25 août

Anne Hidalgo pour un Paris libéré… de sa Commission du Vieux Paris

  • Entre la commémoration du Paris libéré, ce 25 août 2014, et les journées du patrimoine des 20 et 21 septembre prochains, la maire de la capitale fait dans le symbole décalé en sonnant l’hallali de la Commission du Vieux Paris.
La Commission du Vieux Paris n'est pas à la fête.

La Commission du Vieux Paris ne serait pas de la fête (en savoir plus).

On sait que la maire de Paris était la patronne de l’Urbanisme avant de remplacer Bertrand Delanoë à la magistrature municipale suprême. Les associations de défense du patrimoine et du mieux vivre dans Paris se souviennent d’une adjointe hautaine et bulldozer. Certaines se réjouissaient même de la voir quitter le poste d’adjointe pour celui de maire, espérant que, de l’échelon supérieur, elle laisserait un peu vivre la capitale.

C’était sans compter la hargne que l’ex-première adjointe porte aux associations (comme à toute forme de contestation) et son côté chasseur, chasseuse, qui veut la reddition de ces empêcheurs de démolir Paris. La Commission du Vieux Paris a déjà bien peu de pouvoir, on le réduirait plus encore en sélectionnant les dossiers à lui confier et en rendant ses délibérations secrètes.

 Missika bien s’tenir

Selon Le Canard enchaîné du 13 août 2014, le remplaçant de l’ex à la Direction de l’Urbanisme, Jean-Louis Missika, justifie «la censure municipale» (dixit le palmipède) au motif que les associations de défense du patrimoine «se servaient (il le met déjà au passé !) des avis de la Commission du Vieux Paris pour contester nos décisions devant les tribunaux». 

On imagine le même discours tenu, par exemple, à l’égard (à l’encontre) d’autres modestes commissions sans pouvoir dont les avis sont purement consultatifs, du type Ligue des droits de l’homme, Croix-Rouge ou Amnesty International :

  • « Le DAL se sert des rapports de la Fondation Abbé Pierre pour critiquer l’inefficacité de la loi DALO, on va faire taire tout ça ! »

Pour Missika de conscience – «homme de télévision et sociologue français» dit sa notice Wikipédia – on va donc désormais demander l’avis de la Commission du Vieux Paris uniquement sur des dossiers sélectionnés et garder les conclusions pour nous.

paris qui oseLe journal Libération du 19 août 2014 veut voir dans cette leçon de démocratie (très osée en effet) un écho « aux récents déboires judiciaires dans le dossier de la Samaritaine, chantier au cœur de la capitale, dans lequel la Ville s’est engagée au côté de LVMH » (comme était engagé alors, au côté de la LVMH, l’adjoint à la Culture de Bertrand Delanoë, Christophe Girard).

Bruno_Julliard_-_Mairie_de_Paris

Bruno Julliard (Le Monde).

Appelé d’ailleurs en renfort (pour ne pas dire en rempart), l’actuel adjoint à la Culture Bruno Julliard, par ailleurs premier adjoint de l’ex première adjointe, homme de télévision lui aussi, figure médiatique en effet depuis ses années à la tête de l’UNEF, soutient pour sa part qu’« il faut moderniser la composition de la Commission du Vieux Paris »…

Et pourquoi pas changer le système qui veut que ce ‘‘machin’’ soit présidé par le maire de Paris, en l’occurrence par Anne Hidalgo qui veut sa ruine, – ce que semble n’avoir pas compris Monts 14, l’une des associations parisiennes actives dans la défense du patrimoine qui s’inquiète de voir la Commission du Vieux Paris « décapitée ». « Décapitée ? – Non, mon brave, puisque j’en suis le capitaine », aura rétorqué la maire.

CVP

La CVP, un machin de droite ?

« Chargée de veiller sur le patrimoine historique depuis 1897, placée sous la présidence du maire, cette institution compte cinquante-cinq membres, dont des élus, des directeurs des services de la ville et une trentaine d’experts, historiens, architectes, universitaires ou conservateurs, ainsi que des présidents d’association. Elle émet chaque mois un avis sur les demandes de démolition, pour préserver le patrimoine. Ces avis sont consultatifs mais fondés sur une expertise leur conférant un certain poids », résume Libération (voir aussi le site de la Mairie de Paris qui accueille encore la CVP).

balzazou2Au moment de célébrer la libération de Paris, la maire doit penser (tous anachronismes écartés) que de Gaulle aurait su trouver les mots pour qualifier le machin dont elle aimerait bien se débarrasser. Même si « le machin » de de Gaulle n’était pas né en 1944 – et même si, surtout, on ne sait rien du machin de de Gaulle -, il faut nous interroger sur le caractère prétendument conservateur (au sens de de droite) de la CVP et sur la présentation journalistique qui voudrait ne voir que les dossiers chauds traités (Roland Garros, Samaritaine, Poste du Louvre, Halle Freyssinet,…) quand une des qualités de cet organisme est précisément de s’occuper du plus modeste comme du plus prestigieux patrimoine.

Nos lecteurs savent combien l’association Cavé Goutte d’Or s’est « servie des avis de la CVP devant les tribunaux », pour le dire comme Missika de force majeure. C’est que l’organisme a été très actif dans un quartier où il arrive qu’on se demande ce que le Vieux Paris peut bien avoir à faire. On se souvient notamment du 83bis rue Philippe de Girard, qui a vu l’association brandir deux avis protecteurs de la CVP jusque sous le nez de ses membres, pour qu’ils rappellent leurs propres conclusions aux conseillers de Paris que Jean-Yves Mano tenait soigneusement à l’écart du débat (Mano précurseur du sabordage d’Hidalgo). On se souvient aussi des visites de membres de la CVP à la brasserie de L’Olympic du 20 rue Léon, organisées par Cavé Goutte d’Or en juillet et en décembre 2012 pour tenter d’empêcher que ce local art-déco disparaisse sous les étals d’une supérette ou les hublots d’une laundrette.

Vers la reconnaissance
d’un patrimoine social ?

De fait (et aux associations d’agir pour qu’il en aille aussi de droit), la CVP a tenté de protéger la structure même de la Goutte d’Or, son architecture sociale et historique, en dénonçant en septembre 2010 « des démolitions beaucoup plus nombreuses que ne le prévoyaient les plans initiaux » et en demandant un moratoire dans la destruction de Château Rouge (voir la demande de la CVP), et elle a longtemps protégé le 5 rue Myrha, lâchant prise sur la fin et laissant à Cavé Goutte d’Or (qui a déposé un recours au Tribunal administratif le 22 août 2014) le soin de s’assurer que ce vieil édifice Louis-Philippe demeure un rempart contre les démolisseurs du quartier et un témoin du social du XIXe siècle.

Car, pour le dire comme Marie-Jeanne Dumont, sa secrétaire générale en 2010 – dont Libération écrit joliment qu’elle « n’a pas vraiment été remplacée depuis » – la Commission du Vieux Paris s’occupe également du patrimoine social et tente de protéger les premiers logements sociaux et ce qu’ils avaient de plus social justement (le respect des habitants, le nivellement par le beau) du harcèlement des aménageurs contemporains, fiers ne n’avoir cédé que sur l’esthétique, justement.

L’enjeu de la protection du 5 rue Myrha« bâtiment d’époque Louis-Philippe parmi les plus anciens et les plus remarquables de ce quartier dont la façade de plâtre moulurée est dans un très bon état de conservation », écrivait la CVP le 6 avril 2011 – est aussi dans la marque de « ‘‘mixité sociale’’ avant la lettre » que porte cet immeuble, selon l’expression utilisée par l’historien de l’architecture Florent Tesnier dans la présentation qu’il en a faite devant la Délégation permanente de la Commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) réunie le 20 novembre 2012. En se référant à l’étude dans laquelle le professeur François Loyer, historien de l’architecture également, salue dans la Goutte d’Or des années 1980 une architecture modeste, simple, « la subtilité, le talent de ‘‘faire avec’’ », et demande « Qui, aujourd’hui, avec si peu de matière, saurait faire aussi bien ? », Florent Tesnier défendait devant la Délégation de la CRPS ce qu’on pourrait appeler en effet un «patrimoine social».

On sait ici que la candidature du 5 rue Myrha à l’inscription aux monuments historiques a été refusée au sein de la DRAC au motif que l’immeuble jouirait déjà de la protection municipale, signalé qu’il serait au PLU, et que Cavé Goutte d’Or estime précisément cette protection insuffisante (Voir le recours contre la décision de la DRAC et les derniers développements de ce combat sur le blog : « Le 5 rue Myrha protégé par le Tribunal administratif ? »).

*

> Lire et relire, de Marie-Jeannne Dumont, Le Logement social à Paris, 1850-1930 : Les Habitations à bon marché, Éditions Mardaga, 1991 ;
> Voir et revoir, sa présentation de la Commission du Vieux Paris lors des Journées des 2 et 3 juillet 2012 sur l’habitat parisien ;
> Écouter encore l’entretien de François Chaslin avec Marie-Jeanne Dumont sur France Culture du 30 juin 2011 : « L’érosion du patrimoine parisien ».
> L’étude de François Loyer : « Naissance et beautés d’une physionomie populaire », in Marc Breitman et Maurice Culot (dir.), La Goutte d’Or. Faubourg de Paris, AAM/Hazan, 1988, pages 40-51.

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