Post urban traumatic studies

Quand les hipsters techno piétinent les cocons

  • Les bobos n’avaient pas fini de faire le tour du quartier que déjà les hipsters l’envahissaient pour une soirée trop friche sur des fauteuils trop palettes en milieu urbain traumatisé
  • La Social World Company démasquée. 
Moucharabieh de fortune sur friche sociale pour bobos hipsters (Goutte d'Or, 21 juin 2014).

Moucharabieh de fortune sur friche sociale pour bobos hipsters (Goutte d’Or, 21 juin 2014).

« Cocoon », ou la Social World Company comme nous l’avons appelée ici, s’est vue récemment attribuer l’une des friches les plus convoitées du quartier de la Goutte d’Or, à l’angle des rues Stephenson et Cavé, pour mener son expérience dite artistique et conceptuelle surfant ouvertement sur la misère et le traumatisme d’un lieu donné : « Cocoon are built at sites with traumatic histories », dit en effet la promo du concept. Traumatisée depuis trente ans par la politique de la ville et ses promoteurs immobiliers anesthètes (néologisme local formé sur a- privatif et esthète : « susceptible d’être senti et de fournir des sensations », sentis et sensations officiellement « mis au rancart » par la municipalité du 18ème pour ses zones sensibles), la Goutte d’Or deviendrait donc, en prime, la proie des artistes humanitaires.

Le leurre et l’argent du leurre

affiche ateliersLe dernier quart de la friche construite sur les débris des malheureuses plumasseries Loddé avait en effet été offert par les démolisseurs du quartier au projet d’ateliers de fabrication de misères pour les populations traumatisées qui, derrière les grilles, viendraient participer à « une aventure collective, citoyenne et créative »… (voir affiche ci-contre).

Avant de réunir toute la misère du monde imaginé(e) par Kate Browne (on ne sait en effet si c’est le monde de Kate Browne qui est imaginaire, ou la misère qu’elle met dedans), la friche aura été confiée quelques jours et quelques heures à une expérience parfaitement contradictoire avec celle pour laquelle la Social World Company prétend agir.

afficheCar la soirée techno, au demeurant très chic et très réussie (comme l’affiche qui l’annonce), digne des meilleurs fashion spots de New York, a montré combien étaient ignorés, sinon carrément méprisés par Cocoon, les gens du cru derrière lesquels le mouvement social et associatif prétend s’abriter quand il assure vouloir construire, avec « les matériaux typiques du quartier », « un monument symbolique du quartier en marge de toute histoire officielle, l’emblème provisoire d’un passé, d’un présent et d’un avenir communs » (lire).

 La palette,
la carotte et le bâton

La palette – Il faut beaucoup d’abstraction artistique et culturelle aux animateurs sociaux de la Goutte d’Or pour voir dans la palette de chantier (ils auraient pu choisir la palette de couleurs) un des « matériaux typiques du quartier » au point de tout faire en palettes : tables, fauteuils, bar de salon, moucharabiehs,… les cocons les plus audacieux expliquant sur youtube comment fabriquer une table de salon en palette à pas cher.

Publireportage par la carotte

Publireportage emprunté à La carotte se mûrisse.

La carotte – Il en faut moins (d’abstraction artistique et culturelle) à un groupe de délicieux hipsters à vélo pour venir élégamment, le temps d’une nuit de techno, piétiner les cocons de la friche sous le label d’une carotte qui mûrit visiblement à la lumière artificielle des meilleurs cabinets de communication.

cage nuitcage jour

 

 

 

théo corba

 

Le pont des arts à vélo.

2 rue Cavé : Le pont des arts à vélo, photo Cormac O’Keeffe. Plus haut : Théo Corba via La carotte se mûrisse..

Le bâton – Il n’en faut guère (d’abstraction artistique et culturelle) aux habitants dont la Social World Company voudrait faire son miel pour mesurer qu’ils sont bel et bien les dindons de la farce.

Quand les « matériaux typiques du quartier »
se confondent avec les restes de la fête

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

Cocoon est soutenu par la Mairie du 18e.

Cocoon est soutenu par la Mairie du 18e (ici Kate Browne et Éric Lejoindre) – Source image.

Voir aussi comment fabriquer une table basse bobo avec une palette hipster et notre billet de bienvenue au Réseau friche sur notre page Défense du quartier.

Publicités
Cet article, publié dans Articles, Patrimoine(s), Politique de la ville, Quartier, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s