Contrebande(s)

Rossiya 1 avant D8 sur la tchétchénisation de la Goutte d’Or

  •  Le malheureux reportage d’En quête d’actualité sur « les nouvelles filières de Barbès » aurait récupéré de vieilles ficelles russes largement diffusées sur les sites de souche

Au moment où la sécurité de la Goutte d’Or refait la une du Parisien (voir notre billet du 9 juillet 2014) et où les riverains des rues des Poissonniers, de Panama et de Suez désespèrent de voir la municipalité reprendre possession de la voirie, une bonne âme envoie à Cavé Goutte d’Or une vidéo bien clichée tournée à Barbès en octobre 2012 par une télévision russe bien orientée immédiatement reprise par des relais bien intentionnés.

Poupées russes

parfois la policePosté sur youtube par un site français qui ne cache pas ses origines dites de bonne souche, le reportage de la principale chaîne de télévision généraliste russe Россия 1 (Rossiya 1) n’a d’intérêt que par son côté ‘‘déjà vu’’, ce qui tombe bien pour un vieux scoop.

trouver un européenOn savait en effet que la droite saucissonne n’aimait la Goutte d’Or que quand Daniel Vaillant refusait d’y appliquer la loi républicaine. On ne s’étonne donc pas qu’après avoir fait moult publireportages sur les prières de rue de l’époque Vaillant, elle recycle aujourd’hui ses clichés avec les divers trafics et vendeurs à la sauvette. Le reportage au bulldozer de la télévision russe sur la tchétchénisation de Barbès lui en donnerait l’occasion alors que le problème reste le même : l’occupation illégale de l’espace public, – faute non pas de ceux qui l’occupent mais de ceux qui le laisse occuper.

On s’étonne davantage de la parenté flagrante entre cette vidéo d’octobre 2012 et le reportage tourné un an plus tard par une équipe de Tony Comiti Production, diffusé sur la chaîne D8 le 9 avril 2014 (voir notre billet du 13 avril 2014).

Pour qui aurait raté le très long « Produits moins chers, contrebande : les nouvelles filières de Barbès », un retour sur image de six minutes trente donnera en cet été 2014 un condensé des deux années écoulées car, assurément, rien n’a pas changé : le même rien, en effet, le même vide, la même zone au fond.

Zone sensible…
mais pas sans histoire

À mille lieux et pourtant tout à côté, on rappelle – comme l’a fait tout récemment l’un des tweetos les plus actifs du quartier – que la Goutte d’Or n’a pas attendu le téléjournal russe ou la quête d’actualité de D8 pour faire dans l’émeute.

Dans notre billet du 19 octobre 2013, qui se voulait une modeste contribution à la préparation des Municipales de 2014, nous relations les émeutes du 30 juillet 1955 à la Goutte d’Or (cinquante neuf ans demain !) :

  • « Publié en 2012 dans Les Actes de la recherche en sciences sociales et repris le 30 juillet 2013 sur le site Les mots sont importants (lmsi.net), un article de l’historien et sociologue Emmanuel Blanchard rappelle les émeutes du 30 juillet 1955 à la Goutte d’Or en proposant une réflexion sur celles de 2005 en banlieue et une analyse comparée de l’investissement médiatique des unes et des autres ».

« L’auteur opère de nombreux va et vient entre l’époque coloniale et le temps présent, rapportait Cavé Goutte d’Or, et interroge les concepts contemporains de ‘‘quartiers sensibles’’, ‘‘problème des banlieues’’, ‘‘rénovation urbaine’’, ‘‘politique de la ville’’ ou encore ‘‘gentrification’’ à travers le prisme de la domination politique et sociale ».

« L’intérêt de cette étude se situe notamment dans son double décentrement, spatial et temporel, observait encore le blogmaster, consistant à étudier un ‘‘quartier sensible’’ hors banlieue et hors politique de la ville, à étendre le champ territorial (ce qui, ironiquement, revient à ne pas prendre la banlieue comme centre, le numéro des Actes dans lequel il est paru ayant pour titre ‘‘Entres-villes : modèles, luttes, pratiques’’) et la durée relativement courte des études sociologiques sur la politique de la ville prenant généralement les années 1980 comme point de départ et comme tournant ».

* «La médina», titre Paris Match en 1955. «La casbah», dit le commissaire joué par Jean-Louis Trintignant dans Le Grand Pardon (1981) lorsqu’il voit le patriarche de la famille Betoun (Roger Hanin) quitter la Villa Poissonnière. «Le quartier arabe», raconte Россия 1. En bref, la Goutte d’Or est bien «accuéillante et généreuse», selon une expression du cru désormais célèbre.

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