « quartiers traumatisés » : « Cocoon are built at sites with traumatic histories », dit en effet une vidéo du groupe (voir ci-dessus et notre billet du 2 juillet 2014 « Post urban traumatic studies », l’un des plus cliqués sur le blog cet été).

Cocoon est soutenu par la Mairie du 18e.

COCOON est soutenu par la Mairie du 18e (et réciproquement ?).

L’association a ensuite rencontré, à leur demande, des animateurs de COCOON qui ont tenté de présenter un projet plus respectueux de la société traumatisée (le mot reste celui de COCOON) dans laquelle et sur laquelle travaille l’artiste Kate Browne (ici avec le maire du 18e).

Grâce au débat lancé par les voisins de Generation Freedom Ride-Le collectif (qui anime à la fois la Friche en cloque et COCOON Goutte d’Or), nous serons sans doute appelés à y revenir, d’autant que la Ville de Paris, qui a focalisé sur sa rive gauche l’effort de la prochaine « Nuit blanche », semble bien avoir confié aux aimables collectifs en friches la poursuite de la mission colonisatrice de ses quartiers déshérités : « De l’art dans les friches de la Goutte d’Or », annonce déjà le Réseau friche qui a laissé très en friche durant tout l’été son espace bénévolement offert par la SEMAVIP à l’angle des rues Affre et Myrha (espace bien connu des lecteurs du blog).

Teuf béton

Nuit blanche en réseau friches. De l'art ou du cocon ?

« De l’art dans les friches de la Goutte d’Or ». De l’art ou du cocon ? (Capture d’écran Mairie 18).

> Le site de la Mairie centrale > Le site de la Mairie d’arrondissement.

  • À suivre : Les territoires perdus de la SEMAVIP – Dans son rapport d’activités 2012, l’aménageur de Château Rouge présente les quartiers qui lui sont confiés par la Mairie sous le label « Nos territoires ». Chiche ?

nos territoires 1nos territoires 2

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