Municipales

18e Est-18e Ouest : Comment Lejoindre les deux bouts ?

  • Les premiers pas, ébats et débats des candidats
Crédit photo dixhuitinfo.com.

La municipalité sortante sous ses applaudissements : « Une autosatisfaction surprenante » selon Mohand Dehmous de la liste Pari citoyen pour Paris 18. Crédit photo dixhuitinfo.com.

Dans le journal dixhuitinfo.com du 28 février 2014, on apprend qu’Éric Lejoindre (qui tente de remplacer Daniel Vaillant à la Mairie du 18e arrondissement de Paris) tient des meetings fermés.

« Un public conquis d’avance », souligne le journal. « Le Divan du Monde est comble : 500 personnes environ, toutes acquises à la cause du candidat socialiste », insiste-t-il. « Son projet est ambitieux », dit une toute acquise. « Je vais voter pour lui parce que je le connais bien », martèle une autre. « J’aime beaucoup le travail effectué par Daniel Vaillant », conclut en boucle une troisième conquise par le meeting tenu au cœur du 18e Ouest par l’équipe municipale sortante.

pyb34Pendant ce temps exactement, mais au cœur du 18e Est et de manière ouverte, nullement acquise à l’orateur (la première interlocutrice le lui intimant d’emblée), une trentaine de personnes étaient réunies dans l’anonymat autour de Pierre-Yves Bournazel, également challenger de Daniel Vaillant, venu à la rencontre des habitants de la Goutte d’Or au « 34 », salon politique du quartier qui a déjà accueilli sa rivale d’un temps Nathalie Kosciusko-Morizet le 31 octobre 2013, l’inauguration de l’association La Vie Dejean le 19 novembre 2013, et divers groupes du quartier, dont Le Pari citoyen qui s’y réunit le samedi matin depuis la rentrée de janvier 2014.

Crédit photo :

Crédit photo : dixhuitinfo.com.

Un Pari citoyen dont dixhuitinfo.com ne manque pas de flouer l’image, au sens propre et figuré, en tentant de présenter Claude Sauton comme un homme seul à la tâche du tractage contre la masse des joyeux sortants PS en festivité festive (photo ci-dessus). Vieux truc du vieux pouvoir : par l’image et le titre choisis, le support tente de discréditer un programme qu’il reconnaît pourtant comme « pragmatique » au manifeste duquel aura sans doute travaillé longuement des experts de divers horizons. Le contraste est saisissant : pendant que la gauche au pouvoir fait salle comble entre soi au « Divan du Monde » (pas un espace libre pour qui n’était pas conquis d’avance, nous explique-t-on), la Goutte d’Or ignorée du pouvoir cherche plus discrètement sa voie au « 34 » ou sur les marchés et, par petits groupes de trente, s’inquiète des vingt années de gouvernance Vaillant (1995-2014) et des trente années d’urbanisme violent (1982-2014) sous la férule de Michel Neyreneuf.

Michel Neyreneuf devant l'église St Bernard, monument historique que deuyx récents permis de construire voudraient écarter du poaysage de la rue.

Michel Neyreneuf devant l’église St Bernard, monument historique que deux permis de construire accordés par l’Urbanisme voudraient écarter du paysage de la rue (photo Barbara Strebel 2011);.

Une figure dont Le 18e du mois actuellement en kiosque rappelle qu’elle a « déjà quelques années au compteur », trente deux pour être précis : vingt comme militant associatif pour la démolition de la Goutte d’Or et douze comme adjoint au maire, chargé de l’Urbanisme et du Logement, fonction dans laquelle Michel Neyreneuf a achevé l’entreprise de démolition entamée sous Juppé, fonction qu’il estime – et Éric Lejoindre avec lui, semble-t-il – devoir revendiquer pour six ans encore, cette fois-ci pour « améliorer la gestion locative des bailleurs sociaux ».

Service après vente

Après avoir dépecé la Goutte d’Or, cassé son âme et son histoire, jeté « l’esthétique au rancart », selon la formule devenue célèbre qu’il a lancée en 1993 à la caméra de Sami Sarkis, préempté et vendu ce quartier populaire à Paris Habitat, il convient d’apprendre à vivre aux bailleurs sociaux, explique sans rire Michel Neyreneuf au 18e du mois :

  • « Deux mandatures plus tard », souligne presque ironiquement le journal, l’homme fort du désastre urbanistique et architectural dans la Goutte d’Or pose qu’« il y a un point sur lequel il faudrait arriver à avancer, c’est tout ce qui concerne la gestion locative des bailleurs sociaux, les rapports locataires et bailleurs, comment sont reçus les gens dans les antennes. Là, il y a encore beaucoup de choses à améliorer ».
Le débat du 21 février à la Maison verte (photo ...).

Le débat du 21 février à la Maison verte (photo empruntée au Pari citoyen).

L’esthétique de Mohand Dehmous

Or, à une lettre près, l’esthétique l’était bel et bien – au rancard – lorsque le même 18e du mois organisait avec la Ligue des droits de l’homme le premier des débats publics des têtes de liste des Municipales 2014, le 21 février dernier.

Du rancart rebut dans lequel le patron de l’Urbanisme l’avait voulue enfermée, elle était passée au rancard rendez-vous ce soir-là, dans plusieurs interventions des têtes de listes et de la salle, comme si l’échec de la politique de la rue déjà souligné par Daniel Vaillant était rehaussé par le besoin de se réapproprier l’espace public jusque dans l’image qu’on en donnerait.

Mohand Dehmous (photo ...).

Mohand Dehmous (photo Sophia Aït Kaci, 2013).

Fidèle aux messages qu’il avait déjà délivrés en Mairie lors de la présentation de l’igloo CROUS des 22-24 rue Cavé ou à la Salle Saint Bruno lors de celles des projets AFL, Mohand Dehmous, habitant de longue date du quartier, arrivé en 1957 au 16 de la rue Léon, aujourd’hui candidat sur la liste du Pari citoyen, devait interroger la municipalité sur son « autosatisfaction surprenante » : « La municipalité qui gère depuis dix-neuf ans le quartier a une très lourde responsabilité dans les échecs qu’il affronte », lança-t-il sous les applaudissements de la salle – pas mal comble aussi – de la Maison Verte.

Et l’homme sait de quoi il parle lorsqu’il pose courtoisement que la municipalité sortante est « mal placée pour prétendre avoir valorisé le quartier ». Il en a suivi les étapes au cours des  cinquante dernières années, comme il le raconte dans l’histoire de l’immigration algérienne à laquelle il a contribué lors des journées organisées en avril 2012 par la Salle Saint Bruno, l’Institut des Cultures d’Islam, la Bibliothèque de la Goutte d’Or et le Centre musical Fleury Goutte d’Or Barbara autour du Patchwork à la Goutte d’Or (affiche ci-dessous), « le patchwork au sens propre de la ‘‘pièce de tissu composée de morceaux de différentes couleurs cousus les uns aux autres’’, mais également au sens figuré et symbolique de l’ensemble hétéroclite, de la diversité sociale et culturelle », croient devoir préciser les organisateurs comme pour s’accrocher à un tissu qui aurait perdu de sa texture au fil de sa prétendue métamorphose.

Réappropriation de l’espace public

arton123Car le constat d’échec de Mohand Dehmous rejoint en effet celui que Daniel Vaillant posait lui-même dans l’éditorial de 18 ensemble de septembre 2012 en prétendant pouvoir distinguer l’éradication de l’habitat insalubre et le maintien de la rue en déshérence : « Si nous avons gagné le pari du renouvellement urbain et sommes en passe de gagner le combat contre l’habitat insalubre, la situation ne s’est pas améliorée sur l’espace public (ventes à la sauvette, prostitution, trafics de stupéfiants, vols avec violence) ».

Par « espace public », le maire sortant voulait sans doute évoquer la rue par opposition à l’habitat ; mais il dit « espace public » et met ainsi le doigt sur la caractéristique du logement social contemporain : sa municipalisation, sa nationalisation dirions-nous par opposition à privatisation.

Le logement prétendument « social » est public par essence dans l’approche municipale actuelle, même si en fin de course le « bailleur social » est plus ou moins privé. Si en effet, parmi les organismes gérant les logements sociaux parisiens, la 3F, la Sablière, l’Association Foncière Logement dépendent moins de la Ville dans leur fonctionnement, elles partagent avec Paris Habitat ou la RIVP, qui en dépendent directement, le fait d’être les partenaires majeurs de l’appropriation du territoire par la Ville.

Chaque « bailleur social » s’inscrit dans un projet qui, avant lui, a consisté à exproprier. Les « bailleurs sociaux » ont reçu du foncier pas cher ou gratuitement, ils ont démoli et construit pour un « type de population ® » déterminé par le maire, ils ont installé des milices et ont écouté leurs locataires (voir « Milices sociales pour logements sociaux ? »),… Pas étonnant qu’il faille désormais leur apprendre à vivre ! – et on se réjouit que Roxane Decorte rejoigne le programme de Michel Neyreneuf, puisque aussi bien elle a rappelé au public de la Maison verte qui n’a même pas pensé lui en tenir rigueur, qu’elle était membre du Conseil d’administration de Paris Habitat, grand propriétaire de la Goutte d’Or.

Un maire adjoint
pour la Goutte d’Or ?

Le courrier de l'atlas.

Le courrier de l’Atlas (février 2014). Lire l’article complet en page Défense du quartier et en version pdf.

Autre enfant de la Goutte d’Or – il y est né en 1961 – Rachid Arar propose de poursuivre son travail social bien connu au sein de l’équipe de Pierre-Yves Bournazel qui, s’il est élu le 30 mars prochain, créera un poste d’adjoint pour les quartiers Est, poste dont Rachid Arar aurait comme essuyé les plâtres au cours des précédentes  mandatures dans une forme de shadow cabinet à l’anglaise, remplissant hors partis une tâche de médiateur tous azimuts.

C’est l’annonce faite par Pierre-Yves Bournazel au « 34 » quand le « Divan du Monde » était comble et, dans la forme d’‘‘union libre’’ qui semble se dessiner ici, Rachid Arar confirme son ancrage social dans la Goutte d’Or et Château Rouge, et Pierre-Yves Bournazel son attention suivie pour ces quartiers déshérités et zonés. La municipalité en place n’ayant guère fait et ne faisant toujours pas, à la Goutte d’Or et dans les quartiers Est du 18e, une politique de gauche en matière de mixité sociale, de logement, d’urbanisme, d’école…, les lignes se déplacent naturellement des partis sur les personnes et le travail accompli :

  • « À mesure que les années passent, notre qualité de vie se dégrade », constate elle aussi Danièle Atala, la tête de liste Front de gauche, dans sa profession de foi réitérée à la Maison verte en évoquant les ravages du « moins d’argent dans le local et le social » et en soulignant les liens entre « précarité et insécurité ». On suit aussi avec plaisir la campagne très active et dynamique de Danièle Atala sur le blog de la rue Affre.

Le vert qui dézingue

Nos lecteurs connaissent bien Pascal Julien, dont les propos musclés lors de la Saint Valentin du Lavoir Moderne Parisien ont eu les honneurs de notre billet du 20 février, beaucoup repris dans la tweetosphère et sur facebook. À la Maison verte, ma foi, il récidiva en demandant « plus de logements sociaux » – on est tous d’accord – « mais mieux répartis » – on est tous d’accord aussi -, proposant rien moins qu’un « harcèlement » en direction de l’Ouest parisien.

Les Verts : Des toits bleus comme une orange.

Les Verts : Un toit de Paris bleu comme une orange (©mabellephoto.com).

Et l’adjoint Verts aux Espaces verts de Daniel Vaillant (qui a déjà annoncé qu’il discuterait entre les deux tours avec Anne Hidalgo pour le Lavoir) de relancer son appel en faveur de toits jardinés ouverts aux locataires et au public, un programme impliquant – il faut le dire – une modification d’envergure de l’image de Paris, des toits de Paris, et du PLU en vigueur, pour lequel les toits de Paris sont encore une marque de la capitale :

  • « Les toits de Paris participent de façon très importante au paysage de la ville » (article UG.11.1.3-3).

Le FN exclu

Les organisateurs du débat de la Maison verte avaient décidé de ne pas inviter le Front national et sa tête de liste dans le 18e. En observateur amical, Cavé Goutte d’Or rappelle que ce parti a des idées et des méthodes qu’il faut combattre de front, notamment en matière de logements sociaux où la tête de liste FN pour le 6e arrondissement de Paris répond en écho miroir aux thèses de Michel Neyreneuf sur l’habitat social dans la Goutte d’Or.

Quand Paul-Marie Coûteaux veut que les logements sociaux soient exclus de Paris parce que trop inesthétiques, il rejoint en effet Michel Neyreneuf qui pense que les logements sociaux doivent être inesthétiques pour pouvoir rester à Paris (lire sur le blog : « Quand le FN rejoint la Mairie du 18e sur l’esthétique et le logement social »).   

Et la patronne de l’Urbanisme dans tout ça ?

Anne Hidalgo s’est exclue elle-même, sinon de la campagne, du moins de sa délégation d’adjointe à l’Urbanisme, mais on espère qu’il se trouvera une tête de liste ou un journaliste pour l’interroger sur les deux permis de construire délivrés en juin 2013 par sa Direction (la Direction de l’Urbanisme, donc) autour de l’église Saint Bernard, monument historique inscrit en novembre 2012, sans que les architectes voyers instructeurs ne voient que manquaient au dossier les avis obligatoires de l’architecte des bâtiments de France quant à l’impact des constructions prévues sur le monument historique. Vous avez dit impact ?

>>> Prochains débats – rencontres

> Mercredi 5 mars à 17 heures : Pierre-Yves Bournazel et Rachid Arar à L’Univers, 20 rue des Poissonniers, rencontre avec les habitants dans un lieu symbolique s’il en est, café à sa petite terrasse en trottoir, résistant aux coups des démolitions du quartier à l’angle du futur 70 Myrha.
> le vendredi 14 mars à 19 heures 30 : les têtes de listes invitées pour un deuxième débat organisé par la Ligue des droits de l’homme et les associations du quartier à la Maison verte, 127 rue Marcadet.

14 mars 2014 à 19 h 30. Renseignements.

14 mars 2014 à 19 h 30. Renseignements.

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